Hello, Hello!

Et voilà... Comme Harry dans ce chapitre, nous allons nous aussi bientôt nous dire au revoir, alors, préparons-nous tout doucement.

Entre parenthèse, la chanson dont est tirée la citation de début de chapitre est tellement HP que je ne peux que vous la conseiller.

So pour presque la dernière fois,

Enjoy & Review!


Long live the reckless and the brave
I don't think I want to be saved
My song has not been sung

All Time Low – The reckless and the brave

Longue vie aux intrépides et aux courageux

Je ne crois pas vouloir qu'on me sauve

Mon chant n'a pas encore été chanté

All Time Low – The reckless and the brave

Chapitre 55 : The Reckless and the Brave

« Severus ? »

L'appel de la jeune fille était hésitant mais Severus ferma tout de même les yeux, rattrapé par le passé. Il n'aurait probablement pas dû venir dans cette pièce alors qu'il avait réussi à éviter, plus ou moins efficacement, de se retrouver seul à seul avec Lily, ces deux dernières semaines. Mais la potion était prête, ils partiraient en fin d'après-midi et, soudain, il n'était plus parvenu à se rappeler pourquoi il souhaitait éviter une confrontation qui n'avait que trop tardé.

« J'avais oublié à quel point cet endroit sentait le renfermé. » lâcha-t-il, sans se retourner.

Il avait délaissé les nombreux coussins roses fanés dispersés aux quatre coins de la pièce, les quelques croquis que Lily avait abandonnés ci-et-là et les livres oubliés, dès qu'il était entré dans l'ancienne salle de Divination, pour aller se planter devant la fenêtre, bien qu'il n'y ait pas une vue moins intéressante dans tout le château. Leur quartier général, s'ils en avaient eu un, lui paraissait soudain minuscule.

« C'est à cause de l'encens. » répondit Lily. « On a jamais réussi à faire partir l'odeur, même quand… »

« Nous avons manqué faire exploser cette aile du château avec la potion désodorisante. » termina-t-il pour elle, ses lèvres s'étirant malgré lui en un sourire amusé.

« Je t'avais dit que tu mettais trop d'écorce de cèdre ! » se défendit Lily.

Il sentit quelque chose se dénouer en lui.

« Tu l'avais dit. » confirma-t-il. « Et tu avais raison. »

Il se retourna finalement et se souvint brusquement de pourquoi discuter avec cette Lily ne lui apporterait rien. Elle avait quinze ans. Ils n'avaient pas en commun les terribles années qui les avaient façonnés. Pour elle, ils étaient toujours amis. Pour elle, il ne l'avait pas encore trahie. Pour elle, les choses étaient et, visiblement, demeureraient différentes. Son double ne rejoindrait jamais les Mangemorts. Sans doute ferait-il une erreur de la même ampleur mais, au moins, il ne trahirait pas Lily, il ne rapporterait pas la prophétie et il ne serait pas responsable de la mort de la seule personne qu'il ait jamais aimée.

Il ne fallait, cependant, jamais sous-estimer Lily.

« Tu m'évites. » l'accusa-t-elle gentiment, en venant le rejoindre.

Elle s'appuya contre le mur, jeta un coup d'œil par la fenêtre puis, ne voyant rien de bien intéressant, lui redonna sa pleine attention.

« Ne devrais-tu pas être avec Harry ? » esquiva-t-il. « Je pensais qu'il faisait sa tournée d'adieux. »

Il prit soin de prendre un ton exaspéré mais ça ne trompait pas Harry et ça ne trompait pas davantage Lily.

« Ils jouent au Quidditch. » soupira-t-elle. « Je vais y retourner. Je voulais juste te parler. »

Jouer au Quidditch… Il n'était pas certain d'approuver cette activité. La dernière fois que le gamin s'était aventuré dans les airs…

« Me parler ? » releva-t-il. « Pourquoi ? »

Il avait perdu ses piques, son ton menaçant et son dédain. Comme toujours face à Lily, il était désarmé. La conversation lui semblait fausse, irréelle… Il avait passé tellement d'années à en faire une sainte dans ses souvenirs que la voir si humaine, si vraie, lui paraissait étrange.

« Parce que je crois que tu as des choses à me dire et que tu ne devrais pas partir sans me dire au revoir. » répondit-elle, doucement.

Severus cessa de scruter son visage, d'en détailler chaque trait, pour détourner brusquement les yeux. Partir… Dire au revoir… S'il avait pu ne jamais avoir à quitter Lily… Il se serait volontiers contenté du rôle de Professeur. Il se serait volontiers contenté de la savoir en vie.

En un sens, il était impatient de partir. Ses bagages – et ceux du gamin, il s'en était assuré – étaient bouclés, la potion était prête… Ils ne pouvaient pas reculer beaucoup plus longtemps leur départ. Harry alternait les phases d'euphorie avec celles de désespoir depuis des jours. Le gamin était heureux de retrouver ses amis mais affligé de devoir quitter ceux qu'il s'était fait à cette époque. Severus n'en montrait rien mais n'était pas loin de partager l'état émotionnel de l'adolescent. À présent qu'ils n'avaient plus de véritable secret à dissimuler, cette époque paraissait bien plus accueillante que celle où il devrait recommencer à jouer son rôle d'espion et où, par conséquent, il perdrait…

Rien ne serait plus comme avant.

Le dernier petit-déjeuner qu'il avait partagé avec Harry dans leurs appartements, le matin même, avait manqué le convaincre de retarder le départ. Il n'y aurait plus de petits-déjeuners. Il n'y aurait plus de discussion, le soir, au coin du feu. Il n'y aurait plus de disputes parce que le gamin était incapable de ranger sa chambre. Il n'y aurait plus de moments de détente où il était si facile d'oublier qu'ils étaient en guerre. Et son cœur cesserait de s'emballer stupidement à chaque fois que le Gryffondor l'appelait 'papa' sans s'en rendre compte. Ça arrivait rarement, c'était généralement inconscient, mais Merlin, ce que Severus aurait donné pour pouvoir conserver ça.

Impossible évidemment.

Pas tant que le Seigneur des Ténèbres voulait la tête d'Harry et qu'il devait lui-même jouer son rôle. Il ne pouvait pas se permettre la moindre faiblesse, il ne pouvait pas se permettre de se trahir. Et il ne voulait pas que le garçon soit inconsolable quand sa fin viendrait – et elle viendrait, il le savait. Elle viendrait bien avant la fin de la guerre.

Il avait passé des jours à réfléchir à la place qu'il pouvait occuper dans la vie d'Harry, une fois de retour à leur époque. Il avait passé des jours à imaginer des scénarios absurdes dans lesquels il parvenait à garder la même relation avec lui, mais… C'était un risque. Et en imaginant qu'il ait été prêt à le prendre, Albus, lui, ne le serait certainement pas. Ils pourraient probablement parvenir à discuter de temps en temps, Harry pourrait sans doute se tourner vers lui en cas de problème, mais pas de la même manière.

Cela ne signifiait pas qu'il avait la moindre intention de l'abandonner. Il y avait plus d'une façon de protéger quelqu'un. D'abord, la première chose qu'il aurait à faire était de le sortir des griffes de Pétunia. Ensuite, alerter Minerva parce qu'elle ne laisserait pas Dumbledore enterrer l'affaire. Puis lui trouver un autre tuteur, quelqu'un en qui le gamin avait confiance… Et enfin, l'Horcruxe, évidemment.

« Sev ? » insista Lily, en posant une main sur son bras.

Le Professeur ne sursauta pas.

« Lil ? » répondit-il, dans un réflexe que les années n'avaient pas su effacer.

Le regard vert fouilla le sien plusieurs secondes, puis elle ôta sa main et resserra distraitement sa queue de cheval.

