Chapitre 51 : Tensions franco-anglaises
Après avoir mangé cette herbe, tout leur devint plus facile. Passer devant des tableaux vivants en les ignorants superbement. Effrayer les corbeaux de Chaph Candelabre. Ecouter aux portes pour surprendre les secrets de l'école. Et enfin, se rendre incognito dans la bibliothèque en évitant de se faire voir par les fantômes pour passer le sacro-saint cordon de la réserve. La réserve était interdite aux étudiants car les livres qu'elle contient sont tous plus dangereux les uns que les autres. Mais avec tout ce qu'elle avait subi, Maria doutait fortement que ces livres puissent aggraver la situation existante. Seuls les préfets, les profs et le directeur y ont accès.
- Est-ce que tu as une idée du livre que tu recherches ? Fit-elle en chuchotant, incapable de le voir.
En effet, cette herbe dorée était incroyable, permettait de devenir invisible, seul bémol, elle ne permettait pas de voir les autres invisibles. Pour ça il existait une potion, mais dans la précipitation, ils avaient oubliés de la préparer….
- Oui, je connais le titre du livre. L'entendit il répondre. L'autre fois, j'allais m'en emparer, mais je me suis fait surprendre par le bibliothécaire et Candelabre. Mais le livre est resté à sa place, donc je sais où il se trouve.
- Très bien. Dans ce cas, je te laisse. Il y a quelques livres qui pourraient m'intéresser ici.
- Et où se retrouve-t-on ?
- A l'entrée de la réserve. Tu n'auras qu'à faire signe.
C'est dans un silence un peu tendu que Maria se mit à explorer la réserve. L'ambiance était vraiment différente ici, on sentait tous les livres crépiter de magie et elle se doutait de tous les secrets qu'ils devaient receler. Des milliers de livres étaient détenus en ce lieu et avaient dû trouver leurs utilités des siècles plus tôt, lorsque le contexte de la politique l'obligeait ou que la loi l'autorisait.
Certains livres recelaient de la magie noire, d'autres étaient écris dans des langues totalement disparues ce qui semblait être le cas de la plupart des livres qui étaient écrits en runes anciennes ou en latin. Maria se mettait à regarder les livres lorsqu'il y en eut un qui attira son attention :
« Mémoires de Merlin »
Et il y avait plusieurs tomes qui semblaient relater sa vie. Avec ce qu'elle avait lu du livre qu'Ollivender lui avait donné et qui faisait mention de la grande guerre opposant Merlin à Morgane, elle avait tout à y gagner d'en apprendre un peu plus sur cette période, car elle avait le sentiment que le professeur Binns avait tendance à un peu trop édulcorer les choses pour éviter de les choquer ou de se choquer, nuance.
Elle prit les tomes disponibles, les fit rentrer dans son sac extensible qu'elle gardait toujours sur elle et se rendit à l'entrée de la réserve. Elle y retrouva tom qui lui fit signe en faisant léviter quelques livres autour. Ils se reprirent la main pour éviter de se perdre et quittèrent la bibliothèque. Ils manquèrent de justesse les professeurs qui discutaient après ce long conseil de crise et le fait que l'on ait appris la mort de Lagirouette que l'on fit passer à dessins pour un homme de Grindelwald afin de répandre un peu plus la peur en Angleterre.
Tout juste de retour à leur dortoir, le sort d'invisibilité cessa. Fort heureusement, presque tout le monde avait quitté la salle commune et ils finirent par s'installer sur les luxueux canapés en cuir vert émeraude pour discuter du livre que Tom avait tenté de voler avant noël, sans succès. Maintenant qu'il l'avait entre ses mains, une grande satisfaction s'empara de lui, comme si la réponse à tous ses problèmes se retrouvait entre ses mains. Une potion qui lui dirait enfin ses origines. Au fond de lui, il se sentait différent des autres, meilleur que les autres. Mais il refusait de passer pour un parvenu, d'être illégitime dans sa maison. Il voulait savoir.
- C'est cette potion. Fit-il en feuilletant le grimoire qui s'effritait par endroits.
- Laisses moi voir…. Argh !
- Que se passe-t-il ?
- D'après ce qui est écrit, il faut plus de trois mois pour préparer la potion et pour rassembler les divers ingrédients qui la composent. Tiens, par exemple le crin de Licorne. Ça coute cher et on peut en trouver dans quelques rares boutiques du chemin de traverse. Ou encore une larme de sirène… Ou de la racine de pérégrin. On peut facilement trouver tout ce qui est sur la liste, le seul souci, c'est qu'il faut d'après la recette que trois ingrédients soient prélevés et préparés à des moments précis pour maximiser les effets de la potion. L'un lors de la nuit d'halloween, l'autre en pleine lune du solstice d'hiver, le dernier par un froid glacial… Je crains qu'il faille reporter la préparation de la potion jusqu'à obtention des divers éléments et qu'on se soit suffisamment entrainés.
