Chapitre LII: Incontrôlable
-Aleksandre, relève la tête!
Son injonction tomba dans le silence et Ivan grogna furieusement en sentant qu'il était littéralement collé dans son fauteuil. Il y avait comme une main géante et invisible qui le maintenait assis. Une douleur fulgurante traversa l'arrière de ses genoux alors qu'il essayait de se remettre sur ses pieds. Vaincu, Ivan tendit le bras pour attraper son biper qui traînait sur son bureau afin de prévenir quelqu'un qu'il avait besoin d'aide mais son membre était trop court pour l'atteindre.
L'air se refroidissait de plus en plus dans la petite pièce. Ivan vit avec effarement sa fenêtre une fissurer et de nombreuses craquelures entourèrent la fente. Soudainement, le feu s'arrêta comme si un coup de vent soufflait dans le bureau. Reprenant ses esprits lorsque les tableaux derrière lui se mirent à trembler contre le mur, il se retourna vers Aleksandre, toujours prostré sur le canapé.
Tentant de réguler sa respiration comme Ivan le lui avait appris, Aleksandre cligna des yeux plusieurs fois. Il sentait le froid s'infiltrer en même temps qu'une douce chaleur se répandait en lui. La source de cette chaleur semblait partir de sa poitrine. Il avait l'impression que quelque chose s'étirait à l'intérieur de lui-même comme une pelote de laine où plusieurs fils dépassaient et sur lesquelles il tirait.
-Aleksandre? Est-ce que tu m'entends?
Alors qu'il voulut répondre pour lui expliquer qu'il ne comprenait pas cette différence de température dans son corps, Aleksandre entendit un craquement sec à sa droite puis le fracassement d'un verre au sol. Sursautant, il releva la tête et vit avec ahurissement que la grande fenêtre du milieu s'était brisée et que des bouts de verres jonchaient sur le sol. Ses yeux noirs se voilèrent et presque toutes les taches émeraude qui les coloraient, disparurent.
Sans savoir comment, Aleksandre était certain qu'il était le responsable de cette casse. Il haleta alors que la chaleur dans son corps se faisait intense mais il n'avait pas l'impression de se consumer de l'intérieur. Bêtement, il regarda ses mains où les fils de chaleur tentaient de s'échapper. Il savait que ses pensées étaient étranges mais il avait le sentiment affolant que le bout de ses doigts chauffait et que quelque chose voulait quitter son corps.
Un cri inarticulé quitta sa gorge lorsque la toile où Ivan accrochait les dessins de ses patients ainsi que quelques cartes postales se déchira au milieu. Pendant d'un côté, la toile tomba finalement au sol dans un bruit sourd, emportant avec elle, un vase décoratif. Ivan sursauta en sentant les bouts de verre rebondir sur le sol juste derrière lui et il essaya avec acharnement de se lever.
Aleksandre était responsable de cela. Ivan ignorait comment qualifier ce qui était en train de se passer actuellement dans son bureau. L'air était alourdi par la magie incontrôlée du garçon. La trop forte émotion l'ayant submergé avait brisé les barrières de contrôle de sa magie et Ivan n'était pas dupe: le garçon était puissant. Non, c'était un euphémisme. Régression mentale ou pas, Aleksandre était encore le Survivant avec une grande quantité de magie en lui et il redoutait ce que son jeune patient allait faire inconsciemment avec celle-ci.
-J'aimerai simplement que tu me regardes.
Établir un contact visuel avait toujours apaisé Aleksandre mais cette fois-ci, le gamin semblait fasciné par ce que son corps rejetait par vague de chaleur et qui épaississait l'atmosphère, la rendant suffocante. Un vent glacial, pénétrant dans le bureau par le carreau brisé, s'opposait à la chaleur corporelle que répandait l'adolescent. Il se cambra alors qu'une plus forte décharge électrisa son corps et au même moment, tout ce qui se trouvait sur le bureau d'Ivan vola vers la droite jusqu'au sol.
