Guten Tag, mes raviolis aux gentianes ! Cela fait si longtemps ! (oui, bon, que 9 jours, mais chuuuut). Avant de commencer, je voudrais vous dire que... *se reçoit une tarte et entend une voix au loin : "tu causeras après, pauvre mufle, on veut le chapitre d'abord !"*... /(;w;) Voui, voui, bien...

Au programme, une affaire "Jennifer Lawrence" à Poudlard, une Kate un peu soupe-au-lait et une battle de rap entre directrices ! Bon, c'est pas du rap, mais ça aurait été bien cool !


Chapitre 14 - Les tensions


— Le sortilège de la mort ? Tu veux dire…

La révélation fit vaciller Kate, saisie d'un rude vertige. Clive Ollivander ne répondit rien, lui-même sous le choc de sa découverte.

— Mais comment… pourquoi elle fonctionne avec moi ?
— Elle te considère comme sa propriétaire.
— Je n'ai jamais lancé de sort avec cette baguette ! Et encore moins un… sortilège de mort !
— Calme-toi, Kate, calme-toi ! Personne n'a dit que c'était toi ! Et que tu avais tué quelqu'un !
— Clive ! Tout tourne autour de ça !

Les larmes avaient commencé à couler malgré elles sur les joues de Kate, dévastée et saisie par l'incompréhension.

— Les preuves tombent à chaque fois ! C'est moi qui ai tué Merrick MacNair, c'est moi ! Qui… Pas mon père ! J'ai tué… !
— Kate !

Clive prit la jeune fille dans ses bras et la serra fort contre lui. On pouvait sentir sur ses vêtements l'odeur de la cigarette qu'il venait de fumer tout en examinant l'objet pour se détendre. Ce parfum néfaste la réconforta cependant.

— Tu n'as tué personne, Kate, lui affirma-t-il. On trouvera pourquoi. On trouvera, pour la baguette. Mais tu n'aurais jamais tué personne. Ni même une mouche. Tu as trop bon cœur pour ça. Tu m'entends ?

Dans un sanglot, Kate hocha la tête, essuyant maladroitement ses larmes sur la cravate bleu et bronze de son ami. Puis, Clive retira avec douceur la baguette de Charity d'entre ses doigts et la rangea dans la poche de la cape de l'adolescente.

— Je vais te raccompagner jusqu'à ta salle commune. Et je ne veux plus que tu y penses, Kate. Je sais que ce ne sera pas facile, mais essaie, s'il te plaît. D'accord ?
— Oui, renifla-t-elle.


Cependant, Kate ne s'empêcha pas de se ressasser ces sombres hypothèses, encore et encore. À chaque fois qu'elle pouvait les chasser, un nouvel indice tombait, mais non en sa faveur.

— Fais-moi plaisir, Kate. Ouvre la bouche !
— Je n'ai pas faim, j'ai dit !

Maggie, sa patience mise à rude épreuve, reposa le toast dans l'assiette de son amie.

— J'ai l'impression de nourrir un bébé ! Et Merlin à quel point je déteste cela ! Les bébés ! Beurk.
— Je n'ai pas envie, Maggie, la repoussa Kate en grommelant. Je n'ai pas faim.
— Il faut manger pour prendre des forces ! Surtout avant un entraînement de Quidditch ! Tu vas vraiment me faire encore plus honte que d'habitude sur le terrain si tu faillis par inanition ! Diggle, dis quelque chose !

Terry abaissa son exemplaire de la Gazette du Sorcier et dévisagea ses deux amies face à lui. A la une, le Département des Sports et Loisirs Magiques venait d'annoncer l'ouverture du parc d'attractions de Woodswand pour le 30 juin.

— On ne va pas l'obliger à manger.
— T'es vraiment un ami de basse facture.
— A ton service, soupira-t-il en retournant à sa lecture.
— Juste un œuf, Kate. Un œuf, et on en parle plus.
— Ce n'est pas la peine, Maggie. Consacre tes efforts à quelque chose de plus pertinent.
— Tu n'es qu'une tête de dragon-mule, tu le sais ça, Whisper ?

Maggie retourna alors à son courrier et éplucha les différents billets, la plupart étant des publicités émanant de magasins de luxe chez lesquels elle avait auparavant fait des achats. Une boutique lui proposait ainsi un sublime chapeau soldé en plumes de phénix, pour la coquette somme de cent galions.

— Eh… regardez ! C'est Dawkins… !

Les rires des adolescents qui venaient de passer derrière eux éveillèrent la curiosité de Maggie, qui se retourna en leur dédiant un regard peu amène. Ces derniers la reluquaient avec un grand intérêt. L'un d'eux en souleva même un sourcil provocateur.

— Non, mais je rêve !
— Qu'est-ce qu'il y a encore ? souffla Terry, embêté d'être sans cesse interrompu par les remarques de Maggie.
— Ces mufles ! La manière dont ils m'ont regardée !
— Hein ?! Quoi ?

Aussitôt, le Poufsouffle abaissa son journal, le plaquant sur la table du petit déjeuner, le regard en alerte.

— Qui ?!
— Eux, là-bas ! Attends ! Ils vont voir ce que c'est que de se frotter à une Dawkins !

Sans plus attendre, Maggie se leva du banc, furibonde et remontant ses manches, et marcha vers les cinquième année d'un pas décidé.

— Je peux savoir ce qui me vaut ces manières déplacées ?! leur lança-t-elle sans introduction, faisant converger les regards des garçons vers elle. Nous sommes dans une école, pas dans un étal à viande, bande de rustres !
— Un caractère aussi chaud que la braise, dis-moi, Dawkins ! répliqua sans gêne le plus grand d'entre eux.
— Non mais d'où vous vous permettez de…
— La robe, tu l'as toujours dans tes bagages ? On aura le droit à un défilé ?

Comprenant l'allusion, Maggie ouvrit une bouche béate avant de lâcher une leste gifle sur la joue du deuxième garçon. Ce geste attira l'attention de toute la Grande Salle.

— Espèces de… ! Où avez-vous eu ça ?!
— Je…
— Je vais répéter, articula Maggie en sortant sa baguette magique. Où vous les êtes-vous procuré ?!

Le nœud de la cravate de l'adolescent se resserra de plus en plus.

— Et tu as intérêt à cracher le morceau où le prochain vêtement qui subira ce sort, ça ne sera pas ta cravate !
— C'est Juffbiggles ! avoua un autre, alors qu'il voyait le visage de son ami, incapable de prononcer le moindre mot ainsi étranglé, bleuir de plus en plus. Il vend des photos.
— Quoi ?!
— Mais ce sont des vraies ? s'intéressa le premier adolescent avec un sourire goguenard. Les photos ?

Maggie ne le gracia pas d'une réponse, mais d'un coup de pied bien placé pour réfréner ses ardeurs, avant qu'elle ne retourne vers la table où se trouvaient leurs amis, qui n'avaient rien raté du spectacle.

— Je peux savoir ce que tu as fait des photos, Diggle ? siffla-t-elle, amère et le regard noir, les mains sur la table.
— Les photos ? bredouilla-t-il. Eh bien… elles sont rangées. Dans ma table de chevet. Je ne les aurais jamais montrées à qui que ce soit d'autre !
— Eh bien figure-toi que Juffbiggles a dû mettre la main dessus, parce qu'il en vend des copies à qui le veut !
— Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée de prendre ces clichés…
— Rah, la ferme, Whisper !

À la fois remonté et honteux, Terry se leva à son tour.

— Je vais essayer de le retrouver et de régler le problème.
— Il y a bien intérêt… ! grogna Maggie. Et la prochaine fois, range-les dans un endroit moins évident !

Quand Terry s'éloigna, elle se rassit et se prit la tête dans les mains. Réconfortante, Kate lui frotta le dos qu'elle lui exposait.

— Tu as entendu Terry ? Il va tout faire pour réparer tout ça.
— Qu'est-ce que ça changera ? Toute l'école m'aura vu en train de… de…
— Oh. Tu sais. Poudlard entier savait que j'avais embrassé Griffin avant même que je le revoie la semaine dernière. C'est un microcosme très particulier, cette école !
— Je ne sais pas ce qu'est un microcosme, mais je n'aime vraiment pas ça ! Vraiment pas…


En sortant de la Grande Salle, Terry n'eut aucun mal à trouver la trace de Joris Juffbiggles, son camarade de dortoir, expert en troc en tous genres. On le repérait facilement à l'attroupement qu'il avait attiré autour de lui, exclusivement constitué de membres de la gent masculine, auquel il présentait les merveilles de son commerce lubrique sous leurs regards captivés :

— Alors, t'as les exemplaires par trois en miniature, dix mornilles, ou format moyen, en individuel…
— Wah, wah, attends, tu ne l'aurais pas en noir et blanc, celle-là ? Ca donnerait un petit effet dramatique ! Ou cinéma !
— Je peux t'en prendre une de chaque ?

En voyant Terry approcher de la foule, un premier élève, dans le cercle extérieur, s'écarta, anticipant le démêlé sur lequel allait aboutir cette rencontre. Peu à peu, un silence terrifié tomba et Terry, qui s'était frayé un passage entre tous ces garçons qui s'échangeaient des photos affriolantes de sa petite amie, marqua un arrêt devant Joris, qu'il dépassait de bien trois têtes. Son ombre recouvrait en entier son camarade. Malgré tout, Juffbiggles ne s'en alarma pas, se contentant de ranger les clichés sans même se presser, le geste pataud, à l'image de sa voix et de son physique.

— Les affaires sont bonnes, Jojo ? lui lança Terry d'une voix forte, les poings dans les poches.
— Excellentes, je dirais même. Si tu veux un pourcentage, on peut négocier !
— Je ne viens pas pour ça.
— Dommage, tu rates l'affaire du siècle !

Ricanant, Joris releva la tête et fit face au regard placide de Terry, qui en signifiait pourtant beaucoup par le silence qu'il y joignait.

— Allez, mec ! lâcha Juffbiggles en écartant les bras. Tire pas cette tronche ! On sait tous que tu es un sacré veinard, désormais. Mais bon ! Maintenant que tu as de quoi te lustrer le manche à balai, ça serait dommage de ne pas en faire profiter les gars ! Tu ne penses pas ?
— C'est sûr que ça doit vous changer des photos de la sœur d'Evan qui circulent en boucle depuis deux ans, fit remarquer Terry, toujours impassible.
— Quoi ?! réagit le meilleur ami de Griffin, qui se trouvait dans le regroupement.

Puis, lentement, Terry se tourna vers la petite foule, qui craignait encore qu'il n'abatte un poing rageur sur le nez de son camarade de dortoir.

