Chapitre 55: Une séparation...
Après de longues heures de marche, ils trouvèrent un abri dans une caverne. Elle était très grande. C'était un endroit où il était facile
d'avoir de l'intimité. Ils se réunirent autour d'un feu, mais Eléana resta à l'extérieur. Elle n'avait plus prononcé un mot depuis ce qui venait
de se passer.
- Vous croyez qu'on doit la laisser seule? demanda Lina.
- Je ne sais pas, dit Sofia.
Pavel se contenta de dire:
- Si j'étais à sa place, je crois que je voudrais être seul. Après, je ne sais pas vraiment pour elle.
Cylia dit enfin:
- Moi, je pense pas que ce soit une bonne idée. Connaissant Eléana, si on la laisse ruminer seule, je crains qu'elle ne se laisse abattre.
- En même temps, à huit, on est un peu trop nombreux, dit Piers. Nous serions envahissants.
Garett soupira:
- On peut pas la laisser souffrir comme ca... Sérieux, vous vous rendez compte de tout ce qu'elle vient de vivre? Y'a de quoi exploser!
Vlad dit enfin:
- Moi, je crois que la seule personne à pouvoir l'aider maintenant...
Il tourna son regard vers Ivan:
- C'est à toi d'y aller, Ivan.
Le jeune mystique d'air soupira:
- Tu crois vraiment?
Cylia répondit:
- Pour ce soir, oublie ce qui s'est passé entre vous. Tu verras ca demain matin, quand elle sera mieux... en admettant qu'elle puisse
aller mieux... Si tu as l'intention de lui annoncer... une autre mauvaise nouvelle, ne fais pas ca maintenant.
Vlad comprit:
- Rassure-moi, Ivan, tu n'as pas l'intention de rompre, quand même?
- Honnêtement, je n'en sais rien. Mais je sais que quoi qu'il arrive, ca ne va plus être comme avant...
- Normal, soupira Garett.
- Ca peut redevenir comme avant, dit Cylia. Je sais qu'elle a très peur de te perdre actuellement.
- Je le sais aussi, mais...
Il n'arrivait pas à chasser les images qu'il avait captée dans l'esprit de Caleb. Caleb avait interprété le geste d'Eléana comme un geste
de compassion plus que d'autre chose. Il serra les dents. Oui, c'était bien Eléana, ca! Toujours impulsive, n'écoutant que ses émotions
et regrettant après coup. Et le pire, c'était qu'on ne pouvait même pas lui en vouloir, car dans sa naïveté, Eléana était incapable de faire
quelque chose par méchanceté. Tout ce qui pouvait la pousser c'était... de la pure connerie, comme dirait Garett.
Il lâcha un soupir. Eléana avait beaucoup gagné en maturité au cours de son voyage, mais elle n'en avait pas assez gagné. Pas assez
pour avoir une relation stable.
Il baissa les yeux. Il avait l'impression que c'était un peu de sa faute. Il lui en avait peut-être trop demandé d'un seul coup, l'avait
confrontée à des choses pour lesquelles elle était loin d'être prête. Elle avait dix-sept ans, oui. Mais son esprit était trop candide, et le
pire, c'était qu'il le savait, pourtant.
Il en venait à se demander s'il n'avait pas commis une erreur, en couchant avec elle. Sur le coup, il n'avait pas pensé qu'elle pourrait
quand même se retrouver enceinte. De même, pour la première fois, il ne s'était pas vraiment posé la question de savoir si elle était...
vraiment prête. Qu'elle en avait envie, ca, il l'avait bien vu. De même, elle ne lui avait opposé aucun refus, conscient ou non. Son corps
avait frémi, elle ne s'était même pas tendue une seule fois, n'avait pas eu peur un seul instant. Elle n'avait même pas paru avoir mal... Et
pourtant, il savait maintenant qu'il n'aurait pas dû. Rien qu'à cause de ce que ca impliquait. Il l'avait faite s'engager trop loin avec lui,
alors qu'au fond d'elle-même, elle n'était pas si sûre d'elle. Caleb avait encore sa place, même porté disparu à l'époque.
"J'ai agi en gosse irresponsable, moi aussi!" s'injuria-t-il silencieusement.
Il lâcha un soupir et réalisa que dans un peu moins de trois mois, il atteindrait ses dix-neufs ans. A cette minute, il avait l'impression qu'il
ne les faisait vraiment pas! Même Garett n'aurait pas été aussi stupide!
