Jamais je ne cesserai de louer la crétinerie de Potter. Ce type est vraiment le bouc émissaire idéal.

J'ai envie de manger un beignet au miel… triple crotte du calamar géant, ce n'est pas le côté des cuisines. En plus, je dois continuer à courir pour être à l'heure pour le rendez-vous au pied de la sorcière borgne.

Ce sera le bouquet final…en petit comité. Mine de rien, ni Mnémosyne ni moi n'étions sûres que nos jules respectifs nous pardonnent d'avoir ruiné la réputation de leur ami.

Personnellement, la vie de Potter ne me fait ni chaud ni froid… Mais pas Lui.

Jason se matérialise brusquement à côté de moi, sans que je cesse pour autant de courir. Je ne suis pas au meilleur de ma forme, il pourrait aisément me dépasser. Mais il n'en fait rien.

Je sens le coup foireux…

Qu'est ce que je disais ?

Avant que je puisse dire ouf, Jason m'a soulevée comme un vulgaire paquet et continue à courir. Mais pour qui il se prend, ce type ? Ce n'est pas parce que je sors de Sainte Mangouste qu'il a le droit de toucher à Ma Grandeur ! Non mais sans blague ! Si on continue comme ça, les Serpentards pourront m'adresser la parole !

- Espèce de WC bouché, je grogne entre mes dents.

- Voilà un compliment qui me va droit au cœur, réplique mon satané frère sur un ton sarcastique. Inutile de t'énerver, on est bientôt arrivés.

Je ne suis pas énervée ! A-t-on jamais vu ma grandeur se laisser aller à piquer une crise ? Non ? Vous voyez bien ! Aucun danger que je m'énerve…

Quoique si, en fait. Peut-être un peu.

Nous arrivons. Maïa et Mnémosyne sont déjà au rendez-vous avec Ajax et Ulysse.

- Marrant, remarque Maïa. Je ne savais pas qu'un petit frère pouvait être un excellent esclave…tu me donnes matière à penser…

Hinhin… Ajax n'a pas l'air très content. J'imagine sans peine que dans sa tête il revoit tous les scénarios de meurtre qu'il connaît, histoire de choisir le pire.

…au cas où, j'espère.

- Fais ça, et je te colle mon pied là où je pense ! grogne-t-il.

- Et la galanterie ? demande Mné.

- Ce n'est qu'une légende, ma chère. Si je ne vous adorais pas autant, toutes, vous seriez maltraitées comme des elfes.

- Même moi ? je demande.

Qu'il réponde oui et je lui fais la peau.

- Non, tu fais trop peur.

- Merci…

Ah, j'entends des bruits de pas. Déméter arrive, ébouriffée et essoufflée par sa course.

Moi, au moins, j'avais trouvé un moyen de transport pratique et peu fatiguant… Note personnelle, tout de même. La prochaine fois, on utilisera des balais. Mnémosyne sait voler. Je suis sûre qu'elle acceptera de passer outre son vertige, pour une fois.

Au pire, elle fera du rase-mottes. C'est ce qui fait le plus peur. Mais en ce cas, il ne faudra pas oublier d'enfermer Potter dans un placard.

…zut. On est censé avoir conclu une alliance. J'avais oublié.

- Tu as pu semer Evans ? demande Ulysse sur un ton aussi badin que s'il s'était enquis de la météo.

- Elle a renoncé quand j'ai renversé les armures. Léto arrive bientôt avec Potter.

Ah oui…en effet. D'ici, je peux entendre ses cris de sauvage. Ils sont d'une poésie tellement profonde qu'elle en est à sec.

Si je comprends bien, elle vient de traiter Potter de poubelle mal lavée…

- Dix…je murmure…neuf…chacun à son poste !

Je me cache derrière la sorcière borgne. Mnémosyne marmonne quelque chose sur la carte et se cache dans un trou qu'elle vient d'ouvrir. Ulysse hante les tentures.

Jason est…dans une armure ? Il m'étonnera toujours, celui-là. Déméter se désillusionne tandis qu'Ajax prend l'immobilité d'une statue.

- Où est Aphrodite ? dit soudain Maïa en s'immobilisant au milieu du couloir.

C'est vrai, ça, où est la petite ? Nom d'un rôti…j'espère qu'il ne lui est rien arrivé d'ennuyeux…

- Black l'attrapée ! nous informe Mné depuis son trou. Lui et ses potes se sont enfermés dans une salle de classe avec elle !

…Les pauvres… Quels inconscients ! Bon, il faudra que je règle ça avec Sirius, entre autres.

Entre autres…

Non, Eurynome, je t'interdis de penser à ça. Tu as un travail à terminer. Après, tu auras le temps.

C'est ça, après. Sort Sirius de ta tête.

J'ai dis sors !

Soupir. Je suis folle, et pas qu'un peu.

- J'y vais, déclare Maïa sur un ton péremptoire.

- Mets-les au parfum ! se dépêche de crier Mnémosyne.

Ben oui, Léto arrive. Ce serait dommage que, dans la vitesse, elle fonce dans l'une de nous et que Potter s'échappe.