— Je suis flatté que ma petite amie ait tant de succès. C'est vrai. Elle est brillante, elle a du caractère, mais en plus, elle a de sacrés atouts. C'est indéniable. Ce qui est dommage, maintenant, c'est qu'à chaque fois que je vous parlerai d'elle, vous penserez tous à ces photos. Et pas à la fille qu'il y a derrière. Oui. Vous contribuez à déshumaniser les filles. Maggie avait fait ces photos pour moi et elles devaient le rester. Elle ne les a pas prises en se disant « tiens, j'aimerais que tout Poudlard me voie ainsi ! ». Et Joris n'avait pas le droit de fouiller dans mes affaires pour les dérober. Encore moins les dupliquer pour en faire un business. Vous n'avez pas l'impression de briser son souhait, à Maggie ? Son intimité ? Elle vous a donné son autorisation de la voir comme ça ? Non. Et ça, les gars, c'est limite un crime. Du viol visuel. Quoi, tu trouves que je vais trop loin ?

Le Serdaigle, qui avait ouvert de grands yeux choqués par ce qu'il pensait être de l'exagération, secoua nerveusement la tête à la négative.

— Très bien, alors que cela soit bien clair.

Terry sortit sa baguette magique et la pointa sur le petit sac en cuir de Joris Juffbiggles.

Incendio.

La sacoche prit feu, sous la panique de Joris, qui l'ôta pour la jeter par terre et l'écraser du pied en espérant éteindre les flammes magiques.

— Je ne veux plus voir ces photos. Déchirez-les, brûlez-les. Et trouvez-vous une copine. Une qui soit réelle. Car si jamais j'attrape l'un d'entre vous avec ces photos, ou bien que quelqu'un vous dénonce, je préfère vous prévenir. Je vous fais subir la même chose. À comprendre que j'afficherai l'image animée de vous, nus comme des vers, dans toute l'école. Ou sinon, je vous défigure. C'est au choix.

Sa menace intimida tant ses interlocuteurs qu'un élève tremblant de treize ans préféra déchirer son exemplaire sous les yeux approbateurs de Terry.

— Parfait. J'ai exposé tout ce que j'avais à dire. Bonne journée à vous !

Terry adressa un dernier signe de la main à ses camarades et s'éloigna comme il était arrivé, les mains dans les poches.


— Aïe !
— Tu t'en sors ?
— Oui, c'est juste que… je suis tombée en essayant de mettre ma genouillère.

N'abandonnant rien, Kate repositionna sa jambe pliée, le pied sur le banc du vestiaire, et remonta la plaque de cuir avant de la serrer.

— Ça va ? Tu n'es pas morte ?

Ce n'était pas la voix de Maggie qui lui répondait, un brin malicieuse, mais celle de Griffin, qui patientait dans la pièce adjacente.

— Pas encore. De toute façon, mon espérance de vie est toujours très limitée ici. Surtout sur le terrain !
— Ce sont les risques du batteur !

Plutôt que de se lancer dans un nouveau débat qu'elle savait stérile avec Griffin, sur la question du meilleur poste de l'équipe, Kate préféra initier un autre sujet d'actualité.

— C'est quand même fou ! Cette histoire avec Maggie et les photos.
— Oui. Du grand n'importe quoi ! Même moi, je savais que ce n'était pas une bonne idée. Et évidemment, Evan ne m'a pas écouté. Quel abruti, celui-là, quand il s'y met.
— Eh bien. Je n'en pensais pas tant venant de toi, fut étonnée Kate dans le bon sens du terme.
— Quoi ? Tu me prenais pour un pervers ? ricana Griffin.
— Non ! Pas du tout ! Juste que bon. À notre âge, les garçons ne sont pas toujours connus pour être sages et matures.
— Ah ben merci les stéréotypes !
— Quelle susceptibilité ! Tu es pire que moi.

Le faux grommellement de Griffin la fit sourire alors qu'elle réajustait ses derniers accessoires, ses lunettes de Quidditch remontées sur son front.

— Et puis en plus, je les trouve trop… trop vulgaires, ces photos ! précisa-t-elle. Ce n'est pas la vraie Maggie qui est dessus.
— C'est vrai qu'elles sont assez provocantes… !

Hochant de la tête au départ, Kate s'immobilisa en relevant la nuance.

— Attends une minute…

Elle passa la tête dans l'interstice de la porte entrouverte et adressa un regard perplexe au Gryffondor, assis sur l'un des bancs, les coudes sur les genoux.

— Tu les as vues ?! Les photos !
— Bah oui. D'un côté, on ne pouvait pas les louper. Mais ça ne signifie pas que je les approuve !
— Alors ça, c'est la meilleure, grogna Kate en retournant à ses affaires.
— Kate !

Constatant que son appel ne la fit pas revenir, Griffin se leva en soupirant et rejoignit l'adolescente dans l'autre partie du vestiaire.

— Si tu n'approuves pas qu'on se les échange comme des cartes chocogrenouilles, tu n'avais pas à les regarder, c'est tout ! l'admonesta Kate, plus sèche, lui tournant le dos en arrangeant les derniers détails devant la glace.

Puis, le jeune homme s'approcha d'elle par derrière et attrapa sa taille, passant sa tête par-dessus l'épaule de la joueuse. Kate ne put réfréner ni le frisson de surprise qui parcourut ses membres ni le sentiment de fierté qui s'empara d'elle alors qu'elle observait leur couple dans le miroir.

— Quoi ? Tu es jalouse ? lui murmura-t-il à son oreille.
— Ca se pourrait… !
— Si ça peut te rassurer, tu n'as pas à l'être.
— Oh, si, j'ai des raisons ! Tu l'as vue comme ça ! Et… elle a plus de charme que moi ! Si tu comprends ce que je veux dire par là.
— Tu n'as rien à lui jalouser, Kate, lui répéta Griffin en faisant glisser la grande tresse de l'adolescente dans le creux de sa paume.

Tous deux se regardaient par le biais du miroir, se berçant tendrement. Puis, la bouche du jeune homme se fendit en un sourire.

— Même si je dois avouer que « plus de charme » chez toi ne me déplairait pas !

Cette réplique amusa Kate qui pivota vers lui et planta un semblant de regard grondeur dans le sien.

— Ce n'est pas quelque chose à dire à une fille qui tient une batte dans sa main ! sourit-elle.
— Me menacerais-tu, Whisper ? Tu es bien imprudente…

Il lui saisit le poignet afin de la défendre de lever le bras et profita de sa surprise pour l'embrasser, si bien que Kate en lâcha sa batte qui tomba à terre. Car bien qu'ils soient de plus en plus fréquents, elle ne parvenait toujours pas à s'habituer à ces baisers, cette marque d'affection qu'elle ne voyait que réservée aux grandes personnes. Tout était passé si vite, entre premières amours timides et aujourd'hui.
Au même moment, Tetsuya, en tenue de sport, entra dans le vestiaire pour appeler sa capitaine. Cependant, la scène du baiser, qu'il n'interrompit pas par sa discrétion, lui fit lâcher un petit cri de joie, mêlée à de la surprise, qui cette fois attira les yeux écarquillés des deux jeunes amoureux vers lui.

— Je… Hé ! Kate, on… t'attend sur le terrain ! Et… woh ! Héhé !

Quand il repartit d'un pas sautillant, Griffin soupira tandis que Kate commenta avec un air gêné :

— Navrée, mais ça risque d'être officialisé un peu plus tôt que prévu, là… !
— On devrait y aller. Un capitaine ne devrait jamais être en retard.

Il attrapa le Fuselune de Kate, déjà chargée de ses affaires et de sa batte, pour rejoindre l'extérieur. Le ciel gris semblait à la fois si proche et si lointain, d'une teinte terne unie. La seule couleur que l'on discernait dans ce stade aux tristes tons, les tours en bois nues de leurs toiles à l'effigie des maisons, était les maillots des six autres Papillombre de l'équipe, regroupés au centre du terrain. Cela devait jaser à propos de ce que Tetsuya avait surpris en flagrant délit dans les vestiaires.
Quand leur capitaine approcha, accompagné du Gryffondor en cape d'hiver, certains ne purent s'empêcher de glousser. Seul Nestor demeurait imperturbable, aussi blanc que l'herbe givrée.

— Qu'est-ce qu'il faït ici, loui ? lança Eibhlin en désignant Griffin d'un geste de la main.
— Il vient supporter sa petite amie, c'est trop mignon !
— Je… quoi ? hoqueta Kate, embarrassée. Non, Rose, non ! Juste qu'avec nos effectifs réduits dans notre maison et le fait qu'on soit une équipe de débutants, nous avons besoin de quelqu'un pour nous superviser. Nous entraîner.
— Déboutante ti-même.
— Et tu n'es pas censée être notre capitaine pour ça ? fit remarquer Nestor.
— Griffin a plus d'expérience que moi, dans ce domaine, rougit Kate en croisant le regard du concerné.
— Aye ? Et de quel droït il pourraït nous entraïner ? Après tout, il faït partie d'oune équipe adverse ! Qu'est-ce qui nous prouve qu'il va pas nous entouber ?

Dès qu'on abordait le sujet du Quidditch, il était toujours nécessaire de rester prudent avec Eibhlin, ce sport détenant une importante primordiale à ses yeux. Face à ses questions légitimes, Griffin énonça ses explications avec une clarté et une assurance déconcertantes.

— Je sais que ma présence peut vous paraître un peu surprenante, mais j'ai réellement envie de vous aider. Le Quidditch aussi est une passion importante dans ma vie et je pense qu'au-delà de la compétition et des matchs, c'est tout ce que l'on a à offrir au public qui est important.

Pas encore tout à fait convaincue, Eibhlin croisa les bras contre elle, son nez recouvert de taches de rousseur retroussé, alors que Griffin poursuivait :

— Je connais ce sport depuis tout petit. Dans ma famille, on a tous été des joueurs dans l'équipe de Gryffondor. Et même parfois capitaine, comme Gareth, jusqu'à l'an passé, vous voyez qui c'est.
— Comment pourrait-on ne pas le savoir, nasilla Teffie à voix basse. Toutes les filles hurlaient son nom jusqu'à en perdre conscience à force de ne pas reprendre leur respiration.
— J'ai assisté à des dizaines de matchs nationaux et internationaux. Je connais toutes les tactiques, toutes les fautes. Et j'ai envie de donner le meilleur de moi-même pour échanger tout ce que j'ai appris pendant toutes ces années. J'entraîne déjà régulièrement Sam, l'attrapeur de notre équipe. Je l'ai toujours supporté dans son rêve. Et aujourd'hui, c'est l'un des meilleurs attrapeurs de notre décennie ! Votre équipe est jeune, mais comme Sam, ça ne signifie pas qu'elle n'a pas le droit d'être bonne et d'aller loin. Cela nécessite juste du travail et de la persévérance. Et c'est ce que j'ai envie de vous apporter.

Si la plupart des auditeurs devaient s'avouer séduits par son discours, cela n'était toujours pas le cas d'Eibhlin, qui décida de lui faire passer un court questionnaire.

— Comment s'appelle la strateygie où les tris pousouiveurs volent sour tris hauteurs différentes ?
— Les strates mobiles, répondit Griffin sans réfléchir, le regard brillant.
— Que se passe-t-il si le batteur tape le saouffle ?
— Exclusion du jeu pendant vingt minutes.
— Qu'est-ce que la feïnte de Wrolonski ?
— Une technique de l'attrapeur qui consiste à descendre en piqué pour remonter au dernier moment afin de déstabiliser un adversaire trop collant qui pensait suivre le vif d'or.
— Quel est le dernier score de l'équipe d'Irlande ?
— 260 à 140, victoire de l'Irlande contre la Croatie.
— Ah ! Faux ! C'étaït 270 !
— Non, 260. Plusieurs jours après le match, le deuxième but polémique des Irlandais a été reconsidéré par le Comité International de Quidditch et a été retiré du score.

