.AccroOvampire: Ha ha je suis la reine du remue méninges ! ;p Tu vas avoir toutes les réponses ici, dans cet épilogue ! J'ai l'imagination très prolifique; ont va dire ça comme ça ! Peut-être pas super douée pour l'écrit, mais une fantaisie débordante ! XD Merci pour ton enthousiasme, et tes lectures ! Courage pour cette nouvelle année scolaire qui t'attend ! ;)

.Neipthys16: Oui j'ai un style loin d'être "eau de rose", mais je crois que c'est un trait de ma personnalité qui déteint :p Après, l'épilogue sera bien plus doux, promis. Oui pour la magie de Melian, seule sa mort pouvait la délivrer, je l'explique un peu ici ... sans trop rentrer dans les détails non plus. Oui, qu'elle soit tuée par sa propre arme était décidé dès le début de l'écrit (mes fins sont "écrites" en parallèle de mes débuts :p) ... car comme avec le Chêne, le symbolique de la boucle est bien là. Tu as relativement bien tout résumé dans ton commentaire ! Mais je crois que pour tout ça nous sommes sur ... la même longueur d'onde ;) Toi aussi, tes interrogations trouveront réponse ici ... ^^

.Eilonna: Je suis heureuse que le finish t'aie à ce point plu ! Et tu sais que j'aime vous faire voyager, c'est même mon but premier quand j'écris ! ;) Epilogue servit Mademoiselle ! ;)

.JulieFanfic: Hello Lady Chamallow ! Haaaa la fin ... une des parties les plus dure à écrire, tu le sais ^^ Tous les miracles sont possibles ! Là est le pouvoir de l'imaginaire ! ;) Les idées d'Alex reste, avec la magie ancestrale de Melian, son seul réel pouvoir. C'est la seule chose, son savoir, qui lui donne réellement de l'importance au début. Puis, au fil du temps et des rencontres, son abnégation, et n'ayons pas peur des mots, son amour pour les autres. Ravie que toute cette histoire t'aie à ce point transportée ;) J'espère que de ton côté tout se passe bien :)

.Sandrine: Et oui suis pas sympa avec mes persos je sais ! XD Ouais le dernier chapitre est costaud, et l'épilogue sera le même (longueur parlant ^^). Merci d'avoir lu cette histoire, malgré les distances qui nous ont séparé fut un temps ;) .

.Toutouille : Je sais la fin approche, et tu n'aimes pas ça. Aussi je t'envoie tout mon soutien pour passer l'épreuve du "finish" ! hihi ;) Tu sais tout le bien que je pense de tes écrits, et de ta personne par ailleurs. Donc, je suis flattée quand tu fais des éloges de ma fanfic, car je sais la personne de valeur que tu es ^^. J'espère pour toi aussi, que tous tes projets se réaliseront, et que tu récolteras les fruits de ton immense travail et talent ! :)

.Daiky : Coucou nouvelle venue ! ;) Aredhel a aussi ses fans, et ça ça me botte ! (pas les fesses hein ! XD). Je te souhaite du courage à toi aussi pour avaler en entier la lecture de cette fic qui est immense faut l'admettre (comme je te disais, au début, sur le papier du projet, elle était pas aussi fournie, mdr). Merci d'y avoir laissé quelques unes de tes impressions.

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Et voilà ! Après cette loooongue attente voici l'épilogue tant attendu !

Sachez que j'ai dû couper quelques idées, ou quelques explicatifs, autrement cela aurait été beaucoup trop long (déjà que ..).

MERCIIII pour TOUT ! Vous êtes adorables, et j'espère que cette fin, là aussi, sera comme vous la voudriez !

Bonne lecture et BISOUS à vous, fidèles et endurantes lectrices ! ;)

Et tout de suite ... LA SUITE ! (et fin ^^).

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P.S : J'ai pris quelques libertés, purement intentionnelles, concernant l'épilogue. A savoir que je n'ai pas scrupuleusement suivies les "règles Tolkiennes" à la lettre. La cause étant que je voulais rester fidèle à ce que j'avais développé dans l'histoire, et faire un lien logique entre la fin, et le commencement. Donc vous allez trouver une à deux petites "incohérences" par rapport à l'univers de Tolkien, ce qui est tout à fait normal, je vous rassure ;). Je tenais juste à vous en tenir informer. ^^

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Les bannières à l'arbre d'argent couronné des sept étoiles, se balançaient gracieusement dans les vents estivaux. La liesse s'élevant des fortifications et des ruelles de Minas Tirith s'étirait comme un orphéon puissant et coloré. Les exclamations se répercutaient sur les murs, allant et venant comme des vagues s'échouant sur une grève blanche. Les oiseaux se mêlaient à ces ballets de voix, animant les cieux de leurs vols agiles. Les grillons commençaient à entamer leurs chants nuptiaux, et le ciel avait revêtu son suaire de pourpres et d'oranges étincelants. Le jour se liait à la nuit dans une intime explosion chatoyante, mariant le mordoré et le carmin. Quant aux étoiles, elle s'élevaient déjà à l'Ouest, dardant leur pâle lueur. Thranduil les admira très longuement, tandis que l'ombre de la montagne avait tout avalé sur son passage depuis plus d'une heure déjà. Les murs de la cité blanche reflétaient l'or des foyers festifs, et la lune, comme une perle de nacre, venait poser son regard de mercure sur eux, comme les bénissant d'un amour maternel. Dans les jardins, l'arbre blanc dansait langoureusement dans la brise et les petits êtres de lumière, piaillaient entre ses feuilles. Assis sur un des bancs qui encerclaient le bassin où murmurait la petite fontaine, Thranduil observait tous ses esprits de ses yeux d'elfe millénaire, toujours émerveillé de pouvoir assister à ce spectacle des plus charmant. Les esprit de la nature, dryades, fées et autres lutins, étaient des êtres qui ne connaissaient que rarement l'ennui ou la tristesse. A l'image de leur Mère, ils ne cessaient de bouger, courir, caracoler, dans des vrilles de rire incroyables, que les Hommes et les Nains ne pouvaient hélas pas entendre. Mais aussi merveilleux que soit ce spectacle, le froid qui lui tétanisait le coeur, n'arrivait pas à mourir. Inconsciemment il caressa son annulaire gauche, un réconfort tout particulier lui souleva l'âme dès-lors qu'il effleura l'anneau. Les cheveux de sa femme n'avaient pas disparu de son alliance. Ils n'avaient pas suivi sa disparition. C'était assez troublant, mais avec le temps, Thranduil s'était peut-être dit que les Valar lui avait au moins laissé cela. Comme pour donner une preuve tangible de son existence. De son passage sur Arda. Ses orbes azur glissèrent le long des chemins qui quadrillaient les jardins royaux, et il rencontra ses yeux de marbre blanc. Figés à jamais vers les cieux. La statue s'élevait non loin du descendant de Galathilion, le Roi Elessar y avait tenu. Il avait voulu honorer sa mémoire ainsi, et même si Thranduil s'était d'abord soulevé face à cette idée qu'il trouvait proprement saugrenue, Legolas avait trouvé les mots justes, pour lui faire comprendre que sa défunte femme, avait touché bien plus de personne qu'il ne l'aurait peut-être souhaité. Il en était ainsi, il fallait le respecter. Après tout, l'héritage qu'elle leur avait légué, dépassait, et de loin, sa petite personne. Il avait mis du temps à comprendre tout cela. A présent, il l'appréhendait dans toute sa profonde perplexité. Alexandra avait été comme la graine d'un arbre, faisant germer dans leur monde, une vague nouvelle, une ramification incroyablement étendue et infinie, qui dans un élan grandiose, prendrait en ampleur au fur et à mesure que les années; les siècles même; passeraient. Les prouesses de la semi-elfe sur les plaines du Rohan avait fait le tour des contrées. Déjà de nouvelles conceptions de la médecine trouvaient leur essor. Les écoles pour filles et garçons émergeaient peu à peu dans toutes les grandes villes. Et à l'image de cette statue à la beauté glaciale, d'autres s'étaient érigées de part leurs régions. Elle représentait Alexandra d'une façon qui l'avait fait grimacé sur le coup, quand Aragorn leur avait dévoilé le travail de son meilleur sculpteur. Habillée de la tenue elfique que Thranduil lui avait offerte, elle brandissait une épée vers le ciel de la main droite, pour exprimer la force et leur victoire. De l'autre en revanche, elle enlaçait une sphère où les traits furtifs de leurs royaumes avaient été esquissés. Cela représentait leur monde, et l'importance de le préserver. Sur le socle rectangulaire, Faramir avait tenu à faire graver un symbole des plus explicite. C'était d'ailleurs elle qui le lui avait griffonné un jour. Un humanoïde au centre d'un cercle. Et par n'importe quel cercle, l'anneau était composé d'arbres, d'animaux de tous les règnes, de pierres … Tous représentaient la Nature dans son intégralité. Rappelant ainsi aux gens, que les espèces telles que l'Homme, les Elfes et les Nains, sont tributaires de cette terre qui les avait vu naître, et qu'ils ne pouvaient vivre en se dissociant d'elle. Thranduil devait tout de même le reconnaître, cet humain avait eu un trait de génie remarquable, tant en quelques traits, il avait su déterminer avec une infâme précision, les faces de la personnalité de sa bien-aimée. Tantôt guerrière, tantôt aimante. De cet Amour Universel qu'il avait eu du mal à ne serait-ce, qu'effleurer. La mort de sa femme avait par ailleurs failli anéantir tout ceci. Toutes ces maigres approches de ce sentiment qui lui était longtemps apparu comme étrange et grotesque. La disparition de son âme soeur l'avait écorché vif. Lacéré son essence en lambeaux sanguinolents, qu'il avait l'impression de traîner derrière chacun de ses pas. Il s'arrêta devant l'effigie minérale, et son coeur faillit jaillir d'entre ses lèvres closes. Tel un Pygmalion désoeuvré, pétri d'amour et de douleur, il aurait voulu l'enlacer. Serrer contre lui ce derme marmoréen et glacé, pour le sentir tout contre sa peau brûlante. La réchauffer de sa flamme immortelle. Cependant, rien ne transpira de son attitude altière et hautaine. Un sérac où tous venaient plus ou moins à se briser depuis ces deux dernières années. Les départs de Gandalf, Galadriel et Elrond; accompagnant le dernier porteur de l'anneau unique; n'avaient certes pas arrangé son état. Après leur désertion des rives des Havres Gris, Thranduil avait disparu pendant plusieurs mois. Personne, ni même son héritier n'avait su où le trouver. De grandes campagnes de recherches intensives avaient été menées, pourtant, mais le Haut Roi connaissait ces landes depuis tellement de siècles, que chaque recoin lui était révélé. Il avait été lassé de tout et de tous. Le besoin d'une retraite salutaire était apparue si évidente. Une coupure avant de sombrer dans la folie. Le poids de la solitude et du désespoir l'enfonçant toujours un peu plus dans des méandres gluants et asphyxiants. Il avait voulu par de nombreuses fois en finir avec cette existence. Se parjurant de ce fait. Entâchant encore un peu plus son âme meurtrie. Mais le coeur palpitant de l'émeraude qui pulsait tout à côté du sien, le retenait. Une promesse muette, éternelle, qui l'aidait à tenir debout. Lui-même ne savait pas trop comment par ailleurs. Tout était si pâle, si fade, si dramatiquement suranné. Lentement il sortit la chaîne en mithril qu'il gardait précieusement sous sa tunique de brocart et de soie. Délicatement, tendrement, il posa l'alliance à tête de biche dans le creux de sa paume, et une fois de plus, il s'immergea dans ses méandres verdoyants hypnotiques. Il lui était arrivé de rester des heures ainsi, immobile, figé dans le temps mortel, son esprit torturé ne pouvant oublier le visage d'Alexandra. Dire qu'elle lui manquait serait un euphémisme insolent. Son monde s'était éteint avec elle, tout en s'éveillant à une vie nouvelle. Gardien de la Forêt, garant de l'équilibre, protecteur des êtres magiques qui batifolaient gaiment dans son royaume de verdure. Il avait juré de faire en sorte que ce combat soit assuré. Il avait promis d'être la tête de proue de toutes ces décisions communes. Il honorerait sa promesse, et protégerait de sa vie si il le fallait, sa forêt et la vie qui était attenante. Chaque année, à la date de leur victoire, un conseil se tenait. Pour faire le point, pour révérer la disparition de celle qui avait tant fait pour eux. Et chaque année, en été, les feux estivaux embrasaient le ciel de leurs clameurs paillardes. Le souvenir d'un des poèmes de Baudelaire lui revint. Murmurant dès-lors, il l'invoqua dans un souffle ténu, tout en fermant les paupières, tandis que les bruits de la foule en contrebas témoignaient de la fête qui battait son plein.

« Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, Macron, entends la douce Nuit en marche »

Cette nuit magnifique qu'Ithil bénissait en silence. Ses cils d'argent caressaient à présent les pierres blanches, les baignant d'un halo mercure. Nul égayement ne viendrait le cueillir, ni aucun réconfort. Le marbre se reflétait dans ses iris polaire, les rendant presque blanc. Aveugle à présent qu'il était, perdu sans sa lumière. Soudain une voix féminine vint briser cet instant de solitude chèrement gagné. « Alexandra ! Alexandra vient par ici ! ». Son coeur tressaillit dans sa poitrine serré. Se tordit même, tandis que le souffle vint lui manquer une fraction de seconde. Rien ne pourrait l'empêcher d'espérer. Rien ne pourrait empêcher cette vile flamme illusoire de s'éveiller en son sein à l'évocation de ce prénom. Il tourna la tête vers la gauche, là où se dressait l'immense château aux murs albuginés. Une petite frimousse dévorée par deux grands yeux noirs s'activait sur les chemins blêmes. Des cheveux blond vénitien cascadant sur ses épaules frêles, tandis que les volants de sa robe sautillaient en même temps que l'enfant essayait de braver les dures lois de la gravité. La petite fille tenait à peine sur ses deux jambes, mais elle voulait apparemment se soustraire de l'emprise de ses parents, pour venir le rejoindre. Lui, ou la statue qui s'élevait à quelques centimètres. Thranduil baissa la tête pour observer le petit être qui vint s'accrocher à sa tunique, sans aucun égard pour son rang. Ailein s'activa prestement pour venir l'en décrocher, tandis que la silhouette claudicante de Silfren la suivait avec peine.

« Je suis réellement désolée Aran Thranduil ! S'excusa Ailein en exécutant une révérence parfaite. Elle n'a pas l'habitude de voir des elfes, et la statue qui siège ici, ressemble comme deux gouttes d'eau à celle qui se trouve à Edoras ».

La belle rousse prit son enfant dans les bras, et attendit patiemment que Silfren les rejoigne. Thranduil ne put empêcher ses paupières de se froisser un faible instant, quand il vit l'état du Rohirrim. Lui qui avait, fut un bref moment, son rival le plus proche, n'était plus que l'ombre de lui même. Il se remettrait avec les années. D'ailleurs, le roi soupçonnait le sang à moitié elfique de son épouse d'avoir fait des prouesses en intégrant son organisme. Il avait cicatrisé bien vite, et beaucoup soupçonnaient qu'il serait mort sans cela, à l'heure actuelle. Prenant appuis sur une canne qui ne le quittait jamais, il offrit néanmoins un sourire chaleureux et éblouissant au roi. Le saluant à la perfection, il prit le menton de la petite fille, et l'admonesta gentiment :

« Tu ne dois pas partir ainsi, c'est dangereux ! Et tu vivras d'aventure dans quelques années ma fille, quand l'on t'y autorisera, et pas avant ! ».

La petite Alexandra fit une moue amusante, puis se cacha dans la chevelure soyeuse de sa mère, consciente qu'elle avait fauté. Cette réaction esquissa l'ombre d'un sourire sur le visage fermé du roi, les enfants avaient toujours ce pouvoir sur lui. A condition qu'ils ne soient pas des êtres braillards sans éducation.

« Nous venions la voir …. expliqua Silfren. Mais nous pouvons venir plus tard Roi Thranduil, cela ne nous dérange pas …. ».

Ce ton condescendant lui plut autant qu'il lui hérissa l'échine, tant il pouvait percevoir dans la voix de cet humain, toute l'affliction qu'il combattait lui-même au jour le jour. Serrant le poing dans la pénombre de la nuit, il prit sur lui et secoua la tête presque imperceptiblement.

« Non. C'est délicat de votre part, mais j'avais presque fini. Cette statue est là pour quiconque veut la voir, je n'ai pas d'autorité sur elle, répondit simplement Thranduil d'une voix égale, qui pouvait grandement passer pour froide ».

« Non … j'en ai d'autres, plus personnelles, en mon royaume … des oeuvres plus intimes, qui me permettent de survivre à ce monde …. » pensa-t-il amer.

La petite fille osa s'extirper du couvert protecteur des cheveux de sa mère, et braqua ses yeux noirs sur lui. Malgré tout, elle se fendit d'un sourire qui lui retourna les tripes. Il approcha son visage du sien, et son regard bleu pénétrant la figea sur place.

« Tu portes le nom d'une femme remarquable, Alexandra. Puisses-tu lui faire honneur dans le futur. Et vivre plus longtemps qu'elle n'a vécu, dit Thranduil gravement ».

Cette bénédiction des plus étrange eut singulièrement un effet réconfortant sur le couple. Ailein qui était à présent mortelle, ne priait que pour cela tous les jours. Qu'on lui laisse jouir le plus longtemps possible des gens qu'elle aimait. Elle entendit les pas de Darren un peu plus loin suivis de ceux de deux personnes qu'elle ne reconnut pas. Se tournant vers eux, elle découvrit Aredhel accompagné de Tilda, qui marchaient à ses côtés. Décidément, le lieu attirait plus de monde que Thranduil ne l'aurait souhaité. Il n'y avait que chez lui, dans l'enclos silencieux de sa cité ou de sa vaste forêt, qu'il pouvait trouver un soupçon de recueillement digne de son amour pour elle. Pour autant, il le savait, ces commémorations ne pouvaient se passer autrement. Alexandra avait touché tous ces gens, d'une façon ou d'une autre, il ne pouvait se rembrunir de les voir ainsi l'honorer. Aredhel, Darren et Tilda avaient un magnifique sourire aux lèvres. De ceux, étincelant d'espérance et de bonheur, qui perforaient malgré eux, le coeur malmené du souverain. Thranduil donna un bref coup d'oeil au ventre sacrément rebondi de Tilda. La belle brune, déjà magnifique d'ordinaire, était absolument rayonnante. Les oreilles elfiques de Thranduil ne mirent pas longtemps à déceler les deux petits coeurs qu'elle abritait en son sein. Aredhel passa un bras affectueux derrière le dos de sa compagne, pour la lui enlacer tendrement. Ces deux-là ne s'étaient pas mariés, et ne le voulaient pas. Ils vivaient une relation à la fois passionnée et pleine de sagesse. Elle, offrant tout ce qu'elle pouvait lui offrir dans une vie d'humaine. Lui, conscient de leur différence, la couvrant de maints bienfaits et affections. Il lui avait promis de s'occuper de leurs descendants après sa disparition, et cela la réconfortait au lieu de l'effrayer. Ils étaient à la foi étranges et attachants. Tilda ayant un caractère bien trempé après tout ce qu'elle avait vécu, était un point d'ancrage impressionnant, dont Aredhel avait toujours manqué dans sa nature bohème. Ils s'équilibraient à la perfection.

Il y avait à peine trois ans en arrière, Thranduil se serait offusqué de cette union. Il aurait même pu punir son général et ami, rien que pour lui présenter une humaine, et les « bâtards » qu'elle allait leur pondre dans un avenir proche. Il réalisa que ce monarque plein de rancoeur et de mépris, était à présent bien loin. Trois années, un battement de cils dans l'existence d'un elfe, et pourtant, cette pulsation éphémère avait retourné, transformé, façonné, celui qu'il devenait peu à peu chaque jour qui passait. Un roi au-delà de tout ce qu'il aurait pu imaginer être un jour. Darren salua le monarque, et déclara, la voix chaude et bienveillante :

« Le grand banquet va commencer ! Ne faisons pas attendre ces altesses !

- Dis plutôt qu'il ne faut pas faire attendre ton ventre affamé ! Le piqua gentiment Ailein qui exécuta un clin d'oeil des plus malicieux.

- Vous aviez besoin de venir à trois pour nous avertir ? Lança Silfren lui aussi quelque peu narquois.

- Je suis garante de leur mémoire de poisson, déclara Tilda avec un petit rire merveilleusement musical. Il est bien connu qu'un homme oublie au moins une chose à chaque pas qu'il exécute ! »

Elle entendit Aredhel grogner à côté d'elle, et elle se mit à rire encore plus. Ces cinq là c'étaient beaucoup rapprochés après la guerre. Ailein et Silfren annonçant leur union dès leur retour à Edoras. Là-bas ils y avaient rencontré Tilda et Aredhel que le Grand Saule avait déposé tout près, afin de les aider au mieux. Etrangement, Edoras que le roi Eomer ne voulait pas plus que cela impliquer, était devenue pendant de longs mois, le point de ralliement des grands chefs qui avaient menés les batailles. Comme un centre névralgique des plus naturel aux vues des lieux d'affrontements. Dans la cité de bois et d'or, tous ceux qui avaient été embarqués dans les combats du proche Isengard, du plateau du Calenardhon, ou encore du Gouffre de Helm, s'étaient réunis. Darren convié aux noces de sa soeur, fut de ce fait quelques peu embrigadé dans les festivités, et resta plus que de raison au Rohan. Aredhel, toujours très à l'aise avec les humains, s'était octroyé le temps nécessaire à son rétablissement. Thranduil lui faisant parvenir par une note, que son retour pouvait attendre, le Prince Legolas, Gloredhel et Brilthor le secondant plus que nécessaire, il n'y avait aucune urgence à son retour. Et quand le bellâtre revint, se fût accompagné de l'humaine qu'ils avaient sauvé in extremis. Thranduil ne pu s'empêcher d'avoir un vil pincement au coeur d'envie et de jalousie en les voyant tous deux si proches et heureux. Ils représentaient ce qu'il ne pourrait jamais être. Ce qu'il ne pourrait jamais atteindre. Tilda dût percevoir sa froide réserve, car elle prit la main de son compagnon, et levant les yeux pour croiser son regard vert, elle fit aimablement :

« Cessons donc de piailler bêtement devant un souverain, il est grand temps de rejoindre le banquet, ou nous passerions, à juste titre, pour des invités de piètre éducation.

