Titre : Underground Ch.41 - Aveux.

Auteur : Nandra-chan

Disclaimer : La plupart des personnages sont à CLAMP, le reste est à moi, le monde d'Argaï aussi. Le boulot aussi. La connerie aussi (malheureusement...). Les fautes d'orthographe et de français sont à quelqu'un d'autre.

Note : Ah, il est déjà si tard ? Piouf... ce chapitre m'aura pris du temps, mine de rien. C'est fou ce qu'on rame quand on doit faire attention à tout ce qu'on doit pas oublier de dire, et tout ce qu'on doit pas encore dire. Mais bon, on avance, petit à petit :)

Temps passé sur ce chapitre : 7 heures.

Réponse aux reviews :

Soren : haha, le pire que glauque ça va venir, encore un peu de patience. Et sinon oui, moi aussi je l'aime ce chinois. C'est bon le chinois.

Alia : alors pour ta théorie sur le second de Wei, c'est pas DU TOUT ça, mais tu t'en doutais :p Et sinon, pour ta question, eh bien en fait je n'en sais rien. On a dit pas Ashura, déjà, et à part lui je vois pas qui ça aurait pu être, ou alors Fye était bourré et c'était un coup d'un soir, hihi.

Nini : oh ah que ça fait plaisir !

Lily : oui cette réplique m'a fit rigoler toute seule (c'est bien je m'auto-fais rire). Et pour ta solution bah, ils vont quand même passer encore un peu par la case blabla avant de foncer dans le tas. Vu que pour foncer dans le tas, il faut d'abord savoir où trouver le tas... CQFD.

Pour reviewter, c'est en bas au centre !


Cinquantième jour – le 23 mars – Aveux.

Clarens Sampeur monta dans sa voiture, claqua la portière et mit le contact. Il se sentait fatigué et il serait bien rentré chez lui mais sa journée était loin d'être terminée. Son travail sur les docks étaient une chose, et quand il s'arrêtait, il y avait cet autre boulot qui prenait le relais, plus agréable parfois, effrayant, la plupart du temps. Financièrement très gratifiant, mais dans le fond, ça n'avait plus tellement d'importance.

Il avait été idiot. Il avait vu le piège trop tard. Quand on lui avait proposé le premier job, un simple racket, payé une fortune, il aurait dû se méfier mais il avait cru à sa chance. Il avait cru qu'avec l'argent qu'il venait de gagner et deux ou trois coups supplémentaires, il pourrait quitter son job sur les docks, s'acheter un camion et vendre des pizzas. Son rêve de gosse. Il n'avait jamais eu beaucoup d'ambition.

Mais ça ne s'était pas du tout passé comme il l'espérait et il ne s'était rendu compte qu'il avait posé le pied dans un piège à loup que quand des mâchoires d'acier s'étaient refermées sur lui. Il se souvenait parfaitement de ce soir-là.

Il était allé trouver son boss, Elie, et il lui avait annoncé qu'il arrêtait. Elie était un gros black au crâne chauve et luisant, au sourire éclatant, et au bide gonflé et mou comme un oreiller. Un type jovial, qui inspirait confiance. Il était parti d'un grand rire franc, lui avait asséné une claque monumentale sur l'épaule et l'avait invité à boire un coup chez lui « pour fêter ça ». Il lui avait présenté sa femme, un joli lot, et toute sa marmaille, puis il avait sorti la bouteille de rhum et on s'était joyeusement bourré la gueule pendant que madame emmenait les mioches au cinéma. Sampeur n'avait absolument rien vu venir.

Et tout d'un coup, alors qu'il commençait à être correctement éméché, trois types étaient arrivés, accompagnés par un énorme chien. Des vampires, ça il l'avait tout de suite compris.

- Je te présente mon chef, Keas, avait dit Elie, en désignant le plus mince des trois.