L'aspect fascinant se brisa lorsque la surface du meuble fut lisse et vide et qu'Aleksandre fut terrifié. Il croisa le regard stupéfait de son psychiatre avant de reculer au fond du canapé. Que se passait-il? Un nouveau craquement bruyant retentit à sa droite et il poussa un gémissement en voyant la deuxième vitre se fendre sur toute la longueur et trembler violemment. Au même moment, les flammes des quatre torches murales vacillèrent avant d'être happées par l'air. Le peu de lumière disparut, ne laissant qu'une ambiance grisâtre due au ciel de la même couleur terne de l'hiver.
-Je… je sais pas! Cria Aleksandre en serrant son pull avec ses mains, les yeux rivés sur la petite étagère qui vacillait dangereusement à quelques mètres d'Ivan dont les yeux étaient exorbités. Qu'es… qu'est-ce qui se passe?
-Regarde-moi dans les yeux, Aleksandre! Pria Ivan lorsqu'une rangée de livres tomba au sol dans un bruit mat.
Néanmoins, l'adolescent préféra fermer les paupières plutôt que de suivre le conseil de son psychiatre qui se débattait toujours contre ses liens invisibles pour se lever et attraper sa baguette magique afin de stabiliser tous les meubles de la pièce qui oscillaient de plus en plus dangereusement. Une nouvelle fenêtre se brisa complètement et de nombreux bouts de verre recouvrirent le sol, s'enfonçant dans le tapis et le parquet.
Aleksandre haleta et il posa une main contre sa gorge pour tenter de reprendre une respiration convenable. Quelque chose de brûlant à l'intérieur de son corps, s'étirait. Il entendit Ivan prononcer un juron interdit et inconsciemment, Aleksandre raffermit les liens invisibles qui maintenaient l'homme contre le dossier de son siège. Il ignorait pourquoi une telle vague de chaleur tourbillonnait en lui, et plus particulièrement dans son estomac et sa poitrine, mais Aleksandre craignait que ce moment ne s'arrête jamais.
À la seconde où il pensa cela, il poussa un hurlement suraigu car le canapé sur lequel il était assis, glissa sur le parquet ciré jusqu'à buter contre la grande bibliothèque qui recouvrait le pan du mur arrière du bureau. Aleksandre posa son regard sur la porte dans l'espoir de voir quelqu'un surgir et à sa grande stupéfaction, la cloison en bois s'ouvrit avant de claquer sèchement, provoquant un bruit angoissant. Cela dura jusqu'à ce qu'Aleksandre détourne les yeux, effrayé.
Il contrôlait les objets. Inconsciemment certes mais sa magie, et donc lui, contrôlait tout ce qui l'entourait. Ivan tenta de se détendre, espérant que son apaisement convaincrait les lianes invisibles de le libérer afin qu'il puisse récupérer sa mobilité. Mais c'était très difficile à faire alors qu'il assistait à la destruction de son bureau sans être capable de faire le moindre geste.
-Aleksandre! Appela t-il d'une voix hachée. Aleks… il faut que tu gardes ton calme.
Malgré sa situation précaire, Ivan réfléchissait à toute vitesse pour tenter de comprendre ce qui était en train d'arriver et il espérait trouver une solution pour obliger Aleksandre à reprendre sa magie et à la contrôler car évidemment, celle-ci était totalement incontrôlable. Parler de son tortionnaire avait dû provoquer une réaction instinctive de protection chez Aleksandre. Le garçon avait dû vouloir se protéger spontanément grâce à sa magie au cas où son Oncle surgissait des entrailles de son bureau.
Alors la puissance d'Aleksandre était aussi grande? Rares étaient les personnes qui, consciemment ou pas, étaient capables de contrôler les objets d'un seul regard. Ivan appela Aleksandre d'une voix forte pour couvrir le sifflement du vent qui tournoyait dans le bureau mais le regretta aussitôt que le regard terrifié et sombre du garçon se posa sur lui.
Les pieds de l'imposant bureau en bois massif crissèrent doucement sur le parquet. Effrayé, Ivan ouvrit la bouche pour obliger Aleksandre à détourner les yeux mais le meuble fonça sur lui. Le fauteuil recula sous l'impact. Il heurta le meuble noir et sa tête percuta le coin d'un livre. Sous la douleur, Ivan poussa un cri puissant alors que le bord du bureau rentrant dans son estomac avait coupé sa respiration.