« Au début de l'année… » hésita Lily. « Harry a dit à Sev – mon Sev – qu'il avait vécu chez son oncle et sa tante. C'était Pétunia ? »

Il n'aurait probablement pas dû mais il n'avait jamais su refuser quoi que ce soit à son amie. Il acquiesça d'un bref hochement de tête.

« Il a aussi sous-entendu qu'ils ne s'occupaient pas bien de lui. » continua-t-elle.

Son ton était gardé mais il la connaissait par cœur, suffisamment pour savoir qu'elle était furieuse et que si elle s'était retrouvée face à Pétunia à l'instant…

« C'est un euphémisme. » grinça-t-il, parce que penser aux Dursley lui donnait des envies de meurtre. Un placard. Un placard minuscule sous un escalier. « J'ai toujours dit que Pétunia était une harpie. »

Lily eut un mouvement d'agacement, comme à chaque fois qu'il s'avisait d'insulter sa sœur, mais ne le reprit pas.

« Il vit avec toi, maintenant, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle. « Tu as sa garde. »

Severus détourna la tête.

« La situation est compliquée. » soupira-t-il. « Et quand bien même ne le serait-elle pas, je n'ai aucune chance d'obtenir sa garde. »

« Pourquoi ? » s'enquit Lily.

Il y avait tellement de réponses à cette question… Pourquoi ? D'abord parce qu'il lui aurait fallu l'accord des Dursley ou de Black ainsi que celui de Dumbledore et du Ministère et… Et tout ça n'était que des excuses. La véritable raison était de son fait, comme toujours.

Il défit les nombreux boutons qui emprisonnaient son poignet et remonta la manche, avant de montrer son avant-bras à la jeune fille. Dénudée, la Marque des Ténèbres contrastait avec sa peau diaphane de telle manière qu'on aurait pu croire à la gangrène.

Il observa Lily tandis qu'elle étudiait son plus gros regret. Il aurait probablement dû détourner les yeux de honte mais il n'en était pas capable. Il voulait voir le dégout, la déception et le rejet sur son visage parce que ça l'aurait rapprochée de sa Lily à lui. La Lily adulte et désabusée que cette adolescente n'était pas encore.

Toutefois, quand ses yeux verts se levèrent vers les siens, il n'y avait rien d'autre qu'une profonde tristesse dans son regard.

Sa main fine se posa sur la Marque sans parvenir à la masquer tout à fait.

« Pourquoi ? » répéta-t-elle, dans un souffle.

Et il haussa les épaules.

« Je t'ai perdue. » offrit-il franchement. « Je t'ai perdue et je n'avais pas Harry pour me ramener dans le droit chemin. »

Elle ferma les yeux très fort, signe qu'elle cherchait à ravaler des larmes.

« Ce n'était pas ta faute. » s'empressa-t-il de la rassurer. Rien n'était de sa faute.

« Si Harry n'avait pas été là, je t'aurais laissé tomber parce que c'était plus facile que de continuer à me battre contre tes préjugés stupides. » répliqua-t-elle. « J'aurais abandonné. J'ai abandonné, là d'où tu viens, en quoi, exactement, n'est-ce pas ma faute ? »

À son tour, il ferma brièvement les yeux.

« Parce que tu n'es pas elle. » murmura-t-il, la voix tremblante. « Tu n'es pas ma Lily. Et elle… Elle avait ses raisons. J'avais les miennes. Nous n'étions pas faits pour suivre la même route. »

Elle secoua la tête, envoyant voler ses cheveux à droite et à gauche.

Il récupéra son bras et reboutonna sa manche. Il n'oubliait jamais cette Marque mais il refusait de l'avoir sous les yeux en permanence.

« Tout est différent, à présent. » lâcha-t-il, avant qu'elle ait pu tenter d'argumenter davantage. « Pour toi comme pour moi. Tu n'auras pas le même futur. Ce Severus n'aura pas le même futur. »

« Grâce à Harry. » soupira-t-elle.

« Grâce à Harry. » répéta-t-il, sans parvenir à dissimuler une pointe de fierté.

Elle le dévisagea en silence, puis sourit lentement. Il avait passé des années à rêver de ce sourire.

« Je l'ai toujours su. » annonça-t-elle.

Il fronça les sourcils. « Quoi donc ? »

« Que tu ne serais jamais comme Tobias. » déclara-t-elle. « Tu es un homme bien, même si tu as fait des erreurs. Tu es un bon Professeur. Et tu es un excellent père. »

La gorge serrée, il fut incapable de répondre.

Au bout d'un long moment, il trouva à nouveau la force de croiser son regard.

« Je suis désolé. » déclara-t-il, la voix lourde de tous les regrets et de toute la douleur que ses décisions passées avaient engendrés.

Il ne précisa pas pourquoi il était désolé. Il ne précisa pas que c'était pour l'avoir blessée, pour avoir pris la Marque et, ensuite, pour avoir rapporté cette foutue prophétie qui lui avait empoisonné la vie depuis lors. Il ne précisa pas qu'il était désolé d'avoir provoqué sa mort.

Elle ne comprendrait pas de toute manière, elle ne le pouvait pas. Ce n'était pas à celle Lily-ci qu'il aurait voulu présenter des excuses. Ce n'était pas à celle Lily-ci qu'il s'adressait véritablement. Cette Lily n'était, pour lui, qu'un écho de celle de ses souvenirs.

« Je te pardonne. » offrit pourtant Lily, sans savoir ce qu'elle absolvait.

Mais ces mots dans sa bouche… Cette voix…

Il n'aurait pas pu parler s'il l'avait désiré, trop plein d'un soulagement qu'il aurait été en peine de décrire.

Lily fouilla dans sa besace et finit par en extirper un paquet de cigarettes mal en point. Il était défoncé de toute part et devait traîner dans son sac depuis des lustres. Elle le lui tendit.

« Je ne fume plus. » s'excusa-t-il, ne se souvenant que trop bien de ce qui avait déclenché la dernière grosse dispute avec Harry. Il doutait que le gamin s'approche à nouveau d'une cigarette et ne pouvait, par correction, que faire de même.

« C'est la tradition. » exigea-t-elle, en ouvrant la fenêtre de sa main libre. « On s'excuse, on fume et on n'en parle plus jamais. »

Ils s'affrontèrent du regard, quelques secondes, puis il céda, parce qu'il cédait toujours.

« Tu te rends compte que je suis un Professeur et que ceci est contre le règlement ? » s'enquit-il, non sans sarcasme, en pêchant une cigarette ramollie dans son paquet trop vieux.

« Oui, d'ailleurs, en parlant de ça… » commenta-t-elle, en fouillant à nouveau son sac à la recherche d'un briquet. « Comment as-tu réussi à te faire engager comme Professeur ? Est-ce que Dumbledore s'est mis à détester les Gryffondors ? Parce qu'en te nommant Professeur, il aurait aussi bien pu donner directement la Coupe des Quatre Maisons à Serpentard… »

Elle plaisantait et il se surprit à sourire.

« Je ne suis pas simplement Professeur. » la corrigea-t-il, une fois qu'elle eut allumé sa cigarette. « Je suis le Directeur de Maison de Serpentard… »

Elle éclata de rire.

« Et je suis sûre que tu fais semblant de détester ça. » répliqua-t-elle.

« Semblant ? » répéta-t-il, en aspirant la nicotine à pleins poumons. « Je passe mes journées à monologuer face à des adolescents pleins d'hormones et mes soirées à jouer les conseillers pour enfants en détresse. Qu'y a-t-il là-dedans de non détestable ? »

Les yeux vert pétillaient.

« Tu martyrises les Gryffondors. » lui rappela-t-elle.

