Chapitre Cinquante Trois

Le Temple de l'Araignée

Shino avait toujours pensé qu'il n'y avait rien de pire que le contact de la petite truffe froide d'Akamaru au réveil. A présent, alors qu'il reprenait doucement pied dans le monde réel, il sentit un autre petit nez reniflant près de son oreille, un nez qui se trouvait être encore plus désagréable que celui d'un chien. Il ouvrit les yeux et tourna la tête pour croiser le regard perçant d'une chauve-souris. Une chauve-souris qu'il commençait à bien connaître.

« Lucky. » Grommela-t-il. La petite chauve-souris couina et remua le bout de son nez. Shino sentit ses insectes se terrer dans son corps dans l'espoir de s'éloigner autant que possible de la petite peste volante. En fait, à moins qu'il ne se trompe, certains insectes étaient carrément partis se cacher dans ses entrailles. Shino n'avait pas passé une nuit des plus reposantes. A vrai dire, il doutait qu'aucun des shinobi n'ait réellement bien dormi. Les Iifernatis avaient la fâcheuse tendance à se montrer bruyants jusque tard dans la nuit. A en juger par leurs cris de joie et leurs chants, ils s'étaient improvisé une petite fête qui avait au moins duré jusqu'à minuit. Pour les ninjas, habitués au silence de la forêt, en particulier pendant une mission, le bruit avait été des plus énervants. Aucun d'eux, cependant, n'avait la moindre idée de ce que les Iifernatis avaient bien pu célébrer. Mais à l'heure actuelle, Shino avaient d'autres préoccupations, comme cette chauve-souris par exemple.

D'un geste vif, il attrapa l'animal et lui bloqua les ailes. La chauve-souris émit un petit cri de protestation, mais Shino l'ignora. Irrité et grognon, il s'extirpa de son sac de couchage et sortit de la tente, prenant soin de ne pas écraser la bestiole entre ses mains. Il n'aimait pas vraiment les chauves-souris, mais il était conscient que le propriétaire de cette petite peste risquait de lui en vouloir s'il venait à la blesser, et cette satanée bestiole mise à part, il n'avait absolument rien contre Zirru.

Chauve-souris en main, Shino partit à la recherche du dresseur afin de lui rendre son petit copain. Au bout d'un moment, il réussi enfin à convaincre ses insectes à sortir et lui trouver Gaara. Etant donné qu'il connaissait le Kazekage depuis plus longtemps que Zirru, ses insectes le trouveraient plus rapidement. Tandis que l'un des insectes sortit prudemment ses antennes hors de sa manche, Lucky couina de joie et tenta de le dévorer, mais Shino le maintint fermement. L'insecte en question hésita un moment, mais exécuta finalement l'ordre qui lui avait été donné.

Il revint quelques instants plus tard, suivit par Gaara en personne.

« Comment as-tu su ? » Demanda Shino.

« La plupart des insectes ne me fonce pas dessus en plein visage. » Répondit calmement Gaara. « Et tu es le seul shinobi que je connaisse à les manipuler. » Gaara baissa les yeux sur la chauve-souris toujours prisonnière de la poigne de Shino. « Qu'est-ce que tu fais avec Lucky ? »

L'insecte voleta vers Shino et se posa sur le bras qui ne tenait aucune chauve-souris. Shino éloigna son bras, de sorte à ce qu'il soit aussi loin que possible de la créature. Les oreilles de l'animal retombèrent légèrement en voyant son goûter disparaître sous la manche.

« Il était dans ma tente ce matin, il est attiré par mes insectes. » Répondit Shino.

« Je vois. »

« Il faudrait que je trouve son propriétaire. »

« Pas besoin. Je peux m'occuper de Lucky. Il me connait. » Gaara s'avança et récupéra la chauve-souris. Lucky se mit à gazouiller joyeusement dès que Gaara le toucha et il grimpa le long de son bras pour aller se percher sur sa tête. Shino trouvait la manière dont se déplaçait l'animal, remontant la manche de Gaara à l'aide de ses petites pattes griffues, particulièrement bizarre. Voir le Kazekage ainsi coiffé d'une chauve-souris était plutôt comique, mais seul le sourcil arqué et le très léger sourire de Shino trahirent son amusement. A vrai dire, il trouvait cette vision des plus hilarantes.