Il ne se priverait pas de s'en vanter. Heureusement qu'Ulysse a pris des photos d'aujourd'hui, ça pourrait lui rabattre le clapet.

Faudra que je les affiche dans la Grande Salle.

En attendant, je comprends Mné mieux que personne. Cela vaut mieux pour elle et moi que nous n'essuyons pas les foudres des garçons. Ils doivent comprendre que notre petit divertissement d'aujourd'hui n'est pas méchant. Juste un simple retour des choses.

Oui, Maïa sera mieux qualifiée pour leur clouer le bec. Une scène de ménage – enfin, une autre – ne m'aurait guère arrangée.

Maïa disparaît à la vitesse de l'éclair, tandis qu'au bout du couloir émerge Léto. Elle court à de grandes foulées souples, aussi à l'aise que si elle marchait.

Hum…je la connais…et je connais Potter. Il était essentiel pour nous qu'il la suive jusqu'au bout. Je veux bien être transformée en Servilus si elle a gardé cette cadence sur tout le chemin.

J'admire l'endurance de ma chère sœur. Elle, au moins, n'entretient pas de rapports conflictuels avec des balais…

Il faudra que je règle ça.

Léto arrive maintenant. La logique voudrait que je sorte une phrase classe, quelque chose qui reste dans les annales, mais je suis définitivement…pas inspirée.

Tant pis. La fatigue fait des ravages, quand elle s'y met. Je termine ce que j'ai à faire, et puis…dodo.

En ronflant, pour embêter Evans, qui est dans le dortoir voisin.

Hum, oui, bon, d'accord. Ça ne vous intéresse pas. Potter est là, et il est temps de lui régler son compte.

- A l'assaut ! je hurle.

Ha ! Potter comprend enfin dans quel traquenard il est tombé ! Désolé, choupinou, inutile de t'échapper. Promis, ce coup-là est le dernier.

Le crétin de service a à peine le temps de cligner des yeux que des cordes jaillissent de l'armure pour s'enrouler autour de ses chevilles.

Jase, tu es le meilleur.

Léto pousse un hurlement bestial digne de l'ours qu'elle est et se jette sur la malle où nous rangeons nos instruments. Après quelques secondes de fouilles poussées consistant à tout éparpiller autour d'elle, elle pousse un cri de victoire, et sort…la couche sale de Pyrrhus.

- Sous la tête ! elle hurle ! Ce sera un parfait oreiller !

Hum… Je plaindrais presque Potter. Mais attention, j'ai dit presque, hein. Il n'avait qu'à ne pas se frotter à moi. Enfin, tout de même, ce n'est que le hasard si Pyrrhus était malade ce jour-là.

Pendant que Potter subit le martyre à coup de tomates pourries, chaussettes sales, et autres horreurs – j'ai laissé carte blanche à ma fratrie, et ils sont très imaginatifs…normal, ce sont des Délos. CQFD – enfin, je disais que pendant que Potter subit le supplice mérité de sa vie, je m'agenouille auprès de lui.

- Tu sais quoi ? je lui dis avec mon sourire le plus sadique. Evans aura de la chance si jamais on retrouve ne serais-ce qu'un de tes ongles… D'abord, on va te découper en rondelles…

- Mais ce n'est qu'un apéritif, renchérit Jason. Ensuite, les elfes voudraient servir du steak de cerf au dîner…

- Mais avant cela, tu seras bouilli avec des salsifis, pour la soupe.

- Et après, tu serviras de dessert au calamar géant.

- A moins que ce ne soit à un loup-garou ? Je n'ai pas encore décidé…

- Au fait, il est confortable, ton lit de chaussettes ? demande Léto en montrant les crocs. Désolée que tu ne puisses pas parler, mais tu comprends, cette paire sentait si mauvais que je n'ai pas pu résister à la mettre là…

- Humpf ! Humpf !

- Je crois qu'il approuve, déclare Mné en ouvrant une boîte de vers de terre.

- Humpf !

- Parfait ! je reprends. Alors maintenant, Potter, laisse-moi te donner un conseil : ou bien tu t'excuses demain de m'avoir autant saoulée à Sainte Mangouste…

- Ou bien on colle à la Glue Perpétuelle dans la Grande Salle les photos de toi sur la toile, achève Ajax.

- Passe une bonne fin de journée, murmure Déméter sur son ton le plus machiavélique.

Mné vide un bocal d'yeux de crapauds, et c'est terminé. Potter gît dans le couloir. Je suis sûre qu'une bonne âme viendra le délivrer bientôt.

Pas Evans, Léto lui a fait les poches lorsqu'elle était sur la toile.

Tiens, d'ailleurs, ça me fait penser…j'ai la baguette de Potter. Grand bien lui fasse.

J'espère que Maïa s'occupe bien des autres zigotos, et les mets au parfum. On traitera leur cas demain. Demain…

Demain je reverrais Sirius… Sirius… Sirius…

Je crois que je vais rêver de lui cette nuit…