Le gars s'était approché de lui et l'avait reniflé longuement, puis avait dit qu'il ferait l'affaire. Les deux autres l'avaient alors attrapé, soulevé, collé sur la table du salon, lui avaient baissé le froc et ils l'avaient maintenu comme ça, bien fermement. Keas s'était approché et il s'était penché sur lui. Il était très bel homme, si fin et délicat qu'on aurait presque dit une femme, et une jolie ! Et il était resté là, à le regarder, pendant très longtemps. Avec de ces yeux ! On aurait dit qu'il voulait le manger. Sampeur s'était un peu détendu. L'alcool aidant, il avait pensé à un jeu sexuel bizarre, avec ce type qui le violait presque du regard. Il s'était senti excité. Et quand l'autre avait commencé à lui caresser le ventre, puis à glisser sa main entre ses jambes, avec une douceur et une lenteur insupportables, il était devenu dur comme de la pierre. Et pour finir, le vampire lui avait attrapé les testicules, il avait sorti une lame, et il avait tranché. D'un coup sec.

- Ça, avait-il susurré à son oreille, tout en laissant pendouiller ses breloques familiales devant ses yeux pendant qu'il beuglait et pissait le sang, c'est pour avoir voulu nous abandonner. Nous sommes une famille, tu sais ? O n'abandonne pas sa famille. Mais je te pardonne. Nous te pardonnons tous. Et je te propose de faire un choix. Soit tu restes avec nous et tu continues à participer à pourvoir aux besoins de la famille, et tu seras généreusement récompensé ; soit... je te découpe en petits morceaux, ici et maintenant, et je les donne à manger à mon chien, comme ça, sous tes yeux.

Et il avait lancé ce qu'il tenait à la main à son molosse, qui avait gobé le tout sans même prendre le temps de sentir le goût.

- Tu ne mourras pas, avait poursuivi Keas, du moins pas tout de suite. Mais tu auras mal, oh oui, très, très mal. Je sais comment faire, crois-moi. Alors, qu'en penses-tu ?

Sampeur ne voulait pas mourir. Depuis, il servait Keas. Il exécutait soigneusement tous ce qu'on lui ordonnait de faire. Il avait gardé son travail aux docks, pour la contrebande, et de temps en temps il avait d'autres missions. Au début, c'était des petites choses, mais il se débrouillait bien, et on lui avait confié des tâches plus importantes, comme trimballer des femmes ou des gosses. Avec lui, la marchandise arrivait toujours parfaitement intacte, car il était travailleur, expérimenté, prudent, scrupuleux et... eunuque. Régulièrement, Keas et ses deux gorilles se nourrissaient sur lui. Fast-food, ils l'appelaient, car pour eux il n'était rien d'autre qu'un en-cas rapide quand ils n'avaient pas le temps de chercher mieux. Pour la même raison, Keas le faisait parfois venir dans sa chambre, avec ou sans ses larbins.

Il détestait ça, tant parce que le vampire était d'une cruauté aussi illimitée que raffinée, que parce que, malgré sa condition, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver pour son bourreau une étrange attirance, une fascination malsaine où se mêlaient morbide et frustration. Quand il ne le voyait pas, il avait envie de le tuer, mais lorsqu'il l'avait sous les yeux, nu comme le plat de la main, alors là... il ne pouvait plus détacher son regard de lui.

Et c'était chez lui que le docker se rendait, ce soir-là, lorsqu'il quitta son travail. Comme à chaque fois, il éprouvait un étrange mélange de peur, d'envie, de dégoût, de regret et de hâte. Un cocktail si explosif, si perturbant, qu'il faillit ne pas voir, dans le contre-jour du crépuscule, la silhouette d'un homme planté au milieu de la route, jambes écartées et bras croisés.

Il appuya violemment sur la pédale de frein, les roues de la voiture se bloquèrent, les pneus crissèrent sur le bitume et le véhicule s'immobilisa, à quelques maigres centimètres des genoux de l'imprudent.

- Non mais vous êtes malade ! brailla Sampeur en sortant, furieux, pour passer un savon au type.