« Je martyrise les Gryffondors. » confirma-t-il, avec amusement. « Et j'en tire une satisfaction non-négligeable. »

°°O°°O°°O°°O°°

Le stade de Quidditch résonnait des éclats de rire, et le passé ressemblait finalement à ce qu'Harry s'était imaginé. Les deux semaines depuis leurs confrontations avec Voldemort n'avaient pas été parfaites mais elles avaient probablement été les plus agréables de son séjour dans les années soixante-dix. Les Maraudeurs s'en tenaient à des piques et farces bon enfant, auxquelles Severus et Harry répliquaient de bon cœur, sans que le conflit n'escalade, et ils parvenaient même, à présent, à communiquer et à passer du temps dans la même pièce sans s'entretuer.

Aussi fou que cela puisse paraître, Harry avait bon espoir que les Maraudeurs adoptent Severus.

« Harry ! » appela James et le Survivant fit pivoter son balai juste à temps pour attraper le souafle qui volait dans sa direction. Sans plus attendre, il se précipita vers le but, faisant une passe à Sev au dernier moment. Moins à l'aise que lui dans les airs, le Serpentard se dépêcha de repasser la balle à James qui marqua.

Remus, Peter et Sirius poussèrent un soupir collectif.

« La répartition des équipes n'est pas juste. » bougonna Remus.

« Vous avez Peter et j'ai Snape. » répliqua James, en riant. « On est aussi handicapé l'un que l'autre, mon cher Lunard. »

« Oui, mais tu as Harry et moi j'ai Sirius. » rétorqua Remus, en secouant la tête.

« Merci pour moi ! » se vexa Patmol, avant de récupérer le souafle et de foncer vers les buts adverses. Harry l'intercepta et le força à lâcher la balle rouge.

La partie de Quidditch avait été son idée.

C'était la dernière journée qu'il passerait là et il n'avait pas voulu morceler son temps entre les uns et les autres. Il avait déjà fait ses adieux à Brulôpot qui s'était révélé être un excellent Professeur et s'était senti stupide lorsque l'homme lui avait demandé s'il avait retrouvé son mystérieux sombral. Il fallait admettre que si Snape-Prince lui avait dit qu'il était Nox… Il avait fait ses adieux aux amis qu'il s'était fait parmi ses camarades de classe… Mais ces personnes là… Il ne savait pas vraiment comment leur dire au revoir.

Un match amical lui avait semblé la meilleure manière de terminer ce séjour, pour mettre leurs différends de côté et se quitter en bons termes, à défaut d'amis. Il ne pensait pas véritablement pouvoir oublier le comportement des Maraudeurs ou la manière dont ils l'avaient traité mais… Il ne voulait pas non plus garder cette unique image d'eux.

Et il devait admettre qu'à regarder les autres se disputer le souafle, il était plutôt heureux de son choix.

L'après-midi était bien avancée lorsqu'ils se lassèrent finalement de leur jeu et s'installèrent sur les gradins. Sirius et Peter furent les premiers à suggérer qu'il était temps de retourner au dortoir et partirent sans véritablement regarder en arrière. Remus et Harry échangèrent une poignée de main.

« Une dernière course ? » proposa James.

Le Survivant haussa les épaules. « Sev ? »

Mais Severus s'était déjà assis sur un des bancs, avec un soulagement perceptible, et tira de son sac un livre épais. Un roman et pas un grimoire de magie noire, bien heureusement, il n'avait pas envie de passer sa dernière journée à arbitrer une dispute entre Lily et lui. À la pensée de Lily, il jeta un coup d'œil à l'entrée du stade mais elle n'était toujours pas revenue de sa mystérieuse course.

« Non merci. » refusa le Serpentard, avec une grimace.

James leva les yeux au ciel mais sauta sur son balai, sans commenter. Harry se dépêcha de s'envoler dans les airs et de se lancer à sa poursuite. Ils n'avaient pas prédéfini de parcours mais ce n'était un problème ni pour l'un ni pour l'autre, ils se rattrapaient, se dépassaient et redoublaient d'acrobaties risquées pour s'impressionner mutuellement.

Ces quelques minutes à s'amuser avec son père étaient tout ce qu'Harry avait toujours imaginé.

Au bout d'un moment, ils finirent par se lasser de ce jeu et James immobilisa son balai au dessus d'un des buts. Harry se rangea à côté de lui et ils contemplèrent silencieusement les alentours du stade.

« Si j'avais su depuis le départ, je ne t'aurais jamais traité comme ça. » avoua finalement James.

Le garçon haussa les épaules. « On ne peut pas changer le passé. »

C'était la chose la plus ironique qu'il ait jamais dite.

« Sauf quand on s'appelle Harry Prince, apparemment. » plaisanta le Gryffondor.

« Potter. » corrigea-t-il doucement, avec un pincement de douleur. Harry Prince, il s'apprêtait à l'abandonner dans les années soixante-dix. Il était temps de refermer la parenthèse et d'endosser à nouveau le costume du Survivant. « Je m'appelle Harry Potter. »

Le regard de son père s'éclaira.

« C'est probablement stupide parce que, si j'ai bien compris vos histoires de dimensions parallèles, tu n'es pas vraiment mon fils, mais… » James hésita, puis lui sourit avec cette assurance qu'il trouvait si naturellement. « Je suis fier de toi. Je suis fier d'être ton père. Je suis fier de… Tu es quelqu'un d'exceptionnel, Harry, et je ne t'arrive pas à la cheville, et je suis vraiment fier de toi. »

Les yeux d'Harry s'embrumèrent et James renifla. Ils prétendirent tous les deux que c'était l'air glacial des hauteurs qui ne leur réussissait pas.

« Je ne suis pas si exceptionnel que ça. » protesta Harry, une fois qu'il fut certain que ses émotions étaient sous contrôle. La boule chaude dans son ventre ne disparut pas pour autant. James était fier de lui et c'était le genre de souvenir qui l'aiderait à tenir dans les moments les plus sombres qui ne manqueraient pas de survenir.

« Tu es courageux, loyal et tu n'hésites pas une seconde avant de te jeter entre quelqu'un et la baguette d'un Mangemort. » rétorqua le Gryffondor. « Pour être franc, j'aimerai te ressembler. »

Le Survivant lui sourit sans retenue, mais il y avait quelque chose d'un peu triste dans son sourire.

« J'essaye juste d'être comme toi. » répondit-t-il, simplement.

Être comme le James dont on lui avait tant vanté les mérites, pas comme l'adolescent trop vain et trop orgueilleux qu'il avait rencontré… Néanmoins, James n'avait pas besoin de le savoir et, de toute manière, au cimetière, Harry avait décelé l'ombre de l'homme que le Capitaine de Quidditch deviendrait, derrière l'adolescent effrayé mais déterminé. Ça lui suffisait.

Le moment était trop chargé en émotions et Harry avait passé trop de temps à Serpentard pour être tout à fait à l'aise, il feignit donc une grimace de désarroi.

« Bien sûr, Snape dit que je suis beaucoup trop imprudent, que je fais une confiance aveugle au premier venu et que ça finira par me tuer. Et que je suis stupide, aussi. Il le dit très souvent, d'ailleurs. »

Il n'y avait aucune mesquinerie ou ressentiment dans sa voix et James parut comprendre que ses récriminations n'étaient rien d'autre qu'une plaisanterie affectueuse.

« Il s'occupe bien de toi ? » hésita le Gryffondor. « Snape ? »

Le regard brun s'égara vers les gradins où Severus était plongé dans son livre et ne leur prêtait aucune attention. Harry aurait parié qu'un sortilège indiscret lui permettait de suivre leur conversation.

