Toutes mes excuses pour le délai: je déteste la rentrée...


Chapitre XXVIII : Choix anciens


Accroupi dans l'ombre de la paroi, Drago Malefoy surveille du regard Ginny et Neville qui s'avancent à pas de loup vers une espèce de hall. Considérant l'origine première du complexe, Hermione s'est chargée d'en présenter les caractéristiques principales et ils ont tous eu le droit à un cours sur l'édification d'abris souterrains en pleine Guerre Froide. Le Serpentard a néanmoins un peu de mal à se remémorer le discours initial tant ce dernier a été noyé dans le récit complet des enjeux du conflit ayant opposé les États-Unis à l'URSS durant la seconde moitié du XXe siècle. Après tout, les répercussions sur le monde sorcier anglais ayant été quasi inexistantes même si d'après Hermione, cela explique en grande partie pourquoi la confrérie de Salem n'est pas encore intervenue dans la lutte contre Voldemort. Ils sont juste lassés.

Comme les enjeux géopolitiques surpassent ceux du moment, Drago choisit judicieusement de se concentrer à nouveau sur l'avancée de ses amis tout en savourant le soin avec lequel les Mangemorts ont camouflé tout ce qui peut rappeler l'ascendance moldue de leur repère. Les torches disposées sur le mur permettant un éclairage bien plus chaleureux. Il amorce quelques pas, vérifiant maladroitement si la cape d'invisibilité prêtée à son corps défendant par Harry reste en place. Il est également parvenu à contenir sa rancœur devant l'explication rationnelle de tous les succès de son rival, ce n'était pas vraiment le moment.

Les deux Gryffondors viennent de pénétrer dans la grande salle devant être qualifiée d'esplanade car, semble-t-il, quelqu'un a pensé que cela serait très classe d'avoir une espèce de précipice de chaque côté du départ de trois autres couloirs. La qualité des gravures au-dessus de celui qui fait face au corridor emprunté lui permet de déduire qu'il s'agit forcément de son objectif. Il n'est pas étonnant que Voldemort ait veillé à la mise en scène de la présentation de la relique. Dans une grimace, il s'interdit de penser aux conséquences du mélange de la magie du Seigneur des Ténèbres avec la puissance contenue dans le réceptacle que demeure la Lance de la Passion. Parce que même les plus courageux peuvent ne pas désirer s'approcher d'une bombe.

Un frémissement dans l'air lui fait stopper net sa progression, le chemin n'est pas libre et il doute que la cape d'invisibilité lui offre une protection suffisante pour traverser ce qui doit composer une foule de Mangemorts. Il regarde Ginny et Neville se redresser à leur tour, une certaine surprise sur leur visage. Ce qui n'est pas spécialement un exploit à son avis puisque Londubat a toujours eu une tronche d'ahuri. La manœuvre n'en est pas moins risquée. L'entrée dans le repaire a été si simple, beaucoup trop facile pour s'en laisser convaincre, à contrario de leurs ennemis peut-être ? Finalement, la présence de Neville le balourd s'avère une idée magnifique tout comme celle de Ginny. Difficile de trouver des agneaux plus innocents.

Et dire que devant le sacrifice annoncé, ils ne reculeront pas. Foutus Lions. De sa main droite, Ginny brandit sa baguette tandis que sa gauche se tient repliée contre son cœur. À la voir, Drago vérifie machinalement que son briquet est toujours à sa place. Les lueurs tremblotantes laissent la pâleur de sa peau ressortir mais la jeune fille ne tremble pas. Pas même lorsque l'horrible rire suraigüe s'élève. Pas même lorsque la lumière vire vers un vert pourri tout en gagnant en force, révélant les silhouettes noires et en premier lieu, elle, la seconde terreur de son enfance, sa tante bien aimée, Bellatrix Lestrange.