Eibhlin, qui dut s'avouer vaincue, renonça à plus de questions.

— Allons nous entraïner… grogna-t-elle en se dirigeant vers la boîte mouvante qui contenait les balles.

Après avoir subi cet interrogatoire surprise, Griffin s'approcha doucement de Kate et lui glissa :

— Tu avais bien fait de me dire de réviser les scores des derniers matchs de la saison… !
— Je te l'avais dit ! Il en faut beaucoup pour convaincre Eibhlin sur le sujet…

Quand tous les Papillombre eurent enfourchés leurs balais pour prendre la voie des airs, il ne resta plus que Griffin sur le terrain, le Souaffle dans une main et le mégaphone du stade dans l'autre, réglé sur un volume plus confortable. Dans la boîte, les cognards et le vif d'or enfermés la faisaient remuer.

— Bien ! Les Poursuiveurs ! Je veux vous voir à deux contre un. Qui veut se mettre seul pour le premier lancer ?

Nestor et Leeroy échangèrent un bref regard, avant de fixer une Teffie découragée qui les traita de : « Chochottes… ! ».

— Tout le monde est en position ? L'autre batteuse, là ? Oui, toi, pas Kate ! Redescends un peu, tu es trop haute. Voilà. Et le gardien, il est prêt ?
— Prêt, mon capitaine ! hurlait Tetsuya pour se faire entendre.
— S'il commence à l'appeler capitaïne, on est mal…
— Il veut nous aider, Eibhlin, tenta de lui faire entendre Kate, près d'elle.

L'Irlandaise ne répondit rien, fixée sur la boîte dont le vif d'or venait d'être libéré, en même temps que les cognards. Puis, Griffin lança la balle de jeu dans les airs. Un tir suivant une parfaite verticale, démonstration de ses prouesses de gardien. Comme s'il était né avec un Souaffle dans la main.
Aussitôt, Teffie et les garçons se ruèrent sur la balle, en forçant sur la vitesse de leurs balais. Kate leur avait toujours répété qu'ils devaient être les premiers à la récupérer. Cependant, maîtrisant mal leurs trajectoires, leur empressement amena Nestor et Teffie à se percuter tandis que Leeroy, impressionné par ce choc, en lâcha le Souaffle qu'il venait d'attraper.
À terre, alors que Teffie jurait toutes les insultes possibles du monde, Griffin se frotta le front de dépit. Il allait avoir beaucoup de travail…
Au même moment, dans les gradins, Maggie riait aux éclats à côté d'un Terry grimaçant de douleur.

— Ouille… ! Ça devait faire mal, ça ! commenta-t-il alors que Kate, paniquée, s'était précipitée vers Nestor et Teffie pour vérifier qu'ils ne s'étaient pas blessés.
— Oho, oui ! Ahaha ! Ça fait mal ! J'en ai mal aux côtes à force… d'en rire ! Ahaha !

Quand Maggie se fut calmée, Teffie continuant de débiter des invectives, elle sortit de son sac une petite boîte en carton à rayures et de sa poche de cape sa baguette magique.

— Je savais bien que c'était l'occasion en or pour prendre cela ! Crepare.

Dans de multiples « pop » sonores, du pop-corn chaud et caramélisé éclata dans la boîte vide jusqu'à la remplir à ras-bord. Piochant dedans en appréciant le spectacle, elle en proposa ensuite à Terry, qui ne put refuser malgré sa moindre réjouissance.

— Bon. On parie sur combien de morts pour cet entraînement, Diggle ?
— On peut parier, si tu veux. Mais tu perdras. Ils ne sont peut-être pas encore au point, à Papillombre, mais on peut leur reconnaître une qualité. Ils sont indestructibles !
— Il leur faut au moins ça ! Kate est très représentative. Elle aurait dû mourir une centaine de fois depuis qu'elle a posé le pied à Poudlard.

Les deux amis continuèrent d'observer l'entraînement avec une grande attention. Au sol, Griffin multipliait les commentaires et les conseils, ne sachant plus vraiment où donner de la tête.

— Kate s'améliore, je trouve, constata Terry qui détaillait les frappes de son amie.
— C'est vrai, admit Maggie qui reprit un pop-corn. Elle devient redoutable. Puis là, en plus, le fait que Gale soit là, je pense que ça joue beaucoup.
— Tu penses ?
— Elle veut le rendre fier d'elle. Et depuis qu'ils sortent ensemble, je trouve qu'elle a meilleur moral. Surtout après tout ce qu'il s'est passé pendant les vacances. Son père, le tien, la cave, la baguette… Quoi ?

La grimace de Terry l'avait interpellée.

— Je reste persuadé que ça ne marchera pas, avec Griffin.
— Tu as toujours été d'un soutien exceptionnel pour tes amis, Diggle. Kate est heureuse, c'est tout ce qu'on peut lui souhaiter. Et ça ne va pas trop mal, avec Gale, je trouve ! Ils vont plutôt bien ensemble, mine de rien. Oui, j'ai l'impression qu'elle est plus confiante depuis deux semaines !
— Certes. Mais je parle du long terme.

Des applaudissements animèrent le terrain, alors que Tetsuya venait habilement de dévier un souaffle rapide. Agacée, Maggie soupira :

— Toi, tu es toujours persuadé qu'elle serait mieux avec Beckett, mais il faut que tu te mettes dans la tête que…
— Tu savais que Kate et Emeric se voient en secret certains samedis soirs ?

Maggie manqua de s'étrangler avec un pop-corn et Terry, soucieux, donna quelques frappes modérées dans son dos.

— Hein ?! Quoi ?
— Ca va mieux ?
— Explique-moi, Diggle !
— Eh bien, c'est Emeric qui me l'a dit. Il lui apprend à jouer du piano dans la salle sur demande. Et Kate elle-même ne sait pas vraiment où elle en est. Enfin, ça, ce n'est pas lui qui me l'a dit. C'est elle-même. Quand je l'ai raccompagnée chez elle à Noël.
— Cette fille n'est pas croyable ! Il faut qu'elle arrête de lui donner de faux espoirs, à ce pauvre Beckett !
— Je ne suis pas certain que ça soit de faux espoirs.
— Vraiment ? Tu t'abaisses à ça ? Tu voudrais qu'on fasse un pari sur « avec quel garçon Kate va sortir sur le long terme » ?
— Je n'ai jamais dit ça, mais si tu insistes. Mais ça ne me paraît pas trop possible. Comment on déterminerait ce « long terme » ? On attend son mariage avec l'un des deux ? Si on donne cette condition, on peut tous les deux le perdre, ce pari, si elle en épouse un autre encore !
— Ca peut être amusant, un pari aussi loin dans le temps !
— Je suis d'accord. Mais soyons réalistes, Maggie. D'ici le mariage de Kate, il… il peut aussi s'en passer des choses, entre nous deux. Tu crois vraiment que d'ici-là, on continuera encore les paris, tous les deux ?

Maggie tourna un visage pâle vers lui, comprenant ce qu'il insinuait par là.

— Merlin, tu voudrais déjà me larguer, Terry ?! s'exclama-t-elle avec des yeux écarquillés.
— Quoi ?! Non, non ! Je n'ai jamais dit ça non plus ! Juste que… d'ici le mariage de Kate, on n'aura peut-être pas le même type de relation qu'aujourd'hui. On ne peut pas prévoir. Mais ce n'est pas du tout ce que je souhaite, qu'on soit d'accord ! Je veux rester aussi longtemps que possible avec toi, Maggie. Je t'aime.

Pour la rassurer, Terry passa alors un bras autour des épaules de la Gryffondor et la serra contre lui. Maggie en avait le cœur qui battait à la chamade. La seule idée de rompre avec Terry lui brisait le moral. Et le sentiment qu'il venait de lui avouer était bien réciproque. Mais pourquoi ne parvenait-elle pas à le verbaliser ?
Ses lèvres frissonnantes s'entrouvrirent.

— J-je…

Puis, reprenant conscience, Maggie s'écarta de lui et asséna un petit coup de poing dans l'épaule de Terry, qui s'écria de douleur :

— Aouh !
— Tu l'as mérité, Diggle !

Cependant, à l'opposé des moments semblables qu'ils avaient traversés, lors desquels Maggie l'avait frappé de manière amicale, le visage de cette dernière se décomposa de manière subite.

— Je… je suis désolée, Terry ! Je ne voulais pas… ! Je… ! S'il te plait, ne romps pas avec moi !

Touchée par sa prise de conscience, qui en disait bien plus qu'elle ne l'imaginait, et amusé par ce retournement de situation, Terry se pencha vers elle et l'embrassa pour lui prouver qu'elle n'avait rien à craindre.
Leur moment d'intimité fut coupé par un hurlement :

— Espèce de tronche d'orteil d'ogre, Rose ! La prochaine fois que tu veux me viser avec un cognard, utilise ta tête, ça ne te déformera pas plus !


— C'étaït le pire entraïnement qu'on aït jamais connou !
— Je te trouve dure, Eibhlin ! la reprit Tetsuya. Moi, j'ai adoré ! J'ai vraiment l'impression d'avoir progressé !
— Aye ! Parce que l'autre gueule d'ange a prêté plous d'attention à ti poste qu'à mi !
— I-i-il ne pou-pouvait pas nous ent-entraîner t-tous les s-s-s-sept en même temps ! le défendit Leeroy. Et je p-pense qu'il voy-voyait que tu te dé-débrouillais très t-t-toute seule !

Préférant ne pas entrer dans ce débat, Kate éplucha sa clémentine avec assiduité, tandis que Nestor dévisageait avec un semblant d'amusement Teffie, affublée d'un magnifique cocard violacé.

— Je crois que tu as un peu de bleu, là, se moqua-t-il en désignant son œil.
— Quoi, Curtiss ? T'es jaloux ? Tu veux le même ? Parce que crois-moi, je veux bien t'en faire un aussi, si tu le réclames tant !
— N-n-ne jamais parler du-du-du maquillage des f-filles, Nestor ! plaisanta Leeroy en attrapant le bras de son ami. Ca p-peut les rendre f-f-f-folles de colère !
— Ne me touche pas, grogna le Papillombre blafard.
— Je ne pensais pas cela possible, scanda Tetsuya, mais je commence à comprendre l'engouement des gens pour le Gale-fan-club des années précédentes !
— Ah ? Tou veux nous faïre ton coming-out maïntenant, ti ? Si ça peut te rassourer, on y avaït déjà pensé. Entre ti cravates en soie de louxe, le sortilège que tou lances sour ti cheveux le matin pour mieux les brosser, ti manies de parler d'oune voix plus aigoue quand…
— Quoi ? Mais non ! Je ne parle pas « que » de Griffin ! Non ! Mais en tout cas, je l'affirme : je supporte à fond le Kattrifin !
— C'est une créature ? demanda Rose, perplexe.
— J'ai peur de comprendre, grommela la préfète de maison.
— Mais non, voyons ! C'est le couple Kate / Griffin ! Sérieusement ! Vous ne trouvez pas qu'ils sont trop mignons, tous les deux ? Super attentionnés envers nous ! J'ai l'impression d'avoir un papa et une maman à Poudlard !
— Woh, Tetsuya, tu t'avances trop, là !
— Et en plus, je les ai vus, dans le vestiaire ! Ah, c'était super trognon !
— Je ne veux pas de détails, trancha Nestor, indifférent.

