Bonsoir à tous ! bonjour aussi !
Non, non, vous ne rêvez pas, et moi non plus : Voici, enfin, un chapitre ! Malheureusement, je ne puis pas promettre quand viendra la suite, mais elle viendra ! J'ai retrouvé des fragments écrits, mon plan, etc... alors, je l'ai complété. La suite est là (en fait, je ne sais pas si vous êtes aussi enthousiastes que moi, mais je suis... euh, mode petit nuage !), enfin. J'espère qu'elle vous plaira, j'espère qu'après cette attente vous ne serez pas déçus ! d'ailleurs, j'espère que certains d'entre vous me suivront encore, malgré cet immense laps de temps qui a passé ! Et j'ajouterais, au cas où vous auriez oublié un peu, ce qui serait compréhensible : l'épisode précédent était celui du miroir de Risèd, et de plus nous sommes donc en 1ère année d'Harry !
J'ai mille choses à dire, mais je me perds ^^ Je tenais à vous remercier, ce n'est pas trop tôt, n'est-ce pas ! Merci à dobbymcl, merci une fois de plus, j'espère que... et bien simplement que tu aimeras :) Mais aussi merci à telle17 : oui, oui la suite est là, nous ne rêvons pas ! j'espère de tout coeur que tu vas continuer à aimer. Merci aussi à tous ceux qui m'ont lue, à ceux qui vont continuer, à ceux qui vont commencer, qui sait ;) Merci à Alena, si elle passe ici, tout simplement. Et euh... merci quoi !
Je vais éviter de trop déblatérer : l'histoire, je l'espère, vous intéresse plus que ma vie ! ;) Je vous souhaite une très agréable lecture, et je vais tenter de vous conserver une auteur pour les chapitres suivants... si je meurs, ça va être plus compliqué ^^
Bises, Bergère.
Chapitre 55 : Crions, rions, mais enfin qu'y pouvons-nous ?
La dernière ronde de nuit était toujours la plus désagréable. Cette fois, cependant, elle avait cru qu'elle y commettrait un meurtre. Elle n'avait jamais vu ça ! Attraper Malfoy qui racontait des inepties mille fois plus grosses que lui était déjà beaucoup, et elle l'avait amené à Severus espérant franchement qu'une fois dans sa vie il ne ferait pas preuve de laxisme. Elle avait d'ailleurs fulminé en apprenant qu'il ne lui avait même pas enlevé de points, mais c'était là une toute autre question. Quoiqu'il en soit, elle était partie se coucher après avoir remis le garnement aux mains de son chef de maison et parrain, croyant – naïvement – qu'elle aurait l'occasion de se reposer. Moins d'une heure plus tard, elle recevait un message d'Argus par elfe interposé et, fulminante, quittait ses appartements pour aller régler le sort de deux autres briseurs de règle… Sans doute avait-elle cru alors atteindre l'apothéose, mais c'était sans compter sur sa rencontre avec le jeune Longdubat, et la découverte de l'identité des deux autres enfants. Merlin et ses kilomètres de barbe en soient témoin, ils s'étaient ligués contre elle pour lui faire passer une nuit immonde.
Sa maison ou non, et quelle que soit leur mauvaise raison d'être dehors à cette heure, elle avait bien failli les étriper et, soyons honnête, elle n'était pas certaine de savoir comment elle était parvenue à déduire 150 points du pécule des lions sans faillir. Après tout, agissant ainsi, elle se punissait elle-même… mais elle n'avait pas eu le choix ! Leur conduite était impardonnable, et, il fallait le dire, d'autant plus qu'ils étaient en 1ère année, soit d'autant plus fragiles et peu aptes à se défendre !
Mais si c'avait été tout. S'il n'y avait rien eu d'autre ce soir-là ! Non, bien sûr que non… il avait fallu qu'elle décide d'aller prévenir Severus : un de ses élèves était concerné, et surtout ces histoires de dragon et de promenade lui déplaisait. Elle était venue pour lui parler. Ah… quel ironie.