- Oui ma belle … tu as raison, comme toujours …. répondit Aredhel en saisissant le sous-entendu discret de la future mère de ses enfants ».

Tous hochèrent la tête, plus ou moins gênés, se rendant compte de leur indélicatesse quelque peu maladroite. Le visage austère de Thranduil se fendit néanmoins d'un sourire sincère. Ses yeux clairs se posèrent sur le visage impassible de la statue, puis dit d'une voix grave et posée :

« Je suis certain que cela lui plairait, ce comportement quelque peu frondeur et inconvenant. Vous êtes exactement comme vous devez l'être. C'est comme cela qu'elle vous appréciait … tous ici présents ….Ses orbes bleus, presque argentés sous la lumière de la lune, il continua, mais vous avez raison, nous n'avons que trop flâné, faisons lui honneur en mangeant et buvant comme elle l'aimait ».

Tous hochèrent la tête, et une étrange communion se forma alors que toutes leurs attentions se focalisaient sur la statue en silence. Ce furent Tilda et Aredhel qui prirent les premiers le chemin du retour. Les autres suivirent, discutant calmement, comme ne voulant pas déranger le repos de leur amie disparue. Thranduil les suivit de loin, traînant presque le pas. L'animation et le bruit de la fête bourdonnant dans l'enceinte du palais, le griffant plus qu'autre chose. Mais il ferait front, amical et digne, comme il avait appris à le faire. Celeborn, il en était certain, ferait tout pour lui être agréable. Quand ils passèrent les grandes portes voûtées, la lumière d'ambre des chandeliers constellant la pièces comme autant d'étoiles, les odeurs de nourritures et de parfums lui agressèrent presque les narines. Il vit Haldir accompagné d'Aerlinn assis près de Faramir et Eowyn. Gladhwen totalement remise depuis la défaite de Seth, sautillait auprès du jeune Eldarion. Elle avait longuement pleuré la perte d'Alexandra, au point que l'on eut du mal à la nourrir pendant des jours et des jours. Puis, au détour d'une balade en forêt, elle était revenue souriante, métamorphosée. Clamant à qui voulait l'entendre, que son amie humaine, n'était pas morte, que les arbres le lui avaient soufflé. Avait-elle cette notion dont Alexandra avait souvent parlé au Roi, des espaces invisibles où les âmes transitaient ? Le souverain n'avait pas voulu l'embêter avec cela, la voir remise était trop précieux pour ternir ce bel éclat. Actuellement, elle était entièrement sous le charme des grands yeux gris de l'héritier du Gondor et se comportait avec lui comme une fillette le ferait avec un poupon. Sous les regards conciliant du roi Elessar et de la reine Arwen. Elle devait vite en profiter, car l'enfant ne resterait pas longtemps avec eux. Gimli était, comme à son habitude aux côtés de Legolas. Ce dernier était d'ailleurs en grande conversation avec le roi Eomer et Celeborn. Voir ces quatre là côtes à côtes, discutant librement lors d'un repas quelque peu officiel, marquait déjà un changement à lui seul. Les yeux perçant de Thranduil décelèrent le pendentif que Legolas arborait. Le même que Faramir et Gimli portaient également. Façonné dans le mithril le plus pur, le même motif que celui qui trônait fièrement au pied de la statue. « Le Cercle de Vie » comme ils l'avaient nommé, était devenu un symbole puissant, que ces trois êtres, avec le concours d'Aredhel, avaient défini comme étant le signe d'appartenance à un nouvel ordre. Celui de la préservation de l'Equilibre. Thranduil ne savait pas jusqu'où ils étaient allés, mais des rumeurs concernant une compagnie secrète garante de la sécurité de la Nature, et de tous les esprits qu'elle abritait, commençaient à prendre leur essor. Thranduil ne l'avouerait pas, mais les absences de Gandalf, Galadriel et Elrond, lui seraient pesantes.

Il régnait, malgré le brouhahas des palabres et autres musiciens, une atmosphère chaleureuse et agréable, qui témoignait d'une paix recouvrée. Brilthor et Gloredhel ne pouvaient s'empêcher d'êtres aux aguets, prêts à entrer dans le feu de l'action si le besoin s'en faisait sentir. Mais rien de cela n'adviendrait. Tout se déroulerait dans la bonne humeur, la gaité, sous les auspices d'un renouveau florissant. Et tout cela … grâce à son sacrifice. Un maigre sourire à la fois nostalgique et amer s'esquissa sur son visage parfait quand les yeux d'ambre de Gladhwen croisèrent les siens. L'elfine se détacha d'Eldarion et accourut vers lui les bras grands ouverts. Et son coeur se gonfla au point de déborder sa morne froideur, quand il l'entendit l'appeler avec une affection débordante, comme elle l'avait toujours fait dans sa cité.

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Ses pas discrets, tels celui d'un chat sauvage, embrassaient l'herbe tendre et moelleuse dans un souffle aérien. Les frondaisons exhalaient une ombre rafraîchissante, laissant passer par des trouées complexes, la lumière d'un soleil éblouissant. Qu'il aimait se tenir dans l'austère tiédeur des sous-bois, surtout quand la canicule écrasait le reste du monde dans un baiser rêche et aride. Les animaux et les êtres magiques passaient parfois tout à côté de lui, le frôlant dans leurs folles courses ou ballets. La forêt regorgeait d'une Vie incroyablement luxuriante et merveilleuse. Un troupeau de biche passa sur le chemin dégagé qu'il suivait docilement, et un cerf s'arrêta en le fixant longuement. Thranduil vint à sa hauteur, et lui flatta le chanfrein. Puis reprenant sa route, l'animal suivit ses femelles, bondissant agilement au-dessus du cours d'eau murmurant. Les oreilles de Thranduil suivirent le bruit de sa course caprine un long moment, avant d'être interrompu par des rires clairs, carillonnant comme la clochette d'une campanule. Il arriva à sa petite clairière … leur petite clairière. Le ruisseau jaillissait toujours avec autant de vigueur d'entre les racines puissantes du chêne. L'herbe verdoyante offrait un tapis agréable sous la peau, les rayons du soleil arrivant à pénétrer la canopée, s'étalaient dessus comme une oeuvre dorée, façonnée par la main d'une divinité. Etonnament parfaite dans ses irrégularités. A la gauche de ce cercle quasi impeccable, une statue, plus petite et discrète d'Alexandra, se tenait. Non pas celle que tous pouvaient admirer à Minas Tirith ou Edoras, non. Celle-ci la représentait de façon plus intime. Parée dans sa robe de mariée, chantant, le visage tournée vers le haut des arbres. Elle avait l'air serein, aimant, tel que lui seul avait pu connaître. Et peut-être Legolas. Mais nul autre. Sa force l'avait achevé bien des fois, mais c'étaient son amour et son pardon qui l'avait fauché au fil des mois. Sans oublier Idhril, qui avait su marcher dans leurs pas tout ce temps. Un spectre omniprésent, à la fois courroucé et généreux. Immobile devant l'effigie de son âme soeur disparue, le roi entendit un bruissement de feuilles derrière lui. Il se tourna lentement. Le rire espiègle des esprits des arbres lui indiquant que tout allait pour le mieux.

Devant lui se tenait le chêne millénaire. Tout aussi royal et majestueux que sa personne. Avec une aura de puissance bien plus présente encore. Thranduil s'avança jusqu'aux abords du bassin, et ses yeux se perdirent dans les ondes claires à jamais vidée de la substance de son aimée. A jamais ? Ses sourcils se froncèrent quand il se mit à réfléchir à la question. Un mouvement attira son attention, et levant ses yeux céruléens, il trouva la Dryade posément dressée sur les racines massives. Ses grands yeux jaunes et verts, lumineux comme deux astres, l'observaient avec intensité. Thranduil sut, sans pour autant se l'expliquer, que l'être magique devant lui, le sondait jusqu'au plus profond de son être.

« Bienvenue Roi Thranduil …. énonça la voix à la fois désincarnée et chantante de la Dryade.

- Bonjour ….. répondit simplement le seigneur en replongeant son regard dans les méandres aquatiques. Il y a bien longtemps que nous nous sommes vus …. annonça-t-il dans un souffle.

- Parce que vous n'aviez nul désir de me revoir, Aran Thranduil …. répondit calmement la Dryade en s'inclinant légèrement ».

Sa longue chevelure d'herbe et de lierre entremêlés plongea dans les ondes, floutant le miroir de l'eau quelques secondes. Les petits êtres lumineux batifolaient gaiment autours d'eux, comme si ils ne connaissaient que l'insouciance des jeux et autres farandoles. Elle avait raison, il n'avait eu aucune envie de lui parler, ne serait-ce que de revoir son immonde visage si divinement parfait. Un minois lisse dévoilant sa cruelle Nature. Car oui, elle était à son image. A la fois impitoyable et aimante comme un soleil levant. Thranduil était vêtu de ses habits de voyage en cuir, seul son fin diadème en mithril trahissait sa condition. Enfin ça et son port altier, hautain, au charisme envoûtant au final.

« Au fait, comment vous appelez-vous ? Demanda soudain le roi en accrochant à nouveaux les iris flamboyant de magie de son interlocutrice.

- Mon nom est imprononçable dans la langue des hommes, elfes ou nains. Seuls quelques animaux arrivent parfois à le murmurer. Il est fait du bruits des feuilles, ou du vent jouant entre les branches. Une évocation plus qu'une appellation …. mais vous pouvez m'appeler Chêne si le coeur vous en dit. Ce n'est qu'un vulgaire sobriquet mais il capte toute mon essence.

- C'est approprié il me semble, émit sombrement Thranduil. Après tout, c'est ce que vous êtes, pour nous les elfes, les humains, ou encore les nains … et même j'imagine, ces imbéciles d'orques ! »

La voix claire et intense de la Dryade s'éleva dans un rire marqué, qui finit par ressembler à un bref cri d'oiseau de proie. Lassé d'être debout face à elle, comme un vulgaire sujet aux pieds de son souverain, il finit par faire quelques pas en arrière, et vint s'asseoir nonchalamment sur l'herbe. Marquant ainsi son désir de montrer qu'il maîtrisait les choses. Même si il ne maîtrisait rien, il le savait parfaitement. L'un des plus grand coup de bluff de son existence. Ces êtres; qu'importe le nom qu'on leur donnait; leur étaient d'une force et d'un pouvoir supérieurs en tout. Parfois, il se demandait comment les Elfes avaient pu à ce point les dédaigner. Ils n'avaient guère valu mieux que les Hommes en ces âges reculés. S'aveuglant sciemment, ignorant ce qui les entourait avec une attitude hautement méprisable. Assis en tailleur, il coupa une fleur blanche qui se tenait à quelques centimètres de sa main, et en contempla les pétales, attendant apparemment que Chêne commence. Les lèvres à la fine écorce esquissèrent un sourire, et la Dryade posa son séant sur les racines, faisant ainsi tremper ses jambes inhumaines dans le bassin. Elle poussa un étrange soupir de béatitude en sentant la fraîcheur du ruisseau caresser ses extrémités. Du soleil, de l'eau, que demander de plus pour un arbre ? Penchant sa tête sur le côté, elle darda ses yeux jaune-vert sur le visage impassible de l'elfe en face d'elle, et commença :

« Je sais que votre esprit fourmille de questionnements, et je suis surprise de vous voir si tôt en ces lieux ».

Thranduil exprima un rictus à la limite du condescendant, et braquant son attention polaire sur elle, il énonça :

« Près de dix années, ce n'est pas rien il me semble …. mais j'oubliais … vous et moi, ne sommes que peu touchés par les cycles mortels ….

- En effet … acquiesça Chêne en inclinant légèrement la tête en signe d'approbation. Son visage lisse aux reflets verts, était parfois hypnotique. Surtout pour un elfe, qui communiait à présent pleinement avec la forêt.

- Certains points me restent obscurs il est vrai. Vous m'avez dit qu'elle vous avait béni il y avait des siècles et des siècles avant sa venue, et que j'étais présent. Je n'en garde pas le souvenir …. Après, comment se fait-il qu'elle ait intégré notre monde, pour le quitter par la suite ? Quelle est donc cette magie ? Pourquoi ne pas m'avoir laissé au moins son corps pour le pleurer dignement ? Ne me reste d'elle que cet anneau; dit Thranduil en montrant son alliance. Puis sortant l'alliance d'Alexandra qui ne le quittait jamais au bout de sa chaîne, et ceci ….. finit-il par dire douloureusement ».

Le bras droit de la Dryade s'étira vers lui, encore et encore, se déformant de façon monstrueuse. La peau faite d'écorce noueuse, de bourgeons et de feuilles était à la fois fascinante et effrayante à regarder. Un de ses doigts fuselés, extrêmement long, vint caresser l'émeraude toujours palpitante. A son contact, la pierre émit une lumière plus vive encore, et Thranduil perçut l'air satisfait que la Dryade arbora une fraction de seconde. Elle ne lui disait pas tout à ce sujet, il le savait. Et peut-être ne lui dirait-elle que ce qu'elle jugeait nécessaire. Ce qui, sincèrement, l'agaçait au plus haut point.

« En effet, elle s'est penchée sur moi, alors que je n'étais qu'une jeune pousse rabougrie, ayant du mal à m'élever vers le ciel. « Un jour tu deviendras grand et fort. Le Coeur de cette Forêt si magnifique » voilà les mots qu'elle a chuchoté à mon égard, et toutes mes minces feuilles ont frémi au contact de son amour. Ici, en ce même lieu, là où la forêt était encore jeune et les clairières immenses, baignées par le soleil. Vous aviez l'air si proches tous les deux, si aimants …. et puis, j'ai senti sa détresse, sa peur, sa colère, alors qu'elle vous avouait les sentiments de votre père la concernant …. Ce fût la première fois que je ressentis le chagrin. Il a griffé mon essence. Elle et moi, étions dès-lors liées, par la magie ancestrale que Melian avait laissé en Arda.

- Je me souviens …. murmura alors Thranduil, dont le regard s'était aiguisé sous les réminiscences qui l'assaillaient. Mais alors, pourquoi ne pas l'avoir sauvé ? Ne devriez-vous pas dépérir sans elle ? Si vos essences communes sont si proches ?

- Elle et moi seront, et pour toujours, connectées, d'une façon ou d'une autre. Tout comme vos âmes le sont. Il est très difficile d'exprimer tous les explicatifs qui sont les fondations de ces liens …. déclara Chêne en balançant ses jambes fines dans les eaux claires comme le ferait une enfant.

- Essayez, on ne sait jamais, je pourrai vous surprendre en y comprenant quelque chose ! Grinça Thranduil en exécutant une moue dépréciative ».

Les yeux jaunes et verts dardèrent des rais lumineux qui le firent frissonner. Parfois, il pouvait ressentir jusqu'au plus profond de son épiderme, la totale sauvagerie de cet être aux traits si paisibles en apparence. Tout comme lui. Etait-ce pour cela qu'il avait du mal à lui accorder toute sa confiance malgré tout ? Parce qu'ils se ressemblaient trop ? Il éluda ces questionnements stupides, et soupirant longuement, il attendit qu'elle daigne lui répondre.

« Alexandra vous a parlé de sa notion de l'Univers, vous a expliqué ce que sa vie sur sa Terre lui avait enseigné. L'espace, le cosmos, les planètes, les étoiles …. l'Univers … LES Univers ….

- Vaguement oui, même si elle s'est fait un point d'honneur à essayer de m'inculquer certaines bases, j'avoue que mon esprit a du mal à oblitérer totalement que ce que l'on nous a appris, et ce, depuis le jour de notre naissance …. avoua sincèrement Thranduil en se souvenant parfaitement des longues conversations qu'ils avaient eu tous deux. Ce simple souvenir lui froissa le coeur, et raviva cette insupportable absence qui le rongeait inexorablement.

- Je vais essayer de faire au plus simple, ou du moins de vous faire comprendre la trame de ces réseaux à la fois prosaïques et complexes, qui forment le Tout. L'Univers est fait d'Energies. De la pure énergie, qui peut se traduire de diverses manières, comme la lumière du soleil, des étoiles ou de la foudre par exemple …. et ces énergies ont des fréquences. Comme la musique, le chant, ou même les vibrations qui planent partout autours de nous. Certaines énergies vont et viennent, traversent les mondes, les plans, les univers, qui sont tous rattachés les uns aux autres par des cordes invisibles. D'autres au contraire, sont fixes, et arrivent à être dans tous ces plans à la fois. Sans même en avoir conscience parfois. J'en fais partie. Ainsi donc, j'ai connu Idhril sur Arda, mais j'ai aussi connu Alexandra sur sa Terre. Mon essence, mon énergie vitale, est ancré dans chaque plan de la création. Pour cela que le lien qui nous avait uni ici, c'est retrouvé sur sa Terre ….. comprenez-vous ?

- Pour l'instant il me semble. En gros, vous êtes à la fois ici, et sur sa terre à elle, et sur d'innombrables autres mondes, et tout ça à la fois ? C'est ça ? Alors que son âme à elle, ou la mienne par exemple, nous voyageons d'un monde à un autre. Notre énergie, ou nôtre âme si je comprends bien, vagabondent au fil du bon vouloir d'une entité supérieure …. Eru ? Hésita à formuler Thranduil en la fixant franchement.

- Oui et Non. Il est Un et Multiple. Ni Masculin, ni Féminin, mais les deux à la fois. C'est une sorte d'Energie primaire, venue du début de la Création, ancestrale et très puissante, qui à la vue sur tout ce qu'elle a pu engendrer.

- Notre monde ainsi que tous les autres ….

- Oui ! S'exclama presque joyeusement la Dryade ravie de le voir ainsi appréhender et comprendre les principes qu'elle essayait de lui transmettre. Je vois qu'Alexandra a su, d'une façon ou d'une autre, déjà vous faire toucher du doigt ces notions quelques peu étranges …

- Etranges c'est le mot, et carrément hérétiques vous le savez …. fit Thranduil qui savait très bien que tout ceci ne serait jamais compris, ou qu'il faudrait des siècles et des siècles, aux mortels et aux immortels, pour les accepter ».

Après tout, tout le Monde parle de Destin, mais personne n'aime l'idée de ne pas avoir le libre arbitre, la liberté totale et le contrôle sur son existence. Thranduil lui, l'avait appris à ses dépends. La perte d'Alexandra revint le mordre, et il ferma les paupières un bref instant pour lutter contre le mal dans la poitrine qui se fit sentir.

« Quand Alexandra est morte sur son monde, son essence, son âme, s'est accordé aux vibrations de notre monde. C'est pour cela qu'elle est apparue ici tandis que la vie la quittait. Et inversement, quand son existence s'est terminée sur Arda, son âme a récupéré les taux vibratoires du monde de sa naissance, et elle est retournée là-bas …..

- Mais .. je ne comprends pas …. objecta soudain Thranduil en repensant à une chose. Voyant l'air perplexe de Chêne, il reprit, enfin si, je comprends le lemme des accords vibratoires, ou d'énergies si j'ai bien saisi. Ce que je ne conçois pas c'est que je l'ai entendu, et de ça j'en suis certain, bien avant qu'elle ne vienne en mon royaume. Ici même, au coeur de cette forêt, son chant a habillé l'espace, et je la cherchais déjà désespérément, sans même me douter de tout ce que cela impliquait.

- Parce que le chant est une production d'ondes à l'état pur, Roi Thranduil. Il n'est fait que d'énergie, de pulsations, de vibrations ! Il peut traverser les couches …. les frontières successives et invisibles qui font les mondes, sans être altéré ou stoppé. Son âme, par son chant, transcendait toutes les barrières qui vous séparaient …... expliqua doucement Chêne qui était touchée malgré elle, par le désarroi de plus en plus visible du souverain ».

Un silence interminable s'immisça alors entre eux. Seules les notes cristallines des rires insouciants des enfants de Chêne, et des esprits des eaux, s'élevaient autours d'eux. Que Thranduil aurait aimé pouvoir tout oublier, et ne devenir que ces expressions de liesse innocente. Mais non. Il était condamné à vivre avec le souvenir accablant. Tout ce passé qui écrasait ses épaules d'une poigne invisible et tyrannique.

« Peut-être entendrez-vous sa voix de nouveau Roi Thranduil …. émit alors Chêne dans une voix douce et totalement éthérée ».

Ce n'est qu'en cet instant qu'il s'aperçut qu'elle n'était plus là, physiquement présente sous sa forme humanoïde. Les yeux perçants du roi essayèrent de discerner ses courbes féminines dans le ressac noueux du corps massif de l'arbre devant lui, mais rien. Il se sentit dès-lors affreusement seul. De cette solitude mortifère qui ne cessait de le grignoter peu à peu. Son premier réflexe fut de se lever, et de montrer son mécontentement d'être ainsi délaissé sans même un salut courtois. Après tout, n'était-il pas le Souverain de l'Eryn Lasgalen ? Cet élan d'orgueil s'éteignit aussi soudainement qu'il était apparu. Les Dryades, les Ondines, tous ces êtres fabuleux, n'écoutaient que la Mère Nature qui les avaient enfanté. Ils n'avaient nul chefs, nul monarque. Ils étaient la voix de la Terre. Anarchiquement libres, imprévisibles, et d'une certaine manière, frivoles. Qu'il les enviait. Profitant de la fraîcheur environnante, il finit par s'allonger sur l'herbe tendre. Abattu, terrassé par son existence. Sa longue chevelure d'or pâle s'étala autours de lui comme un nuage de mithril scintillant. Puis es orbes de saphir coulèrent lentement vers l'effigie de sa bien-aimée. C'est à ce moment précis qu'il ressentit une étrange démangeaison dans la poitrine. Une légère griffure commune à la morsure d'un buisson de ronces. Il passa sa main sur son torse, passablement gêné, et toucha l'alliance qui était posée sur le cuir de ses vêtements. Nonchalamment offerte aux rayons du soleil perçant les frondaisons. Il la leva pour la porter à sa vue, et son coeur se tressaillit. L'émeraude pulsait toujours, mais sa lumière avait grandement faibli. Il se redressa comme si on venait de lui porter un coup, et plongeant son attention dans les méandres verdoyants clairement amoindris, il laissa glisser son regard sur tout ce qui l'entourait, pour finir sur la silhouette imposante du chêne. Se relevant, fébrile, il appela plusieurs fois la Dryade pour avoir des explications. Mais la nymphe sylvestre resta sourde à ses suppliques.

