Chapitre 54- Portraits de famille
La patte qui vint frôler la porte de bois était hérissée de griffes, et le panneau s'ouvrit prestement pour laisser passer un chat noir au poil en désordre et à la mine basse.
Sans un bruit, Shadow se faufila dans l'appartement dont il connaissait à présent les moindres détails. La lumière des torches éclairait faiblement la pièce, indiquant que personne ne s'y trouvait pour l'instant. Snape lui avait donné rendez-vous, mais il n'était pas là ! L'irritation du chat monta d'un cran cette journée aurait-elle donc une fin ?
La retenue avec Rusard avait été interminable. Nettoyer les toilettes et le couloir aurait été d'une simplicité enfantine avec ses pouvoirs, mais il n'avait pas été autorisé à les employer, et la frustration avait littéralement fait jaillir des étincelles de ses mains tandis qu'il brossait consciencieusement le sol. Nettoyer à la façon moldue ne l'avait jamais autant ennuyé auparavant…
Et tenter de canaliser sa magie tout en sachant qu'il allait devoir soutenir une discussion en tête à tête avec Severus après n'avait pas aidé. Comment se concentrer dans ces conditions ? Et maintenant, Snape n'était même pas là… Furieux et angoissé, le chat se réfugia sous une bibliothèque. Si son père voulait le faire attendre, eh bien ils seraient deux à jouer à ce jeu. Et que Snape ne vienne pas lui reprocher d'être en retard quand il sortirait de sa cachette !
Le chat n'eut toutefois pas longtemps à attendre avant que la porte ne s'ouvre et que la silhouette du sorcier ne se dessine sur les murs. Aussitôt, la lumière des torches redoubla d'intensité et les braises dans la cheminée se changèrent en flammes.
Sans un mot, Severus ajouta deux bûches dans l'âtre et pris place dans son fauteuil habituel avec un long soupir. Les yeux fermés, il resta un instant immobile, laissant son long corps se détendre, avant de finalement porter les doigts à ses tempes et les masser délicatement.
C'était la première fois qu'il voyait le professeur ainsi, réalisa Shadow, agissant sans se préoccuper de savoir si quelqu'un l'observait, le jugeait. Même quand il était fatigué, Severus s'efforçait toujours de n'en rien laisser paraitre. A la lueur des flammes qui dansaient dans la cheminée, le visage du sorcier, que ses mains frottaient d'un geste lent, paraissait soudain vieux et usé.
Reposant les mains sur les accoudoirs du fauteuil, il jeta un regard las à la cheminée. Un mouvement au dessus de l'âtre fit sursauter le chat, immobile sous sa bibliothèque. Un portrait, ce n'était qu'un portrait, se sermonna-t-il. Mais il n'avait jamais vu celui-là s'animer.
Le tableau, de taille moyenne, représentait une jeune femme brune dans un paysage de lande, serrant son châle autour d'elle, l'air visiblement angoissée. Un grand manoir sinistre se dressait derrière elle, et une tempête s'apprêtait visiblement à éclater.
Détournant son regard du bord droit du tableau qu'elle fixait habituellement, elle se tourna vers Snape, une expression impatiente sur le visage.
« Tu as encore trop crié sur tes élèves, » fit-elle remarquer.
« Pas plus que d'habitude, » répondit Snape sans lever le regard.
« C'est tout dire. Tu es incorrigible. Je t'ai dit cent fois que crier sur les enfants ne servait à rien ! »
« Je ne crie pas, » répondit calmement Severus. « Il y avait longtemps que tu n'étais pas venue rendre une visite. »
La jeune femme sembla s'adoucir à ces mots.
« La magie qui m'anime n'est pas puissante, Heathcliff. Je fais de mon mieux. »
« Tu n'as pas à t'excuser, » fit Severus en refermant les yeux et en s'étirant un peu plus sur le fauteuil. « Les choses ici ont changé. »
« Je suis au courant, » fit la femme du portrait avec un léger sourire. « Tu n'es plus le seul à vivre ici. »
« Non, en effet. Je te le présenterai, si l'occasion se présente, mais… »
« Les choses sont compliquées, c'est ça ? »
« Quand ne le sont-elles pas, » fit sèchement Snape. « Mais j'allais simplement dire qu'il ne sera sans doute pas souvent ici. »
Shadow sentit son cœur battre plus fort. Il avait donc eu raison, Severus allait le renvoyer…
« Vraiment ? » fit le portrait. « J'ai pourtant cru comprendre qu'il s'agissait de ton fils. »
« C'est le cas. Ce qui ne signifie pas que tout aille de soi. »
« Rien ne va jamais tout seul, Heathcliff, » fit la jeune femme en tapant du pied. « Tu dois aussi y mettre du tien ! »
« Je ne suis pas Heathcliff, » fit machinalement Snape sans ouvrir les yeux. De toute évidence, ce n'était pas la première fois que le portrait le prenait pour un autre. « Je fais de mon mieux. Parfois, ce n'est simplement pas suffisant. Je présume qu'en dépit de mes diplômes, il me reste beaucoup à apprendre sur ce sujet particulier. »
« Les enfants, c'est cela ? » Le portrait eut un instant de doute. « J'en ai eu un, moi aussi, tu sais. »
« Je sais, Cathy, » fit doucement Snape.
« Mais je ne l'ai pas connu. Je n'ai pas pu. C'était… »
« Je sais, » répéta Severus. « Harry n'a pas connu ses parents, lui non plus. Et pour ma part, je n'ai pas la moindre idée de la façon dont un père normal est censé se conduire. Voilà qui promet de nous mener loin… »
« Tu oserais baisser les bras comme ça ? » tempêta le portrait, « Tu ne réalises donc pas la chance que tu as ? Je t'interdis d'abandonner ! »
« Il n'est pas question d'abandonner, stupide gamine, » grogna Snape. « Tu n'as pas la plus petite idée de ce dont tu parles. Ce garçon représente tout pour moi. Absolument tout.»
« Une raison de vivre, alors, » fit rêveusement la jeune femme. « C'est ce qu'il y a de plus important. »
« S'il faut le dire ainsi, » concéda Severus. « Depuis la mort de Lily, je n'avais plus pensé… ah, peu importe. »
« Je comprends, » fit Cathy. « Depuis qu'Heathcliff est parti, rien n'est plus pareil. Mais mon bébé… »
Le portrait s'interrompit et Snape lui jeta un regard songeur.
« Tu choisis les moments les plus ambigus pour rendre visite, » fit-il remarquer. « Peu importe. Il ne devrait plus tarder maintenant. J'apprécierais que tu nous laisses conduire notre discussion avant d'intervenir. »
« Oh, vraiment ? Une conversation animée en prévision ? »
« Rien de bien agréable. Une affaire de discipline. »
« De discipline ? Et puis-je savoir ce que cet enfant a fait ? »
« Il m'a défié en public et a manqué de tuer une vingtaine d'autres élèves par la même occasion, » grogna Snape.
« Et qu'est-ce qui t'ennuie le plus ? » demanda Cathy avec un sourire en coin.
Severus lui rendit son sourire.
« Quoiqu'il en soit, je vais m'assurer qu'il n'oublie pas cette leçon. »
Sous l'armoire, Shadow frémit. Cathy, quant à elle, s'agita dans son cadre.
« Heathcliff ! Tu ne peux pas faire ça ! Ne deviens pas comme Hindley, battre un enfant n'a jamais… »
« Pour l'amour du ciel ! » rugit Snape, « il n'est pas question que je lève la main sur Harry ! C'est totalement inepte et inutile, et il n'est pas question que… Merlin, si c'est tout ce que tu as à dire, mieux vaudrait retourner dans les limbes, Cathy ! »
« En voilà une façon de me parler ! Et d'abord, où as-tu trouvé cet enfant ? Dans les rues, lui aussi ? »
Snape poussa un long soupir exaspéré.