- Ben quoi ?

- Ben quoi !? Ben quoi !? J'ai failli vous écraser, pauvre débile !

- Je suis toujours en vie.

- Parce que je me suis arrêté ! Vous voulez crever ou quoi ? Vous avez failli niquer ma caisse ! Vous... Répondez ! Vous êtes con ou vous le faites exprès ? Ou vous êtes bourré ?

- Non, fit l'autre en se marrant un peu. Mais je boirais bien un coup, puisqu'on en parle.

Le docker ouvrit la bouche pour répondre et se figea ; il venait d'entendre claquer la portière de sa voiture. Il se retourna lentement, et aperçut une silhouette derrière le volant, dont il ne put distinguer les détails à cause d'un reflet sur son pare-brise. Puis il sursauta quand un troisième homme, dont il n'avait aucunement deviné la présence, entra dans son champ de vision, tout près de lui.

- Salut ! fit ce dernier, avec un grand sourire.

Sampeur se liquéfia de l'intérieur. Cette blondeur, ce visage, c'était... Dossou ? Non, non, ce gars lui ressemblait – du moins pour ce qu'il avait pu apercevoir du grand patron – mais celui-là avait un cache-œil, et cette expression, ce sourire...

- Je sais... fit Sampeur. Je sais qui vous êtes.

- Tant mieux ! ça m'évitera de me présenter. Mes amis et moi, nous aimerions nous entretenir avec vous. Seriez-vous assez aimable pour nous accompagner de votre plein gré ?

- Et si je refuse ?

Le blond sortit une longue griffe noire qu'il lui pointa juste sous le menton.

- Vous ne feriez pas une chose aussi impolie, n'est-ce pas ? Alors que j'ai demandé si gentiment !

Le docker lança un coup d'œil circulaire autour de lui. Le type brun qu'il avait failli renverser l'observait. Il n'avait pas bougé d'un cil, mais son regard grenat suivait le moindre de ses mouvements, le plus petit de ses changements d'expression ; il était vif, et extrêmement attentif. Et il était balèze. Quant au borgne, il était arrivé aussi silencieusement qu'un chat, et c'était un vampire. Sampeur avait appris à se méfier des gens comme lui, souriants, aimables, beaux... comme Keas. Ces deux-là étaient de la même race, des prédateurs, des sournois. Et pour le troisième, dont il ne voyait rien, eh bien... il avait sa voiture. Avec un hochement de tête, il se dirigea vers la portière côté passager.

- A l'arrière, s'il vous plait.

Bien sûr... Il prit place sur la banquette, où il fut rejoint par les deux autres, un de chaque côté, et ils se mirent en route. Le conducteur était un asiatique, et un vampire. Sampeur avait appris à les détecter depuis longtemps. Et il avait, du coup, une assez bonne idée de son identité. Les bridés ne couraient pas les rues, alors les suceurs de sang bridés... ça ne pouvait être que Wei Zheng, le chef du clan des Servals.

Dans ce cas, tout devenait clair. La pute noire à qui il avait piqué la mioche avait bavé, malgré les menaces. Elle avait été vraiment stupide de faire ça, mais pour sa part, le docker était ravi. La femme et sa petite dernière avaient des yeux de biche, et une peau douce comme de la soie. Keas allait adorer s'occuper d'elles ; ça lui prendrait longtemps, ça le mettrait de bonne humeur, et pendant qu'il ferait ça, il lui flanquerait la paix.

- Vous voulez quoi ? demanda-t-il finalement, gêné par le poids du silence qui régnait dans l'habitable.

- Que tu la boucles, pour le moment, répondit le mec aux yeux rouges.

Il n'avait vraiment pas l'air commode, celui-là ; ce serait une bonne idée d'obéir. Et puis, il devait réfléchir, trouver un moyen de se sortir de ce merdier. Ces gars ne lui voulaient pas du bien, mais ce qu'ils pourraient lui faire n'était rien en comparaison de ce que lui ferait son chef, s'il découvrait qu'il s'était fait attraper. L'homme n'avait pas une nature indulgente.