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Le Roi est mort. Vive le Roi. Combien de fois ces mots avaient été portés à ses oreilles ? Trop sans doute. Et malgré les millénaires, aujourd'hui cette phrase était bien plus amère qu'une liqueur de gentiane trop âgée. L'an 120 du quatrième âge voyait partir un des plus grand roi qu'Arda ait pu porter. Les funérailles duraient depuis des jours et des jours à présent. Les gens ne cessaient d'affluer en masse, comme une saignée que l'on ne peut cautériser. Dans un cercueil de verre, Andúril reposait sur sa poitrine, comme le voulait la coutume. L'arme suivait le guerrier dans son dernier repos. Les pleurs s'élevaient à travers la ville. Courant sur les murs, habillant les ruelles. C'est qu'ils l'aimaient leur Roi ! Même les manants et les gueux. Du plus pauvre au plus riche, tous avaient dans le coeur, ce respect inviolable face à celui qui avait su rallier les peuples sous son égide. Dieu parmi les Hommes. Juste et loyal, qui avait su mener à bien un règne, si l'on put dire, couronné de succès. La paix avait été longue, les récoltes abondantes, tous regrettaient déjà le départ de celui qui ne pourrait être remplacé. Les drapeaux noirs dansaient gracieusement dans l'azur, et le printemps commençait à peine à poindre, mais l'arbre blanc fleurissait déjà, comme pour rendre un dernier hommage au roi éteint du Gondor. Bientôt le cercueil serait déplacé et mené au tombeau royal. Bientôt ne resterait plus du Roi Elessar Telcontar, que les tableaux, les récits et les légendes. Majestueux, avec ce port altier digne de leurs parents, Eldarion et ses soeurs accueillaient avec forte patience, tous ceux qui venaient déposer les hommages et traduire leurs voeux. La couronne étincelait d'éclairs blancs d'une pureté à l'égale du soleil. Les yeux gris et les cheveux brun du nouveau roi de Gondor, était le digne fils du père qu'il enterrait. La belle et délicate reine Arwen, restait figée la plupart du temps, le visage dissimulé derrière un voile noir d'une précieuse dentelle elfique. Thranduil voyait quelque fois une larme traitresse rouler sur sa joue, pour venir se perdre dans les flots obscurs des soieries de ses toilettes funèbres. Le Roi des Hauts Elfes portaient une tunique d'un vert sombre souligné par des volutes argentées, dessinées avec un fil de soie trempé dans du mithril en fusion. Sa couronne renaissait elle aussi. Les jeunes pousses commençant à orner son front. Le Printemps Vigoureux dans toute sa splendeur, rappelant ainsi aux Hommes, que le Temps lui, ne s'arrêtait jamais. Eternellement beau et puissant, l'elfe passa entre les gens et les gardes d'un pas si aérien, qu'il semblait ne pas toucher les dalles de marbre. Etincelant de lumière dans une ambiance terne et grisâtre, qui minait tout aussi impitoyablement son humeur. Il était lassé d'enterrer ceux qu'il avait connu. Tous étaient partis. Faramir, Eowyn, Eomer. Même Silfren et sa femme semi-elfe. Et à présent Aragorn. Nul doute que la reine Arwen le suivrait dans peu de temps dans le trépas. Voilà pour quelle raison Thranduil n'avait jamais voulu se lier aux Hommes. La douleur de leur départ était à chaque fois une vile brûlure dans l'âme, qui laissait un stigmate imprimé au fer rouge. Dans un coin, un peu en retrait, étaient assis sur un banc dans un des couloirs annexes, Gimli et Legolas. La perte de leur ami et frère d'arme, les avaient tous deux plongé dans un abattement qui semblait sans fin. Le Seigneur d'Aglarond ressemblait à un vieux pruneau ratatiné, à moitié mangé par ses cheveux et sa barbe devenus de cendre. Mais il faudrait être fou pour croire que la force l'avait totalement abandonné au point d'en faire une proie sans défense. Sa fidèle hache apposée près de lui contre un mur, était impeccable, ce qui prouvait qu'elle servait encore. Gimli avait la tête posée sur l'épaule du prince des elfes, les yeux brillants de larmes. Ces derniers étaient perdus dans le vide, lui donnant un air ahuri, comme si il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Sa poitrine ne pouvait s'empêcher d'être secouée par des soubresauts irrépressibles, extirpant de ses poumons des plaintes inconsolables. Legolas encerclait ses épaules de son bras droit, et les tapotements affectueux qu'il lui donnait avec sa main à la fois forte et délicate, réconfortaient plus ou moins son ami de toujours. Même après toutes ces années, Thranduil n'arrivait pas à s'expliquer cet attachement puissant qui les liait tous deux. Et il savait que si Alexandra avait été présente, et avait lu cette pensée, elle le rabrouerait gentiment. C'était peut-être ça le pire d'entre tout ce qu'il vivait. Ce silence. Ce vide omniprésent qui habillait même son esprit. Son fils leva la tête quand il l'entendit approcher. Ses yeux brillaient de larmes contenues. Les elfes ne pleuraient pas aussi facilement que les mortels. Seules de terribles déchirures les rendaient à ce point vulnérables. Lui-même avait longuement pleuré Idhril, son père …. puis Alexandra. Il inspira à fond et riva son attention vers une des grandes fenêtres baignées de lumière. Ce n'était ni le lieu, ni le moment, pour ce laisser ainsi aller à de tels états d'âme. Trop larmoyaient en ce moment, c'était bien suffisant. Legolas donna un étreinte fraternelle au Nain, avant de se lever et de rejoindre son père. Vêtu de ses atours d'argent, le prince héritier de l'Eryn Lasgalen n'avait plus rien d'un jeune elfing. Il en imposait autant que son père. Côtes à côtes, le roi et le prince ne pouvaient se renier. Ils se ressemblaient trop à présent. Tous deux faces vers l'extérieur, ils gardèrent le silence un moment. Seuls les reniflements plus ou moins discrets de Gimli balayaient cette lourde quiétude. Un époque se terminait. Tous le savaient.

« Je compte partir … Adar …. avoua Legolas dans un souffle, perdant ses iris dans les marées bleues du ciel vierge de nuages ».

Il devina plus qu'il n'entendit réellement le souffle de Thranduil se couper un bref instant. Legolas se risqua à couler un oeil vers lui, et les contractions de sa mâchoire prouvaient le tumulte qui lui soulevait les entrailles présentement. Les sourcils d'or du roi se froncèrent, et il ferma les paupières une fraction de seconde. Peut-être pour refouler ces fichues larmes qui ne cessaient de le narguer, et de l'acculer petit à petit. Pourtant, à part cela, rien n'émana de Thranduil Oropherion. Immobile, comme vissé dans le carrelage froid qui abritait leurs pas; il rouvrit les yeux, et les laissa braqués sur l'horizon.

« L'Ithilien est à présent une région forte et développée. Faramir et moi avons oeuvré en ce sens durant de longues années. Et je suis satisfait du résultat. J'avais fait une promesse père. Celle de rester auprès d'Aragorn jusqu'à la fin …. à présent ….

- Plus rien ne te retient n'est-ce pas ? Demanda Thranduil froidement ».

Legolas mit du temps à répondre. Il savait que son départ affecterait son père. Mais la mer l'appelait depuis si longtemps, que chaque jour devenait une torture insondable que de l'ignorer. Il porta une main pensive sur le pendentif qui ornait son collier. Le « Cercle de Vie » siégeait fièrement sur sa tunique de soie et de brocart aux reflets de nacre. Ses doigts fins caressèrent l'amulette dans un réflexe qui lui était devenu familier, et enfin il répondit, comme ayant puisé la force nécessaire dans cet artefact singulier.

« Oui … nous nous retrouverons en Valinor, Adar … ici, les événements continuent leur cours. Sur de bonnes bases. De merveilleuses bases même, vous le savez. Le retour des esprits de la nature, le choix de certains Elfes à rester sur les Terres du Milieu, les réunions annuelles forgées dans des valeurs immuables. Tout est en place à présent, pour que le Monde que nous avions espéré, soit …. le Monde qu'elle avait espéré …. fit-il après une courte pause ».

Les derniers mots tordirent le coeur du souverain. Malgré la géhenne, son fils avait raison. Ils avaient réussi. ELLE avait réussi. Et maintenant ? Serait-il destiné à errer indéfiniment sur ces terres. Devenant un spectateur qui deviendrait de plus en plus détaché et insensible avec les siècles. Au point d'en oublier le goût de tout, ou l'importance de ces combats qui ne seraient plus que de vagues et lointains souvenirs.

« Legolas a raison …. nous avons réussi … et nos amis ne sont plus. Il est en droit, après tous ces efforts et combats, de trouver la paix …. Dans un moment, proche ou lointain, nous nous retrouverons ….. » songea Thranduil qui enfin fit glisser son regard outremer pour regarder son fils.

Presque dans un même geste, ils se firent face, et le souverain elfique hocha lentement et gracieusement la tête. Les fleurs sur sa couronne naissaient déjà en bourgeons lumineux. Il respirait la force et la grâce millénaire qui l'avaient forgé. Sa longue chevelure presque immaculée glissa sans un bruit, offrant des reflets soyeux. Thranduil posa des mains à la fois fermes et chaleureuses sur les épaules de son fils, et déclara, sincère :

« Je le sais. Et je m'en voudrai si je t'enchaînais à moi et te laisser dépérir sans remord. Que vaudrait mon amour si je t'emprisonnais à mes côtés ? Non …. si il y a bien une chose qu'Alexandra aura su m'inculquer, c'est que l'Amour dépasse nos volontés propres … qu'il est tout sauf aliment de notre Ego. Va mon fils. Je sais ton royaume prospère, et la Forêt a de nombreux gardiens à présent, qui veillent sur elle. Si ton coeur te somme de retourner en Aman, alors écoute-le. Chevauche les flots comme nos ancêtres, et retrouvent les arbres d'or et d'argent. Nous serons à jamais ensemble, mon fils, quoi qu'il advienne. Ni la distance, ni la séparation ne pourront effacer ce qui se tient ici …. Thranduil posa un main sur la poitrine de son fils, juste à l'endroit du coeur ».

De simples mots, de simples gestes, criants de non-dits par centaines. Mais avaient-ils besoin de les dire ? Puis, se détachant de son digne héritier, Thranduil reprit se tournant à nouveau vers la fenêtre :

« Tu trouveras tout ce qu'il te faut chez moi. Je ne viendrai pas sur la berge, pas plus que je n'accompagnerai du regard ton esquif … mais mon coeur et mon âme t'accompagnent ion-nîn …. gerich veleth nîn …. »

Legolas ne sut que répondre à cela. La boule dans la gorge qui se forma ne lui laissa pas le loisir de parler. Lui comprimant le larynx, le soufflant comme un vulgaire fétu de paille. Ces mots il ne les avait plus entendu depuis son enfance. Qu'il aurait aimé qu'Alexandra soit là pour en être témoin . Pour voir cet instant si rare et magique. Mais elle n'était pas là. Elle n'était plus. Et jamais il ne pourrait avouer à son père, que c'était en partie à cause de cela, qu'il voulait fuir les Terres du Milieu. Il avait été fidèle à sa mémoire. Farouche défenseur des idées qu'elle avait voulu instaurer. Combattant infatigable et possédé par les valeurs qu'elle lui avait transmis. Il avait été son bras armé, et Faramir son intelligence. Ensemble, ils avaient continué la tâche, sans regarder le nombre d'efforts fournis. Et le résultat avait été payant. Ils avaient réussi. Tandis qu'il cherchait toujours à formuler quelque chose, il vit la silhouette altière de son père s'éloigner lentement. Ombre lumineuse s'effaçant dans la foule, et Legolas le laissa ainsi disparaître. Lui aussi devait oublier les spectres, et panser ses blessures au mieux. A présent que tous les êtres vivants qui auraient pu lui rappeler sa bien-aimée s'étaient éteints, peut-être pourrait-il trouver cette paix de l'âme, qui lui faisait cruellement défaut.

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Thranduil regardait les villes au loin. Alexandra l'avait averti pourtant, l'Homme ne pouvait s'empêcher de croître et de s'étendre, comme une marée noyant tout sous son expansion. Et, il en était conscient, si ils n'avaient pas réfléchi à tout ceci, des décennies et des décennies plus tôt, il ne resterait plus grand chose des plaines et forêts qu'ils avaient jadis connu. Les Nains et les Hommes étaient ingénieux, inventifs, insupportables aussi par leur soif à jamais étanchée de connaissances et de conquêtes. Les Elfes et les Esprits de la Forêts demeuraient leur garde-fou. Pour l'instant tout se déroulait dans un parfait équilibre. Ô il arrivait que quelques frictions s'élèvent, et dans ces cas là, l'Ordre du Cercle de Vie, jugeait et tranchait ce qui était le plus à même de servir la Nature en priorité. Les conflits d'intérêts, les guerres, tout ceci évidemment, continueraient d'être.

« Et qu'importe que les mortels s'entretuent au final, si la Nature, elle, survit …. » songeait souvent le monarque de l'Eryn Lasgalen. Rien n'était plus important que l'équilibre naturel. Tout le reste n'était que des phases se perdant dans le grand sablier du temps. Sans réelle importance. Des rois, des empires, naîtront et disparaîtront, mais leur monde, lui, continuerait sa course.

Dans le fond, Thranduil espérait secrètement que cet ordre se perde à l'avenir, quand les consciences auraient évoluées, et que tous partageraient le même but. Vu l'égocentrisme des humains, il faudrait encore quelques siècles. Mais tout espoir n'était pas perdu, loin de là même. Il le voyait, petit à petit, les mentalités changeaient. Il vit un groupe de cavaliers des lieux et des lieux plus à l'Est, arborant les couleurs de l'Ithilien. Cette vision le ramena à son fils, parti depuis plus d'un siècle déjà. Le temps passait si vite, et de façon plus qu'étrange pour les elfes. Un siècle pour eux équivalait à une dizaine d'années pour un mortel, tout au plus. Et durant tout ce temps, la gemme de l'alliance n'avait pas cessé de perdre en intensité. A présent elle n'était plus qu'un point vacillant, tel une étoile mourante. Etait-elle, cette émeraude, comme les Mellyrn de l'ancienne Lothlorien, qui s'éteignaient et mouraient progressivement, là que la Dame Blanche n'y était plus ? Comme un arbre mourant, arraché à la substance vitale qui le faisait.

Tandis que les desseins d'Alexandra croissaient comme les ramifications d'un arbre vigoureux, le seul vestige qui lui restait d'elle, quant à lui, se flétrissait. Y avait-il un inverse proportionnel qui reliait tout ceci ? Une fois la lueur disparue, se soulèverait-il un éveil novateur pour l'Humanité ? Etait-ce cela le miracle dont Chêne lui avait parlé en ce jour maudit ? Penser à la Dryade le ramena sur un autre sujet de réflexion. Il y avait des années qu'il n'était pas allé la voir. Peut-être daignerait-elle, après toutes ce temps, lui répondre à ce sujet. Pour le moment elle était restée aussi hermétique que le bois qui faisait le tronc de sa demeure. Donnant un léger mouvement avec le poignet droit, il tourna bride, et son majestueux cerf tourna sur lui même pour reprendre le chemin de la forêt. Il lui faudrait un jour ou deux pour rentrer si il ne pressait pas sa monture, et cela lui convenait parfaitement. Il savait sa cité prospère, ses gens en sécurité. Nul n'avait plus besoin de lui dans le fond. Et si il n'y avait cette promesse, il aurait déjà pris un bateau pour Valinor. Círdan était certes reparti, mais il avait laissé derrière lui quelques esquifs, et le savoir nécessaire pour en construire d'autres au besoin. Les Elfes ayant décidé de rester, pouvaient, à tout moment, changer d'avis. Leur décision ne les retenait pas prisonniers.

Arrivé, il laissa sa monture aux bons soins de son écuyer, et prenant la direction de ses appartements, il évita soigneusement quelques unes des elfes qui pour de rares, très rares moments, partageaient sa couche. Certains instants de solitude étaient trop éprouvants, et il cherchait par tout les moyens à les amoindrir. Mais rien n'y faisait. Rien ne la remplacerait, même pas la plus belle elleth de son royaume. Il entendit une voix claire et enjouée, bien connue, l'interpeler.

« Aran Thranduil ! »

Il ne put s'empêcher de sourire. Se tournant vers l'elfe qui venait ainsi de le héler, il ne put une fois encore, que de la trouver magnifique. Ses immenses yeux d'ambre scintillant de points dorés, ses traits parfaits encadrés par une chevelure d'un blond solaire, tout en elle irradiait. Plus encore maintenant que son ventre rebondi, abritait la vie.

« Gladhwen, que je suis heureux de te voir en si radieuse forme, fit Thranduil très sincère ».

Elle était bien loin à présent l'elfine qui se cachait dans les pans de sa cape royale. Il décela Brilthor non loin, qui les rejoignait par le couloir menant aux appartements du souverain. Venant près de l'elleth; il salua son roi comme il se devait, et avec un de ses sourires habituels, il déclara :

« Nous sommes soulagés de vous revoir ici, nous commencions à nous inquiéter.

- Voyons Brilthor, je sais pertinemment que vos chiens de gardes me filent comme de fins limiers, répondit Thranduil avec un sourire teinté de moquerie ».

Il vit son capitaine se raidir quelque peu, et esquissant une légère moue de déconvenue, il se défendit :

« Si je ne le faisais pas, je ne serai guère digne de mon rang. Et ferai bien mal mon travail, mon roi.

- En effet ! Alors ? Quand as-tu décidé de relâcher ce petit ? Si cela continue je devrai demander à Silpion d'aller le quérir ! S'exclama Thranduil en donnant un coup d'oeil chaleureux au ventre de Gladhwen.

- Il est tardif c'est un fait. Il doit se sentir trop bien là où il est, plutôt que d'affronter le monde extérieur. Je me demande si ce n'est pas son père qui l'intimide ! Finit-elle par chuchoter au roi en lui faisant un superbe clin d'oeil ».

Gladhwen était ainsi, et ce, depuis son plus jeune âge. Proche du souverain, et les siècles passant, ne changeaient pas cet état de fait. Bien au contraire. Elle était une source de lumière inestimable pour son vieux coeur las. Une sorte de fille adoptive, qu'il chérissait sincèrement. Son rire eut la légèreté d'un chant d'oiseau. Brilthor s'avança, et se penchant vers ledit ventre, il murmura en passant une main affectueuse dessus :

« Ne l'écoutes pas ! Je suis certain que ce n'est pas vrai, et que tu attends juste le bon moment … »

Gladhwen eut une petite exclamation de joie et annonça :

« Il vient de bouger ! Je ne sais si c'est pour donner foi à tes propos, mais ce chenapan est bien vif ! Je suis certaine qu'il a beaucoup de son père !

- Et je suis tout aussi certain qu'il aura beaucoup de sa mère également, annonça Thranduil avec un fin sourire. Vissant son attention sur son capitaine, il demanda, que vouliez-vous me demander ? Car votre présence ici va au-delà de savoir si je me porte bien ou non ….

- Le Seigneur Haldir et Dame Aerlinn sont là, ils vous attendent, répondit Brithor en reprenant de suite son sérieux.

- Tiens donc ? Les temps sont à ce point si paisibles pour que l'on se s'annonce plus en mon royaume ? Émit Thranduil en arquant un sourcil.

- C'est que … vous étiez absent et ….

- Et mon cher époux à pensé, à juste titre, que cela vous ferait le plus grand bien de voir un peu de monde ! Finit de dire Gladhwen avec aplomb ».

Avec une telle fermeté par ailleurs, que Thranduil se demanda si ce n'était pas carrément elle qui les avait convié sans rien demander à personne. Cela lui ressemblerait assez. Mais le monarque ne pouvait lui en tenir rigueur. D'une il l'aimait trop pour cela. De deux, elle n'avait sûrement pas tort. Voir des visages familiers lui serait peut-être d'un quelconque réconfort. Et casserait avec cette peau d'ermite désoeuvré qu'il traînait depuis de très longues années à présent.

« Je vais me délasser un peu, dis-leur que je les rejoindrai pour le repas, ces journées de chevauchées ont un peu élimé ma vivacité ».

Le couple n'était pas dupe pour autant. Ils savaient que le roi avait besoin de cette transition salutaire. Cet instant où il se défaisait de sa dépouille de veuf meurtri, pour arborer son costume flamboyant de suzerain inébranlable. Brilthor hocha la tête, et sans ajouter un mot de plus, se détacha d'eux pour aller donner les ordres. Thranduil pensait que Gladhwen le suivrait, mais elle n'en fit rien. Son regard d'or liquide était braqué sur lui, avec une telle ardeur qu'elle lui fit presque peur. Sans avertir, elle lui prit la main, et prophétisa :

« Les arbres murmurent Aran Thranduil …. et leurs discussions sont de plus en plus fortes …. la magie de Melian est de retour ….. »

Il lui sembla qu'il recevait un coup effroyable dans la poitrine. Gladhwen libéra ses phalanges, et comme reprenant ses esprits, elle sut en voyant l'air perplexe du souverain que ses dons avaient encore fait des leurs.

« La magie de Melian ? En es-tu sûre Gladhwen ? Je pensais qu'elle avait totalement disparue.

- Non … pas d'après ce que j'ai compris. L'éveil des esprits de la forêt a réactivé certaines énergies. Les arbres les plus anciens la véhiculent encore. Mais un fait nouveau c'est révélé à eux. Une lumière a parcouru les bois il y a peu … une clarté aux essences ancestrales ….

- Qui ? Quoi ?! S'empressa de demander le souverain qui ne put s'empêcher de faire un pas en avant. Son geste vif trahissait son impatience.