« C'est le fils de Lily. »
Shadow sentit son cœur battre plus vite. Le fils de Lily. Et c'était tout ?
« Oh ! Mais alors… » le tableau resta songeur un instant. « Est-ce le tien aussi ? »
« Je te l'ai déjà dit. »
« Dans ce cas, pourquoi n'a-t-il pas grandi avec toi ? C'est d'un adolescent dont nous parlons ! »
« Parce que j'ignorais qu'il n'était pas correctement traité dans… ah, Merlin, non, ce n'est pas ce que tu penses. Son père biologique est James Potter, » expliqua Snape en réalisant le malentendu.
« Oooh, » fit le portrait. « James Potter. Je m'en rappelle. Athlétique, joli garçon, incapable de voir plus loin que le bout de son nez… »
« Ca ira comme ça, » grogna Snape en se levant pour aller se servir un verre. A l'odeur, Shadow reconnu du bourbon.
« Vraiment, Heath… Severus, le fils de James Potter ? Je pourrais certainement réciter de mémoire tes meilleurs discours d'insultes le concernant… »
« Eh bien, il aura au moins réussi quelque chose dans sa vie, » fit Snape. « Son fils. »
« A quel jeu joues-tu ? » demanda le portrait en fronçant les sourcils. « Toi, adopter le fils de James Potter ? Est-ce une forme de revanche, lui prendre ce qu'il aurait dû avoir ? »
« Cette conversation est totalement ridicule. James Potter… s'est révélé avoir plus de mérites que je ne lui en accordais. Et Harry est aussi le fils de Lily. Peu importe d'ailleurs de qui il est l'enfant, c'est lui-même qui compte, et je n'ai pas besoin de connaître ses ancêtres pour savoir qu'il est mon fils à présent. »
« C'est ce que je voulais entendre, » fit Cathy avec un sourire satisfait. Son regard songeur et attendri s'était tourné vers un coin de la pièce, et Snape se tourna dans cette direction.
Une petite tête féline marquée d'un éclair dépassait de sous une armoire, ses yeux verts fixés avec anxiété sur lui.
« Toi ! » rugit le professeur, « Sors de là ! »
Le chat commença par battre en retraite, avant de finalement s'extirper de sa cachette en rasant le sol. Les yeux écarquillés du chat qui d'habitude avaient le pouvoir de faire fondre Severus n'eurent pas d'effet cette fois.
« Et change de forme ! » s'écria-t-il. « Caché sous l'armoire à espionner, comme un vulgaire rodeur ? »
Avalant péniblement sa salive, Harry reprit son apparence humaine, le regard fermement fixé sur ses chaussures.
« J'attends des explications ! » tonna Snape, qui semblait avoir rapidement perdu toute sympathie pour son fils. Si seulement le portrait pouvait intervenir… mais rien n'arriva, et Harry prit une grande inspiration.
«Je ne voulais pas espionner. Je suis juste arrivé là en premier et tu n'étais pas là. »
« Ce qui est un excuse logique pour se cacher sous les meubles et écouter les conversations des gens ? »
« Ce n'était pas vraiment une conversation, » protesta Harry. « C'est juste un portr… heu, bonsoir, » fit-il avec un petite geste maladroit pour le tableau.
« Heathcliff, tu as raison, ce garçon a besoin d'une leçon. De politesse, pour commencer, » fit Cathy.
« Vraiment, ce n'est pas ce que je voulais dire, je… hum… ravi de vous rencontrer ! »
« Harry, voici Cathy, qui daigne parfois nous rendre visite, » fit Snape. « Cathy, Harry James Potter-Snape. »
« Enchantée. Tu es donc le nouveau fils d'Heathcliff… tu peux m'appeler maman ! »
« De… pardon ? » s'étrangla Harry.
« Cathy ! » s'exclama Snape en se pinçant l'arrête du nez. « Merci de ta visite, je souhaiterais rester seul avec Harry à présent. »
« Oh, ce n'est pas très poli ! Mais très bien, puisque je suis indésirable… »
Avec un mouvement de robe indigné, la jeune femme sortit du cadre, qui cessa de s'animer.
« Elle plaisantait, pas vrai ? » demanda Harry.
« Ce n'est qu'un portrait, elle est parfois confuse. Le sort qui l'anime n'est pas très puissant et elle confond la réalité et le roman dont elle sort. »
« Un roman ? »
« Les Hauts de Hurlevent, » répondit Snape en balayant la question de la main. « Peu importe, Cathy n'est pas le sujet du jour. Nous avons à parler. »
« Je sais, » soupira Harry. « Je regrette. Je n'aurais jamais dû faire ça. »
« Faire quoi, au juste ? » demanda Snape en croisant les bras, le regard glacial.
La soirée s'annonçait longue, songea Harry.
« Hum, dans l'ordre… rater ma potion volontairement, te parler comme je l'ai fait, manquer de faire exploser la salle et, hum, me cacher sous l'armoire. »
« Je n'arrive pas à croire que tu aies pu faire quelque chose d'aussi stupide ! » siffla Snape, son regard noir perçant un trou entre les deux yeux d'Harry. « Est-ce que tu te rends seulement compte des conséquences de ton geste ? »
« Je sais que ça aurait pu être grave, » soupira Harry. « Merci d'avoir corrigé ça. »
« Vraiment ? Penses-tu que les autres étudiants de cette classe soient totalement stupides ? Contrairement à toi, ils sont venus à ce cours préparés et ont un excellent niveau en potions, ils ont parfaitement vu et compris ce que tu faisais ! »
« Je ne voulais pas t'embarrasser comme ça… »
« M'embarrasser ? C'est toi-même que tu as embarrassé, Harry James Potter-Snape ! Et il ne s'agit pas ici d'embarras, mais de tentative délibérée de meurtre ! »
Harry pâli, ses yeux écarquillés cherchant une trace d'humour sur le visage de Severus. Il n'y en avait aucune.
« Mais… je n'ai pas… je… »
« Je t'ai demandé ce qui pourrait faire exploser cette classe, et ta réponse a été exacte. Tu savais ce que tu faisais, et tu as mis la vie de tous tes camarades en danger. Ils l'ont non seulement entendu, mais parfaitement compris. A en croire le visage des Serdaigles présents, plusieurs ont vu leur vie défiler devant leur yeux. »
« Merlin, mais je ne voulais pas… je savais que tu ne me laisserais pas faire, et ils le savaient aussi ! »
« Vraiment ? » siffla Snape. « Harry, mes pouvoirs ne sont pas optimums, ce n'est un secret pour personne, j'aurais pu ne pas réussir ce sort, et si cela avait été le cas, nous ne serions plus là pour en discuter ! »
Cette fois, Harry sentit ses jambes se dérober sous lui. Le visage de Severus perdit de sa dureté, mais il ne fit pas un geste pour l'aider. En fait, seule sa main droite bougeait, dans un geste mécanique et convulsif de massage à l'endroit de la marque des ténèbres. Ce n'était certainement pas le meilleur moment pour aborder le sujet, mais Harry le nota dans un coin de son esprit.
« Je suis vraiment désolé, » murmura-t-il, « je n'ai pas réalisé… je ne sais vraiment pas ce qui m'a pris. C'était comme si j'avais une double personnalité, comme si tout à coup je ne pouvais plus m'arrêter de parler… je n'arrivais pas à me contrôler ! »
« Quelqu'un qui ne parvient pas à se contrôler n'a rien à faire dans un laboratoire de potions ! » tonna Snape.
Harry se recroquevilla sur lui-même, horrifié, mais sentant la rancœur revenir à cette phrase.
« Ce n'est pas nouveau, » grommela-t-il. « Si tu ne veux pas de moi dans ton cours, autant le dire carrément. »
En une fraction de seconde, Snape était sur lui, agrippant ses épaules et le secouant sans ménagement.