La voiture longea les entrepôts, puis les plages, se dirigeant vers l'autre extrémité de la ville. Ils atteignirent les faubourgs, et obliquèrent vers l'intérieur des terres, jusqu'à un secteur de toutes petites exploitations agricoles. Ils s'arrêtèrent enfin au pied d'une grande demeure de style colonial, en mauvais état, manifestement abandonnée. On le fit sortir du véhicule et on l'escorta à l'intérieur de la maison, jusqu'à un grand vestibule complètement vide, au centre duquel se trouvaient deux simples chaises. Deux personnes masquées, des hommes, selon leur posture, étaient assises sur les marches du grand escalier.

- Ne vous occupez pas d'eux, précisa le borgne, en suivant son regard. Ils sont ici uniquement pour regarder... et écouter, surtout.

- J'ai rien à vous dire, rétorqua le docker.

- Veuillez vous asseoir, je vous prie.

- Non !

- Le monsieur a dit « assis », fit le grand brun, en posant une main sur son épaule et en appuyant.

Il avait une telle force que les genoux du manutentionnaire ployèrent et il se retrouva les fesses sur le siège sans avoir compris ce qui lui arrivait.

- Merci, Kuro-sama, ronronna le blond avec un sourire à l'intention de son compagnon, qui lui répondit d'un rictus de loup.

Les yeux de Sampeur lui en tombèrent ; il rêvait ou ces deux-là se faisaient du charme par-dessus sa tête ?

- Bien, alors discutons. Je suis Fye, et lui c'est Kurogane. Celui-ci se nome Wei. A voir les regards inquiets que vous leur lancez, je comprends qu'il y a méprise. Ce n'est pas beau, vous savez, de juger les gens selon leur apparence. Imaginez ce que nous pourrions penser de vous ! Mais permettez-moi de clarifier les choses : ils sont les gentils. Je suis le méchant. Kuro-chan, tu veux bien aller chercher cette personne ?

Le ninja se retira un instant, et revint avec une femme. Elle paraissait toute petite à côté de lui, mais elle était menue et élancée, avec un beau visage aux pommettes hautes, et de grands yeux sombres. A voir sa silhouette parfaite, rien ne permettait de se douter qu'elle avait connu trois maternités. Elle eut un petit sourire triste quand elle aperçut le chinois, puis se raidit en découvrant Sampeur qui l'observait. Fye s'approcha d'elle et lui posa très délicatement la main sur l'épaule.

- Est-ce que c'est lui ? lui demanda-t-il doucement. Est-ce bien l'homme qui vous a menacée, qui vous a battue, qui vous a pris votre fille et qui a indirectement causé la mort de votre autre enfant ?

La femme ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot ne voulut sortir, et elle se contenta de hocher positivement la tête, des larmes plein les yeux.

- Je vous remercie. Nous ne vous importunerons plus. Si vous voulez bien attendre un moment, nous allons vous raccompagner.

Elle se mit à trembler et vacilla. Wei Zheng s'approcha à son tour, la prit par les épaules, et la raccompagna dans la pièce voisine. Le docker la suivit des yeux, et quand elle eut quitté la pièce, reporta son attention sur le blond, et son cœur rata un battement. Il s'était trompé, sur toute la ligne. Il avait cru que ce type était de la même race que Keas, mais c'était faux.

Depuis le temps, il avait appris à connaître son supérieur, et il le savait lâche. Il prenait un plaisir infini à torturer, parce qu'il avait lui-même si peur de ses proies qu'il n'osait les affronter face à face, dans toute leur intégrité. Alors il les attachait, ou il laissait ses gorilles les lui tenir, pendant qu'il les écorchait, les mutilait, et les amenait à la mort par l'exsanguination ou le choc. Mais celui-là, ce « Fye », oh non, ce n'était pas du tout le même. Il suffisait de voir son visage devenu livide, la dureté du pli au coin de ses lèvres, et cette rage qui givrait le doré de sa prunelle, pour comprendre qu'il ne se cacherait pas, ne fuirait pas, et donnerait la mort de ses propres mains, en regardant sa victime bien en face.