« Il ne te dérange pas ? » Demanda Shino. Gaara ne semblait pas être le genre de personne à aimer un quelconque contact physique, quand bien même celui-ci viendrait d'un petit mammifère.

« Non. J'ai déjà eut plusieurs fois l'occasion de faire des missions avec Zirru et Apototius, et je me suis habitué à Lucky. Il aime bien se percher sur la tête des gens. »

Pour être tout à fait honnête, ce n'était pas la seule raison. Sa propre famille et Naruto mis à part, la petite chauve-souris avait été le premier être vivant à accepter Gaara. Kankuro y avait été pour quelque chose, dans un sens. Après avoir parlé de son nouvel objectif à son frère aîné, celui-ci était resté silencieux pendant plusieurs jours. Puis, lui et Baki s'étaient arrangés pour que Gaara fasse quelques missions aux côtés de Zirru et Apototius, qui s'étaient retrouvés à deux suite aux blessures de Maira. En ce temps là, la majorité du peuple de Suna craignait toujours autant Gaara, mais tous trois s'étaient retrouvés coincés ensemble pendant plus de deux semaines. Apototius s'était alors montré agressif et conflictuel, tout comme l'avait été Kankuro durant leur plus jeune âge, tandis que Zirru osait à peine le regarder dans les yeux. Cependant, au cours de la troisième nuit, Lucky avait eut la bonne idée d'aller escalader Gaara, qui eut toutes les peines du monde à empêcher son sable d'écrabouiller la pauvre bête. Zirru avait été prit de panique, craignant pour la vie de son petit camarade, mais Gaara s'était assuré qu'il reste sain et sauf. Finalement, Lucky s'était installée sur le haut de son crâne, comme un petit chapeau, et Gaara avait su retenir son sable avec succès. A la suite de la mission, Zirru et Apototius avaient appris à faire confiance à Gaara, et celui-ci était devenu plus que jamais convaincu qu'il était capable de se faire des amis, comme Naruto. Et chaque fois qu'il avait de nouveau fait équipe avec les deux garçons, Lucky avait immanquablement finit par se percher sur sa tête. Cela lui avait prit un certain temps, mais il s'y était fait.

« Ce n'est pas comme si tu voyais ça pour la première fois. Kiba gardait bien Akamaru dans sa capuche, avant. »

Shino hocha la tête. « Mais Akamaru est son chien. Je n'ai jamais eu à le porter sur ma tête. »

Gaara haussa les épaules. « Je ferais mieux d'y aller. Nous n'allons pas tarder à lever le camp, ou du moins, c'est le cas de mon équipe. On se reverra au prochain point de rendez-vous. »

Shino acquiesça poliment tandis que Gaara et la chauve-souris disparurent dans un tourbillon de sable.

Etait-ce juste lui, ou Gaara avait semblé distant pendant la discussion ? Il y avait eut quelque chose d'étrange dans son regard, comme s'il essayait de le jauger. Etrange. Pour autant qu'il sache, lui-même n'avait rien contre le Kazekage. Le seul sujet de tension qu'ils pourraient avoir serait le manque de respect dont Kankuro avait fait preuve en abandonnant son combat face à lui lors de l'examen Chunin, et Shino avait depuis bien longtemps pardonné au marionnettiste. Le fait qu'il ait sauvé la vie de Kiba avait largement lavé l'affront. Par conséquent, si ses observations s'avéraient correctes (mais Gaara était loin d'être un livre ouvert), l'attitude de Gaara n'était pas normale.

Peut-être que Naruto savait ce qui n'allait pas ? En tant que camarade Jinchuuriki (ancien Jinchuuriki en ce qui concernait Gaara, mais aux yeux de Shino, cela revenait au même), Naruto pourrait avoir une idée de ce qui passait par la tête de Gaara. Shino, pourtant fervent défenseur de l'intimité de chacun, ne pouvait s'empêcher de se sentir gêné par cette histoire, et voulait en savoir un peu plus. Quelque chose ne tournait pas rond, il en était persuadé.