Il s'était moqué de sa maison. Elle avait osé émettre une question au sujet de Malfoy. L'impartialité du professeur de Potions était apparue dans toute sa splendeur : elle s'attaquait à son petit protégé, le petit pauvre Draco Malfoy. Certes, ça ne s'était pas mal fini. Mais à quel prix… Elle avait hurlé, il avait hurlé. Ils s'étaient envoyés à la figure de toutes les méchancetés, comme au pire de leur relation. Même après avoir fait la paix, après que tout le fiel déversé il lui eut expliqué, elle gardait une blessure insupportable de cette conversation. Objectivement, elle comprenait pourquoi il agissait ainsi avec Draco, même si lui-même n'approuvait pas ce type d'éducation pour un filleul. Mais… elle regarda l'horloge qui affichait plus de deux heures du matin et poussa un soupir : de toute manière, des bribes de leur conversation lui revenaient sans cesse en mémoire. Elle ne dormirait sans doute pas. Ou si peu…
Ce soir-là, vraiment, elle aurait mieux fait d'aller se coucher sur le champ quelle force supérieure stupide, quel Eris en manque de Discorde, quelle humeur de Merlin l'avait poussée à aller parler à Severus ?
« - Minerva que me vaut l'honneur ?
- Je voulais vous parler des événements de ce soir… »
Ca avait mal commencé dès les premiers échanges. La dispute était inévitable. Dispute… le mot était faible. Une vraie explosion de haine mal placée, faire mal pour faire mal, et puis s'en repentir.
« - J'imagine que vous n'avez pas pu résister à une poussée de favoritisme… euh, disons patriotisme, excusez-moi.
- Dites-moi, Severus, vous n'êtes pas en train de sous-entendre que j'ai sous-puni les Gryffondors ?
- Je ne sous-entends pas j'affirme !
- Demandez donc aux sabliers ! et d'ailleurs, vous êtes bien mal placés pour me faire ce genre de remarque : je peux savoir pourquoi M. Malfoy est pour sa part exempt de punition ! »
Non, elle ne pouvait pas 'savoir'. Pas aux yeux du professeur de Potions, visiblement, lequel refusait en bloc toute explication. Il avait fallu beaucoup de hurlements pour qu'ils arrivent à se calmer l'un et l'autre : retomber soudainement, comme si toute la tension qui les animait se brisait, telle des fils de marionnettes qui cesseraient de guider ses pantins. Il lui avait dit qu'elle se mêlait de ce qui ne la regardait pas, que de toutes manières il ne tenait pas à la voir maintenant, ni à un quelconque moment. Il s'en était failli de peu qu'elle ne lui déclare qu'elle n'avait plus rien à voir avec lui. Maintenant qu'elle était allongée dans son lit, enfouie dans ses couvertures, elle se rendait compte à quel point leur conversation avait tourné scène de ménage. C'en était effrayant.
Mais ça avait pris fin brusquement. Elle venait de lui dire : Severus, vous me décevez. Il avait presque souri, d'un air désabusé, et il s'était assis.
« - Il y avait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de décevoir vraiment quelqu'un. Je me demande si ça m'est jamais arrivé : on a jamais rien attendu de moi.
- Severus, voyons…
- J'agis avec Draco comme son père l'attend, je suis sur la corde raide. Si c'était mon fils, je ne l'éduquerais pas comme ça. »
Et puis, plus tard.
« - Severus, je suis navrée.
- Non, c'est moi, excusez-moi. »
Ils étaient restés prostrés ainsi, un moment, assez long d'ailleurs, chacun sur son fauteuil. Trop proches par la pensée, trop blessés par une sorte de communion douloureuse, pour pouvoir s'approcher l'un de l'autre. D'aucun aurait dit qu'ils pensaient aux mêmes choses, mais ça n'était pas certain : plus vraisemblablement, ils ne pensaient plus. La réflexion enlisée dans un désordre complet, il n'y avait rien d'autre à faire que tourner à vide.
« - Je devrais vous laisser, n'est-ce pas ? avait-elle lâché d'une voix basse, empesée.
- Peut être… »
Alors elle s'était levée, s'était approchée de lui, avait posé sa main sur son épaule, en manière d'au revoir. Et alors qu'elle allait l'enlever, il était allé la recouvrir de la sienne, serrant brièvement ses doigts, presque compulsivement, avant de la laisser partir.
Allongée dans son lit, toute habillée, les yeux grands ouverts sur le plafond sombre zébré d'éclats d'une lune pâlotte et incertaine, elle se sentit frémir avec la même intensité qu'elle avait tremblé à cet instant-là. Soudain, elle avait revu avec une acuité inégalée cette image, dans le miroir de Risèd, ce désir enfoui dont elle avait voulu étouffer le souvenir. Ses mains tenues, elle aurait cru y voir, c'était presque si sa mémoire n'y dessinait pas, des alliances, fines, si fines, délicates et ténues, qu'elle ne pouvait tout à fait leur donner consistance ou les éliminer.