- Je … je n'en sais pas plus …. balbutia presque Gladhwen, impressionnée malgré elle par l'aura du souverain qui venait de littéralement exploser devant elle. Ils ne m'ont rien dit de plus. Mais vous savez ce qui coule dans mes veines. Cet héritage m'est aussi dévolu. Il y a quelques décennies; de longues décennies à présent; accentua-t-elle les yeux perdus dans le vague, puis elle reprit; j'ai ressenti un trouble. Une sorte d'écho qui a vibré dans toute la forêt. Cela n'a duré qu'un court instant. Au point que je me suis dit que j'avais simplement rêvé. Mais … à présent …. cet écho revient, et ce fait de plus en plus insistant. Quelque chose est à l'oeuvre, Roi Thranduil, je pense que Chêne doit avoir des réponses. Mais elle ne me parlera pas de cela, je le sais …. »

Thranduil émit un rictus désenchanté, et fit très sombrement :

« Je ne suis pas persuadé qu'elle m'en dira plus Gladhwen, cette Dryade est … aussi borné que le bois dont elle est faite ! »

L'elleth ressenti le tumulte du souverain. Lui qui avait l'air si serein après sa retraite, se paraît à nouveau d'un voile d'ombres. Elle s'en voulut. Brisant sciemment tout protocole, flirtant avec l'interdit, elle s'approcha de lui, et lui offrit une accolade aimante. Comme une fille étreignant un père. D'abord figé, complètement statufié même par ce geste si impromptu, Thranduil ressentit la chaleur divine de Gladhwen perforer sa gangue de glace. Au point de le rendre fébrile. Il ne fit aucun geste en retour, mais l'elleth savait tout ce qui s'agitait en lui. Elle le relâcha quand elle le sentit s'affaisser légèrement entre ses bras. Acceptant la marque d'affection qu'elle lui offrait. Elle lui caressa la joue en se séparant de lui, et ses lèvres fines s'étirèrent doucement.

« Nous vous attendrons pour le repas Aran Thranduil …. j'ai hâte de savoir ce que vous avez vu pendant ces quelques jours loin de nous …. ».

Puis elle se détourna de lui, et prit le même chemin que son époux avait pris quelques minutes plus tôt. Il repensa à la fois où, Alexandra lui tressait les cheveux alors qu'elle n'était qu'une jeune elfine, et qu'elle avait déclaré avec un aplomb déroutant pour son âge, qu'elle et Brilthor se marieraient. Comme quoi, certaines visions demeuraient inaliénables. Et il s'était grandement réjoui pour eux deux. Gladhwen avait terriblement souffert de la mort des arbres et de la guerre. Puis, par la suite, de la mort d'Alexandra. Aerlinn et Haldir avaient pris soin d'elle durant toute son adolescence. Elle avait ensuite fait le choix de revenir auprès du roi. Comme si elle savait, et ce depuis le début, que sa présence serait indispensable en ces lieux. Thranduil avait été trop plongé dans ses propres douleurs et chagrins pour accueillir comme il se devait le présent qu'elle lui offrait. Il en savait en ce jour, toute la valeur. Comme lui avait dit Galadriel, rien n'est le fruit du hasard. C'est ainsi coloré d'ombres et de lumières, que le souverain entra dans ses appartements et alla se laver longuement, puis se préparer. Quand il entra dans la grande salle à manger réservé aux invités de marque, le sourire radieux d'Aerlinn lui bombarda le coeur de bonheur. Haldir le salua tandis que sur ses genoux se tenait le fruit de leurs amours. Une petite elfine au teint clair et aux yeux verts. Dont les cheveux étaient aussi pâles que ceux de ses parents. Elle portait le doux nom d'Elen. Les saluant très chaleureusement, Thranduil perdit pour quelques heures le fil de ses sombres tergiversations.

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Il l'avait entendu ! Il en était certain. Et cette fois cette satanée chimère ne lui échapperait pas. Mu par un frisson de chasse qu'il n'avait plus ressenti depuis for longtemps, Thranduil avalait les mètres à la vitesse du vent. Ni les branches basses et hautes, ni les ruisseaux ou les rochers, n'entamaient sa course. Cela faisait plusieurs fois déjà que la voix chantait dans la forêt, captivante et douloureuse. Hypnotique au point de le faire sombrer dans la folie, mais à chaque fois qu'il pensait toucher au but, elle disparaissait, s'évanouissait comme un rêve. Cette fois-ci, ce serait différent, il était trop près pour faillir. Ses pas souples et agiles défiaient les lois de la pesanteur, et c'est à peine essoufflé après des lieux de course effrénée, qu'il déboucha sur un lieu qu'il connaissait que trop bien. Un rapide coup d'oeil circulaire lui fit comprendre qu'encore une fois, il avait échoué. Le murmure des eaux s'élevait dans une quiétude affligeante, et le feuillage de Chêne frémissait dans un bruit de velours que l'on froisse, dans la brise crépusculaire. « Par les Valar ! Qu'elle est donc cette sorcellerie ! Jura Thranduil entre ses dents ».

Furibond, il fit les cents pas dans un cercle presque parfait, ne cessant de ruminer sa mauvaise fortune, tandis qu'il ne pouvait s'empêcher de donner des coup d'oeil ci et là pour voir si quelque chose, ou quelqu'un, bougeait en périphérie du lieu. A part quelques oiseaux et quelques écureuils curieux, rien. Il tapa du pied dans une rage contenue, tout en ce demandant au final, si il ne poursuivait pas quelques spectres nés de son esprit tourmenté. Puis, ses yeux s'écarquillèrent sous la plus soudaine des surprises. Là, au pied de la statue de sa bien-aimée, se tenait un bouquet de roses sauvages et de fougères, fraîchement coupées. Quel était donc ce prodige ? Qui pouvait s'inviter ici avec autant d'impudence ? De ça il en aurait le coeur net, même si il devait revenir ici tous les jours, ou même y passer des heures entières, à l'affût. Et c'est ce qu'il décida de faire.

Tant pis pour la cité et son trône, là-bas Gloredhel ferait le nécessaire si besoin était. Tout ce que le souverain souhaitait, c'est qu'il ne lance pas une cohorte de gardes à sa recherche. Habitué des nombreuses escapades de son monarque depuis des années, nul doute que son cousin attendrait sûrement des jours avant de lancer ses limiers à sa suite. Ainsi donc pass la semaine. Il chassa et cueillit de quoi se sustenter au besoin, et dormant dans les branches de Chêne, il attendit. De temps à autre il bougonna à l'adresse de la Dryade qui brillait par ses absences et son silence. Les êtres magiques de la forêt étaient réellement des cabochards invétérés, qui se fichaient comme d'une guigne des desiderata d'un souverain elfique. Comme il le savait depuis près de trois siècles à présent, ils n'obéissaient car leurs règles propres. La cohabitation n'était pas des plus simple par instant. Surtout pour un roi dont la maîtrise et l'autorité étaient une seconde nature. Même si tout ceci venait à s'émousser avec le temps, comme les hauts pics d'une montagne, rongés par les intempéries et les saisons. Et puis, comme la patience portait toujours ses fruits, en une matinée un peu brumeuse d'un début d'automne, la réponse vint à lui.

Ce fut d'abord les oiseaux qui l'avertirent. Faisant silence alors que certains prenaient leur envol à une cinquantaine de mètres vers le nord-ouest. Tendant l'oreille, il se leva lentement sur les premières branches; qui lui devenaient inconfortables à la longue; et riva ses yeux au sol, persuadé que c'est là que se trouvait le résultat de ses questionnements. Il avait raison, et ne fût pas long à attendre. Dans les fourrés de ronces et de houx en contrebas, une ombre passa lestement. Véloce au point qu'elle ne semblait pas toucher terre. Le corps et le visage dissimulés sous une cape grise se fondant à la perfection avec l'environnement, la personne bougeait avec une telle grâce et agilité, qu'elle ne pouvait être humaine. Par ailleurs, les humains étaient rares ici. Même si les frontières étaient ouvertes, ils craignaient pour leur sécurité. Pétris de légendes et d'histoires qui les mettaient en garde contre les esprits, et de ce fait, les elfes, qui hantaient les bois. Ce qui convenait parfaitement à Thranduil, il fallait l'avouer.

L'ombre se figea quand Thranduil sauta de son perchoir, les sens aux aguets. Figé, il crut que l'étrange apparition l'avait entendu, mais il fut vite soulagé quand il l'aperçut tendre son visage dans l'autre sens, comme cherchant quelque chose. Puis, sans avertir, l'être se jeta en avant, plongeant au sol comme un chat bondissant sur sa proie. « Et flûte ! Encore raté ! » pesta une voix féminine totalement ennuyée, tandis qu'un lapin détalait à toute allure devant ses mains vides. Thranduil profita de cet instant d'égarement pour venir par l'arrière, et sans douceur, lui saisir le bras tout en la retournant. Un cri aigüe s'extirpa de la gorge de sa prisonnière, et le tissu sembla couler de dessus ses cheveux. Des tresses dorées glissèrent sur les épaules de la malheureuse, tandis que de grands yeux gris anthracite, le dévisageaient, apparemment terrorisés. La jeune elleth avait la bouche grande ouverte, comme si elle cherchait désespérément de l'air pour respirer, et Thranduil entendait son coeur qui battait à tout rompre dans sa poitrine. Habillée de vêtement de rôdeuse en cuir brun, il était clair que l'elfe était partie en chasse. Cependant, la facture soignée de sa tenue prouvait qu'elle n'était pas démunie.

« Qui es-tu pour oser venir chasser sur des terres qui ne t'appartiennent pas ?! Tonna la voix de Thranduil, qui se sentit étrangement courroucé, là qu'il s'apercevait que ces jours d'attente au final, avaient été vains. Car il était certain que cette elleth n'était pas la personne qu'il cherchait.

Le beau visage totalement figé par la stupeur et la crainte, resta silencieux. Elle chercha à se débattre pour se soustraire à son emprise mais le roi affermit sa prise, au point de la faire gémir. Puis, émergeant de derrière lui, une voix étrangement familière tonna comme un avertissement funeste.

« Lâchez-là ! Où je vous perfore le crâne avant même que vous vous en rendiez compte ! »

Le sang de Thranduil se glaça. Il lui sembla même que tout son être venait de se pétrifier. Avec peine, il desserra ses doigts, et libéra sa prisonnière. Cette dernière ne demanda pas son reste, et se faufila entre lui et les buissons, pour rejoindre l'intruse qui apparemment, le tenait en joue. Il osa se retourner alors que la nouvelle venue demandait, très inquiète :

« Ça va ma chérie ? Il ne t'a pas fait de mal ?!

- Non … non … ça va … articula péniblement la jeune elleth totalement chamboulée ».

Une fois face à elles, tous ses muscles, tout son esprit, semblèrent frappés par la foudre, et enfoncés littéralement dans le sol. Thranduil sentit la terre s'ouvrir sous lui, ses jambes se dérober, tandis que à quelques mètres lui se tenait la réincarnation la plus parfaite qui soit. Tout droit sortie de ses rêves, un subtil mélange d'humaine et d'elfe, façonné par la main d'un divin artiste. Si il pouvait y avoir plus belle alliance du physique d'Idhril et d'Alexandra, elle se tenait à présent devant lui. Il en perdit la voix, la force, la raison. Droite et fière devant lui, terriblement menaçante aussi, elle avait bandé un arc sylvain, et la pointe de la flèche ne demandait qu'à être libérée pour embrasser sa future victime. De longs cheveux brun cascadaient sur sa tunique verte, ondoyant dans des vagues chaleureuses aux reflets d'airain. Ses yeux verts comme deux émeraudes les plus pures, brasillaient d'une flamme de détermination incroyable. Ce regard le perfora aussi sûrement que la volée qu'elle lui destinait. Parfaite. Simplement parfaite à ses yeux. Les rayons du soleil filtrant à l'oblique dans la brume matinale, soulignèrent sa constitution athlétique, et vu comme elle tenait son arme, nul doute qu'elle était aguerrie aux arts du combat. Voyant que l'instant s'éternisait, Thranduil posa sa main sur sa poitrine en guise de salut, et s'inclinant légèrement, il déclara de la voix la plus posée qui lui fut permis de donner :

« Je ne lui voulais aucun mal.

- Vraiment ? Pourtant vous aviez l'air bien menaçant ! Depuis quand l'on rabroue ainsi une jeune-fille pour un simple lapin, qui lui a échappé en plus ! Invectiva l'elleth qui le menaçait toujours.

- Il est mon droit de défendre le gibier vaquant sur mes terres. Et de plus, je convoitais également une proie aujourd'hui, je suis à l'affût depuis des jours pour cela …. expliqua Thranduil, qui étrangement, trouva le moment délectable, voir très amusant. Même si toute son âme était au supplice.

- Vous m'en voyez navrée ! Mais je vous conseille de vite ravaler vos paroles impertinentes ! Ces terres appartiennent au Roi Thranduil ! Et vous avez l'air de tout en cet instant, sauf d'un souverain ! Lança l'elfe se sentant la proie d'un affront moqueur.

- Ho vraiment ? Fit Thranduil, qui là oui pour le coup, fut des plus amusé. Peut-être que vous porteriez plus foi à mes dires, si je vous présentais ceci ….. »

Disant cela, il passa une main sous sa cape et sa tunique de voyage, animant un mouvement menaçant chez son interlocutrice. Il exécuta un simple geste de la main appelant à l'apaisement, et sortant l'objet de ses recherches, il ne put s'empêcher de sourire quand il vit le visage de l'elleth littéralement se décomposer millimètre par millimètre devant lui. Le diadème du souverain étincela sous la lumière, et il se l'apposa sur le front dans des gestes lents et calculés. Les deux ellith se sentirent dès-lors prisent en faute, et la belle brune déposa de suite son arc. Puis, tirant sur la cape de sa compagne, elle lui ordonna :

« On s'incline devant un roi ma soeur ! ».

La plus jeune baissa de suite la tête et les yeux, et fit comme son aînée. Un genou au sol, la main sur la poitrine, la plus âgée déclara d'une voix claire malgré sa déconvenue :

« Veuillez nous excusez Seigneur, nous ne voulions pas vous porter offense ... ».

Encore une fois, un sourire mangea le faciès du souverain qui ondulait entre amusement et stupéfaction. Il semblait à la fois bien ici, et sur un nuage des plus inconsistant. Rêvait-il ? Tout ceci n'était-il que le fruit de son imagination désespérée ? Il s'avança, fébrile comme rarement il l'avait été dans son existence. Puis une fois à leur hauteur, une pensée lui traversa l'esprit. Cherchant l'alliance sous son haubert de cuir, il la dévoila au grand jour, et là il comprit. La gemme était inerte. Le miracle avait eu lieu. Tout se bouscula dans son esprit, le rendant presque ivre. Il jeta un regard perdu vers Chêne qui se tenait un peu plus loin, et bientôt, il se ressaisit quand il entendit un raclement de gorge explicite. Elle courbait peut-être la tête par protocole, mais son âme enflammée elle, était toujours là. Il avança la main, prêt à la toucher. Caresser sa chevelure qui semblait aussi douce que la soie la plus ouvragée. Tout son corps tendait vers elle. Le faisant souffrir mille tourments. Mais il s'arrêta. Elle ne le reconnaissait pas. Et rien que de se rendre compte de cet état de fait, jeta un froid polaire dans sa poitrine. Tremblant malgré lui, il serra le poing et baissa le bras, comme vaincu. Ravalant l'amertume qui lui montait dans la gorge comme une bile amère, il détourna le regard et déglutit avec peine. Il allait dire quelque chose quand une voix masculine le coupa. « Erunis ! Varnë ! » héla l'homme couvert d'inquiétude. La plus âgée des ellith se redressa vivement. Jaillissant presque comme une carpe sautant hors de l'eau, sans attendre l'accord du souverain. Puis levant les yeux vers les frondaisons bien plus au Nord, elle s'écria « Turion ! Par ici ! ». L'insubordination de l'elleth choqua moins Thranduil que ce qu'il nota : les prénoms étaient en Quenya, et non en Sindarin.

Elle jeta un oeil nerveux vers le souverain, réalisant tout juste qu'elle venait d'être inconvenante, mais cela ne l'empêcha pas pour autant de chercher du regard l'ellon qui les appelait. Ce dernier apparu bientôt au-dessus d'eux, et Thranduil eut la deuxième plus grande surprise de sa journée. Il aurait pu reconnaître cette silhouette et ce regard entre mille. Angrod. Même si son nom avait changé, il était toujours le même. Plus jeune il était vrai que quand il l'avait vu pour la dernière fois, agonisant dans un des couloirs de sa cité. L'ellon aiguisa son attention, plissant les paupières comme le ferait un prédateur. Il sauta auprès d'eux, et toute l'échine de Thranduil se hérissa quand il le vit prendre le bras de l'aînée, dans un geste que trop intime pour être amical. Une rage incommensurable lui retourna les entrailles, et il ne put empêcher son regard polaire de crucifier sur place l'importun.

« Ha non ! Pas tant d'années … de siècles à attendre … pour me la voir ainsi subtilisée ! » tempêta son esprit anarchique.

La plus jeune, interdite, se releva aussi lentement, donnant des attentions nerveuses à tous trois, ne sachant plus quoi faire ou penser apparemment. Thranduil la devinait même trembler sous sa cape. Un bref instant le remord le prit. La pauvre enfant avait l'air tétanisé. Tous trois arboraient les mêmes vêtements de riche facture, et leur proximité laissait présager un lien de parenté, ou pire, un lien marital entre les deux plus anciens. Thranduil rejeta en bloc cette éventualité, sachant pertinemment qu'il ne pourrait le supporter.

« Calme-toi Turion, nous ne risquons rien, calma la plus âgée en lui posant une main apaisante sur l'épaule. Il y a eu plus de peur que de mal, notre petite soeur est tombée par inadvertance sur le Seigneur de la Forêt … le Roi Thranduil Oropherion ... »

Là ce fût à l'ellon de se retrouver confondu. Son attitude se décrispa légèrement. Il réalisa même qu'il avait été stupide de ne pas le reconnaître. Sa mémoire se révélant peu à peu au fur et à mesure des ans, les choses se manifestaient à lui spontanément, et surtout, sans crier gare. En quelques secondes, tout ce qui avait fait son existence auprès du monarque, lui revint. Comme il avait su à la naissance de sa première soeur, qui elle avait été pour lui, sans pour autant réellement se l'expliquer. La révélation de son existence auprès de Thranduil, vint à lui être dévoilée. Expérience des plus perturbante, et désagréable il fallait le reconnaître. Cela laissait un sacré remue-ménage dans le corps et l'essence. Et il fallait quelques secondes pour qu'il puisse reprendre réellement ses esprits. La stupeur passée, il inclina la tête respectueusement, et Thranduil décela dans son regard une palette de sentiments qu'il eut du mal à déchiffrer. L'ellon porta un regard réprobateur à la plus jeune, et l'admonesta sans forme :

« Je t'ai déjà répété des centaines et des centaines de fois, de ne pas t'éloigner ainsi ! Tu pourrais tomber sur des orques, voir pire, ces satanées araignée géantes, qui te dévoreraient lentement sans se soucier de tes souffrances ! »

Thranduil reconnut bien là un trait caractéristique de son ancien capitaine. Il pouvait être dur, voire impitoyable, quand cela concernait la discipline et la protection. Les mots firent mouche, et la plus jeune devint blême. Ses lèvres commencèrent à trembloter, tandis que la honte et l'épouvante cheminaient en elle.

« Voyons Turion ! Ce ne sont pas des choses à dire ! Le tança la plus âgée. Ne t'inquiète pas Erunis, ces araignées ont été chassé par les forestiers du Roi Thranduil, il y a bien longtemps … pas vrai Seigneur ? Demanda-t-elle sans détour en ancrant franchement son regard vert dans le sien.

- Oui … il est vrai que nous n'en avons plus croisé depuis for longtemps dans cette partie de la forêt, jeune Erunis. Mais cet ellon n'a pas tort, vous auriez pu faire mauvaise rencontre. Il serait plus sages d'écouter vos aînés.

- Veuillez excuser mes soeurs, Aran Thranduil …. et ledit Turion ne sut pas à quel point ces quelques mots purent l'engloutir de liesse. Elles n'en font qu'à leur tête, et se soustraient volontiers aux ordres que je leur donne.

- Ho … il est parfois louable de ne pas se plier aux directives … nous faisons dès-lors, de belles rencontres … répondit Thranduil qui couva du regard, celle qui se nommait par déduction, Varnë ».

Cette dernière se sentit rougir sous cette attention chargé d'une intimité qu'elle ne s'expliqua pas sur le coup. Pourtant, quelque chose, au fond d'elle, remuait comme une bête sauvage cherchant à s'extirper d'une prison trop exiguë. Elle ramassa son arc et le glissa sur son épaule, tout en rangeant la flèche dans son carquois. Puis, elle vérifia quelque chose en tâtonnant sa taille et ses hanches. Thranduil nota juste à cet instant, qu'elle portait un bouquet de roses et de fougères, solidement arrimé à sa ceinture. Plus de doute possible. C'était bien elle qui devait s'inviter dans son lieu de retraite. Et Chêne avait jalousement gardé ce secret pour elle. Il ne put réfréner son esprit qui invectiva sans vergogne la dryade silencieuse. Apparemment soulagée de ne pas avoir égaré son présent, Thranduil profita de l'instant pour leur demander :

« Qu'est-ce qui a mené vos pas si loin au coeur de ma forêt, dites-moi ? Il est rare que l'on s'aventure ici.

- De temps à autres nous partons quelques jours loin de nos terres pour apprendre à nous débrouiller par nous-même. Nos parents ont connu les deux dernières guerres, et ils savent ce qu'il peut en coûter de ne pas savoir s'en sortir par ses propres moyens. De plus, nous essayons d'inculquer à cette jeune elleth les rudiments de la chasse ! Ce qui est, je dois l'avouer, une tâche plus qu'ardue ! Taquina gentiment Turion en braquant un regard oblique sur sa plus jeune soeur.

- Comme si tu avais su tout faire tout seul dès le début ! Rétorqua Varnë du tac-au-tac avec affront.

- Nana nous a même dit que tu t'es perdu en forêt par de nombreuses fois ! Renchérit la plus jeune en levant son petit nez de lutin vers lui ».

