Nouveau chapitre, plus long d'une page que le précédent. J'espère qu'il vous plaira. Merci pour vos reviews…

Merci à Yotma, qui a pris la peine de relire et corriger ce chapitre

Chapitre 47 : Jour après jour

Arnor, 4 novembre 23, Quatrième Age

« Joyeux anniversaire ! »

Eldarion, réveillé en sursaut par les hurlements d'Arador, grommelle :

« Es-tu donc devenu fou ? »

Arador tient un paquet enrubanné dans sa main, et réplique :

« Non, pas que je sache, mais je me suis rappelé qu'aujourd'hui est la date de ton vingt-deuxième anniversaire… »

Il sourit et lui tend le paquet :

« Tiens, voici quelque chose pour toi… »

Eldarion s'assied et commence à déballer le cadeau. Il trouve une boîte qui contient une magnifique broche émaillée sur laquelle est figuré l'Arbre blanc de la maison d'Elendil. Arador sourit et dit :

« C'est le travail des artisans d'Evendim, voilà longtemps que je l'avais commandée mais elle a été livrée juste à temps… »

Le prince sourit :

« Je te remercie beaucoup, c'est un magnifique cadeau… »

Les deux hommes se serrent la main, et Eldarion, s'asseyant au bord de son lit de camp, dit :

« Qu'est-ce qui t'amène ici ? Je pensais que tu te trouvais plus au sud… »

Arador répond :

« Je me rends à Bree, et c'était donc ma route, j'en ai profité pour venir te mettre à bas de ton lit et te souhaiter ton anniversaire… »

Eldarion se lève, enfile ses vêtements et, sortant de sa tente, frissonne au petit matin brumeux. A Arador qui l'a suivi, il tend une tasse de boisson aux herbes qui cuit sur le feu et lui dit :

« Que vas-tu donc faire à Bree ? C'est assez loin de ton affectation habituelle… »

Le jeune Ranger sirote un instant le liquide brûlant et dit :

« C'est Arbarad qui m'y envoie, j'ignore encore pourquoi… »

Eldarion lui tend un morceau de pain bis un peu dur en guise de petit déjeuner et répond :

« Lors de la dernière réunion que nous avons eue avec lui, voici quelques mois, quand nous étions chez toi, je l'ai trouvé soucieux, voire énervé. Que peut-il bien lui arriver ? »

Arador hausse les épaules :

« Je crois qu'il est surmené, voilà tout, et je le comprends. Il porte à bout de bras la gestion de tous les Rangers des royaumes, et il en est responsable devant le roi… »

Depuis quelques années, en effet, les rôles des Rangers se sont considérablement étendus. Non contents d'être une force de surveillance et d'intervention, ils sont devenus à présent incontournables dans la gestion des conflits et des problèmes à l'échelle de la Terre du Milieu. Ils sont de plus en plus nombreux, ce sont maintenant les descendants de ceux qui ont connu la Guerre de l'Anneau et qui lui ont survécu qui forment les unités, même s'il reste encore des Rangers, comme Arbarad ou Hador, qui ont connu cette époque. Désormais, l'âge moyen des unités est de vingt-sept ans, et, à cet âge, les Rangers sont souvent assez expérimentés…

Arador se lève, pose sa tasse et dit :

« Je dois me remettre en route, à très bientôt j'espère… »

Il serre la main du prince, puis enfourche son cheval et s'éloigne dans la brume de l'aube. Eldarion mange un autre morceau de pain bis, et profite qu'il est seul pour s'offrir le luxe d'un peu de rêverie. Son regard tombe sur l'anneau de mithril qui orne depuis deux ans à présent son annulaire gauche, et il sourit, songeant à sa jeune fiancée qui, comme lui, apprend depuis longtemps maintenant le sens du mot patience. Elle lui écrit très régulièrement, mais, par les lettres de ses sœurs, il sait qu'elle représente souvent la famille royale et qu'elle accompagne souvent sa mère dans ses visites et ses charges diverses. Arwen a manifestement entrepris de former elle-même sa future belle-fille au difficile métier de reine, et apprécie beaucoup ses diverses qualités. La sauvageonne plus rohirrim que gondorienne est devenue une éblouissante princesse sans pour autant perdre son caractère bien trempé qui a tant séduit le prince autrefois. Tous deux sont séparés la plupart du temps, mais cela ne fait que renforcer leurs sentiments et les faire mûrir davantage jusqu'au moment où, enfin, ils pourront se marier…

