Disclamer :

Rien ne m'appartient, à part les idées tordues qui, je l'espère, feront de cette fic une histoire intéressante. La trame de fond (lieux, personnages, termes magiques -sauf les miens !-) est l'entière propriété de Mrs J.K Rowling (la veinarde !), et je ne touche rien pour faire profiter les lecteurs de mon imagination débordante (dommage… é_è).


Personnages que j'ai inventés :

- Employés du manoir d'Aylesbury :

Helen Norton (dite « Nounou Norton » pour Elina - veuve) : la nurse
Mildred O'Donnell (vieille fille) : l'intendante
Rosa Jones (célibataire) : la cuisinière
Loretta Samms (épouse de Gilford) : la femme de chambre
Gilford Samms : entretien du manoir, bricolage, améliorations, etc…
William Green (veuf) : vieux jardinier au grand coeur

- Elèves de Poudlard (amis d'Elina) :

- Sam Bright.
- Malcolm Ross
- Deborah Wells
- Whitney Appleton

- (amis de Jeffrey) :

- Jake Doll
- Lucy Stenton
- Stuart Nelson

- Professeur à Poudlard :

- Isolda Saint-Clair - Maîtrise de la magie


Comme d'habitude, pour les reviews signées je vous ai répondu en MP. Merci encore à Marion Snape 75 et Orpheana. Votre fidélité est une belle récompense dont je ne me lasse toujours pas !

Arthemius Black : Ca y est, tu es dans la course ! Merci encore pour tous tes commentaires, tu n'étais pas obligé mais ton assiduité fait plaisir à voir. Comme tu dis : il va y en avoir des choses à réparer et ça se fera petit à petit. Cela dit, avec moi le destin de mes personnages est ce qu'il est et sera ce qu'il doit être... Oh, j'en ai trop dit. Oups !

Frederique : Ah, une question. J'adore les questions ! C'est souvent difficile d'y répondre sans ne rien dévoiler mais là je peux. Oui, Fiona rencontrera encore Voldemort. Une fois indirectement, et une fois réellement (ils auront même le temps de se parler !). Je n'en dis pas plus ! Merci pour ton commentaire.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 55 - Le fruit de mes efforts

(L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne le subit pas, on le fait - Georges Bernanos)

-.-.-.-.-.-.-

Fiona consentit à reprendre sa place au sein du manoir dès le lendemain matin. Elle rejoignit les autres sorciers pour le petit déjeuner tout en ayant soigneusement attendu que Severus soit déjà parti pour le collège. Monsieur Green et Mildred s'étaient levés tôt et étaient retournés à leurs occupations tandis que Loretta, Gilford et Helen s'installèrent à table avec Fiona.

Chacun fit de son mieux pour rendre l'atmosphère agréable. Les sujets de conversation n'étaient pas très variés mais ils avaient au moins l'avantage de ne pas attiser la tension qu'on sentait très présente depuis la veille. Fiona regrettait presque qu'il en soit ainsi, peut-être aurait-il mieux valu qu'on lui adresse quelques reproches ou, au contraire, qu'on lui témoigne le soutien dont elle avait besoin. Décidément, Harry ne se doutait pas à quel point il pouvait avoir raison, elle se sentait bien seule pour affronter les obstacles d'une vie déjà si compliquée.

Madame O'Donnell fit son entrée en tentant de masquer sa gêne de son mieux lorsqu'elle revint à la cuisine.

- Monsieur Rogue vient d'utiliser la cheminée pour vous transmettre un message, annonça t'elle à Fiona. Si vous en êtes d'accord, Monsieur Dumbledore peut vous recevoir aujourd'hui dans son bureau, vers 16 heures. Monsieur Rogue attend votre réponse.

- Très bien, dites-lui que j'y serai, répondit-elle avec détachement.

Une fois encore, personne ne fit de commentaire et Fiona préféra s'isoler en partageant sa journée entre la bibliothèque et le parc en attendant l'heure du rendez-vous. Monsieur Green revenait du potager quand elle se décida à rentrer et ils s'arrêtèrent un instant sur le perron.

- Vous êtes inquiète, n'est-ce pas ? constata t'il avec compassion.

- Comment pourrait-il en être autrement, admit Fiona avec anxiété.

Le jardinier passa la main sur sa nuque, comme si ce geste pouvait l'aider à se débarrasser d'un poids qu'il avait sur la conscience.

- Il y a quand même quelque chose qu'il faut que vous sachiez, dit-il en soupirant. Nous avons appris que Dumbledore n'avait pas très bien accueilli la nouvelle en ce qui concerne votre fils.

- Il est bien temps de m'en informer ! s'éberlua Fiona loin de s'attendre à une confession aussi alarmante.