Elle avait cru que ne pouvoir revoir cet objet lui permettrait d'en détruire l'effet pervers, mais ça n'était pas le cas… certaines images restaient terriblement prégnantes, et cette simple pression de main avait suffi à raviver, comme la douleur d'une blessure mal cicatrisée, le souvenir de ce désir, de ce futur impossible. Peut être, en fait, était-ce pour cela qu'elle ne dormirait pas…
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L'année avait filé trop vite, et Quirinus avait eu la fâcheuse tendance de lui échapper avec tout autant de célérité – célérité suspecte pour un bégayant trouillard. Pourtant, il l'avait cherché et poursuivi sans coup-férir, et ce malgré ses hésitations, ses problèmes de cicatrice, ses autres problèmes aussi d'ailleurs. Malgré Potter, malgré Minerva – grâce à elle peut être aussi. Malgré l'assurance d'Albus qui lui affirmait qu'il avait trouvé un plan infaillible. En la matière, il ne faisait pas confiance à Albus : sa confiance en l'âme humaine, sa naïveté de vieil homme, mettait entre eux une barrière qui lui semblait inextinguible.
Une fois seulement, il avait eu l'occasion de lui parler, dans la forêt, à l'abri de tous les regards, loin de toutes les oreilles. Il s'était mouillé plus que jamais : s'était clairement s'opposer à Quirrel, laisser voir ses soupçons. Il n'avait rien vu venir en retour, il n'en pouvait plus. Plusieurs mois, déjà, qu'il attendait et se contentait d'observer du coin de l'œil cet odieux personnage. Il le ferait aujourd'hui : il s'était levé avec cette résolution, et n'en démordrait pas, quoiqu'il lui en coûte, quelque stratagème stupide qu'il dût mettre sur pied. Mais il était déjà rendu au milieu de l'après-midi, et il ne voyait toujours pas de bon moyen d'isoler le pâle professeur. Il lui restait encore une heure de cours, après quoi il faudrait qu'il fasse quelque chose… mais quoi ?
Il balaya du regard les chaudrons, s'assurant rapidement qu'il ne frôlait en rien l'incident irréparable, et revint à ses réflexions, les yeux posés sur le liquide verdâtre aux borborygmes inquiétants, quoique sans danger, du chaudron de Londubat. Il fallait qu'il le coince dans un endroit tranquille, où personne n'irait les déranger… pas ses propres appartements, c'était trop dangereux. Ni ceux de Quirrel, il n'avait aucune confiance. Où alors… ? il fit à nouveau aller son regard le long des rangs, et s'arrêta un instant sur celui de Granger. Mais bien sûr ! Un large sourire prit place sur son visage : c'était le plan parfait.
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« - Quirinus j'ai quelque chose à vous donner pour l'emploi du temps des examens je… oh ! par Merlin, je l'ai oublié dans mes appartements, cela vous dérangerait-il de m'accompagner ?
- Non bi-bien sûr, Miner-erva, bégaya d'un air faible Quirinus sous le regard indulgent de la directrice adjointe.
- Voilà qui m'arrange, je vous en remercie, dit-elle avec un presque-sourire, avant de partir rapidement en direction de ses quartiers, suivie de son collègue. »
Ils parcoururent les quelques couloirs et escaliers qui les séparait du lieu où elle habitait, et elle le fit pénétrer dans son salon, l'invitant à s'assoir tandis qu'elle allait le chercher. Elle ouvrit une des portes, se dirigea vers un placard, en ouvrit un tiroir, fouilla, marqua une pause, fourragea à nouveau dans les papiers, se redressa, laissa échapper une légère exclamation, et revint enfin dans le salon.
« - Je suis navrée, je l'ai posé dans la salle des professeurs ! Non, non, ne vous dérangez pas, c'est inutile, s'empressa-t-elle en le voyant commencer à se lever. Restez là, je serais revenue dans un instant…, elle marqua une pause. Si quelqu'un vient, vous n'aurez qu'à dire que je serais de retour rapidement, voulez-vous ? »
Sans lui laisser le temps de répondre, elle ressortit : au détour du premier couloir, elle croisa – sans la moindre surprise – Severus. Elle lui lança un regard éloquent, hocha la tête avec une moue peu amène qui voulait dire 'Si je retrouve mon salon en pièce, vous me le payerez', puis leva un sourcil moqueur – ou séduisant – et continua sa route. Elle n'avait à vrai dire rien à faire… le papier était dans sa poche depuis le début. Mais par acquis de conscience, elle alla jusqu'à la salle des professeurs, s'y assit, et enfin pris lentement le chemin du retour. Elle en arrivait à la phase difficile du plan : il ne fallait pas que Quirinus se doute qu'elle était de mèche et elle n'avait pas la moindre idée de qui et de quoi se trouverait chez elle à son retour. Il y avait bien un scénario pour la plupart des situations potentielles, mais allez savoir… !