« Est-ce que tu vas comprendre, une fois pour toutes, que je ne cherche pas à te chasser ni à te brimer ? Oui, mon comportement envers toi toutes ces années a été inexcusable, mais aujourd'hui tu as mis en danger la vie de nombreux élèves, et la tienne ! Merlin, je ne peux pas te laisser risquer ta vie chaque fois que tu es contrarié ! Tes pouvoirs sont bien trop puissants, Harry, et les miens ne sont plus qu'une esquisse de ce qu'ils ont été, tu dois apprendre à te contrôler car je ne pourrai pas toujours le faire pour toi, ni réparer tes erreurs ! Personne ne pourra le faire ! »
« Je sais… » commença Harry en levant les paumes pour apaiser son père. Il avait déjà vu Snape en colère, oui, mais rarement à ce point … « Je ferai de mon mieux, je le jure ! Je suis vraiment désolé, je ferai tout ce que tu voudras, en plus des retenues avec Rusard… »
« Les retenues, il s'agit vraiment de cela ! » grogna Snape en reculant d'un pas, sa main droite venant à nouveau se plaquer sur son avant-bras. « Si les élèves de ce cours ont deux brins de jugeote, ils iront se plaindre à leurs parents et tu risqueras l'expulsion, voire une visite au ministère. Est-ce vraiment ce dont tu as besoin en ce moment ? »
Cette fois, Harry dut s'asseoir sur le fauteuil le plus proche.
« Tu plaisantes, pas vrai ? Ils ne feraient pas ça ? Je veux dire, des accidents arrivent tout le temps… »
« Des accidents, oui ! Un élève qui tente délibérément de modifier une potion pour qu'elle détruise toute la salle ? Non ! Des Aurors pourraient venir enquêter, demander une enquête psychiatrique te concernant, une analyse de pouvoirs pour ma part, et nous pourrions tous les deux nous retrouver remerciés de Poudlard en moins de temps qu'il ne faut pour le dire ! Bien entendu, les parents des élèves présents pourraient également décider de porter plainte, et Albus pourrait décider de ne pas impliquer son école dans nos histoires de famille. Est-ce que cela suffira, ou dois-je continuer à développer le scénario ? »
« Dumbledore ne ferait jamais ça, » protesta Harry d'une voix faible. Cela ressemblait fort à un scénario catastrophe, mais après tout, à quel moment sa vie n'avait-elle pas suivi cette ligne ?
« Tu ne peux pas décider de compter sur la bienveillance des gens pour te tirer de ce genre de situations, Harry, » répliqua Severus.
« Je regrette, vraiment, » gémit Harry. « J'ignore ce qui m'a pris, j'étais… c'est… tout allait bien, j'étais juste un peu nerveux à l'idée de ce cours, mais quand tu m'as posé cette question, tu sais ? La même qu'en première année. Je ne sais pas, ça a court-circuité quelque chose dans ma tête. »
L'explication sembla avoir le don d'adoucir Snape, même si son visage parut soudain plus fatigué.
« Ah. Cette question. C'était de toute évidence une mauvaise idée, » admit-il. « L'intention était pourtant positive. Tu connaissais la réponse, Harry… repartir d'un bon pied me semblait important. »
« Mais quand tu m'as posé cette question la première fois, je ne pouvais pas y répondre ! Je n'aurais jamais pu, puisque c'est une question de sixième année ! C'était totalement injuste ! »
« Je vois, » soupira Snape. « Nous en avons déjà parlé, mais… c'est exact. C'était mesquin de ma part. Cela ne justifie cependant pas ton comportement en classe. »
« Evidemment, » fit Harry en levant les yeux au ciel. « Toi, tu as le droit de m'insulter tant que tu veux en cours, mais je n'ai rien le droit de dire. »
« J'ai déjà admis avoir eu tort sur ce point, je n'y reviendrai pas. Mais tu es un élève dans cette école, et tu n'as pas à t'adresser sur ce ton aux adultes, que ce soit moi ou qui que ce soit d'autre. »
« C'est injuste, » grommela le garçon.
« Tu as tout le loisir de t'exprimer à la maison, si tu souhaites crier, te plaindre, et même insulter, libre à toi de le faire tant que cela reste entre ces murs. Cela ne signifie pas que ce sera sans conséquence, mais tout au moins tu éviteras de te donner en spectacle et de tuer tes camarades ! »
« C'est juste que tu es tellement différent quand tu es en classe… c'est comme si tu n'étais pas la même personne ! C'est dur de faire la part des choses quand tu as cette voix et ce regard… »
« Dans un certain sens, je suis une personne différente, » admit Snape. « Je suis ton professeur. Ce n'est pas une situation évidente, mais nous allons devoir nous y faire. Tant que nous sommes chez nous, ou seuls, tu as toute liberté de dire ce que tu souhaites… en revanche… » Il saisit le menton du jeune homme entre ses doigts et le força à rencontrer son regard. « En classe et dans l'enceinte de cette école, je suis ton professeur, et j'attends de toi que tu me respectes et te conduises comme un élève correct, si ce n'est brillant. »
Son ton était monté au fil de sa tirade, et Harry déglutit difficilement.
« J'ai compris. Mais… » Il prit une grande inspiration. Snape allait le tuer, c'était certain. Mais il ne pouvait pas reculer. « Dans ce cas, tu dois aussi faire en sorte qu'on te respecte. »
« Pardon ? » siffla dangereusement Severus, son visage se rapprochant inconfortablement de cela d'Harry.
« On est à la maison, » fit précipitamment le garçon, « alors j'ai le droit de parler, non ? »
« Je t'écoute, » répondit Snape d'une voix suave, « mais si tu as le droit de parler, rappelle toi que j'ai aussi le droit de répondre. Une petite réflexion serait sans doute nécessaire avant de continuer. »
« Non, c'est important… tu es un bon professeur et tout ça… »
Snape ricana, et Harry eut le vague sentiment qu'il courrait à l'abattoir.
« Ce qu'il y a, » poursuivit-il malgré tout, « c'est que tu oublies parfois que tout le monde n'a pas grandi dans des familles de sorciers. Cette histoire de découper les plantes d'une façon ou d'une autre… je n'y comprenais rien, au début ! »
« Tout est marqué dans le manuel ! »
« Sérieusement, Severus, à onze ans, personne n'a envie de lire un grimoire de potions de 300 pages écris dans des caractères illisibles ! Enfin, à part Hermione, » corrigea-t-il. « Et même si on arrivait à comprendre les techniques directement, ça n'explique pas pourquoi est-ce que les ingrédients réagissent de telle façon. »
« Mais c'est à ça que servent les cours de botanique, pour l'amour du ciel ! Je ne peux pas passer l'année à vous enseigner le curriculum de botanique et de charmes en plus des potions, vous êtes déjà suffisamment lents et stu… potentiellement intellectuellement défavorisés comme cela ! »
« Mais on ne voit pas ça en botanique ! » protesta Harry. « Le professeur Chourave parle de la façon de s'occuper des plantes, de les cueillir, leurs effets, mais ça n'a rien à voir avec les potions ! »
« Tout a à voir avec les potions ! » rugit Snape. « Leurs effets ! A quoi crois-tu que cela puisse te servir, à savoir si manger des fraises te donnera un bon teint ? Les potions ! C'est le seul intérêt de la botanique ! »
« Je ne suis pas sûr que ce soit l'avis du professeur Chourave, » couina Harry en sentant la main sur sa mâchoire se resserrer. Severus se décida enfin à le lâcher, mais son regard noir n'avait pas faibli.
« Ce que je veux dire, » poursuivit Harry, « c'est que c'est Neville qui a dû m'apprendre tout ça. Pourquoi il faut couper les plantes de telle façon, les racines, les feuilles… après, ça m'a semblé beaucoup plus clair. Je sais que je ne suis pas le seul. Ce n'est pas évident pour le commun des mortels, tu sais. »
Snape arborait la même expression qu'il aurait eu après avoir mordu dans un citron, mais au grand soulagement d'Harry, il ne se lança pas dans une nouvelle diatribe sur la stupidité de ses élèves.
