Le Pacte du Sang – Chapitre 53 – Après la guerre

Les enfants Coeurdaigle avaient été retrouvés et envoyés dans une famille d'accueil, le temps pour eux d'être rendus à leur famille de sang. Les deux plus jeunes, que Voldemort avait confiés aux Malefoy et aux Nott, avaient été bien traités par leurs nouveaux parents, qui étaient de bons parents malgré qu'ils fussent des Mangemorts. Le frère aîné, qui avait été confié à Bellatrix Lestrange, avait été laissé à lui-même, et s'il n'y avait pas eu l'attention prodigués par quelques elfes de maison, ainsi que sa propre débrouillardise, très présente même chez un enfant aussi jeune que lui, il se serait retrouvé dans un état bien pire. Le garçon passa deux jours à Ste Mangouste pour vérification de son état de santé. Kingsley Shacklebolt, en tant que nouveau Ministre de la Magie, décida que la personne la plus qualifiée pour servir de parent nourricier, pour le moment, était bien Amelia elle-même, car les enfants la connaissaient et elle s'était déjà occupée d'eux. Il lui suggéra cette idée. Elle accepta à condition de pouvoir en parler d'abord à Severus. Elle n'était pas certaine que le Maître des Potions soit d'accord de voir sa maison envahie par trois jeunes enfants.

De manière inattendue, Severus accepta. Il fut convenu qu'ils se rencontreraient sur l'Ile de Dumbledore – c'était désormais le nom officiel de la dernière demeure du Directeur. Kingsley et Harry y avaient amené les enfants. Amelia devait les y rejoindre. Elle revit les gosses avec une grande joie. Les deux aînés se souvenaient bien d'elle et ils se précipitèrent vers elle lorsqu'ils la virent.

Kingsley assura Amelia que tout serait rapidement mis en œuvre pour retrouver les autres membres de la parenté Coeurdaigle. Il lui remit aussi un document officiel qui accordait à Severus Rogue un pardon de la part du Ministère de la Magie, pour tous les crimes qu'il aurait pu commettre alors qu'il était espion au bénéfice de l'Ordre du Phénix. Kingsley en avait été aussi membre, donc il le savait, il pouvait témoigner du rôle joué par Severus pendant la guerre. Parmi ces crimes, le meurtre d'Albus Dumbledore, lequel figurait tout en haut de la liste.

Il avait aussi vu les souvenirs que Severus avait laissé à Harry – ce que le garçon n'avait jamais dit au Mage Noir, de crainte de finir par recevoir un mauvais sort pour cela. D'où la décision de Kingsley de laver l'honorable nom de Severus Rogue. Le document, sans mentionner ce fait, reconnaissait à Severus le statut de héros de guerre et lui accordait l'Ordre de Merlin, Première Classe, pour tous les services qu'il avait rendus au cours de la seconde guerre magique. Dernier point et non des moindres, il avait fait de Severus un homme libre, un homme qui n'aurait pas besoin de passer le restant de ses jours à se cacher.

"Nous faisons de notre mieux pour attraper tous les Mangemorts qui sont encore dans la nature, Amelia," fit doucement Kingsley. "Dites à Severus qu'il doit se montrer prudent pour le moment. Certains d'entre eux sont désormais au courant du rôle qu'il a joué pendant la guerre, car il a été publiquement défendu et réhabilité. Ils pourraient souhaiter exercer quelque rétribution contre lui pour la défaite et la mort de Voldemort. Mais je fais confiance à Severus, il se montrera prudent."

"Je lui ferai part de tout, Mr Shacklebolt. Y compris de vos conseils. Bien que je pense que certains d'entre eux voudront garder un profil très bas après tous ces événements, tandis que d'autres ont bien trop peur de lui pour s'engager dans une confrontation, quelle qu'elle soit, avec lui." Une pause. "Il sait se défendre, c'est l'un des meilleurs duellistes de notre temps. Aucune personne saine d'esprit ne songerait à le provoquer à la légère."

"C'est vrai, mais certaines personnes dans notre communauté se moquent bien si un Mangemort est tué par un autre. Malgré tous nos efforts pour diffuser la vérité sur cette guerre, vous aurez toujours des gens qui ne changeront pas d'avis sur Severus. Tout comme nous faisons de notre mieux pour éradiquer les préjugés de sang, d'abord à l'intérieur du Ministère de la Magie. Pas une tâche facile, croyez-moi."

"Je veux bien le croire. Ca prendra plusieurs années, peut-être une génération ou deux, pour atteindre cet objectif."

"Entre temps, qu'allez-vous faire ?"

Amelia regarda le grand Noir. "M'occuper des enfants Coeurdaigle. Ouvrir une école primaire pour les enfants magiques. Diffuser des valeurs opposées à ces préjugés qui nous ont coûté si cher." Un sourire. "Vivre et aimer."

Kingsley lui sourit avec affection. "Vous êtes une sorcière formidable, Amelia. Je vous souhaite tout le meilleur pour vous et Severus."

"Merci, Monsieur le Ministre."

Elle se tourna vers les enfants et leur tendit la main pour qu'ils la prennent. Elle tenait le bébé dans les bras, tandis que les deux autres lui prirent la main pour un Transplanage accompagné. En une seconde, ils avaient disparu.


Le Manoir des Prince était assez grand pour accueillir les trois enfants Coeurdaigle. Ils ne connaissaient pas le Maître des Potions et n'avaient jamais entendu parler de lui. Seul l'aîné des enfants se souvenait d'un grand homme tout vêtu de noir qui avait reçu leur nounou en cadeau. Le garçon avait eu peur mais après qu'Amelia lui eut expliqué que le sorcier en question était un héros de guerre qui avait fait de son mieux pour la protéger tous ces mois passés, que rien de mal ne leur arriverait plus jamais, le garçon se sentit plus à l'aise en présence de Severus. Après quelques jours de bons soins et d'attention, les enfants Coeurdaigle se sentirent comme à la maison avec Severus et Amelia.

Avoir des enfants parmi eux donnait quelques idées à Severus. A voir Amelia être aussi maternelle avec eux, lui rappela sa propre mère. Maintenant plus en paix avec lui-même, il fut capable de comprendre les faiblesses de cette dernière et de lui pardonner ses erreurs envers lui.