De même, il n'avait pas envisagé un seul instant qu'Eléana pouvait se mentir à elle-même. Pourtant, dans son esprit, il avait bien senti
la présence de Caleb, mais elle semblait si enfouie qu'il n'y avait pas prêté attention. Mais s'il avait mieux prêté attention, il aurait
comprit lorsqu'elle l'avait revu que cela la troublerait.
La jalousie qu'il avait manifestée n'avait pas arrangé les choses.
Elle s'était mentie à elle-même pour protéger sa relation avec lui, parce qu'elle se sentait engagée envers lui. Parce qu'elle l'aimait.
C'était la seule chose dont il ne doûtait pas. Leur amour s'était forgé en un mois et demi passé à combattre côte à côte, à veiller l'un sur
l'autre et il savait qu'il en resterait à jamais des traces. Il ne savait pas si un avenir existait encore pour eux deux, mais il savait une
chose; Vlad avait raison, c'était à lui de rester près d'elle.
Ce fut pour ca que quelques minutes après, il l'avait rejointe. Eléana ne prononca pas un mot, tandis qu'il s'asseyait près d'elle.
Finalement, elle ouvrit la bouche:
- J'aurais dû me doûter que tu serais là...
Elle ajouta:
- Tu tiens vraiment à me voir pleurer pour un autre?
Ivan haussa les épaules:
- Au point où j'en suis... Ca ne me fera pas plus mal!
Eléana détourna le regard:
- Je ne m'excuserai pas. De toute façon, je sais que c'est inutile. Dans notre cas, ce ne serait qu'une formule de politesse dans l'espoir
que tu m'en veuilles moins... Sachant que toi et moi, on s'est toujours tout dit quand on l'a pu, ce serait comme t'insulter. Te prendre pour
un idiot. J'ai déjà dit que ce que j'ai fait n'en valait pas la peine. Ca suffit largement, pour te faire comprendre que je le regrette.
Elle parlait d'une voix séche, mais il sentit que les larmes n'étaient pas loin. Il dit enfin:
- Toi, pleurnicher des excuses? Tu m'aurais déçu si tu l'avais fait. Tu as toujours su garder ta fierté. C'est peut-être ca qui me plait tant...
Eléana sourit à travers les larmes qui roulaient maintenant sur ses joues:
- Tu ne me croierai pas si je te disais ce qui m'a plu, chez toi...
- Essaie toujours...
- Quand on s'est rencontré... Ou plutôt, le lendemain, quand tu m'as traitée en gamine irresponsable... Caleb était toujours prêt à me
suivre dans n'importe quel bêtise. Je me doûte bien que ce n'est pas avec toi que j'aurais pu aller piquer des cerises dans un verger...
Et c'est ca qui m'a plu, justement. Ta maturité. Ca faisait peur. Et en même temps, ca me rassurait. Oui, je me sentais... en sécurité
avec toi. Ce n'était pas plaisant de t'entendre me donner des leçons, mais au fond de moi, je savais que j'en avais bien besoin. Mes
parents ont été trop laxistes. Toi, tu n'as jamais hésité à me freiner quand j'allais trop loin... Chacune de nos disputes m'a faite souffrir...
et en même temps, à chaque fois, je voyais à quel point j'agissais en idiote... et j'étais rassurée, parce qu'à chaque fois, je savais que
désormais, je pouvais te laisser me guider, j'espèrais finir par commettre moins d'erreurs... et en fait...
Là, les sanglots lui coupèrent la parole. Elle n'en pouvait plus. La mort de Caleb la faisait s'écrouler. Quant à Ivan, une profonde émotion
venait de l'envahir. Eléana était donc consciente de ses défaults et admettait ses torts...
Cependant, cela ne suffirait pas à réparer ce qui s'était cassé entre eux. Mais cela n'avait pas sa place ce soir...
Doucement, il se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras. Elle enfouit son visage dans son épaule, comme elle l'avait déjà fait tant de
fois, mais cette fois, elle savait que ce serait tout ce qu'il lui permettrait. Et franchement, pour l'instant, elle ne souhaitait pas plus. Elle
savait que chaque larme qu'elle versait était une goutte d'acide sur son coeur à lui. Mais évidemment, elle n'arrivait pas à s'en
empêcher...
En même temps qu'elle pleurait, elle faisait les comptes. La blessure inutile infligée à Ivan et toutes les souffrances qu'avait subi Caleb
par son égoïsme. Les deux personnes auxquelles elle tenait le plus, elle les avait martyrisées jusqu'à l'intolérable...
