Bonjour à tous ! J'espère que vous allez tous bien :) Voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira :) Bonne lecture ! Bisous :)


Dommage collatéral

L'écoulement au goutte à goutte de la cafetière mobilise ma concentration.
Deuxième café que je lance de la matinée, alors qu'il n'est que 9 heures 30 du matin.
La faute à un réveil des plus matinaux...et un sommeil agité et léger alors que je suis réveillé depuis 5h30 et que ma nuit se résume à quelques heures seulement.
Les événements de la veille m'ont hanté toute la nuit : les images inédites d'Amelia, son comportement et ses mots qui m'obsèdent encore.
« Je comprends que tu ne veuilles pas de moi »
Toutes ses blessures résumées en quelques mots : je connais son histoire, les drames de sa vie, les manques qu'elle a dû endurer. Et je me retrouve malgré moi être celui qui rouvre et attise ses douleurs profondes.
Elle avait voulu se faire du mal hier. Dans une démarche extrême d'autodestruction.
Et j'y étais pour quelque chose, en la confrontant à nouveau à un rejet...
Je me dégoûte presque de moi-même.
Mais je ne peux pas lui accorder ce qu'elle attend.
Je ne serai pas à la hauteur, je ne sais pas faire ce qu'elle me demande.
J'ai oublié...et tout enfoui au plus profond de moi.
Cependant, ses heures de réflexion m'ont mené à une résolution : essayer de me faire pardonner. Lui rendre la vie plus facile, être attentif et attentionné mais sans franchir la ligne rouge...
Elle était fragile et vulnérable.
Et paradoxalement, avoir vécu ces moments difficiles me rendait plus fort : maintenant que je savais la douleur que je lui causais en lui donnant l'illusion d'une relation impossible, j'avais la volonté et la force qui me manquait jusqu'alors.
Pour faire taire les pulsions et les envies.
Pour dépasser la tentation.
Impliqué dans mon travail, mais sans mélanger les genres, en dissociant les sentiments et l'attachement.

Et ma résolution prend effet dès ce matin.
Je l'attends ainsi patiemment dans la cuisine.
Je connaissais bien Amelia depuis ces nombreux mois passés ensemble et je savais que le petit-déjeuner était le moment de la journée qu'elle préférait : elle aimait prendre du temps, savourer tranquillement ces premiers moments en lisant quelques lignes, griffonnant une chanson ou fredonnant, la guitare à la main.
Tout naturellement, une attention simple m'était venue en tête : une attention qui pourrait la toucher mais aussi lui rendre l'appartement plus agréable et moins froid.
J'étais ainsi à l'œuvre pour lui confectionner un petit-déjeuner.
La table était mise avec un petit bouquet de pivoines roses que j'avais commandé pour égayer le bar de la cuisine.
Le café est en train de couler.
Jus d'orange, confiture et Nutella sont rassemblés près des assiettes.
Quelques crêpes que j'ai cuisinées attendent au chaud sous une cloche.
Tout comme une boîte de cheesecake de The Cheesecake Factory et des donuts de Top Pot Doughnut que j'ai faites livrer...comme après l'attaque dont nous avions été victimes après son concert.
J'entends des pas feutrés se rapprocher progressivement de moi.
Le visuel s'ajoute rapidement au son et je découvre Amelia, déjà préparée et habillée pour la journée.
Je scrute son visage et je suis vite rassuré en croisant ses yeux : je retrouve l'étincelle et la lueur habituelle au sein de son regard, et non plus ces deux prunelles angoissantes que j'avais observées la veille.
Elle s'arrête à quelques mètres du bar : je remarque le chemin de son regard qui passe de la cafetière, aux fleurs, puis aux victuailles mises en scène par mes soins.

- Bonjour Amelia, comment tu te sens ?

Elle reste silencieuse quelques secondes, puis me fixe intensément.

- Ça va, le mal de tête a disparu. Ce n'est pas la meilleure nuit de ma vie, mais je suis à peu près reposée...

- Tu as meilleure mine qu'hier, en tous cas, reprends-je dans un sourire. Tu veux un café ?

Elle hoche de la tête et je m'avance vers la cafetière pour lui préparer sa tasse.
Quand je me retourne avec sa tasse en main, elle n'a bizarrement pas bougé, toujours à une distance raisonnable du bar.

- Installe-toi...proposé-je timidement, surpris par sa réserve.

- Qu'est-ce que ça veut dire, Owen ? finit-elle par demander tout en décidant de s'asseoir.

- C'est un petit-déjeuner, tu connais le concept, je crois, réponds-je avec une touche d'humour.