Thranduil la trouva adorable. Elle lui rappelait tant Gladhwen lors de ses jeunes années. Turion se renfrogna quelque peu, perdant dès-lors de la superbe qu'il voulait imposer. Dire que ces jeunes gens apportaient en ce jour naissant une singulière fraîcheur pour le souverain, serait peu dire. Essayant de passer outre la honte passagère qui vint l'étreindre, l'aîné continua :

« Et ma soeur, ci-présente, vaque souvent par ici. Elle vient honorer la mémoire d'une personne, qui même si nous ne l'avons pas connu, compte pour elle.

- Ho vraiment ? Fit Thranduil feignant la surprise la plus totale, et la plus grande crédulité ».

Varnë balança un regard incendiaire à Turion, et embarrassée, elle exprima avec peine :

« Oui, mais c'est une longue histoire Aran Thranduil, je pense que vous avez des choses plus urgentes à régler que des histoires abracadabrantes de trois jeunes elfes en voyage …..

- Il se pourrait que ce soit le cas, mais sachez qu'en ces jours de paix, j'ai bien plus de temps libre que je souhaiterai en avoir. Que diriez-vous de m'expliquer tout ceci en ma demeure ? Questionna Thranduil alors vivement, un éclair d'intelligence brasillant dans ses yeux saphir ».

Les trois elfes devant lui se trouvèrent des plus stupéfaits par cette demande soudaine, et des plus inattendue. Thranduil savait qu'il serait for impoli et honteux de refuser telle offre, et il comptait bien sur son statut pour en profiter. Si il voulait pouvoir approcher celle qui se nommait à présent Varnë, il n'avait pas d'autres alternatives. Ou elles seraient résolument trop longues à mettre en place, et il n'avait nulle envie de patienter plus.

« Et bien … ma foi Aran Thranduil, il serait très malvenu, et inconcevable pour nous, d'éconduire telle invite .. mais nos parents … commença à répondre Varnë apparemment nerveuse à cette perspective ».

« A-t-elle malgré elle des réminiscences de ce qui c'est passé ? Me reconnait-elle ? » songea Thranduil qui ne pouvait s'empêcher de la dévorer du regard.

Un étrange sourire déforma les traits de Turion, et ce dernier, peut-être avec un peu trop d'énergie pour être honnête nota Varnë, entonna :

« Nos parents seront mis au courant, Varnë. Je gage que le roi ne saurait nous retenir sans les informer. N'est-ce pas Aran Thranduil ?! »

Le roi hocha simplement la tête. Varnë pesta sur place, et maudit son frère adoré. Elle savait, et ce depuis des décennies, l'envie secrète de son aîné, de visiter la cité excavée, et rejoindre les gardes du Grand Roi Thranduil. Son père le comprenait, sa mère par contre, avait bien plus de réserves. Les mères avaient peu de goût pour les armées et les affrontements, qui leur faisaient perdre enfants et époux. Après, Varnë soupçonnait sa mère d'avoir des savoirs qu'elle leur cachait bien. Elle savait que la Dame Blanche lui avait prophétisé maintes révélations dans ses jeunes années, et qu'elle les gardait en son coeur comme les plus précieux trésors.

« On va voir la cour du roi ?! Et le palais ?! exulta alors Erunis d'un seul coup, les faisant presque sursauter. Ses grands yeux gris brillant de joie et de tendre malice.

- Il me semble, ma soeur, en effet, que nous allons y passer quelques heures ….

- Ou plus ! Coupa Turion aussi impatient que sa cadette, même si cela se voyait bien moins sur lui ».

Un long, très long soupir s'extirpa des poumons de l'elleth, vaincue à deux contre une. Braquant les yeux vers Chêne, elle déclara simplement :

« En ce cas, passez devant, vous savez que j'ai à faire en ces lieux …...

- Oui grande soeur ! Turion va ouvrir la marche ! Je sais qu'il connait la route comme sa poche ! Il n'a de cesse de l'arpenter en secret, dans l'espoir de pouvoir pénétrer dans la cité un jour ! dévoila Erunis extatique.

- Erunis ! grogna Turion réellement mal à l'aise ».

Thranduil ne put s'empêcher d'émettre un rire doux face à cette scène des plus charmante. Ouvrant un bras d'invite sur sa droite, il fit simplement :

« En ce cas, passez devant je vous prie, je resterai en arrière pour veiller sur votre soeur.

- Mais …. objecta Varnë que personne ne semblait vouloir laisser parler.

- Oui Aran Thranduil, il sera fait selon vos souhaits, répondit simplement Turion avec un sourire que Varnë lui avait que rarement vu ».

Empli de secrètes connivences qui lui échappaient totalement. La voix aiguë d'Erunis fusa comme le cri d'un oiseau de proie, et sans attendre, elle fila à travers bois, Turion maugréant sur son inconscience tout en essayant de la rattraper.

« Cette petite va nous rendre fous ! Grommela Varnë réellement ennuyée par la tournure des évènements ». Tout en ce jour, semblait lui échapper, comme si des puissances occultes prenaient en main le cours de sa vie.

Elle mit du temps à décrocher son attention de la petite silhouette sautillante de sa jeune soeur. Elle s'inquiétait tant pour elle, trop sûrement. Depuis toujours, d'aussi loin que remontait ses souvenirs, elle avait eu la peur viscérale de la perdre. Tout comme son grand frère, pour qui elle nourrissait une admiration sans borne. Cela avait toujours eu sur elle cette conséquence qu'on ne la trouvait pas assez enjouée pour une elfe. Trop inquiète et taciturne. Empreinte de réflexions muettes que peu comprenaient. Elle chassa ses sombres réflexions de son esprit, et sans dire un seul mot, elle prit la direction de la clairière. Elle ne soupçonnait pas à quel point, le souverain qui couvait ses pas, crevait littéralement d'envie de les lire, ces réflexions. L'absence de sa voix sans son crâne lui manquait tellement. Tout semblait indiquer pourtant, que le chemin allait être long, avant qu'ils puissent ne serait-ce que goûter à nouveau à un peu d'intimité. Il la suivit tout aussi silencieux qu'elle, s'admonestant d'être à ce point aussi faible, là qu'il s'apercevait qu'il ne pouvait détacher son regard de sa silhouette. Tout était plus fort que lui en cette journée. Le fatum aussi délectable que détestable, lui meurtrissait le coeur tout en le gonflant d'une liesse infernale. Arrivés devant la statue qui représentait, elle ne le savait pas encore, elle-même, Varnë se pencha et essuya quelques poussières qui maculaient le socle de marbre. Elle y déposa son bouquet avec des gestes délicats et emplis de déférence. Puis, faisant comme si le souverain n'existait même plus, elle joignit les mains sur son coeur et ferma les paupières. Elle se recueillait, purement et simplement. Cela dura de longues minutes, où le monde entier donnait l'impression de ralentir sa course. Puis, relevant soudainement la tête, elle ouvrit les yeux, et se retournant vivement, ses yeux verts étincelaient littéralement. La même magie ancestrale nourrissait la clarté dans ces iris émeraude, et le flamboyant sourire qu'elle afficha, broya littéralement le monarque sur place. Qu'il aurait aimé que ce sourire lui soit adressé. Cette tendre chaleur lui lacérant la poitrine.

« Chêne ! Tu es là ! S'exclama Varnë qui fit volte-face et accourut presque vers la Dryade ».

Depuis le premier jour de leur rencontre Varnë avait aimé cette créature, comme sa propre mère. Et la réciproque était vraie. La Dryade; drapée dans ses atours boisés brodés de feuilles et de fleurs automnales, étendit ses bras pour la serrer tendrement contre elle quand elle fut à sa portée. Plus de doute possible, son âme-soeur était bel et bien de retour. Nulle autre qu'elle aurait pu susciter chez cet être, telle affection. Se sentant quelque peu comme la cinquième roue du carrosse, Thranduil se vit clairement froissé par tous ces évènements. Le bouffon d'une mauvaise farce, voilà ce qu'il avait l'impression d'être en cet instant. Irrité malgré le bonheur que cette réunion aurait dû lui insuffler, il s'invita à leurs côtés, encore abasourdi par tels miracles. Puis toute sa colère se volatilisa quand les yeux verts de Varnë se posèrent sur lui, et lui déclara en toute innocence :

« Je vous présente Chêne, Roi Thranduil ! Elle est comme une seconde mère pour moi ! »

D'abord confondu par cette ignorance non feinte, il ne put qu'être envahi par une tendresse sans commune mesure. Il inclina gracieusement la tête, et s'amusa quelque peu de voir le visage de l'elleth s'allonger sous la surprise quand il déclara « Bonjour Chêne …. il y avait longtemps que l'on ne s'était pas vu dis-moi …. ».

La magnifique Dryade lui répondit juste par un sublime et énigmatique sourire. Varnë sut à ce moment précis, que oui, les Dieux avaient à son égard quelques lourds desseins qu'elle se fit la promesse de connaître.

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Les rires clairs s'élevèrent du terrain d'entraînement. Varnë et Erunis s'acharnaient littéralement sur leur frère aîné, qui tentait par tous les moyens de leur inculquer quelques notions de combat militaire. Dire que Brilthor avait été plus que perturbé en revoyant son ancien capitaine et mentor, aurait été bien en-dessous de la réalité. Il lui fallut de nombreux jours avant de se faire à cette idée. Car pire que tout, Turion avait totalement recouvré la mémoire de son ancienne vie, ce qui donnait parfois lieu à des conversations étranges, et des situations qui l'étaient toutes autant. L'élève était devenu le maître …. difficile d'avoir l'expérience d'un elfe millénaire dans le corps d'un jeune ellon d'à peine plus de deux cents ans. Et ce n'était rien comparé à la réaction qu'eut Gladhwen en voyant l'elleth qu'était devenue Alexandra. Car si il y avait bien une elfe qui pouvait la reconnaître malgré toute la magie des dieux, c'était bien elle. Varnë eut du mal à comprendre la joie extatique qui avait animée cette étrangère quand elle lui avait été présentée. Elle l'avait d'ailleurs prise pour dérangée, avec un cerveau rempli de papillons. Mais les semaines passant, les questionnements se faisaient de plus en plus lourds et pressants. Sans oublier ces impressions de « déjà-vu » qui la taraudaient au point de l'épuiser et de totalement la déboussoler. Il n'y avait que quand elle était avec son frère et sa soeur, que tout redevenait à peu près normal dans son existence. Trop souvent elle se donnait l'impression d'être un bateau ivre perdu en pleine tempête. Ils étaient l'écueil sur lequel elle s'accrochait désespérément pour ne pas se noyer. Actuellement, tourner son aîné en bourrique la divertissait et la stabilisait grandement. Essoufflée d'avoir tant ri, elle rangea son épée sur un des râtelier; et toisant sa soeur avec un large sourire, elle s'exclama en se retenant de rire à nouveau :

« Erunis, arrêtes …. tu sais ce que c'est l'orgueil d'un mâle, il ne faut pas trop l'égratigner autrement il va t'en tenir rancune pendant au moins deux jours ….

- Tu peux parler toi ! Lança Turion en grommelant. Tu es pire qu'elle ! Tu m'étonnes qu'aucun ellon digne de ce nom ne veuille te faire la cour !

- Turion ! L'admonesta avec virulence Erunis, qui là ne riait plus. C'est indigne de toi de dire telles choses, qui sont blessantes et sans fondements !

- Vraiment ? Réfléchis bien Erunis, à son âge elle devrait avoir bien trop de soupirants pour que père et mère s'en sortent, or il en n'en est rien ….

- Parce que tu sais qu'ils ne veulent pas n'importe qui tout simplement ! Renchérit Erunis qui devenait rouge de colère. Elle ne supportait pas que l'on s'en prenne à sa soeur aînée de la sorte, fusse-t-il son frère.

- N'importe qui ? Il faudrait déjà que quelqu'un se présente ! Ne démordit pas Turion qui rangeait lui aussi son arme.

- Il est déconcertant que tu en viennes à de telles attaques digne d'un cabot en manque d'autorité, Turion, répondit enfin l'intéressée ».

Droite, fière, seuls les légers tremblements dans ses doigts trahissaient la colère et la honte qui la giflaient actuellement. Elle transperça son frère de ses yeux de chats, aiguisés comme des griffes. Devant telle attention, Turion savait qu'elle allait sûrement le tailler en pièce. Il était allé trop loin, il le savait. Il voulait simplement qu'elle se réveille, qu'elle comprenne que son comportement était trop étrange pour être normal. Qu'il fallait qu'elle prenne le pas de rechercher un peu les causes de son mal-être persistant. Ainsi, par ailleurs, que l'attitude bien trop protectrice de ses parents.

« Surtout qu'il me semble que tu n'as également pas à ta porte, nombre d'ellith soupirant béatement, et stupidement par ailleurs, pour ta personne. Je ne me verrais guère mariée, et forcée de supporter un elfe avec aussi peu de cervelle que toi, mon frère ! Je préférerai encore me retrouver dans les Cavernes de Mandos …... »

A peine eut-elle dit ces mots, qu'une vision aveuglante brouilla sa vue et son esprit. Lesdites cavernes tapissant sa mémoire comme si elle y avait déjà mis les pieds. Cela la perturba et la plongea dans un profond mutisme. Erunis fronça les sourcils, et faisant une moue étrange elle invectiva son frère :

« Tu sais être méchant quand ça t'arrange Turion ! Parfois je me demande ce qu'il ne va pas chez toi ! »

Erunis s'approcha se sa soeur qui n'avait pas encore bougé d'un millimètre. Une fois devant elle, elle glissa sa main chaude sur la sienne, et la lui saisissant, elle murmura :

« Moi je suis certaine qu'il y a plein d'ellyn qui seraient prêts à se damner pour avoir la chance de t'avoir comme épouse ….. »

Varnë braqua ses yeux verts sur le visage contrit de sa cadette, et venant lui caresser tendrement la joue, elle lui fit sincère :

« Que m'importe tout ceci ma chérie …. et si mon destin est de rester seule, je l'affronterai sans sourciller. Ce que peuvent en dire les gens ne m'atteint guère, du moment que je te sais heureuse …. »

Mais la joie qui l'avait habillé quelques minutes plus tôt s'était éteinte. Assassinée dans sa poitrine avec violence, tandis que des visions affreuses venaient assaillir son esprit. Elle se porta la main au front, et grimaça.

« Encore tes visions ? Demanda Erunis des plus inquiète. Elles sont de plus en plus fréquentes depuis que nous sommes ici …. nous devrions peut-être rentrer chez nous ….

- Et t'enlever la joie d'évoluer dans ce palais ? Je sais comme tu es heureuse, et Turion aussi, d'être en ces lieux …. ça va aller ma chérie … ne t'en fais pas pour moi. Un peu de repos me fera le plus grand bien, c'est tout ! Fit alors Varnë avec un large et franc sourire, qui rassura un peu la jeune elleth qui tentait tant de la réconforter. Quant à toi espèce d'orque mal embouché ! Je t'assure qu'à notre prochain entraînement je saurai te botter le séant ! Jeta-t-elle à Turion qui se sentait déjà mal à l'aise de l'avoir ainsi bousculée ».

L'envie de se retrouver seule la mordit. Comme si un urgent instinct de survie la poussait à fuir ces lieux qui n'avaient pourtant rien de dangereux. Sans dire ce qu'elle allait faire ou où elle allait, elle les laissa sur l'aire d'entraînement, et remonta les marches qui menaient à la cité. Elle n'avait même pas fait attention que Thranduil les observait depuis longtemps déjà. Elle exécuta un bref salut de la tête en passant non loin de lui, et disparut dans les grands couloirs souterrains. Turion voyant le monarque, ordonna aimablement à Erunis de rejoindre sa soeur, qui allait sûrement se laver et se changer après ces passes d'armes. Elle écouta sans trop d'envie, et saluant respectueusement le roi, elle suivit son aînée dans les coursives.

A présent seuls sur le sable chaud de l'amphithéâtre, Turion et Thranduil se toisaient en silence. Il put lire les reproches non formulés du souverain.

« Je ne crois pas que ce soit la solution …. émit Thranduil d'une voix lasse. La pousser dans ses retranchements risque de donner un résultat totalement à l'encontre de ce que vous espérez …. Vous la connaissez ….

- Oui, et je connais également son entêtement à fermer les yeux devant l'évidence même ! Pesta quelque peu Turion en levant les yeux vers les marches vides.

- Son esprit met plus de temps que le vôtre à recouvrer ses marques. A replacer les choses dans leur contexte. Peut-être est-ce dû au fait qu'elle fût humaine dans son ancienne vie …. émit le roi pensif ».

Cette situation lui déplaisait, et mettait sacrément ses nerfs à vif. Plus les semaines s'écoulaient, plus il lui était pénible de tout réfréner. Tout cet ardent amour qui le consumait aussi âprement que les flammes d'un dragon lui incinérait l'âme, et tout ce qui l'accompagnait. Les deux elfes firent quelques pas ensemble, abordant la barrière de bois qui délimitait la cour. Passant au-delà des cibles et des mannequins, pour s'arrêter aux pieds des arbres qui se dépouillaient peu à peu de leurs ornements. L'air était déjà plus frais, et le soleil, bien que vaillant en ce jour, montrait les premiers signes de faiblesse face au froid naissant. Bientôt la neige commencerait à tomber, et les invités du roi prendraient la décision de repartir. Leurs parents n'avaient pas été peu fiers de voir leurs enfants ainsi conviés à la grande cité excavée. Thranduil se questionnait à leur sujet, car Erunis, bien plus prolixe que sa grande soeur, lui avait un jour parlé des prophéties de Dame Galadriel concernant sa mère. La petite elleth était peu farouche, et parlait de tous les sujets que le roi lui soumettait. Il savait que c'était une manoeuvre quelque peu indigne, mais vue que Varnë était plus secrète et distante, et que Turion avait fait preuve de beaucoup de méfiance envers lui, il n'avait vu que cette solution pour arriver à ses fins.

« Chasser le naturel …. » songea-t-il lestement tandis que Turion ne cessait de l'observait en silence, attendant apparemment quelque chose de sa part. Voyant que cela ne venait pas, il prit la parole :

« Elle n'a pas mes souvenirs, ne sait pas ce que je sais. Mais je la sais vive d'esprit, je sais également ce qui la torture depuis son âge le plus tendre. Les cauchemars qui l'ont éveillée pendant des nuits et des nuits durant. Les vision qui la font souffrir tant elles lui font perdre certains discernements. Son enfance, bien que bénie, n'a pas été des plus tendre avec les autres. Ses particularités l'ont faite souffrir, et continueront à le faire, tant qu'elle n'affrontera pas tout ceci comme il se doit. Elle veut trop maîtriser les choses, et elle s'en rend malade. Ce serait pourtant si simple …. si simple d'accepter tout ce que son esprit, son âme, veut lui dire …..

- Mais son âme a connu deux immenses déchirures Turion …. elle doit également s'en souvenir. Je crains que la peur de souffrir à nouveau, ne bloque le même processus qui vous a permis de retrouver vos souvenirs. Il m'est déjà difficile de réaliser tout ceci, en étant pleinement conscient de la chose, alors imaginez ce qu'il en est pour elle …...

- J'ai su, dès que j'ai posé les yeux sur elle à sa naissance, qui elle était. Je m'en suis de suite souvenu. Mais mes réminiscences étaient chaotiques, et incomplètes. Je savais juste que je l'avais aimé, comme un frère aime une soeur, en ami dévoué qui aurait tout donné pour elle. Je ne comprenais simplement pas, comment étant une humaine, elle avait pu croiser ma route. Ces révélations ne sont venues que bien plus tard, quand ses sommeils sont devenus anarchiques. Qu'elle a commencé à parler à nos parents de souvenirs de guerre et de mort, expliqua Turion les yeux dans le vague, se remémorant point pas point toutes les étapes qu'il exposait au souverain.

- N'a-t-elle jamais mentionné un amour perdu ? Osa demander Thranduil

- Pas que je sache, ou du moins, pas à moi. Elle a beau avoir l'âme de cette humaine, elle ne l'est plus. Son éducation elfique, bien que plus laxiste avec nos parents, n'en demeure pas moins basée sur les mêmes principes qui font les fondements de notre peuple, aran Thranduil ….. reconnaissez que l'éducation des elfines et des jeunes ellith pèche sur de nombreux points. Et que le manque de communication entre les deux sexes arrivé à un certain âge, est une barrière autant inutile qu'étrange … je sais que de tenir tels propos est inconvenant mon roi, mais avec ce qui m'est apparu …. je ne puis plus penser autrement …

- Ainsi donc, même avec des siècles d'écart, son esprit rebelle a su marquer le vôtre, et continue à le faire … émit Thranduil passablement égayé par cela.

- Je sais juste que son bien-être, son bonheur, son épanouissement, me tiennent à coeur. Et que je suis malheureusement mort trop tôt, pour suivre son histoire avant qu'elle nous rejoigne au royaume des ombres ….. fit Turion réellement affecté. Bien que de ces instants, je n'en garde qu'un souvenir étonnamment flou. Qu'une lumière blanche et crue baignant tout dans son enveloppe aveuglante, alors que me rappelle très bien de ce que nous avons vécu, vous, elle et moi, avant tout ceci …..

- Les Dieux font leur choix, et restent mystérieux quant à leurs desseins ….. fit Thrandruil taciturne. Rentrez-vous pour les fêtes de fin d'année ? J'imagine que vos parents vous voudrez auprès d'eux.

- Je sais pour quelle raison vous me questionnez ainsi, je ne suis pas stupide. Je soupçonne votre impatience, même si vous ne la montrez que peu. Elle est jeune encore mon roi. Deux siècles comparés aux millénaires que font votre existence, c'est bien peu ….

- Cela je le sais ! Trancha alors soudainement a voix du roi qui perdit toute contenance. Il en avait assez d'attendre, assez de devoir tout comprendre et être parfaitement patient. Jeune il est vrai, mais bien assez âgée pour être fiancée, et même, mariée ! Finit par exposer Thranduil très explicitement ».