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Impatient, il attendit tout de même une minute ou deux, afin que cela ne semblât pas suspect, puis alla toquer à la porte de Minerva. La porte s'ouvrit, comme prévu, sur le visage allongé et vaguement effrayé de Quirrel. Aussitôt, Severus opéra un renversement de ses traits, passant d'une neutralité froide à une colère pure et simple. Il saisit son vis-à-vis par le tissu de sa robe et le poussa jusqu'à l'acculer au mur.
« - Tiens ! ça n'était pas vous que je cherchais, mais j'ai quelques petites choses à vous dire…
- Mais Se-se-sever-er-us, je ne-ne vois p-pas ce que vou-ous voulez di-i-re, balbutia l'autre d'un air apeuré.
- Vous voyez très bien, trop bien même ! D'ailleurs, reprit-il plus offensif encore, que faisiez-vous là ?
- Mi-mi-minerva m'a deman-man-dé-dé de l'at-t-tendre ici, je ne-ne…
- C'est bon, ça ira, coupa-t-il. Votre balbutiement m'insupporte. J'attends votre réponse à notre dernière conversation !
- Mai-mais…
- Pas de mai-mais…
- C'est q-q-que je ne comp-p-prend pas du t-t-tout vot-r-re quest-tion…
- Vous la comprenez très bien, ma question, martela-t-il avant de se contenter de le fixer d'un regard insistant, cherchant à saisir le regard fuyant de son vis-à-vis. Et bien ? non ? pas encore ? commença-t-il, incisif, cherchant à le pousser à bout, à lui extorquer une réaction. Vous êtes certain ? du tout ? absolument pas ? même pas si je vous pince les côtes ? si je vous chatouille ? si je vous frappe ? même pas si je blasphème sur le Maître ? si je touche à votre joli turban ? si je vous jette un endoloris ? si je… ?
- ARRÊTEZ !
- Tiens, mais vous parlez normalement mon cher, ironisa-t-il en observant l'expression révoltée et haineuse de Quirinus se diminuer aussi soudainement qu'elle était venue en son air habituel de victime.
- Je-je-je su-sui-is vulné-né-ra-a-able, vous sa-a-vez…
- A d'autre, mais enfin je… »
La porte s'ouvrit à grand bruit, et Severus, selon le 'plan', s'éloigna brusquement et se tourna vers l'entrée où Minerva se tenait, les sourcils froncés, un air de surprise défiante sur le visage.
« - Severus, que faites vous là ?
- J'avais quelque chose à vous demander au sujet d'un de vos élèves, Quirinus m'a laissé entrer.
- Oh ! joua-t-elle. Il a eu raison, vous permettez ? et elle se détourna de lui pour donner le papier à Quirinus : Voilà, je suis navrée, j'avais totalement oublié ! J'espère que tout y est ! »
Le concerné hocha la tête avec vigueur et quitta la pièce avec un sourire contraint dès que la porte se fut refermée derrière lui, Minerva poussa un long soupir soulagé, et alla s'assoir dans son canapé.
« - Avant d'avoir le compte-rendu, il me faut une tasse de thé… en voulez vous ?
- C'est lui Minerva, c'est lui je vous le dis, c'est lui, psalmodia-t-il d'une voix fermée et presque tremblante. Je le sens.
- Lui ? lâcha-t-elle.
- Il a de lui, du moins… tout cela finirait presque par faire peur. »
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« - On veut voir le professeur Dumbledore, lança la voix de Miss Granger alors qu'elle traversait le hall, les bras encombrés d'ouvrages dont elle aurait besoin pour son cours à venir.
- Voir le professeur Dumbledore ? fit-elle, cachant son étonnement tant que possible face à cette idée sortie de nulle part. Et pourquoi donc ?
- C'est… c'est un secret, lâcha le jeune Potter à côté d'elle. Elle lui lança un regard circonspect, fonçant le nez.
- Le professeur Dumbledore est parti il y a dix minutes, fit-elle froidement, se retenant d'ajouter qu'elle-même n'en était pas ravie. Il a reçu un hibou urgent du ministère de la Magie et il s'est immédiatement pour Londres.
