CHAPITRE LVI

Elle ne pouvait pas penser. Il semblait que sa capacité de raisonner ait été supprimée par l'intense douleur qui envahissait chaque cellule de son corps. Elle ne se souvenait pas être arrivée jusqu'à sa chambre, mais soudain elle se trouva immobile au milieu de la pièce, sans savoir quoi faire. Elle essuya les larmes de son visage et le baigna d'eau fraîche.

« Que vais-je faire à présent ? Réfléchis, » se dit-elle à voix haute pour s'obliger à penser. Elle appela ses domestiques. Elle savait ce qu'elle devait faire. Serait-elle vraiment capable de le faire ? « Préparez mes malles et celles des enfants. Avertissez Mrs Johnson que nous partons en voyage immédiatement. » Les servantes obéirent et partirent en chuchotant vers la garde-robe.

Elizabeth se retrouva de nouveau seule dans sa chambre. L'ordre était donné, elle devait quitter Pemberley. Chez Jane, elle serait bien reçue, elle pourrait avancer l'excuse de la prochaine naissance du bébé. Personne ne pourrait faire de commentaires insidieux. Plus tard, elle réfléchirait à ce qu'elle ferait après que sa sœur ait eu son enfant.

Elle entendit les pas de Darcy dans le couloir. Elle se précipita comme affolée pour verrouiller la porte. Celle qui séparait leurs chambres était depuis des semaines fermée à clé. Il frappa contre le battant avec force.

« Elizabeth ! Ouvre la porte ! » exigea-t-il en levant la voix tandis qu'il essayait en vain d'ouvrir la porte. Elizabeth ne répondit pas. Elle était paralysée à la perspective d'entendre de ses lèvres, celles qu'elle aimait tant embrasser, la douloureuse vérité qu'elle venait de découvrir.

« Nous devons parler. Je t'assure que l'idée que tu t'es faite n'est pas la vérité, » dit-il en baissant le ton, tentant de paraître plus calme. De l'autre côté, Elizabeth esquissa une moue d'incrédulité à ces paroles. « Elizabeth, je sais que tu es là ! J'enfoncerai la porte s'il le faut ! » s'impatienta-t-il face à l'absence de réponse.

Darcy se tut, dans l'expectative. Il entendit la clé tourner et le verrou de la porte glisser. Il appuya sur la poignée et ouvrit. Son épouse le regardait, ses yeux rouges d'avoir pleuré et l'expression de son visage trahissant son cœur brisé. Il se sentit terriblement mal en réalisant qu'il était responsable de cette douleur. Lui, et ses stupides décisions.

Aucun des deux ne disait rien. Darcy luttait contre l'impulsion de la prendre dans ses bras pour la consoler, mais il savait que cela ne serait pas une bonne idée.

« Lizzie…

- Ne m'appelle pas ainsi ! Seules les personnes qui m'aiment ont ce privilège, - l'interrompit-elle, les yeux inondés de larmes d'indignation.

- Ne… ne dis pas cela. Laisse-moi m'expliquer avant de décider de me haïr.

- Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup à expliquer. Je suis la risée de la maisonnée depuis des semaines. Aujourd'hui seulement je l'ai vu de mes yeux.

- Tu sais que je t'aime…

- N'y pense même pas ! Je t'interdis de dire cela ! Tu… tu ne sais pas ce qu'est l'amour. »

Darcy baissa la tête, le regard tourné vers le sol. Il savait qu'il méritait ces paroles et bien pire encore, mais elles n'en faisaient pas moins mal.

« Je t'assure qu'elle ne représente rien, en comparaison à ce que je ressens pour toi. »

Elizabeth porta la main à sa bouche, pour retenir l'insulte qui menaçait de lui échapper. Elle voulait conserver sa dignité.

« Comment peux-tu dire cela ? Je préfèrerais t'entendre dire que tu l'aimes, plutôt qu'une justification aussi lamentable. Au moins, si tu l'aimais, je pourrais comprendre ta décision de briser les vœux sacrés que tu as prononcés en m'épousant.

- Je n'ai pas rompu le serment que je t'ai fait ! – répliqua-t-il, blessé par son accusation.

- La plupart des hommes de ta position pensent que la femme n'est qu'une position de plus, qui sert pour leur donner des héritiers et obéir à leurs ordres. Une épouse qui accepte qu'ils prennent le droit de satisfaire leurs besoins hors de chez eux. Je t'ai épousé parce que je pensais que tu étais différent de ces hommes.

- Je le suis, - assura-t-il.

- Non, tu ne l'es pas. Je t'ai donné tes héritiers, tu as perpétué ton nom, et tu n'as plus besoin de partager mon lit.