Mais il avait autre chose à penser pour le moment. Les autres n'allaient pas tarder à se réveiller d'ailleurs, il les entendait déjà remuer. Ils prendraient juste le temps pour un petit déjeuner rapide, et ils reprendraient leur route. Et il ne doutait pas que leur première bataille ne tarderait pas à venir.


Le jour suivant se déroula de la même manière que le précédent. Les deux armées prirent exactement le même chemin, et atteignirent enfin la frontière. Une fois dans le désert, le mouvement se modifia légèrement. Les Iifernatis et les shinobi de Suna se déplaçaient beaucoup plus aisément dans les dunes, tandis que ceux de Konoha luttaient davantage. Habitués à sauter d'arbres en arbres, il leur était plus difficile d'avancer lorsque leurs pieds s'enfonçaient dans le sable. Par ailleurs, ils furent agacés de constater que malgré leur bringue d'hier soir, les Iifernatis ne semblaient pas fatigués le moins du monde.

Ils finirent néanmoins par atteindre leur destination. La plupart des shinobi de Konoha n'avait jamais connu grand-chose de plus que le chemin menant à Suna. Mais à présent que celui-ci était assiégé, ils ne pouvaient plus se permettre de s'y arrêter.

Ils étaient donc partis en direction du Sud, au lieu du Sud Ouest où se trouvait le village du Sable. La région Sud était bien différente de ce qu'ils connaissaient déjà du Pays du Vent. Les grandes dunes commencèrent à s'aplanir progressivement, pour laisser place à un autre genre de désert. Il n'y avait plus de sable, ou du moins plus autant. Le paysage était à présent constitué de hauts plateaux et de profonds canyons.

« Humm, c'est ici ? » Naruto jeta un coup d'œil dans la grotte au pied du plateau devant lequel il se trouvait. Le point de rendez-vous avait été indiqué par Gaara lui-même.

« On dirait. » Répondit Sai en regardant à son tour. « Ca m'a bien l'air d'être creusé par l'homme. »

Naruto acquiesça. Bien qu'il doute encore de la loyauté de Sai, il comptait bien suivre les directives de Gaara et voir la suite des événements. Il aurait bien aimé que Kakashi soit avec eux, mais le Jonin était parti en 'éclaireur'. Il lui avait plutôt semblé que Kakashi avait eut envie de prendre son temps pour arriver au point de rendez-vous. C'est qu'il avait une réputation de retardataire à entretenir, voyez-vous ?

« Bon, qu'est-ce qu'on attend ? » Naruto sourit et fonça sans hésitation. Sai et Sakura soupirèrent en cœur, et lui emboitèrent le pas.

Peu après l'entrée, ils trouvèrent un long escalier en spirale, directement creusé dans la roche. De petits trous avaient également été creusés dans les murs, de façon à laisser rentrer un peu de lumière. De gigantesques gravures longeaient l'escalier, totalement ignorées par Naruto.

« Regarde, c'est étrange. » Dit Sai, sa voix trahissant à peine sa curiosité. « As-tu déjà vu quelque chose comme ça ? »

« Hein, quoi ? » Naruto, largement devant eux, se retourna pour regarder ce que Sai était en train d'étudier. « Ow, ce sont juste des gravures! »

« Regarde un peu ça. » Même Naruto put déceler la pointe d'excitation qui teintait la voix de son coéquipier. « Ce véhicule ressemble à une carriole, mais elle est étrangement façonnée, pour un seul passager. Elle est tirée par des chevaux Iifernatis, avec de drôles de plumes sur la tête. Et regarde le lion sur lequel ils foncent, il ne ressemble à aucun dessin que j'ai pu voir. Il est trop large. »

« Huh. » Naruto jeta un coup d'œil au lion en question. « Il ressemble plus à un lion qu'à ceux que tu dessines. »

« C'est parce que mon style est plus traditionnel. Ca, c'est différent. »

Naruto observa l'image d'un peu plus près. Elle représentait un homme dans une drôle de charrette, tirée par des chevaux Iifernatis avec des plumes sur la tête chargeant un lion rugissant un peu plus haut, un lion qui était effectivement bien différent des dessins de Sai. A vrai dire, toutes les gravures qui ornaient l'escalier étaient étranges, comme si elles provenaient d'un tout autre monde.