« J'en parlerai avec le professeur Chourave. Mais je persiste à penser que si Miss Granger a su se préparer avant d'arriver à Poudlard, tout le monde peut en faire autant. »
« Mais Hermione n'est pas humaine, » gémit Harry.
« Harry. Ca suffit. Nous sommes chez nous et tu as eu ton mot à dire. Ton père prend ta remarque en considération et fera en sorte à l'avenir de te préparer de son mieux, mais ton professeur t'informe a présent que ce n'est pas son problème et que tu n'as pas à discuter ses méthodes d'enseignement. »
« Je vois, » fit Harry en serrant les dents. « Eh bien, papa, il faudrait que je te parle, parce que figure toi que j'ai un petit problème avec un de mes professeurs. »
Snape croisa les bras sur sa poitrine et haussa un sourcil.
« Vraiment ? »
« Vraiment. Le professeur de potions. C'est un sale type. Il est hautain, désagréable, sournois, et il me déteste depuis le premier jour. J'ai un sérieux problème avec lui. »
« Depuis le premier jour ? » railla Severus. « Une raison particulière ? »
« J'étais en train de prendre des notes sur ce qu'il disait, et il a cru que je n'écoutais pas. Il m'a ridiculisé devant la classe en me posant des questions impossibles. Et il a continué depuis, en m'insultant régulièrement, en faisant des remarques sur mon travail, ma famille, mes amis… je n'arrive pas à me concentrer dans son cours, en fait j'ai une boule à l'estomac rien qu'à l'idée de rentrer dans sa salle de classe. »
L'expression de Snape avait perdu toute ironie.
« C'est regrettable. »
« Et il n'y a pas que ça, » poursuivit Harry en ressentant une petite joie mesquine dans ce petit jeu, « Il ne manque jamais une occasion de me rabaisser, de se moquer de moi devant les autres. Même quand je ne suis pas en cours, il me traque dans tout le château pour trouver une occasion de me punir. »
« Se pourrait-il qu'il ait quelques bonnes raisons pour cela ? »
« Ca arrive, » admit Harry. « Mais il m'en veut personnellement, alors que je ne lui ai rien fait. »
« Ca me semble assez injuste, » répondit Snape. « Mais c'est malgré tout le rôle de ce professeur de veiller à vous empêcher de faire des bêtises, toi et tes camarades. Il s'agit de votre sécurité. »
« Peut-être, mais il y prend plaisir, » rétorqua Harry. « Il adore ridiculiser les élèves, réduire leur égo à néant, terroriser les enfants… »
« Et peut-être cet enseignant voit-il un peu plus clairement que vous, cervelles de moineaux, les dangers que vous courrez ! Un cours de potion est potentiellement mortel, Poudlard lui-même est plein de pièges notre monde, Harry, est devenu un endroit dangereux. Vous n'en réalisez pas la moitié, et c'est normal, mais c'est à nous de vous protéger… et vous ne nous rendez pas toujours la tâche facile. »
« Ca n'empêche, » poursuivit le garçon. « McGonagall n'est pas comme ça. Ni Dumbledore. Ni aucun autre professeur, à part Rusard, et il n'est que concierge ! Le professeur de potions… il n'aime tout simplement pas les enfants, à mon avis. »
« Il est probable, » répondit Severus en se pinçant l'arrête du nez, « que ton professeur n'a jamais eu la moindre vocation pour l'enseignement. Qu'il n'a jamais rêvé, pas même une seconde, d'occuper ce genre de poste, et qu'il ne le fait que parce qu'il y est contraint. Il est également possible qu'il déteste cet endroit, que ses collègues lui soient antipathiques depuis l'époque où il était lui-même élève ici, qu'il ne comprenne rien à la psychologie des adolescents et que leur compagnie lui soit odieuse. Malgré tout, un professeur ne serait pas resté si longtemps en place s'il n'avait pas de bons résultats et si le directeur n'estimait pas que la fin en justifiait les moyens. Certaines choses te paraissent peut-être injustes, Harry, mais le monde n'est pas fait de justice et d'équité. Autant t'y habituer dès maintenant. »
« Mais c'est une école ! » protesta l'adolescent. « Je ne peux rien faire contre cet enseignant, et il en a après moi et mes amis, pas après les élèves de sa maison ! Il est tellement partial que s'en est ridicule ! »
« Ah, l'impartialité est une chose formidable… et tu découvriras vite, si ce n'est pas déjà fait, que le nom de la maison que le Choixpeau a crié, le jour de ton arrivée à Poudlard alors que tu avais onze ans, va conditionner pour le restant de tes jours la façon dont les gens vont te voir. Te traiter. Les métiers que tu pourras exercer plus tard. Un Poufsouffle, par exemple, aura deux fois moins de chances qu'un Gryffondor de pouvoir entrer au Ministère, sauf s'il vise le service social. Un Serpentard n'aura presque aucune chance d'être sélectionné pour être Auror. La plupart des gens, même devenus adultes, continueront de fréquenter des gens de leurs maisons et garderont en tête les stéréotypes de leur enfance. Toujours faire confiance à un Gryffondor, se méfier d'un Serpentard, se reposer sur un Poufsouffle et confier les affaires délicates aux Serdaigle. »
« Je ne suis pas comme ça, » protesta Harry, « j'ai des amis dans les autres maisons ! »
« Mais pas Serpentard, Merlin t'en garde, pas dans la maison qui a produit tant de sorciers maléfiques, n'est-ce pas ? »
Le garçon se sentit rougir en se rappelant de son premier jour dans l'école, les remarques de Ron, la façon dont il avait supplié le Choixpeau de ne pas l'envoyer à Serpentard…
« Je vois ce que tu veux dire, » admit-il à contrecœur, « mais… »
« Et ce qui est intéressant, c'est que les professeurs de cette école ne font pas exception. Il est évident que si un méfait à été commis, on cherchera d'abord chez les Serpentard. Même Albus commence toujours par venir me voir quand il cherche un coupable dans l'école. Il faut bien commencer quelque part, parait-il… l'équité, vois-tu, n'est pas toujours là où on le croit. Parfois, les apparences sont trompeuses. »
« Peut-être, » admit Hary, « mais tu… il exagère quand même. »
Snape eut un fin sourire.
« Bienvenue dans le monde réel. As-tu d'autres récriminations, ou en as-tu fini pour ce soir ? »
« J'ai fini, je suppose, » grimaça Harry. Son discours n'avait clairement servi à rien… mais les choses ne pouvaient pas vraiment être pires, de toute façon. Ne restait plus qu'à attendre le verdict.
« Très bien. Je pense avoir également fait le tour de la question. Il est inutile que je te précise que le comportement dont tu as fait preuve en classe aujourd'hui ne doit jamais se reproduire ? »
« Totalement inutile, » murmura Harry, les yeux au sol. Le moment de payer l'addition était arrivé.
« Parfait. J'attends une rédaction extensive sur les règles de sécurité dans un laboratoire et les mélanges qui ne devraient jamais être faits lors de la préparation de potions pour lundi prochain. Mieux vaudrait qu'elle soit complète et convaincante si tu ne souhaites pas passer les prochaines vacances à en développer tous les aspects pratiques. »
« Entendu. »
« Par ailleurs, tu es suspendu des cours de potions jusqu'à la semaine prochaine, » continua Snape. « J'aimerais avoir une chance de travailler avec des élèves qui méritent vraiment leur place avant de voir mes cours transformés en spectacle privé. »
Harry déglutit péniblement. La remarque était douloureuse, mais il n'était donc pas banni à vie du cours ! Il tenta de ne pas laisser son soulagement s'étaler trop visiblement sur son visage.