Embarrassée, Kate se racla discrètement la gorge avant de se lever, rangeant la clémentine débarrassée d'une moitié de peau dans son sac en bandoulière.

— Où-où est-ce que tu v-vas, Kate ? se soucia Leeroy avec sa douceur naturelle.
— Oh, par les jupons de la fée Viviane, elle a un rencard avec Griffin !
— Tetsuya, calme-toi, s'il te plaît ! le pria Kate, qui ne parvenait pas à contenir l'excitation de son camarade à l'égard de sa nouvelle relation de couple. Non, je n'ai pas de rendez-vous avec lui ! Juste que la discussion me dérange… !
— On peut en changer, si ce n'est que ça !
— Non, non, ça va ! Je vais réviser à la bibliothèque. On se retrouve tout à l'heure !

Ses cours particuliers avec Wolffhart ne devaient être connus de personne, ni même de ses proches camarades. Beaucoup auraient trouvé cela suspect et il était hors de question pour Kate qu'elle tente de leur expliquer qu'ils tentaient de faire en sorte qu'elle arrive à maîtriser l'Immatériel, cette magie imprévisible, voire parfois dangereuse.
L'adolescente traversa alors la Grande Salle, encore pleine. Le regard noir de la bande des filles de Salem ne lui échappa pas, quand elle passa devant elles. Comme l'avait prévenu Griffin, la nature de leur relation ne lui attirait pas toutes les faveurs. Bien des filles en désillusion devaient fomenter des plans pour se venger de leur avoir volé le Gryffondor tant convoité.
Quand elle frappa à la salle de cours de métamorphose, elle n'attendit pas de recevoir une réponse avant d'entrer, force d'habitude. Cependant, à sa grande surprise, Wolffhart ne fut pas le premier à l'accueillir. Hisolda Higgins lui tournait le dos, assise à l'orgue sans en toucher le clavier. Ses cheveux arrangés en de multiples petites tresses et décorés de fils et de pièces colorées tombaient sur sa cape en cuir vert.

— Où est Wolffhart ? s'inquiéta Kate en avançant entre les bureaux des élèves.
— Bonsoir, jeune fille, la rattrapa Hisolda sans se retourner.
— Euh, oui, bonsoir.
— Hm. Von Beethoven est monté à son office sitôt que je sois arrivée. Il ne m'a pas caché avoir fui ma présence en attendant que vous soyez la prochaine à entrer. Depuis, il a dû avoir le temps de descendre trois bouteilles de son alcool infâme.
— Leidenschnaps. C'est du Leidenschnaps !

Descendant les dernières marches de l'escalier qui menait vers ses appartements, Wolffhart franchit la porte avec une expression fermée.

— Et vous n'avez même pas pris la peine d'en redescendre pour en partager avec vos invités, observa Hisolda malgré sa cécité, en n'entendant aucun bruit caractéristique d'un liquide dans une bouteille en verre.
— Vous gâcheriez un si grand cru.

Kate se permit d'émettre un toussotement discret pour leur rappeler sa présence à leurs côtés.

— Assieds-toi donc, jeune fille.

La maîtresse américaine des potions lui fit parvenir un siège grâce à l'Immatériel, sur lequel Kate prit place, posant son sac à ses pieds dans l'attente de ses nouveaux enseignements. Alors enfin Hisolda se tourna vers elle, pivotant sur le siège de l'orgue. Cela semblait déranger Wolffhart au plus haut point, considérant cet emplacement comme sacré et exclusivement réservé à son illustre personne. On le remarquait à la troisième ride qui venait de se creuser sur son front.

— Je suis flattée de savoir que tu as tenu à ce que j'assiste de nouveau à ce moment de torture… euh, à ce cours particulier ! Surtout par rapport à ce qui a pu se produire la dernière fois. Je ne cesserai d'ailleurs de renouveler mes excuses.
— Ce n'était pas votre faute.
— Si, ça l'était.

La remarque de Wolffhart fit tourner le regard vide et amer d'Hisolda vers lui.

— Aussi, j'ai tenu parole ! annonça-t-elle en agitant ses mains levées. J'observerai, je conseillerai, mais je laisse le champ libre à Hans Wilfrid von Schwarz !
— Prenez donc aussi la peine de fermer ce qui sert à nourrir ce chaudron que vous avez à la place de l'estomac, bitte.

La tension entre les deux enseignants n'aidait pas Kate à se sentir à l'aise. Pourtant, Wolffhart l'interrogea, le bout de ses doigts dans les poches de son manteau en feutre.

— Pouvez-vous raconter à Frau ce qu'il s'est produit durant ces vacances ?

La gorge nouée, Kate narra ses aventures en détails. Elle n'omit rien. Ni même les événements pour lesquels elle pouvait être qualifiée de parfaite inconsciente. Comme le sauvetage de Moira ou son escapade à Graveson.

— Tu vois, jeune fille ? Ton Immatériel n'a pas disparu ! s'exclama Hisolda en la désignant du doigt.
— Oui, je sais… Mais il ne se manifeste de manière de plus en plus étrange. Je n'arrive pas très bien à comprendre comment il fonctionne.
— Hm. Avez-vous essayé de le faire réapparaître naturellement, sans que vous soyez en situation de détresse, Fräulein ?
— Non. Je sais que ça ne marchera pas. Je ne le sens pas en moi, là.
— Qu'en savez-vous ? déclara-t-il d'un ton dédaigneux.
— Si vous insistez… !
— C'est vous qui m'avez réclamé un cours !

Kate ferma les yeux et tendit la paume, comme elle l'avait souvent fait par le passé. Elle sentait sur elle l'attention toute particulière des deux adultes à ses côtés. Pourtant, aucun frisson ne parcourait son bras.

— Ça ne marche pas, se résigna-t-elle.
— Nein ! Si vous renoncez, je vous promets le double de devoirs par rapport à vos camarades.
— Quoi ?!
— Vous êtes parvenue à influencer votre Immatériel devant cette fenêtre, pour écarter les barreaux. Souvenez-vous. Qu'avez-vous fait de particulier ?
— J'ai…

Elle avait insisté. Elle avait prié. Elle avait demandé l'autorisation de cette présence qu'elle sentait somnoler en elle.
De nouveau, les paupières closes, elle rassembla sa concentration plus fort encore.

« S'il vous plaît. Juste cette fois. »

Rien ne se produisit.

« S'il vous plaît. J'ai besoin de l'Immatériel. »
« Non, tu n'en as pas besoin maintenant. »

La voix était aussi distincte dans sa tête que celle de ses professeurs. Comme lors de ses visions, il s'agissait de ce timbre masculin si familier.

« Si ! »
« Tu n'as rien à leur prouver. Rien à te prouver, Kate. Et plus tu utiliseras ton Immatériel, plus cela sera dangereux pour toi. »
« Dangereux ? Mais pourquoi ? Et qui êtes-vous ? »
« Il est encore trop tôt pour que tu le saches. Patience… »
« Et qu'est-ce que je leur explique, moi, à eux ?! »
« Tu veux que je m'en charge ? »

La voix résonna de plus en plus dans son crâne, et ralentit jusqu'à ce que les environs ne soit qu'un bas chaos sonore, teinté de lointaines exclamations. Puis, petit à petit, le temps reprit son cours.
Quand Kate rouvrit les yeux, elle se rendit compte qu'elle avait la tête presque à hauteur de genoux à force de s'être inclinée.

— Fräulein Whisper ?!

La main de Wolffhart sur son épaule la força à se redresser. Hisolda était à ses côtés, affichant une expression soucieuse.

— Alors ça, c'est bien la première fois que je vois ça… Enfin, façon de parler !
— Que… que s'est-il passé ? maugréa Kate, saisie de vertiges, craignant qu'elle n'ait traversé un nouvel épisode d'absence.
— Vous ne vous souvenez de rien ?
— Hormis cette voix dans ma tête et…
— Wolffhart. Peut-on se parler deux minutes ?

La bonne prononciation du nom du professeur allemand en disait long sur l'angoisse de Mrs Higgins. Cependant, ce dernier refusa de s'éloigner de son élève.

— Si vous avez quelque chose à commenter, dites-le devant Fräulein Whisper.
— Sérieusement.
— Je le suis tout autant. Glauben Sie mich.

On la sentait hésitante, terriblement inquiète à l'idée que ses propos soient mal considérés. Puis, elle s'adressa à l'adolescente :

— Quelqu'un a parlé à ta place. Tu t'en es rendue compte ?
— N-non. Mais… il paraît que ce n'est pas la première fois que cela m'arrive. Mes amis m'ont raconté…
— Et cela ne t'inquiète pas ? L'idée que tu sois… possédée ?!
— Je… ça n'a jamais fait de mal à personne pour le moment ! Il me protège !
— « Il » ? Qui ça, « il » ?
— Je ne sais pas.
— Et moi, il y a une chose que je sais, jeune fille. C'est que la possession est rarement une bonne nouvelle ! Je ne vois pas d'autre moyen. Nous devons t'exorciser.
— M'exorciser ?!
— D'autant plus qu'il bloque ton Immatériel ! Imagine un ballon. Le ballon, c'est toi, et l'air représente l'Immatériel. À ton avis, que se passera-t-il quand le ballon sera trop plein, sans que l'air ne puisse jamais sortir !
— Je ne suis pas un ballon ! rétorqua Kate. Et il m'a dit « pas pour l'instant » !
— C'est ce qu'il nous a dit aussi ! La chose qui te sert d'enseignant en est témoin ! Mais je ne me fierai pas à ce genre d'esprit, qui dit te protéger !
— Je ne veux pas me faire exorciser !

La décision criée de Kate ramena le calme pour un court instant. Cela épata même Wolffhart, qui ne cilla pas.

— Je ne veux pas l'enlever. Je le sens, il me protège vraiment. Si vous me le retirez, il ne me restera plus rien pour me défendre…
— Si, jeune fille, tentait de la raisonner Hisolda d'un ton placide. Tu bénéficies du don d'Immatériel. Il peut te secourir.
— Pour l'instant, l'Immatériel a toujours été synonyme de catastrophe pour moi, professeur. J'ai vu Eliot se faire contrôler. J'ai vu les tours de New York tomber. Les parents d'Electra se faire assassiner. Des amis être blessés par ma faute. J'ai envie de croire à toutes les belles promesses de l'Immatériel que vous répétez tant, Mrs Higgins. Mais pour l'instant, je n'en ai jamais vu les preuves. Plus le temps passe et plus l'Immatériel me fait peur. Plus je me dis que je peux me rapprocher de la folie de cette femme qui me pourchasse et qui rêve de me faire la peau !
— Ca non plus, je n'arrive pas à comprendre. Ce qui te lie à elle…
— C'est… c'est compliqué. Même moi je n'y comprends rien. Comme quoi je serais la descendante de Maëva, elle de Cliodna, et que, pour une raison ou pour une autre, nous ne pourrions cohabiter dans le même monde.
— Attends.