- Je vais te tuer, fit le mage, dans un murmure à peine audible, comme en écho à ses pensées. Je vais te tuer lentement. Je vais t'ouvrir en deux, comme le porc que tu es, et sortir toutes les abjections que tu caches sous ta peau pour que tout le monde puisse voir à quel point tu es pourri de l'intérieur. Et puis je t'abandonnerai là, attaché sur cette chaise, pour que les rats viennent se nourrir de toi jusqu'à ce que mort s'ensuive. Et je te promets que je resterai pour regarder jusqu'à la fin, pour m'assurer qu'il ne reste plus rien de toi, que quelques os et des bouts de charogne en décomposition. Tu me crois ?

Sampeur déglutit péniblement, et secoua frénétiquement la tête. Oui, il le croyait. Même s'il n'avait pas écouté ses paroles, il aurait cru le ton de sa voix, ces mots chuchotés mais emplis d'une telle rage froide, une telle haine, qu'ils auraient presque pu lui ôter la vie par eux-mêmes. Effacé le jeune homme souriant qui l'avait si courtoisement invité à monter en voiture ; celui qu'il avait devant lui à présent était un cauchemar vivant, le spectacle le plus terrifiant qu'il lui ait été donné de voir de toute son existence.

Puis quelque chose se passa. Celui qui s'appelait Kurogane s'approcha, et posa la main sur l'épaule de son compagnon. Ce fut tout, mais le blond cilla, et sembla se détendre un peu. Juste un peu.

- Alors maintenant que c'est bien clair, poursuivit-il, je vais te poser des questions, et tu as intérêt à répondre très honnêtement, si tu veux avoir une infime chance de sauver le cloaque que tu appelles ta vie. Pour qui travailles-tu ?

- Il s'appelle Keas. C'est un vampire.

- Eh ben dis donc, observa le ninja, c'est pas la loyauté qui t'étouffe, toi.

Vexé, le docker prit ce prétexte pour se libérer une seconde du regard hypnotique du vampire et leva les yeux vers le brun.

- La première fois que je l'ai rencontré, il m'a coupé les couilles avec un couteau, à vif, et il les a fait bouffer à son chien. Et depuis, il prend mon cul pour un boulevard à putes et il m'offre à qui me veut. Je vois pas en quoi je devrais lui être loyal. Pour ses bons traitements ?

- Qu'en termes élégants ces choses-là sont dites, observa le chinois, qui revenait dans la pièce. Enfin, toutes mes condoléances pour ton appareil génital. J'espère que ce n'était pas une trop grosse perte ?

- Je t'emmerde. Et ton élégance tu peux te la carrer où...

- Assez, coupa Fye, et Sampeur s'empressa d'obéir.

Il comprenait très bien ce qui était en train de se passer, et ça le terrifiait. Les deux bruns étaient en train de faire les zouaves pour essayer de dérider le troisième et de canaliser l'envie de meurtre qui transpirait de lui par tous les pores de sa peau. Mais ça ne fonctionnait pas vraiment.

- Question suivante, reprit ce dernier : cet homme, ce Keas, où le trouve-t-on ?

- Il occupe une grande maison dans les beaux quartiers de la ville, les nouveaux quartiers des riches. Une grande baraque blanche avec un parc autour.

- L'adresse ?

- 534, rue Dessalines.

- Donne-nous des précisions sur cette maison. Qui l'occupe ? Est-ce qu'elle est gardée ?

- Keas y séjourne avec ses deux gorilles et une dizaine de mercenaires. C'est très bien gardé, caméras de sécurité, chiens, etc.

- Il y séjourne, ça veut dire qu'il n'y vit pas tout le temps ?