« Et pendant ce temps, tu pratiqueras dans un autre laboratoire en compagnie de M. Malfoy, » conclut Severus.
« Quoi ? Non, il n'en est pas question, il va forcément essayer de me tuer ! »
« Je suis plus inquiet pour sa santé que pour la tienne, » fit Snape. « Quoiqu'il en soit, ce n'est pas négociable. Je trouve même l'idée séduisante, à y bien réfléchir : créer un groupe de fauteurs de troubles, les enfermer dans un laboratoire avec pour consigne de s'entrainer seuls et ne réintégrer que les survivants. Il y a là un concept à exploiter… »
« Dumbledore ne va pas être content, » objecta Harry sans grand espoir.
« Quoi, alors que je milite pour l'entraide entre maisons ? Il va probablement proposer d'augmenter mon salaire, » fit Severus avec un demi sourire.
« C'est sûrement illégal, » gémit Harry, « châtiment cruel et inhabituel ! »
« Pas en Ecosse. Et j'attends un compte rendu de vos séances. Si quoi que ce soit de regrettable devait se produire… »
« Je sais, je sais, les cachots jusqu'à la fin de l'année, » plaisanta Harry, avant de réaliser que concernant Malfoy, la menace était loin d'être fictive. « Je ferai de mon mieux. »
« Je l'espère bien. Je suis extrêmement déçu par cette journée, Harry, et je ne suis pas certain que tu réalises bien la portée de tes actes… »
« Crois-moi, j'ai compris, » murmura Harry. « Je suis vraiment, vraiment désolé. Merci de ne pas me renvoyer définitivement du cours. Et, hum… pour le reste… est-ce que je suis exclu temporairement aussi, ou… ? »
« Le reste ? » demanda Severus en fronçant les sourcils.
« Je veux dire… la maison. Je sais que tu n'as pas envie de me voir pour le moment. »
« Je suis fâché et déçu, Harry, cela ne signifie pas que tu es banni ou que cela change la façon dont je te vois. En tout état de cause, si j'avais dû te punir de cette manière, tu aurais plutôt été consigné à la maison. Mais tu es un peu âgé pour cela et, comme tu l'as justement fait remarquer en déménageant de ton propre chef, tu n'as pas besoin de mes quartiers pendant la période scolaire. »
L'amertume dans la voix de Snape était à peine déguisée, et Harry sentit son pouls s'accélérer.
« Ce n'est pas ça, » objecta-t-il, « pas du tout… je pensais juste que tu allais me dire de ne plus revenir ici, alors j'ai, eh bien, pris mes affaires. Tu sais, pour ne pas… enfin… je ne suis pas sûr. »
« Pour ne pas être privé de tes possessions ? » suggéra Severus, sa main à nouveau crispée sur son bras. « J'espérais que nous avions dépassé ce stade, mais c'était présomptueux de ma part. La seule chose dont je conçoive de te priver est ton balai, si jamais tu devais l'utiliser à des fins stupides, comme une escapade dans la Forêt Interdite. Ou éventuellement ta cape d'invisibilité pour la même raison. »
« Je n'en ai pas l'intention, » répondit Harry en prenant mentalement note de cacher les objets en question si l'occasion devait se présenter.
Snape secoua la tête en soupirant. Il saisit le poignet du jeune homme et découvrit le bracelet qu'il portait toujours depuis cet été.
« Cet artefact n'a pas utilisé toute cette puissance pour t'amener à ma porte pour que je te jette dehors après une dispute, Harry. »
Le garçon ne put s'empêcher de sourire. Tout avait commencé là, c'était vrai. Un endroit où il serait en sécurité… le soulagement l'envahit et il fut pris d'une subite envie d'étreindre l'homme. Ce n'était probablement pas le bon moment, cependant… distraitement, il remarqua que la main de Snape contre son poignet était soudain devenue plus chaude. Peut-être pas plus chaude, exactement, mais… il y avait quelque chose.
La marque, réalisa-t-il. Cela venait de la marque. Sans réfléchir, il tendit la main pour relever la manche du sorcier. En une fraction de seconde, Snape avait bondit en arrière comme s'il l'avait brûlé, plaquant fermement la manche de sa robe sur son avant bras, l'air furieux à nouveau. Mais pas que furieux, réalisa Harry en observant les traits de son père… ses traits étaient tendus, il avait l'air de retenir à grand peine une grimace de douleur.
« Elle te fait mal ? » demanda-t-il. « La marque ? »
« N'essaie pas de changer le sujet, » rétorqua Severus.
« Ca n'a rien à voir ! C'est important ! » s'exclama Harry. « C'est Voldemort, pas vrai ? Il essaie de t'atteindre ? »
« Tu n'as pas à t'occuper de ça, Harry. La seule chose qui doive te préoccuper pour l'instant est la perspective des retenues avec Rusard. »
« Je ne suis pas d'accord ! Ce psychopathe essaie de t'atteindre à travers sa Marque, c'est bien ça ? Est-ce qu'il peut te prendre tes pouvoirs, à toi aussi ? Est-ce que c'est tout le temps comme ça ? »
« Harry, ça suffit ! Non, Voldemort ne peut pas voler mes pouvoirs, et le reste n'est pas ton problème. »
« Mais peut-être que je peux faire quelque chose, » murmura le garçon. « J'avais déjà une connexion avec lui, et depuis que je lui ai volé ses pouvoirs… ça vaut le coup d'essayer. Laisse-moi essayer juste un instant, d'accord ? »
Il s'avança pour saisir le bras de Snape qui recula vivement.
« C'est hors de question. Ce ne sont mes affaires, Harry, laisse-moi m'en charger. La seule chose qui pourra changer quoique ce soit sera sa mort, d'ici là, inutile de perdre du temps. Mes potions suffiront. »
« Ca ne coute rien d'essayer ! » protesta Harry. « S'il te plait ? Je promets de ne pas te faire mal. »
« Il me semble avoir été assez clair comme cela. La seule façon dont tu puisses m'aider à présent, c'est en te comportant correctement et en faisant ce que je te demande sans protester. Est-ce clair ? »
« Heathcliff, sois plus gentil avec le garçon ! »
Les deux sorciers tournèrent la tête vers le tableau, où Cathy s'était à nouveau animée.
« Ne te mêle pas de ça, Catherine. Ce n'est pas le moment. »
« Je ne vois pas pourquoi tu t'énerves ainsi ! Le petit veut seulement rendre service, sois un peu aimable, pour une fois ! »
« Je croyais qu'une famille, c'était fait pour s'entraider, » renchérit Harry.
Severus leva les yeux au ciel.
« Cela fait partie des fardeaux qui ne se partagent pas, » expliqua-t-il. « Cette marque est la conséquence d'une mauvaise décision prise il y a longtemps, et je l'assume. Tout du moins, j'en assume les conséquences. Tout va bien, Harry, ce n'est rien que je ne puisse gérer. »
« C'est une plaisanterie ? » fit Cathy en croisant les bras. « Tu passes ton temps à masser ton avant-bras, même quand tu lis. J'ai été tentée de te suggérer de t'amputer le bras plus d'une fois. »
« Ca suffit ! » s'exclama Snape. « Mêlez-vous tous les deux de ce qui vous regarde ! Harry, le respect s'applique aussi à la vie privée des gens, j'entends que tu respectes la mienne ! »
Et il avait raison, songea le garçon à contrecœur. Il avait déjà payé assez cher cette leçon là. Et il en serait sans doute resté là s'il n'y avait pas eu cette étincelle dans le regard de Snape qui ne lui était pas familière… de la peur, réalisa-t-il. Severus avait peur de quelque chose, et ce quelque chose le concernait.