« Deux bébés égarés, pauvres petits, pauvres petits ! chantonne l'araignée, satisfaite de voir les proies s'engluer dans la toile, oh ! Mais c'est mon petit Londubat chéri, tu viens venger Maman et Papa ? Viens mon trésor, viens mon bébé… Viens ! »

Un instant, Drago lit dans les yeux de Neville une telle rage qu'il croit que ce dernier va répondre aux provocations et accomplir enfin son devoir. Il avance un pied. Un unique pas, suffisant pour voir l'attention de Bellatrix et des silhouettes restées dans le noir se diriger vers lui. Et suffisant pour fournir à Ginny l'ouverture nécessaire. La Gryffondor jette brusquement sur le sol une petite cuillère qui est aussitôt entourée d'un halo de lumière. Ce qui a l'avantage miraculeux de camoufler la nature de l'objet alors qu'apparaissent Harry, Luna et les Jumeaux.

Des cris de rage déforment les rangs jusque-là silencieux des Mangemorts et des éclairs fondent en direction d'Harry qui a juste le temps d'amorcer le sortilège du bouclier pendant que Neville s'élance vers le centre de la pièce couvert par les Jumeaux et balance à son tour sa petite cuillère.

Un véritable feu d'artifices d'éclairs multicolores explose tandis que Remus Lupin et son escouade se précipitent vers les Mangemorts éparpillés devant le corridor de gauche, laissant Bill Weasley et la sienne nettoyer le chemin du côté opposé tandis que le groupe d'Harry fonce droit devant lui. Drago ne perd pas davantage de temps à contempler le spectacle et se lance dans un slalom en direction du couloir central. Réussissant l'exploit de passer entre les divers sorts sans avoir la possibilité d'en émettre lui-même de peur de révéler sa position. En vérité, il ne résiste pas à la récitation d'un ou deux informulés dont un envoie le vieux Macnair rejoindre le précipice au moment où l'immonde débris s'apprête à attaquer Nymphodora Tonks dans le dos. Ce n'est pas le moment de perdre sa seule famille. Quant à évoquer que cette parenté nouvelle inclut par la force des choses Potter, il se garde bien d'y songer. Il balance, toutefois, un dernier coup d'œil sur le champ de bataille avant de s'engager dans le corridor. Pourvu qu'ils restent tous en vie. Considération si inédite pour lui qu'il en manque de s'étouffer, la main serrée contre son briquet. Son cœur résonne trop fort, l'effrayant presque, depuis combien de temps a-t-il abandonné sa peau de serpent ? Le fracas des détonations compose un ballet assourdissant, des flashs de lumière rebondissant contre les parois, ponctués par les hurlements de ceux qui basculent dans les précipices. Pourtant, Drago n'entend rien mis à part l'étrange résonnance dans sa poitrine, comme si des liens longtemps rompus se rattachaient à nouveau. Des brins qui, autrefois, se sont tendus tendus jusqu'à casser quand ils n'avaient pas été proprement tranchés par l'œuvre de son père. Un infime fil, pourtant, a perduré, retenant son âme dans son corps. Et à présent, voilà qu'il n'est plus seul. Sa solitude s'est éloignée et une crainte jamais ressentie l'a rattrapée. Un perdu pour un rendu. Ses jointures se resserrent sur le froid métal du briquet et avec un léger sourire, il le replace dans sa poche. C'est mieux ainsi, il ne veut pas les perdre. Drago inspire longuement et reprend sa marche à pas lent dans le corridor.

Les renforts de la Résistance se sont déployés dans un professionnalisme que la réalité du terrain affecte aussitôt. Bien qu'ayant tous en tête les manœuvres précédentes au manoir Hepburn, les plus jeunes comprennent rapidement que combattre un familier n'est pas la même chose que des Mangemorts d'élite. Bien au contraire, confirmant ironiquement un adage moldu, une unique conclusion s'impose, les mages noirs gagnent en puissance en vieillissant. Comme le vin à défaut du jus de citrouille. De toute façon, ils n'ont pas obtenu leur place de membres du premier cercle de Voldemort dans une pochette surprise et Lavande Brown ne tarde pas à l'apprendre à ses dépens. Pourtant elle n'est plus une novice depuis longtemps, trop téméraire simplement. Parvati s'en est bien aperçue mais personne n'y a attaché assez d'importance, un soldat qui ne craint pas un assaut est un avantage point. Ils n'ont plus le temps de s'intéresser les uns aux autres de toute façon, bloqués qu'ils étaient dans un présent qu'ils ne peuvent que subir.