Tom ne trouva rien à redire. Ils n'avaient ni les aliments, ni la maitrise nécessaire pour le faire et encore moins d'endroit où le faire. Ils passeraient à l'action lorsque tous les détails seraient réglés.
- Et toi ? Qu'as-tu trouvé ? Fit-il intéressé. Des livres de sortilège ?
- Pas vraiment…. La grande histoire de Merlin.
Il eut l'air écœuré lorsqu'elle lui dit ça. Merlin… c'était le sujet de tous leurs cours 'histoires depuis le début de l'année, sur la création de l'Angleterre etc… A quel point Merlin était-il un héros vaillant qui se battait pour sauvegarder la lumière du monde ? Un prophète respecté de tous… et un Serpentard.
- Si tu as fait tout ça pour ça… autant être attentive aux cours de Binns…
- Je préfère lire les mémoires de Merlin écrites et pensées par Merlin que la pale copie d'une biographie vaseuse corrigée par Binns.
- Pas faux.
- Et avec un peu de chance, il parlera de ses études à Poudlard. Apparemment, les quatre fondateurs y enseignaient encore….
Cela eut le mérite de rehausser un peu de son intérêt, mais légèrement. Maria savait quel cas son ami faisait du passé et de toutes ces choses qu'il trouvait inutiles et désuètes.
…
Le lendemain, les choses reprirent leurs cours. Exceptionnellement, le directeur accorda à la maison serpentard les 110 points gagnés par leurs braves joueurs et fit de même avec la maison Gryffondor. Les Serpentards étaient heureux car désormais ils faisaient jeu égal avec Gryffondor mais étaient à deux cent points de Poufsouffle et deux cent quarante de Serdaigle qui menait gracieusement depuis des mois… Eux au moins, étaient suffisamment intelligents pour ne pas s'embourber dans des conflits qui n'en valaient pas la peine ….
Par contre, ça n'allait pas mieux pour les joueurs de Quiditch encore à l'infirmerie. Maria et les autres y étaient allés faire un tour mais ils se firent sèchement renvoyer par Lupus Sacerdoce sous prétexte qu'ils n'étaient pas encore réveillés et qu'ils avaient été tous les trois gravement brulés. Du peu qu'elle avait pu en voir, Maria ne put qu'en constater l'exacte vérité. Et ça la rendit malade. D'un coup, ses jambes la lâchèrent et elle se rattrapa de justesse à un mur alors que ses amis la regardèrent en la charriant, lui disant qu'elle devait avoir l'estomac dans les talons ou avoir croisé le regard de peeves. Elle répondit vaguement qu'elle avait très faim et qu'elle n'avait pas ou peu mangé la veille, que ça irait mieux au déjeuner. Sauf que ça n'irait pas. Car c'était de sa faute ce qu'il était arrivé à Avery, elle avait utilisé sa poupée vaudou pour manipuler Lagirouette et pour qu'il lance cet éclair. Mais elle n'avait pas prévu qu'il tomberait droit sur eux.
- Tu vas bien, Maria ? Lui demanda Diane
- Oui… fit elle un peu fébrile. J'ai mal au crane…
- Allons-y alors.
Elle se saisit de la main tendue et le groupe pénétra dans la grande salle déjà bien bruyante.
Après un rapide discourt de Dippet qui confirma le refroidissement de l'ambiance, tous se mirent à manger, conscient qu'un fou furieux de moins résidait à Poudlard. Insensible à ce que les autres disaient, Maria se servit de la soupe et un peu de tarte aux poireaux. Le jus de citrouille eut du mal à passer ce jour-là. Elle préféra l'orangeade.
- Eh ! Vous avez vu ça ? Lança Malfoy en ouvrant la gazette du sorcier
Maria regarda au-dessus de l'épaule d'Eole et vit que le ministère n'y était pas allée de main morte pour répandre la peur de Grindelwald en faisant passer tout ça pour un attaque ratée de Poudlard dont la cible toute trouvée aurait été Dumbledore….Qui irait croire ça ? S'en prendre aux enfants de l'angleterre… Malfoy devait jeter l'argent de l'état par les fenêtres pour faire fonctionner la propagande qui le maintiendrait au pouvoir en période de crise…
…
Le soir même, 17 mars 1937, à 21h. Le jardin des tuileries était déserts, mais on trouvait encore un peu d'agitation sur les bords de seine, proche de l'académie française, accessible par le pont des arts à deux pas de l'île de la citée. Leta marchait tranquillement le long du fleuve à regarder les péniches d'un oeil distrait, pas vraiment intéressée par les activités moldues même si celles-ci ont du charme. Vêtue d'un manteau pourpre, d'un béret vert foncé et d'une longue jupe à carreaux, elle passait inaperçue.
Voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas remis les pieds à Paris, depuis ses vingt ans au moins. Les fêtes endiablées à Bastille, les sexshop de Pigalle et les représentations théâtrales du Chatelet… certaines de ses choses pouvaient lui manquer, mais il serait lourd et inconvenant de se plaindre alors que l'on s'est fait bannir de France. Les rumeurs sur la mort suspecte de son monstre de père la firent devenir la bête noire de la société mondaine française qui la pointait du doigt à chaque évènement magique de renom. Elle ne supportait plus leurs railleries, leurs simagrées et leur hypocrisie condescendante. Alors moins de temps passait elle ici, mieux elle se porterait.