« Il a plus fait pour moi que personne avant lui. » offrit-il honnêtement. « Mis à part les Weasley, peut-être. »

Il sourit à la pensée de Mr et Mrs Weasley, du Terrier et du joyeux brouhaha qui régnait en permanence dans la demeure familiale. Il était impatient de les revoir tous…

« Je ne sais pas si j'aurais pu mettre tout ce qui s'est passé entre nous de côté pour m'occuper de son fils. » admit James. « Même si ça avait également été le fils de ma meilleure amie. Je suppose que c'est une meilleure personne que moi. »

« C'est un peu plus compliqué que ça. » nuança Harry. « Et ça ne s'est pas fait du jour au lendemain. Severus est têtu, rancunier et généralement casse-pied. »

Loin en dessous d'eux, le Serpentard tourna la page avec davantage de brutalité que nécessaire.

« Il a aussi la mauvaise habitude de mettre son nez là où ça ne le regarde pas. » conclut-il, non sans moquerie.

Severus leva brièvement les yeux vers eux, un sourcil levé et une expression amusée sur le visage, mais replongea bien vite dans son livre.

« Ne soyez pas trop durs avec lui. » reprit-il, au bout de plusieurs secondes, ignorant royalement le regard noir que Sev lança dans sa direction. James ne prêtait aucune attention au Serpentard et c'était tout aussi bien. « Je sais que vous le détestez, je sais qu'il est parfois agaçant mais il n'a pas eu une vie facile et c'est mon ami. Je ne veux pas passer le reste de ma vie à me demander s'il finira comme mon Severus... »

James balaya ses inquiétudes d'un geste de la main.

« Tu plaisantes ? » demanda le Gryffondor. « Après ce qu'il a fait au cimetière, c'est pratiquement un Maraudeur honoraire. »

Le livre de Severus lui échappa des mains et heurta le banc du dessous, dans un bruit sourd qui résonna dans le stade désert.

« Il nous espionne, c'est ça ? » s'enquit James, en riant à moitié.

Harry haussa les épaules et leva les mains en signe d'impuissance.

« Serpentard un jour… » plaisanta-t-il et James éclata de rire.

« Tu vois. » renchérit son père. « C'est pratiquement déjà un Maraudeur. Il ne lui manque plus qu'un surnom. Pourquoi pas Queudserpent ? »

Severus avait cessé de prétendre être absorbé par autre chose et les fusillait du regard, en tournant et retournant sa baguette entre ses doigts d'un air menaçant.

« Je ne suis pas sûr que ça lui plaise. » commenta Harry, avec amusement.

« Non ? » soupira James, faussement songeur. « Que dis-tu de Graissécaille ? »

Si possible le regard noir de Severus ne fit que s'accentuer.

« Je crois qu'on l'a assez torturé. » déclara Harry, prenant pitié.

James ne paraissait pas prêt à cesser d'essayer de faire enrager Sev, mais capitula. Pour l'instant.

« Je devrais y aller, de toute manière. » hésita le Gryffondor. « J'ai promis à Peter de l'aider à faire son devoir de Métamorphose. »

Harry acquiesça et ils se dévisagèrent quelques secondes, plantés sur leurs balais, à des mètres et des mètres du sol.

« Je ne suis pas sûr de comment on dit adieu à un fils qui n'est pas son fils et qui a le même âge que vous. » lâcha James, au bout d'un long moment de gêne.

Le Survivant hésita puis lui tendit la main.

Ils n'avaient jamais été proches durant tous ces mois, mais Harry supposait qu'ils pouvaient se séparer en amis.

James attrapa sa main et la serra avec toute la dignité qu'on pouvait attendre d'un Sang-Pur, puis envoya au diable les conventions et attira Harry, dans une étreinte aussi brève que maladroite. Après quoi, il s'éloigna en s'ébouriffant soigneusement les cheveux afin d'atteindre ce parfait effet décoiffé qui faisait sa réputation.

Le garçon le regarda quitter le stade, le cœur serré, mais avec un sourire tolérant pour ses excès de vanité. Il flotta lentement jusqu'à Severus qui s'était rassis, et sauta au sol avec un soupir.

« Je n'apprécie pas les adieux larmoyants. » prévint le Serpentard. « Garde tes discours pour Lily. »

N'étant pas particulièrement étonné par cette entrée en matière, Harry se laissa tomber sur le banc à côté de son ami.

« D'accord. » consentit-il. « Parlons d'autre chose, alors. Des projets pour les vacances ? »

Des projets qui, l'espérait-il, ne consisteraient pas à tenter d'assassiner Tobias…

« Dumbledore a parlé aux Prince. » annonça Severus. Harry tourna brusquement la tête vers lui parce que… c'était la première fois qu'il en entendait parler. « Ce sont mes tuteurs, j'étais censé passer l'été chez eux mais, étant donné qu'il s'agit du dernier été avant ma majorité et qu'ils sont à peu près aussi enthousiastes à propos de ces arrangements que moi… Dumbledore a obtenu d'eux que je sois autorisé à passer l'été chez les Evans. »

Ce n'était pas la seule chose que Dumbledore avait obtenue, devina Harry. Le vieux sorcier avait également gagné la loyauté absolue de Sev.

« Les parents de Lily sont d'accord avec ça ? » s'enquit-il, par politesse plus que par besoin de s'en assurer. Il avait vu la manière dont Mrs Evans regardait Severus. Mrs Weasley l'observait de la même façon lorsqu'elle pensait qu'il ne la voyait pas.

« Ce sont eux qui l'ont proposé. » confirma Severus.

« Un été entier avec Pétunia… » lâcha Harry. « Je ne t'envie pas. »

« Un été entier avec Lily. » corrigea le Serpentard, parce que ça compensait tous les inconvénients.

« Laisse tes grimoires de magie noire à Poudlard. » conseilla-t-il, plaisantant à moitié.

« Je m'en suis débarrassé. » mentit placidement Severus, comme il l'avait fait des dizaines de fois devant Lily, ces deux dernières semaines.

« Oui, sous ton lit. » rétorqua Harry, amusé.

Sev lui jeta un coup d'œil outragé. « Tu as encore fouillé dans mes affaires. »

« Pas du tout. » se défendit-il. « Seulement, la prochaine fois trouve une cachette où ton chat n'aime pas se fourrer. Sekhmet les a poussés pour pouvoir s'y coucher. »

Severus leva les yeux au ciel.

« Ce chat... » grommela le Serpentard, mais Harry n'était pas dupe. Il savait à quel point Sev tenait à cet animal. « Je n'ai pas jeté tous mes livres. Gardons ce détail, entre nous. »

Il sourit.

« Comme de bons alliés ? » demanda-t-il, se souvenant de la première véritable discussion qu'ils aient eue, dans la salle de bain. Lorsqu'il repensait aux cicatrices qui zébraient le dos de son ami, il avait des envies de meurtres. Il plaignait Tobias lorsque les Maraudeurs découvriraient le pot aux roses – parce qu'il ne doutait pas que les Maraudeurs finiraient par « adopter » Severus, envers ou contre son gré, même Sirius s'était révélé convaincu par les loyautés du Serpentard, et on ne traversait pas ce genre d'évènements sans en sortir amis. Il en avait pour preuve un Troll des Montagnes égaré dans des toilettes où trois enfants n'avaient rien à y faire – parce que s'il y avait quelque chose qu'un Maraudeur n'admettait pas, c'était qu'on blesse un autre Maraudeur. Peter avait dû l'oublier quelque part en chemin.

« Comme de bons amis. » corrigea simplement Severus.

Ils eurent à peine le temps d'échanger un sourire complice que Sev lui désignait l'entrée du stade d'un geste.

« Voilà Lily. »

La jeune fille se dirigea vers eux avec un grand sourire aux lèvres et se laissa tomber à côté d'Harry, sans aucune grâce.

« Où étais-tu passée ? » s'enquit Severus.