- Pardonnez-nous, Miss Mandelsen, mais ce n'est facile pour personne, tenta t'il de se justifier.

Ne trouvant plus ses mots, Fiona monta dans sa chambre et occupa le temps qui lui restait pour se préparer à devoir défendre bien plus que la réputation de Jeffrey. Elle ne s'était jamais imaginée arrivant à Poudlard en colère et pourtant, au moment où une pendule sonna la demie de trois heures, elle n'était toujours pas parvenue à se calmer.

Un peu avant l'heure convenue, elle transforma un objet en Portoloin et se rendit au collège. Elle n'eut pas le cœur de faire un détour par les cuisines pour aller voir Dobby et frappa à la porte du bureau du directeur à 16 heures tapantes. Minerva et Severus étaient déjà présents. Fiona s'avança dans la pièce tandis qu'une lueur d'appréhension traversa les yeux de Dumbledore lorsqu'il l'observa par-dessus ses lunettes.

- Miss Mandelsen, venez donc vous asseoir, l'invita t'il. Croyez bien que je suis désolé des circonstances qui nous amènent à nous revoir aujourd'hui, mais vous comprendrez que nous devons faire face à une situation peu commune et que des décisions s'imposent le plus tôt possible.

Voilà une entrée en matière plutôt accommodante pour quelqu'un qui s'apprêtait à lui faire des reproches, pensa Fiona.

- Si vous saviez à quel point j'aurais aimé passer ma vie assise derrière un bureau à me désoler pour un rien, Monsieur Dumbledore, le rembarra t'elle sans détour. Vous m'épargneriez votre air de chien battu et iriez droit au but.

- Ne soyez pas injuste, Fiona, regretta McGonagall. Vous savez bien que nous ne sommes pas vos ennemis, mais imaginez quelle a été notre surprise lorsque nous avons appris que vous aviez eu un enfant.

- Tiens donc, voilà qui confirme au contraire que j'ai toutes les raisons de m'inquiéter justement. Maintenant que je suis ici, quelqu'un va t'il enfin se décider à me dire si mon fils a été informé de votre découverte ?

- Non, bien sûr, réfuta Dumbledore en conservant son calme. Il n'a jamais été question de le perturber inutilement et nous avons préféré vous attendre pour vous faire part de notre décision.

- Votre décision ? fit mine de s'étonner Fiona. Dois-je comprendre que vous vous arrogez le droit de prendre des décisions avant de me laisser m'expliquer, ni même me demander mon avis ?

- Il est bien évident que je ne peux tolérer qu'un enfant soit livré aux mains d'un sorcier tel que Lord Voldemort, se justifia Dumbledore. C'est pourquoi nous avons convenu qu'il était impensable de le laisser retourner vivre auprès de cet homme et cette mesure prendra effet dès les prochaines vacances, c'est-à-dire, à la fin du mois de juin.

- Quoi ?! s'horrifia Fiona. Vous ne parlez pas sérieusement, j'espère ! Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie ?! Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi Voldemort était resté aussi inactif depuis tout ce temps ? Ni pourquoi il n'a jamais cherché à me récupérer depuis mon départ ? Il n'a pourtant pas hésité à franchir les limites des lois les plus fondamentales de la nature pour le faire une première fois ! J'en suis la preuve vivante, si je peux dire. Si vous lui retirez mon fils, il n'aura pas d'autre ambition que de reprendre ses projets là où il les a laissés il y a onze ans. Mais bien sûr, ça vous est égal car ce n'est pas vous qui avez le plus à perdre dans cette histoire !

- Quel délicieux sacrifice, se moqua Rogue. Je n'arrive pas à croire que tu aies pu abandonner ta chair et ton sang au seul prétexte que Voldemort a eu, de ce fait, autre chose à faire que de vouloir régner sur le monde.

- C'est aussi le tien, je te signale ! lui envoya t'elle en retour.

- Quand est-il né déjà… ? renchérit Severus d'un air narquois.

- Comment oses-tu ! ragea Fiona.

- Allons ça suffit, s'interposa Minerva. Il me semble que Miss Mandelsen est la seule ici à avoir disposé du temps nécessaire pour forger ses convictions. Nous devrions écouter ce qu'elle a à dire. …Cela dit, reprit-elle à son attention. N'aurait-il pas été plus simple de vous enfuir dès l'instant où vous avez compris où vous étiez ?

- Certainement, en convint Fiona d'un air agacé. Mais figurez-vous que j'ai eu la crédulité de croire que quelqu'un viendrait à mon secours et j'ai préféré attendre. De plus, j'étais déjà enceinte avant de… de mourir, hésita t'elle tant se souvenir lui était encore pénible mais elle se calmait enfin. Que pouvais-je faire d'autre à part mettre cet enfant au monde et l'élever de mon mieux ?