Le prince sourit alors qu'il visualise les cheveux d'or et les yeux gris de la princesse d'Ithilien, mais n'a pas le temps de songer davantage car Aldarion, le regard flou et des cernes sous les yeux, vient s'asseoir près de lui. Inquiet, le prince lui dit :

« Bonjour…N'as-tu pas dormi ? Tu n'as pas l'air bien ce matin… »

Aldarion sirote la tasse de boisson qu'il vient de se verser et dit :

« Non, en effet, mais ce n'est pas grave, ne vous inquiétez pas… »

Eldarion, encore plus inquiet, insiste :

« Tu peux m'en parler, si tu veux… »

Alors Aldarion se décide, sentant la gentillesse du prince qui veut l'aider :

« Je vous ai déjà dit que mes parents étaient morts, mais je ne vous ai pas dit que je suis le seul survivant de l'incendie qui a ravagé notre manoir quand j'avais quatre ans. Mes parents, mes deux petits frères d'un an et deux ans ainsi que ma sœur jumelle Telperien sont morts cette nuit-là, et c'est donc ma tante Silmarien qui m'a élevé. Quand j'ai été majeur, j'ai hérité de ce qui restait des biens de ma famille mais, à présent, un cousin de mon père m'attaque en justice parce qu'il allègue que je ne suis pas légitime, que je suis né avant que mes parents ne soient mariés. Il suffirait que je puisse prouver le contraire, mais je ne le peux plus, tout a brûlé, y compris leur contrat, et il n'en existe aucune copie… »

Eldarion, qui ne pensait pas que son aide avait eu tant d'ennuis, reste pensif en entendant cette triste histoire. Il doit sa vie à Aldarion, et décide de l'aider à se sortir de cet inextricable écheveau de problèmes. Il réfléchit un instant et finit par dire :

« Pourrais-tu me fournir quelques informations, par exemple le lieu de mariage de tes parents, leur nom complet, ce genre de choses ? »

Aldarion, étonné, répond :

« Oui…oui, je pense, il me suffira de demander à ma tante les renseignements qu'il me manque… »

Eldarion sourit et dit :

« Je crois que j'ai une solution à ton problème. Quand j'étais petit, mon père m'a fait visiter les archives et m'a dit qu'étaient consignés là tous les documents officiels établis dans les deux royaumes, surtout ceux concernant les familles nobles, y compris les contrats de mariage et les extraits de naissance. Il me suffit d'écrire à Minas Tirith avec tous les renseignements que tu pourras me donner et les archivistes trouveront cela… »

Les yeux d'Aldarion retrouvent un peu de vivacité, et il s'incline en disant :

« Vous n'êtes pas obligé de faire cela pour moi, je ne veux vous déranger en aucune façon… »

Le prince sourit et répond :

« Je le fais avec plaisir, tu as bien mérité qu'à mon tour je fasse quelque chose pour toi. Je ne vais pas te laisser être dépouillé de ton héritage sans rien faire, et, si mon sang princier peut t'être utile, je le fais volontiers… »

Un peu de sang revient alors au visage pâle d'Aldarion, qui retrouve ainsi un peu d'espoir de voir enfin sa légitimité prouvée…

Minas Tirith

Boromir-Eomer, les yeux plissés par la fatigue, achève d'écrire sur un parchemin les rites de mariage des Intendants demandés par le roi, tout en les traduisant du langage de cour de l'époque, un Quenya particulier. Il les a trouvés, et a constaté qu'ils avaient été utilisés pour la dernière fois pour les épousailles de l'Intendant Beren, qui avait pris le pouvoir en l'an 2763 du Troisième Age. Ensuite, un autre rite, issu des rites royaux, avait été progressivement utilisé, jusqu'à Denethor, son grand-père. Manifestement, ces surintendants régnants, lassés d'attendre le retour du roi, s'étaient arrogés certains privilèges régaliens…

Voilà plusieurs jours qu'il quitte à peine les archives, juste pour satisfaire les besoins basiques de son existence, mais il est ravi. Il est fier et heureux d'avoir pu mettre ses compétences particulières au service de son roi mais, et surtout, de son frère aîné. Aragorn-Theoden mérite d'être heureux, et c'est sa façon d'y contribuer…