Lily enroula plus étroitement son écharpe autour de sa gorge et haussa les épaules.

« Je devais voir quelqu'un. » répondit-elle.

« Qui ça ? » insista Sev, d'un ton méfiant.

Harry avait une bonne idée d'avec qui elle avait passé une partie de l'après-midi, et préférait ne pas être témoin d'une crise de jalousie de Severus envers son double. Il avait vécu suffisamment de scènes de ce genre avec Snape-Prince.

« Si on te le demande, tu diras que tu ne sais pas. » rétorqua Lily, d'un ton définitif.

Sev bougonna mais abandonna momentanément le sujet.

« J'ai quelque chose pour toi, Harry. » annonça Lily, en fouillant dans sa besace. Elle en tira un carnet à dessins qu'elle lui tendit. « J'ai passé la semaine à le remplir. »

« Tu n'as jamais dit qu'il fallait apporter un cadeau. » râla Severus, alors qu'Harry attrapait le carnet et l'ouvrait.

Il resta muet devant ce qu'il découvrit à l'intérieur et, bien plus encore que les déclarations de James, les dessins lui nouèrent la gorge. Ils n'avaient jamais pensé à prendre des photos durant les derniers mois… Même à son époque, ce n'était pas un réflexe qu'Harry avait. Toutes les photos en sa possession de Ron, Hermione et lui ou bien de ses autres amis étaient des cadeaux de Colin Crivey. Mais Lily avait trouvé mieux. Elle avait dessiné le passé pour lui.

Il y avait des portraits de Lily, de Severus, de Snape-Prince et même des Maraudeurs… Tous leurs endroits favoris étaient soigneusement reproduits sur le papier, dans les moindres détails, de l'ancienne classe de Divination à leur coin préféré de la bibliothèque… Un croquis hésitant d'un sombral, probablement tel qu'elle se rappelait de son patronus… Il y avait une esquisse de lui, brandissant la Coupe de Quidditch au dessus de sa tête, la bouche ouverte dans un cri de victoire… Le carnet était plein à craquer, pourtant, c'était la dernière double page qu'il préférait. Sur la gauche, un tigre semblait bondir hors du papier – il ne savait pas pourquoi elle avait inclus l'animal, il ne lui avait jamais confié la nature de sa forme Animagus – et sur la droite, elle les avait dessinés tous les trois, exactement comme ils étaient assis à cette seconde : Harry au milieu et ses deux amis de chaque côté. Il serra l'album contre son torse.

« Merci. » souffla-t-il, incapable de trouver les mots justes pour exprimer sa reconnaissance.

« Pas d'adieux larmoyants. » rappela sèchement Severus, toujours aussi mal à l'aise avec la moindre démonstration d'émotion.

Lily l'ignora comme elle l'ignorait toujours dans ces cas là.

« Je suis désolée d'avoir aussi mal réagi quand j'ai découvert… » Elle s'interrompit et détourna les yeux. « C'était beaucoup trop… gros pour moi. »

« Tu n'as pas à t'excuser. » déclara immédiatement Harry. « Je comprends. »

Aucune fille de seize ans ne voulait se découvrir un fils du même âge, venu d'un hypothétique futur. C'était complètement fou.

« Je ne voudrais pas que tu croies… Je serais fière d'avoir un fils comme toi. » lâcha immédiatement Lily, en attrapant sa main. « Mais dans plusieurs années. »

Harry lui sourit puis l'étreignit brièvement, simplement parce qu'il le pouvait.

« Lil, si je ne devais retenir qu'une seule chose de toute cette histoire, ce serait toi. » affirma-t-il, une fois qu'il l'eut lâchée. « Te rencontrer, c'était… Je… »

Il s'interrompit parce qu'il savait qu'il ne parviendrait pas à formuler correctement tout ce qu'il voulait lui dire. Il aurait voulu lui avouer combien il regrettait de ne pas avoir grandi avec elle. Il aurait voulu lui confier combien il était fier d'avoir une mère comme elle. Il aurait voulu qu'elle sache combien il avait souffert de ne pas connaître son sourire ou le son de sa voix. Il aurait voulu lui expliquer tous ces détails stupides qu'il allait emporter avec lui, gravés au plus profond de sa mémoire, comme sa démarche ou la manière dont elle enroulait parfois distraitement une mèche de cheveux autour de son doigt quand elle planchait sur une interrogation. Il aurait voulu lui révéler qu'en quelques mois, elle avait presque racheté une enfance sans elle.

Pourtant, en croisant son regard, ce regard si similaire au sien, il sentit qu'il n'avait pas besoin de se creuser la tête pour trouver les bons mots. Elle savait. Instinctivement, elle savait.

« C'est agréable de se sentir apprécié. » intervint Severus, vexé.

Harry se tourna vers le Serpentard, presque soulagé de ne plus avoir à faire face à tous ces non-dits, et se força à sourire.

« Tu veux une déclaration, Sev ? » se moqua-t-il gentiment.

Severus fronça le nez comme si Harry lui avait mis une chaussette sale devant la figure.

« Je m'en tiendrais à une poignée de main, merci bien. » répliqua Sev. « Tout le monde n'est pas un Gryffondor sentimental. »

« Tu veux nous faire croire que tu es un grand méchant Serpentard au cœur de pierre, peut-être ? » rétorqua Lily, sans cacher son amusement.

Severus se drapa dans sa dignité en secouant la tête, comme s'il était un saint qui luttait pour parvenir à supporter tant d'idiots autour de lui, et tira de son sac une boite de chocogrenouilles.

« Puisque vous avez décidé d'être difficiles, je ne partagerai pas avec vous. » affirma leur ami, en ouvrant méticuleusement le paquet.

« Tu n'achètes jamais de chocogrenouilles. » remarqua Lily, en volant une friandise.

Harry se servit sans attendre d'y être invité et décapita la grenouille en chocolat d'un habile coup de dents.

« Moi non, mais Lestrange si. » lâcha Sev, en passant à Lily la boîte de gâteaux sans en toucher un seul.

Le Serpentard n'était pas gourmand de chocolat et était occupé à chercher autre chose dans son sac. Severus finit par se redresser avec un froncement de sourcils. « Tu as pris mes cigarettes. »

Harry ne savait pas lequel d'entre eux il accusait, mais il se tourna tout naturellement vers Lily. Qu'aurait-il bien pu faire de cigarettes qui lui donnaient l'air d'un idiot, à chaque fois qu'il s'avisait d'en allumer une ?

« Il n'y en a plus. » répondit-elle tranquillement, en dévorant une deuxième chocogrenouille.

« C'était mon dernier paquet. » marmonna Sev, mécontent.

« Vous devriez arrêter de toute manière. » intervint Harry. « Vous vivrez plus vieux et en meilleure santé. »

Lily et Severus se regardèrent et levèrent les yeux au ciel, en même temps.

« Rappelle-moi qui sont les parents de qui ? » répliqua Lily.

Et, tout naturellement, la conversation dégénéra en un débat, ponctué de piques de la part de Lily, de remarques sarcastiques de la part de Severus, et de tout un tas de réflexions plus ou moins pertinentes de la part d'Harry. Ils finirent le paquet de chocogrenouilles en regardant le soleil se coucher derrière la Forêt Interdite puis prirent leur temps pour retourner au château, riant et chahutant tout le long du chemin.

Consciemment ou pas, ils ralentirent dès qu'ils furent à proximité des grandes portes, sachant qu'une fois dans le hall, il serait temps de se séparer. Leurs rires s'éteignirent et leurs sourires s'effacèrent progressivement et, bientôt, trop tôt, ils se retrouvèrent au pied du grand escalier. Quelques élèves se dépêchaient de rejoindre la Grande Salle pour le repas du soir mais il était suffisamment tard pour que le hall soit quasiment désert. Non pas qu'Harry ait la moindre intention de se donner en spectacle…

Ils se fixaient du regard en silence, depuis plusieurs minutes lorsque Lily soupira, rajustant machinalement sa queue de cheval.