- Non.

- Où vit-il le reste du temps ?

- Chez... son chef.

- Dossou ?

- Oui...

- Tu y es déjà allé ?

- Non. Je suis qu'un larbin. Les larbins entrent pas dans le saint des saints. Je vous jure, je sais rien du tout sur cet endroit. C'est dans la montagne.

- Très bien. Revenons à la maison, et à Keas. Est-ce que c'est lui qui organise les « parties fines » avec les enfants ?

- Oui.

- Ça se passe dans la maison ?

- Non, jamais.

- Alors où ?

- Ça change à chaque fois.

- Nous avons entendu dire qu'un vampire était à une de ces soirées, retenu dans une cage. Est-ce vrai ?

- Sans doute. Ça arrive parfois. Quand Keas a quelque chose à faire payer à quelqu'un, il le kidnappe et il l'oblige à assister à une de ces soirées. Généralement, c'est les proches de cette personne qui sont les « invités spéciaux ».

Le blond inspira lentement, posa ses coudes sur ses genoux, croisa les doigts en les serrant si fort que ses articulations blanchirent, et relâcha lentement son souffle.

- La personne qui nous intéresse se nomme Subaru.

- Ah, lui.

- Lui ?

- C'était pas un prisonnier de Keas. C'est un prisonnier de Dossou. Il avait fait quelque chose que Dossou a pas aimé alors il l'a laissé à Keas pour qu'il... le calme un peu. Il est reparti chez Dossou, depuis.

- Donc, il est toujours en vie.

- Oh, oui, je pense. C'est quelqu'un de précieux, à ce que j'ai compris. Ils le traitent assez bien, du moment qu'il se tient tranquille.

- Et toi, quel est ton rôle, dans tout ça ?

- Amener les femmes et les gosses, et les récupérer après.

- Et qu'en fais-tu, « après » ?

- Ce qu'on me dit d'en faire. Disposer des cadavres, ramener ceux qui peuvent encore servir à la planque, et amener les autres au prêtre. Il zombifie les plus vieux pour pas qu'ils puissent parler, et je vais larguer tout ce petit monde dans la nature.

- Et cette « planque », c'est où ?

- Ça...

- ...

- D'accord, d'accord. C'est dans un container, sur les docks. C'est là que je planque les gosses. C'est un vieux container planqué au milieu d'un tas d'autres qui servent plus. Personne vient jamais fouiller là.

- Alors, fit le mage d'une voix blanche, les caisses que tu transportais l'autre jour c'était...

- Pourquoi vous croyez qu'elles ont des trous sur les côtés ?

Fye resta si longtemps à le fixer en silence que le docker crut que sa dernière avait sonné, puis il se leva et se tourna vers le chinois.

- Je te laisse finir, il nous faut plus de détails. Je vous attends dehors, j'ai besoin d'air. Mais s'il dit un mot de travers, s'il fait la moindre chose qui vous déplaise, tu n'auras qu'à me faire signe et je reviendrai me charger de son cas.

Puis il tourna les talons et se dirigea vers la porte. Le ninja le suivit jusque dans le couloir et l'arrêta en l'attrapant par la manche, sans brusquerie.

- Hé, le mage...

- Ça va, Kuro-chan.

- Quand je vois ta tête, j'en suis pas persuadé.

- Ça va. Mais il faut que je m'éloigne de lui, sans quoi... je ne sais pas ce qui pourrait arriver.

- Tu veux que je vienne avec toi ?

- Non. Non, c'est gentil, mais je préfère que tu restes avec les autres pour écouter et poser les questions qui te viennent à l'esprit. Je vais juste prendre un peu l'air.

- Sois prudent.

Le mage se retourna et lui adressa un petit sourire.

- Il y a toute une armée de policiers là-dehors, qui attendent qu'on ait fini. Je pense que ça devrait aller.

- Ouais, bah... sois prudent quand même.

- Promis, Kuro-sama.