« C'est vraiment curieux, cela ne vient certainement pas d'une nation shinobi. » Déclara Sai.

« Ouais, c'est plutôt bizarre. » Approuva Sakura.

« Humpf. » Grogna Naruto. « Bon, si ça vous amuse de regarder des murs toute la journée, je vous laisse. Moi, je monte. » Il se retourna et continua son ascension. Au bout d'un moment, ses coéquipiers le suivirent.

Il faut absolument que je repasse par ici plus tard, histoire de faire quelques croquis de tout ça, songea Sai, sans quitter les gravures des yeux. Elles ont l'air très anciennes.

L'équipe Sept finit par atteindre le sommet, et furent accueillis par un étonnant spectacle. L'endroit était encombré d'anciens bâtiments en ruines, des bâtiments construits à partir de la même pierre rouge sombre qui les entouraient. La plupart des murs s'étaient effondrés, et ce qu'il en restait était répandu sur le sol. Deux statues, l'une sans tête, et l'autre dont il ne restait plus que les pieds, se tenaient de chaque côté d'un trou qui avait dû un jour être l'entrée d'un temple. Installée à proximité de l'entrée, les shinobi attendaient les derniers arrivants. Les Iifernatis ne semblaient pas être là.

« Hey, c'est quoi cet endroit ? » Cria Naruto.

« C'est un temple, ou du moins, ça l'était. » Répondit Gaara en les regardant s'approcher.

« Huh, pour Suna ? » Demanda Naruto.

« Non. » Gaara secoua la tête. « Tu pourrais le considérer comme un temple Iifernati, mais ce n'est pas non plus exactement le cas. »

« Les Iifernatis sont à l'intérieur, alors ? » Demanda Sakura.

« Oui, ils y sont depuis quelques heures, déjà. » Gaara haussa les épaules. « Je ne sais pas trop ce qu'ils y font. »

Naruto lui sourit. Il savait, ou du moins devinait, que Gaara n'était pas très à l'aise avec sa nouvelle famille. Mais aux yeux de Naruto, la famille était quelque chose de précieux, de sacré. Il n'avait jamais connu qui que ce soit de son propre sang, mais il ressentait cela comme quelque chose de vital. Après tout, c'était justement ce qui avait poussé Sasuke à quitter Konoha. Mais Gaara, contrairement à lui, avait une famille, et cette distance entre le Kazekage et ses proches lui paraissait inacceptable. Gaara avait été séparé de Temari et Kankuro, et il semblait avoir un certain blocage émotionnel avec la tribu. Naruto décida donc de faire la chose qui lui paraissait être la plus naturelle il rentra dans le tas.

« Allons y jeter un coup d'œil ! » Avant que Sakura n'ait eu le temps de le calmer d'une façon ou d'une autre, Naruto attrapa le Kazekage par le bras et l'entraîna dans les ruines. Il ignora totalement les grognements de protestation de Gaara et les vociférations de Sakura.

Naruto s'élança dans le temple sans lâcher Gaara. Puis il s'arrêta subitement, leva la tête, et retint un cri d'horreur.