Severus avait aussi pris une décision concernant les divers portraits du manoir. Il garderait celui de Dumbledore – un autre signe qu'il était plus serein non seulement avec lui-même, mais aussi avec d'autres personnes. De plus, Dumbledore était à présent très occupé à Poudlard, à aider Minerva McGonagall, la nouvelle Directrice. L'Ecole avait subi d'importants dommages. Il avait été estimé que plusieurs mois seraient nécessaires pour tout réparer, rendre les lieux suffisamment décents pour accueillir les élèves et le personnel et lui restituer sa gloire passée. En conséquence, le Ministère de la Magie avait décrété que l'école serait fermée pour une année académique complète. A la place, des cours seraient organisés dans l'enceinte du Ministère, afin que les élèves déjà intégrés ne puissent pas perdre de temps dans leur scolarité. Exceptionnellement, le Ministère de la Magie avait décidé que les élèves de première année intégreraient l'école à 12 ans et non pas 11, l'année suivante, afin qu'ils puissent démarrer leur scolarité magique dans un Poudlard remis à neuf et digne.

Il avait aussi vu avec Amelia concernant les autres portraits du manoir. Ils parleraient avec chacun d'entre eux, pour savoir qui ils représentaient et comment ils se comporteraient. De la sorte, Severus pourrait en savoir plus sur sa propre famille magique – un domaine dans lequel il avait de sérieuses lacunes. Il inscrivit toutes ces informations dans un journal. Il découvrit que bien qu'ils fussent une famille de sang-purs, les Prince ne semblaient pas avoir autant de préjugés que les Malefoy, par exemple. Il trouva même un portrait de sa grand-mère maternelle – Imelda Prince – qui lui expliqua que leur fille unique – la mère de Severus – avait été désavouée car elle avait épousé un moldu, une personne sans talent magique, alors qu'ils n'auraient pas vu d'inconvénient à ce qu'elle se marie avec un sorcier de sang-mêlé ou même né-moldu à la place.

"Et maintenant, si je vous dis que pourrais épouser une telle personne, une sorcière née-moldue, que diriez-vous ? Vous approuveriez ?" lui demanda-t-il, en songeant à Amelia.

La vieille dame sembla réfléchir à sa réponse. "Ca m'a brisé le cœur d'avoir mon Eileen loin de moi dans ces conditions. Mais ton grand-père était un sorcier à ne pas contrarier, Severus. Tu me fais penser à lui. Tu portes son prénom, au fait. Tu le savais ?"

Le Maître des Potions fut surpris. "Non, je l'ignorais. Ma mère ne m'a jamais fait part du moindre détail sur tout ça. Il était interdit de parler magie à la maison."

"Ton sale moldu de père, il n'aimait pas la magie, n'est-ce pas ?"

"Mon salaud de père n'aimait pas grand chose. Mais revenons à ma question. Que feriez-vous ?"

Le Mage Noir avait abandonné l'association entre « sale, salaud » et « moldu ». Cela ne signifiait rien à ses yeux. Il considérait que son père était un « salaud », non pas parce qu'il était moldu, mais parce qu'il avait fait de son enfance et de la vie de sa mère un enfer sur terre. Severus savait bien d'où provenaient ses propres manières violentes. Il ne pouvait pas le nier. D'où son éternelle maîtrise de ses pulsions et réactions, ce que son père n'avait jamais réussi à faire. Severus avait juré il y avait fort longtemps, qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de devenir ce que son père avait été, quelle que soit la situation dans laquelle il pourrait se retrouver lui-même.

La maîtrise de soi était une réussite dont il était très fier. Il le pouvait – il revenait de loin à cet égard. Pourtant, cela ne l'avait pas empêché d'avoir recours à la violence. Mais il faisait de son mieux pour le faire en la contrôlant. Le pouvoir sans la maîtrise n'est rien, continuait-il à penser, surtout dans les moments où il était sur le point de céder à sa propre violence intérieure.

La violence était un mode de vie horrible. Severus avait appris la leçon de la manière forte au cours de son enfance malheureuse. Pourtant, cette leçon n'avait pas suffisamment porté alors, car il avait poursuivi ce mode de vie au sein des rangs des Mangemorts. Une leçon qu'il avait même oubliée quand il avait pris la Marque des Ténèbres.

"Si tu as l'intention d'épouser la sorcière moldue qui a pris soin de cette maison et lui a rendu sa gloire passée, alors, oui, j'approuverais, Severus. Ne me demande pas comment je le sais. Je ne pouvais rien voir à cause des draps pendus devant mon portrait, mais j'entends toujours." Elle laissa échapper un rire bref. "De toutes façons, tu es comme ton grand-père. Peu importe ce que je pourrais dire, tu agiras à ta guise, tu auras recours à n'importe quelle mesure pour arriver à tes fins, espèce de petit Serpentard !"

Ca sonnait comme un compliment. Severus sourit moqueusement. "Vous avez raison."

"Alors, fais-le, Severus. En dépit des apparences, j'ai été heureuse avec ton grand-père, malgré sa sévérité et son cadre de pensée. Si j'ai été capable de vivre avec lui, je suis sûre que cette jeune sorcière devrait pouvoir en faire autant avec toi. Tu as ma bénédiction."

Severus voulait lui dire qu'il n'avait même pas discuté de la question avec la sorcière concernée. Pas encore. Il voulait lui dire aussi qu'il n'avait pas besoin d'avoir l'approbation de quiconque d'autre en ce qui concernait sa vie sentimentale. Mais il décida que le portrait de sa grand-mère Prince valait la peine d'être conservé, suspendu à un mur dans la maison – et non pas être remisé dans le grenier avec les quelques autres pleins de préjugés et au comportement douteux, que le manoir contenait.

Le portrait de son grand-père avait été plus délicat à manier. Le vieux sorcier portait une ressemblance frappante avec lui – à la fois physiquement et psychologiquement. De toute évidence, Eileen avait pris de son père. Il semblait très strict mais cela ne perturbait pas Severus autrement. Aussi longtemps que le sorcier n'insultait pas Amelia ni lui-même, il n'y voyait aucun problème. Le vieil homme ne disait pas grand chose mais ses yeux sombres se posaient de manière alerte sur son petit-fils. "Au moins, tu n'es pas un Cracmol. Il n'y a pas de Cracmols dans ma famille. Si jamais tu as des enfants Cracmols, tu as tout intérêt à t'en débarrasser très vite. Cette sorcière qui vit ici avec toi, je me moque bien du statut de son sang, tant qu'elle est puissante. Et tant qu'elle ne te donne pas de Cracmols non plus. Mais tu devrais l'épouser. Il n'y aura pas d'enfants bâtards sous mon toit !" acheva-t-il en tonnant.