Si Rogue avait encore l'ombre d'un doute sur sa paternité, voilà qui avait au moins le mérite de clarifier la situation.

- Nous ne remettons pas en cause tes qualités maternelles, intervint-il justement en s'efforçant lui aussi d'adopter un ton plus serein. Ce que nous ne comprenons pas, c'est pourquoi tu as accepté de partager toutes ces années avec Voldemort et surtout, de lui avoir laissé cet enfant.

- Tout simplement parce que nous n'étions pas en danger, répondit Fiona. Apprendre que j'allais avoir un bébé a été pour moi l'une des pires nouvelles qu'on pouvait m'annoncer. Cependant, Voldemort m'a assuré qu'il n'exigerait rien de moi tant que mon fils aurait besoin de toute mon attention. J'ai été la première à en être étonnée mais il a tenu parole. Plus surprenant encore, il s'est attaché à Jeffrey au point d'apprécier de le voir grandir et j'ai compris que cette complicité m'offrait un autre avantage. Elle me permettait d'attendre qu'il soit suffisamment grand pour envisager un plan d'évasion puisque je comptais l'emmener. Mais tout ne s'est pas passé comme je l'avais prévu et pour ce qui est de l'avoir abandonné, souligna t'elle en regardant Rogue de travers. Je n'ai pas eu d'autre choix.

- Pour quelle raison ? demanda Dumbledore.

- Il y en a plusieurs. La première, qui m'est apparue être la plus importante, est que Voldemort n'a jamais joué de son emprise sur Jeffrey pour en faire quelqu'un de mauvais. J'ai été de surprises en surprises pendant des années et je le voyais participer à l'éducation de cet enfant comme s'il était son propre fils. Je me suis même laissée dire qu'il le considérait comme une seconde chance pour lui de ne pas commettre deux fois les mêmes erreurs car je suis persuadée qu'il s'identifiait à lui et, moi, à sa mère qu'il n'a pas connue mais qu'il a passé sa vie à idéaliser. J'ai su par l'un de ses elfes qu'il détestait son père et, contre ses attentes les plus chères, je lui donnais l'occasion d'assister à l'épanouissement d'un enfant choyé, protégé par l'amour d'une mère contrainte à l'élever seule. J'ai fini par avoir la certitude qu'il s'imaginait que telle aurait pu être sa propre vie si les choses avaient été différentes. Bien sûr, je dois reconnaître que j'ai été assez naïve à une certaine époque pour croire que Voldemort renoncerait à mes pouvoirs en échange de cette situation hors du commun mais qui s'avérait être inespérée pour lui. Il s'en est alors suivi des années difficiles pour moi. Jeffrey était toujours à l'abri mais pas les centaines de moldus que Voldemort me promettait de faire exécuter si je ne me soumettais pas à ses exigences. J'ai vu s'écrouler toutes les attentions qu'il m'avait accordées pendant quatre ans. Contrairement à ce que j'avais pensé, rien ne pouvait l'éloigner de son but.

Rogue émit un souffle agacé qui surprit tout le monde.

- Quelle absurdité de croire que le Seigneur des Ténèbres pouvait se détourner aussi facilement de ses projets, lança t'il.

- Tu as la mémoire courte. D'autres que moi se sont laissés prendre à son jeu, il me semble ! lui cracha Fiona en pleine figure. De toute façon, je suis persuadée que c'est ce qui a fini par se produire. Si j'étais partie plus tôt, Voldemort ne m'aurait probablement pas pardonnée et se serait lancé à mes trousses. Mais avec le temps, je me suis dit que ma première impression n'était peut-être pas aussi dénuée de sens qu'elle en avait l'air et j'ai décidé de tenter le tout pour le tout. Je partais du principe qu'en m'enfuyant sans mon fils, c'est comme si nous avions passé une sorte de contrat : je lui offrais l'illusion d'être père contre ma liberté.

- Sauf que vous oubliez que la patience est l'une de ses spécialités, observa Dumbledore pris d'un doute. Qui vous dit qu'il n'est pas en train d'élaborer un nouveau plan pour vous ramener à lui tout en conservant votre enfant à ses côtés ?

- Je suis sûre du contraire, rejeta fermement Fiona. Tout simplement parce que, quand j'ai appris l'entrée de Jeffrey dans votre collège, j'ai eu aussi des échos sur son comportement et je suis allée demander des comptes à Voldemort. Il m'a reçue. Nous avons discuté. Eclairci certains points. Et je suis repartie avec autant de facilité que je suis arrivée.

- Mon Dieu… ! s'exclama Minerva dans un souffle.