- Il est parti ? demanda le jeune garçon, qui commençait à l'agacer.
- Le professeur Dumbledore est un grand sorcier, Potter, il est très demandé, fit-elle claquer.
- Mais c'est important, ce que j'ai à lui dire ! s'exclama-t-il avec une candeur qui lui fit presque excuser son culot.
- Vous avez quelque chose de plus important à lui dire que le ministre de la Magie, Potter ? demanda-t-elle, moqueuse.
- Ecoutez, repris Potter comme s'il allait lui faire part d'un grand secret. Il s'agit de la Pierre Philosophale. »
Ses yeux s'agrandirent, elle laissa presque volontairement tomber les livres qu'elle tenait, et les darda d'un regard étonné, cherchant à remettre de l'ordre dans ses pensées pour faire le point.
« - Comment savez-vous ?...
- Professeur, je crois, ou plutôt je sais, que Ro… que quelqu'un va essayer de voler la Pierre. C'est pour ça qu'il faut que je parle au professeur Dumbledore.
- Le professeur Dumbledore sera de retour demain, répondit-elle en optant pour une réponse sobre qui lui permettrait ensuite de réfléchir. Je ne sais pas comment vous avez fait pour connaître l'existence de la Pierre, mais soyez rassuré, personne ne peut la dérober, elle est trop bien protégée.
- Mais professeur…
- Potter, je sais ce que je dis, trancha-t-elle, cherchant peut être aussi à se convaincre elle-même. Je suggère que vous retourniez tous les trois dehors pour profiter du soleil, appuya-t-elle en se penchant pour ramasser les ouvrages, puis elle s'en alla. »
Il y avait là, en effet, quelque chose d'anormal mais elle s'était rassurée : c'aurait pu être pire. Elle en parlerait à Albus à son retour, il faudrait effectivement faire quelque chose. Et peut être en dire un mot à Severus, afin de jeter un œil à Quirinus. Pourtant, elle ne parvint pas à se sortir de la tête cette conversation, et aux alentours de minuit elle se décida pour un tour de garde improvisé : elle se piquait que son habitude de l'enseignement lui avait donné une sorte d'instinct en ces sortes de choses ! Elle pénétra dans la salle commune des Gryffondors et eu sur l'instant un coup au cœur : Neville Londubat était pétrifié, à terre. Elle avait donc eu raison de s'inquiéter… par Merlin, où étaient ces enfants ! Rapidement, elle réanima le jeune garçon, et l'interrogea : Harry, Ron et Hermione, disait-il, étaient sortis, et il avait tenté de les arrêter mais s'était trouvé pétrifié parce que, soi-disant, c'était la meilleure solution.
Tentant de cacher son inquiétude grandissante, elle l'envoya se coucher en disant qu'elle s'occupait de tout, puis s'empressa de quitter la tour Gryffondor et marqua une pause. Que faire ? pendant un instant elle pesa le pour et le contre, mais il lui apparut que les choses n'étaient plus de son seul ressors, loin de là. Elle ne réfléchit pas d'avantage, se précipita jusqu'au bureau d'Albus et, en robe de chambre et chemise de nuit, coiffée de son bonnet, elle emprunta la poudre de Cheminette et se rendit au Ministère. Mais juste avant de partir, elle lança un patronus afin de prévenir les trois autres directeurs de maisons : elle avait le pressentiment que la nuit n'était pas finie.
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Finalement, entre la remarque que lui avaient faite les trois préadolescents et l'intervention fracassante d'Albus, tout était allé très vite. Prévenir le directeur – le trouver dans le ministère où elle était arrivée dans sa tenue de nuit –, découvrir l'absence – oh combien prévisible – du professeur Quirrel, résister à l'envie de se précipiter là-bas soi-même, retrouver M. Weasley et Miss Granger, le premier encore inanimé d'ailleurs. Puis refaire un récit cohérent des bribes affolées que parvenait à donner la jeune fille… tout c'était suivi, et maintenant elle n'aurait plus pu dire ce qui s'était passé avant ou après tel autre événement. Les souvenirs s'emmêlaient, s'écrasaient, s'obscurcissaient. Elle avait conservé sa droiture et sûreté de caractère, son calme et sa réflexion, jusqu'à ce qu'Albus ressorte de ces tréfonds avec un Potter inconscient. Maintenant il était à l'infirmerie, en présence de la seule Poppy Pomfresh et du garçonnet : il avait interdit à quiconque d'entrer, alors elle avait un peu fait la police, puis tout le monde était reparti vaquer.