Un humour de façade pour tenter de masquer ma gêne devant sa réaction peu enthousiaste.

- Les fleurs, les cheesecake, et même des crêpes que tu as faites toi-même ? Questionne-t-elle en déclochant l'assiette. Tu m'expliques l'occasion ? La raison de tout ça ?

- C'est juste un petit-déjeuner, Amelia.

- D'habitude, mon petit-déj c'est un café avec quelques toasts...pas des cheesecake de chez The Cheesecake Factory ou des donuts de Top Pot Doughnut...

- Je me suis dit que c'était une belle façon de commencer la journée. Hier a été un peu éprouvant et ça te permettrait peut être de te sentir mieux dans ce nouvel appartement. Je sais que tu apprécies ce moment de la journée. Allez, profites-en, ne te prends pas la tête s'il te plaît, insisté-je en lui tendant une part de cheesecake à la vanille, un de ceux qu'elle préfère.

Elle le prend du bout des doigts et en savoure une bouchée mais garde son attention sur moi.
J'avais l'impression d'être étudié sous toutes mes coutures, comme si elle tentait de mieux comprendre la situation à travers mon attitude.

- Je ne comprends pas...finit-elle par annoncer après avoir fini son cheesecake.

- Pardon ?

- Pourquoi tu fais ça, Owen ? Qu'est-ce que tu cherches avec ce petit-déjeuner ?

- Je te l'ai dit...c'est pour que tu t'adaptes peut être un peu plus vite à ton nouveau chez toi.

- Et pourquoi tu crois que ça va m'y aider ?

- Parce que je sais que tu aimes prendre un grand petit-déj comme celui là. Je pensais que ça te ferait plaisir.

- Ça me fait plaisir...mais pourquoi tu veux me faire plaisir, c'est ça que je ne comprends pas...

- Si tu en profitais tout simplement, réponds-je avec un léger sourire, déstabilisé par toutes les interrogations qu'elle me soumet.

- Est-ce que tu as déjà fait ça par le passé ?

- Oui, ça m'arrive régulièrement de préparer un petit-déjeuner, reprends-je en riant légèrement.

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre, enchaîne-t-elle sérieusement. Je te pose la question dans le cadre de tes fonctions : tu as souvent fait le petit-déjeuner pour l'une de tes clientes ? Tu as déjà pris la peine de commander ses fleurs préférées ? De cuisiner des crêpes à 8h du matin ? D'acheter des donuts avec ses goûts favoris parce que c'est son péché mignon ?

- Écoute, je voulais juste te faire plaisir après une journée difficile, si tu...

- Est-ce que tu as souvent voulu faire plaisir à tes clientes, Owen ? Me demande-t-elle en me coupant dans ma phrase.

La sonnerie du visiophone retentit subitement.
Une interruption qui tombe à pic pour moi : la question d'Amelia me mettait dans une situation délicate...que pouvais-je lui répondre ?

Lui avouer que je me dégoûte ?

Que je ne veux pas qu'elle me déteste et que je ne fais qu'essayer de me racheter à ses yeux ?

Que je ne veux pas la voir souffrir à nouveau comme hier ?

Mais là où sa question touche un point sensible c'est que ma réaction est déplacée alors que je travaille pour elle : je ne devrais pas me soucier autant de notre relation...disons humaine.
Et elle avait vu juste : je n'avais jamais pris la peine de faire tout ça pour une cliente...la seule, pour laquelle, j'avais fait autant d'efforts, c'était pour celle qui m'a brisé le cœur.
Celle qui m'a fait comprendre l'utopie de l'amour.

Je quitte la cuisine précipitamment, profitant pleinement de cet échappatoire.
Je reconnais de suite le visage de Meredith sur l'écran du visiophone.

- Bonjour Meredith, je vous ouvre et vous débloque notre ascenseur.

- Bonjour et Merci, répond-elle.

- C'est qui ?

Je me retourne au son de la voix d'Amelia qui me semble toute proche : elle est effectivement seulement à quelques pas de moi.

- C'est Meredith.

- Il y a un problème ?

- Euh...je ne lui ai pas demandé pourquoi elle était là si tôt...je lui ai ouvert directement...

Pris dans mon empressement de trouver une distraction à notre conversation, je n'ai effectivement même pas pris la peine de cerner la raison de sa présence de si bon matin.
La sonnerie de l'entrée résonne et j'ouvre de suite, me trouvant devant la porte.
Meredith nous apparaît avec un grand sourire.

- Bonjour Owen et salut ma belle, annonce-t-elle en faisant une bise à Amelia.