- J'étais tout à fait consciente de prendre un risque énorme en agissant ainsi, poursuivit Fiona sans se laisser troubler par cette interruption. Mais, indépendamment de l'objet de ma visite, je recevais enfin la confirmation que mes suppositions étaient exactes puisqu'il n'a rien fait pour me retenir alors qu'il en avait la possibilité.

Dumbledore restait septique et soupira d'inconfort. Il lui revint en mémoire des paroles que Fiona avait prononcées à son retour d'Albanie : Voldemort avait entretenu des sentiments très particuliers à son égard. Il était évident qu'ils constituaient un argument supplémentaire à la laisser s'enfuir mais il préféra ne pas raviver ce souvenir dans les esprits.

- Quelle est l'autre raison qui vous a fait renoncer à votre fils ? se contenta t'il de demander.

- J'ai mis plusieurs mois avant de trouver la faille mais j'ai compris que j'étais la seule à pouvoir passer les protections qui cernaient la maison. Ce sont mes pouvoirs qui m'ont permis de le faire. Au début, Jeffrey n'était pas concerné seulement, lorsqu'il avait trois ans, il a failli m'échapper. Je l'ai récupéré de justesse en le faisant revenir à moi en me servant du pouvoir de l'air et, à dater de ce jour, j'ai exigé qu'il ne puisse pas sortir du domaine. Voldemort n'était pas d'accord. Il argumentait qu'il pouvait être gravement blessé mais j'ai fini par obtenir gain de cause puisque nous étions souvent seuls et qu'il me serait impossible de le rattraper au cas où l'incident se serait reproduit. Par la suite, Voldemort n'a pas jugé bon d'annuler cet accord, il pensait sans doute et à juste titre que j'attendais que mon fils soit en âge de me suivre pour tenter de m'enfuir. Finalement, j'ai été prise à mon propre piège et il est bien évident que ce deuxième point était une raison supplémentaire pour que je parte seule, mais je ne l'aurais jamais fait si je n'avais pas eu la certitude que Jeffrey était en sécurité.

- Très bien, sembla accepter Dumbledore. Cependant, un autre élément est à considérer avec la plus grande prudence : même si vous venez de nous affirmer le contraire, votre fils avait à peine dix ans lorsque vous êtes partie. Nous ne pouvons pas exclure que Voldemort ait pensé qu'il était trop jeune à cette époque pour le rallier à sa cause, mais qu'en est-il aujourd'hui ?

- Je n'en ai aucune idée, avoua Fiona à contrecœur. Je sais simplement que ce n'est pas dans sa nature d'être mauvais, pas plus qu'il n'est influençable d'ailleurs.

Dumbledore parut gêné et s'accorda un moment pour réfléchir.

- Je regrette, Miss Mandelsen, mais cela me parait loin d'être suffisant, se borna t'il. C'est pourquoi je me vois obligé de ne pas revenir sur ma décision.

- Pardi ! s'emporta Fiona. C'est aussi mon enfant, je vous signale ! Et quand bien même Voldemort reviendrait sur les principes moraux qu'il lui a inculqués, vous oubliez que je suis sa mère et que je dispose également d'une emprise suffisante sur lui pour lui faire entendre raison !

- Je comprends votre colère, Fiona, tenta de tempérer Dumbledore. Mais il n'y a pas qu'une éventuelle cohabitation auprès de Voldemort que nous considérons comme étant préoccupante ; même si, selon vous, elle est sans conséquences... Votre fils a une personnalité surprenante que nous avons du mal à cerner et nous ne pouvons pas prendre le risque de voir le Seigneur des Ténèbres en faire une sorte d'héritier, si je peux dire, à qui il souhaiterait justement transmettre les ambitions que vous évoquiez tout à l'heure. Si telle était son intention, personne ne serait en mesure de déceler quoi que ce soit dans l'esprit de votre enfant. Vous le savez n'est-ce pas ?

- Vous parlez sans doute de sa capacité à maîtriser l'Occlumancie ? comprit Fiona. Désolée, mais s'il tient ça de son père je n'y suis pour rien et je ne vois pas en quoi cela devrait le desservir !

Severus en vacilla de surprise d'apprendre que Jeffrey était doté d'un tel don. Mais cela expliquait bien des choses…

- Soyez raisonnable, insista le directeur. Vous savez très bien que c'est un don extrêmement dangereux et la plupart des sorciers qui en sont dotés peuvent également être de très habiles manipulateurs. Vous comprendrez que je ne peux accorder une confiance aveugle face à une telle menace.

- Seriez-vous en train d'avouer que vous avez fondé votre fameuse confiance en Severus sur des bases que vous reconnaissez aujourd'hui être plutôt fragiles, Monsieur Dumbledore ? Ce qui vaut pour un ancien Mangemort devrait valoir aussi pour un enfant encore innocent, il me semble !