Severus Prince avait des principes. Il était vieux-jeu, avec des principes. Il n'aimait pas les moldus mais apparemment, il ne nourrissait pas de préjugés sur le statut du sang d'un sorcier. Seules les aptitudes magiques l'intéressaient. Surtout si elles étaient puissantes, comme dans le cas de Severus et d'Amelia.

Cette remarque fit sourire Severus. "On verra, on verra. On n'en est pas encore là."

Pourtant, cette conversation avec son grand-père fournit à Severus suffisamment de matière à réflexion. C'est sûr, il y penserait.


Quelques jours plus tard, une fois les enfants couchés, et entre les murs de leur chambre, Severus proposa le mariage à Amelia. La jeune sorcière avait été surprise. Elle ne s'y attendait pas – même si en son for intérieur, elle avait bien songé à se lier avec le sorcier qu'elle chérissait si profondément.

Ils décidèrent que leur mariage se ferait très simplement. Ils se rendraient au Ministère de la Magie et s'y marieraient là, de manière tout ce qu'il y avait de plus officielle. Mais Severus n'aimait pas cet endroit du tout. Ils pourraient toujours demander à Kingsley d'envoyer un fonctionnaire pour le faire. Mais où ? Au Manoir des Prince ? Cela voulait dire la fin de l'incartabilité des lieux. Pourtant, s'ils n'avaient pas trop d'invités, c'était envisageable. Quand on lui demanda qui pourrait présider la cérémonie, Kingsley Shacklebolt proposa de le faire lui-même. Il avait toute autorité pour le faire, en tant que Ministre de la Magie. Inutile de dire que Severus avait été touché par cette idée.

Amelia recontacta ses parents, après de longs mois restés virtuellement sans nouvelles. Elle leur expliqua que les Coeurdaigle l'avaient emmenée pour un très long voyage autour du monde mais qu'ils avaient trouvé la mort à leur retour en Grande-Bretagne, à cause de sorciers qui avaient mal tournés. Que désormais, tout allait bien et que la paix était revenue au sein de la communauté magique. Qu'à présent, elle était responsable – même temporairement – de leurs enfants. Qu'elle avait rencontré un sorcier affectueux et prévenant et qu'ils avaient l'intention de se marier. Ils seraient invités au mariage, bien évidemment.

Severus avait exprimé le souhait d'inviter Minerva McGonagall, en offre de paix envers elle. La vieille enseignante, et désormais Directrice de Poudlard, avait accepté de tout cœur, ce qui scella leur réconciliation. Il lui demanda même de lui servir de témoin lors de la cérémonie dite du « nouage des mains ». Minerva éclata en larmes et une fois de plus, elle s'excusa auprès de Severus pour s'être montrée si dure avec lui, après la bataille finale.

Amelia avait demandé à Filius Flitwick, son ancien Directeur de Maison, d'être son témoin. Le petit sorcier avait accepté avec joie, si fier de voir que tout allait bien pour l'une de ses anciennes élèves. Ils seraient quatre, plus Kingsley, les parents d'Amelia et les enfants Coeurdaigle. Les gosses étaient très heureux de voir leur ancienne nounou se marier. Il avait été décidé aussi que la cérémonie aurait lieu dans le salon du manoir des Prince, afin que Dumbledore puisse assister à la cérémonie de son portrait. Le vieux sorcier était l'homme le plus heureux, et il félicita le couple avec profusion.


Trois semaines plus tard, Severus et Amelia échangèrent leurs voeux. La cérémonie du « nouage des mains » était un ancien rituel que la vieille Mme Prince avait suggéré au couple. Ils avaient accepté. Le rituel avait été simple mais émouvant.

Tous ceux présents ressentirent encore plus la magie à l'oeuvre pendant le « nouage des mains ». Les invités pensèrent que c'était là dû aux puissants sentiments qu'Amelia et Severus partagaient l'un pour l'autre. Mais le couple savait ce qu'il en retournait réellement. Le pacte du sang était à l'oeuvre , une fois de plus. Ils échangèrent un regard qui en disait long.

Ils scellèrent leur vœux par un baiser timide. Ils gardaient les vrais baisers d'amant pour le moment où ils se retrouveraient seuls dans leur chambre à coucher.

Pas devant les gosses, avait songé Amelia.

Pas devant Dumbledore, avait pensé Severus.

Après la cérémonie, Kingsley fut fier d'épingler l'Ordre de Merlin sur la redingote de Severus. Le Maître des Potions en fut profondément touché et pour la toute première fois, il laissa paraître quelque émotion en public. Il sourit, ce qui donnait à son visage un air plus jeune. Il était même beau. Amelia était si heureuse pour lui. Il se sentait reconnu pour tous les sacrifices et les souffrances qu'il avait endurés pendant toutes ces années, et c'était bien là ce dont il avait besoin.

Amelia avait organisé une petite collation de midi pour la réception, qui eut lieu dans la salle à manger, sous le regard des grands-parents maternels de Severus – car c'était là la pièce où il avait suspendu leurs portraits. Sa grand-mère lui sourit gentiment, tandis que son grand-père le regardait avec fierté. Son petit-fils était un héros et il avait reçu l'Ordre de Merlin. Il était fier du Prince de Sang-Mêlé que son petit-fils était.

Après que tout le monde fut parti, et les enfants Coeurdaigle mis au lit, Severus porta Amelia vers leur chambre, dans ses bras, selon la coutume. Il avait très envie de lui faire l'amour. Il lisait dans les yeux de sa femme qu'elle le voulait aussi. Severus mordit même sa femme dans le cou tout en lui faisant l'amour, ajoutant là une autre cicatrice, pour s'assurer que cette fois, le pacte du sang serait même encore plus efficace. Amelia lui en fit autant, pour s'assurer que ses effets resteraient réciproques.

Une fois leur désir apaisé, ils restèrent au lit, à lire ensemble, blottis l'un contre l'autre. Severus avait toujours rêvé de cela avec une compagne : une femme qui partagerait son lit dans une association intime des corps, des esprits et des âmes. Amelia avait déjà connu ce type de bonheur – avec Terence. Elle était très heureuse de le partager à nouveau – cette fois avec Severus. Tout comme elle l'avait fait pendant la bataille finale à Poudlard, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour préserver ce bonheur.

Personne ne lui prendrait Severus. Personne n'enlèverait Amelia au Maître des Potions. Ils y veilleraient. Et le pacte du sang aussi.