- Coucou Mer, qu'est-ce qui nous vaut ta visite de si bon matin ? S'empresse de demander Amelia en la conduisant vers le salon.

Je suis les deux jeunes femmes, tout en restant à distance alors qu'elles s'installent dans le canapé.

- Hé bien, j'ai une mauvaise nouvelle...et une super méga giga bonne nouvelle, répond Meredith dans un grand sourire. Laquelle tu veux d'abord ?

- Donne-moi la mauvaise, comme ça tu me réconfortes avec l'autre, réplique Amelia.

- Ok, alors la mauvaise nouvelle concerne ta fondation et plus précisément la construction de la nouvelle maison d'accueil. Nous n'avons pas réussi à trouver d'entreprises de construction partenaires pour le projet, en tous cas aucune qui vu le projet accepte de travailler pour le budget de 500 000 dollars que tu proposes.

J'observe Amelia et je distingue un air grave prendre place sur son visage.

- Bernard nous fait faux bond sur ce coup là ?

Je ne sais pas qui est-ce fameux Bernard, mais je suppose que c'est le patron d'une entreprise de construction, qu'Amelia doit connaître.

- Je l'ai eu au téléphone, il était vraiment peiné je t'assure, mais tu connais le climat économique en ce moment...il ne peut tout simplement pas se permettre d'accepter de travailler à ce prix pour un projet qui va occuper un tiers de son équipe pendant six mois.

- Combien faudrait-il rajouter pour que ce soit raisonnable dans le contexte actuel ? Interroge Amelia directement.

- Je sais à quoi tu penses Amelia, et tu n'as pas de quoi le financer toute seule...

- Je peux rajouter 200 000 dollars sur les 500 000 de départ que j'ai débloqués, persiste la chanteuse.

- Ça ne suffira pas...on parle de beaucoup plus...soupire Meredith.

- Combien ?

- Ton projet a été estimé à au moins 2 millions de dollars...et Bernard serait prêt à faire un effort mais en dessous de 1,5 millions, il ne peut pas engager l'avenir de son entreprise.

- Bien sûr, je comprends...reprend faiblement Amelia.

Je sens la déception dans sa réponse, mais aussi le signe qu'elle réfléchit déjà à un recours.

- Il faut nous trouver un mécène, des soutiens pour finaliser le financement, poursuit-elle, déjà réanimée d'une conviction appuyée.

- Exactement, mais il faut aller vite, précise Meredith comme une mise en garde. Bernard est prêt à engager ses équipes, mais il ne nous laisse que quelques jours pour lui confirmer ou non qu'on poursuit le projet. Il a un appel d'offres de la mairie de Seattle dans la balance et vu le contexte, il ne peut pas laisser un tel chantier lui passer sous le nez.

- Quelques jours ? Mais je n'aurai pas le temps en quelques jours. Il faut que je prévoie des rendez-vous. Que je fasse un peu le tour des différents réseaux qu'on peut activer...je ne trouverai pas cette somme avec un seul contributeur, il va falloir en convaincre plusieurs.

- Pas sûr...rétorque Meredith mystérieusement.

- Tu peux me dire qui serait prêt à lâcher deux millions d'euros pour mon projet dans la minute ?

Je distingue un regard appuyé et ferme entre les deux jeunes femmes, comme un échange sans paroles.

- Non, je ne veux pas le solliciter, affirme Amelia. Je lui serai trop redevable ensuite, il en profiterait dans son intérêt.

- Mais c'est une piste efficace et qui règlerait tous les problèmes.

- Il doit y avoir une autre solution...insiste Amelia.

- Écoute, je connais le contexte depuis hier, j'ai déjà passé pas mal de coups de fil, j'ai étudié le problème sous toutes les coutures et je n'ai pas trouvé d'autre alternative, crois-moi...alors s'il te plaît, prends un peu de temps pour y réfléchir...

- Ok, je vais y penser, promis, concède Amelia. Bon, donne moi cette méga bonne nouvelle, maintenant, car j'en ai bien besoin.

Meredith sourit et se saisit de son sac, posé à ses pieds, pour en retirer une lettre.

- Tu sais ce qui se passe dans 15 jours ? Un événement musical assez important...

- Oui, les Music Awards...ils veulent que je chante, c'est ça ? Réplique Amelia.

- Effectivement, ils voudraient que tu interprètes un titre et un peu plus...poursuit Meredith dans un air mystérieux.

- Deux titres ? Propose Amelia dans un sourire.

- Non, rappelle-toi le but de cette soirée, c'est de remettre des prix et tu es nommée ma belle...dans deux catégories ! Conclut Meredith un peu plus fort, lâchant la nouvelle directement, ne pouvant plus la garder pour elle.