- J'ai toujours partagé ton lit, parce que c'est ce que tu désirais.

- Et tu ne le fais plus. A présent, tu le fais avec…Margareth ?

- Je ne partage pas de lit avec Maggie.

- N'insulte pas mon intelligence ! » s'exclama-t-elle irritée. Entendre ce diminutif tendre fut comme recevoir un coup de poignard. Immédiatement, elle chercha à se calmer : ce n'était pas l'image qu'elle voulait donner.

Une domestique frappa à la porte et entra, craintive. « Madame, je voudrais savoir combien de robes dois-je empaqueter.

- Je serai absente un certain temps. Je m'en remets à votre jugement, » répondit Elizabeth. Elle n'avait pas pensé à cela.

« Tu me quittes ? » demanda Darcy, la voix tremblante. Elizabeth hocha seulement la tête. « Tu emmènes les enfants ?

- Oui, si tu ne me l'interdis pas. Nous irons chez Jane. »

A son tour, il acquiesça silencieusement. Il était abattu par la nouvelle qu'il venait de recevoir. « Elizabeth, je t'en prie, écoute-moi. Ne me quitte pas. je te jure que je n'ai jamais partagé mon lit avec elle, ni n'ai l'intention de le faire avec quiconque qui ne serait pas toi.

- Très bien, j'écouterai ton explication. Mais cela ne signifie pas que je vais changer d'avis, - dit-elle avec une certaine curiosité, s'asseyant dans un petit fauteuil de lecture.

- Maggie n'est pas ma maîtresse. Jamais l'idée ne m'est venue d'en avoir une. Je t'ai épousée par amour et je t'aime toujours. Margareth est… une vieille amie.

- Et je devrais croire cela ? – répondit-elle, incrédule.

- C'est la vérité, - assura-t-elle avec sérieux.

- Et pourquoi as-tu cessé de partager mon lit ? Pourquoi t'es-tu acharné à t'éloigner de moi ? Ce n'est pas l'attitude de quelqu'un d'amoureux.

- Je suis désolé. J'ai mal agi. Je sais que je t'ai blessée en prenant cette décision mais j'avais mes raisons, qui désormais me paraissent absurdes.

- Je veux connaître ces raisons.

- Je ne peux pas t'en dire plus. Je te demande de me faire confiance, » la pria-t-il en s'approchant du fauteuil, et s'agenouillant face à elle. En lui prenant les mains, il perçut la raideur de sa posture.

« Tu persistes à me cacher des choses, et tu voudrais que je te croie ? Tu dois vraiment avoir perdu l'esprit. Je suis déjà la risée de la région, cela ne m'intéresse pas de continuer à l'être, - et disant cela, elle retira ses mains des siennes. – Il me faut une voiture. J'espère que tu auras l'amabilité de m'en procurer une, je ne veux pas demander à Charles de venir me chercher. Je passerai quelques mois à Green Park, tu pourras rendre visite aux enfants chaque fois que tu le voudras, mais je te prie de ne pas venir me voir.

- Maggie est ma sœur, » avoua-t-il soudainement, et le silence suivit cette déclaration. Elizabeth ne savait que dire. Darcy reprit la parole : « Tu sais que dans les douze ans qui ont précédé la naissance de Georgiana, ma mère a subi plusieurs fausses couches ?

- Oui, je le sais.

- Après la deuxième grossesse perdue, le médecin a recommandé de ne plus chercher à avoir d'enfant. Mon père l'a accepté et a commencé à fréquenter une femme qui travaillait pour nous à Londres. De cette relation est née Margareth.

- Comment le sais-tu ?

- D'après des lettres personnelles qui sont parvenues jusqu'à moi. Mon père lui a laissé une petite somme. Il y a quelques semaines, j'ai appris son existence, et qu'elle était gravement malade. Elle n'avait personne vers qui se tourner, et dans cette situation elle m'a contacté, - répondit-il, honteux mais espérant le pardon.

- Pourquoi ne m'a dit rien dit ? Pourquoi m'avoir fait souffrir cet enfer ? – lui demanda son épouse blessée.

- Je me sentais perdu. Découvrir ce qu'avait fait mon père, comment cela aurait pu ruiner sa famille et détruire le respect attaché à notre nom…

- Tu veux dire que tout cela tient à ta stupide fierté ? – s'exclama-t-elle avec douleur et rage dans la voix. – Tout ce temps, j'ai cru que ton orgueil égoïste avait disparu ! » Elle se leva et s'éloigna de lui.

« Non, ce n'est pas cela ! Ce n'est pas de l'égoïsme, je suis dans une situation compliquée et je voulais te laisser en dehors du problème.