Quelques jours plus tard, Severus discutait avec Dumbledore dans le salon, lorsqu'il entendit un coup sonore asséné sur la porte principale. Il échangea un regard inquiet avec le vieux Directeur. Il sortit sa baguette de sa manche, prêt à se défendre lui ainsi que sa maisonnée. Amelia était à l'étage, occupée avec les enfants Coeurdaigle. Il espéra qu'elle n'avait pas entendu le bruit. Il savait qu'elle l'avait entendu, tout comme lui, mais il espéra qu'elle resterait cachée en sûreté là où elle se trouvait.

Il alla à la porte principale et se prépara à combattre. Il était perplexe. Comment avait-on pu pénétrer dans la propriété sans perturber les sortilèges de garde ? Qui cela pouvait-il bien être ? Le meilleur moyen de le savoir était encore de leur ouvrir la porte. Ce qu'il fit à distance, avec un sort jeté silencieusement.

Deux petites créatures se tenaient sur le seuil. Severus reconnut leurs silhouettes. C'étaient manifestement des elfes de maison. Il laissa échapper un soupir, soulagé de voir que ce n'était que des elfes de maison, tout en restant prudent. D'où venaient ces elfes ? Il eut bientôt la réponse.

"Maître ! Maître ! Maître !" s'exclamèrent joyeusement les deux créatures tout en entrant dans la maison. La porte s'était ouverte devant eux et ils avaient interprété ce mouvement comme une invitation à entrer dans la demeure.

Maître ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

"Maître ! Maître... enfin... on vous a retrouvé !" fit l'un d'eux.

"Silence !" fit Severus avec rudesse. Les deux créatures se figèrent sur place. "Qu'est-ce que c'est que ça ? Qui êtes-vous ? D'où venez-vous comme ça ? Qui est votre maître ?"

Les deux elfes échangèrent un regard. L'un était plus gros que l'autre et Severus comprit ce c'était un mâle et une femelle – un couple.

"Maître... vous êtes notre maître. Nous appartenons ici et nous sommes revenus dès qu'on a entendu que les Prince étaient revenus chez eux."

Severus fronça les sourcils. Il avait l'habitude d'entendre les elfes radoter, même si à Poudlard, ils tremblaient devant lui. Les elfes de maison avaient habituellement peur des sorciers et encore plus des Mages Noirs – et c'était ce qu'il était quand même, malgré tout. "Les Prince ?"

"Maître... vous êtes un Prince. Nous..."

Le grand elfe semblait perdu. L'autre elfe, la femelle, poursuivit. Sa voix était plus aiguë et bien plus assurée.

"Maître. Nous habitions ici avec Maître Severus Prince. Nous avons quitté la maison quand il est mort. Il n'y avait personne d'autre ici. Un de mes cousins m'a dit d'aller à Poudlard. Maître Dumbledore, il a accepté de nous y embaucher. Nous avons cru que la Noble Maison des Prince était éteinte. Mais Maître Dumbledore... et Maîtresse Minerva... ils nous ont appelés récemment. Ils nous ont dit que notre maître était toujours vivant et que nous devions lui revenir. Ici. Ce qu'on a fait."

Severus commença à saisir ce qu'il se passait. Les deux elfes de maison avaient appartenu aux Prince – et comme ils n'avaient jamais été chassés, ils leur étaient toujours liés. Au décès de ses grands-parents, ils s'étaient retrouvés laissés à eux-mêmes. Finalement, ils s'étaient retrouvés à Poudlard où ils étaient en sécurité, avec un toit, de la nourriture et du travail. Cependant, il n'arrivait pas à se rappeler de deux elfes qui l'auraient servi là-bas plus fidèlement que d'autres. Sur place, les elfes s'adressaient à lui comme les élèves le faisaient, en l'appelant « monsieur » ou « professeur ». Mais jamais « maître ». La seule personne à l'avoir fait, avait été Amelia.

"Restez ici. Si je suis votre maître, comme vous l'affirmez, vous resterez ici. Je reviens de suite." Severus quitta le vestibule et descendit à son labo dans les cachots. Il revint une minute ou deux plus tard, avec une petite fiole à la main. "Buvez-moi ça. Vous m'obéirez si je suis votre maître. Ne vous inquiétez pas. Je ne veux pas vous empoisonner. Prenez juste une gorgée."

Les deux elfes obéirent sans faire d'histoire. Ils rendirent la fiole à Severus, à moitié vide. Il leur décocha un sourire moqueur de satisfaction. A présent, ils ne pourraient pas échapper à son interrogatoire après la dose de Veritaserum qu'il venait de leur administrer. Il les invita à entrer dans la salle à manger.

"Très bien. Comment vous appelez-vous ?"

"Moi, c'est Ziggy, maître," fit le grand elfe.

"Moi, c'est Betty, maître," pipa la femelle.

"Qui vous a envoyé ici ?"

"Maîtresse Minerva, de Poudlard. Et Maître Dumbledore."

Severus savait que cette information serait facile à vérifier. "Qui étaient vos maîtres précédents, avant les Professeurs McGonagall and Dumbledore ?"

"La famille Prince. Severus Prince, il était notre maître. Imelda Prince, son épouse. Eileen Prince, leur fille," expliqua l'elfe femelle.

En entendant leurs noms les grands-parents Prince revinrent à la vie dans leurs portraits respectifs. "Ils disent la vérité, Severus," fit sa grand-mère.

"Bien sûr, je viens de leur donner du Veritaserum," ricana Severus. "Avec la forte dose que je leur ai donnée, même le Seigneur des Ténèbres aurait divulgué ses plus terribles secrets !"

"C'est bien Serpentard venant de toi, ça, fiston," acheva son grand-père avec un rire sardonique.

Severus eut un sourire moqueur pour son grand-père, pour lui montrer qu'il avait bien reçu sa remarque.

"C'étaient nos elfes, Ziggy et Betty. Tu peux leur faire confiance, Severus," poursuivit sa grand-mère, pas le moins du monde perturbée par les commentaires sarcastiques en provenance de son mari et de son petit-fils. "Je suis sûre que tu pourrais avoir besoin d'aide supplémentaire dans cette maison, Severus."

"Je n'ai pas besoin d'aide."

"Toi non, mais ton épouse, sûrement," contra-t-elle. "Je me suis toujours demandée comment ta mère pouvait-elle faire pour diriger sa propre maisonnée sans elfes."