Ces mots jetèrent un froid entre les deux elfes. Le visage de Turion marqua la stupeur, et même l'effroi, devant ces propos. Il reconnaissait bien là le grand Roi Thranduil, dans toute sa fabuleuse complexité. L'elfe aux cheveux auburn se rembrunit. Il n'avait aucun pouvoir ici, même si il suppliait ses parents de décliner toute offre allant en ce sens, il savait que nul elfe saint d'esprit, refuserait de lier son enfant à un souverain. Par ailleurs, il soupçonnait sa mère d'être la détentrice d'un savoir qu'elle leur avait toujours dissimulé. Sauf de rare fois, où au détour d'une conversation visant à rassurer Varnë, elle lui disait qu'elle était promise à de grandes choses, et qu'elle ne devait surtout pas désespérer. Turion eut une grimace de dégoût, qui toucha le roi, même si il n'en laissa rien paraître. Il y avait longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé face à de telles réactions. Face à sa propre médiocrité. Toute cette histoire était des plus désagréable au final. Et ce, pour tous ceux qui étaient concernés. Thranuil émit un bref soupir, qui exprimait déjà tant de choses venant de sa part. Détachant ses yeux de l'ellon en face de lui, il continua, complètement perdu dans ses pensées :

« Je vous laisse quelques jours pour réfléchir Turion. Après cela j'enverrai moi-même une missive à vos parents pour leur demander la permission de vous garder tous trois dans l'enceinte de ma cité. Je les convierai également pour le bal annuel du solstice si cela leur convient. Sachez néanmoins Turion, que je serai réellement ravi de vous savoir à nouveau dans les rangs de ma garde personnelle …. ajouta Thranduil en coulant un regard malicieux sur son interlocuteur.

- Essayeriez-vous de m'acheter Roi Thranduil ?! S'exclama Turion passablement agacé, et totalement outré par cette manoeuvre des plus déplacée.

- Pourquoi n'essayerai-je pas ? Et cessez de jouer de cet air effarouché avec moi. Vous m'avez dit vous-même avoir pleinement retrouvé la mémoire, Angrod …. Thranduil utilisa sciemment son ancien nom, sachant pertinemment que ça déstabiliserait plus ou moins l'ellon en face de lui. Vous me connaissez, et savez que quand je me fixe un but, rien ne peu m'en faire dévier. Et même si je l'avoue et le reconnais, Alexandra a beaucoup fait pour ma rédemption, elle est partie bien trop tôt pour parfaire son oeuvre ….. et puis …. le roi laissa la phrase en suspens en braquant de nouveau son attention sur sa forêt … son absence m'a profondément meurtri. Et continue à me lacérer; encore plus depuis que je la vois …. évoluant tous les jours ici, là où tout avait commencé pour nous ….. »

Turion put lire la profonde et déchirante nostalgie qui hantait le souverain. Elle dansait dans ses iris céruléen comme d'étranges feux follets. L'empathie qu'il avait toujours eu pour son roi, se révéla. Se décrispant quelque peu, il répondit simplement :

« Je vais y réfléchir … aran-nin …. ».

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Elle regardait le bout de ses doigts. Non, elle les scrutait. Cherchant l'élément infime qui lui permettrait peut-être de comprendre la folie passagère, qui s'emparait de son esprit. Face aux ondes claires et calmes des bassins souterrains, Varnë s'était à nouveau cloisonnée dans une bulle de réflexions, qui n'appartenait qu'à elle. Le goute à goutte lent et répétitif de l'eau tombant ponctuellement dans les bassins calcaires, avait un effet apaisant. Hypnogène. Elle plongea sa main dans les eaux miroitant son reflet, et rida la surface pour déformer ce dernier. Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle s'était retrouvée devant une étrangère humaine, alors qu'elle ne faisait que simplement se mirer en se préparant. Dès que ces étranges rêves avaient commencé, l'apparition avait fait son entrée. Bien évidemment, elle n'en avait parlé à personne. Tout le monde l'aurait prise pour folle. Si elle avait été une vieille elfe réincarnée, elle aurait peut-être compris … mais une humaine. D'après leur croyances et ce qu'on lui avait inculqué, cela n'avait aucun sens.

« En même temps, tu te dis ça pour rationaliser une chose qui ne peut l'être. Mère ne m'a pas amenée dans cette forêt, devant cette statue, lors de mon centième anniversaire, pour rien. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les ressemblances qu'il y a entre elle et moi. Mais … c'est impossible. Un mauvais jeu du hasard, qui a fait croire à tort à ma chère mère, que j'étais quelqu'un d'extraordinaire. Me couvant comme l'oisillon malade de la nichée. Est-ce cela qui m'a fait prendre goût aux combats et aux armes … aux escapades en solitaire … ? Fort probable. Je ne supporte pas ce rôle de fille parfaite … et pourtant, je n'ai guère le choix …. » elle soupira longuement tout en tournant la main dans les eaux tièdes du bassin. Assise à son côté, penchée au-dessus, elle aimait contempler les bribes de lumières qui dansaient sur l'eau quand elle la ridait. Les chandelles se brisaient en une multitude d'étoiles ambrées, propice aux rêves. Elle était en train de salir une des robes que cette étrange Gladhwen lui avait offerte. Cela aussi tenait du mystère le plus absolu. Certains se conduisaient de façon singulière, comme si ils l'avaient toujours connue. Sans parler des regards du roi, souvent longs, appuyés, teintés d'un intimité qui la faisait bien des fois frémir. Ses gestes discrets, invisibles, quand il faisait tout pour frôler ses doigts des siens dans une contact aérien, presque immatériel.

« Si ce que mère dit est vrai …. je serai la réincarnation de cette humaine. Et pas n'importe laquelle ! Juste celle qui sauvé notre monde, éveillé les esprits de la nature, et fût l'épouse du grand roi des elfes ! Mais de tout ceci je ne me rappelle rien …. ou si peu … mes rêves ont lien avec tout cet obscur passé, j'en suis certaine …. comment exprimer ce que je ressens dans le fond ? Je ne le sais même pas moi-même. Comme prisonnière de plusieurs vies, dont toutes m'échappent …. Je me sens si mal parfois, que j'ai juste envie de disparaître … et je sais que ce n'est pas sain du tout pour une jeune elleth, de penser ceci …. ».

Les courants tièdes qui voyageaient entre les cavernes vinrent lui caresser le visage et elle ferma les paupières pour en apprécier toute la douceur. Elle ne supportait plus cet enfermement. C'était comme si, rester sous la terre, augurait son extinction prochaine. Une insolite claustrophobie qui lui tapait de plus en plus sur les nerfs. En même temps elle n'était pas une naine ! Vivre au grand air était bien plus naturel pour les elfes, non ? Elle voulait rentrer. Mais rentrer c'était s'éloigner du roi, et ça, le temps passant, elle s'était aperçu que cela lui devenait impossible. Sa présence, son aura, et mêmes ces satanées attentions que trop présentes, lui apportaient. Il était le premier elfe à réellement lui porter ce genre de considération. Tous les autres l'avaient trouvé que trop étrange pour être digne d'intérêt. Bien que plus jeune, Erunis accaparait toutes les aspirations. Elle haussa les épaules en repensant à tout ceci. Les ellyn ne l'intéressaient guère, elle préférait, et de loin, se perdre dans les bois et communier avec les esprits de la nature, ou se pelotonner dans les branches bienveillantes de Chêne. Un cri de stupeur brisa le silence quand elle ouvrit les yeux, et qu'elle vit, juste au-dessus du sien, le reflet de Thranduil sur la surface aquatique. Son premier réflexe fut de se lever, et de le saluer comme le voudrait l'usage, mais quelque chose la retint. La cloua même au sol, l'empêchant de répondre servilement et bêtement à tout ceci. Il haussa les sourcils, réellement stupéfait par sa réaction, ou plutôt, absence de réaction. Espérant secrètement que tout ceci ait un lien avec ce qu'il souhaitait au plus haut point. Que cette magnifique elleth à la dramatique beauté, se souvienne de qui elle était … de ce qui les liait. Autrement, il y aurait beau avoir réincarnation, et alliance, il n'aurait guère plus qu'une elfe comme les autres dans son lit. Peu digne de son intérêt. Pire, elle le détesterait sûrement. Le voilà donc coincé dans un impasse ou seule la patience et le temps, lui donneraient les clés pour s'en sortir. Ce qui n'était nullement gagné.

Elle le dévisageait de ses fabuleux yeux vert, dont l'émeraude de ses iris était bordé de cils noirs, comme soulignés par un fard des plus audacieux. Ses longs cheveux cascadaient dans un drapé de satin aux reflets de cuivre, tirant dans le jais le plus profond dans leurs zones d'ombre. Les tresses qui couvraient sa tête et dégageaient son front étaient simples, et dénuées de fioritures. Même sa robe, bien qu'étant de riche facture, était sobre. Tout cela reflétait parfaitement le caractère de celle qui se tenait assise à même le sol, là, à ses pieds. Mais il n'y avait aucune servitude dans cette position, bien au contraire. De son côté, elle ne put s'empêcher d'être saisie par son extraordinaire beauté dans ce décor oscillant entre lumière et pénombres. La secrète lumière que revêtait son être, explosant d'un mystère hypnotique en cet instant. Un fin sourire étira les lèvres du souverain, et la toisant avec un certain amusement, il déclara d'une voix neutre au possible.

« Il me semble que vous devez me saluer quand je suis présent. Vos parents nous vont-ils guère appris la plus basique des courtoisie ? »

Varnë se dressa alors vivement, et exécutant un salut forcé, elle répondit juste :

« Mes parents nous ont admirablement éduqués, aran Thranduil, je ne saurai leur faire déshonneur ! Et puisque c'est un salut que vous souhaitez, vous n'aurez en effet, guère plus que cela ! Excusez-moi à présent ... »

Elle avança de quelques pas, et la voix de Thranduil grogna d'autorité.

« Ne partez pas ! J'ai à vous parler ….

- Alors si nous devons converser, j'aimerai le faire au-dehors, et non coincés dans cette atmosphère humide et sombre, ces lieux me … me rappellent la mort …. finit-elle par avouer, profondément troublée ».

A chaque fois c'était la même chose. Sa présence la rendait fébrile, la déstabilisait. Tout son être, son âme, s'enflammaient, et son coeur se mettait à battre à tout rompre dans sa poitrine. Elle n'osait nommer ces étranges réactions. N'osait y calquer un terme dessus, qui pourrait à jamais changer son existence. Pourtant, malgré sa vaillance à lutter contre, elle savait ce qui la tenaillait, la tordait. Ce n'était pas simplement sa carnation qui réagissait à son contact, mais toute son âme. Et bien évidemment, comme elle ne voulait abdiquer face à tous ces signaux pourtant explicites, elle en devenait désagréable et agressive. Chose qu'elle n'avait que peu naturellement. Le roi sembla tiquer devant ce ton qui avait tout d'offensant. Elle le devina faire un immense effort pour ne pas la remettre vertement à sa place. Ce qu'il serait en droit de faire. Pourtant, il bougea faiblement la tête en signe d'acquiescement, et prit le chemin de la sortie, sans dire un seul mot. En un sens, il lui laissait le choix. Le suivre, ou partir. Ce ne furent que de simples secondes qui s'égrainèrent, du moment où il la délaissa et où sa silhouette disparut derrières les colonnades minérales qui façonnaient ce lieu de retraite enchanteur. Cependant, Varnë crut que ce simple laps de temps, dura une éternité. Une infinité même, tandis que la nervosité papillonnant dans sa poitrine, s'infiltrait dans tout son corps au point de la rendre ivre, de luis faire perdre la raison. Quelque chose sembla l'empoigner, et la tirer en avant. Engourdissant sa volonté, écrasant ses instincts rebelles. Une légère oppression qui se mua en une euphorie grandiose, quand son corps esquissa enfin un mouvement, et que, pensant devenir totalement aliénée, elle emprunta le même chemin que lui.

Des pas faisant écho, puis plus loin, le doux chant du vent dans les coursives. Ses oreilles d'elfe devinèrent le long et langoureux balancement du feuillage dans le vent. La lumière pénétra dans les couloirs frais, et enfin, ils débouchèrent sur un endroit qu'elle n'avait jamais vu. Devait-elle s'avouer qu'elle ne savait même plus par où ils étaient passé? Quel chemin ils avaient emprunté. Un rêve dans un rêve ? Une illusion fomenté par sa psyché endolorie ? Des majestueuses frondaisons ne subsistaient que des touffes de feuilles valeureuses, s'accrochant comme des navires désespérés à leur quai. Leur livrée jaune, rouille et mordorée, offrait un ballet de lumières cramoisies, semblable aux foyers qui crépitaient déjà dans les cheminées. Les elfes ne ressentaient pas le froid, mais aujourd'hui, Varnë en connu toute la morsure. Cruel, intenable, qui lui figeait les membres jusqu'à la moelle. Et pourtant, cette froidure quasi hivernale éveilla dans sa mémoire, de doux échanges parés de neige. Une autre vision obscurcit son regard, et elle s'arrêta, prise de vertige. Elle inspira à fond, pour ne pas chuter, ne pas se laisser tomber et peut-être inexorablement glisser vers un devenir qui l'effrayait. La douleur avait marqué son âme au fer rouge, et son instinct de survie n'avait de cesse de lui hurler qu'elle avait déjà emprunté cette voie, et que par deux fois, elle y avait perdu plus que la vie.

« Varnë ? » la voix était inquiète, et pourtant, elle roulait délicieusement sur les lèvres du souverain, dans un timbre profond et grave, qui la fit frissonner. Quand il lui parlait, elle se sentait chez elle. Dès leur première rencontre dans les bois, sa voix s'était incrustée en elle, dans chaque recoin de sa peau, de sa fibre, qui résonnaient au diapason avec cette tendre vibration. Elle ouvrit à nouveau les paupières, et elle le trouva juste à quelques centimètres. Le pale soleil automnal nimbait ses cheveux d'une clarté lunaire, et ses yeux d'une nuance outremer s'éclaircissaient au point d'en devenir eux aussi empli d'étoiles.

« Je vais bien, finit-elle par dire. J'ai … parfois …. elle fit quelques pas en avant, afin de se soustraire à cette proximité qui la lacérait purement et simplement, fuyant le contact qui deviendrait tôt ou tard, inévitable. C'est compliqué et long à expliquer Roi Thranduil …. »

Il eut un triste sourire, l'observant de tout son être. Leur étrange danse se mettait en place; il le savait. Varnë comprit qu'elle était dans les jardins particuliers du souverain. Une place cerclée de haut mur, mais d'où l'on pouvait voir la forêt par une terrasse. Des arbres, des arbustes, des fleurs, tout poussait en ces lieux. En partie protégés par les murs d'enceinte, les végétaux s'épanouissaient un peu plus longtemps ici. Puis, dominant une fontaine, elle la vit. La carnation de marbre s'élevait vers le ciel, tandis qu'un cerf buvait à ses pieds. L'oeuvre saisit le coeur de Varnë, qui en comprit tout le sens sans mal. Une tristesse incommensurable vint à l'engloutir, et, venant vers les ondes glacées, elle leva les yeux vers la statue si humaine, qui la toisait de toute sa hauteur. Elle tendit les doigts, et les laissa glisser sur le fil de la pierre lisse.

« Elle a été mon plus grand amour …. par deux fois ….. fit la voix de Thranduil qui se tenait non loin derrière ».

Les sanglots tapissèrent ses cils, alors qu'une boule brûlante lui comprimait le larynx à lui faire mal. Elle ne s'expliquait pas ce soudain et horrible chagrin. C'était si violent, si affreux, qu'elle en trembla. Malgré toute sa force, les larmes roulèrent sur ses joues, et, le timbre lancinant, elle expliqua :

« Ma mère m'a toujours dit que j'étais spéciale. J'ai longtemps cru, que cette spécificité n'était que l'expression d'un orgueil parental mal placé. Mais, au fil du temps, j'ai compris que ces mots étaient empreints d'un abîme bien plus vaticinant que ce que je l'aurais souhaité. De nombreux cauchemars ont commencé dès mon centième anniversaire. Puis, à ces songes chaotiques, se sont ajoutées des visions des plus improbables, où je me voyais chevaucher des aigles, parler avec des arbres … j'ai pensé bien des fois que la folie allait m'emporter. Alors j'ai appris à me battre, et je suis partie, par de nombreuses reprises. Je me suis éloignée des miens, pour toujours revenir. Parce que tout me criait de les retrouver. Si vous saviez … aran Thranduil …. combien de fois j'ai voulu être lâche, et tout abandonner. Tout délaisser …. parce que tout ceci devenait invivable, et que ça l'est encore aujourd'hui … les décennies ont beau passer, rien n'apaise ce qui torture mon âme …..

- Je sais ….. murmura juste le souverain le coeur au bord des lèvres ».

Elle leva sur lui des yeux perdus. Ses iris émeraude dilués sous un océan lacrymal, qui lui retourna les tripes. Par les Valar qu'il avait envie de la serrer contre lui ! De lui offrir ce réconfort salutaire que toute son âme quémandait. Elle était si belle. Si dramatiquement belle en cet instant. La brise joua avec ses cheveux sombres, les faisant ondoyer sur sa poitrine secouée de pleurs contenus. Un rayon de soleil filtra entre deux nuages, et l'enveloppa de sa douce étreinte, dévoilant toute la grâce céleste qui émanait d'elle en cet instant. Le désoeuvrement tyrannique qui la broyait présentement, lui était insupportable à voir. Elle avait beau être plus jeune, elle était néanmoins adulte, même pour leurs critères. Erunis était une enfant en pleine adolescence, mais Varnë était déjà dans son total épanouissement. Par ailleurs, il soupçonnait l'âge de son âme transparaître à travers ses traits austères et distants. Elle ne serait jamais plus Alexandra telle qu'il l'avait connu, du moins, le pensait-il. Mais cette elleth lui était tout aussi agréable. Sans oublier que lui la voyait, cette âme si précieuse. Il franchit les derniers centimètres qui les séparaient, et réellement sincère, il tira quelque chose de dessous sa tunique, et déclara :

« Je souhaite vous faire un présent, Varnë ».

Les yeux de l'elleth s'ouvrirent comme deux soucoupes; et balbutiant presque, elle fit confondue :

« Un présent …..?

- Oui ! Thranduil enleva l'alliance orpheline qu'il gardait toujours sur lui, et ôtant la chaîne qui la retenait, il prit la main droite de l'elfe et la posa dans sa paume ».

Ce n'est qu'en cet instant qu'elle vit véritablement l'anneau du souverain. Elle eut un hoquet de stupeur, et murmura « Impossible …. ». Elle ne devait pas le toucher, elle n'était pas d'un rang assez élevé pour ça elle le savait pertinemment, mais tout la poussait à le faire. Lui hurlait même. Ses phalanges emprisonnèrent les mains de Thranduil, qui sur l'instant, crut qu'on l'écartelait de toutes parts. La foudre n'aurait pas pu avoir pire effet. Le pouce gracieux de Varnë caressa la bague faites de tresses et d'or blanc. « Je l'ai tellement dessiné dans mon enfance …. » chuchota-t-elle plus pour elle-même qu'autre chose. Puis, une chaleur incroyable fourmilla sur sa paume. Surprise, elle regarda la bague que le souverain lui avait donné. Là où la pierre était inerte encore quelques secondes auparavant, brillait à présent un soleil vert à nul autre pareil. Thranduil eut toute les peines du monde pour ne pas exulter un cri de joie dément. Tremblotante, Varnë porta l'alliance à tête de biche devant son visage, afin de la contempler. L'émeraude darda une brillance si violente qu'elle dut plisser les paupière pour en encaisser la clarté. Ses iris s'accordèrent avec la gemme, révélant le pouvoir ancestral qui s'éveillait totalement en elle. La fervente pierre propagea sa fièvre dans ses doigts, ses bras, tout son organisme. Varnë crut que tout son sang allait se mettre à bouillir sous peu. Elle sentit la tête lui tourner, tandis que le décor autour d'elle se désagrégeait peu à peu. Un choc violent explosa dans son crâne, et les images de ses vies antérieures défilèrent dans son esprit avec la virulence d'une tornade. C'était plus que sa conscience put en supporter, elle finit par sombrer, totalement inconsciente. Thranduil retint son corps de justesse avant qu'il ne s'écrase sur le rebord de la fontaine. Il ramassa l'alliance qui venait de rouler sur le sol humide. Il fut soulagé de voir que l'émeraude pulsait toujours avec la même ardeur. Mais cette joie fut vite ternie par l'inquiétude. Il était peu commun qu'un elfe perdre conscience, tout ceci n'augurait peut-être rien de bon. Avait-il était trop téméraire en lui offrant ce bijou en ce jour ?

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Son sommeil dura plus d'une semaine. Sept jour de fièvre et de délire, que même les guérisseurs n'expliquaient pas. Son corps, malgré sa température élevée, ne présentait aucun symptôme dû à une quelconque maladie. Le mystère restait entier. Turion et Erunis ne cessaient d'être à son chevet, attendant patiemment leurs parents qui étaient arrivés bien vite après la missive pressante du roi. Varnë ne se souvenait que de rares moments, trop brefs pour être conscients, où on lui parlait et prenait soin d'elle. Elle avait reconnu son frère et sa soeur, sa mère et son père; ce qui avait suscité un questionnement passager qui s'était vite perdu dans le flots d'hallucinations qui faisaient son quotidien. Et, en cette fin de journée, tout s'apaisa, aussi subitement que cela avait commencé. Quand elle ouvrit les paupières, son esprit était devenu clair. Mais surtout, complet. Elle jugea par un rapide coup d'oeil qu'elle était seule dans sa chambre, et que le soleil orange filtrait par la grande fenêtre menant à son balcon. Les rideaux blancs encadraient la croisée comme deux gardes immobiles. Elle porta ses mains à sa vue, puis, souleva le drap et les couvertures. Lentement, très lentement, elle se redressa, et étudia tout ce qu'il y avait autours d'elle. Elle connaissait cet endroit. Ô certes, c'est là que le roi Thranduil l'avait convié à passer les semaines si gracieusement offertes en sa compagnie, mais ses souvenirs étaient bien antérieurs à cela. Ils émergeaient d'une autre vie, qui paraissait à la fois lointaine et terriblement présente. Encore un peu faible, elle se leva néanmoins, et dans sa tenue légère de nuit, la clarté aux nuances de miel enveloppa sa silhouette, la dévoilant en contre-jour. Devant le grand miroir sur pied, elle resta à se regarder longuement. Ce simple acte la ramena à une habitude qu'elle avait déjà eu. Quand elle s'étudiait avec application, lors des moments déconcertants où Idhril faisait son apparition. A présent, elle était le parfait amalgame des deux. Comme une troisième transformation, un papillon sortant enfin de sa chrysalide.