Il met le point final et, repliant ses lunettes à monture de bois, il éteint les chandelles, prenant en main le rouleau. Une fois sorti, il époussette sa tunique de velours bleu et, ayant en partie retrouvé une apparence décente, il se dirige vers le bureau où il sait trouver le roi à cette heure de la journée. A l'huissier qui veille devant sa porte, il dit :

« Je suis le prince Boromir-Eomer d'Ithilien. Puis-je voir Sa Majesté ? »

Même s'il déteste les mondanités, il a eu une excellente éducation et sait parfaitement se comporter dans le monde. L'huissier entre, l'annonce et revient quelques secondes plus tard pour lui dire que le roi l'attend. L'adolescent entre et, immédiatement, s'incline. Le roi lui sourit et lui dit :

« Venez, Boromir-Eomer… »

Et il lui désigne un siège, où il s'assied avant de dire :

« J'ai trouvé ce que vous m'aviez demandé, Majesté… »

Et il lui tend le rouleau. Le roi le prend, le parcourt et lui dit :

« Finalement mes souvenirs étaient bons, il y avait bien un rite nuptial des Intendants. Où l'avez-vous trouvé ? »

Boromir sourit et répond :

« Je l'ai découvert dans les archives de l'Intendant Beren, c'est le dernier à avoir utilisé ces rites tels qu'ils étaient au début de notre famille. Ensuite, il y a eu un nouveau rite pour les mariages, inspiré des mariages royaux, et celui-ci est tombé dans l'oubli… »

Le roi est satisfait, il n'en attendait pas moins du cerveau de la famille de Faramir. L'adolescent est remarquablement intelligent, surdoué, disent certains, et le roi sait que son père l'encourage dans cette voie. Pourtant, il lui a fait également donner une solide éducation militaire, car nul ne sait de quoi est fait l'avenir et, s'il arrivait quelque chose à son frère aîné, il devrait être capable de devenir l'Intendant à sa place.

Le roi rend son sourire au jeune homme et lui dit :

« Vous avez bien travaillé, vous pouvez rentrer à Emyn Arnen… »

Le prince se lève, s'incline et sort alors que le roi lit le rouleau de parchemin. La traduction faite par l'adolescent est parfaite, et cela lui permet d'imaginer la cérémonie en détails…

Non loin de là, dans la salle commune des princesses, Eowyn, mère d'Aragorn-Theoden, et Arwen, mère d'Eladiel, ne sont pas d'accord sur la couleur choisie par les jeunes époux pour leurs demoiselles d'honneur, ainsi que sur le contenu du trousseau de la princesse. Même si Arwen est d'un tempérament calme, elle est persuadée d'avoir raison et le ton monte rapidement, sous les regards navrés des futurs époux. Aragorn-Theoden, désolé de voir sa mère agir ainsi, jette un regard désespéré à sa fiancée, qui ne sait comment désamorcer la situation. En effet, elle sait le caractère ombrageux de sa future belle-mère, et cherche désespérément les mots pour calmer l'ambiance qui menace de tourner à l'orage.

C'est Aragorn-Theoden qui, en fin connaisseur de sa mère, intervient :

« Nous avions choisi cette couleur parce qu'elle allait avec nos deux tenues, voilà tout, et le trousseau d'Eladiel est assez fourni comme cela, il y a dedans ce qui est fixé par la tradition… »

Il a hérité des qualités de diplomates paternelles, et les deux belligérantes se calment, tombant enfin d'accord. Aragorn-Theoden prend la main d'Eladiel et continue :

« Nous sommes vraiment reconnaissants de l'aide que vous nous apportez, mais il n'est pas nécessaire de vous disputer à ce propos… »

Eladiel lui sourit, admirant sa façon de dédramatiser la situation. La discussion reprend alors sur des bases plus calmes…

Cependant, les deux mères sont persuadées d'avoir raison, et veulent un mariage magnifique, sans fausses notes, comme il se doit pour des personne de si haut lignage. Minas Tirith n'a pas vu de mariage princier depuis les épousailles de Faramir et d'Eowyn, et elles tiennent à ce que tout se passe bien…

Eowyn souhaite que ce soit Mardil, qui vient d'avoir deux ans, qui porte le petit coussin aux anneaux, mais Arwen objecte :

« N'est-il pas un peu petit, encore ? Ce serait mieux de choisir votre autre fils, Boromir-Eomer… »

Eowyn manque d'éclater de rire, et répond avec le plus grand sérieux :

« Je ne pense pas qu'il apprécie, Majesté, il a déjà quinze ans et ne supporte pas qu'on le traite en enfant… »