Severus était sur le point de rétorquer que la maison de son enfance n'était pas assez grande pour y loger des elfes et que par ailleurs, son père n'aurait pas accepté l'intrusion de deux créatures magiques chez lui. Deux avaient été bien suffisantes comme cela, c'était même de trop – à savoir, à l'époque, Eileen et son fils Severus. Il était inutile d'entrer dans des explications qui seraient compliquées et encore moins devant deux elfes de maison. Les histoires de famille ne les regardaient pas vraiment, n'est-ce pas ?

"Tu ne peux pas les chasser, fiston. Ils appartiennent à notre famille. Ils appartiennent ici," fit son grand-père. "Tu dois les prendre avec toi. Ils n'occuperont pas beaucoup de place. Ils peuvent dormir dans la buanderie et manger les miettes de ta table."

Severus soupira. Il avait envisagé de les renvoyer à Minerva, à Poudlard, où l'on pourrait avoir bien plus besoin d'eux, lorsqu'il entendit le commentaire de son grand-père. Il observa les deux créatures qui le fixaient avec intensité. Leur sort reposait entre ses mains. Ils le savaient mais ils en avaient l'habitude. Cela faisait partie de leur cadre de pensée. Severus, lui, par contre, n'y était pas habitué. Cela ne faisait pas partie de son cadre de pensée, même s'il avait apprécié être servi par Amelia à Spinner's End, et surtout sa cuisine.

"S'il vous plaît, Maître Severus, ne nous donnez pas de vêtements..." commença à pleurnicher Betty, l'elfe femelle.

"C'est la honte pour nous, Maître," renchérit son compagnon.

"Mais que se passe-t-il donc ici ?" fit une voix féminine.

Severus tourna la tête vers Amelia qui venait d'entrer dans la salle à manger. Il soupira. "Il semble que ma maisonnée s'agrandit de plus en plus, Amelia." D'abord, les enfants Coeurdaigle. Maintenant, ces deux elfes. Et ensuite, qu'est-ce que ce serait ?

Tu sais très bien ce qui va venir ensuite. Un enfant. La chair de ta chair, le sang de ton sang. Il n'avait aucune idée quand Amelia serait prête à lui donner un enfant mais il savait qu'elle le ferait un jour ou l'autre.

"Ces deux elfes prétendent avoir servi mes grands-parents jusqu'à leur décès. A leur mort, ils ont quitté le manoir pour chercher un refuge et du travail à Poudlard. A présent, ils veulent revenir ici pour me servir. Une prétention soutenue par mes grands-parents eux-mêmes."

Amelia regarda Severus. Elle connaissait sa prudence. "Il y a un moyen de vérifier s'ils mentent, Severus. Tu le connais."

Il eut un sourire moqueur pour elle. "Comme c'est bien Serpentard de ta part, mon amour. Mais je l'ai déjà fait." On pouvait entendre une sorte d'admiration dans sa voix. Les tendances Serpentard de son épouse l'amusaient.

"Et ?"

"Ils ne mentent pas."

"Alors, où est le problème ?"

Il n'y avait pas réellement de problème et Severus le savait. C'était juste... qu'il n'avait pas l'habitude d'avoir des domestiques autour de lui. Même à Poudlard, il avait demandé que les elfes de maison s'occupent de ses appartements uniquement en son absence. Il leur avait même interdit d'entrer dans son labo et son bureau, en déclarant qu'il prendrait soin de ces lieux par lui-même.

"Alors il n'y a pas de problème," fit Amelia au bout d'un long moment de silence de la part de son époux. "Severus. Cette maison a déjà logé ces deux elfes avant. Elle peut encore le faire, elle n'a pas diminué en taille. Ils ont nulle part où aller non plus. Tu ne peux pas les mettre dehors !"

Les deux elfes se ruèrent vers elle et se prosternèrent devant elle. "Maîtresse ! Maîtresse !" pleurèrent-ils tout en embrassant le pan de ses robes de sorcière, au grand étonnement de la jeune femme. Elle qui venait d'une famille de la classe ouvrière, elle n'avait pas l'habitude non plus d'avoir des domestiques autour d'elle.

De son portrait, Severus Prince émit un rire sardonique. "Les elfes de maison ! Toujours en train d'essayer d'extorquer du cœur d'autrui une quelconque pitié stupide ou quoi que ce soit du même acabit !"

Imelda secoua la tête, comme si elle désapprouvait le commentaire désobligeant de son mari. "Je suis sûre qu'Amelia apprécierait d'avoir un ou deux elfes pour diriger cette maison. Maintenant qu'elle t'a épousé, Severus, elle te donnera des bébés et elle aura besoin d'aide. Tu ne peux pas lui refuser ça. Ne sois pas comme..."

"Comme mon père ?!" lui rétorqua Severus d'un ton mordant. Oh non, il serait pas comme son père.

Imelda Prince avait dû percevoir qu'elle était sur le point d'entrer en territoire interdit. La famille n'avait jamais été un sujet de conversation que son petit-fils aimait aborder. Mais elle était aussi une Serpentard. "Tu peux penser à qui tu veux, Severus," répliqua-t-elle d'un ton calme mais cependant empli d'une bonne dose de venin – d'une manière pas si différente de son petit-fils. "Mais tous ceux qui croient qu'ils peuvent faire sans aide, ont fini prématurément au cimetière. Je croyais que la leçon avait porté par l'exemple d'un certain Mage Noir, qui, à ce qu'il paraît, est mort récemment parce qu'il pensait pouvoir tout faire tout seul !"

La référence était claire comme de l'eau de roche. Elle parlait de Lord Voldemort. Severus jeta un coup d'oeil à ses grands-parents, puis à Amelia, enfin aux deux elfes. C'était lui le maître ici, le responsable, le décideur. Le maître et le propriétaire des créatures. Il n'aimait pas beaucoup cela, car il savait ce que c'était que d'appartenir à un maître. Il avait été assujetti à deux maîtres très exigeants, jusque dans un passé récent. A présent, il appréciait sa nouvelle liberté. Il soupira.

"Très bien. Ils peuvent rester. Mais je veux qu'ils nous fassent un Serment de Fidélité." Son regard sombre se fit menaçant sur les deux petites créatures. "Si jamais l'un de vous deux me trahit, moi ou ma famille, je vous pourchasserai et vous ensorcellerai jusqu'à ce que mort s'ensuive. Si jamais l'un de vous deux aide un de mes ennemis, je vous considérerai comme... également coupable, et vous punirai d'une manière en rapport avec la sévérité de votre transgression."