Enfants évaporés dans les bribes d'une mémoire que nul ne consulte, sans jamais songer à un futur éventuel. Trop de douleurs à espérer. Machines dénouées d'émotions capables de tuer en affectant de ne pas reconnaître celui qui, un jour, un siècle auparavant, a tenté de regarder sur votre parchemin lors d'un contrôle. Qui aurait pu remarquer que l'enjouée Lavande a perdu ses dernières rondeurs enfantines après la mort de Ron Weasley ? Qu'elle s'est entraînée sans relâche pour chaque jour courir davantage à la mort ? Au moins l'a-t-elle trouvée, sans s'enfuir ou reculer alors même que sa main gauche s'effrite après le sort de Rookwood. Elle jette un dernier jet de lumière et sa baguette explose au moment où sa tête se fracasse contre le sol. Padma hurle mais sa sœur l'empêche de se précipiter, Lavande n'est pas la seule à tomber.

Rendant un invisible hommage à leur professeur de Métamorphose, les quelques élèves survivants présents se concentrent et transforment les blocs de pierre projetés des murs en une véritable palissade offrant quelques secondes de répit aux assaillants. Ils n'en ont que trop besoin, des Mangemorts ne cessent de sortir par les deux couloirs transversaux. Au centre de la salle toutefois s'est recomposée la formation de l'AD et Harry Potter se rapproche petit à petit du couloir emprunté en éclaireur par Drago. Autour de lui, Ginny, Neville, Luna et les Jumeaux forment un rempart solide, complétant mutuellement leurs attaques de manière à ne laisser aucun angle mort. Tout autour d'eux, les combats des renforts constituent des diversions parfaites. Sauf que Drago n'est pas au théâtre et il se retrouverait fort stupide à demeurer l'unique spectateur à la fin. Aussi, sans accorder un regard supplémentaire au groupe en approche, il reprend son cheminement le long du couloir.

Quelques mètres suffisent à l'isoler du vacarme, il choisit d'en déduire qu'il touche forcément au but et resserre aussitôt ses doigts contre sa baguette. Il aurait été surprenant que Sa Noirceur Ténébreuse n'ait pas envisagé une suite à la hauteur de l'objet caché. Un frisson le parcourt, non pas de peur, bien au contraire. Une sensation familière, la proximité de la mort sans possibilité de s'en retourner. Avancer et vaincre. Peu lui importe la qualité des maléfices, ni même le fait qu'ils soient de la patte de Voldemort, magie noire et Malefoy sont inséparables. Agrémentant son mouvement d'un lumos, il approche sa baguette de la roche, à la recherche d'un signe précis et grimace en le trouvant plus proche qu'il ne l'aurait crue. La rune est à moitié effacée, ce qui ne l'empêche pas d'en capter le sens ni même d'en repasser les contours d'un doigt ensanglanté.

« Le commencement », marmonna-t-il machinalement avant de se traiter d'imbécile, le serpent ne saurait être bavard. Furtif, nul n'est censé le distinguer et encore moins l'entendre. Il est donc logique de compter dans sa tête. Un pas, un autre, encore un, jusqu'au sixième. Stopper net, attendre, fermer les yeux pour les rouvrir aussitôt, ressentir le froid glacial qui s'insinue le long de son échine. L'attaque est piètre et attendue, il faut bien offrir quelques compensations à ses alliés. Les Détraqueurs l'entourent et lui reste coi, immobile, bien qu'il puisse sentir leur frustration. Se concentrer pour ne ressentir que de la colère n'est pas difficile et il ne demeure nulle joie dans la haine. Il évite l'erreur évidente et ne prononce les mots que dans sa tête, un étrange sourire parsemé de surprise lorsque les filaments blancs se matérialisent et font fuir les créatures maléfiques. L'animal l'observe tendrement avant de disparaitre, un air contrit sur la figure pour ce que le jeune homme en jure. Sauf qu'il n'a pas le choix, cette quête doit s'accomplir seul et il reprend son décompte muet. Un, deux, trois, quatre, cinq. Il s'arrête d'un coup, se mordant la lèvre. Tout pas commencé compte, l'obstacle franchi également.