- Quoi ? Je suis nommée pour un prix ? Reprend Amelia, abasourdie par l'information.

Je ne peux m'empêcher de sourire en la voyant réagir de la sorte mais aussi en entendant cette nouvelle : avec un sentiment de fierté et de satisfaction qui s'installe en moi.

- Deux prix ! Meilleure artiste féminine et meilleur album pop/folk de l'année.

- Waouh, j'y crois pas, murmure Amelia.

- Je suis tellement contente pour toi. Tu le mérites tant, après tout ce travail, enfin la consécration d'être reconnue par la profession.

Meredith tend alors à Amelia la lettre officielle informant de sa nomination.
Je m'approche doucement des deux jeunes femmes pour réagir à mon tour à cette bonne nouvelle.

- Félicitations Amelia, je suis ravi pour toi.

Elle lit la lettre puis lève les yeux vers moi, avec un léger sourire.

- Tu vois, je ne pouvais pas attendre pour t'annoncer ça, et je voulais te le dire de visu et pas par téléphone. Donc dans deux semaines, direction Los Angeles !

- Merci Meredith, enchaîne Amelia en prenant sa manager dans ses bras quelques instants.

- Je t'en prie, mais je n'y suis pas pour grand-chose. Par contre, maintenant que j'ai fait mon devoir de messagère, je vais devoir vous laisser, mon travail m'appelle. Alors, tu gardes bien précieusement ce petit sésame et tu réfléchis à ce que je t'ai dit.

- Ça marche, Mer. On se voit vite pour reparler de tout ça.

- Bonne journée à vous deux. Owen, ne vous dérangez pas, je connais la sortie, conclut Meredith dans un clin d'œil.

Un claquement de porte retentit rapidement nous indiquant le départ effectif de Meredith de l'appartement.

Je me repositionne face à Amelia devant le canapé.
Son regard est baissé sur la lettre que lui a remise Meredith, comme si elle n'y croyait toujours pas.

- Comme l'a dit Meredith, c'est mérité. J'espère de tout cœur que tu vas décrocher ces récompenses.

- Ne me dis pas ce genre de choses, Owen, annonce-t-elle subitement en relevant le regard vers moi et quittant le canapé.

Elle avance de quelques pas : elle me tourne le dos et je ne peux distinguer son visage qui m'aurait pourtant éclairé sur son état d'esprit.

- Quelles choses ?

- Ces remarques où je décèle presque une pointe de fierté...comment veux-tu que...

- S'il te plaît, regarde-moi quand tu parles, je ne comprends pas ce que tu insinues.

Elle hausse les épaules puis se retourne et je distingue des yeux humides face à moi.

- Comment veux-tu que j'arrête de vouloir plus ? Alors que tu me parles comme ça ? Que tu m'accordes des attentions qu'aucun homme n'a...

- Excuse-moi, dis-je en me rapprochant d'elle. Je ne voulais pas te compliquer les choses.

- Mais tu le fais. Je n'y arrive pas, tu vois. Je n'arrive pas à te voir comme simplement un garde du corps quand tu agis comme ce matin, quand tu me parles comme tu viens de le faire. Je te vois comme un homme...comme un...

Elle ne finit pas sa phrase : je perçois l'émotion et le désarroi qui la gagnent devant la situation. Et je me sens démuni, car je ne vois pas quelle option lui proposer, quelle solution mettre en place.

- Dans quelques jours, tout sera moins compliqué, avec le temps, les souvenirs de la...nuit qu'on a passée seront moins vifs.

- Je ne crois pas...ce n'est pas seulement ça...écoute, je passe tout ça dans ma tête dans tous les sens et j'arrive toujours à la même impasse...et je ne vois qu'une solution...

- OK, dis-moi, et je te promets que je suivrai tout ce que tu me demandes.

Elle baisse les yeux un instant pour casser notre connexion puis retrouve mon regard pour m'annoncer ce qu'elle a en tête.

- Je mets fin à ton contrat, Owen.

- Quoi ?

- Écoute, je n'y arrive pas...je n'y arrive plus...donc, considère que dès maintenant, tu ne travailles plus pour moi. Tu peux rester ici encore un ou deux jours, le temps de te loger ailleurs ou de trouver un hôtel.

- Vraiment ? C'est la solution que tu vois ? Me demander de partir ? Et ta sécurité dans tout ça ?

J'enchaîne les questions dans un souffle. Tout se bascule dans ma tête.

- Je n'ai pas eu de nouvelles menaces depuis qu'on est rentré. Ce fou s'est peut être fatigué...ou a trouvé une autre cible...et au pire, j'engagerai quelqu'un d'autre.

