Quand je vit des agents s'avancer vers moi avec une camisole, j'éclatait de rire. Je riais à gorge déployée tandis qu'il serrait fermement cette chose autour de moi. Ainsi j'allais échapper à la prison. En quelque sorte.
Arkham était une prison d'un tout autre genre. Un asile pour aliénés dangereux. Ce que j'étais, apparemment.
- Ris tant que tu le peux, clown. Tu ne sera bientôt plus capable d'avoir une pensée cohérente. Dit l'un des flics en se plantant devant moi.
Je savais que j'aurais droit à un traitement particulièrement corsé. Ils préfèreraient me transformer en légume juste pour ne pas prendre le risque que je leur échappe. De toute manière, je n'en avais pas l'intention. Mon choix était fait. J'avais déjà décidé de céder ma liberté. Si les médicaments pouvaient m'assommer et m'aider à moins ressentir l'absence de Norah, j'étais preneur.
Je me laissait emmener jusqu'à un camion blindé. J'avais été retenu dans une maison isolée pendant toute cette nuit. Le temps qu'il leur a fallu décider de mon sort j'imagine. Personne ne lésinait sur les mesures de sécurités. Ils faisaient tous bonne mine mais je savais qu'ils craignaient de s'approcher trop près de moi. C'était à mourir de rire. Même dans une camisole, ils avaient peur que je leur saute à la gorge. Ce qui n'était pas si impossible pour moi à imaginer.
Je pensais à Norah pendant tout le trajet. Je me demandais si elle était encore à la maison ou si elle était parti le plus vite possible de Gotham. Une partie de moi souhaitait qu'elle s'en aille. Qu'elle sorte de cette violence tant qu'elle en avait la chance mais une autre partie de moi voulait qu'elle reste. Qu'elle soit près de moi même si nous ne nous reverrons jamais. Je ne voulais pas qu'elle passe à autre chose. Je voulais qu'elle n'aime que moi et qu'elle ne pense qu'à moi mais pour son bien, je voulais qu'elle fasse tout l'inverse.
Le trajet fut plus rapide que ce à quoi je m'attendais. Je fixait le bâtiment glauque en sortant du camion. J'observais l'endroit dans lequel j'allais pourrir année après année. Une foule d'infirmiers s'avançaient vers nous, l'air nerveux.
- Bonjour messieurs. Nous prenons les choses en mai à partir d'ici. Dit l'un d'eux.
Ils portaient tous la fameuse blouse blanche avec, j'imagine, une seringue remplie d'un tranquillisant dans l'une des poches.
- Nous devons nous assurer qu'il soit bien en cellule. Cet homme est un prisonnier dangereux. Répondit l'un des agents avec arrogance.
- Il est un patient, pas un prisonnier. Et en tant que tel, c'est à nous de nous assurer qu'il soit bien en cellule.
Je devais reconnaître que l'infirmier avait de l'aplomb. Il faut dire que pour bosser ici, il faut un minimum de sang-froid et de fermeté.
Les flics me lâchèrent par dépit quand trois infirmiers s'approchèrent de moi. L'un vint se placer à ma gauche, l'autre à ma droite et le dernier, derrière-moi. Leur prise était ferme mais moins vicieuse que celles de ces agents.
Pour l'instant, je me contentais d'observer sans rien dire. C'étaient avec ces infirmiers que j'allais passer les prochaines décennies, pas avec les agents. Il valait mieux ne pas me les foutre à dos d'entrée de jeux. Bien sûr, je m'amuserais avec eux. Voir ce que je pourrais faire d'eux, jusqu'ou j'arriverais à les pousser. Mais ce n'était pas le moment.
Je pénétrais dans les couloirs glauques de l'asile. Ils me firent passer par une autre porte que celle de l'entrée. On pouvait entendre des cris stridents, des pleurs. Tout était malsain dans et endroit. L'ambiance, les sons, la vue. J'étais heureux que Norah n'ait pas été envoyée ici lors de son arrestation. J'aurais pu la récupérer plus rapidement mais je crois qu'Arkham l'aurait encore plus traumatisée que Belle Reve.
Je ne pût m'empêcher de renifler devant cette cruelle ironie. J'avais imaginé la possibilité d'être envoyé à Arkham depuis longtemps. J'avais les plans détaillés de cet asile, à la maison. Frost savait qu'il pouvait me faire sortir d'ici n'importe quand mais il savait aussi pertinemment que j'avais décidé d'être ici. S'il avait deux ronds de jugeote, il cacherai l'existence de ces plans à Norah.
L'infirmier qui avait tenu tête aux flics sortit un trousseau de clé et ouvrit la porte épaisse devant lui. Les autres me firent avancer doucement dans une cellule blanche entièrement capitonnée.
L'infirmier se positionna devant moi.
- Je m'appelle Christopher. Je suis l'infirmier en chef de ce service. Votre psychiatre sera le docteur Charles Landman. Il vous verra aujourd'hui à quatorze heures.