Eladiel, sentant que la situation risque encore de s'envenimer, intervient :

« C'est une très bonne idée, ainsi Mardil aura l'impression de participer lui aussi… »

Arwen alors prend le parchemin où est écrite la liste des invités, et dit à sa fille:

« Est-tu sûre que nous n'avons oublié personne ? »

Eladiel secoue la tête :

« Non, nous avons relu la liste plusieurs fois, et personne n'y manque. J'ai déjà coché ceux qui ont annoncé qu'ils viendraient, mais tous n'ont pas répondu encore… »

Arwen observe le rouleau, et constate que Eomer et sa famille, Celeborn, Elladan et Elrohir, Legolas et Gimli, Sam et Rosie, Primula (qui sera l'un des témoins), entre autres, ont déjà signifié qu'ils viendraient. Il y a au total plus de cinq cents invités prévus, venus de tous les horizons de la Terre du Milieu…

Eowyn se retient de sourire en voyant le tendre regard dont son fils aîné couve sa fiancée. C'est très discret, mais cela ne trompe guère ceux qui le connaissent. Eladiel et lui se comportent de façon très pudique en public, mais un seul coup d'œil suffit à comprendre leurs sentiments respectifs. Comme Aragorn-Theoden ressemble en son père en cela ! Faramir aussi est terriblement pudique, qui a peine parfois à exprimer ce qu'il ressent…

Mais elle est tirée de ses pensées par la voix de la reine :

« Récapitulons ce qui nous reste encore à régler : les fleurs, la cérémonie, mais cela doit être en cours, le reste des tenues, la logistique du logement des invités, le menu…je crois que c'est tout. Finalement, tout semble se dérouler au mieux… »

Oui, ce sera un beau mariage, pense Eowyn en voyant la lumineuse Eladiel dont le soleil automnal illumine la sombre chevelure entremêlées de fils d'argent. La jeune fille semble être l'incarnation même de cette beauté elfique évoquée seulement à présent dans les chants et les poèmes anciens, mais sa beauté naturelle est rehaussée par ce rayonnement intérieur que lui apporte l'amour. Elle semble être une autre Lùthien, comme sa mère…

La princesse Elsea entre alors, va vers sa mère et lui dit :

« Père demande si vous l'accompagnez à l'audience, et m'a chargé de donner cela à Eladiel et à Aragorn-Theoden… »

Il s'agit du rouleau apporté quelques heures avant par Boromir-Eomer. Arwen se lève et dit :

« Très bien, je vais aller me préparer. N'oublie pas ton cours de danse, tout à l'heure, Elsea… »

L'aînée des princesses jumelles s'incline et sort de la pièce dans un bruissement de soie. La reine dit alors :

« Veuillez m'excuser, mes devoirs me requièrent à présent… »

Et elle sort dignement, avec cette grâce innée des elfes qui ne lui fait jamais défaut. Eowyn dit alors à son fils :

« Je vais rentrer à Emyn Arnen, je dois surveiller la mise en pots des onguents de la saison et assister à l'examen médical de Mardil… »

En effet, le petit garçon a pris froid, et elle a fait appeler le médecin pour écarter tout autre problème. Son dernier fils, du fait de sa naissance difficile, est fragile, et il est souvent malade. Malgré cela, c'est un petit garçon vif et gai, un peu plus petit que la moyenne, qui fait la joie de ses parents…

Les deux fiancés se trouvent donc seuls, avec juste la présence vigilante de la gouvernante. Aragorn-Theoden, alors, embrasse le front d'Eladiel et lui dit :

« Crois-tu que nous parviendrons à les empêcher de se disputer à tous propos jusqu'à notre mariage ? »

Eladiel sourit et répond, posant le rouleau, qu'elle lira plus tard :

« Elles veulent bien faire, il ne faut pas les froisser. Cela va être un travail à plein temps, j'en ai bien peur… »

Elle l'embrasse doucement et dit :

« Je dois me préparer à présent, Eolain et moi nous rendons à l'hospice des pauvres, comme chaque semaine… »

Il passe la main sur le tissu de soie gris de sa robe et dit :

« As-tu vraiment besoin de te changer pour aller là-bas ? Cette robe me paraît fort bien convenir… »

Elle le pousse doucement et insiste :

« Je n'ai pas le temps de tergiverser, va-t-en… »