- Si Richard m'avait choisi, c'était qu'il me faisait confiance pour te protéger, moi et personne d'autre, n'oublie pas son choix...

- Ne parle pas de Richard, s'il te plaît. Il avait fait un choix, mais je peux faire les miens aussi...

- Je t'en prie, prends le temps d'y réfléchir, insisté-je. Je ferai tous les efforts que tu veux...s'il t'arrivait quelque chose...je ne serai pas tranquille en sachant que...

Je m'en voudrai toute ma vie, poursuis-je intérieurement, sans exprimer à voix haute toutes mes craintes et mon impuissance en entendant sa décision.

- Owen, ce n'est plus ton problème.

- Et pour cette cérémonie, comment feras-tu ?

- C'est encore loin tout ça, j'aviserai d'ici là...

- Il tentera forcément quelque chose à ce moment, tes nominations seront vite médiatisées. Je n'ai pas pour habitude de ne pas finir mes missions, argumenté-je comme dernier recours.

- J'ai toujours le choix de ne pas aller à cette cérémonie, souffle-t-elle faiblement. Respecte ma décision, s'il te plaît...je ne parviens pas à scinder les choses comme tu le fais et je ne veux pas créer une situation qui va me détruire à petit feu.

Je la fixe intensément en tentant de repérer une pointe de doute ou d'hésitation.
Mais rien de la sorte, un regard atteint par l'émotion mais reflétant une ferme conviction.

- Très bien...lâché-je dans un murmure, comme un combattant rendant les armes.

- Tu pourras passer à la maison de disques, je dirai à Meredith de te régler pour le solde du contrat.

- Comme tu veux, réponds-je absent.

La situation me semble presque irréelle. Et pourtant...

- Tu remercieras Nathan et Jackson pour toute leur aide pendant ces longs mois, j'ai vraiment apprécié tous leurs efforts et notamment la trouvaille de cet appartement. J'espère que je peux continuer d'y résider, même si tu ne travailles plus pour moi ?

- Euh...oui, tu peux sans problèmes...

Un silence s'installe alors : un silence pesant pendant que nous nous observons face à face.
J'étudie son visage tout en réalisant que ce sont potentiellement les dernières minutes que je partage avec elle de la sorte. Les derniers instants où je peux la dessiner ainsi du regard. Et les regrets les plus vifs s'emparent de moi.
Mon erreur impardonnable s'avère au final lourde de conséquences : un véritable cataclysme...je n'aurais jamais imaginé qu'Amelia en arrive à me demander de partir...

- J'ai des coups de fil à passer, donc...

- Bien sûr, je vais...je vais ranger mes affaires...

- Si je suis en conversation quand tu as fini, tu peux poser tes clés sur le bar de la cuisine ?

Sa demande prononcée innocemment me crispe, elle me pousse visiblement vers la sortie.
Pas un ou deux jours de répit, finalement...

- Oui, ne t'inquiète pas.

Elle se balance d'un pied sur l'autre quelques secondes, puis reprend faiblement la parole.

- Merci pour tout Owen...sans toi, je ne serai peut être plus là...et tu as été un grand soutien ces dernières semaines...je suis vraiment reconnaissante de tout ce que tu as fait et de ton investissement constant pour me protéger...et...je te souhaite le meilleur pour la suite.

- Merci Amelia...bonne chance...et...

Je ne sais comment poursuivre. J'aurais tant à lui dire : qu'elle soit prudente, qu'elle ait plus confiance en elle ... que je regrette tellement tout ce qui s'est passé...
Mais surtout que je m'excuse d'être celui que je suis. Avec ses douleurs, ses fêlures et son incapacité chronique à s'ouvrir aux autres...et à croire en l'idée d'aimer sans souffrir.

- Sois heureuse, finis-je par lui dire faiblement.

Elle me sourit timidement.
J'attends un peu fébrile un contact, un geste, mais elle me dépasse finalement sans me toucher, mais en m'accordant un dernier regard intense et un merveilleux sourire.
Je me retourne pour la suivre du regard jusqu'à ne plus la distinguer alors qu'elle tourne au fond du couloir pour atteindre sa chambre.

Plus que du vide alors autour de moi.

Je ne remarque que maintenant les battements de mon cœur : rapides et forts dans ma poitrine.
Mais chaque battement me fait mal, comme si mon cœur se fissurait...
Comme si on m'avait arraché quelque chose au plus profond de moi-même.

Mais personne d'autre que moi à blâmer.

Je suis mon propre bourreau...et probablement aussi le sien...