« Severus va t'attendre. » murmura Lily, en s'efforçant de sourire courageusement. « Je t'aime, Harry. »

Elle jeta ses bras autour de son cou et le serra contre lui, avec une force qu'il ne lui aurait pas soupçonnée. Il l'étreignit tout aussi fort, tâchant de mémoriser son parfum, l'odeur de ses cheveux, la manière dont sa main pressait son épaule…

Elle le lâcha brusquement et s'écarta à grandes enjambées, en lui tournant résolument le dos. Il entendit quand même le bruit de ses sanglots… Il dut lutter pour ne pas lui courir après.

La gorge nouée, il se tourna vers Sev et tendit la main avec un piètre sourire.

« Ce ne sera pas pareil sans toi. » offrit Severus, sans parvenir à cacher une certaine tristesse, en lui serrant la main.

« Tu vas me manquer aussi. » répondit-il, avant d'envoyer le décorum au diable et d'attirer le Serpentard contre lui pour une brève – et virile – étreinte.

Severus se laissa faire, ne protestant que pour le principe.

« Je ferai mieux d'aller voir comment va Lily. » lâcha Sev, mais il resta planté là où il était et Harry ne bougea pas davantage.

« Tu… » hésita-t-il, mais il ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas comment dire au revoir à la personne qui avait probablement été son meilleur ami durant les derniers mois.

« Merci, pour tout ce que tu as fait pour moi. » marmonna finalement Severus, si bas qu'il lui fallut tendre l'oreille. Il y avait deux ronds rouges sur ses joues pâles.

« Tu en as fait autant pour moi. » répondit-il, en baissant les yeux. « Merci… De m'avoir laissé être ton ami. »

Sev laissa échapper un bruit amusé.

« C'était probablement ma meilleure décision. » décréta le Serpentard.

Ils échangèrent un regard, puis Harry poussa un profond soupir.

« Il faut vraiment que j'y aille. » déplora-t-il.

Il en avait envie sans en avoir envie. Il voulait retrouver Ron et Hermione et tous les autres, mais il ne voulait pas abandonner cette nouvelle vie derrière lui. Il aimait cette nouvelle vie où il n'était personne d'autre que le fils du Professeur de Défense contre les Forces du Mal.

« Je ne veux pas partir. » avoua-t-il.

Il avait peur de partir. Peur de devoir recommencer à endosser trop de responsabilités, peur de devoir se confronter à ses cauchemars, peur de ne pas retrouver ce qu'il avait laissé en partant, peur de perdre ce qu'il avait gagné durant l'aventure, peur…

« Tu dois partir. » déclara Sev. « C'est ce que fait toujours le héros à la fin d'une histoire. Il part. »

Harry secoua la tête, souriant malgré lui.

« Je ne suis pas un héros et ça ne me semble pas être très Serpentard comme raisonnement. » protesta-t-il.

Severus le dévisagea de ses yeux perçants, comme le faisait Snape-Prince si fréquemment.

« Tu es un héros et tu n'es pas tout à fait un Serpentard. » répondit le garçon. « Mais comme tu n'es pas tout à fait non plus un Gryffondor, je suis assez optimiste quant à tes chances de survie. »

Harry laissa échapper un petit rire étranglé.

« Je m'en souviendrai. » promit-il.

« J'espère bien. » répliqua Severus.

Il acquiesça avec ferveur puis rassembla tout son courage de Gryffondor et posa le pied sur la première marche de l'escalier. Ce fut plus simple, après ça, de continuer à monter.

« Ne te fais pas tuer, Prince. » lança Severus, dans son dos.

Harry ralentit mais ne se retourna pas. S'il se retournait, il ne trouverait jamais la force de partir. Il fonça tout droit et courut à moitié jusqu'au portrait avec les loups, jetant le mot de passe à la va-vite et laissant le tableau battre derrière lui.

Il fit la grimace dès qu'il fut dans le salon.

Les appartements avaient le même aspect que lorsqu'ils étaient arrivés : froids, neutres et totalement inhabités. Les piles de livres avaient disparu, les tas de papiers n'étaient plus là, on aurait pu croire que la porte du laboratoire n'avait jamais existé, et la table basse était complètement libre de tout le fatras qui s'y accumulait d'ordinaire.

« Tu es en retard. » remarqua Snape-Prince, debout à côté de la cheminée.

« Je vais chercher mon sac. » se contenta-t-il de répondre.

C'était presque pire de pénétrer dans sa chambre. Les murs n'arboraient plus aucune trace des dessins de Lily qu'il avait accumulés et placardés tout au long des mois – il avait enfourné ceux auquel il tenait particulièrement dans son sac et s'était séparé des autres. La malle qu'il avait remontée des cachots le matin même, pleine de tout ce qu'il ne pouvait pas emporter, n'était plus à l'endroit où il l'avait laissée, sans doute déplacée par un elfe de maison. La chambre était vide. Ce n'était plus sa chambre.

Il se débrouilla pour ranger le carnet à dessins que Lily lui avait offert à l'intérieur du sac trop plein, l'attrapa, et sortit, sans même être tenté de regarder en arrière.

« Tu es certain d'avoir tout pris ? » s'enquit Snape-Prince, en fermant son propre sac à dos.

Ils avaient décidé que des sacs moldus seraient plus pratiques au cas où la potion tournerait mal et où ils atterriraient dans une dimension démoniaque. Le gros sac à dos noir du Professeur paraissait prêt à exploser et c'était inquiétant étant donné qu'il en avait magiquement augmenté la capacité. Il était plein de potions, de livres, d'objets de premier secours et, parce qu'apparemment c'était d'une importance capitale, des relevés de notes d'Harry des deux derniers trimestres ainsi que des rapports de ses différents enseignants.

Celui d'Harry était tout aussi gros mais beaucoup moins intelligemment fourni. À l'intérieur, il avait fourré les différents livres que Severus et Lily lui avaient offerts, les dessins préférés que sa mère avait réalisés au cours de l'année, certains des vêtements qui étaient de meilleure qualité que ceux qui l'attendaient à son époque, les potions et la trousse de secours que l'homme l'avait forcé à y ranger, et bien sûr…

« J'ai tous mes cours, si c'est ce que vous voulez dire. » plaisanta-t-il.

Parce que Snape-Prince lui avait répété une quinzaine de fois de ne pas les oublier sous peine de le regretter quand les B.U.S.E.s arriveraient…

« Il est inutile que je te rappelle que nous ne serons pas en mesure de revenir chercher ce que tu aurais oublié. » ironisa Snape-Prince.

Malgré lui, il se dirigea vers le canapé et laissa sa main parcourir le dos du sofa.

« Où est la couverture ? » demanda-t-il.

Est-ce que les elfes l'avaient déjà rangée ?

Il aurait voulu emporter la couverture. C'était idiot et il avait passé l'âge de trouver du réconfort dans un bout de tissu mais il aurait voulu emporter la couverture…

« Dans… mon sac. » hésita Snape-Prince, en posant son regard partout sauf sur lui.

Et soudain, Harry sourit.

Ce n'était plus si grave que leur maison ne ressemble plus à leur maison parce que… c'était Snape-Prince l'important. Et si Snape-Prince emportait sa couverture, alors il n'était pas encore décidé à se débarrasser totalement de lui.

« Harry, il faut que nous parlions de ce qui arrivera une fois que nous serons de retour dans notre époque. » déclara le Professeur, comme s'il avait suivi ses pensées.

« Non. » lâcha-t-il.

Snape-Prince leva les sourcils, visiblement surpris.