Le prince l'embrasse, et sort de la pièce, son regard gris pétillant de gaieté…

Il est bien tard lorsque se terminent, pour le couple royal, les audiences officielles et les cérémonies. Avec un soupir de soulagement, Elessar ôte sa couronne de sa chevelure poivre et sel. Il scrute son reflet dans le miroir sans aucune pitié : sa sombre chevelure, ainsi que sa barbe, s'émaillent de jour en jour de plus en plus de fils blancs, et les rides se font plus marquées sur son visage. Le temps agit sur lui plus lentement, mais il agit tout de même, et il a garde de ne jamais l'oublier. Le voudrait-il, d'ailleurs, qu'il ne le pourrait pas, il lui suffit de voir ses enfants grandir pour que cela le lui rappelle. La proximité du mariage d'Eladiel lui rend plus aigu ce sentiment, il en a parfaitement conscience et soupire alors qu'il ôte sa tunique de velours. Entre alors Arwen, qui finissait de régler un problème domestique. Elle a renvoyé sa femme de chambre, et commence à enlever elle-même les fils brillants qui émaillent sa chevelure d'ébène, tressée en une coiffure compliquée. Son époux sourit et dit :

« Laisse-moi faire… »

Ses mains, doucement, glissent sur les cheveux, enlevant prestement les fils d'argent et les épingles qui tiennent le savant édifice. Bientôt, les magnifiques cheveux d'ébène de la reine, qui n'ont aucun fil blanc malgré les années écoulées, sont sur ses épaules, et Elessar, doucement, lui donne un baiser sur le côté du cou. Arwen lui sourit, mais ne répond rien, se contentant de se retourner et de le regarder intensément. Il rit et dit :

« Cesse de me regarder comme cela, ou je ne réponds plus de rien… »

Arwen rit, de ce rire chaud qu'adore le roi, et dit :

« Allons, allons, à ton âge… »

Le roi dépose un baiser léger sur le front de son épouse, puis se dirige vers le cabinet de toilette qui jouxte leur chambre. Quand il revient, Arwen est propre et assise dans leur lit en train de lire. Il y monte lui aussi, se glisse dans les draps bassinés et qui sentent la lavande, avant de dire :

« Eladiel m'a dit que tu t'étais disputée avec Eowyn, cet après-midi… »

Arwen répond :

« Rien de grave, une simple divergence d'opinion mais nous avons réussi à nous mettre d'accord… »

Le roi l'embrasse sur la tempe et répond :

« La tension monte, à ce que je vois…Essayez tout de même de ne pas vous entretuer avant la cérémonie… »

Arwen comprend son désir de rester neutre, et ne lui explique rien. De toute façon, Eladiel a dû s'en charger. Pourtant, même s'il ne lui en parle pas, elle ressent fortement son émotion et les sentiments qui l'agitent. Il sourit cependant et ajoute :

« Ne t'inquiète pas, mon cœur, tout sera prêt pour le mariage de notre fille… »

Il dit surtout cela pour s'en convaincre, comprend-t-elle…

Emyn Arnen

Faramir, qui a dû travailler tard, rentre enfin chez lui quand il trouve son épouse, debout, en chemise de nuit, tenant une bassine d'eau. Etonné, il demande :

« Que se passe-t-il ? »

Elle lui répond :

« Mardil est malade, il a pris froid et sa fièvre est montée… »

Faramir se précipite au chevet de son plus jeune fils. Le petit garçon, ses boucles châtain clair collés à son front, halète sous les assauts de la fièvre qui ronge son petit corps. On a posé sur son front un linge frais, et sa gouvernante ne quitte pas son chevet. Faramir s'agenouille et, caressant son front, chuchote :

« Tiens bon, mon bébé… »

Il trempe le linge dans l'eau fraîche que vient de ramener son épouse, et en tamponne doucement le front du petit garçon, qui se calme un peu. Il demande :

« As-tu fait appeler un médecin ? »

Eowyn répond :

« Oui. Quand il l'a vu cet après-midi, il avait dit qu'il ne fallait pas s'inquiéter, mais je l'ai rappelé quand l'état de Mardil s'est aggravé, il ne devrait plus tarder… »

Faramir sait que son plus jeune fils a une constitution fragile, depuis sa naissance difficile. Il a déjà été malade, mais jamais à ce point. Il croise le regard gris de son épouse, et y lit une intense inquiétude. Mardil va-t-il leur être prématurément enlevé ?

A SUIVRE