La porte du bureau s'ouvrit violemment alors qu'Aleksandre se laissait glisser au sol. Les yeux fermés, il sentait sa magie bouillante tournoyer autour de lui, l'enveloppant d'un cocon à la fois sécurisant puisqu'il savait que personne ne pouvait lui faire de mal mais aussi effrayant en entendant Ivan qui haletait de douleur, une plaie derrière la tête.
-Par la barbe de Merlin, que se passe t-il ici? Demanda quelqu'un d'une voix incrédule. Merlin, Docteur Petrovitch…
Une fois qu'il se fut traîné derrière le canapé en cuir et appuyé contre la bibliothèque qui vacillait toujours dangereusement, Aleksandre se recroquevilla sur lui-même, les mains plaquées sur ses oreilles en espérant que tout ce bazar cesse enfin. Il était responsable de tous ces objets qui flottaient dans l'air comme s'il avait utilisé un énorme Wingardium Leviosa sur la pièce.
Jack qui avait accepté de travailler ce jour là, avait les yeux exorbités et il fouillait du regard la pièce dévastée à la recherche du responsable de cet étrange phénomène. Ses sourcils se haussèrent en remarquant une silhouette tremblante derrière le canapé. Que se passait-il? L'habituel sortilège de silence imposé par soucis d'intimité des patients, s'était désactivé et de grands bruits de fracas avaient résonné dans le bâtiment jusqu'à ce qu'il accoure. L'infirmier sortit sa baguette magique et voulut libérer le psychiatre qui se débattait pour repousser le bureau qui l'étouffait. Néanmoins, son sortilège fut inutile.
-Appelez son père, ordonna Ivan, essoufflé. Je m'occupe de lui. Aleksandre, je t'en prie…
Ivan ferma les yeux, la respiration laborieuse. Un hématome allait sûrement apparaître sur son ventre. Rejetant sa tête en arrière, le psychiatre regarda avec une certaine fascination tous ses livres et objets personnels flotter à quelques mètres du sol. Il ne savait pas quoi faire pour que l'adolescent reprenne le contrôle sur sa propre magie. À en juger par la cachette où il s'était glissé, Aleksandre ignorait comment maîtriser la force quittant son corps.
L'air qui pénétrait dans la pièce par les baies vitrées brisées, était glacial, rajouté à la température de la pièce qu'Aleksandre avait fait inconsciemment chuter dès le début de sa perte de contrôle. En même temps, Ivan supposait que le garçon bridait inconsciemment sa magie qui lui rappelait à quel point il était un sorcier puissant bien malgré lui. Ce qui lui conférait une popularité étouffante et dangereuse. Les barrages érigées autour de son noyau magique avaient dû s'effondrer en songeant à la possibilité d'être une nouvelle fois face à face à son bourreau.
-Tu ne crains rien! Tenta l'homme d'une voix forte en couvrant le désagréable sifflement. On est à l'école et tu n'es pas en danger.
Tu n'es pas en danger. Tu n'es pas en danger. Tu n'es pas en danger. Silencieusement, Aleksandre commença à répéter cette brève phrase en bougeant les lèvres, ne laissant aucun son quitter sa bouche. Et c'était vrai. Il ne risquait rien. À plusieurs reprises, Ivan lui avait fait comprendre que jamais l'Oncle Vernon ne saurait qui il était. Si tel avait été le cas, l'homme aurait recommencé à le blesser en l'apercevant au Manoir quelques semaines plus tôt.
Alors tout doucement, Ivan put voir ses bibelots reprendre leur place sagement sur les meubles qui continuaient à chanceler. Ensuite, les livres se rangèrent dans la grande bibliothèque devant laquelle Aleksandre s'était réfugié. Celui-ci se cambra en sentant une puissante chaleur heurter son corps et se répandre dans ses veines. Il eut vaguement l'impression de s'être plongé dans un feu de cheminée avant qu'une grande sensation de froid l'assaille de toute part.
Prostré entre le fauteuil, qui s'était déplacé, et la bibliothèque, il commença à sangloter doucement alors que de nombreuses voix se faisaient entendre autour de lui. Les paupières scellées, le garçon tentait de retenir le flot incontrôlable de larmes qui jaillissait hors de ses yeux pour rouler sur ses joues pâles.