Cette remarque mit tout le monde mal à l'aise et Dumbledore ne répondit rien. Il chercha refuge dans le regard de ses deux enseignants comme s'il daignait leur laisser le choix de trancher entre le « raisonnable » ou, au contraire, pencher en faveur de la crédibilité des sentiments d'une mère. McGonagall se lança la première.

- Trop de doutes persistent, Albus. Si nous laissions les choses en l'état pour nous apercevoir ensuite que nous avons commis une erreur, il serait bien trop tard pour revenir en arrière. C'est pourquoi je m'en tiens à ce que nous avions convenu.

Tous les visages se tournèrent vers Severus.

- Ce que je sais de ce garçon ne peut que m'inciter à me rallier à vos côtés, Monsieur le directeur, décida t'il.

- Evidemment tu le détestes ! cingla Fiona.

- C'est donc décidé, soupira Dumbledore, déçu de ne pas avoir pu trouver un terrain d'entente. Minerva, allez chercher l'enfant, je vous prie.

Rogue fut un peu étonné par cette requête puisque Jeffrey était à Serpentard dont il était le directeur. C'était donc à lui de se charger de cette mission, mais il se résigna. Quant à Fiona, elle était complètement désemparée. Elle voyait se réduire à néant tous les efforts qu'elle avait fait pour faire patienter Voldemort : les vies qu'elle avait épargnées devenaient inutiles, les années de paternité qu'elle lui avait offertes ne servaient plus à rien. Le Seigneur des Ténèbres n'avait plus qu'à reprendre ses activités là où il les avait laissées. Dix ans de concessions, de souffrance et de négociations s'envolaient en fumée.

Le professeur McGonagall revint un quart d'heure plus tard accompagnée du jeune garçon. Jeffrey s'arrêta sur le seuil en apercevant Fiona qui s'était retournée sur sa chaise pour le voir. Il n'était pas surpris puisqu'elle l'avait averti par hibou qu'elle viendrait mais sans être plus précise. Un léger sourire aux lèvres, ses yeux brillaient de l'amour qu'ils se portaient mutuellement, Jeffrey haussa même un sourcil coquin pour saluer sa mère qui lui rendit elle aussi un plus large sourire.

- Monsieur Mansen, asseyez-vous s'il vous plait, l'invita Dumbledore étrangement ému de l'élan de complicité auquel il venait d'assister.

Jeffrey prit place aux côtés de Fiona.

- Nous avons appris depuis peu le lien qui vous unit, reprit le vieux sorcier en observant l'un et l'autre. Et nous allons devoir en discuter, si vous le voulez bien. Mais d'abord, je voudrais m'assurer que vous sachiez réellement qui est l'homme auprès duquel vous avez vécu durant les onze premières années de votre vie.

- Je sais tout ce qu'i savoir, Monsieur, répondit sereinement Jeffrey.

- En êtes-vous sûr ?

Jeffrey réprima un soupir d'agacement que chacun perçut malgré ses efforts à le faire discret.

- Disons que pour faire court, s'expliqua t'il. Nous pourrions le comparer au mage Grindelwald que vous avez vaincu en 1945.

- Très bien, se résigna Dumbledore à peine surpris de la réponse. Eprouvez-vous pour lui une sorte d'affection ?

- Il ne prendra jamais la place d'un père, si c'est ce que vous voulez savoir. Je n'ai jamais eu de père et je n'en ai pas besoin.

Rogue s'agita dans son coin, mal à l'aise. Mais curieusement, on le sentait surtout vexé.

- Dans ce cas, j'irai droit au but, continua Dumbledore. Vous comprenez que je ne peux tolérer qu'un enfant de votre âge poursuive cette relation qui, vous en conviendrez, est plutôt hors du commun. C'est pourquoi j'ai pris la décision de ne pas vous laisser retourner en Albanie et qu'à partir de maintenant, vous vivrez aux côtés de votre mère.

- Quoi ?! réagit aussitôt Jeffrey tout comme Fiona l'avait fait avant lui. Ce n'est pas possible, maman, tu ne peux pas laisser faire une chose pareille ?!

Fiona tourna vers lui un visage désolé.

- Tu vois bien qu'apparemment, je n'ai pas mon mot à dire, regretta t'elle presque sur un ton d'excuse.

- Enfin c'est insensé ! s'étonna t'il encore envers son directeur. Vous savez ce que cela signifie ? Sans compter les années d'efforts que ma mère a subies et que vous réduisez à néant en n'hésitant pas à la remettre en danger, en plus.