- j'ai hâte de le rencontrer. Dis-je avec un grand sourire.
Il hochait la tête avant de quitter ma cellule avec les autres. Une fois la porte refermée, je regardait tout autour de moi. Pas qu'il y'avait quelque chose à regarder, la pièce était complètement vide. Je soupirai et me laisser tomber contre le mur. Mes bras étaient toujours maîtrisés par cette saloperie de camisole.
Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était et donc aucune idée du temps qu'il me fallait attendre le docteur qui avait eu le malheur de devoir s'occuper de mon cas. J'avais été sincère avec Christopher. J'avais hâte de rencontrer mon médecin. J'ai toujours méprisé ces gens qui se croyaient aptes à rentrer dans la tête des autres sous prétexte qu'ils avaient étudier quelques bouquins stupides.
Je n'avais pas eu besoin d'étudier quoique ce soit pour savoir étudier le comportement de quelqu'un. Et j'étais pressé de m'amuser avec le docteur Landman. Nous verrons qui parvient à le mieux cerner l'autre. Je pourrais peut-être le convaincre de me faire sortir mais est-ce que l'immunité de Norah serait toujours valable dans ce cas ?
Non, je ne pouvais pas sortir d'ici mais cela ne voulait pas dire que je ne pouvais pas m'amuser comme bon me semblait.
Je passais le temps à penser à Norah. Je passais en revue chaque instant que nous avions vécus ensemble. Je m'attardais plus particulièrement à notre rencontre. Je l'avais d'abord vue de dos et même comme çà, elle m'avait interpellé. J'avais peut-être eu l'intention de m'énerver contre elle mais dès que j'avais vu son visage, ma colère s'était aussitôt évanouie. Je pense qu'elle m'avait eu dans sa main dès cet instant. Et je l'ai très rapidement eue dans la mienne aussi.
C'était elle qui avait accepté de se plier à mon mode de vie et non l'inverse mais nous avions fait tout les deux pas mal de compromis pendant notre relation. Notre relation qui ne durait que depuis trois mois à peine. C'est tout ce que nous aurions eu ensemble. Et je n'en regrettais pas une seule seconde. Je retraverserai cent fois les épreuves que j'ai traversé rien que pour revivre ces trois mois avec ma poupée.
Je claquai violemment ma tête dans le mur derrière moi. Elle me manquais déjà atrocement. Comment allais-je supporter de vivre sans elle ?
J'étais perdu dans le souvenir de notre nuit à l'usine chimique quand j'entendit la porte s'ouvrir. Je vit Christopher avancer ainsi que les trois mêmes infirmiers que tout à l'heure. Je me levait machinalement et me laissait emmener jusqu'à destination.
Je sourit en voyant deux gardes armés à l'entrée de la pièce. J'entrait dans la grande pièce décorée avec mauvais goût. La tapisserie avait des motifs fleuris des plus ringards. Sans mentionner les tableaux. Le seul mobilier qu'il y'avait était la table et les deux chaises en plein milieu de la pièce.
- Asseyez-vous. Le docteur Landman va bientôt arriver.
- Fantastique.
Ils sortirent tous de la pièce et j'attendit en silence que le bon docteur daigne à arriver. Je me demandais si cette attente était un test ou une façon de montrer son pouvoir. Heureusement, je ne dût pas attendre plus de dix minutes.
Comme je m'y attendais, c'est un homme d'une cinquantaine d'années qui entrait dans la pièce. Il avait des cheveux bruns grisonnants et une petite barbichette ridicule. Et comme les autres, il portait une longue blouse blanche.
Il posait son dossier sur la table avant de s'asseoir devant moi.
- Bonjour. Je me présente, je suis le docteur Landman et c'est moi qui vais m'occuper de vous pendant votre séjour ici.
- J'avais cru comprendre.
Il sortit une paire de lunettes de sa poche et les mit avant d'ouvrir le dossier.
- Je vois qu'il a été décidé que vous n'avez pas le droit à de remise en liberté.
Je ne prit pas la peine de répondre. Je savais très bien qu'il ne découvrait pas ce qu'il y'avait inscrit dans ce dossier seulement maintenant. Il connaissait mon cas par cœur. La raison de ma présence ici, tout mes actes. Il cherchait juste à amorcer une conversation. Et bien il devrait se montrer plus créatif que çà.
- Vous avez commencé à vous faire un nom dans Gotham avec des petits cambriolages puis vous êtes rapidement monté en puissance. Du trafic, des meurtres, des attaques terroristes... Et tout cela sous le costume du Joker.
Quelle subtilité. Il s'attendait à ce que je lui révèle mes origines ? Il allait attendre très longtemps. Seule Norah savait ce qui m'avait rendu comme çà. Et je n'allais certainement pas partager cette histoire avec quelqu'un d'autre.