Rageusement, Aleksandre songea que rien ne pouvait être parfait. Ses vacances avaient merveilleusement bien débutées avec la réception de nombreux cadeaux, ce dont il n'avait jamais pu profiter dans sa vie récente si ce n'était le pull annuel de Mrs Weasley et l'éclair de Feu de Sirius et les babioles que Ron et Hermione lui achetaient. Mais non, la vie ne pouvait rester indéfiniment rose! Il fallait toujours que des embûches se sèment sur sa route du bonheur. Pourquoi avait-il réagi comme cela alors que pour une fois, il ne hurlait pas en entendant Ivan essayer de parler de l'Oncle Vernon?
Pour la toute première fois, Aleksandre avait accepté de participer à cette conversation en énonçant succinctement ce qu'il ressentait à chaque fois qu'il se retrouvait face à l'Oncle Vernon. La vie ne pouvait-elle pas le récompenser pour cette immense effort qu'il venait de faire? Non! Il fallait que tout soit gâché avec ses pouvoirs étranges et violents.
-Que s'est-il passé? Redemanda Severus pour la cinquième fois en fixant la silhouette tremblante de son fils.
-Êtes-vous blessé? S'enquit Lucius en dévisageant le psychiatre qui se frottait l'arrière de la tête en grimaçant.
Tout juste quelques minutes plus tôt, Elena était apparue dans la salle d'entraînement pendant que Severus se déchaînait sur Hermione, hanté par le regard colérique de son fils posé sur lui avant qu'il ne disparaisse avec son psychiatre. La jeune fille au bord des larmes, avait accueilli avec soulagement la venue de la sœur de son tyran. Cette dernière lui avait tendu avec anxiété un parchemin plié en quatre et certainement jeté rapidement dans un feu de cheminette.
Mû d'un mauvais pressentiment depuis qu'Aleksandre était parti, Severus n'avait pas eu besoin de l'ouvrir pour en connaître le contenu. « Urgent, Aleksandre. » était les seuls mots présents sur la missive et il n'en avait pas fallu plus pour que Severus, suivi de Lucius, heureux d'échapper à cet entraînement, n'accoure dans son bureau et saute dans la Cheminée pour atterrir dans le grand Hall de l'hôpital Tarkovski.
À présent debout dans le bureau dévasté du psychiatre de son fils, Severus ne quittait pas des yeux la forme tremblotante qui espérait se cacher et sûrement se faire oublier entre le canapé et la grande bibliothèque. Il avait désespérément envie de s'approcher d'Aleksandre mais il savait parfaitement que cela effraierait plus l'enfant qu'autre chose. Prenant son mal en patience, il tourna son regard tourmenté vers Ivan qui dévisageait Lucius avec curiosité. Après tout, Aleksandre lui avait tellement parlé de son précieux parrain qu'il ne pouvait qu'être intrigué.
-Ça va aller, assura Ivan. Je pense qu'il serait préférable de s'occuper prioritairement d'Aleksandre et ensuite, nous pourrons discuter. Finalement, il a réussi à reprendre le dessus de sa magie jute avant que vous n'arriviez.
Surpris, Lucius et Severus échangèrent un regard interloqué. Qu'entendait Ivan par 'reprendre le dessus de sa magie'? Aleksandre avait-il d'une manière ou d'une autre réellement perdu le contrôle de sa magie comme cela arrivait parfois à Jonathan qui réagissait violemment dans ces cas là? Incertain sur le comportement à adopter, le Maître des Potions s'approcha du coin où son fils s'était réfugié pendant que Lucius et Ivan s'accordaient pour remettre le bureau en état, le plus important étant de réparer les fenêtres et de nettoyer le sol des nombreux bouts de verre avant qu'une nouvelle blessure ne soit à déplorer.
Aleksandre sentit quelqu'un s'approcher de lui et son souffle se coinça dans sa gorge. Deux longues mains se posèrent sur les siennes qui étaient toujours plaquées sur ses oreilles et Aleksandre lutta inutilement lorsque ces mains descendirent les siennes. Sans ouvrir les yeux, le garçon savait que c'était son père et malgré toute la colère qu'il avait à son encontre, il fut intensément soulagé de le voir près de lui.