Ce détail interpella l'enseignante américaine qui plissa ses yeux blanchis et chargés de mascara.

— La reine Maëva ? Et la druidesse Cliodna ? Comment en es-tu arrivée à cette conclusion ?
— Les centaures ne l'ont dit.
— Et c'est bien connu, ces hybrides plus proches des poneys que des hommes ont toujours raison, nasilla Wolffhart.
— Alors, l'histoire remonterait à bien plus loin… réfléchissait Hisolda Higgins.
— Que voulez-vous dire ?
— Les druides ont la particularité de faire perdurer leurs contes et leurs histoires. Ils les aident à leur faire traverser les siècles. Et dans ma famille, nous ne sommes pas en manque de légendes druidiques. Je connais l'histoire de Maëva et Cliodna.
— Je la connais un peu aussi, avoua Kate. La statue de ma salle commune m'a un peu raconté. Mais il me manque des éléments pour comprendre…
— Que sais-tu, alors ?

Kate s'accorda un moment de réflexion pour rassembler tous les éléments qu'elle avait à sa possession.

— Que Maëva avait été traquée par les Moldus qui voulaient la brûler sur un bûcher quand ils ont commencé à avoir des doutes sur elle, puisqu'elle était sorcière. Qu'elle a trouvé les druides. Donc Cliodna, qui lui a enseigné l'Immatériel. Elles sont devenues amies, ont enseigné à des centaines d'apprentis et ont participé à la fondation de Poudlard sans que cela ne soit reconnu. Après la suite… je ne sais pas.
— Donc. Tu ignores le principal ?
— C'est-à-dire ?
— Que Cliodna a jalousé le titre et la renommée de Maëva, au point de renoncer à son statut de druidesse et de sombrer dans la magie noire, jusqu'à ce que la reine Maëva elle-même mette fin à sa folie en la tuant de sang froid ?
— Quoi ?!

L'information estomaqua Kate, la clouant à sa chaise. Cela lui paraissait inconcevable. La statue de Cliodna lui avait tant étalé leur amitié, leur complicité, que penser un seul instant que les deux sorcières en étaient venues à s'entretuer dépassait l'entendement.

— Une fin dramatique… commenta Hisolda en grimaçant. Sur lesquelles se terminent souvent les rêves de pouvoirs, hélas.
— Ca serait pour ça ? Qu'Electra cherche à me tuer. Parce que mon… ancêtre aurait tué la sienne il y a des siècles de cela ?
— Ca n'a aucun sens, ces histoires de bonnes femmes, rejeta Wolffhart. Depuis le temps, les descendantes de Cliodna et de Maëva se seraient battues durant des siècles. So, pourquoi seulement aujourd'hui ?

Le silence qui s'ensuivit dura une longue minute.

— Parfois, je rêverais d'être quelqu'un de normal, soupira Kate.
— Croyez-moi, Fräulein Whisper, être normal est ennuyant.
— Je… je vais rentrer à ma salle commune. Merci, professeurs.
— Il ne faut pas te décourager ! la rattrapa Hisolda alors que Kate se levait pour quitter la salle. Kate, écoute !

La sorcière au teint sombre s'interposa sur son passage pour l'obliger à s'arrêter.

— Je comprends que l'Immatériel te fasse peur. C'est vrai. Tout ce qui nous est inconnu fait peur. Mais crois-moi. Tu ne dois pas le craindre.

Et levant les bras, Hisolda fit jaillir devant elle des filets argentés qui serpentèrent à travers la salle. Le plafond se recouvrit de brume brillante et les murs semblèrent se mouvoir. Dans ce monde de fumées animées qui illustrait un univers magique, Mrs Higgins jouait le rôle du chef d'orchestre, créant à partir du néant cette scène surnaturelle. Où des fantômes fabriqués de toutes pièces valsaient entre eux. On pouvait entendre au loin une musique de chambre. Car l'enseignante avait implanté à ce moment-là cette unique pensée de joie et ils avaient abaissé leurs défenses. À tel point que les couleurs apparurent, que les reliefs se dessinèrent de manière plus distincte. La salle de métamorphose avait disparu et Kate observait avec fascination cette grande piste de danse carrelée et chatoyante, éclairée par des lustres volants en cristal.

— L'Immatériel peut t'aider à faire de grandes choses. De belles choses.

La voix d'Hisolda qui résonnait au loin la ramena peu à peu à la réalité, les couleurs s'évanouissant, les reliefs s'estompant et la fumée coulant à travers les pierres froides de Poudlard. Kate lâcha un souffle fébrile et un faible sourire. Derrière elle, Wolffhart demeurait impassible malgré sa vision semblable à la sienne. Puis, Mrs Higgins se rapprocha d'elle et attrapa ses mains de ses doigts recouverts de lourds bijoux.

— Il faut simplement que tu lui fasses confiance. Que tu croies en lui, comme un ami. Et non que tu le voies en ennemi. Dans la vie, seules les choses auxquelles tu accorderas du cœur te le rendront. Les autres ne seront qu'artifices. L'Immatériel n'est pas un cheval que tu domptes ou un renard que tu apprivoises. Mais un être capable de distinguer les sentiments, de communiquer, comme un homme, auquel tu dois te confier et auquel tu dois porter attention.
— Comme un ami… répéta Kate, à voix basse. Je… je comprends ce que vous voulez dire.
— Allez. Rejoins donc ton dortoir. Et accorde-toi du repos. Tu en as bien besoin.

L'adolescente hocha la tête, accorda de dernières salutations cordiales à son professeur de métamorphose et quitta la salle de cours, le cœur plus léger, battant encore au rythme de la valse.
Quand Hisolda remonta sur l'estrade, son visage s'était refermé en une expression grave.

— Il faut la faire exorciser, déclara-t-elle à Wolffhart quand elle passa à côté de lui.
— Hors de question.
— Vous ne pouvez pas laisser votre élève possédée ! Comment peut-on atteindre un tel niveau de négligence ?!
— Sous-entendez-vous que je ne me soucie pas de Fräulein Whisper ? siffla Wolffhart, plus sévère.
— Je ne le sous-entends pas, je vous le dis clairement.

Hisolda s'apprêta à partir à son tour, furibonde, quand un sortilège lui entrava les chevilles et les poignets et que, d'un coup de baguette magique, Wolffhart ne l'oblige à s'asseoir sur la chaise occupée par Kate quelques minutes auparavant.

— Mais… qu'est-ce que vous faites ?! Libérez-moi immédiatement !
— Vous êtes tellement têtue que je ne vois pas d'autre moyen, gronda Wolffhart.
— Je vous préviens, Wolffhart, menaça-t-elle, sans cacher son angoisse, si vous ne me laissez pas partir…
— Quoi donc ?!

Le professeur s'était projeté sur elle, comme un aigle fond sur sa proie, et ne s'arrêta qu'en s'agrippant aux accoudoirs du siège, son regard planté dans les yeux aveugles d'Hisolda.

— Vous allez me faire valser avec les fantômes ?

Mrs Higgins ne répondit rien, intimidée, la respiration rapide.

— Vous ne connaissez rien de l'histoire de Fräulein Whisper. Alors comment osez-vous arguer un tel mensonge ?!
— Parce que vous la connaissez, vous, son histoire, à cette petite ?!
— Certainement mieux que n'importe qui. Et si vous tenez vraiment à la savoir à votre tour, préparez-vous à y passer la nuit…

D'un geste du poignet, Wolffhart leva le sortilège, offrant la possibilité à Hisolda de partir. Cependant, elle resta assise, l'air incertain, et, quelques secondes hésitantes plus tard, accepta d'un hochement de menton qu'il lui raconte tout.


Kate ne se doutait pas qu'une telle discussion se tenait, alors qu'elle montait les escaliers mobiles pour rejoindre ses quartiers. Les portraits commençaient à tour à tour à atteindre les lumières de leurs toiles pour s'accorder un peu de repos après cette longue journée d'hiver. Les fantômes déambulaient et la plupart la saluèrent, à l'exception du Baron Sanglant, trop occupé à aiguiser sa hallebarde, assis sur la rampe du premier étage.
Lorsque Kate parvint au troisième, elle emprunta l'aile par laquelle on pouvait rejoindre le sombre corridor où se situait l'entrée secrète de la salle de Papillombre. Cependant, elle ne s'attendit pas à y faire une rencontre qui n'était pas des plus plaisantes.

— Alors, Whisper ? On rentre d'un rencart secret ?

Faisant volteface, Kate s'attendit en premier lieu à tomber sur Morgana. Cependant, ce furent trois autres filles qui apparurent devant elle et n'eut aucun mal à reconnaître Jessica et deux de ses amies de Salem.

— Ca ne vous regarde pas, trancha Kate, glaciale. Bonne soirée.
— Non mais regardez pour qui elle se prend, depuis qu'elle sort avec Griffin Gale ?
— Tu te prends pour qui ?

Alors qu'elle pressa le pas, Kate se fit cependant bien vite rattraper par les trois américaines qui l'encerclèrent, le regard mauvais.

— Sérieusement. Qu'est-ce qu'il peut te trouver ?
— Laissez-moi tranquille, leur demanda-t-elle, incapable de camoufler son inquiétude.
— « Laissez-moi tranquille ! », la parodia l'une d'elles. Oh, pauvre chou. Tu veux qu'on appelle ta maman ?
— Tu n'as rien pour toi, Whisper. Tu n'es qu'une gamine arrogante avec autant de formes qu'un manche à balai.
— Doublée d'une psychopathe, renchérit Jessica avec un sourire sournois. Mais bon. Tu ne vas pas me tabasser comme Chad, hein. « On ne frappe pas les filles », n'est-ce pas ?
— S'il vous plaît, laissez-moi tranquille !

Cette déclaration fit ricaner ses trois détractrices, qui décidèrent de poursuivre leur sordide séance d'exécution.

— Tu fais quoi avec Griffin ? Tu lui montres tes poupées ?

Sur ces mots, la fille lui arracha son sac sans qu'elle ne puisse le retenir et le retourna. Ses livres, ses parchemins et ses instruments d'astronomie s'écrasèrent au sol, fracassant sa bouteille d'encre qui macula ses affaires.

— Non ! Arrêtez !
— Avoue. Tu lui as fait boire un philtre d'amour ! Aucun mec ne pourrait s'intéresser à toi. Et surtout pas Gale !
— Ce n'est pas vrai !

Jessica lui subtilisa alors sa baguette de bois blanc qui dépassait de la poche de sa cape. Ce jeu malsain commençait à effrayer Kate.