Peur de lui ? Impossible. Ca avait un lien avec la Marque, il en était certain… ce tatouage avait quelque chose de plus que Snape ne voulait bien l'avouer. Harry sentit son cœur s'emballer. C'était quelque chose d'important, de crucial… et ça le concernait ! Son regard rencontra celui du professeur, et il perdit instantanément le contrôle sur les évènements.
La pièce disparut dans un tourbillon flou, et d'autres images vinrent remplacer la scène. Severus, bien plus jeune, recevant la marque de Voldemort. Il connaissait déjà cet épisode et s'empressa, en esprit, de s'en détourner… des images se succédèrent rapidement Snape répondant à un appel, parfois agacé, parfois inquiet, souvent sombre.
Mais toutes ces scènes étaient anciennes, réalisa Harry. C'était quelque chose de plus récent qui l'intéressait et qui lui échappait… aussitôt, comme à contrecœur, le décor changea et le garçon reconnut le bureau de Dumbledore, tel qu'il l'avait vu quelques jours seulement auparavant.
Et c'est bien Dumbledore qui regardait Snape d'un air inquiet.
« Ses pouvoirs évoluent rapidement, il est difficile de prévoir comment la Marque va réagir, » déclarait le directeur. « Il faut prendre des mesures, Severus. Cette situation pourrait devenir dangereuse. »
« Il n'y a rien à faire qu'attendre et tenter de limiter des dégâts, » grinça le professeur. « Harry ne doit pas être mêlé à cela, en aucun cas. »
« Vous n'êtes pas raisonnable, » fit Dumbledore. « Il est le seul à pouvoir… »
« Ce n'est pas négociable. Harry doit être protégé, et certainement pas envoyé au front de cette façon. Il a d'autres préoccupations pour l'instant. Chaque chose en son temps. »
« Il peut vous faire transplaner de force grâce à cette Marque, Severus, » nota le directeur. « Et les protections de Poudlard n'y peuvent rien. Combien de temps à votre avis avant qu'il ne s'en rende compte ? »
« Assez, je l'espère, pour que ce ne soit plus un problème. De préférence, après ma mort, » grogna Snape.
« Qui pourrait arriver plus vite qu'il n'est nécessaire si rien n'est fait. Cette marque et l'utilisation qui en est faite compromettent votre rétablissement,» fit Dumbledore d'un air peiné. « Harry doit être mis au courant, il n'y a que lui qui puisse vous aider. »
Mais Snape secoua la tête.
« Je n'ai pas besoin d'aide. Seulement de temps. N'essayez pas d'outrepasser votre rôle ! »
D'autres images se formaient déjà devant les yeux d'Harry, mais le jeune homme sentit que Severus tentait de toutes ses forces de le repousser. Merlin, il était en train de légilimancer Snape, réalisa-t-il, de la même façon qu'il l'avait fait cet été !
Horrifié, il s'empressa de mettre fin à la connexion et se retrouva face au sorcier qui le regardait avec un mélange de fureur et d'appréhension.
« Combien de fois, » cingla Snape entre ses dents, « combien de fois devrais-je te répéter que ce genre d'intrusion est intolérable ? Qu'espères-tu en faisant cela, découvrir des secrets cachés ? S'ils sont cachés, Harry, c'est pour une bonne raison ! Y a-t-il un moyen au monde pour te faire comprendre le concept de vie privée ? Un seul ? Faut-il que je te jette un imperio, que je t'enferme dans les cachots jusqu'à ce que tu oublies jusqu'à la façon de te servir d'une baguette, ou peut-être une potion de confusion ? Eclaire-moi, car je commence à être à cours d'idées ! »
« Je suis désolé, désolé, désolé, » gémit Harry, les deux mains agrippant sa tignasse désordonnée. « Je ne sais absolument pas comment j'ai fait ça… je ne voulais pas, je te jure ! »
« Apprends à te maîtriser, pour l'amour de Merlin ! » rugit Severus. « Comment suis-je censé te faire confiance si tu forces mon esprit chaque fois que je refuse de répondre à une de tes questions ? As-tu la moindre idée de l'intrusion que cela représente ? »
« Je sais, » murmura le garçon. « Tu me l'as suffisamment fait. Je sais. »
Pendant un instant, leurs regards se croisèrent, Harry peinant à soutenir celui de son père mais refusant de baisser les yeux en plus de la tête, une vague rancune au fond du cœur. Snape, lui, avait croisé les bras sur sa poitrine et le toisant d'un air songeur, le visage fermé.
« Je crois que cette discussion a suffisamment duré pour ce soir, » annonça enfin le professeur. « Va te coucher, dans la tour ou dans ta chambre, et réfléchis à la façon dont tu as mené les choses récemment. Réfléchis à ce que tu attends de notre famille, Harry. Car en ce qui me concerne, je n'attends certainement pas de toi que tu me sauves, ni que tu sauves le monde. Ce n'est pas ainsi que les choses fonctionnent. Tu n'es pas un héros, tu n'es pas un sauveur, tu es un adolescent qui a grand besoin d'apprendre les règles et les limites. Je suis fatigué d'avoir à reprendre cette leçon chaque fois que tu perds ton sang-froid.»
Le garçon lui jeta un regard désemparé, ses épaules s'affaissant subitement, et Snape sentit son animosité le quitter. Potter savait-il déjà faire les yeux de chat avant d'en devenir un ? se demanda-t-il.
« Je ne t'aime pas moins ce soir que le jour où j'ai signé le papier d'adoption, » fit-il remarquer. « Et quel que soit le degré d'exaspération dans lequel tu arriveras à me plonger dans le futur, et je ne doute pas que tu n'atteignes des sommets encore inexplorés, rien ne changera cela. »
Il pouvait presque entendre le garçon ronronner à présent. Etait-ce cela qu'il avait voulu entendre depuis le début ?
« Tu… ne regrettes pas tout ça ? » demanda Harry d'une voix qui semblait bien trop jeune pour sa carcasse d'adolescent.
« La seule chose que je regrette est de ne pas avoir vu plus tôt ce que j'avais sous le nez, » grogna Severus. « Et accessoirement, de ne pas avoir prévu de grattoir pour chat. Est-ce toi qui a déchiqueté le tapis du salon ? »
« Oh, » fit Harry, penaud. « Je n'ai pas fait exprès. Enfin, pas vraiment, je voulais juste m'étirer un peu, mes griffes se sont prises dans le tapis et une chose en entrainant une autre… »
« … un tapis qui avait survécu à cinq générations de Prince a péri sous les griffes d'un chat. Vraiment, Potter… »
« C'est Potter-Snape, » fit l'adolescent avec un sourire désarmant.
« Evidemment, » acquiesça Severus.
L'instant d'après, une forme bondit vers lui avec la rapidité d'un hippogriffe insulté et Snape, qui commençait à en avoir l'habitude, se prépara à recevoir un félin dans les bras. Mais ce fût bien un adolescent sous une forme parfaitement humaine qui entra en collision avec lui avec la délicatesse d'un bébé dragon, lui coupant momentanément le souffle. Il aurait dû prendre des leçons de lutte avant de signer ces papiers d'adoption, songea-t-il alors que ses bras venaient mécaniquement entourer les épaules du garçon et le serrer un peu plus contre lui. La situation était tout sauf digne, évidemment, mais il supposait qu'il y survivrait.
Après quelques glorieuses secondes, le gamin qui était de toute évidence le sien, se désincarcéra de l'étreinte et Severus le laissa faire un pas en arrière avec une once de regret.
« J'ai plutôt envie de dormir dans la Tour, si ça ne t'ennuie pas, » avoua Harry. « Cela dit… je sais que j'exagère et que ce n'est pas du tout dans le règlement… mais est-ce que tu penses que je pourrais faire comme un roulement ? Un jour ici, un jour dans la Tour ? Comme les chaussettes ? »
« Qu'est ce que les chaussettes viennent faire là dedans ? » demanda Snape, perdu.