« Je me souviens même de tout ceci …. fascinant …. déroutant …. » songea-t-elle en portant une main à son visage. Elle se reconnaissait, tout en se reniant. Il lui faudrait de nombreux jours, voir des semaines, pour s'habituer à tout ceci. Puis, aussi puissamment que le malaise qui l'habitait face à son propre reflet, les souvenirs de Thranduil lui revinrent. Leurs souvenirs communs. La vague de fond que cela souleva en elle la fit vaciller. De sa voûte plantaire, à la racine de ses cheveux, une ligne de feu incroyable s'éleva. Suffocante elle se dirigea vers la fenêtre et ouvrit grands les battants. Le froid hivernal la saisit. Lui donnant une gifle salvatrice. Ce n'est qu'en cet instant qu'elle vit les premières parures immaculées de l'hiver. Comme saupoudrés de sucre, les arbres reflétaient les rayons cramoisis du soleil couchant. De la vapeur sortit devant ses lèvres entrouvertes, et un tourbillon de sensations à la fois nouvelles et anciennes, s'offrirent sa carnation. Vu son âge, son corps avait connu les premiers émois, mais jamais ils n'avaient déferlé en elle avec autant de violence. Elle agrippa le garde-corps en fer forgé qui ceignait son balcon en demi-cercle, et leva le visage vers le ciel, comme si les étoiles allaient pouvoir l'apaiser un peu. Mais le ciel resta silencieux, et dénué d'un quelconque réconfort. Par contre, la voix qui provint de sa chambre, elle, lui mit les sens en fusion, tout en calmant sa désorientation passagère.

« Il n'est pas sage de vous exposer au froid alors que vous sortez d'une mauvaise fièvre …. ».

Un ton empli de douce tendresse, et d'une légère amertume. Elle se tourna vers lui, et Thranduil dévia le regard en s'apercevant que sa tenue légère camouflait que peu son corps fuselée. Les us et coutumes avaient la vie tenace, et il ne savait pas encore le prodige que l'émeraude avait accompli. Elle baissa les yeux, et se sentit mal à l'aise. Filant vers son lit, elle saisit la robe de chambre en laine qui était posée dessus, et s'emmitouflant dedans, elle répondit, la voix un peu rauque :

« Je ne pense pas qu'un coup de froid en soit l'origine, aran Thranduil …. ».

Son nom roula sur sa langue avec une telle volupté, qu'il en frémit. Il la vit reprendre le chemin de son balcon, pieds nus, alors que le froid au dehors était vif. L'attention braquée au dehors, comme voulant se soustraire à sa présence, il se rapprocha d'elle, et ne sachant plus du tout comment aborder une discussion, il lui vint la première banalité qui lui fût permise de dire :

« Les premiers flocons sont là. Une chance que vos parents aient pu être ici avant que les routes ne soient coupées ….

- Une chance en effet … mais la neige est tellement belle … le froid si vivifiant. Il nous fait ressentir l'existence comme rarement on peut la ressentir. Si ce n'est peut-être, la violence des sentiments …. déclara Varnë profondément troublée.

- Votre coeur a-t-il déjà été confronté à de telles tempêtes ? Demanda Thranduil d'un air innocent, qui la fit sourire malgré elle. Pour sûr, il n'avait pas changé.

- Non .. jamais …. répondit simplement Varnë la voix neutre. Pourtant Thranduil entendait son coeur battre avec une telle vigueur, qu'il crut que la fièvre faisait encore des siennes ».

Il fronça les sourcils, inquiet tout de même, et faisant un pas en arrière, il exposa :

« Je vais aller chercher Silpion, vous n'avez pas l'air totalement remise Dame Varnë …. »

Il se figea bien vite quand elle reprit lestement en le voyant s'éloigne d'elle:

« Jamais …. jusqu'à aujourd'hui …. ».

Quand il braqua à nouveau ses yeux sur elle, un ras-de-marée de sensations s'abattit sur lui. Sans pouvoir l'expliquer, il la vit à nouveau devant lui, telle qu'elle avait toujours été. Son âme, à nouveau complète, flamboyait de nuances à la fois blanches et verdoyantes, dans le brasier du crépuscule. Il se sentit défaillir. Aussi faible qu'un soldat blessé à mort. L'émeraude brillait à travers les couches successives de tissu, l'invitant à la rejoindre. Tandis que ses maigres pas le rapprochait d'elle, elle continua, la voix brisée par les larmes :

« Dès que t'es vu dans cette forêt, j'ai su que mon destin allait changer …. que d'une façon ou d'une autre, nous étions liés …. mais jamais, ô grand jamais, je n'aurai pu soupçonner ceci ….

- Alexandra ? Osa formuler Thranduil, frémissant de tout son être, redoutant sa réplique.

- Alexandra …. Idhril … et à présent Varnë …. que j'en aurai porté des noms à tes côtés …. fit-elle simplement, comme ne réalisant pas elle-même ce qui était en train de se produire ».

La joie était trop grande, la liesse trop importante, pour qu'il puisse la contenir. Totalement éperdu, il vint tout près d'elle, et sans attendre de bénédiction de sa part, il la prit dans ses bras avec force. La collant, la serrant, souhaitant que leur deux organismes viennent à se fondre l'un dans l'autre pour n'en former plus qu'un. Enfouissant son visage dans sa chevelure brune, il hoqueta un « Tu m'a tellement manqué ... » qui lui déchira le coeur en deux. Maladroitement, elle se permit de refermer ses bras sur lui, plus timorée tout de même. Elle était à nouveau elle, mais dans le corps d'une jeune elleth; qui n'avait rien connu de l'amour. Et cela aussi, elle ne pouvait l'évincer totalement. Ce détail faisait également partie de son existence. De sa vie présente, et non pas celle qui fût près de trois siècles en amont. Elle savait qu'elle l'aimait, qu'elle donnerait tout pour lui, mais son éducation actuelle, ce qu'elle était devenue, lui interdisait de se laisser aller comme lui pouvait le faire. Thranduil eut du mal à comprendre sa rigidité. Ce n'est que quand il s'autorisa à poser ses lèvres sur les siennes, et qu'elle eut un bref mouvement de recul, qu'il réalisa ce qu'il était en train de faire.

« Même âme … mais pas même conscience …. c'est cela ? Fit-il avec un chaleureux sourire.

- C'est un peu ça … tout en ne l'étant pas totalement. Mes souvenirs sont trop ancrés pour que ce soit aussi simple. Mais …. je suis Antavarnë, plus Idhril … ou Alexandra … même si tout ceci reste péniblement flou et désordonné dans ma tête … avoua-t-elle avec une étrange grimace ».

Thranduil passa sur le fait qu'elle ne lui avait jamais dit son prénom en entier, qui était au final, le même que celui qu'elle avait porté quand elle fut mortelle, à peu de chose près. Le roi lui saisit les mains, et les serrant avec ardeur, il murmura en ancrant l'océan de son regard dans le sien :

« Je saurai être patient alors …. je te le promets …. »

Le timide sourire qu'elle lui offrit lui chavira le coeur. Puis ne pouvant plus tenir, il la serra à nouveau tendrement contre son torse puissant. Animé par une flamme gigantesque qui aurait pu embraser l'univers entier.

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« Arrêtes …. intima Thranduil avec un sourire amusé ».

Malgré sa demande, il sentit l'herbe lui chatouiller à nouveau la pointe de l'oreille.

« Arrêtes je t'ai dit ! Tu es infernale ! Grogna-t-il en ouvrant les yeux et en tournant la tête vers elle ».

Qu'il était beau ainsi, détendu au possible, le soleil jouant d'éclats sur sa chevelure blonde. Varnë se tenait près de lui, étendue à ses côtés dans la clairière de Chêne. Et ni l'un ni l'autre, ne réalisa que cette même scène fut jouée, au même endroit, il y avait des millénaires de cela. Quand le majestueux chêne qui présidait les lieux n'était qu'à l'état de jeune pousse, et que leurs deux âmes s'éveillaient à l'amour qui allait les lier pour l'éternité. Le rire clair de Varnë s'éleva, accompagnant le chant des oiseaux, et les gazouillis des enfants de Chêne qui couraient le long de ses branches et feuillage.

« Je sais ! Répondit-elle en le narguant. Mais si j'étais sage comme une image, tu te lasserai bien vite de moi, et tu prendrais quelques amantes ….

- Jamais …. tu entends … fit-il soudainement très sérieux, comme si même de prononcer ces mots était une attaque douloureuse.

- Ou moi des amants … continua-t-elle, jouant sciemment avec ses nerfs ».

Il y eu un moment de silence, puis vivement, il se redressa et se jeta sur elle. La plaquant sur l'herbe fraîche, il déclara avec un sourire de fauve :

« Je tuerai sans vergogne celui qui oserait poser sa main sur toi ! Et puis …. je te tuerai peut-être après … je ne sais pas …. à réfléchir !

- Là c'est toi qui es infernal ! Lâcha-t-elle dans une moue adorable ».

Les cheveux du roi glissèrent de dessus ses épaules, et se déployèrent autours d'eux, offrant un couvert chatoyant de rais lumineux comme du mithril. Il lui caressa délicatement les cheveux, puis le visage:

« Crois-moi, je t'ai déjà que trop perdu, je ne saurai recommencer.

- Mais cela n'est plus possible, vu que nous partons bientôt. Rien que de penser que nous allons revoir Legolas, m'emplit d'une liesse incroyable ! S'exclama-t-elle réellement aux anges.

- A croire que tu es plus impatiente de le retrouver que moi ! La taquina-t-il ouvertement.

- Qui sait ! Il a toujours été si avenant, patient, à l'écoute … bref .. la perfection faite d'elfe ! ria-t-elle alors en voyant la mine de plus en plus renfrognée du souverain ».

Elle le charriait, il le savait, mais elle ne pouvait soupçonner l'enfer qu'il avait vécu, par deux fois, en la perdant. Il était certain que son âme ne le supporterait plus si cela advenait de nouveau.

« Nous ne devons pas être en retard au fait ! Tout le monde nous attend ! Mes parents ne vont pas apprécier que tu me subtilises à leurs bons soins avant le grand jour ! Tu sais qu'ils sont très à cheval sur certains sujets. La préparation de la cérémonie leur tient tellement à coeur !

- Et j'imagine que tu veux toujours attendre avant de me laisser le droit de totalement te conquérir ?! Demanda Thranduil faussement boudeur.

- Ho que oui ! J'y tiens mon Roi ! Tu ne vas pas me trousser comme une vulgaire paysanne non mais ! Lâcha-t-elle mi amusée, mi sérieuse. Après tout Idhril avait fait cette demande, qui jamais n'avait pu être exaucée.

- Puisque le protocole l'exige alors …. il faudrait que je songe à abolir toutes ces règles pompeuses avant de partir, sortit Thranduil songeur en se relevant avec lenteur ».

Il aimait la sentir si intimement collée à lui, c'en était presque devenu vital. Une drogue enivrante qui lui faisait allègrement perdre pieds. Il l'aida à se relever, et ne cessa de boire ses sourires. Elle était si vivante, si merveilleusement lumineuse. Elle rosit légèrement devant l'insistance de son regard. Ils étaient fiancés depuis de longues années, et avaient attendus pour se marier. Même eux ne s'expliquaient pas réellement ce choix, du moins, ils n'abordaient jamais réellement le sujet. Etait-ce parce que leur dernier mariage c'était soldé par un drame que tout ceci prenait tant de temps ? Possible, car l'inconscient était un maître autoritaire. Varnë fit un signe à Chêne qui les observait, bienveillante, de loin, puis ils disparurent dans les sous-bois.

Une fois arrivés, ils furent littéralement assaillis par une cohorte de servantes, de caméristes et autres acolytes, qui leur tombèrent sur le râble comme des chiens sur deux pauvres lapins. Il fallut toute la patience de Thranduil pour ne pas les envoyer paître, mais les parents de Varnë étaient derrière tout ce petit monde, apparemment pressés que tout soit au point. Enfin, du moins, la mère de la promise. C'était une Noldo qui avait les cheveux aussi noirs que le père les avait blonds. Une elfe énergique, dont les yeux d'un bleu-gris saisissant, trahissaient un esprit vif et éclairé. Venant d'Imladris, la magnifique femme avait grandie dans les études, l'éveil de l'intellect et la préservation des savoirs des hauts elfes. D'où les prénoms en Quenya de ses enfants. Elle détenait un humour détonnant et quelques fois corrosif, et avait un pouvoir destructeur digne d'une tornade quand tout ne se passait pas comme elle le souhaitait. Seul son époux, elfe Sinda de naissance et Galadhrim de son état, arrivait à la canaliser. Il était aussi impassible qu'elle pouvait être extatique. Et Thranduil pensa à plusieurs reprise, qu'il fallait au moins une telle énergie pour lui soutirer un sourire. C'était réellement déroutant de savoir ses « beaux-parents » plus jeunes que lui. Mais dans cette histoire qui était la leur, rien n'était « normal ». Erunis quant à elle, ne cessait de papillonner, de ci, de là, essayant de riches toilettes en fredonnant. Demoiselle d'honneur et témoin de sa future femme, Thranduil lui passait nombre de caprices, que ses propres parents avaient du mal à lui céder. Le souverain usa de son autorité royale bien des fois, ce qui fit grandement grincer des dents à Turion. Mais, au final, tous s'entendaient bien. Et après des millénaires, Thranduil retrouvait l'animation propres aux familles. Il se sentait enfin entouré, comblé, chez lui. Seul manquait à l'appel son propre héritier, mais bientôt, tout serait parfait. Aredhel, Gladhwen, Brilthor, Golredhel, et même parfois Haldir et Aerlinn, égayaient les murs de la cité longtemps endormie, de leurs rires et leurs chants. Jamais la ville souterraine n'avait été animée de tant d'échos de joie enchanteurs. Ces derniers vibraient et se diffusaient dans la terre, fertilisant les arbres aussi sûrement que l'humus d'automne.

Et puis, lors des premiers frémissements du printemps, là que la couronne du Roi Cerf se paraît à nouveau de feuilles et de fleurs, habillant les branches entrelacées et vigoureuses de sa coiffe royale, la cérémonie eut lieu. Un long et beau mariage, rasoir à souhait comme le voulait la coutume. Mais tandis que Celeborn bénissait une nouvelle fois leur union bien plus prosaïque, Thranduil et Antavarnë lisaient dans le regard de l'autre, les souvenirs de leur premier mariage. Le seul et unique qui compterait à jamais à leurs yeux. Main dans la main, liée par un ruban de soie symbolique, Thranduil passa à nouveau l'alliance à l'elfe devant lui. Là, le voile obscur qui aveuglait leur essence, se déchira. Leurs esprits se touchèrent, s'embrassèrent, se mêlèrent. Tout sembla disparaître autours d'eux, comme si ils s'étaient plongés dans un autre monde, connu d'eux seul. Ce qui était en partie vrai.

« J'avais oublié la sensation que cela faisait ….. murmura l'esprit de Varnë, qui ne put réprimer un sourire.

- Moi non, et j'ai longtemps attendu cet instant, meleth …. je t'aime tellement …. avoua-t-il, les entrailles réellement retournées par cet instant des plus miraculeux ».

Etait-elle là ? Etaient-ils tous là ? Où rêvait-il encore ? Ses phalanges s'accrochèrent à celle de l'elleth, au point de la faire légèrement grimacer.

« Je suis là Thranduil …. je suis là ….. le rassura-t-elle en lisant son trouble et ses craintes intestines ».

« Thranduil ? Répéta la voix de Celeborn qui le toisait avec un air profondément amusé.

- Oui ? Fit le roi crédule, regardant le Seigneur totalement perdu. Il faut dire qu'il ne suivait plus ce qu'il disait depuis un moment.

- Je disais que vous pouviez embrasser la mariée …. annonça Celeborn qui avait l'impression de revoir le jeune prince fougueux et désinvolte qu'il avait connu, il y avait si longtemps déjà.

- Ho .. émit Thranduil passablement gêné par la situation ».

Fauter en ce jour était réellement inconvenant, et irrespectueux. Cependant, quand le rire psychique et cristallin de sa femme vint envahir son esprit, tout malaise se dissipa comme une mauvaise brume. Eblouissante dans la robe blanche et argent qu'elle portait, aussi scintillante qu'une étoile, il se perdit dans les flots de ses yeux verts pour venir s'échouer sur les berges accueillante qu'étaient ses lèvres parfaites. Un baiser plus long que le voudrait l'usage, plus profond aussi, mais rien n'existait plus que cette félicité qui les unissait. S'ensuivit un bal fastueux, où tous partagèrent, se remémorant les moments heureux et malheureux du passé. Varnë en profita pour remercier Gladhwen, Aerlinn, Haldir et Brilthor d'avoir été à l'époque si charitable envers l'humaine qu'elle avait été. Puis; ce fût au tour d'Aredhel, qui lui, ne put cacher son émotion. Qu'elle aima le sentir tout près d'elle, quand il la serra dans ses bras, en lui collant un baiser affectueux sur la tempe.

« Je suis certaine que vous ne l'aviez pas vu venir celle-ci ?! Lança-t-elle alors à mi voix, pour que lui seul entende.

- Qui sait Alexandra … qui sait … lui avait-il alors répondu énigmatiquement ».

Et avant qu'elle ne puisse poser une autre question, il la tira sur la piste de danse, et l'épuisa dans une tarentelle qui la laissa sans souffle. Puis, alors que les prémices de l'aurore effleuraient le ciel, le roi et la reine se retirèrent dans leurs appartements.

Une fois seuls, Thranduil la saisit par la taille, et la souleva du sol comme le plus beau des trophée. Il la fit tourner dans les airs, et elle écarta les bras en riant. Les soieries de sa robe s'étalèrent comme la corolle d'une fleur immaculée, puis, la reposant au sol, un peu étourdie, il l'embrassa passionnément. Leurs lèvres brûlantes se cherchant, se trouvant. Leurs langues scellant la plus digne des promesses. Puis, sans plus attendre, il la coucha avec tendresse sur les couvertures soyeuses aux reflets d'émeraude. La dépouilla de tous ces atours qu'il trouvait superflus. Une fois peau contre peau, il la sentit frémir sous lui. Inquiète, impatiente, fébrile et conquérante. Voulant jouer un peu, il glissa ses lèvres jusque son oreille, et murmura la voix chaude de tendres obligations :

« As-tu tout oublié en ce qui concerne les actes charnels ?

- Tu sais ce qu'il en est, tu lis en moi comme dans un livre grand ouvert, gémit-t-elle tandis qu'il venait honoré sa poitrine de sulfureux baisers ».

Elle se cambra, agrippant les tissus qui accueillaient leurs ébats. Non, elle n'avait pas oublié. Le tumulte qui la secouait, était simplement dû à une appréhension apprise en cette existence. Que Thranduil eut tôt fait de mettre à sac. Il laissa courir ses doigts sur le satin de sa peau, sa langue sur le velours des recoins sensibles de son anatomie féminine. Tout en elle quémanda sa présence, hurla la faim qu'elle avait de lui, avant qu'il ne la possède. L'acte fût d'une tendresse incandescente, où même leurs âmes se brûlèrent, se désagrégèrent, pour renaître ensuite. Folie salutaire. Festin des sens. Plaisir abyssal. Rien de ce qu'ils auraient pu formuler n'aurait pu dépeindre avec exactitude ce qu'ils vinrent à vivre. Essouflés, perdus entre deux niveaux de conscience, ils se lovèrent l'un contre l'autre. Nul besoin de mot, leurs êtres se parlaient. Mélange fabuleux de pensées, de sensations. Le physique devenait un attribut infirme devant tant de perceptions simultanées. Pourtant ce fût bien lui qui en appela à la satiété. Antavarnë, comme une fontaine manquant cruellement d'eau, quémanda en premier son attention. D'abord timide, il en joua en la laissant totalement venir à lui. Son impatience le fit rire quand il commença à le mordiller pour le faire réagir. L'étincelle malicieuse de son regard vert le foudroya sur place, et se sentant la force de soulever des montagnes, il la renversa, et la fit sienne à nouveau. Si le temps leur avait manqué, ils se rattrapèrent amplement. Restant plusieurs jours sans voir personne. Puis, la Vie reprit son cours. Varnë se pencha à nouveau sur les closes du Traité qu'elle avait, dans une autre vie, élaboré. Elle fut plus que satisfaite de ce que tous ces combats, avaient enfanté. Elle ne craignait plus pour Arda, et de toutes façons, le Temps, les choses, tôt ou tard, suivraient leur propre voie. Mais pour le moment, Eru avait en effet eu l'idée qui préserverait encore, et pour très longtemps, ce monde.

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Les voiles claquaient tranquillement dans la brise marine. Les esquifs se balançaient de manière régulière sur les flots à peine ridés. Les mouettes et les cormorans entonnaient leur chant criard au loin, et le ciel azur, augurait un voyage des plus plaisant.

« Allleeer ! Venez ! s'écria la voix du petit garçon sur les quais ».

Ses cheveux d'or sautillant sur ses épaules alors qu'il exécutait de véritable bonds de cabri.

« Almahil ! Grogna Brilthor en lui faisant signe de revenir vers eux.

- Ce petit a une énergie incroyable, soupira Gladhwen qui fit mine d'être désespérée.

- Les chats ne font pas des chiens il me semble, se permit de dire Varnë avec un magnifique clin d'oeil ».

Tous eurent un petit rire à cette boutade, car elle n'était pas si loin; si l'on considérait l'immortalité des elfes; l'elfine téméraire qui musardait dans les bois, se soustrayant sans vergogne aux bons soins de ses dames de compagnie. En groupe plus ou moins serré sur les dalles qui bordaient les quais en bois, tous avaient le coeur serré. Même si ils savaient que ce n'était qu'une séparation, il n'était jamais simple de laisser derrière soi, ceux qu'on avait toujours connu.

« C'est décidé, vous ne voulez pas venir avec nous ? Demanda gravement Thranduil.

- Nous avons encore nombre de choses à faire ici, Aran Thranduil, expliqua Brilthor. Et je ne saurai laisser votre cousin en charge du royaume, sans avoir un minimum de protection digne de ce nom.