Fiona tomba des nues d'apprendre que Jeffrey semblait être au courant des actions qu'elle avait menées sous la contrainte. Elle le dévisagea d'un air inquiet mêlé d'appréhension.

- Comment sais-tu que…, commença t'elle sans pouvoir aller plus loin.

Jeffrey l'observa de ce regard si doux qu'elle semblait être la seule à percevoir.

- Voldemort m'a prévenu, avoua t'il. Tu ne t'en souviens peut-être pas, mais le jour où tu m'as emmené faire un gâteau dans la cuisine pour m'empêcher de courir partout et déranger un visiteur, tu es descendue chez les elfes pour leur donner le gâteau de façon qu'ils le fassent apparaître avec les autres desserts. Voldemort a profité de ton absence pour me dire qu'il ne fallait pas que je m'inquiète si tu devenais un peu triste dans les jours à venir. Il voulait me rassurer en m'affirmant que je n'y étais pour rien et qu'il faudrait que je sois patient si tu étais distante. Il n'a pas eu le temps d'être plus précis car tu es arrivée à ce moment-là et nous avons mangé ensuite, comme si de rien n'était.

Fiona se souvenait effectivement d'une conversation interrompue ce jour-là. Elle n'y avait pas accordé d'importance à l'époque mais elle se rappela très bien avoir ressenti un certain malaise lorsqu'elle était entrée dans la salle à manger.

- Mon Dieu, quel mufle ! ragea t'elle à mi-voix.

- Non, maman. Je trouve qu'il a bien fait parce que j'aurais pu me poser des questions. C'est bien après que je me suis douté de ce qu'il te demandait de faire. J'ai fini par comprendre que les nuages et les formes que tu faisais apparaître quand je prenais mon bain étant petit et toutes les petites flammes que tu modelais pour moi avaient une signification bien particulière puisque tu étais la seule à pouvoir les faire sans utiliser de baguette. Puis, j'ai commencé à m'intéresser à Voldemort et sa drôle de façon de vivre et tout devenait plus clair…

Fiona soupira profondément. Elle était horrifiée de comprendre que Jeffrey avait vécu avec ces terribles déductions sans qu'il ne puisse jamais en parler à personne. Quel lourd et cruel fardeau ça avait dû être pour un enfant aussi jeune ! Cependant, il était inutile de s'étendre sur ce point pour l'instant et elle choisit d'en rester là.

- Je sais que ça parait impensable, reprit Jeffrey à l'attention de Dumbledore. Mais je ne risque rien en vivant à ses côtés. Je n'ai même rien à craindre de ses Gardiens tant que je ne fais rien qui puisse nuire à leur maître.

- Ses Gardiens… ? répéta Dumbledore sans comprendre.

- Ce sont des créatures qu'il a conçues pour protéger son domaine, expliqua brièvement Jeffrey.

- Ainsi donc ils existent… ? s'éberlua Dumbledore en se tournant vers Rogue.

- C'est impossible, réfuta celui-ci tout aussi surpris. Plus de quinze ans d'expérimentation acharnée n'ont abouti à rien. Toutes ses tentatives n'ont fait que le conduire à l'échec et il a renoncé à ce projet un peu avant de s'en prendre aux Potter. Je ne peux pas croire que deux ans après son retour aient pu suffire à lui apporter un résultat probant.

- Je sais ce que je dis, se défendit Jeffrey en regardant Rogue avec dégoût.

Il observa à nouveau Dumbledore.

- Voldemort n'a jamais voulu me dire de quoi ils étaient composés, reprit Jeffrey. Il s'amusait de mes questions, c'était presque devenu comme un jeu entre nous et il ne m'a pas empêché de faire des recherches. Bien sûr, les livres de sa bibliothèque n'étaient pas assez complets pour rassembler tous les éléments me permettant de les identifier. Mais ça m'a permis de découvrir qu'ils sont issus du croisement hybride d'au moins trois créatures : des détraqueurs, des géants et des hydres. Ce qui explique pourquoi le seul langage auquel ils répondent soit le Fourchelang. Mais il y a une quatrième race que je n'ai pas réussi à trouver. Peut-être même une cinquième…

- Albus, vous savez ce que cela signifie, s'horrifia Minerva. Et s'il avait réussi à constituer toute une armée…? s'épouvanta t'elle un peu plus.

Dumbledore n'avait jamais été aussi pâle de toute sa vie.

- Savez-vous de combien de ces créatures il dispose ? demanda t'il à Jeffrey.

- Non. Je dirais une quinzaine en Albanie. Peut-être qu'il en a d'autres ailleurs… La seule chose dont je sois sûr, c'est que personne ne peut se mesurer à elles. …A part toi, fit-il en direction de Fiona avec un sourire malicieux. Bravo pour l'exploit, maman ! la félicita t'il d'un clin d'œil coquin.