Comment avait-elle pu provoquer autant de dégâts?
Néammoins, elle voyait clair dans son coeur, à présent.
Caleb appartenait désormais au passé.
Ivan était son présent. Et surtout, il était son âme soeur, son oxygène, elle l'avait toujours su.
La mort de Caleb l'avait anéantie, mais elle était encore vivante.
A l'idée qu'Ivan puisse mourir...
Non! Elle n'arrivait même pas à l'envisager! C'était impossible. S'il mourrait, elle cesserait de vivre aussi, elle le savait. Elle ne
supporterait jamais de le perdre.
Et pourtant, elle savait qu'il allait se détourner d'elle quand elle aurait récupéré. Elle l'avait trahi. Cette blessure resterait toujours entre
eux, désormais. Tout comme l'enfant qui n'avait pas pu naître par sa négligence...
Elle pleura, pleura...
Toute la nuit, Ivan resta.
Toute la nuit, il la supporta.
Elle fit en tout quatre crises de larmes spectaculaires, et finit par s'endormir épuisée entre ses bras. Ivan lâcha un bref soupir. Il la porta
finalement jusqu'à sa couverture. Elle devait être à moitié réveillée, car lorsqu'il voulut s'éloigner il l'entendit murmurer:
- Reste...
- Tu abuses, fit-il en levant les yeux au ciel.
Mais il vit sa main tendue, implorante... Comment résister à une demande pareille, surtout de la part d'une fille désespérée?
Il resta près d'elle jusqu'à l'aube.
Le lendemain matin, ils furent les premiers à se réveiller. Eléana avait les yeux rouges, mais elle se sentait mieux. Son coeur lui faisait
toujours horriblement mal, mais elle savait qu'elle survivrait et que sa peine guérirait avec le temps. Mais Caleb lui manquerait
toujours...
Mais maintenant, elle avait une autre épreuve à affronter.
Ivan.
Ils s'étaient endormis l'un à côté de l'autre. Ivan n'avait pas lâché sa main de la nuit, mais c'était tout. Une distance était mise entre eux,
qu'elle devait réduire petit à petit.
Cette pensée la frappa. Non contente de l'avoir blessé, elle osait prétendre à renouer leur relation? Non. C'était à Ivan de décider, et
elle savait ce qu'il avait décidé. Ca se voyait trop sur son visage.
Ils se regardèrent longuement, sans prononcer un mot.
- Ca ira? demanda-t-il enfin.
- Il y'a intérêt. J'ai une quête à finir.
Puis elle ajouta:
- Je sais que tu as quelque chose à me dire, maintenant... du moins, j'imagine... Pour nous deux...
Ivan la regarda. Il la trouvait courageuse d'avoir osé aborder elle-même le sujet. Il répondit:
- Tu es vraiment prête à entendre ce que je te dirai?
- C'est mieux que l'incertitude, et puis, je sais déjà à quoi m'attendre, répondit-elle. J'aurais voulu te demander de me pardonner, mais
je sais bien que c'est impossible. Alors, quoi que tu décides, tu sais que je m'y plierai sans discuter.
Ivan se lança:
- Pour te pardonner, il faudrait que je t'en veuille. Or, je ne t'en veux de rien.
Silence. Eléana dit enfin:
- Ce n'est pas tout, hein?
- Non, en effet.
Sa voix était douce, mais triste. Il ne savait pas très bien comment lui expliquer ce qu'il ressentait. Il se décida à faire au plus simple:
- Tu as brisé la confiance que j'avais en toi. Et ce n'est pas la première fois, en plus...
Il ajouta:
- Je ne t'en veux pas, parce que je sais que tu n'agis jamais par mauvaise intention. Mais je suis terriblement blessé. Tu dois t'en
doûter, d'ailleurs. Le pire n'est même pas le fait que tu aies embrassé quelqu'un d'autre. Le pire est que cette personne ait possédé
une partie de ton coeur... Or, je ne peux pas me contenter d'avoir la partie la plus grosse. D'ailleurs, je ne suis même plus sûr
aujourd'hui de tes sentiments envers moi. Si ca se trouve, s'il avait voyagé avec nous depuis le départ... C'est peut-être dans ses bras à
lui que tu aurais terminé.
- Ca m'étonnerait, répliqua-t-elle. Ce que j'ai ressenti avec toi, je ne l'ai jamais éprouvé avec lui. Jamais. Mais si tu doûtes tellement,
pourquoi ne lis-tu pas dans mon esprit?