- Pendant des années, vous êtes parvenu à échapper aux autorités et même au Batman. Et vous finissez par vous rendre tranquillement. Pour votre complice, si je ne m'abuse. Norah Adams, c'est bien çà ?
Il me regardait d'un air interrogateur. Je le fixait intensément sans rien dire. Il redirigeai son regard vers le dossier et tourna une page.
- Bon, commençons par votre emploi du temps et votre traitement. Nous nous verrons une fois par jour à quatorze heures. Nous vous retirerons votre camisole lorsque vous serez dans votre cellule et vous serez emmenez deux fois par jour dans la salle de bain. Pour le traitement, vous aurez un puissant calmant ainsi qu'un anxiolytique. Et nous commencerons les électrochocs à partir de la semaine prochaine.
- Non.
Il sursauta à mon ton agressif.
- Pardon ?
- Pas d'électrochocs.
- Il n'y a pas à en avoir peur. C'est une méthode très utilisée dans cet établissement et elle a fait ses preuves.
- Je n'en veux pas.
J'avais entendu parler d'électrochocs. Certes, ils pouvaient se montrer efficaces mais l'un de leurs effets secondaires était la perte de mémoire. Ca, çà m'effrayait. Je ne voulais pas risquer d'oublier un seul souvenir de Norah. C'était ce qui m'aiderai à tenir ici. Revivre chaque moment vécu avec elle. Si je les perdais, je me perdrais moi-même et le pire de tout, je perdrais Norah.
- Très bien. Alors faisons un marché. Vous acceptez de participer à nos entretiens et pas d'électrochocs.
Je hochait doucement la tête. Je préférais faire la conversation à cet abruti plutôt que de risquer de perdre mes souvenirs.
- Commençons par parler de votre complice.
Je levait les yeux au ciel. Evidemment, il était curieux. Comme tout le monde.
- Que voulez-vous savoir ?
- Pourquoi vous être rendu pour elle ?
- Pour lui offrir sa liberté.
- Mais pourquoi ? D'habitude, vous disposez des gens sans ciller. Que représente-t-elle pour vous ?
- Elle est à moi. C'est à moi de décider si elle doit être enfermée ou pas et à personne d'autre.
- Donc Norah n'est qu'une possession pour vous ?
- Voila.
- Une possession pour laquelle vous être prêt à passer votre vie dans un asile. Et pour laquelle vous avez infiltré l'une des prisons les plus sécurisées au monde.
Le sarcasme suintait de sa voix. Il referma le dossier et se baissa légèrement en avant.
- J'ai toujours trouvé votre cas fascinant mais j'avoue que je suis encore plus fasciné depuis que j'ai entendu parler de votre complicité avec cette Norah Adams. J'avais toujours pensé que vous n'étiez pas le genre à avoir un partenaire. Et ensuite quand vous avez pris tout ces risques pour la faire sortir de Belle Reve, les choses sont devenues assez évidentes.
- Alors pourquoi me questionner là-dessus ?
- Parce que c'est un changement radical dans une vie. Même si vous êtes heureux de ce changement, un tel évènement peut être très déstabilisant.
Il ne croyait pas si bien dire. Norah avait tout bouleversé dans ma vie. Mon quotidien, mes émotions, mes principes, mes désirs.
- Tout le monde ne vit pas très bien ce genre de changement.
- Je le vivais très bien avant que le Batman ne s'en mêle.
- Vous en voulez au Batman d'avoir interféré dans votre relation ?
- A votre avis ?
- A mon avis, vous devriez lui en vouloir pour avoir trouvé un moyen de vous battre. Mais vous ne voyez que les choses à travers Norah.
Bien sûr que je lui en voulais de m'avoir battu. Mais ce n'était rien comparé à la haine que je lui vouais de m'avoir séparé à nouveau de Norah.
- Je me suis battu pour la sortir de Belle Reve. Effectivement, je l'ai un peu en travers de l'avoir reperdue aussi rapidement.
- Vous évitez mon propos. Ce n'est pas grave, nous en reparlerons demain. En attendant, je vais vous laisser prendre vos marques ici.
Il se leva et quitta la pièce. Il avait le Joker en face de lui. J'avais commis toutes sortes d'actes terribles et tout ce qui l'intéressait était de comprendre ce que je ressentais pour Norah. Encore une fois, je préférais cette alternative aux électrochocs.
Je n'attendit pas l'arrivée des infirmiers pour me lever. Le doc avait raison. Je devais commencer à prendre mes marques. Après tout j'étais coincé ici pour le reste de ma vie.
Coucou tout le monde ! J'espère que vous allez bien. Je suis contente de voir que l'idée de la grossesse vous plaise. Norah va avoir beaucoup de choses à gérer seule dans les prochains chapitres. J'espère que cela vous plaira. Merci encore pour vos belles reviews.
Bises à bientôt : B.