« Non ? » répéta le Maître des Potions, hésitant entre l'amusement et l'irritation.

« Non. » répéta-t-il. « Les choses devront être différentes, je le sais. Vous allez recommencer à espionner pour Dumbledore et vous allez devoir être injuste envers moi en public pour ne pas alerter les enfants de Mangemorts. On ne pourra pas habiter ensemble et vous ne pourrez pas voler à mon secours comme vous l'avez fait, ces derniers mois. Je sais tout ça. »

Snape-Prince le dévisagea silencieusement puis lui accorda son raisonnement d'un hochement de tête.

« Pour être franc, je m'attendais à davantage de protestations. » admit le Professeur.

Harry haussa les épaules.

« Ça ne veut pas dire que tout doit changer et qu'on ne peut plus passer du temps ensemble. » décréta-t-il. « Je ne suis pas obligé de récurer des chaudrons à chaque fois que vous donnez une retenue injustifiée, vous savez. Je n'arrive toujours pas à transformer plus que mon bras, après tout… »

Il en fit la démonstration, son bras prenant lentement l'aspect d'une énorme pâte au pelage tigré. Il fit jouer une fois les longues griffes puis les rétracta et rendit à son bras sa forme naturelle.

Snape-Prince parut amusé.

« À t'entendre, tu es souvent puni à tort. » railla l'homme. « Nous n'avons pas les mêmes souvenirs. »

Harry leva les yeux au ciel mais sourit, avant que le Professeur ait pu lui reprocher son manque de respect. Il ne tarda pas, toutefois, à redevenir sérieux.

« La guerre ne durera pas éternellement. » assura Harry. « Ça m'est égal de faire semblant de vous détester. Je ne veux pas vous perdre. »

L'expression du Maître des Potions perdit de sa dureté naturelle et s'adoucit légèrement. C'était une faiblesse qu'il ne se serait jamais autorisé au début de l'année, songea Harry.

« Tu ne me perdras pas. » promit l'homme, mais il y avait une touche de tristesse dans son regard qu'Harry n'aima pas. Il refusa néanmoins de s'attarder dessus.

« Bon… » souffla Harry, en enfilant le sac à dos. « Comment ça fonctionne ? On boit la potion et on espère que tout se passe bien ? »

Un tic nerveux agita la lèvre supérieure de Snape-Prince.

« Le procédé est un peu plus complexe que cela. » répliqua le Professeur. « Je te rappelle que ce que nous nous apprêtons à faire n'a jamais été réalisé auparavant et était, jusque là, considéré comme impossible. »

« Et vous espérez bien gagner une médaille pour votre peine, je sais. » commenta Harry.

Snape-Prince plissa les yeux. « Je n'apprécie pas le ton que tu emploies. »

« C'est pour vous remettre en condition, Monsieur. » plaisanta-t-il.

Le Maître des Potions n'eut pas l'air particulièrement convaincu mais laissa passer l'incartade.

« Nous allons nous rendre dans le bureau de Dumbledore. » annonça l'homme.

« Dumbledore ? » répéta Harry, en passant nerveusement d'un pied sur l'autre. Il avait évité Dumbledore comme la peste ces dernières semaines. « Pourquoi ? »

« Parce qu'il s'agit du point le plus fixe entre nos deux réalités. » répondit Snape-Prince, en enfilant son sac à dos. Avec ses épaisses robes noires, ça lui donnait l'air tout à fait ridicule d'une tortue déguisée en corbeau. « Leurs bureaux sont quasiment identiques à quelques babioles près, et étant donné la délicatesse du procédé, nous avons besoin de tout ce qui pourrait nous faciliter le passage. »

La main toujours posée sur le dos du canapé, Harry parcourut le salon du regard une dernière fois, puis emboîta le pas au Professeur qui était sorti sans un coup d'œil en arrière. Lorsque le portrait se referma derrière eux, une tristesse soudaine le prit à la gorge. Il se demanda si les appartements existaient également dans leur réalité et s'ils étaient habités par le Professeur de Défense actuel… Ombrage. Comment avait-il fait pour oublier Ombrage ? Elle avait dû rendre la vie impossible à ses amis ! Il espérait que tout le monde allait bien…

« Professeur ? » hésita-t-il, lorsqu'ils ne furent plus très loin de la gargouille qui gardait le bureau du Directeur.

« Si tu as oublié quelque chose… » grommela Snape-Prince, et Harry le devina tout aussi tendu et partagé qu'il l'était à propos de leur retour.

« Non, non… Ce n'est pas ça. » se défendit-il « C'est juste… Qu'est-ce qu'on va dire aux gens ? »

Snape-Prince s'immobilisa au milieu du couloir désert et le dévisagea. La lumière des torches faisait danser des reflets étranges sur leurs visages.

« La vérité est le meilleur des mensonges. » offrit le Professeur. « Nous laisserons simplement de côté certains développements. Le Professeur Dumbledore décidera de ce qu'il est bon de dissimuler. »

Harry fronça les sourcils. « On va tout raconter à Dumbledore ? »

Dire qu'il était surpris était un euphémisme. Il n'avait pu se reposer que sur Snape-Prince pendant si longtemps qu'il avait oublié que ça n'avait pas toujours été le cas…

« Le Professeur Dumbledore. » le reprit sèchement le Maître des Potions. « Et nous ne pouvons, ni ne devons, rien lui dissimuler. Il est ce que cette guerre a de plus proche d'un Général. S'il ne connait pas tous les détails, ses décisions seront erronées. »

« Mais vous ne l'aimez pas. » protesta-t-il, en tirant sur les lanières de son sac pour en alléger le poids.

Snape-Prince se pinça l'arrête du nez, comme si Harry avait fait de son mieux pour être insupportable et lui compliquer la vie.

« Dois-je t'expliquer la différence entre les personnes que nous avons rencontrées dans le passé et celles qui nous attendent dans le futur ? » ironisa le Professeur. « Les gens changent, évoluent, grandissent… »

« Pas Dumbledore. » insista-t-il.

Dumbledore lui avait caché tout un tas de choses, la principale étant la prophétie. Il n'était plus certain de faire confiance au vieil homme.

Quant à traiter les gens qu'il avait rencontrés dans le passé comme des personnes différentes de celles qu'il connaissait dans le futur… Severus n'était pas si différent de l'homme qu'il avait en face de lui. Remus non plus. Quant à Sirius… Il ne voulait pas penser à Sirius.

« Le Professeur Dumbledore a ses fautes et ses défauts mais, Harry, si nous ne pouvons pas nous en remettre à lui, alors il ne nous reste qu'à plier bagages et à fuir à l'autre bout de la Terre. » répondit durement Snape-Prince. « Ou mieux encore, demeurer ici, où nous serons aussi en sécurité que nous pouvons l'être. Est-ce ce que tu veux ? Parce que si c'est là ton souhait, il est temps de prendre une décision. Maintenant. »

Il le ferait, réalisa Harry. Fuir dès qu'ils auraient remis un pied chez eux, ou même rester là, et passer le reste de son existence à contempler son double vivre la vie qu'il aurait pu avoir. Il l'aurait fait pour lui.

Pourtant, Harry ne pouvait pas l'exiger de lui. Non seulement parce que cela aurait été cruel, mais également parce qu'ils étaient tous les deux cruciaux à cette guerre qui les attendait chez eux et que, malgré tout ce que pouvait en dire l'espion, aucun d'eux n'était lâche au point de s'enfuir.

« Est-ce que je peux le dire à Ron et Hermione ? » capitula-t-il.

Snape-Prince leva les yeux au ciel mais recommença à marcher en direction de la gargouille.

« Ai-je le choix ? » demanda le Professeur.

La question était tellement rhétorique qu'il ne se sentit pas l'âme d'y répondre.