- Je n'ai pas eu à les combattre, mon ange, répondit-elle d'une voix éteinte. J'ai simplement réussi à les avoir par surprise en gagnant du temps.

Dumbledore se tassa sur sa chaise tant le poids de cette menace pouvait s'avérer désastreux pour le monde magique. Il soupira une fois de plus avant de reprendre avec résignation :

- Laissons cela de côté pour l'instant. Monsieur Mansen, je réitère mon souhait de ne pas vous autoriser à vivre sous le toit du Seigneur des Ténèbres. A l'issue de l'année scolaire, Monsieur Rogue vous conduira en un lieu protégé dont vous comprendrez qu'il est primordial de ne révéler l'emplacement à personne.

- Pourquoi lui ? s'étonna Jeffrey sans chercher à cacher l'aversion qu'il éprouvait pour cet homme.

Les quatre adultes échangèrent des regards gênés.

- Je t'expliquerai, lui répondit simplement Fiona.

- Très bien, conclut Dumbledore. Vous pouvez nous laisser, Monsieur Mansen.

Jeffrey se leva et se dirigea vers la porte.

- Attend…, fit Fiona.

Il s'arrêta sur le seuil.

- Tu dois retourner en cours ? lui demanda t'elle.

- Non, nous les avons terminés à 15 heures.

- Dans ce cas, tu peux m'attendre ? J'ai besoin de te parler.

- D'accord, accepta t'il. Je serai en bas dans le hall.

Ils se sourirent une dernière fois et tous attendirent que Jeffrey soit sorti pour continuer.

- Miss Mandelsen, commença Dumbledore avec prudence. Ça ne va sans doute pas être facile mais il est bien évident que la paternité de Monsieur Rogue va devoir être révélée.

- Je ne vois pas en quoi cela vous concerne, répondit-elle d'emblée. Je me chargerai moi-même de lui annoncer. Moi, et personne d'autre…, ajouta t'elle en lançant un regard noir à Severus.

- Je n'ai jamais envisagé qu'il en soit autrement, se défendit Rogue en tentant de ne pas s'énerver. J'ai simplement besoin de savoir quand tu souhaites le faire.

Fiona repensa aux longs mois d'attente qu'on n'avait pas hésité à lui imposer avant qu'elle ne rencontre Elina. Même si elle avait fini par admettre que c'était une sage décision, elle n'avait pu s'empêcher d'en souffrir atrocement et se dit finalement qu'il était peut-être temps d'inverser les rôles. Elle plongea un regard déterminé dans les yeux de Dumbledore.

- Eh bien disons que pour ne pas perturber cet enfant, se vengea t'elle à son tour. Je lui annoncerai qui est son père une semaine avant les vacances.

Elle jubila de lire de la surprise sur les visages qui l'observaient, mais la résignation qui s'ensuivit était plus jouissive encore et les trois professeurs se gardèrent bien d'émettre une objection.

- Il reste encore un point que j'aimerais aborder, commença le directeur. Il semblerait que Voldemort se soit arrangé pour modifier le nom de votre fils de façon à ce que nous ne sachions rien de sa véritable identité et je me propose de…

- Je crois au contraire que nous n'avons plus rien à nous dire, Monsieur Dumbledore, fit Fiona en se levant. Vous êtes à l'origine de la décision la plus stupide qui soit. Par chance, vous devriez vous en tirer plutôt bien puisque le monde de la magie n'en saura rien mais, de grâce, prenez vos responsabilités et ayez l'honnêteté d'en assumer seul les conséquences. Tous les points que vous aimeriez aborder, comme vous dites, m'importent peu. Vous devriez consacrer le peu de temps qu'il nous reste à réfléchir à la façon dont vous allez justifier les centaines de pertes humaines auxquelles on peut s'attendre auprès des familles qui placent encore en vous toute leur confiance.

Elle n'avait pas sitôt fini sa phrase qu'elle était déjà près de la porte.

- Ah j'oubliais…, fit-elle sèchement en se retournant vers Severus. Débrouille-toi comme tu veux mais fais en sorte que je n'apprenne pas que Jeffrey ait eu à souffrir de ton orgueil mal placé en se voyant infliger des remontrances à tout bout de champ. J'ai cru comprendre que tu t'en étais donné à cœur joie depuis le début de l'année. Il va falloir que ça change…

Elle sortit sans attendre de réponse et retrouva Jeffrey dans le hall.

- Ça ne te dérange pas qu'on sorte un peu ? proposa t'il.

- Non, accepta Fiona. J'aime autant d'ailleurs.