- Ne me connais-tu pas assez pour croire que tout cela ne m'affecterait pas ? Ne sais-tu pas que je t'aime au-delà de la respectabilité ou la richesse de ta famille ?

- Je suis désolé, je sais que j'aurais dû t'en parler.

- Tu m'as exposée aux calomnies et tu m'as brisé le cœur.

- Ce que je t'ai dit ne change rien ? – demanda-t-il avec incertitude.

- Non, cela ne change rien. Cela me fait mal que tu n'aies pas confiance en moi, que tu préfères te détourner plutôt que reconnaître que ceux de ta classe commettent également des erreurs. Pour le moment, je dois me séparer de toi, j'ai besoin de m'éloigner.

- Pour combien de temps ?

- Je ne sais pas. Jane souhaite me voir. Je pourrais également me rendre à Longbourn, mon père me recevrait avec plaisir.

- Il n'est pas nécessaire que tu t'en ailles. Je peux moi-même aller à Londres. Ne pars pas, je t'en prie.

- Il faut que je parte, tout ceci ne m'appartient pas, - insista Elizabeth en embrassant d'un geste la pièce.

- Me pardonneras-tu ? – interrogea Darcy en s'approchant lentement, tout en laissant un espace prudent entre eux.

- Je ne suis pas le genre de femme à cacher la vérité, - lui répondit-elle en faisant clairement allusion à ce qui s'était passé. – Je ne sais si je pourrai. »

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Jane était alitée, comme durant les neuf derniers mois. Sa grossesse avec été très compliqué, avec le risque contant de ne pas la mener à terme.

« Oh, Elizabeth, comme je suis heureuse ! » s'exclama-t-elle avec joie à la vue de sa sœur cadette. Elizabeth s'approcha du lit, l'embrassa sur le front en caressant son ventre rond et lui sourit. « Mr Darcy est-il venu avec toi ?

- Non. Mr Darcy a beaucoup à faire à Pemberley, - mentit-elle.

- Alors, je devrai lui écrire pour le remercier d'avoir accepté de se passer de toi et des enfants pour que vous me teniez compagnie.

- Cela n'est pas nécessaire, » répondit Elizabeth, et elle jeta un regard à Charles dont le visage avait rougi plus que de normal. Il était évident que les rumeurs couraient vite et que Green Park n'en était pas resté à l'écart.

- Mais voyons, bien sûr que si, - insista Jane, avant de s'inquiéter en voyant sa sœur perdue dans ses pensées : - Lizzie, que t'arrive-t-il ?

- Rien… Ce doit être la fatigue.

- Je vais te faire préparer la chambre juste en face de la mienne, et non loin de celle des enfants. Peut-être souhaites-tu te rafraîchir et te changer ?

- Oui, cela me ferait beaucoup de bien. »

Elizabeth accepta le bras que Charles lui offrait, et il l'accompagna hors de la chambre. Lorsqu'ils furent dans le couloir, elle reprit la parole :

« Charles, je n'ai pas besoin de votre pitié, et je sais que vous être l'ami de Fitzwilliam. Je n'abuserai pas de votre hospitalité : je partirai après la naissance. »

Mr Bingley rougit de nouveau. « Darcy est mon ami, mais si ce que j'ai entendu est vrai, je ne souhaite plus l'être. Vous faites partie de ma famille et serez la bienvenue aussi longtemps que vous le désirerez. Je vous l'ai déjà proposé auparavant, l'invitation tient toujours.

- Merci, cher Charles. Cependant, ne croyez pas tout ce qu'on a pu vous dire. Mon mari m'a déshonorée, mais pas de la façon que tous semblent croire, » répondit-elle, acceptant le léger serrement de mains qu'il lui donna en guise de réconfort.

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Deux jours après son arrivée à Green Park, Elizabeth reçut un message de son époux :

Elizabeth,

J'espère que Jane est en bonne santé. Georgiana m'a rendu visite, et est repartie déçue de ne pas t'avoir vue ni les enfants. Je n'ai pas eu le courage de lui dire la vérité.

Vous me manquez tant que j'en ai mal physiquement, et je me demandais si tu me permettrais de venir vous voir samedi prochain.

F. Darcy

Elizabeth ne souhaitait pas encore le voir, la douleur de ce qui s'était passé était encore présente comme une blessure ouverte. Elle lui répondit courtoisement qu'il pourrait rendre visite à ses fils mais qu'elle-même resterait à l'écart de la réunion.