- Almahil ne va pas aimer ça ! Je gage que ce petit ressent déjà l'appel de la mer ! S'exclama Haldir avec un doux sourire. Les facéties de ce jeune garçon l'avait toujours amusé. Et je crains que l'absence d'Elen lui pèse à la longue ».

La jeune elleth se sentit rougir à entendant son nom. La fille d'Aerlinn et Haldir avait à présent près de cent ans, mais elle avait exprimé très tôt son désir de quitter la Terre du Milieu. Elle ne s'y sentait pas à sa place. Cela arrivait parfois, et jamais il ne serait venu à l'esprit de ses parents de l'obliger à rester. Aussi, après un longue conversation, ils avaient décidé d'un commun accord, de retourner tous trois en Aman. L'Eryn Lasgalen était à présent aux mains de Gloredhel, qui la gouvernerait avec autant de discernement que son cousin. Aredhel restant avec lui quelques années encore, pour lui prêter main forte. Il était temps pour eux tous, de laisser la relève aux jeunes générations, qui bénies par leurs apprentissages, continueraient à veiller sur leur monde.

Ainsi se tenaient-ils tous sur cette frontière qui les séparerait, comme nulle autre n'aurait pu le faire. Erunis, Turion et leurs parents, vinrent vers eux, et Turion déclara, apparemment enjoué :

« Nos maigres bagages sont à bord ! Ils n'attendent plus que nous pour partir !

- Ainsi donc, voici l'instant où nos routes se séparent, pour de bon. Puissent-elles se retrouver dans des âges plus ou moins lointains, exprima Thranduil une boule dans la poitrine. Après tout Brilthor et Gladhwen étaient comme des membres de sa famille, sans parler de Golredhel et Aredhel, qui restaient eux aussi en arrière. Je suis certain que nous fêterons dignement nos retrouvailles, quand le moment sera venu …..

- Nous vous souhaitons bonne route, Aran Thranduil, que les flots vous portent vers ces terres de promesses, et passez nos hommages à tous ceux qui vous attendent déjà là-bas, dit Gladhwen sincère.

- Au revoir, et merci à tous …. exprima Varnë, que la tristesse du départ affligeait ».

Pourtant, sa mère avait été formelle, ils devaient partir. Nul ne savait cependant pour quelle raison. Il en avait toujours été ainsi, elle détenait des informations que Galadriel lui avait transmise, et elle les gardait toujours jalousement en son sein, comme une mère oiseau couvant sa nichée. Personne ne voulant éterniser ces adieux éprouvants, ils se séparèrent bien vite, après maintes étreintes fraternelles. Puis, la famille de Varnë prit un des deux bateaux qui devaient les mener en Valinor. Aerlinn, Haldir, Elen, et le couple royal, montèrent sur l'autre. Les amarres larguées, les fins navires à l'encolure de cygne, s'élancèrent vers l'inconnu. A la fois nerveux et avides de découvertes, ils purent difficilement ne pas rester longuement sur le pont, à mirer les étoiles, analysant la carte du ciel pour deviner où ils pouvaient se situer par rapport aux terres.

Un soir, alors que la lune inondait tout de sa lueur opaline, Varnë retrouva Thranduil sur le pont. Le roi n'aurait pu soupçonner à quel point prendre la mer le comblerait à ce point de joie. L'ondulation des flots marins qui faisaient agréablement tanguer la coque, était un régal pour ses pieds redevenus marins. Il tendit le bras quand Varnë fut près de lui; le lui passa autours des épaules, et soupira de bien-être quand il sentit sa chaleureuse présence à son côté. Souriant, elle leva les yeux pour admirer son noble profil, et se perdit dans la contemplation de sa beauté immortelle.

« Tu as l'air si serein Thranduil …. tu passes des heures sur ces lattes de bois, oubliant même par moment, que je suis juste en dessous …. fit-t-elle d'une voix légèrement lasse, ce qui surprit son époux ».

Il décrocha son attention de la voûte céleste, et fronça les sourcils.

« Tu as l'air fatigué meleth ….

- Cette traversée m'épuise. Je crains for avoir perdu mes aptitudes à voguer sur les flots sans avoir un minimum le mal de mer. Dire que j'ai sillonné les océans bien avant cette vie-ci, quelle ironie ! Lança-t-elle pleine d'auto-critique.

- Ne sois pas si dure envers toi-même voyons …. tu es parfaite telle que tu es …. et cela ne changera jamais ….

- Ha ?! Releva-t-elle alors dans une moue malicieuse. Même pas quand j'aurai pris quelques kilos de plus, et que ma silhouette s'élargira bien malgré moi ? »

Thranduil la fixa sans un mot, réellement troublé par ces propos si étranges. Il plissa les paupières, totalement confondu, essayant de résoudre l'énigme qu'elle semblait lui poser. Elle lui enlaça la main qu'il avait de posé sur le bastingage, et plaqua sa paume sur son bas-ventre. Le coeur de Thranduil sembla se figer dans sa poitrine. Manquant plusieurs battements, tout en lui injectant une adrénaline démentielle. Il le sentait, là, l'infime mouvement alternatif qui frémissait sous son toucher surdéveloppé. Il concentra son ouïe, et exulta quand il s'exclama :

« Meleth ?! Serait-ce … ?

- Je crois bien que oui …. bientôt naîtra ton nouvel héritier mon cher époux …. ou nouvelle héritière, qui sait …. fit Varnë radieuse, qui appuya un peu plus fermement la main de son époux sur son ventre encore plat ».

Thranduil se dégagea et venant prendre le visage de sa femme entre ses paumes, il vint l'embrasser, encore et encore, ne sachant plus que dire ou que faire pour lui faire part de son bonheur. Mais il n'avait pas besoin de parler, elle savait.

« Rien ne pouvait me rendre plus heureux … plus me combler de bonheur …. je ne sais qui remercier pour tant de bienfaits, après tout ce que nous avons traversé toi et moi !

- Et bien, remercie Eru, Mandos, les Valar peut-être, je suis certaine qu'ils apprécieront, lança-t-elle quelque peu taquine, tant elle savait le nombre de fois où il avait perdu confiance en eux, et les avait même maudits ».

Il lui offrit un sourire entendu, puis la serrant contre lui, il exerça son ouïe à discerner les battements du jeune coeur dans les brouhahas ambiants de planche qui grincent et de vagues qui se brisent. Puis, n'arrivant plus à exprimer quoi que ce soit, il resta avec la future mère de son enfant, à contempler les étoiles dans le presque silence de la nuit.

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Honnêtement, elle ne se souvint pas du moment exact où ils avaient franchi l'ultime frontière. Celle qui les séparait du monde du réel, à celui de l'Aman. Dans le fond, mouraient-ils en arrivant sur ces côtes fabuleuses ? Fendant les flots à la vitesse de la brise, Varnë se souvint d'un conte de son ancienne vie, où les valeureux prenaient le bateau pour atteindre le Valhalla une fois le bord du monde atteint. Du moins, c'est ce que ses souvenirs, parfois un peu brumeux, lui donnèrent comme informations. Eveillée par la voix forte des marins sur le pont, elle se leva et prit son temps pour se préparer. Une fois présentable, elle monta rejoindre Thranduil, qui était debout depuis des heures déjà. Elle se demanda si il avait dormi. Même si il n'en montrait rien, elle savait qu'il était aussi excité qu'un jeune enfant devant des sucreries du solstice d'hiver. Le pas discret, elle se faufila juste à son côté, et pensant avoir réussi à tromper sa vigilance, elle l'entendit la narguer :

« Impossible de passer outre deux coeurs qui s'approchent à l'unissons meleth …..

- La vie est injuste, ironisa-t-elle en pointant le nez vers le port gigantesque qui les accueillait ».

Le port principal s'érigeait face à Tol Eressëa, et longeait le flanc de montagne, comme une perle dans son écrin. Les murs de marbre et d'albâtre étincelaient sous les rayons du soleil. Mais le regard de Varnë fut attiré plus à l'Est, là où au creux de la longue vallée séparant la ceinture montagneuse, se dressait à des lieux et des lieux, les deux arbres de Valinor. Ses yeux d'elfe lui permirent de voir leur puissante ramure d'or et d'argent. Leur écorce iridescente, qui semblait douce au toucher, lisse comme une peau de nourrisson. Elle les entendit. Leurs voix résonnèrent dans sa tête, chantonnant un orphéon de bienvenue, qui lui saisit le coeur. Déjà elle les avait vu, entendu, lors de sa communion avec le descendant de Galathilion. Mais là, ils étaient réels, presque à sa portée. Thranduil lui parlait, mais elle ne l'entendait pas, toute à la contemplation de ce qu'elle pourrait nommer, des amis de longue date.

« Meleth ! L'interpela Thranduil voyant son absence.

- Pardon ? Fit-elle en papillonnant des paupières quelques secondes, totalement perdue.

- Je crois que quelqu'un nous attend de pieds fermes …. dit Thranduil en faisant un mouvement de tête vers le port.

- LEGOLAS ! s'écria Varnë en voyant la silhouette longiligne de l'elfe qui devait être aussi impatient qu'eux ».

Mais à l'instar de son père, il fallait bien le connaître pour déceler toutes les modulations de joie qui parcourait son organisme. Sur le pont, un petit comité d'accueil se tenait prêt. Bien avant que la coque n'embrasse le ponton, ils avaient reconnu Galadriel, Elrond, Legolas et Gandalf. Emu plus qu'il ne l'avouerait jamais, Thranduil fut heureux de les trouver ici. Puis, un peu plus en retrait, les yeux verts de Varnë s'accrochèrent sur un visage encore plus beau que celui de Dame Galadriel. Un minois dont la radieuse beauté effaçait tout autours de lu, encadré des cheveux presque noir, mais qui arborait de singuliers reflets de miel saisissant. Comme si la nuit et le jour s'étaient invités dans les fils de soie de sa chevelure abondante. Des yeux clairs qui semblaient totalement capter la lumière. Des traits qui exprimaient la douceur, et un amour inconditionnel, qui chamboula l'elfe jusqu'au plus profond de son âme. Elle connaissait cette personne, même si elle n'avait pas le souvenir de l'avoir rencontré un jour.

« Par Varda ! Jamais je n'aurai cru qu'une Maïa se serait déplacé jusqu'ici ! S'exclama Thranduil abasourdi.

- Qui est-ce ? J'ai l'impression de la connaître …. fit Varnë troublée.

- C'est Melian ma chérie … celle qui, au plus profond de ton âme, a enfoui son pouvoir et ses connaissances, et qui nous a sauvé par l'intermédiaire de ton corps mortel, lui expliqua Thranduil une boule brûlante dans la gorge. Je crois … sans m'avancer … qu'elle est là pour toi meleth ….

- Moi ? Mais ….

- Tout le monde à quai ! Héla la voix du capitaine, la coupant dans sa réflexion.

- Ne les faisons pas attendre, ce serait réellement impoli, déclara Thranduil en lui prenant la main pour la conduire.

Les deux bateaux mouillés l'un à côté de l'autre, et tous touchèrent la terre ferme au même, moment. Haldir et Aerlinn vinrent de suite saluer Galadriel et Elrond. Quant à Legolas, il s'avança vers eux, le visage mangé par un sourire des plus éblouissant. Dépassant les usages, il vint prendre dans ses bras l'épouse de son père, qui fût des plus surprise qu'il la reconnaisse.

« Nous voyons nos âmes plus que nos corps ici, Alexandra … Varnë … Idhril, qu'importe votre nom … Vous êtes celle que j'ai toujours connu, et que j'ai pleuré. Mais mon coeur se gonfle de liesse de vous revoir, et en si pleine forme, le léger tressaillement dans sa voix trahissait son intense émotion ».

Puis, alors qu'il allait dire autre chose, il fut coupé par une voix aiguë qui lui fit tourner la tête vivement.

« Varnë ! Varnë ! » la voix d'Erunis arrivait même à couvrir le chaotique tumulte des quais environnants.

Que dire si ce n'est que Legolas crût que son coeur venait d'être crucifié sur place. A peine eut-il croisé son regard, que toute son âme s'élança vers elle. Celle qu'il avait toujours attendu, celle qui lui était destiné. La jeune elleth les rejoignit d'un pas trop rapide pour appartenir à celui d'une Dame, et elle se figea presque quand elle vit le prince à côté de son père. Turion et ses parents sur les talons, la mère de Varnë esquissa une moue mystérieuse, en venant vers Galadriel. Elle salua cette dernière avec perfection, tout en déclarant si clairement qu'aucun doute ne fût possible :

« Dame Galadriel, voici mes deux filles, l'une destinée à un Prince, l'autre destinée à un Roi ! Il me semble que tout est à sa place à présent …. ».

Tous les visages s'allongèrent à ces mots. Ainsi donc, était le secret qu'elle gardait si précieusement depuis des siècles. La fameuse prophétie que la Dame Blanche lui avait dévoilé bien avant la guerre de l'anneau unique. Les dieux étaient de réels farceurs dans le fond, car depuis for for longtemps, ils manigançaient tout ceci. Tout s'imbriquait trop parfaitement pour que ce soit le fruit du hasard. Si hasard il existait. Mais Varnë savait que non. Tout aussi clairement que Turion avait été Angrod, Erunis était la réincarnation de sa soeur Gabrielle. N'étaient-ils pas ceux-là même qu'elle avait vu en dernier, dans les Cavernes de Mandos ? Toutes ces révélations la bousculèrent, la malmenèrent aussi quelque peu. Il y avait encore tant à partager, et peut-être même, à découvrir, là que tout était nouveau pour eux tous. Croiseraient-ils Oropher ? Ninglor ? Tout ceci n'avait plus d'importance, car là qu'ils se parlaient comme faisant partie de la même famille, ils surent que leur ultime but était atteint.

Après des minutes de sage attente, Melian s'approcha enfin. Tous les hauts elfes s'écartèrent pour lui laisser le libre passage, baissant la tête devant sa beauté. Varnë avait tout de même du mal à réfréner son envie de la regarder bien en face, de la contempler, elle qui, elle le savait à présent, l'avait toujours accompagnée. Que ce soit sur Arda, ou sur Terre. La Maïa glissa une main chaleureuse sous son menton, et le lui faisant relever pour qu'elle puisse admirer son minois coloré de rose sous l'émotion, sa voix s'éleva, magnifique, hypnotique. Le chant n'avait-il pas été un de ses plus fabuleux attribut ? C'est là que Thranduil comprit. La voix d'Alexandra, d'Idhril, et même de Varnë dans cette vie, avait toujours était le fil conducteur qui la reliait à cette part de divinité. Les yeux clairs de la Maïa se plissèrent dans une expression de pure affection, et elle déclara :

« Mon enfant, que de dures épreuves, de durs labeurs, tu as traversé. Je voulais m'en excuser. Ton âme, malgré tout ce que tu as enduré, a su rester noble et pure. J'ai été si fière de toi. Même lors de certains errements. Là où tu m'es peut-être apparue plus belle encore. Accepte ce présent que nous t'avons fait, en guise de remerciement, en preuve de notre gratitude éternelle ... »

Si il y avait pu avoir un trou de souris où se fourrer, elle s'y serait jetée à corps perdu ! Tant la confusion et le malaise qui l'envahissaient, la faisait se sentir sotte et minuscule. Varnë sentit sa gorge se dessécher sous l'impressionnante aura de l'Ainu semblant l'envelopper et la consumer sur place.

« Je t'attendrai aux Jardins de la Lórien, quand tu seras prête à me rejoindre. Reposes-toi, acceptes les dons que la vie t'a offert, et aimes ceux qui sont à nouveau là pour toi …. sans parler de ceux qui seront dans un avenir proche … fit Melian avec un sourire entendu en décochant un léger coup d'oeil au ventre de l'elfe en face d'elle.

- Je vous promets de me faire digne de tels présents …. » réussit juste à répondre Varnë, totalement impressionnée par la Maïa qui se redressa, et les saluant en silence, s'en retourna en sa demeure, les laissant abasourdis et subjugués par sa courte présence.

Ils mirent plusieurs secondes avant de bouger et de reprendre leurs conversations. Legolas, hypnotisé par les yeux gris d'Erunis, eut du mal à détacher son attention de cette jeune elleth vibrante de vie et de lumière qui venait de chavirer son essence. Varnë dût lui toucher le bras pour qu'il fasse attention à elle. Une fois qu'il eut posé son regard sur son amie, il attendit qu'elle lui répète ce qu'elle venait de dire.

« Et Gimli ? Je le croyais parti avec vous ? N'est-il pas séant à vos côtés ? S'inquiéta Varnë, l'air profondément chagrin.

- Nous avons bien traversé la grande mer, puis les frontières qui séparent les Terres du Milieu de Valinor. Les Valar lui ont fait grâce de finir sa vie ici, mais pas de lui octroyer la vie éternelle …. expliqua Legolas d'un timbre légèrement amer. L'évocation de son ami le touchait toujours autant.

- Ho … que c'est dommage … j'aurai tellement voulu le voir, et le remercier lui aussi … qui sait, peut-être qu'au dernier chant, nous nous retrouverons tous … elfes, hommes et nains … fit Varnë réellement peinée par la disparition de la plupart de ses amis.

- En effet … je gage qu'Eru peut nous réserver maintes surprises. Mais que votre coeur s'allège de tant de chagrin, car il a vu la plus belle lumière avant de s'éteindre. Celle qui au détour d'un bois, a enflammé son coeur et son âme … éveillant en lui, le plus parfait des amours …. fit Legolas en regardant Galadriel qui parlait longuement avec Haldir, Aerlinn et Elen leur fille.

- Alors ma peine se voit moins lourde en effet, que de savoir ceci, déclara Varnë en laissant glisser son regard sur la magnifique Dame Blanche ».

Celle-ci lui décocha un bref regard souligné d'un sourire bienveillant, comme si elle les avait entendu. Ce qui était peut-être le cas. Le bras de Thranduil vint lui enserrer la taille, et venant lui embrasser la joue chastement, il déclara à voix basse, très ému même si nul ne pouvait le deviner :

« Et voilà, nous voici au terme de nos aventures. Qu'il en a fallu, de longues années, et de combats, pour en arriver là …. là où tout est parfait ….

- Mais rien ne s'acquiert avec facilité mon tendre époux …. fit Varnë qui laissa couler son regard vert sur tout ce qui les entourait ».

Elle s'installa confortablement dans l'étreinte chaleureuse qu'il lui offrait, puis, calant son visage face à l'azur se liant à l'outremer sur l'horizon, elle récita, lentement, comme un hymne à leur amour, et leurs deux êtres en frémirent ensemble :

« Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu'un Ange très-savant a sans doute aimantés;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.

Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu'ont les cierges brûlant en plein jour; le soleil
Rougit, mais n'éteint pas leur flamme fantastique;

Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul soleil ne peut flétrir la flamme … »

FIN

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Et voilà ! Nous y sommes ! Le mot FIN est là ... C'est une grande joie, et à la fois, une grande tristesse que de le marquer.

Joie, car ça fait plus d'un an que je travaille dessus cette histoire, et qu'avec ces 55 chapitres et ses 760 et quelques pages (sans bêta lectrice je vous le rappelle), on peut dire que cette FanFiction a presque tout d'un Roman ! ;)

Je vous remercie TOUTES ! Vous mes fidèles lectrices, qui êtes passées par tous les états lors de votre lecture ! Qui malgré mes retards, et les longueurs, avaient toujours répondu présentes ! Vous avez toute ma reconnaissance pour cela !

JulieFanfic, Eilonna, AccroOvampire, Neipthys16 (pensée particulière pour "tu sais quoi" je pense),Sandrine, et Toutouille (qui même si tu es discrète, m'a énormément apporté ici et ailleurs). MERCI à vous Mesdames (ainsi que les lectrices et lecteurs de passage), vous avez été mes étoiles lors de quelques errances dans l'obscurité ^^

Je remercierai également mes détracteurs, et aussi "celles" qui m'ont délaissé en cours de route. Car sans obstacle nous ne pouvons réellement savourer une "victoire" je pense (la mienne actuellement c'est d'être arrivée jusqu'au bout !). Il faut des choses négatives pour nous faire nous remettre en question, et savoir définir exactement ce qui nous motive. Savoir aussi si nous courbons l'échine ou au contraire, si nous voulons nous battre jusqu'à la fin. Sans vous, je n'aurais pas été capable d'en prendre conscience dans le fond ^^.

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Merci également à l'organisation du "Sea Shepherd" qui m'a beaucoup inspirée lors de la création du personnage d'Alexandra.

Elle vient de ça, de toutes ces émissions que j'ai pu voir sur leurs actions, ainsi que celles de toutes ces personnes au quotidien; et à travers le monde qui se battent pour notre Terre. Souvent avec un manque de moyens flagrants. :(

Un peu comme l'a justement souligné Toutouille un jour, il y a aussi une forte inspiration Miyazaki qui transpire quelque fois dans cet écrit. C'est normal, et même je dirai, fait exprès, car je l'ai écrit dans le but d'en faire une "fable moderne" (sans prétention bien sûr).

Une fanfic qui marque également certaines de mes "croyances" ou réflexions sur l'Univers qui nous entoure. Dont nous faisons parti.

Mais dans l'unique et simple objectif de vous dire que, rien n'est figé. Rien n'est taillé dans le marbre. Nous avons tous un pouvoir, au quotidien, c'est celui d'améliorer les choses. De faire de ce monde, un endroit plus agréable à vivre, par des "combats" à notre portée, qui se présentent à nous parfois sous l'illusion de choses inutiles et insignifiantes. Rien n'est inutile ou insignifiant. C'est ce que j'ai voulu transcrire dans cette fanfiction, une mortelle détenant "plus de pouvoir" que les immortels. Sans parler de pouvoir magique bien évidemment. Son don se tenait ailleurs, dans tout ce qu'elle était, et nous sommes tous uniques ! ^^

Voilà ! Je crois avoir tout dit, je vous laisse après cet épilogue digne de la longueur d'une saga des "Feux de l'Amuuuuurr" ! :p

Je répondrai à vos questions au besoin ... à présent je vous laisse vivre d'autres aventures !

BISOUS à toutes et à tous ! Soyez libres et heureux !

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Sandra Lutices.D.

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