— Arrêtez, c'est bon ! tenta-t-elle de les calmer. Je comprends que vous soyez en colère, mais s'il vous plaît…
Bloclang.

Aussitôt, la langue de Kate se plaqua à son palais et aucun mot ne put sortir de sa bouche. Paniquée, l'adolescente porta les mains à son cou tandis que ses rivales s'en moquèrent.

— C'est qu'elle commençait à m'agacer à trop parler, celle-là.
— Hé, Whisper. Que dirais-tu de faire un petit tour dans l'armoire ?

Privée de sa baguette et de sa voix, Kate chercha désespérément à fuir, mais elles étaient trop fortes pour elle et l'interceptèrent bien vite. Et tandis qu'elle se débattait furieusement, l'une lui tenait les bras, les deux autres les jambes. Elles l'amenèrent jusqu'à l'armoire du fond du couloir et en ouvrirent la porte pour la jeter dedans sans la ménager. Le coude sur lequel elle se réceptionna la lancina, mais aucun cri ne sortit de sa bouche. Victorieuse, Jessica se positionna devant la porte et déclara avec animosité :

— De toute façon, Whisper, de nous deux, c'est moi que Gale a embrassé la première.

Sur ces mots, elle claqua la porte avant de l'ensorceler.

Collaporta.
— Attends, quelqu'un pourrait l'entendre si elle frappe comme elle fait.
— Oula, elle panique, là, même !
— Tu as raison. Assurdiato. Ah. Ça fait du bien, un peu de silence ! Bonne nuit, Whisper ! On reviendra chercher ta momie dans une semaine ! Si on ne t'oublie pas d'ici là !

À l'intérieur de l'armoire, plongée dans le noir, Kate commençait à devenir folle, se déchaînant sur la porte de son seul bras valide, sans parvenir à hurler comme elle l'aurait voulu. Être enfermée dans les ténèbres ranimait en elle toutes ses craintes de guerre. Lui rappelait la cave. Sauf que sa mère n'était pas à ses côtés. Et que cette armoire était si petite qu'elle ne pouvait faire qu'un pas à l'intérieur.
Après plusieurs minutes de hurlements muets, de poings blessés et de larmes vaines, Kate se recroquevilla, tétanisée par sa claustrophobie, et plongea son visage rougi et trempé dans ses manches pour espérer s'échapper en pensées de cet endroit. Personne ne la retrouverait et elle s'attendait bien à passer la nuit ici. Peut-être même le jour qui suivrait si le sortilège continuait de fonctionner.
Pourtant, elle ne parvint pas à trouver le sommeil, trop terrorisée à l'idée que personne ne songe à la trouver ici, dans cette école immense et sans limite. Mais au fil des heures, sa peur et son désespoir mutèrent en colère.

« Pourquoi ? Pourquoi tu m'as abandonnée ? »

Personne ne répondit à sa question, qu'elle tourna en affirmation accusatrice.

« Tu m'as abandonnée ! »
« Je ne t'ai pas abandonnée, Kate. »
« Si ! Tu l'as fait ! »
« Je serai toujours auprès de toi. »
« Alors, pourquoi ?! Pourquoi tu ne m'as pas défendue ? Et si j'avais eu l'Immatériel, j'aurais pu répliquer ! »
« L'Immatériel ne résout pas tous les problèmes. Il aurait pu aggraver la situation. »
« Qu'est-ce que tu en sais ?! Et pourquoi je te croirais ! Je ne sais même pas qui tu es ! »

De nouveau, aucune réponse ne lui parvint. Jusqu'à ce que la voix revienne, plus amène.

« Tu voudrais… sortir d'ici ? »
« Oui… Je t'en prie. Fais quelque chose. Je ne peux pas rester là. J'ai… j'ai peur. »
« Je sais, Kate, je sais… Calme-toi. Respire. »

Kate n'eut pas le choix que de suivre ses instructions.

« Pense à de belles choses. Au rire de tes amis. À ta maison d'enfance, à Rosehill. Pense à Phil… »

Le visage de son père lui souriait dans ses pensées. Comme s'il s'apprêtait à lui raconter une énième plaisanterie, en guettant sa réaction. Cette vision apaisa Kate au plus profond d'elle.

« Bien. Maintenant, je vais me retirer. Deux minutes. Le temps que tu puisses utiliser l'Immatériel. Mais je t'en supplie, Kate. Ne le laisse pas prendre le dessus. Sinon, je ne pourrais plus l'arrêter. Est-ce que tu comprends ? »

La voix d'homme s'effaça et Kate retrouva cette sensation particulière, comme si un essaim de luciole crépitait dans sa poitrine. Elle reconnaissait l'Immatériel, à ce moment si puissant, rempli de promesses. Et Kate s'en nourrit, persuadée que seul cela lui permettrait d'échapper à ces ténèbres dévoreuses de raison. La lumière qui émana de ses mains éclaira l'endroit exigu. Et lorsqu'elle les colla contre le bois, elles s'illuminèrent si fort qu'elle en fut éblouie.
L'armoire explosa dans une rafale de vent et de lumière bleutée. Lorsque l'écho de la puissante détonation retomba dans les couloirs, Kate s'extirpa des décombres en bois en rampant et se laissa choir sur les pierres, à bout de forces.

« Merci… Merci. »

Quelques minutes plus tard accourut la jeune surveillante, miss River, en peignoir, sa baguette à la main. Elle avait entendu l'explosion depuis ses appartements et s'était hâtée sans même prendre la peine de s'habiller.

— Miss Whisper ! la reconnut-elle en s'agenouillant auprès d'elle, saisie de panique.

Mais Kate ne l'entendait pas. Le sommeil et l'épuisement l'avaient emportée. Et l'homme de ses pensées avait préféré la faire voguer vers d'autres horizons oniriques plus cléments.

Quand Kate se réveilla plus de douze heures après, elle retrouva non sans regret l'infirmerie qu'elle connaissait si bien à force de l'avoir fréquentée lors de ses premières années à Poudlard. En essayant de se relever, elle lâcha un petit cri quand elle s'appuya sur son coude blessé et bandé. La nuit terrible qu'elle venait de subir lui restait en mémoire. Et chaque fois qu'elle fermait les yeux, le noir lui rappelait les ténèbres insurmontables de l'armoire dans laquelle elle avait été enfermée.
Kate chassa bien vite ses sombres pensées en jetant un coup d'œil à la table de chevet, sur laquelle se trouvait, à côté des flacons de Mrs Pomfresh, de petites fleurs et des mots laissés par ses amis. Le plus long était sans conteste celui de Maggie.

« Tu n'as vraiment pas de chance, ma pauvre. Il fallait que ça t'arrive le jour de la sortie à Pré-au-Lard. On t'attendra pour aller parler avec Abelforth. Il est hors de question que je rentre dans son taudis sans toi.
J'espère que tu seras réveillée avant que l'on revienne ce soir. Et que l'on retrouvera les connards qui t'ont fait ça pour qu'on le leur fasse payer au centuple !
Maggie
PS : on te ramènera une boîte de Papilio Papilles. »

Ah oui. C'était vrai. C'était le jour de la sortie à Pré-au-Lard. C'était pour cela que l'école paraissait si calme. Il fallait que ça tombe aujourd'hui. Que Kate loupe une nouvelle opportunité d'en apprendre davantage à propos du pendentif de sa mère.
La première à lui rendre visite fut Moira, privée de sortie tant qu'elle n'obtenait pas de signature. Malgré les procédures en cours, son père restait son représentant légal et avait refusé de toucher quoi que ce soit en rapport avec le monde des sorciers. Cependant, elle touchait du doigt le rêve d'un jour parcourir les rues de Pré-au-Lard. La seule chose qui effrayait Moira aujourd'hui était l'entretien pour lequel elle était convoquée au Ministère le mois prochain. À partir de là, la justice trancherait son sort. Et Moira préférait rester optimiste quant à leur future décision.

« Sinon, je leur brise les genoux avec une batte, avait-elle déclaré à Kate en riant. Après tout, Maggie m'avait promis de m'apprendre ! »

Malgré ses questions, Kate ne lui révéla rien par rapport à l'agression de cette nuit, prétextant ne pas s'en souvenir. Après coup, son mutisme la fit culpabiliser. Elle qui aurait tant désiré que Moira se confie à elle par le passé. Voilà qu'elles avaient inversé leurs places et Kate gardait ce secret sans trop savoir pourquoi le protéger.
La visite de son amie fut écourtée par l'arrivée en masse des Papillombre. Seuls manquaient Tetsuya et Eibhlin à l'appel, les deux qui pouvaient déjà jouir des sorties au village.

— Qui os-oserait te… te… t'attaquer t-toi ?! protestait Leeroy.
— Des gens qui ont des envies suicidaires, répondit Teffie. Je propose qu'on les traque et que l'on leur arrache les…
— Pas de violence, Teffie, ricana Kate alors que tous les autres s'apprêtaient à l'enjoindre.
— Mais Kate, tu as vu ce qu'ils t'ont fait ? couina Rose en lui désignant son coude. Et t'avoir enfermée dans un placard… ! Ce sont des monstres !
— Ca ? Ce n'est pas grand-chose ! J'ai connu pire !
— Oui. On a connu ton bras en charpie après un match.
— Merci de me rappeler ce douloureux détail, Nestor. Et où est Shako ?
— Il dort, expliqua le jeune Robin.
— Encore ? Mais il est… trois heures de l'après-midi !
— Oh, tu sais. Shako ne dort plus qu'il n'est debout ! Le samedi est son jour sacré !
— Et ton copain, il est venu te voir ?

L'innocente question de Rose noua la gorge de Kate. Car résonnait encore en elle la dernière affirmation de Jessica avant qu'elle ne referme la porte sur elle. Avait-elle menti pour la plonger plus encore dans le désespoir ? Où avait-elle agi à partir d'une raison telle que celle-ci ? Après l'incident qui venait de se produire, une ambivalence tiraillait son cœur. L'envie de voir Griffin afin qu'il la réconforte, mais aussi la peur de croiser son regard et d'apprendre l'éventuelle vérité.
Quand Maggie et Terry rentrèrent à Poudlard, ils déboulèrent dans l'infirmerie presque au pas de course et l'air essoufflé.

— Kate ! On a appris que tu étais réveillée en arrivant !
— Pas de panique, Terry, je vais bien !
— Fiou ! souffla Maggie, se massant son point de côté. Dites, j'ai l'impression d'avoir vu cette scène un certain nombre de fois. Kate sur un lit d'infirmerie. Et nous deux autour.
— Les autres fois, tu me hurlais dessus.
— Attends, j'y arrive. Deux minutes.

Le temps qu'elle reprenne son souffle et elle reprit avec une expression plus intimidante :

— On peut savoir ce que tu faisais dans cette armoire ?!
— On m'y a enfermée, tu crois vraiment que j'y suis rentrée par moi-même ? fit remarquer Kate face à la colère injustifiée de son amie.
— Hm, tu as raison, se calma subitement Maggie en se raclant la gorge. Je recommence. On peut savoir ce que tu faisais dans les couloirs à une heure pareille ?!
— Elle est préfète, l'éclaira Terry. Elle devait être en ronde.
— Je n'étais pas en ronde, non…
— Aha ! Tu vois, Diggle ! Kate était bien en tort, sur ce coup !
— J'avais un cours avec Wolffhart. Et le professeur Higgins.