Il ne remarqua même pas les deux tribus Iifernatis au fond de la salle, manifestement en train de chanter ou de prier en brûlant de la nourriture sur une sorte d'autel. Il fit à peine attention à l'état du bâtiment, à toute la poussière qui s'était accumulée, aux pierres qui s'effritaient, et aux décombres de statues. Il avait les yeux rivés sur l'unique statue qui était restée intacte, le seul élément qui se dressait toujours avec arrogance. Il s'agissait d'une statue représentant une femme, ou du moins, son corps arborait clairement des courbes féminines jusqu'au niveau des épaules. Mais ce qui attirait immédiatement l'œil était le fait qu'à la place de sa tête de trouvait une gigantesque araignée. Ses yeux avaient été remplacés par huit pierres, un rubis, un saphir, une émeraude, un diamant, et quatre roches plus ordinaires, chacune peinte de façon à correspondre aux quatre pierres précieuses. Toutes ensembles elles formaient un cercles, les gemmes en hauteur, et les roches ordinaires vers le bas. Les pattes de l'araignée se terminaient par des mains humaines, dont les deux premières se dressaient en avant, comme pour interdire l'accès aux visiteurs. Les autres pointaient dans des directions variées. Entre les mandibules de l'araignée, on pouvait apercevoir le bas du visage humain hurlant de douleur.

« Gaara. » Murmura une voix, et Baki s'éloigna des autres Aigles Chasseurs pour les rejoindre. Il s'arrêta pour faire face à un Naruto à la mâchoire tombante et un Gaara tout aussi incrédule. « Ce n'est pas vraiment la façon dont j'aurai aimé te faire rencontrer Arrackno-taa. »

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » S'exclama Naruto, peut-être un peu trop fort.

Baki fronça les sourcils. « Ferme-là, imbécile, et écoute-moi. Tu comprendras bien mieux si tu te tais. »

Gaara plissa les yeux et croisa les bras. « Baki, réponds. »

Baki secoua la tête. « Te souviens-tu de ce que cela signifie ? » Il recula de quelques pas, puis avança un pied comme s'il allait le poser sur la pointe, mais l'arrêta juste avant qu'il ne touche le sol. Il leva ensuite sa main gauche comme pour leur indiquer de ne pas bouger, et pointa sa main droite vers le sol.

Naruto s'apprêta de nouveau à brailler quelque chose, mais Gaara posa sa main sur son épaule, et ferma les yeux. « Temari avait dit que ça signifiait 'Regarde ou tu marches, abruti'. Je crois qu'elle était un peu sarcastique. Kankuro avait dit autre chose, comme 'Regarde la terre pour…' pour quelque chose. »

Baki hocha la tête. « Disons que c'est à peu près ça. » Naruto ne remarqua pas que les yeux du Jonin s'étaient posés sur lui. « Et ceci ? » Baki changea de position. Le pied droit qu'il avait mit en avant fut remplacé par son pied gauche, et il plaça son bras droit en avant. Mais au lieu de pointer sa main gauche au sol, il la leva en l'air.

« Ca ne voudrait pas dire 'Regarde en l'air, abruti' ? » Proposa Naruto.

Baki haussa les épaules avant de reprendre une position normale. « Pas loin. A présent, regarde cette statue. Qu'est-ce que tu vois? »

« Une grosse tête d'araignée bien flippante. » Dit Naruto.

Baki soupira. « Je me demande comment fait Kakashi pour te supporter. Gaara? »

Gaara lorgna la statue, comme s'il essayait de la forcer à lui révéler tous ses secrets. « Il y a notre symbole sur son ventre. » Grogna-t-il enfin.

Naruto l'observa à son tour, et remarqua effectivement une forme de sablier gravée sur l'estomac de la statue.

Il la contempla un peu plus attentivement, avant de réaliser quelque chose. « Hey, elle a les bras dans la même position, mais les deux à la fois, en quelques sortes. »

Gaara se rendit compte à son tour que, tandis que les deux premières pattes de l'araignée se dressaient en avant, les deux bras humains étaient simultanément pointé vers le ciel et la terre.

« Qu'en déduis-tu, Gaara ? » Demanda Baki.

Gaara réfléchit un instant pendant que Naruto s'était mit à gigoter. « Cette chose porte notre symbole, elle a donc forcément un rapport avec nous, mais je n'ai encore jamais entendu parler d'une telle chose. »

Baki poussa un soupir. Il avait espéré que Gaara comprendrait, mais celui-ci ne s'était jamais réellement intéressé à leur Histoire. Il avait été très difficile à éduquer étant petit, et, même après avoir changé d'attitude, il ne s'était jamais vraiment arrêté sur l'Histoire de leur nation. Il avait alors été bien trop occupé à modifier ses propres habitudes pour s'attarder sur les choses du passé. Mais à présent, cela posait problème à Baki. Comment expliquer tout cela à Gaara, sans trop en dire à Naruto? D'un autre côté, Naruto était un idiot...