Les deux elfes le regardèrent avec un respect mêlé d'effroi. Il les dominait de toute sa taille, ce qui le rendait encore plus menaçant. Chacune de ses paroles était sincère, et prononcées d'un ton sinistre. Ils jurèrent immédiatement, tandis que Severus Prince affichait un sourire satisfait. Le vieux sorcier sourit d'un air moqueur – pas si différemment de son petit-fils. Il aurait fait la même chose. Amelia ne dit rien, elle comprenait le cadre de pensée de son mari, un cadre élaboré par tant d'années passées au contact du danger, de la cruauté et de la méfiance.

Sûrement que le pacte du sang était à l'oeuvre ici aussi. Severus avait eu recours à de telles mesures, même avec deux innocents elfes de maison, pour se protéger lui et sa maisonnée. Elle ne pouvait l'en blâmer.


Severus ne trahit jamais les secrets de Harry. Lequel Harry avait habilement divulgué la rumeur selon laquelle il avait détruit la Baguette de Sureau, pour éviter toute recherche de celle-ci – et tout ennui en conséquence. Le Maître des Potions n'avait aussi jamais mentionné comment la vie de Peter Pettigrow avait fini. Lorsque l'on retrouva son corps, les Aurors et les enseignants de Poudlard remarquèrent que sa gorge avait été tranchée par de la Magie Noire. Mais ils tirèrent tous la même conclusion – que le petit sorcier avait été une autre victime de la guerre. Connaissant le côté impitoyable de Voldemort, même avec ses propres partisans, ils crurent tous qu'il avait été tué par son Maître, au cours d'une crise de violence du psychopathe. Harry ne dit rien pour réfuter leurs découvertes. Il témoigna même qu'à cause de la destruction des Horcruxes, l'âme de Voldemort le rendait encore plus instable et dangereux. Ron et Hermione spéculèrent que Voldemort avait dû être en colère après Pettigrow pour son échec à tuer Severus Rogue et qu'il l'avait seulement assassiné de sang-froid. Harry ne fit rien pour les contredire.


Dolores Ombrage fut finalement condamnée à passer les vingt années suivantes à Azkaban. Kingsley Shacklebolt, en tant que nouveau Ministre de la Magie, initia une profonde réforme de la prison des sorciers. Les Détraqueurs n'en furent plus les gardiens. Les conditions de vie sur place furent améliorées – un peu. Cependant, Azkaban demeurait toujours un endroit des plus lugubres pour y faire de la prison.

Amelia, Hermione et les autres sorciers et sorcières nés-moldus et de sang-mêlé, qui avaient été en contact avec Ombrage, furent contents d'apprendre que non seulement cette femme avait été condamnée, mais aussi qu'au-delà de cette condamnation, le Ministère de la Magie ne cautionnerait plus les préjugés liés au sang. Les tenants de la suprématie du sang-pur gardèrent un profil très bas, surtout ceux qui avaient eu des liens avec Lord Voldemort – parmi eux les Malefoy.

Azkaban n'avait pas été le seul endroit à avoir fait l'objet de réformes dans un sens positif. Poudlard aussi avait eu son train de réformes. Il avait été décidé, sous l'impulsion de Minerva McGonagall, que les Etudes des Moldus seraient renforcées pour les élèves de sang-pur, tandis que les élèves de sang-mêlés et les nés-moldus suivraient des cours sur les us et coutumes du monde magique ainsi que sur ses institutions, afin de susciter le maximum d'intérêt, de conscience et de vigilance parmi les futures sorciers et sorcières adultes.


A cet égard, l'idée d'Amelia de fonder une école pour les enfants d'âge pré-Poudlard, où ils apprendraient non seulement les compétences de base (lecture, écriture et calcul), mais aussi à ouvrir leur esprit au reste du monde et à abandonner tout préjugés, fut accueillie favorablement par le Ministère de la Magie. L'école accepterait des enfants de sang-pur et de sang-mêlé sur une base volontaire. L'instruction à la maison était la règle au sein des familles de sang-pur, tandis que les enfants de sang-mêlé allaient souvent à l'école moldue. Les jeunes sorciers et sorcières nés-moldus étaient toujours scolarisés dans des institutions moldues car ils ignoraient tout de leurs aptitudes magiques. Mais comme Amelia l'avait expliqué, les premières victimes des préjugés sur le sang, étaient les enfants de sang-pur eux-mêmes. Toutes les familles n'étaient pas comme les Weasley ou les Coeurdaigle.

Une telle institution manquait énormément dans la communauté magique de Grande-Bretagne. Le Ministère de la Magie approuva son initiative de manière officielle. A présent, Amelia devait trouver un lieu pour la mettre en pratique.

Severus avait suivi toute l'affaire avec intérêt – même s'il n'en avait rien montré. Il aurait adoré, quand il était enfant, aller dans une école primaire qui aurait reconnu la différence de ses élèves. Il suggéra à Amelia que le Manoir des Prince était assez grand pour abriter une telle école. La bibliothèque était assez spacieuse. Le salon pouvait être utilisé aussi. Aussi longtemps que les cachots et les étages supérieurs demeurent hors d'atteinte des enfants, cela lui convenait parfaitement.

Amelia se souvint de ce qu'il lui avait dit avant la bataille finale. Severus avait alors laissé un testament où il lui léguait le manoir au cas où il mourrait, afin qu'elle puisse y fonder une école. Néanmoins, elle se sentit profondément touchée par sa suggestion. La maison serait entre de bonnes mains. Il le pensait toujours.

Elle était consciente de ce que cela pouvait signifier. La fin de sa tranquillité et de cet isolement qu'il recherchait tant. La propriété ne serait plus incartable. Mais Severus la rassura : il renforcerait les protections autour de la demeure si elle devait abriter des enfants. Elle pourrait même être aussi bien protégée que Poudlard pouvait l'être. Il s'arrangea avec Filius Flitwick, qui l'aida à mettre en place des sortilèges de garde aussi puissants que ceux qui protégeaient Poudlard. Le petit Maître des Sortilèges avait accepté de tout coeur – il avait trouvé l'idée d'Amelia merveilleuse et il était ravi d'aider l'une de ses anciennes élèves dans son initiative.