Dans le bureau de Dumbledore, les professeurs étaient déjà partis donner leurs derniers cours. Le vieil homme se leva et dirigea ses pas fatigués vers la fenêtre sans se douter que cette position lui permettrait d'assister à une scène qui ne fit qu'embrouiller un peu plus ses idées déjà confuses.

Fiona et Jeffrey s'arrêtèrent près du lac.

- Qu'est-ce qui leur prend ?! commença Jeffrey avant même de savoir ce que voulait réellement Fiona.

Comprenant que les choses n'allaient pas être simples, elle s'accroupit pour être à sa hauteur et lui prit affectueusement les bras.

- Il ne faut pas leur en vouloir, tempéra t'elle avec douceur. Ils pensent agir pour le mieux.

- Ils feraient pourtant bien de s'occuper de leurs affaires. Je n'ai pas l'impression que Dumbledore se soit permis de s'immiscer dans la vie d'un élève avec autant d'ardeur qu'il s'emploie à le faire avec moi.

- Reconnais quand même que, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas eu une vie très ordinaire. Voldemort et ses ambitions ne sont pas à prendre à la légère, Jeffrey, et j'aimerais que tu gardes en permanence à l'esprit qu'il peut à tout moment se retourner contre nous. Même s'il ne m'en veut pas d'être partie et qu'il t'a élevé comme il l'aurait fait avec son propre fils.

- Pff, tu ne le connais pas aussi bien que moi. Je t'assure que je n'ai vraiment rien à craindre de lui.

- Sincèrement, je le pense aussi. Mais nous devons rester prudents.

- Tu n'en avais pas l'air aussi sûre, tout à l'heure, lança t'il avec défi.

- Je devais tout faire pour les convaincre de ne rien changer à la situation, se désola Fiona. Mais puisque je n'ai pas réussi, nous nous plierons à ce qu'exige Dumbledore. Par contre, je ne te demande qu'une chose, Jeffrey. C'est de ne pas entrer en contact avec Voldemort pour le prévenir.

- Je ne vois pas ce que ça va changer, fit-il en haussant les épaules. On gagnera quelques mois tout au plus. Il va bien s'apercevoir que je ne rentre pas à la fin du mois de juin.

C'était malheureusement une évidence dont seuls Jeffrey et Fiona semblaient prendre conscience.

- Promet-le moi, Jeffrey, insista Fiona.

- C'est bon, s'impatienta t'il. Tu as ma parole, maman.

- Viens dans mes bras que je t'embrasse, mon cœur.

Ils restèrent un moment enlacés l'un à l'autre. Puis, Fiona se recula légèrement en gardant ses mains sur les hanches de Jeffrey tandis qu'il s'amusait à enrouler une de ses longues mèches brunes autour de son doigt.

- Quoi qu'il arrive, je veux aussi que tu saches que je serai toujours là pour défendre tes intérêts, lui promit-elle.

- Je le sais bien, assura Jeffrey en lui souriant tendrement.

- Je voudrais bien rester plus longtemps, mais il faut que j'y aille, regretta Fiona en se redressant.

Elle caressa doucement la tête de son fils en l'entraînant lentement vers le collège.

- Tu sais ce qui me ferait plaisir ? dit-il après avoir fait plusieurs pas. C'est d'avoir quelque chose qui t'appartient. Comme ça, j'aurai l'impression que tu es avec moi en permanence.

Fiona réfléchit un instant. Elle n'avait rien prévu mais il lui vint soudain une idée.

- Que dirais-tu d'un nuage ?

- Oh oui ! s'enthousiasma Jeffrey. Je le ferai léviter au-dessus de mon lit et, si l'un de mes camarades de dortoir m'embête, je le pousserai jusqu'au sien pour le faire pleuvoir.

Fiona esquissa un sourire amusé, puis, leva les doigts vers le ciel et fit pivoter sa main comme si elle cueillait un fruit délicat. Une fine nuée blanche descendit des cieux et vint se poser au creux de sa paume maintenant ouverte. La brume aux contours incertains se pommela en un nuage d'une blancheur éclatante qu'elle laissa en suspens juste devant le visage de Jeffrey. Il sortit aussitôt sa baguette pour l'emporter comme il l'avait fait avec le feu follet que Fiona avait créé pour lui lors de sa dernière visite au château.

Ils échangèrent encore quelques mots tendres avant que Fiona ne sorte de l'enceinte du parc pour rejoindre le manoir.

Depuis la fenêtre du deuxième étage, un vieil homme soupira et retourna s'asseoir derrière son bureau…


Dans le prochain chapitre, cohabitation de toute la p'tite famille au manoir d'Aylesbury (des hauts -et quels hauts !-, de l'humour, des bas. Bref, un chapitre à la Volderine -_-).

Bises à tous et à bientôt !