« Je n'aime pas leur mentir. » botta-t-il en touche. « Et on peut leur faire confiance. »

Snape-Prince marmonna quelque chose, trop bas pour qu'Harry le saisisse. Sans doute quelques épithètes peu aimables à l'encontre de ses amis ou bien une remarque désobligeante sur sa confiance aveugle.

« Citron sanglant. » lâcha le Professeur, et la gargouille s'écarta sans protester.

« Charmant. » commenta Harry, en pénétrant dans la cage d'escalier.

« Le Directeur et ses sucreries… » soupira Snape-Prince.

Le Directeur en question n'était pas dans son bureau, ce qui avait apparemment été entendu au préalable parce que Snape-Prince n'était pas certain de ce qui se passerait une fois que le procédé serait entamé. C'était la raison pour laquelle ils avaient choisi le moment du repas du soir.

Harry observa le Professeur préparer la pièce. Il n'avait pas compris qu'il s'agissait d'un rituel. Il avait pensé qu'il lui suffirait d'avaler un verre d'une potion au goût affreux.

« Je ne peux pas garantir que nous reviendrons au moment où nous sommes partis. » déclara Snape-Prince, en finissant de tracer un cercle parfait autour d'eux avec de la poussière ocre. « Il est possible qu'il se soit écoulé des heures, des mois ou même des années, je n'ai aucun moyen de le savoir. Nous ne voyageons pas seulement dans le temps mais entre des réalités parallèles, le résultat risque d'être incertain. »

C'était très encourageant. Et s'il s'était écoulé des années ? Et si Hermione et Ron étaient vieux, mariés et avec une dizaine d'enfants ? Et si…

« Je suppose qu'on peut s'estimer satisfait si ça nous ramène chez nous… » lâcha Harry, en se voulant réconfortant. Il eut l'air horrifié.

Snape-Prince lui jeta un coup d'œil puis disposa quatre coupelles aux quatre points cardinaux, avant de les remplir de différentes herbes et d'y mettre le feu. Le bureau ne tarda pas à se remplir d'une fumée âcre qui fit tousser le Survivant.

« Laisse la fumée emplir tes poumons. » morigéna le Professeur, en sortant finalement une fiole pleine à rebord de la potion.

L'homme en versa dans deux verres qu'il fit apparaître de nulle part.

« La potion seule ne suffirait pas. » expliqua Snape-Prince. « Je vais la coupler à un sort que l'on emploie généralement lorsque l'on est égaré et que l'on veut retrouver son chemin. Les herbes et le cercle font partie d'un vieux rituel à Hécate qui est… »

Sa voix resta en suspens. Harry devina qu'il était censé connaître la réponse.

« Une femme charmante ? » tenta-t-il, en prenant le verre que Snape-Prince lui tendait.

« La déesse de la croisée des chemins et des âmes égarées dans la tempête. » corrigea le Professeur, avec agacement. « Entre autres. Tu ne devrais pas négliger ce genre de mythologies, elles ont toujours leur utilité. »

Harry acquiesça docilement de la tête, mais n'y accorda qu'un intérêt relatif.

« La potion est un dérivé d'un philtre hautement addictif et extrêmement illégal – que je ne veux jamais trouver en ta possession, soyons clair – que la plupart des gens utilisent comme une drogue récréative. » reprit Snape-Prince. « Il permet de voir la véritable nature des choses. Mal dosé, il peut provoquer des hallucinations, des convulsions et des ruptures d'anévrismes. À ma connaissance, personne ne s'en est jamais servi comme base pour une autre potion. »

Il y avait une fierté non négligeable dans sa voix mais Harry peina à trouva la salive pour déglutir. Le verre qu'il tenait dans la main lui semblait soudain bien lourd. Hallucinations ? Convulsions ? Anévrismes ? Il avait eu sa dose de séjours à l'infirmerie récemment…

« Avec les modifications que je lui ai apporté, le philtre devrait servir de conducteur jusqu'à notre réalité. » continua le Professeur, en tirant une dague aiguisée de sa poche, sans sembler se rendre compte du malaise de son élève. « Associé au sortilège, il devrait parvenir à nous ramener chez nous. Le rituel à Hécate servira à amplifier le sort et nous assurer de ne pas être séparés. »

Tout ça était très impressionnant et franchement terrifiant… L'appréhension d'Harry ne fit qu'augmenter lorsque Snape-Prince s'entailla la paume et laissa couler un filet de sang dans son verre. Il nettoya la dague d'une formule et la lui tendit.

Harry resta interdit. Dans ses souvenirs, tout ce qui impliquait de se servir de son sang rimait avec magie noire.

« Ton sang te servira de protection. » exposa calmement Snape-Prince. « Nous allons déchirer le voile entre les réalités. Ton corps sera mis en pièces sans cette protection. »

Dit ainsi…

Il prit la dague, s'entailla et pressa la paume jusqu'à une dose généreuse de sang se mélange à la potion qui prit un aspect marron peu appétissant.

« Avale la d'un trait lorsque je te ferai signe. » ordonna Snape-Prince.

Harry hocha la tête pour montrer qu'il avait compris.

« Prêt ? » demanda le Professeur.

Le Survivant inspira profondément.

« Prêt. » confirma-t-il.

Snape-Prince serra brièvement son épaule et Harry espéra que ce n'était pas sa manière de dire au adieu, au cas où quelque chose tournerait mal. Il n'eut pas le temps de s'en enquérir, le Maître des Potions avait commencé à psalmodier dans une langue qu'il ne connaissait mais aux accents chantants et joyeux qui contrastaient terriblement avec la terreur qu'il éprouvait.

La litanie dura longtemps. La voix de Snape-Prince résonnait dans le bureau vide, augmentant progressivement en force jusqu'à ce qu'Harry ait l'impression qu'elle rebondissait littéralement sur les murs.

Ce qui était étrange, c'est que le Professeur n'avait pas élevé la voix. C'était… comme si le monde autour d'eux se déformait. Les murs ondulaient et…

Le cercle de poussière ocre s'illumina brusquement comme un sapin de Noël. Il crut d'abord que la lumière était uniforme, mais en y regardant de plus près, il vit qu'il s'agissait plutôt de grains de lumière – si une telle chose était possible. Un million, un milliard peut-être, de minuscules flocons lumineux…

Snape-Prince lui fit signe de boire et ils avalèrent tous les deux la potion, au même instant. Harry grimaça mais le Professeur n'eut pas l'air de remarquer le goût abominable. Il recommença à psalmodier sans s'arrêter ou hésiter. L'admiration que le garçon lui vouait augmenta d'un cran parce que, s'il avait eu l'impression que le monde autour d'eux se déformait avant d'avoir pris la potion, ce n'était rien à côté de ce qui se passait à présent.

Les murs, le plafond, le plancher… Tout se gondolait. C'était à peine concevable et le cerveau d'Harry peinait à décrypter ce qui se passait autour de lui. Les lumières se mirent à tourner autour d'eux et à enfler et enfler, jusqu'à ce qu'ils soient entourés d'une sphère d'un or doux. Puis, Snape-Prince cessa la litanie et tout s'immobilisa, comme gelé sur place.

Le Professeur haleta quelques secondes, visiblement épuisé, puis son regard croisa celui du garçon et Harry comprit que c'était maintenant ou jamais. Ils n'en menaient pas plus large l'un que l'autre, toutefois, le Survivant s'efforça de garder contenance, en adressant un signe de tête rassurant.

Snape-Prince ferma les yeux et parut rassembler ses forces. Sa main se crispa sur sa baguette.

« Hekátē. » souffla l'homme.

Rien ne changea.

Et puis, la sphère explosa.

Et Harry eut l'impression que son corps explosait avec elle.