-Ouvre les yeux, chuchota doucement l'adulte en jetant un regard en coin à son meilleur ami qui remettait en place les tableaux tombés au sol. Ouvre les yeux.
Avec hésitation, Aleksandre papillonna des yeux, effrayé à l'idée que tout recommence. Il ignorait quel terme utiliser pour qualifier ce qu'il s'était passé dans cette pièce et il espérait sincèrement qu'Ivan n'était pas furieux après lui. Cependant, il put constater que rien ne se passa et qu'il s'était caché dans un endroit plus étriqué et sombre qu'il ne le pensait. Il n'y avait pas réellement fait attention en se glissant dans l'interstice mais à présent, c'était étouffant.
Horrifié par la soudaine obscurité autour de lui, Aleksandre poussa un gémissement rauque et ses larmes redoublèrent. Il entendit son père prononcer plusieurs fois son prénom d'une voix très douce mais il était incapable de rester assis dans ce petit abri exigu. Il repoussa violemment les mains de son père qui soutenait toujours les siennes. Comprenant qu'Aleksandre voulait sortir de sa cachette, Severus recula et tira doucement vers lui, l'enfant dont les yeux étaient écarquillés.
Une fois qu'il fut extirpé du petit endroit, Aleksandre se laissa tomber contre la poitrine de son père qui l'entoura vivement de ses bras. La chaleur qui se dégageait de son corps le rassurait et il préféra enfouir son visage dans son épaisse cape en fourrure d'hiver plutôt que d'affronter son regard, ou pire, celui d'Ivan après avoir fait venir inexplicablement une tempête dans son bureau.
-Je suis désolé, murmura Severus dans le creux de l'oreille d'Aleksandre qui frissonna. Tu es fâché contre moi parce que tu n'as pas participé à l'entraînement.
-Non, contredit le garçon d'une mauvaise foi implacable en essuyant son visage contre la robe de l'homme.
-Je ne voulais pas te blesser, expliqua t-il avec culpabilité. C'est juste que tes capacités sont différentes des autres et que je préférerais étudier avec toi sans leur présence. Tu n'es pas plus nul qu'eux, crois-moi. Je pense qu'au contraire, tu es bien plus fort.
Quelques minutes plus tard, Aleksandre s'endormit en ayant l'impression que son corps était vide et plus léger que jamais. Severus passa ses bras autour du garçon pour le maintenir fermement alors qu'il se relevait du sol où il s'était assit. Ivan rassurait le jeune infirmier qui avait prévenu Severus et accepta le baume apaisant qu'il lui tendait afin de soulager la douleur persistante derrière sa tête. De son côté, Lucius feignait l'indifférence en lisant quelques titres de bouquins.
Grâce aux bons soins des deux hommes, le bureau était comme neuf si ce n'est la déchirure au milieu de la grande toile brune qui ornait de nouveau le mur. Encore fébrile de cet événement, le psychiatre leur proposa une tasse de thé qu'il prépara rapidement tout en sortant un paquet de gâteau qu'il gardait habituellement pour ses patients. Pendant ce temps là, Severus allongea Aleksandre qui dormait confortablement bien que son visage était toujours crispé, même dans son sommeil.
Assis face au bureau massif de l'homme, Severus et Lucius attendaient impatiemment l'explication de tout ce grabuge. Ils doutaient que ce soit Aleksandre qui ait brisé autant de choses dans le bureau de son psychiatre même si Severus se souvenait avoir entendu Dumbledore dire que les vitres explosaient facilement lors d'une colère d'Harry. Était-ce cela? Aleksandre était-il tellement en colère contre lui que sa magie s'était déchaînée sur cette pièce blessant même involontairement son psychiatre?
-Ce qu'il s'est passé est très intriguant, confia Ivan en faisant tournoyer sa cuillère dans sa tasse. La magie d'Aleksandre s'est totalement déchaînée et a, plus ou moins, quitté son corps afin de détruire tout ce qu'il regardait.
-Vous voulez dire que les objets se sont déplacés lorsqu'ils entraient dans le champ de vision d'Aleksandre? Demanda Lucius en masquant parfaitement son incrédulité.