« Oh, tu sais, un jour à l'endroit, le lendemain à l'envers… »
« Non, je ne sais pas, » fit Severus en secouant la tête. « Quant à tes arrangements nocturnes, il faudra s'assurer que le directeur et ta directrice de maison n'y sont pas opposés. Pour ma part, je n'y vois pas d'inconvénient. »
Harry lui adressa un sourire brillant, avant de laisser son enthousiasme retomber d'un cran.
« Pour ce soir et pour ce qui est arrivé en cours de potions… je suis vraiment désolé. Sincèrement. Je vais vraiment travailler là-dessus, c'est promis. »
« J'ai une bonne notion de ce qu'est une crise d'adolescence, Harry, tu n'es pas le seul à traverser cette période dans cette école. Il est inutile de te mettre en tête que le monde va s'effondrer chaque fois que tu fais un pas de travers… ce qui n'excuse pas de tenter d'assassiner une classe entière de Potions, et ne rend pas l'insolence admissible. »
« Je sais, » murmura le garçon.
« Et par ailleurs, en adoptant un adolescent, j'ai bien pris en compte que j'allais devoir sauter l'option coloriages et goûters d'anniversaires pour passer directement à l'étape des conflits et des limites à poser. C'est mon travail en tant que père, et je manquerais à mes devoirs si je ne le faisais pas. J'espère que cela est bien clair pour toi. »
L'idée mit un instant à faire son chemin dans l'esprit d'Harry. Non, Severus n'allait pas laisser passer ses incartades, il ne s'y était pas vraiment attendu. Mais il n'allait pas non plus chercher la moindre excuse pour le harceler et être… eh bien, Professeur Snape.
Perdu dans ses pensées, il dévisagea longuement l'homme qui le laissa faire, impassible. Ses traits étaient moins sévères, le coin de la bouche moins crispé, les yeux moins durs… et la tension dans ses épaules n'avait rien d'agressif.
Il sentit un poids dont il n'avait pas eu conscience jusqu'à présent quitter ses épaules. L'époque du redoutable professeur de potions qui le scrutait d'un regard de rapace pour lui fondre dessus à la première occasion était bien révolue. En tout cas, pour lui…
Il sourit en pensant à Neville. Avait-il songé, l'ombre d'une seconde, à se faire lui aussi adopter par Snape ou l'idée même que cela puisse arriver à quelqu'un l'horrifiait-elle profondément ?
Probablement un peu des deux.
S'extirpant finalement de ses pensées, il rencontra le regard de Severus qui attendait patiemment qu'il reprenne pied dans l'instant présent.
« Je crois que c'est clair, » fit-il. « C'est un peu idiot, hein ? Il faudrait un mode d'emploi, certains jours. »
Snape émit un grognement approbateur.
« Avant que tu ne remontes dans tes quartiers de Gryffondor, il y a quelque chose que je souhaitais te remettre. »
Il saisit une bourse en cuir sur le manteau de la cheminée et la tendit à Harry. A l'intérieur, celui-ci trouva deux fioles et un caillou soigneusement emballé dans du papier de soie.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il, curieux.
« Tu connais déjà celle-ci », répondit Severus en désignant la fiole au contenu d'un vert douteux. « Il s'agit de polynectar. En buvant cette potion, tu prendras l'apparence d'un autre élève, qui a quitté cette école il y a quelques années. Il avait un physique remarquablement passe-partout, très utile. Si jamais les circonstances devaient le nécessiter, je souhaiterais que tu la prennes. Elle peut être plus utile que ta cape en certaines occasions. »
Harry hocha la tête, impressionné.
« Après tout ce qu'on a fait pour en fabriquer derrière ton dos en première année… »
Il s'étrangla sous le regard meurtrier de son père.
« Je veux dire, qu'on a essayé de, hum… ce que certaines personnes auraient voulu essayer… oh, eh puis zut. Il y a prescription. »
« Prescription, vraiment ? » fit Snape d'un ton trainant et chargé de menace. « Pour un vol dans mes réserves personnelles ? »
« Autres temps, autres mœurs ? » tenta Harry dans un élan de désespoir. Finirait-il un jour par apprendre à se taire ?
« Rien ne vaut un retour aux sources, » rétorqua le professeur. « Tes petits amis et toi irez vous remémorer vos souvenirs du bon vieux temps en récurant les chaudrons tous les soirs pour les deux prochaines semaines. »
« Mais j'ai déjà des retenues avec Rusard ! » protesta Harry.
« Hum. Quelque chose me dit que les entrainements de quidditchs des Gryffondors vont devoir attendre quelques temps. »
« C'est… c'est… totalement déloyal ! » s'exclama le garçon. Un fin sourire plein de supériorité lui répondit. « Très bien, très bien, » bougonna-t-il. « Je dirai à Ginny de les mener à ma place. Ca ne changera pas beaucoup de l'année dernière. »
« On dirait qu'il y a toujours des solutions à tout, » fit Snape qui avait l'air d'apprécier un peu trop le dénouement de l'affaire. « Pour en revenir à la deuxième potion, je doute que tu en aies entendu parler. Sa préparation est complexe et prend trop de temps pour que des adolescents impatients s'y attellent. »
Il jeta un regard de travers à Harry qui se mordit la langue.
« Il s'agit de Felix Felicis, » annonça-t-il finalement. « Une potion très particulière. La personne qui boira cette potion connaitra une chance insolente pendant une journée entière. Une chance susceptible de changer le cours des choses, voire d'une vie. »
Harry observa la fiole, fasciné. Une potion de chance ? C'était vraiment possible ? Mais dans ce cas…
« Si ça marche, pourquoi est-ce que les gens n'en prennent pas tout le temps ? »
Severus secoua la tête.
« Ses ingrédients sont toxiques en prise régulière. Une personne peut en prendre deux, trois fois dans sa vie, guère plus. Tu ne dois en aucun cas la consommer de manière irraisonnée. Il ne s'agit pas d'une des farces et attrapes des frères Weasley. »
Harry hocha solennellement la tête.
« Seulement en cas de nécessité absolue, Harry. Je sais que tu sauras décider quand le moment sera venu. »
Le garçon sentit sa gorge se nouer. Severus pensait-il à quelque chose de précis, ou lui faisait-il confiance ? Probablement un peu des deux, décida-t-il, ce qui n'arrangeait rien.
« Je ne l'utiliserai pas pour demander un rendez-vous à une fille, promis, » fit-il dans un effort pour détendre l'atmosphère.
Snape sourit, de son fin sourire de chat.
« Tu n'en auras pas besoin pour cela. Très bien, pour le dernier élément, je pense que tu peux te risquer à une suggestion. »
Harry prit le caillou dans ses mains, tentant de rassembler ses connaissances. Si Severus le disait, alors…
« Oh ! C'est un bézoard, pas vrai ? »
Snape hocha la tête, satisfait.
« Exactement. Capable de contrer n'importe quel poison. Je veux que tu aies en permanence sur toi cette bourse et son contenu, et plus particulièrement le bézoard. Est-ce compris ? »
« Ca ne va pas être simple pour voler, » grimaça Harry. « Je suppose que les fioles sont incassables ? »
Severus acquiesça à nouveau, son regard insistant.
« D'accord, je ferai en sorte de toujours les avoir, » céda le garçon. « Merci. Je n'y avais jamais pensé, mais je suppose que ça va forcément finir par être utile… »
« Je préfèrerais que ce ne soit pas le cas, mais mieux vaut prendre les devants, » fit Snape. « Ne te sépare jamais de ce caillou, quoiqu'il en soit. »
Cette dernière mise en garde mis Harry mal à l'aise.
« Tu penses à quelque chose de particulier ? »
Severus haussa les épaules.
« Je pense à beaucoup de choses. C'est encore ce que je fais de mieux ces derniers temps. Contente-toi d'être prêt à tout. »
« Très rassurant… mais je suppose que je n'ai pas trop le choix. Tu crois qu'il… reprend des forces ? »
Le sorcier lui jeta un regard surpris.