Kate initia alors le long récit de sa soirée et aborda les moindres détails, jusqu'à son altercation avec les filles de Salem.

— Elles t'ont maltraitée… tout ça pour une histoire avec Gale ?! résuma Maggie, estomaquée.
— Apparemment… Et elles ont pris ma baguette magique.
— Il faut que tu en parles au professeur MacGonagall, lui conseilla Terry, grave.
— Que veux-tu qu'elle y fasse ? Ce ne sont pas ses élèves. Elle n'a aucune autorité sur eux.
— Elle en touchera deux mots à cette harpie de Mrs Swanson, supposa Maggie. Et au mieux, ça lui donnera une raison supplémentaire pour les virer d'ici !
— Je ne veux pas que ça dégénère comme ça.
— Quoi, Whisper ? Tu vas les laisser te marcher sur les pieds ?!
— Je n'ai pas dit ça !

Le bruit de nouveaux pas dans l'infirmerie fit pivoter leurs regards. Et en apercevant Griffin, soucieux, qui revenait aussi de Pré-au-Lard, la cape encore légèrement couverte de neige, Kate pâlit jusqu'à devenir aussi blafarde que ses draps.

— Hem. Je pense qu'on va vous laisser, marmonna Maggie.
— Oui. Nous, on va voir MacGonagall. Ah, et au fait, Kate…

Avant de se séparer, Terry sortit de son sac une petite boîte en carton mauve au sommet pyramidal qu'il tendit à sa meilleure amie.

— Les Papilio Papilles que Maggie t'a promis.
— Merci…

Quand le couple croisa Griffin sur leur passage, Maggie ne put s'empêcher de lui jeter un regard accusateur qu'il ne parvint à interpréter. Puis, en abordant le lit de Kate, il lui gratifia un sourire franc.

— Je commençais à craindre que tu ne te réveilles pas ! s'exclama-t-il en prenant place sur le matelas, à ses côtés.
— Oui, moi non plus… soupira Kate en évitant de croiser ses yeux, tripotant la boîte de friandises entre ses doigts.
— Je suis rassuré de voir que tu vas mieux.

Mais lorsqu'il chercha à l'embrasser, Kate détourna le visage de manière à l'éviter subtilement. Ce refus muet surprit Griffin, qui s'en vexa dans un premier temps.

— Ok. Je vois. C'est pas le bon moment, je présume.
— On t'a raconté ce qu'il m'est arrivé, Griffin ?

Cette fois, Kate planta ses yeux gris dans les siens. Il se reflétait dans ses prunelles le traumatisme qu'elle venait de subir.

— C'est Jessica, expliqua-t-elle d'une voix sèche. Et deux de ses copines. Elles m'ont trouvée dans le couloir. Elles ont saccagé mes affaires, elles m'ont humiliée, elles m'ont volé ma baguette. Et pour finir, elles m'ont enfermée dans une armoire qu'elles ont ensorcelée de manière à ce que personne ne puisse m'entendre hurler à l'intérieur.
— Mais quelles… quelles trainées ! lâcha Griffin, choqué.
— Et tu sais pourquoi ? Pourquoi elles ont fait tout ça ? À cause de toi !
— De moi ?
— Parce que je sors avec toi.

Réaction inadéquate, Griffin en tira un rictus, mi-embarrassé mi-satisfait, et haussa les épaules.

— Je t'avais prévenue, Kate. À ton avis, pourquoi je ne t'avais demandé de ne rien dire ? Les filles allaient s'en prendre à toi. Pas de ma faute si j'ai trop de succès !

Bien qu'une porte de sortie heureuse se profilât par les tournants de la conversation, Kate plongea dans la brèche sombre :

— C'est vrai ce que Jessica m'a dit ?

Tout de suite, l'expression crâne de Griffin se tordit dans une grimace d'incompréhension.

— De quoi ?
— Que tu l'avais embrassée.

Le sourire du Gryffondor se volatilisa et il entrouvrit les lèvres sans parvenir à formuler de réponse. Ce silence en expliquait bien davantage que des mots. Et dans sa poitrine, Kate sentit son cœur se fendre.

— Oh, Merlin. Tu l'as fait, n'est-ce pas… ?
— Ce n'était pas ma faute, d'accord ? se dédouana Griffin, confus. C'était bien avant les vacances de Noël ! Avant qu'on ne s'embrasse, toi et moi ! Elle… elle passait son temps à me draguer et un jour, j'ai juste répondu à ses avances, mais je te promets ! Ça n'est jamais allé plus loin et il n'y a jamais eu rien d'autre ! Ce n'est pas mon genre de fille !
— Va-t'en.

L'ordre de Kate, qui s'était rallongée et retournée de manière à lui exposer son dos, le transperça.

— Kate… Je ne voulais pas. C'était…
— Va-t'en.

Perturbé par la peine et la colère de l'adolescente, Griffin se leva cependant et commença à s'éloigner. Mais avant de partir, il tint à rajouter quelques mots :

— S'il existe un moyen pour moi de me racheter, je le ferai. C'est à toi que je tiens, Kate…

Il ne pouvait pas apercevoir les larmes de Kate qui auréolaient la taie de l'oreiller qu'elle serrait entre ses doigts crispés. Et le poids de la solitude et de la trahison lui retomba sur les entrailles. Elle plongea son visage dans le coussin de plumes mais rien n'y faisait. L'image de Griffin en embrassant une autre revenait sans cesse…

Dès qu'elle fut remise sur pieds, Kate fut invitée à se présenter au bureau de MacGonagall sitôt qu'elle le pouvait. Au départ réticente, elle céda face à l'insistance de Terry qui avait fait part des événements à la directrice. D'ailleurs, elle y allait tant à reculons que ce dernier accepta de l'y accompagner.

— Je n'ai pas envie… lui répétait-elle en boucle alors qu'ils apercevaient la statue de griffon au bout du couloir.
— Je sais que tu n'as pas envie, Kate. Surtout pas après ce qu'il s'est passé avec Griffin. Mais c'est important. On ne peut pas laisser passer ça. Pense à ce que tu aurais dit à l'un des Papillombre si ça leur était arrivé. Hic sunt dracones.

À la prononciation du mot de passe, la statue pivota sur son socle et libéra l'accès aux escaliers.

— Allez, Kate. Vas-y, la sollicita Terry. Je t'attendrai ici.
— Je… je ne peux pas !
— Et pourquoi ?!
— Je ne suis pas une balance. Elles m'ont traité de gamine, de petite fille, voire de bébé. Ca deviendra vrai si je vais les dénoncer auprès de MacGonagall.
— Tu ne vas pas faire justice toi-même et même si la plupart de tes amis s'accordent pour aller leur faire entendre ce qu'il leur coûte de s'en prendre à toi, je pense que ça n'a rien de puéril d'en parler à la directrice. Au contraire.

Terry grimpa sur la première marche qui menait à l'office de l'ancienne enseignante en métamorphose et lui tendit la main, tout en lui adressant un sourire de réconfort.

— Viens.

Après une courte hésitation, Kate s'exécuta et attrapa les doigts de son ami qui ouvrait la marche. À la moitié de leur montée, ils pouvaient d'ores et déjà entendre les échos d'une conversation belliqueuse qui se déroulait au même moment dans le bureau de MacGonagall.

— J'admets que les rumeurs sont nombreuses à Poudlard, Savannah. Mais sachez qu'elles découlent souvent de bienfondés !
— Encouragez-vous maintenant au lynchage de mes élèves ? Vous vous contenterez de fermer les yeux ? Je dois avouer, Minerva, que votre manière de diriger cette école me déçoit de jour en jour.
— Vu le niveau des attentes que j'avais à votre égard depuis le début, je dois vous avouer que pour ma part, je ne pourrais être déçue. Sinon, j'aurais pris joie à partager votre sentiment.

En arrivant en haut des marches, Terry hésita donc à faire demi-tour, embarrassé de devoir interrompre cette altercation entre les deux directrices, avant que le professeur MacGonagall ne l'aperçoive :

— Mister Diggle ? Que… Ah, vous accompagnez miss Whisper.
— Vous voulez que je redescende, professeur ? lui demanda-t-il alors que Kate venait d'apparaître derrière lui, cette dernière la tête baissée et ses cheveux abondants cachant à moitié son visage.
— Vous pouvez rester.

En temps normal, MacGonagall n'aurait sûrement pas accepté qu'un ami soit dans son bureau lors d'un entretien privé avec l'un des élèves. Cependant, la présence de Mrs Swanson lui fit revoir sa décision. La conversation pouvant rapidement déraper et dégénérer, il était préférable pour l'élève concerné de bénéficier d'un soutien à ses côtés plutôt que de se retrouver spectateur impuissant d'une nouvelle bataille de mots acharnés.

— Viens, assieds-toi là, la guida Terry à voix basse, en proposant à Kate l'un des grands sièges rouges capitonné, derrière lequel il se positionna pour rester en retrait.
— Comment allez-vous, miss Whisper ? se soucia Mrs Swanson.
— Ca… va.
— Vous voyez, elle va bien.
— Vous n'avez donc aucune notion de politesse, Savannah. Cette élève est traumatisée.
— Qu'en savez-vous, vous lui avez demandé ? Vous êtes traumatisée, miss ?

Estomaquée par la question, Kate fut incapable de répondre. Mais avant que mrs Swanson ne puisse se réjouir de ce silence, Terry intervint :

— Elle l'est. Elle a été enfermée dans une armoire durant toute une nuit.
— Ça arrive à beaucoup d'élèves. Surtout aux préfets. Ce sont les risques du poste !
— Kate, comme moi et comme beaucoup d'élèves ici, à Poudlard, a vécu la guerre. Sur tout le respect que je vous dois, professeur, vous n'imaginez pas ce que ça représente pour nous d'être à nouveau enfermés dans le noir…

Cette remarque raidit les deux enseignantes, l'expression pincée. Kate elle-même demeura silencieuse. Elle savait que, sur le sujet, Terry la comprenait mieux que quiconque.

— Qui vous a enfermée, alors ? l'interrogea MacGonagall. Vous en souvenez-vous ?

Le hochement de tête de Kate se fit attendre.

— Eh bien ? De qui s'agit-il ?
— Je… je ne connais pas les noms de toutes. C'était des filles de Salem. Mais je sais que l'une d'elles s'appelle Jessica.

Un rire clair échappa de la gorge déployée de Mrs Swanson.

— C'est grotesque ! se tempéra-t-elle. Jessica est la tête de promotion du 5th grade. Elle ne s'abaisserait pas à ce genre d'agression. Ce n'est pas dans son caractère. Vous devez confondre, mais ça ne devait sûrement pas être elle.
— M-mais… professeur ! bredouilla Kate.
— Enfin, je vous comprends, jeune fille ! Jessica est une élève que l'on peut facilement jalouser ! Mais de là à l'accuser de tels agissements…
— Savannah, je vous prierai une fois pour toutes de modérer vos ardeurs ou de clore définitivement vos lèvres avant que je ne fasse usage du sortilège de glue perpétuelle !