-En effet. C'est une chose à laquelle je n'avais jamais assisté. D'autant plus que c'est un enfant qui en est le responsable. C'était tout simplement impressionnant bien que dangereux. Néanmoins, il n'avait aucune maîtrise sur ce qui se déroulait. Il ignore comment tout ceci est survenu et il ne savait pas comment réagir afin de faire stopper cela. Quelque chose en lui a dû agir comme un déclic à un certain moment et tout s'est rapidement apaisé.
D'un même mouvement, les trois hommes se tournèrent vers l'enfant qui dormait sur le canapé en cuir, ses bras enroulés autour de son ventre. En remarquant ce détail, Severus grimaça. Aleksandre dormait ainsi les premières semaines lorsqu'il n'était toujours pas en confiance auprès de lui, d'Elena et de Jonathan. Severus savait que son fils allait repasser une phase d'auto-culpabilité et il allait devoir le surveiller de plus près afin de s'assurer qu'il ne tente pas de se punir pour se racheter.
Il était difficile de croire que tant de magie et de puissance bouillonnaient dans un corps si petit et frêle. Aleksandre ressemblait encore à un enfant et son retard mental pouvait le faire paraître comme stupide aux yeux des autres mais Ivan savait qu'il en était tout autre. Il n'avait jamais été confronté à une situation aussi complexe que celle-ci même en oubliant le fait que le gamin dont il avait la charge médicale était en réalité le célèbre Survivant disparu.
Jamais une personne n'avait fait autant de mal à un enfant que ce Dursley l'avait fait sur Aleksandre. Le comportement de cet homme, ou plutôt de ce porc, horrifiait Ivan qui avait pourtant été confronté à des choses terribles. Comment haïr autant un enfant? Qui plus est, quelqu'un d'adorablement gentil?
-Je pense pouvoir dire que le pouvoir d'Aleksandre est stupéfiant après avoir réduit à l'état de quasi-fantôme Vous-Savez-Qui il y a plusieurs années et y avoir échappé depuis tant de temps mais je n'avais pas conscience qu'il était autant étendu.
-Moi non plus, souffla Severus. De quoi parliez-vous lorsque sa magie a explosé?
-Nous commencions à aborder le sujet de son oncle ainsi que les sévices sexuels que celui-ci lui a fait subir. Ce n'était pas une crise d'hystérie comme il l'a déjà fait à trois reprises mais je pense qu'il a inconsciemment déployé sa magie afin de se protéger.
-C'est cela en effet, approuva Lucius en hochant la tête. Il a réagi comme un enfant qui ne contrôle pas sa magie. Ce phénomène est justement appelé 'magie accidentelle'. Étant donné la puissance se trouvant dans la magie d'Aleksandre, la raison de ce carnage est ici.
-Je pense aussi qu'il bridait inconsciemment ou pas sa magie, rajouta Ivan. Il a érigé de nombreuses barrières autour de sa magie pour n'en laisser sortir qu'une partie. En fait, il a agi de la même manière qu'avec son esprit. Aleksandre semble penser qu'être un enfant était sécurisant et c'est le seul moyen qu'il a trouvé pour échapper en quelque sorte à son Oncle. Brider sa magie était inévitable en pensant à ses pouvoirs.
Le silence s'installa dans le bureau pendant lequel Lucius sirotait son thé. Il jeta un regard en coin à Severus qui triturait nerveusement ses mains, le regard fuyant régulièrement vers Aleksandre. Lucius se crispa soudainement en songeant qu'il comprenait parfaitement l'angoisse de son meilleur ami puisque c'était la même appréhension qu'il ressentait chaque jour en craignait que le Seigneur des Ténèbres ne le convoque avec Drago.
Ses relations cordiales avec Dumbledore semblaient définitivement coupées et l'aristocrate ne devait le salut du vieil homme qu'à son self contrôle. L'homme refusait de protéger son fils pour en faire un espion comme lui et Severus. Mais Lucius ne laisserait pas une telle chose arriver. Qu'importe ce qui adviendrait, même s'il devait mourir pour cela, il n'obligerait pas son fils unique à s'asservir auprès de Lord Voldemort comme lui-même l'avait fait à ses dix-sept ans.