Ivan la regarda, et cette fois, ses yeux trahirent clairement sa souffrance:
- Parce que tu te mens à toi-même, et que malheureusement, ton esprit dirait la vérité. Je ne l'ai plus lu depuis notre nuit sur l'île des
fleurs de lune. Depuis, beaucoup trop de choses ont changé. Si je le lis maintenant... Disons que je n'ai pas envie de me ramasser une
autre claque, vois-tu? J'aime mieux rester dans l'illusion que c'est bien moi que tu as le plus aimé.
Eléana lâcha un soupir:
- Tu veux une preuve toute simple?
- Je ne demande que ca.
- Facile. Je respire encore.
Ivan la regarda, un peu étonné. Eléana le regarda dans les yeux:
- Si c'était toi qui était mort hier, je n'aurais même pas survécu. Mon coeur aurait cessé de battre. Tu es ma vie, Ivan. Je pensais que tu
le savais.
Ivan sentit un éclair de souffrance déchirer sa poitrine. Il savait qu'elle disait la vérité. Il répondit:
- Ca ne change rien, malheureusement. Je n'arrrive pas à oublier ce que j'ai vu.
Eléana lâcha un soupir:
- Dois-je comprendre que c'est fini entre nous?
Ivan sentit la souffrance le déchirer de part en part. Mais il devait aller jusqu'au bout:
- Je le crains, dit-il enfin.
Eléana baissa les yeux. Ils la brûlaient. Il n'y avait pas de larmes, elle les avait toutes versées, mais elle sentait très bien une boule se
former dans sa gorge... et son coeur se déchirer. Elle parvint enfin à dire:
- Je le savais. Je ne sais pas quoi te dire d'autre. Peut-être qu'au final, je n'étais pas celle qu'il te fallait...
Le jeune homme la regarda:
- Je suis tombé amoureux de toi dés la première seconde où je t'ai aperçue, sans être sûre que tu sois réelle. Je sais que je ne revivrai
pas ca une seconde fois. Alors oui, tu étais celle qu'il me fallait... Seulement, nous nous sommes peut-être rencontrés au mauvais
moment et dans de mauvaises circonstances.
Eléana baissa les yeux:
- Je suis née sous une mauvaise étoile. Notre relation ne pouvait rien t'apporter de bon, mais j'avais tant envie d'y croire... Et j'ose
encore espérer que peut-être, je me trompe et qu'un jour, nous saurons nous retrouver. Mais si ce n'est pas le cas... j'espère que tu
trouveras quelqu'un qui saura t'aimer comme tu le mérites.
Ivan soupira:
- Tu n'es pas née sous une mauvaise étoile, c'est idiot de penser ca. Tout repose encore entre tes mains, Eléana. Tu m'as promis de
tout faire pour changer ton destin, alors fais-le. Pour ca, je peux encore t'aider. Et pour le reste... Je t'invite à réfléchir. C'est ce que je
vais faire de mon côté.
Il se leva. Et soudain, il dit:
- Eléana... Moi aussi j'espère qu'un jour, nous pourrons nous retrouver...
A ces mots, Eléana sentit son coeur se briser dans sa poitrine. Il ne pouvait plus être avec elle parce qu'elle avait brisé sa confiance.
Elle l'avait perdu par sa stupidité...
Il s'était enfin remis de ses blessures. Il devait l'admettre, il était passé près! Ce Caleb, quel combattant il était, tout de même! Il avait
presque réussi à le mettre en danger en faisant exploser sa montagne... Mais Antinos était toujours frais et prêt à se battre...
Et il était décidé à se venger de la défaite qu'il avait subi...
Quelques jours après, Ils étaient tous de retour au village d'Inil. Pour trouver le repère des oiseaux-roc, ils devaient s'orienter plus au
sud. Eléana souffrait en silence. Le village d'Inil lui rappellait cependant des souvenirs douloureux. Lorsqu'ils s'installèrent à l'auberge,
elle ne put s'empêcher de repenser qu'il y'avait à peine quelques semaines, Ivan et elle s'étaient aimés fougueusement dans une de
ces chambres... A ce moment-là, jamais elle n'aurait cru qu'ils se sépareraient si vite... Leurs sentiments étaient si forts... Les larmes lui
montèrent aux yeux... Si elle se souvenait bien, ils avaient même implicitement scellé une promesse de mariage... Et elle avait tout fichu
par terre en un instant!
"Jamais je n'aurais pensé..."