Dans un mouvement commun, Kate, Terry et Mrs Swanson effectuèrent une inclinaison de tronc vers l'arrière, impressionnés par le ton de la directrice de Poudlard, qui rugissait telle une lionne en colère.

— Je ne supporterai pas une fois de plus que vous rabaissiez mes élèves, rajouta-t-elle, sévère. Ne pouvez-vous vous comporter une fois comme une dirigeante de grade digne et accorder de l'importance aux dires d'une adolescente agressée ?!
— Quelles preuves avez-vous pour pouvoir l'accuser, elle ?
— Elles lui ont volé sa baguette magique, intervint Terry.
— Savannah. Veuillez convoquer immédiatement la ou les concernées, ici, dans mon bureau.

Mrs Swanson lâcha un soupir perché délibéré et attrapa le pan de sa grande robe bleu nuit et scintillante pour descendre de l'estrade. C'est lorsqu'elle passa devant elle en lui adressant un regard de dédain, que Kate remarqua qu'elle portait autour de son cou une petite fiole en cristal en forme de poire, contenant un liquide translucide.

— On retrouvera celles qui vous ont fait subir cela, miss Whisper, lui assura MacGonagall. Et je ne dis pas ça pour faire boucler mon homologue transatlantique, mais bien dans votre intérêt. Cela ne se reproduira plus.

Pleine de gratitude, Kate lui adressa un sourire et des remerciements inaudibles. La main de Terry sur son épaule la lui pétrissait, en signe de présence.
Quand Jessica fit suite à Mrs Swanson quand cette dernière revint dans le bureau de la directrice, le visage de Kate perdit toute teinte. Elle pouvait encore voir la trace de son sourire sardonique sur ses lèvres alors qu'elle refermait la porte sur elle. Et, sur ces dernières, elle devinait le baiser passé de Griffin.

— Vous souhaitiez me voir, professeur MacGonagall ? demanda Jessica d'une voix déférente.
— C'est exact. Vous connaissez très certainement Katelyna Whisper.
— Comment ne pas la connaître, rit-elle. Les journaux, les rumeurs. On parle tous d'elle ici, à Poudlard ! Oh, au fait !

D'un geste naturel, Jessica sortit de la poche de son jean, effilé au niveau des genoux, une baguette en bois blanc que Kate connaissait bien ; il s'agissait de la sienne.

— J'ai trouvé ça près d'un sac renversé, ce matin, dans le couloir du troisième étage. Elle ne serait pas à toi, par hasard ?
— Vous êtes si généreuse de l'avoir récupérée pour elle, commenta Mrs Swanson avec un immense sourire conquis.
— Il n'y a pas de quoi, professeur.

Sous le regard suspicieux de MacGonagall et Terry, Jessica s'avança vers le siège sur lequel était installée Kate et lui tendit sa propriété. Cependant, l'adolescente ne la récupéra pas de suite, ses yeux gris et soudain perçants accrochés à ceux de Jessica, qu'elle aurait rêvé de dépecer sur place.

— Ne prenez donc pas la peine de la remercier, voyons, miss Whisper, fit remarquer la directrice du 5th grade quand Kate reprit possession de sa baguette.

L'hypocrisie et les circonstances auraient voulu que Kate s'y plie, cependant – et au plus grand plaisir de MacGonagall – elle refusa de s'y conformer. Refermant ses traits dans une expression plus amère, Savannah Swanson s'adressa alors à son homologue.

— Vous voyez, Minerva ? Pas la peine de partir en procès pour des mensonges.
— Des mensonges ? Le seul mensonge auquel je viens d'assister remonte à moins de deux minutes !
— Vous insinueriez que miss Parker mentirait ?!
— Je n'insinue rien du tout, Savannah.
— Professeur MacGonagall, trembla Jessica. Il doit y avoir méprise… ! Je… non !
— Calmez-vous, miss Parker, la réconforta mrs Swanson en frottant son dos. Ne l'écoutez pas.

Face à la comédie de Jessica, MacGonagall ne cillait pas, imperturbable. Puis, sa mine s'assombrit en baissant le menton.

— Nous sommes toutes deux directrices, Savannah, je vous l'accorde. Et de par les circonstances qui vous astreignent à ce lieu, vous avez bénéficié jusqu'à présent de ma sympathie et de toute ma sollicitude. Mais sachez qu'entre ces murs, vous êtes assujettis au règlement de cette école et par conséquent à mon autorité. Si l'un de mes élèves se fait encore agresser par l'un des vôtres, croyez-moi, vous paierez les justes représailles de votre nonchalance.

Les yeux de Mrs Swanson se plissèrent et la voix qu'elle adopta, plus profonde, éveilla un frisson chez Kate.

— Me menaceriez-vous, Minerva ? Moi et mes élèves ?
— Je n'ai que faire de vos interprétations. Si vous désirez la guerre, croyez-moi, mon école héberge des guerriers en son sein. Ne nous titillez pas.
— Si vous voulez mon avis, cela ne concerne pas que les élèves.
— Je me surprendrai à prendre votre remarque comme un compliment.
— Vous pouvez. Personne n'est indifférent à ce qu'il s'est produit à Poudlard, il y a quatre ans de cela. Mais est-ce une raison pour considérer vos collègues américains comme des incompétents, incapables de contenir leurs élèves ?
— Je considère votre unique responsabilité dans cette affaire puisque miss Parker n'est pas en mesure de les assumer.

Mrs Swanson émit un petit ricanement sarcastique.

— Que diriez-vous de débattre de cela sur votre terrain de Quidditch ?
— Votre proposition de match absurde vous sera toujours refusée.
— Après tout, Minerva, c'est bien ainsi que vous tentez d'abolir les différends entre vos maisons. En faire une juste compétition. Un moment de jeu et de plaisir. Vous refusez que la guerre entre dans vos murs ? Alors donnons à nos démêlés un aspect plus ludique.

La réponse de MacGonagall se fit attendre, sous le regard interrogateur des trois adolescents présents.

— Je conserve encore beaucoup de mes prouesses d'antan, scanda-t-elle.
— A la bonne heure. Nous pourrons ainsi comparer nos qualités respectives.

Sur ces derniers mots secs, Mrs Swanson attrapa l'épaule de Jessica et l'entraîna avec elle vers la sortie. Lorsque leurs pas cessèrent de résonner dans les escaliers, MacGonagall se tourna vers Kate et Terry dans un soupir.

— Miss Whisper, Mister Diggle. Je vous prie de m'excuser par rapport à la scène à laquelle vous venez d'assister. Et vous demande de ne pas en toucher un mot à vos camarades. Est-ce bien clair ?

Les deux hochèrent la tête en synchronisation. Néanmoins, avant que Kate ne quitte l'endroit, sa précieuse baguette entre ses doigts, la directrice l'arrêta :

— Miss Whisper ?

La concernée se retourna et adressa un regard triste à MacGonagall.

— Prenez soin de vous. Et ne vous laissez pas faire. Jamais.


— Eh bien ! C'était… musclé, comme échange ! Je n'aurais jamais pensé que MacGonagall avait autant de tripes, c'était impressionnant !

Alors que Terry commentait le spectacle qui venait de se terminer, Kate continuait de tourner sa baguette dans ses mains. Celle-ci ne partageait pas sur l'instant son engouement.

— Un match avec les professeurs ! Même si la perspective n'est pas très joyeuse, vu ce qu'il vient de se passer… ahaha, j'ai hâte ! Tu crois que MacGonagall demandera à Flitwick de jouer ? Oh, mieux, à Hagrid ! Ah, non, non, j'ai encore mieux ! À Wolffhart !
— Oh non…
— Quoi ? Ça ne te plait pas comme idée, Kate ?
— Non, ce n'est pas ça.

La jeune fille s'était arrêtée pour examiner de plus près sa baguette magique, sur laquelle avaient été gravés quelques mots : « ne t'approche plus de Gale, connasse. »

— Elles ont abîmé ma baguette, constata-t-elle, écœurée.
— Ces filles sont tarées. Elles n'ont aucune limite. Hm. Tu demanderas à Clive de te l'arranger, non ? Après tout, il en est sûrement capable. Oh, au fait ! Par rapport à la baguette du bureau de ton père. Qu'est-ce qu'il t'en a dit ?

Kate se mura dans le silence, rangeant sa baguette dans sa poche et reprenant la marche, le temps de choisir ses mots :

— Il n'a pas encore eu le temps de l'examiner, Terry… Tant mieux, peut-être.


C'est fou, hein ? Ca doit faire 20 chapitres que j'arrête un chapitre sur un non-cliffhanger ! Mais bon. C'est délibéré. Vue que l'attente sera réduite d'ici la publication du prochain chapitre (à entendre, vous n'aurez pas beaucoup de temps à attendre), je n'ai pas forcément de suspense à entretenir pour vous garder en haleine. Mais bon. Ne perdez pas vos habitudes. Ca reviendra... !

Je tiens sincèrement à m'excuser pour les retards dans les retours de reviews ou quoi. Le Wi-Fi public m'a lâché ! Oui, je suis une nana qui pompe le wi-fi public et gratuit depuis chez elle depuis novembre, sauf que là, allez comprendre, ça ne marche plus depuis 10 jours (juste après que j'aie publié l'avant-dernier chapitre, étrangement... ! Peut-être qu'ils me l'ont enlevé en menace à mon dernier cliffhanger ?). Dooooonc voilà. Je n'ai internet qu'au boulot. Autant vous dire que c'est limité pour vous répondre... Mais je me rattraperai dès que j'aurais du temps et une connexion. De toute façon, vous êtes habitués maintenant, après mon mois en ermite, en novembre dernier. Mais d'un côté, réjouissez-vous ! Sans Internet, je n'ai pas d'autre choix que d'écrire ! Ce qui explique la parution aussi rapide des chapitres !

Pour ce chapitre, je tiens également à remercier mes deux correcteurs du feu de Dieu qui m'ont corrigé ce chapitre avec des délais de malade (je leur ai envoyé le chapitre à 16h30, ils me l'ont renvoyé corrigé à 2h du matin, les deux, à trois minutes d'intervalle). Et ils font toujours un travail merveilleux concernant la relecture, les conseils, tout ça ! Limite, parfois, c'est plus des bêta que des correcteurs ! (c'est ma bêta qui va pas être contente ! xD) Guettez ma page facebook dans les jours à venir, car je vais recevoir un truc qui risque fortement de vous intéresser, vous, lecteurs de LMA. Non, ce n'est pas un bonus ou une vidéo. C'est 100 fois mieux. :)
VOILA ! Un grand merci pour votre lecture, pour votre fidélité et vos futures reviews ! Et je vous dis à très très très bientôt ! (sachant qu'il doit rester 5-6 chapitres avant la fin de la partie, ce qui va arriver très vite !)

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