Si Drago avait eu le courage de devenir un Mangemort, Lucius serait certainement retourné près de Voldemort sans parler à quiconque qu'un jour, il avait été espion pour l'Ordre du Phénix. Il avait d'ailleurs refusé d'assister aux trois dernières réunions de l'Ordre, donnant à Severus toutes les informations nécessaires, ce qui n'avait évidemment pas fait plaisir à Dumbledore mais il s'en fichait pas mal. Néanmoins, son fils avait peut-être la puissance nécessaire pour devenir un bon Mangemort indispensable mais certainement pas le courage qu'il fallait posséder pour affronter le plus grand Mage Noir. Lucius en était conscient et il ne le reprochait pas Drago, loin de là même. Surtout maintenant que la rencontre approchait inévitablement.
Par tous les saints, Drago n'était pas prêt et l'adolescent évitait d'aborder le sujet. Lucius avait une vague idée de ce qu'il allait se passer ce soir là. Des questions pièges lui seraient posées pour s'assurer de ses véritables convictions et Lucius avait l'intention de faire subir lui-même, avec Severus, un interrogatoire en règle pour lui apprendre à donner les bonnes réponses. Peut-être que le Seigneur des Ténèbres allait lui demander de faire ses preuves, de prouver qu'il méritait sa place auprès de lui en amenant devant lui quelques Moldus ou sorciers à faire souffrir.
Et non. Drago était loin d'être capable de faire cela et Lucius craignait réellement le déroulement de cette soirée. Il savait qu'il pouvait toujours utiliser le jeune âge de son fils pour plaider en sa faveur. Après tout, Drago n'avait que quinze ans mais lui, il avait fait ses preuves au même âge et Severus avait commis des abominations dès sa sortie de Poudlard. Fuir signerait l'arrêt de mort de toute sa famille et Lucius savait que Drago ne risquait pas de mourir lors de cette confrontation. Par Merlin, il était perdu mais aussi, et il détestait ce mot s'imprimant en lui, puisque c'était contre ses principes: impuissant.
-Aleksandre grandit et son esprit de logique et de raisonnement aussi, ajouta soudainement Ivan en direction de Severus dont le visage déjà pâle devint livide. Il a toujours eu conscience de sa différence avec les autres adolescents vivant dans votre Manoir mais la situation sera toujours de plus en plus difficile pour lui en grandissant mentalement. Il va constater et haïr cette différence, c'est pour cela qu'il était furieux après vous. Il a honte de lui-même. Il faut penser à tout lui expliquer même ce qui vous paraît logique.
-J'ai été stupide, souffla le Maître des cachots avec vulnérabilité. Je n'ai pas pensé que le mettre à l'écart allait le blesser.
-Tout le monde fait des erreurs, rassura le psychiatre d'une voix étonnamment calme. Vous ne pouvez pas être parfait. Un père fait des erreurs, mais il les répare toujours, comme c'est votre cas. Je suis certain qu'à son réveil, Aleksandre ne vous en tiendra plus en rigueur.
Lucius hésita un moment à poser une main sur l'épaule de son meilleur ami mais il s'abstint de ce geste. Il n'avait pas l'habitude de montrer ses sentiments devant des inconnus même si Severus avait à plusieurs reprises loué le travail de cet homme qui aidait avec détermination Aleksandre à avancer dans sa guérison. Lucius ne doutait pas que son jeune filleul allait redevenir un jeune homme en pleine forme, peut-être toujours un peu blessé et tourmenté mais ce n'était peut-être pas le plus difficile à accepter.
Fatigué, Severus poussa un soupir las et se leva de son siège. Si la magie d'Aleksandre venait se rajouter à tout ce qu'il se passait déjà, ça allait être d'autant plus compliqué. Comment gérer les crises d'auto flagellation, celles où son lien avec le Seigneur des Ténèbres se faisait sentir douloureusement et à présent, celles où sa magie, pour avoir été trop refoulée, se déchaînait sur son entourage?
Coucou!! Avez-vous aimé ce chapitre? Comme vous le voyez, les adultes sont un peu à côté de la plaque vis à vis de la magie d'Aleksandre mais ça ne va pas durer éternellement =)
Le prochain chapitre va être bien plus sombre et inquiétant que celui-ci, je vous laisse imaginer ce qu'il se passe ^^
Merci beaucoup pour vos reviews!! A mercredi prochain!!