« Gaara, avant que Suna n'existe, avant même que les shinobi existent, il y avait un Empire dans le Pays du Vent, pas celui de la Fumée, mais notre Empire, celui de nos ancêtres. Cet Empire recouvrait la région qui allait de l'océan aux montagnes, presque jusqu'au Pays de la Foudre. Son peuple vénérait de nombreux Dieux, et voici Arrackno-taa, l'un d'entre eux. Un jour, il y a bien longtemps, elle était la déesse de la pestilence, de la peste, de la mort et de l'infortune. Elle avait pourtant certains fidèles, et ceux-ci étaient rejetés par le reste de la société. Mais ils considéraient qu'elle méritait d'être célébrée, car la douleur faisait partie de la vie, et l'ignorer revenait alors à ignorer la vie elle-même. Cependant… » Cette partie allait devenir délicate. « Un mal, un mal effroyable frappa l'Empire et nos ancêtres. Celui-ci fut stoppé grâce aux fidèles d'Arrackno-taa, mais tous moururent en sauvant leur peuple. Nos ancêtres survécurent, mais l'Empire était décimé, et le peuple ne pouvait plus vivre comme avant. Ils se séparèrent, et formèrent les tribus que tu connais aujourd'hui. Cependant, ils n'oublièrent jamais le sacrifice des disciples de l'araignée, et lorsque vint le temps des shinobi, ceux-ci récupérèrent le symbole de la déesse, en son honneur. »

« C'est de là que proviennent toutes ces gravures dans les escaliers. » Dit Gaara. « De l'ancien Empire, c'est ça ? »

Baki acquiesça. « C'est bien ça. »

« Hey, Qu'est-ce qu'il fait là ? Il ne peut pas entrer ici ! »

Baki se retourna et soupira discrètement. De toutes les choses que Reem avait bien pu faire ou dire dans sa vie, celle-ci était bien la plus stupide !

« Laisse tomber, Reem. » Ordonna-t-il.

Reem posa les yeux sur Naruto, puis se tourna vers Baki d'un air furieux. « Il est le réceptacle d'un démon il ne peut pas pénétrer dans un lieu sacré comme celui-ci ! »

Naruto et Gaara se tendirent immédiatement. « Je ne te permets pas de parler de lui ainsi. » Gronda Gaara. « C'est mon ami, et je ne te laisserai pas l'insulter de la sorte. On en a assez entendu. »

Reem sembla un peu surpris. « Je n'ai absolument rien contre lui c'est juste qu'il ne peut pas entrer ici. Il possède en lui une part de l'ancien ennemi de la déesse araignée, elle risquerait de se mettre en colère. »

Gaara lui lança un regard noir. « Je me suis trompé, manifestement. Je commençais à penser que je pourrais effectivement trouver une famille parmi vous, mais si vous n'acceptez pas Naruto tel qu'il est, vous ne m'accepterez pas non plus. »

« Reem, que se passe-t-il ? » Jhimey s'approcha à son tour.

« Ton homme a été on ne peut plus clair, mon oncle. » Gronda Gaara. « On dirait bien que ta tribu ne tolère pas la présence des gens de mon espèce. » Sur ces mots, Gaara s'éloigna à grands pas, rapidement suivit par Naruto.

Jhimey regarda Gaara s'en aller, puis se retourna vers Reem. « Mais qu'est-ce que tu es allé lui raconter, bon sang ? »

« Huur, ce garçon est un démon. Il aurait pu énerver la déesse ! Comment croyez-vous que la guerre va se terminer, si la déesse de l'infortune se met en colère ? »

« Il est bien trop tard pour penser à ça, Reem. » Nori rejoignit l'assemblée, secouant la tête d'un air contrarié. « La déesse est déjà en colère contre nous. »