Le samedi arriva trop vite. En entendant la voiture s'arrêter devant le perron, elle s'excusa auprès de Jane et alla s'enfermer dans sa chambre. Elle sut après par sa sœur que son mari était passé brièvement la saluer avant de repartir pour Pemberley.

« Quel dommage qu'il doive se rendre à Londres… Je l'ai prié de rester quelques jours. Je sais qu'il te manque atrocement : depuis ton arrivée, tu as cette petite mine qui me fend le cœur. Il m'a promis qu'il resterait plus longtemps la prochaine fois. Lui non plus ne semble pas aller bien. »

Elizabeth feignit un sourire, et descendit rejoindre Charles pour souper. « Part-il vraiment pour Londres ? » Pour autant qu'elle ait voulu ne pas aborder le thème, elle ne put s'empêcher d'interroger son beau-frère.

« Non, c'est un mensonge que je lui ai demandé de faire. Je veux que Jane persiste dans son ignorance, je ne souhaite pas lui causer d'inquiétudes si près de l'accouchement.

- Je vois.

- J'espère que vous ne m'en voudrez pas, - se préoccupa Charles.

- Bien sûr que non, je comprends que vous protégiez Jane. Cela me réjouit que vous preniez tant soin d'elle.

- Il ne s'agit pas de cela. J'ai confronté Darcy, aujourd'hui, il me semblait que je devais défendre votre honneur. Il m'a raconté ce qui s'était passé.

- Oh ! – s'étonna-t-elle.

- Je ne vais pas défendre son comportement. Mais cela m'a désolé de le voir comme je l'ai vu. Il ne semble pas bien dormir, il est mal rasé et je jurerais qu'il a perdu du poids. »

Elizabeth aurait voulu se réjouir d'entendre de telles nouvelles, mais elle ne pouvait pas. Elle inspira profondément et, les yeux baissés sur ses mains, répondit : « Il s'en remettra. »

Un peu plus tard, alors qu'ils s'étaient installés au salon, Bingley lui remit un paquet de lettres que Darcy avait apporté de Pemberley. Dans sa fuite précipitée, elle avait oublié d'aviser sa famille et ses amis de sa nouvelle adresse. Dans le petit tas de messages, elle trouva une missive de son père qui lui écrivait que Mary était courtisée par un jeune avoué qui travaillait à Meryton avait leur oncle Philips. Elizabeth sourit en imaginant combien leur mère serait ravie de cette nouvelle. Elle en avisa son beau-frère avant de continuer à examiner sa correspondance. Elle fut surprise de trouver une lettre de Mr Thorton : il l'informait qu'il serait en Derbyshire la semaine suivante, logerait à Lambton et souhaiterait lui rendre visite.

Elizabeth s'excusa auprès de Charles et se retira dans sa chambre sous le prétexte de répondre à son courrier. Prenant la plume, elle invita l'aimable Mr Thorton à venir la voir à Green Park.

Cette nuit-là, tandis qu'elle essayait de trouver le sommeil qui n'arrivait pas, une domestique frappa à sa porte pour l'avertir que Jane avait commencé à accoucher. Elizabeth se vêtit rapidement et traversa le couloir. Elle trouva sa sœur en pleine contraction, face à son mari terrorisé.

« Avez-vous appelé le médecin ? » Charles hocha la tête. « En ce cas, Mr Bingley, vous pouvez vous retirer. Je resterai avec elle jusqu'à ce qu'il arrive, » dit-elle au grand soulagement de son beau-frère.

Le jour se leva sans que le bébé ne soit né. La sage-femme confirma ce qu'Elizabeth craignait, que l'enfant était mal positionné. Cela annonçait un accouchement long et difficile. Enfin, vers midi, un fragile et petit garçon naquit. Jane avait perdu beaucoup de sang et était faible. Elizabeth eut peur pour leurs deux vies. Par chance, ils se montrèrent plus forts qu'ils ne semblaient et le jour suivant, avaient retrouvé des forces.

Charles était bien plus tranquille et fier d'Henry, son fils – nom qu'avait porté son grand-père. Ils attendaient la venue des Hurst. Caroline Bingley resterait à Londres pour le début de la saison : des rumeurs couraient sur ses prochaines fiançailles avec un lord veuf qui avait le double de son âge.

L'arrivée d'une voiture ne surprit pas les femmes qui se trouvaient dans la chambre avec leurs bébés. Mais l'annonce de la présence de Mr Darcy fut un coup soudain pour Elizabeth, qui la laissa le souffle coupé et sans le temps de réagir. Une seconde plus tard, il se tenait devant elle.