C'est là qu'elle avait lâché : ne restait que Severus, nonchalamment adossé à côté de la porte de l'infirmerie. Elle s'était comme affaissée, ses épaules tombant, ses muscles perdant brusquement de leur tension forcée, comme secoués d'un même frisson de sanglot. Pas qu'elle pleurât : il n'en était rien. Seulement, son corps semblait le faire à sa place, et il s'en fallut de peu qu'elle ne s'écroulât à terre. Le professeur de Potions lui saisit le bras et la força à le suivre pendant quelques mètres jusqu'à un couloir désert où il la fit assoir sur des pierres désormais polies qui, depuis longtemps, faisaient office de banc.
Docile, molle même, elle se laissa faire, allant jusqu'à laisser son buste partir en arrière pour aller poser sa tête sur la pierre froide. Severus, quant à lui, parut d'abord hésiter à s'assoir, mais il resta résolument debout, planté sur ses deux jambes, face à elle.
« - Vous allez mieux ? fit-il. Elle haussa les épaules d'un air las, fermant les yeux.
- Vous ne vous moquerez pas de moi si je vous dis que j'aimerais me fondre dans ses pierres gelées pour accéder à une forme de Nirvana, sortir du cycle pythagoricien ? Un rictus vaguement amusé se fit jour sur les lèvres de l'enseignant, et il lui jeta un regard faussement sévère en dépit du faire qu'elle ne pouvait pas le voir.
- Je penserais surtout que vous perdez la tête, et que je n'entends rien, mais véritablement rien, à ce charabia mystico-exotique. Elle eut un rire amer.
- Vous n'auriez pas tord, fit-elle d'un ton d'aigre auto-dérision. Vous ne voulez pas vous assoir ? je n'arrive pas à vous importuner décemment avec mes histoires quand vous me jaugez comme cela !
- Je ne voudrais pas vous faciliter la tâche, lança-t-il en prenant tout de même place à côté d'elle. J'écrase votre robe.
- Grand bien lui en fasse, dit-elle avant de se taire. Les paupières toujours résolument fermées, elle cherchait à conserver une expression neutre, calme, dénuée de passions. Il poussa un soupir, ferma les yeux, alla poser sa propre tête contre le mur, imitant sa position. Pendant plusieurs minutes ils restèrent ainsi, immobiles.
- J'aimerais que quelqu'un voit ça, fit-il. Ca doit être drôle à voir.
- Drôle ? Ils penseraient qu'ils hallucinent ou bien notre réputation d'inamovibles, irascibles dragons, serait ternie à jamais.
- Vous voulez que je vous dise à quoi nous ressemblons ?
- Dites, lâcha-t-elle platement.
- A rien. Il pinça les lèvres, elle se mit à rire, il la suivit.
- A croire que vous avez de l'humour, se moqua-t-elle.
- A croire que vous pouvez comprendre ce que je dis, renchérit-il. Les yeux toujours fermés, elle lança son bras sur le côté pour lui flanquer un coup de coude au hasard. C'est censé m'impressionner ?
- Au moins, ironisa Minerva.
- Alors maintenant que nous sommes passés par la phase 'adolescents boutonneux et stupides en goguette', comment allez-vous ?
- Aussi bien qu'il y a cinq minutes.
- Mal, donc.
- Comme vous allez fort ! se moqua-t-elle avec un vrai sourire. A croire que vous aussi vous allez mal, continua-t-elle en insistant sur ce dernier mot.
- Je suis un martyr depuis mon plus jeune âge, c'est différent.
- Cette conversation est surréaliste.
- Parlez-en à vos pythagoriciens. D'ailleurs, j'ai quelque chose à vous demander.
- Est-ce que vous rêvez ? non, je me suis déjà pincée, ça n'a pas l'air d'être le cas.
- C'était une question d'un autre ordre, reprit-il, sensiblement plus sérieux dans son ton.
- J'écoute.
- Accepteriez-vous de m'entrainer pendant les vacances ? vous voyez de quoi je veux parler.
- Je vous aime beaucoup Severus, mais ça serait indécent, on pourrait jaser. Elle rit sans trop y croire, puis reprit : Bien sûr que oui.
- Vous savez que vous êtes une femme formidable ? lança-t-il avec une fausse emphase.
- Je l'ai entendu dire, mais je trouve ça très surfait ! »
Sur ce, ils se mirent à rire de concert, un rire qui résonna dans le couloir : quoi de mieux que de consacrer l'entrée officielle dans une période de trouble par le rire…