Le pire est évité de justesse, soit un mur de flammes se dressant soudain devant lui, la proximité le conduisant à la limite de la brûlure mais il se garde bien de reculer. Ni même de paniquer en observant des gueules apparaître puis chatoyer au milieu du brasier. Du feudeymon, du moins un assimilé, car chacun sait qu'un feu aussi maléfique ne saurait être contrôlé et qu'au lieu d'attendre que sa victime détale pour la poursuivre, il se serait forcément repus du repaire tout entier. Drago ne peut qu'admirer le choix du leurre et se féliciter d'être en mesure de le surmonter. L'adage, là encore, est simple, bien que l'apanage d'un Mangemort, combattre le mal par le mal. En l'occurrence, un « incendio » troque le brasier en un autre qu'il chasse d'une oscillation négligée du poignet. Le Serpentard se garde bien de manifester un quelconque triomphalisme. Il n'ignore pas que tout fonctionne par trois, aussi, il se contente d'enchaîner sur une nouvelle série, chaque pas paraissant devenir plus grave comme l'issue se rapproche. L'ultime obstacle, si fidèle à son nom. L'arche se matérialise devant lui et le voile agité par un vent d'outre-tombe lui effleure le visage. Drago inspire profondément, mal à l'aise de comprendre que cette traversée, tant invoquée un an à peine auparavant, le rebute désormais. L'ironie s'attache décidément toujours à ses talons, et dire qu'il doit adjoindre à l'addition le fait que son Salut lui soit accordé par l'Élu. Par égard pour son amour propre, il préfère se souvenir que c'est Hermione qui a explicité la nécessité d'utiliser la cape de Potter. Cape qu'il retire avant de s'en envelopper avec le plus grand soin, il n'est pas question d'abuser des Mangemorts cette fois-ci mais le maître de tous. La faucheuse qui a vaincu Sirius et qui se laisserait abuser par son propre don. Quant à savoir s'il s'agit d'une preuve d'amour que d'appliquer des conseils déduits d'un vieux livre de conte, il n'est plus temps de s'en inquiéter. Arborer le jugement d'Hermione comme bouclier dissimule parfaitement son ressentiment. L'enjeu en est toutefois suffisamment intense pour qu'il en oublie de respirer en se glissant sous le voile. Aussitôt, les voix l'entourent, si douces, si tendres, si aguichantes, pour un voyage qui ne prendrait jamais fin. Il croit entendre sa mère et manque de se découvrir. Mais il n'est pas destiné à cette paix éternelle s'il en croit l'impérieuse volonté qui s'insinue dans son esprit. À cette dernière il ne peut qu'obéir malgré un étrange ressenti, celui d'un déchirement tel que la gorgée d'air inspirée à la suite lui semble la première jamais respirée.

Drago halète quelques instants, la cape arrachée et froissée dans son poing. Il jette un court regard derrière lui afin de vérifier que le couloir est maintenant libre de tout maléfice. Rien à dire, Voldemort aime le grandiloquent, convaincu d'avoir dressé la Mort au point d'invoquer son arche. Sa mission accomplie ne laisse aucune place au soulagement. Le couloir débouche sur une vaste pièce circulaire dominée par des stalactites éclairées d'une lumière verdâtre d'une familiarité écœurante. Aux stalactites répondent leurs consœurs stalagmites et forment un écrin parfait autour de la lance qui tourne sur elle-même tout en gouttant sur le sol. La flaque n'a jamais débordé et constitue un miroir parfait, un œil qui doit descendre jusqu'au centre de la terre elle-même. Cependant, Drago n'est guère subjugué par l'atmosphère, ni même enchanté par la proximité du succès de sa quête. Il n'est pas peintre mais soldat, aussi n'a-t-il pu manquer les deux autres couloirs qui, bien que moins large, permettent d'accéder à la Lance. Et, il l'aurait parié, sans la moindre épreuve à franchir, cela aurait été étonnant pour des accès de service. Quant à qualifier leurs usagers d'agents d'entretien, il décide de garder par devers lui cette plaisanterie. Ou plutôt l'efface aussitôt de son esprit et se retourne lentement en direction de la silhouette apparue derrière son dos.

«Rôder dans le noir tel un rat n'est qu'espérer la botte qui t'écrasera. Je n'aurai pas espéré m'occuper des deux traitres le même jour.

— Père. »