« C'est une certitude. Si Voldemort a réussi à revenir après avoir été désincarné par son propre avada kedavra, ce n'est pas ce dernier revers qui va le mettre à terre très longtemps. Sans compter qu'il est loin d'agir seul. Reste en permanence sur tes gardes, même si tu penses être en sécurité, tu m'entends ? »
« Même quand je suis ici ? » demanda Harry avant d'avoir pu retenir ses mots. Il sentit une vague de regret émaner de Snape. Son père voulait le protéger, de toutes ses forces, oui… mais ses pouvoirs, pour l'instant, ne lui rendaient pas justice.
« Je suppose que tu peux t'estimer en sécurité dans ces appartements tant que j'y suis, » concéda Severus. « Le Protego devrait au moins assurer une protection minimale, en tous les cas. »
« Je n'ai pas besoin de cela pour me sentir en sécurité ici, » fit Harry en haussant les épaules. « Même Voldemort ne voudrait pas risquer de pénétrer chez toi par effraction et risquer dix ans de retenues et de récurage de chaudron. »
Snape eut un demi-sourire satisfait.
« Il se trouve que j'ai eu l'occasion de consulter le registre des punitions datant de l'époque de Tom Jedusor. La lecture a été des plus instructives, vraiment. »
« Tu as trouvé ça ? » fit Harry d'une voix pleine d'admiration. « Tu as trouvé la liste des retenues de Voldemort ? »
« J'en ai même fait une copie, au risque de souffrir une mort particulièrement pénible si quelqu'un venait à le découvrir. Crois-moi, il n'y a pas de lecture plus relaxante après une réunion de Mangemort un peu tendue. Evidemment, après la centième lecture, l'attrait de la nouveauté s'estompe un peu, mais le plaisir reste intact. »
Le garçon ne put s'empêcher d'éclater de rire. C'était la première fois que le côté mesquin et vindicatif de Severus trouvait un écho chez lui.
« Est-ce que je pourrais la voir ? » demanda-t-il avec espoir.
Snape le toisa d'un air calculateur.
« Gardons cette idée comme une motivation supplémentaire dans l'avenir, » fit-il.
« Allez, pour ton élève préféré… »
« Qui te dit que tu es mon élève préféré ? »
« Quoi ? Mais j'ai plutôt intérêt à l'être, tu m'as adopté, au cas où tu l'aurais oublié ! »
« Très bien, tu es donc mon fils préféré. Mais quant aux élèves… non, décidément, je crois que tu as encore du travail pour obtenir la première place. »
« Pas juste, » grommela Harry. « Peu importe, je suis sûr que je peux le trouver tout seul. »
« Bonne chance pour cela, » rétorqua Snape. « Et maintenant file te coucher, tu as cours demain. »
Le garçon sourit.
« Je te laisse seul avec Cathy. »
« Je doute qu'elle revienne de sitôt, » fit Snape. Mais une voix derrière lui le contredit.
« Ne crois pas te débarrasser de moi si facilement ! »
Le sorcier leva les yeux au ciel, et guida Harry vers la porte, une main sur son épaule.
« A demain. »
Le garçon s'apprêtait à franchir la porte en riant quand Severus surprit son regard de regret pour l'appartement qu'il quittait.
« Si tu es levé suffisamment tôt et que tu le souhaites, descends prendre ton petit déjeuner ici, » suggéra-t-il. « Je suis preneur de toute excuse pour ne pas avoir à prendre mon café dans une salle commune. »
« C'est noté ! » fit Harry avec un grand sourire. « A demain, alors. Et bon courage avec… elle ! »
Sur ces paroles, il se changea en chat et fila vers l'escalier en rasant le mur de pierre. Secouant la tête, Severus ferma la porte. Il allait certainement avoir besoin de courage, Cathy allait probablement vouloir connaitre chaque détail de sa relation avec Harry, et elle n'était pas du genre à accepter les résumés. La nuit promettait d'être longue… mais étonnamment, la perspective de discuter du garçon avec une vieille amie n'avait rien de si désagréable.
D'autant plus que le pire avait été évité… la vision qu'Harry lui avait extorquée aurait pu être plus dramatique encore. De toute évidence, le garçon n'avait pas su l'interpréter correctement… et Merlin en soit remercié, il n'avait pas poursuivi plus loin. Ils avaient frôlé la catastrophe, mais le secret était sauf pour l'instant. Voilà qui méritait bien un petit remontant.
Remplissant à nouveau son verre de bourbon, il reprit place dans son fauteuil.
Quelques étages plus haut, à quelques mètres du portrait de la grosse dame, un chat noir reprit forme humaine pour s'adosser au mur. La confrontation ne s'était pas passée aussi mal qu'il l'avait craint… en réalité, il se sentait vraiment mieux maintenant, mieux qu'il ne l'avait été depuis l'incident en cours de potions. A un détail près, cependant… quelque chose n'allait pas avec Severus.
Il était doué pour changer le sujet et minimiser les choses, mais Harry n'était pas dupe. Il avait senti le début de panique qui avait pris Snape quand ils avaient parlé de la Marque… et c'était sans compter ce qu'il avait vu dans son esprit. Harry avait été trop horrifié sur le moment par ce qu'il avait fait pour approfondir la question, mais les images lui revenaient maintenant à l'esprit, et plus particulièrement les paroles de Dumbledore.
Il ne s'était pas trompé, la Marque des Ténèbres mettait Severus en danger. Voldemort pouvait le faire transplaner à tout moment, dès qu'il aurait récupéré suffisamment de forces ! Et une chose était sûre, ce ne serait pas pour le féliciter… il le tuerait purement et simplement, et Snape ne pourrait rien faire dans son état actuel.
Une seule personne pouvait y faire quelque chose, en fait, à en croire Dumbledore. Lui. Bien-sûr, son père ne voulait pas qu'il soit exposé… mais cette fois, il n'était pas question de rester là à attendre la suite. Severus avait dit que le seul moyen d'avoir enfin la paix serait la mort de Voldemort. Et le directeur, lui avait dit que seul Harry pouvait s'en charger.
C'était de toute façon ce qu'il était censé faire, n'est-ce pas ? La raison pour laquelle il était là. Alors pourquoi attendre ? Ses pouvoirs ne seraient jamais plus forts, contrairement à ceux de Voldemort qui reprenait des forces de jour en jour. Il n'allait certainement pas rester là à attendre que ce psychopathe s'en prenne à nouveau aux gens qu'il aimait, à sa famille, pour agir.
Non, il allait faire en sorte de prendre les devants. Evidemment, on ne prenait sans doute pas rendez-vous pour un duel à mort avec le Seigneur des Ténèbres par téléphone… et Voldemort se cachait pour regagner ses pouvoirs. Mais il y avait au moins deux personnes dans le château qui devaient avoir une petite idée sur la question et qui auraient tout intérêt à l'aider…
Oui, dès demain, il allait rendre une petite visite à Draco Malfoy et à Loki Lupin, aussi désagréable que soit l'idée.
Un grand merci à tous pour votre patience, j'ai beau prendre des résolutions, il semblerait qu'il arrive toujours quelque chose qui se mette dans mon chemin... ce coup-ci ça a été une mutation qui approche, un cheval et une alerte au cancer dans ma famille. Mais nous y voici ! Comme d'habitude je n'ai pas fait la moitié de ce que je voulais dans ce chapitr... mais détail amusant, une des scènes a été écrite il y a plus de 2 ans !
Un grand merci à tous les revieweurs, je vais profiter de la "vague" de reviews qui suit généralement la publication d'un chapitre pour commencer le 55, motivation ! Un grand merci aussi à Azenor pour la beta de ce chapitre, et courage à Pacha pour ses devoirs à rendre :-)
A bientôt pour la suite !