Elle s'en voulait tellement... Elle savait que jamais elle ne pourrait revenir en arrière, mais elle se demandait si Ivan pensait à la même
chose, ou s'il avait déjà oublié tout ce qui avait pu se passer.
Ivan n'avait pas oublié non plus. Mais tout ce qui s'était passé entre-temps avait ébranlé sa foi. Il lui faudrait du temps. Pourtant, le fait
de s'éloigner d'Eléana ne soignait pas sa blessure.
Elle lui manquait. Il avait toujours autant envie de la prendre dans ses bras. Mais il savait que s'il le faisait, tôt ou tard, il se ramasserait
une nouvelle déception. Cette fille le faisait souffrir trop souvent à son goût.
"Si je continue de t'aimer autant, je vais en devenir fou..."
Ils avaient scellé une promesse de mariage entre ces murs... Ca n'avait fait que deux mois. Deux mois avaient suffit à tout ruiner. Le
souvenir de leur premier baiser revint en sa mémoire. Ce jour-là, il n'avait pas espéré autant...
Tant de temps s'était écoulé depuis, tant de choses s'étaient passées...
Mais il se souvenait encore du goût d'Eléana...
Au millieu de la nuit, Vlad fut réveillé en sursaut.
Il détestait être réveillé en sursaut depuis la tempête de Val qui avait coûté la vie à son père. Chaque fois qu'il s'était éveillé en pleine
nuit, ca avait été associé à une catastrophe. Bon, la dernière fois, il l'avait évitée, mais...
C'était Piers qui l'avait tiré du sommeil:
- Inil est attaquée!
En effet, le ciel était en feu. Vlad venait de retrouver en bas Pavel et Cylia, qui se serraient l'un contre l'autre, l'air effrayé. Lina se
précipita vers son amoureux:
- Vlad, je crois qu'Antinos veut se venger...
- On aurait dû fuir plus loin, dit Ivan qui venait d'arriver.
Eléana se tenait à ses côtés. Il était allé frapper à sa porte comme un fou et l'avait réveillée. Toute l'auberge était déjà sens
dessus-dessous.
Et lorsqu'ils sortirent, ils virent les soldats.
Ceux-ci n'avaient nulle pitié. Ils égorgeaient quiconque avait le malheur de croiser leur chemin. Les incendies ravageaient les
demeures, brûlaient vif des gens. Des vagues de flammes foncaient sur eux à intervalles réguliers, mais Cylia et Ivan protégeaient déjà
les autres avec leur psynergie.
- Antinos est là, pas de doûte! cria Lina.
Sofia s'écria:
- Eléana, tu dois fuir! Nous ne pourrons pas gagner si nous l'affrontons maintenant.
- Si nous fuyons, il nous répérera, dit Piers. Si nous nous cachons, notre aura psynergique nous trahira!
Ivan avait réfléchi pendant ce temps et il se décida:
- On va s'amuser un peu avec Antinos... Ce qui importe, c'est qu'Eléana s'en aille d'ici.
La jeune mystique de Vénus parut affolée:
- Tu me demandes de vous abandonner à votre sort?
- Antinos a dû s'affaiblir, dit Ivan. Je pense qu'on arrivera à le repousser un certain temps. Ou peut-être pourront-nous fuir aussi. Ce qu'il
faut, c'est que toi, tu avances!
- Ivan a raison, dit Pavel.
- Comment j'arriverai à m'échapper sans être répérée? fit Eléana.
Ivan sortit la balle d'ombre de sa poche:
- Tiens, à ton tour de l'utiliser. Tant que tu restes dans la pénombre, il ne pourra pas te répérer. Pour ton aura psynergique, tu n'as qu'à
prier pour qu'il ne la détecte pas... Mais si tu es seule, ca m'étonnerait. Car vu toute la psynergie qui est dans les airs...
- Donc, il faut nous disperser tous! dit Piers.
- Comment nous retrouver? demanda Lina.
Ivan n'hésita pas:
- Rendez-vous tous au repaire des oiseaux-rocs! Dans les montagne du sud!
- Pas le choix, dit Sofia.
Eléana avait les larmes aux yeux:
- Je vous aime tous, murmura-t-elle d'une voix tremblante.
- On sait, dit Vlad avec un petit sourire. Fonce!
Elle se tourna vers Ivan:
- Te retrouverais-je seulement un jour?
- Moi, je te retrouverai!
Il effleura sa joue du bout des doigts, puis se détourna. Eléana comprit qu'il était temps qu'elle s'enfuit et activa le camouflage à l'ombre
d'un bâtiment...