Amelia avait reçu une quarantaine de demandes d'inscription pour la première année. Elle sentit qu'elle ne serait pas capable de gérer toute seule une classe aussi nombreuse. Elle croyait aussi en certaines méthodes progressistes d'enseignement issues du monde moldu, telles que Montessori ou Freinet, avec seulement quelques enfants par classe. Par conséquent, elle recruta un autre enseignant, une jeune Serdaigle intéressée par cette expérience. Une certaine Cho Chang. Amelia était âgée d'une dizaine d'années de plus qu'elle, sa propre expérience, sa formation et sa vaste connaissance dans le domaine de l'éducation et de la psychologie seraient suffisantes pour faire connaître à sa nouvelle employée les façons de faire de sa profession. Cho fut rapidement suivie d'une autre recrue, un jeune sorcier né-moldu nommé Justin Finch-Fletchley, un Poufsouffle qui avait été dans la même année que Harry Potter à Poudlard. Les deux jeunes hommes se connaissaient bien car Justin, tout comme Cho, avait fait partie de l'Armée de Dumbledore. Il était très désireux de poursuivre une carrière dans l'éducation. De la même manière qu'Amelia, il croyait que les études moldues en psychologie pouvaient apporter beaucoup au monde magique. Son naturel enthousiaste et travailleur n'eut pas de mal à convaincre Amelia qu'il pourrait faire une bonne recrue.

L'année suivante, trois jours après la ré-ouverture de Poudlard le 1er Septembre, l'école d'Amelia accueillit ses premiers élèves, tous âgés de 6 à 10 ans. Amelia, Cho et Justin étaient prêts à enseigner les jeunes enfants dont les parents s'étaient montrés favorables à l'idée de ce qu'une école primaire pouvait apporter à leurs enfants. Bien évidemment, les enfants Coeurdaigle furent les premiers à bénéficier de la nouvelle institution.

L'école devait non seulement enseigner des connaissances de base aux enfants magiques, afin de les rendre plus familiers avec l'éveil de leur magie, mais aussi leur donner une autre perspective sur ce que signifiait être différent pour mieux respecter cette différence – entre les individus moldus et ceux magiques. Tous les êtres magiques. A l'instar de Dumbledore en son temps, elle avait accepté d'accueillir aussi des enfants loup-garous. Severus préparait la Potion Tue-Loup pour ces enfants, afin qu'ils puissent passer ce moment du mois plus confortablement. Là aussi, ils apprendraient à vivre avec leur handicap.

Durant son temps de libre, Hagrid venait de temps à autre au Manoir des Prince, pour faire connaître aux enfants les créatures magiques qu'il apportait avec lui. De la sorte, les enfants apprenaient à respecter la vie dans tous ses aspects et différences. Le demi-géant était déjà impressionnant à Poudlard. Il l'était encore plus devant des enfants plus petits. Mais il devint rapidement apprécié des enfants car il était d'une nature aimable et prévenante, malgré parfois ses accès de maladresse. Amelia voulait que les enfants respectent et apprennent d'une personne très différente d'eux – ce qui faisait partie du programme de l'école. Par ailleurs, une fois qu'ils se retrouveraient à Poudlard, ils ne se sentiraient pas mal à l'aise dans un nouvel endroit, car Hagrid serait là et ils le reconnaîtraient telle une figure familière au milieu de la foule.

Dernier point et non des moindres, Albus Dumbledore, dans son portrait, était toujours à la maison pour donner sa propre opinion et fournir aux trois enseignants des conseils. Cho avait suggéré que si les enfants devenaient ingérables, ils pourraient toujours être envoyés face au portrait du Directeur pour une petite discussion. Amelia et Justin trouvèrent que c'était là une bonne idée et ils rirent tous en imaginant le vieux sorcier obligé de subir des petits diables.

En fait, il s'avéra qu'être envoyé face au portrait de Dumbledore était plus une récompense pour les enfants. Le vieux sorcier avait toujours tout un stock d'histoires amusantes à partager, en plus de son immense sagesse.


Severus avait repris ses activités en tant que Maître des Potions, cette fois pour le Ministère, Ste Mangouste et quelques autres apothicaires qui lui sous-traitaient le travail. Il avait établi son labo dans les cachots du manoir, qu'il avait transformés à cet effet. Il était heureux d'être seul, tout en étant sûr d'avoir le soutien de la femme qu'il aimait. Là en bas, il avait recréé l'atmosphère qu'il appréciait tant dans ses cachots de Poudlard ainsi que dans la cave de sa maison de Spinner's End.

Severus avait tout transporté de Spinner's End pour emménagement au Manoir des Prince, faisant ainsi de la grande demeure sa résidence permanente. Il loua sa maison de Spinner's End, ce qui lui rapportait un peu d'argent. Non pas qu'il en eut vraiment besoin – sa profession de fabriquant de potions générait un revenu confortable, en plus de tout l'argent qu'il avait accumulé dans sa chambre forte à Gringotts pendant toutes ces années où il avait enseigné à Poudlard. C'était seulement qu'il n'avait pu se résoudre à la vendre. Il s'y sentait attaché d'une certaine manière, car cette maison avait vu la naissance de ses sentiments et de ceux d'Amelia, sentiments qui avaient évolué vers l'amour qu'ils partageaient à présent. De plus, la maison restait un endroit moldu fort pratique pour se cacher, si jamais le besoin se présentait à nouveau.

Certaines habitudes ont la vie dure. D'autres ne disparaissent jamais vraiment du cadre de pensée.

A la requête du Bureau des Aurors, Severus avait été sollicité pour donner des séminaires sur la Magie Noire de temps à autre, au titre de son expertise sur le sujet. Bien qu'il suspectât que Harry Potter ait pu intervenir dans cette demande, il ne pouvait savoir qui avait réellement eu cette idée. Kingsley Shacklebolt – lui-même ancien Auror et désormais Ministre de la Magie – avait réglé la question une bonne fois pour toutes en déclarant être celui qui en avait eu l'idée. Severus continuait toujours d'avoir des doutes mais il les garda pour lui. Après tout, cela ne faisait pas de mal d'être reconnu comme expert dans un domaine pour lequel il avait toujours eu une certaine fascination. Mais cette fois-ci, sa fascination serait utilisée à bon escient.