« Mr Darcy, j'espère que vous n'êtes pas malade. Vous n'avez pas bonne mine, et je crains avoir abusé en gardant Elizabeth ici si longtemps, » salua aimablement Jane. Ils échangèrent un regard rapide et cherchèrent à détourner la conversation. Puis Elizabeth lui tendit James et sortit pour aller chercher William. Darcy la suivit.

« Je te serais reconnaissante, lorsque tu viens voir les enfants, de me prévenir à l'avance, - lui reprocha-t-elle.

- J'ai oublié. Charles m'a invité à venir faire la connaissance d'Henry, et j'avais envie de voir les enfants.

- Tu pourrais te raser et te faire couper un peu les cheveux. Cela ne serait pas mal non plus que tu prennes un bon bain. Je ne souhaite pas que Jane s'inquiète et décide de me renvoyer avec toi.

- Je promets d'en tenir compte. Je ne m'étais pas rendu compte que je n'étais pas présentable.

- Tu à l'air désastreux.

- C'est ainsi que je me sens, - répondit-il avec les yeux pleins de chagrin.

- Tu n'as pas le droit de me regarder ainsi. J'ai plus de raisons que toi de me montrer meurtrie et pourtant je vais de l'avant.

- Elizabeth, rentre chez nous, - la pria-t-il en lui saisissant le bras. – Je sais que nous pouvons surmonter cela. Margareth est partie, elle a immédiatement décidé de rentrer à Londres quand elle a appris la situation qu'elle avait causée involontairement.

- Et tu crois que cette nouvelle me rend heureuse ? Elle n'est pas coupable de ce qui s'est passé et je ne lui souhaite aucun mal.

- Je t'en prie, pardonne-moi. Je ferai ce que tu désires.

- Alors, je te demande de me donner du temps et ne pas me presser.

- Ne m'aimes-tu donc plus ?

- L'amour n'a rien à voir. Tu m'as terriblement déçue, et seul le temps me dira si je peux l'oublier. »

A ce moment, la bonne apparut avec William et Elizabeth tint la conversation pour terminée. Elle s'enferma dans sa chambre et, enfouissant son visage dans l'oreiller, pleura amèrement.

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Par un beau matin d'automne, Mr Thorton arriva à Green Park. Le gentleman fut présenté au maître de maison et salua courtoisement Mrs Darcy.

« Votre changement d'adresse m'a surpris, mais je comprends à présent les raisons de votre séjour chez votre sœur, - commenta-t-il tandis qu'ils arpentaient les jardins entourant la demeure.

- Oui, entre autres raisons, je suis là pour l'aider.

- Je crois avoir appris ces autres raisons à l'auberge de Lambton. » A cette remarque, Elizabeth fut prise de honte. « Je suis désolé. J'en ai trop dit, j'ai été rude et discourtois, - s'excusa Thorton.

- Je vous en prie. Je sais déjà que je suis la risée de la région, et cela ne m'étonnerait guère que la rumeur soit parvenue à Londres, - répondit-elle avec tristesse.

- Je suis navré, mon commentaire hors de propos vous a affligée.

- Vous vous trompez, Mr Thorton. Celui dont le comportement m'a rendue malheureuse est mon époux.

- M'autorisez-vous à vous parler sincèrement ? – s'enquit Mr Thorton.

- Je pensais que vous étiez toujours sincère avec moi, - répliqua-t-elle avec un léger sourire.

- Je ne comprends pas comment quelqu'un qui jouit du trésor d'une épouse intelligente, belle et amoureuse, se risque à le perdre pour un caprice.

- Tout n'est pas ce qu'il paraît, bien que doive admettre qu'il m'a exposée à de cruels commentaires et que j'ai perdu ma foi en lui.

- Ne vous croyez pas obligée de l'excuser à mes yeux.

- Ce n'est pas ce que je cherche à faire. Croyez-moi, je suis si indignée contre lui que je ne sais si je pourrai lui pardonner, - se justifia Elizabeth, tandis qu'ils revenaient vers sa voiture qui l'attendait, prête à repartir.

- En ce cas, permettez-moi de vous dire que ma demeure est à votre disposition. Pour vous, et vos enfants, - et disant cela, il prit sa main et la porta à ses lèvres pour la baiser brièvement.

- Je vous remercie, Mr Thorton, pour votre offre que je ne suis pas sûre de pouvoir accepter, - répondit-elle courtoisement.

- Pourrai-je à nouveau vous rendre visite, lors de mon voyage de retour ? – sollicita Thorton.

- Ce sera un plaisir de vous voir, » dit-elle, avant de prendre congé de lui.

Depuis la fenêtre du bureau de Charles, un Darcy bien plus élégant tordait ses gants, tandis qu'il observait la scène.