- Lady Lestrange ?
Leta se retourna et fit face à deux aurors impeccablement vêtus et à l'air assez entrainés si elle jugeait leurs carrures.
- C'est à quel sujet ?
- La présidente vous attend.
Elle suivit les deux sorciers jusqu'au-delà du pont des arts, le long de la rue Bonaparte, dans un café qui longeait la rue des beaux-arts avec toutes ces galeries d'arts qui n'exposaient que des ruines. Un comble pour la capitale des arts….
Assise à une table, dans un bar étrangement vide en cette heure d'happy hour, la présidente des français buvait un verre de champagne servi avec du foie gras et de la confiture de figue, sur pain d'épice. Leta leva les yeux au ciel lorsqu'elle vit l'incorrection de cette chef d'état. Le pouvoir s'achetait peut-être, mais pas la classe.
- Présidente Chautemps. Salua froidement Leta.
- Miss Lestrange, je en prie, asseyez-vous. Un peu de champagne ? Ça vous égaiera un peu plus que votre moretum n'est-ce pas ?
Le moretum est un vin moyenâgeux fait à base de mure, de framboise et de vin rouge. Il est en angleterre aussi prisé que l'hydromel ou le cidre.
Leta ignora la pique acerbe et le manque de respect dû à son égard. Elle était une lady, plus une miss. A se demander si les français ne croyaient pas encore à cette stupide rumeur d'assassinat ?
- Nous avons chacun nos coutumes. Notre bierraubeure contre votre whiskey pur feu et notre Moretum face à votre champagne. Qu'importe.
- Oui…qu'importe. Car j'imagine que vous savez pourquoi vous êtes ici à la place de votre ministre.
- Je sais que vous êtes en froid.
- Quel euphémisme ! railla la présidente. Nous nous détestons cordialement et ce, bien avant qu'il ne soit nommé ministre. N'oubliez pas ceci, Lestrange, vous êtes une française de sang et votre famille est une des six grandes familles de France. En tant que tel, vous avez des responsabilités envers ce pays. Alors pour le bien de l'économie, de l'USE et de l'Europe, faites en sorte d'éviter ce Brexit !
Leta soupira. Elle était bien gonflée cette présidente. Oser leur dicter leur conduite alors qu'à peine vingt pourcents de sorciers avaient votés pour elle tandis que l'abstentionnisme atteignait des records… Si elle se souvenait bien, en tant que tradeuse chez Gringot's elle avait eu le temps de se lier avec tout le gotha français et européen et leur fit financer son mouvement de « la France en mouvance » une sorte de mouvement sortit comme par magie tout droit d'un conte de fée qui submergea les autres partis conventionnels. Face au lassement général, Chautemps fut élue et durant un temps, on crut naïvement qu'il y aurait de la mouvance, mais à force de se déconnecter de la réalité et de plonger la population sorcière française dans l'ignorance, le gouvernement se mit dans une position difficile.
Donc, selon Leta, une personne qui laissait des milliers de chapeaux jaunes manifester dans les rues et saccager les boutiques de la place cachée et du carrousel mystérieux, près de dix-huit semaines de suite en envoyant les aurors et hits aurors à la répression foudroyante, n'avait pas le droit de critiquer l'Angleterre.
Ces temps-ci on disait la France plus dangereuse et troublée que l'Allemagne, c'était un comble et Grindelwald devait bien jubiler de cette situation.
Et tout ça à cause de quoi ? La taxation des péages, parkings à balais et réseau de cheminette. Se déplacer en France pouvait couter un bras ou deux. Et ne parlons pas du prix du portoloin…
- Je ferai ce que le ministre jugera bon de faire. Et n'osez pas me faire du chantage, j'ai la nationalité européenne je vous rappelle et en tant que Lestrange, qu'il y ait Brexit ou non, j'aurai toujours accès à mes biens qu'importent où ils se trouvent. Nous avons chacun nos problèmes : vous et vos chapeaux jaunes et nous avec nos irlandais. Et une dernière chose, c'est Lady Lestrange, pas miss. Gardez ça pour vos amis proches, Chautemps.
- Lestrange… ne vous plaignez pas s'il dans les prochaines années, une catastrophe se produira !
- Qu'elle arrive. Nous aviserons, hors de l'Europe et en pleine possession de nos moyens. De nos libertés. Méditez là-dessus.
A suivre…
Pour shadow : Salut. Lorsque je réécris, il peut arriver qu'on se perde. Mais je ne change jamais les grandes lignes de l'histoire. J'en profite pour étoffer des perso ou corriger l'orthographe, l'habituel en somme… pour la vengeance de Stein, on verra. Quant aux questions relatives à Leta, elle n'est pas du côté des français, mais aurait pu. Ne reste plus qu'un chapitre avant la fin de la première année.