Il s'avéra que les Aurors – tant les stagiaires que les certifiés – constituaient un auditoire exigeant et respectueux, sérieux et enthousiaste dans leur soif de connaissances, ce qui plut beaucoup à Severus. Il dut admettre que ces sorciers et sorcières étaient des adultes qui savaient ce qu'ils voulaient et pourquoi ils étaient là à suivre des cours. Ils étaient là pour acquérir des compétences qui pourraient leur sauver la vie et celle des membres de la communauté qu'ils avaient juré de protéger. Ce qui incluait Amelia et les enfants, et bien entendu, lui-même. Severus reconnaissait que si sa connaissance de la Magie Noire et des us et coutumes des Mangemorts pouvaient éviter que ses anciens camarades de la sinistre confrérie ne le tuent, c'était tant mieux. C'était là aussi sa façon de les combattre, en un sens – alors qu'il n'avait jamais cessé de le faire, quand il était espion. Severus se sentait redevable envers sa communauté. Si cette façon de les aider pouvait alléger ses propres péchés, alors il le ferait sans hésiter.

Certaines habitudes ont effectivement la vie dure. D'autres resteraient ancrées en lui jusqu'à son dernier souffle.

Son élève le plus passionné au Bureau des Aurors n'était autre que Harry Potter lui-même. Ils n'étaient pas des amis proches – ils ne le seraient jamais – mais un authentique respect pouvait se ressentir entre eux. Un respect qui s'accrut avec le temps, pour la plus grande joie de Harry et la non moins grande surprise de Severus.

Severus passait le plus clair de son temps dans son labo au Manoir des Prince. Cependant, il se montrait aux repas, lorsqu'il n'était pas retenu dans ses cachots par les délais serrés qu'exigeait parfois la préparation d'une potion. Les élèves de l'école pouvaient le voir alors, car il partageait le moment du repas avec eux, tout comme il le faisait à Poudlard. Il avait toujours l'air aussi sévère, toujours revêtu de ses habits noirs, ses robes de professeurs tourbillonnant derrière lui. Il avait une prestance imposante, qui impressionnait les enfants qui le regardaient alors avec une crainte respectueuse, et les laissait incapables de prononcer un seul mot – ce qui lui convenait tout à fait. Le moment du déjeuner était tout particulièrement calme quand il prenait ses repas avec eux. Amelia, Cho et Justin étaient reconnaissants envers Severus à cet égard, car cela signifiait un peu de répit pour eux. Rien qu'un regard sombre du Maître des Potions était suffisant pour dompter tout le monde.

Les enfants avaient été avertis par Amelia elle-même que ce sorcier était son mari et qu'il ne fallait pas lui adresser la parole sans y avoir été invité au préalable. Les gamins avaient peur de lui mais ils comprirent aussi très vite que cet homme ne leur ferait pas de mal – bien au contraire. Avec un tel sorcier au milieu d'eux, personne n'oserait attaquer l'école. Ainsi l'avaient décidé les enfants les plus âgés. Ce qui n'était pas si faux que cela. Car, comme l'on dit, la vérité sort de la bouche des enfants, n'est-ce pas ?


L'endroit où Severus n'aurait jamais pu être plus heureux était le Manoir des Prince, avec Amelia. L'amour et le soutien qu'elle lui apportait, étaient ce qui lui était arrivé de mieux dans la vie. Parfois, Severus se sentait bizarre en songeant qu'il devait ce bonheur au Seigneur des Ténèbres qui lui avait donné cette jeune sorcière en guise de butin de guerre. Un butin de guerre qui l'avait récompensé d'avoir tué Albus Dumbledore.

Les choses que nous perdons trouvent le moyen de nous revenir à la fin. Même si ce n'est pas toujours de la manière qu'on s'y attend, lui avait dit une fois Dumbledore. Severus ne pouvait s'empêcher de penser combien cela était vrai. Il avait perdu Dumbledore – un mentor, une figure paternelle pour lui – pour trouver l'amour avec Amelia. Il avait perdu un ami et il avait gagné la compagne d'une vie. De la manière la plus inattendue qui soit. Toute l'amitié, l'attention et le soutien sincères qu'il avait eu de la part de Dumbledore, lui avaient été rendus sous la forme de l'amour, de l'affection et d'une loyauté fermement établie. Au centuple.

Le pacte du sang avait en quelque sorte scellé l'échange. L'échange d'une vie contre une autre. Au moment où il avait « tué » Albus Dumbledore, il ignorait seulement jusqu'où cet échange irait. Pas plus que le vieux Directeur ne le savait non plus.


Severus n'avait que peu donné de conseils à son épouse, en ce qui concernait le recrutement et la gestion de l'école. Le portrait de Dumbledore était là dans ce but. Il connaissait ces deux anciens élèves à lui – Cho et Justin – et il en avait une bonne opinion – aussi loin que ce que « bonne » pouvait signifier pour lui.

Sinon, il l'avait laissée faire car il estimait qu'elle était bien plus compétente que lui en termes de pédagogie et de style d'enseignement. Il ne souhaitait plus enseigner, du moins plus devant une bande de cornichons, comme il avait l'habitude d'appeler les élèves de Poudlard. Il envisageait de prendre avec lui un Apprenti en Potions, d'ici quelques années, mais pas tout de suite. Il avait besoin de passer du temps tout seul. Amelia l'admettait et le soutenait dans ses choix.

En fait, ils se soutenaient beaucoup l'un l'autre dans leurs projets respectifs. Tant que l'autre était heureux, ils étaient contents de vivre ainsi. Avec le temps, leur lien s'était approfondi, il devenait même perceptible autour d'eux. Même si le sang de Severus et les cicatrices d'Amelia n'avaient plus brûlé pendant des années à cause de la douleur et du danger, ils pouvaient toujours le ressentir, surtout lorsqu'ils faisaient l'amour. La douleur brûlante avait laissé place à une chaleur agréable.

Le pacte du sang était toujours à l'oeuvre et le resterait jusqu'à leur tout dernier souffle.

Pour toujours et à jamais.


Et voilà, un chapitre pour savoir ce qu'il a bien pu arriver ensuite, tant à Severus et Amelia, qu'au reste de la communauté magique, si durement éprouvée par la guerre avec Voldemort. J'espère que ce chapitre vous a plu et que les événements qui y sont décrits sont plausibles.

Lequels de ces événements vous a le plus touché ? Lequel vous a paru le moins probable ? Ou bien, qu'est-ce que vous pensez qui aurait dû se passer et que je n'ai pas décrit ? Je suis curieuse de le savoir... ça m'intéresse. Alors pour ce faire, vous savez ce qu'il vous reste à faire ! A vos claviers !

Mais cette fic ne serait pas complète sans son épilogue, qui sera l'objet de la prochaine et dernière publication mardi prochain - pour cette histoire. Il y en aura d'autres, rassurez-vous !