Chapitre 55 : Un problème de taille
- Tu vas crever ? s'exclama Gray surpris.
- Ça... va... souffla lentement Safran même s'il était sûr qu'elle mentait.
Sa voix était faible et elle avait beaucoup de mal à marcher.
- La plupart des gens que j'ai vu faire ce bruit sont morts peu de temps après.
Les yeux de Safran s'écarquillèrent. Je dus intervenir :
- Je ne pense pas que ce soit si grave, Gray...
Comme pour me contredire, Safran tomba à genoux. Ses jambes tremblantes avaient cessé de la supporter. Elle nous regardait alternativement avec des yeux emplis de larmes. Son visage devenait presque aussi rouge que le sang sur ses habits.
D'ailleurs, Terreur n'avait pas retiré ce sang en soignant Safran. Mais ce n'était pas le moment de penser à ça. Safran avait l'air très affaiblie, il fallait la conduire au Centre. Par chance, les dresseurs ne nous ralentissaient pas. Ils se contentaient juste de hurler en me pointant du doigt et de s'enfuir. J'imaginai que mon corps couvert de sang séché ne devait pas être rassurant à voir.
- Elle va sûrement crever je te dis ! J'en ai vu d'autres !
Il commençait à s'emporter mais j'étais incapable de dire s'il s'inquiétait vraiment pour Safran ou s'il voulait me montrer que j'avais tort.
- Gray, commençai-je. Les gens que tu as vu faire ''ce bruit''... Étaient-ce des cibles que tu devais tuer ?
Il se tut un instant pour réfléchir et dit :
- Ouais... Quelques-uns... Enfin, tous...
- Donc ça n'a rien à voir avec leurs morts.
- Ils l'ont quand même tous fait... continua-t-il.
- Oui, mais je pense qu'ils seraient morts même sans ça...
- Et pourquoi t'en es si sûr ?
- Tu n'as jamais éternué de ta vie ?
- Bien sûr que non ! Je serais plus là pour te le dire sinon.
J'abandonnai la discussion. Il n'y avait rien à faire pour lui. Je me penchai vers Safran et lui dis :
- Ne t'inquiète pas, tu as juste attrapé froid.
- Et comment elle aurait fait ça ? commenta Gray derrière moi.
Le mot ''maladie'' lui était apparemment inconnu. J'inspirai un grand coup et lui expliquai calmement :
- À force de rester dans cette brise complètement trempé, n'importe qui attraperait froid.
- Roh, elle est plus si trempe que ça maintenant.
- Le fait que ça ait séché sur elle n'est pas mieux. Appelle juste Atchoum pour la transporter, on va au Centre pour la soigner.
- T'es sûr que ces machines sont vraiment fiables après tout ça ?
Je le regardai alors. Lui, jetait un œil en arrière. Nous ne pouvions même plus voir la falaise tant nous nous étions éloignés de la base des Rocket mais je comprenais ses pensées. Les Leveinard et leurs terrifiants pouvoirs. Pourtant, il n'y avait qu'une seule réponse à cette question :
- Oui, je le pense. La seule faille des Machines de Soin est l'un des Pokémon les plus rares du Kanto. Et puis, nous l'avons déjà utilisé tellement de fois que je ne comprends pas pourquoi Safran n'est pas morte là-bas quand Terreur l'a touchée. Un soin de plus ou de moins, ça ne changera pas grand chose à ce stade.
- Hmm, souffla la petite voix de la gamine en me fixant.
Je sursautai. Elle était presque assise au sol, ne pouvant plus tenir sur ses jambes et je ne trouvais rien de mieux à dire qu'il était bizarre qu'elle était en vie ? Quel idiot ! Je regardai Gray qui se décidait enfin à sortir Atchoum pour porter Safran.
- Bon, alors on y va à fond ou pas ?
Sachant que 'à fond' signifier devoir me faire porter pour voler dans les airs, je secouai la tête. L'état de Safran était loin d'être grave et aucun dresseur ne voudrait nous approcher à cause du sang séché dont ma peau était imprégnée.
Nous marchâmes tout de même d'un pas pressé et Gray me demanda à nouveau si elle allait mourir à chaque fois qu'elle ne pouvait se retenir d'éternuer. Notre arrivée à Parmanie causa également pas mal de grabuge mais la plupart des gens accourait vers nous pour savoir si nous étions blessés avant de voir que le sang me recouvrant n'était pas le mien.
À partir de là, quelques-uns s'étaient imaginés que nous avions été témoins d'une scène terrible dont Safran avait été victime... Mais leurs bonnes intentions nous ralentissaient plus qu'autre chose comme le déclara Gray.
- On fonce dans le tas ? proposa-t-il alors.
Je soupirai et acquiesçai. Gray me souleva d'une main, me balança sur son épaule, dit à Atchoum de le suivre et nous décollâmes aussitôt. Enfin, j'avais l'impression de voler mais je savais qu'il faisait juste d'énormes bonds. Notre arrivée au Centre Pokémon fut prompte et sans nouveau scandale. Gray me posa enfin et je me dirigeai vers les portes après avoir repris mes marques. Les portes automatiques s'ouvrèrent et nous aperçûmes en rentrant que l'infirmière Joëlle adulte était réveillée et avait une cliente pas contente.
- Je m'en fiche. Allez la réveiller... demandait-elle.
Sa voix était très calme mais je pouvais sentir la menace qui s'en dégageait. Ses cheveux étaient rouges attachés à l'arrière mais tout de même assez longs pour atteindre la moitié de son dos. Je m'approchai et demandai :
- Il y a un problème ?
Je n'aimais pas beaucoup voir des gens en colère contre une personne qui avait le mot 'générosité' à la place du cerveau. J'espérais que la femme fuit en me voyant mais elle ne cligna même pas des yeux. Ce ne fut pas mon cas. Je la reconnus aussitôt.
J'aurais du m'en douter en voyant le tissu en forme de Pokéball qui attachait ses cheveux mais ce furent la vue de son visage, et ses lunettes tout particulièrement, qui me donnèrent une estimation de la personne en face de moi. Elle avait sans doute plus de la trentaine mais ses traits de visage essayaient de me faire croire le contraire. Sa peau était également d'une clarté reflétant le type de Pokémon qu'elle utilisait. Olga du Conseil des 4.
- Tu es donc Red... affirma-t-elle sans ne sembler choquée une seule seconde de mon état.
- Comment savez-vous cela ? Vous connaissez tous les dresseurs Pokémon ?
- Seulement ceux qui utilisent nos infirmières pour stocker leurs objets dans nos comptes personnels.
D'accord. Elle avait du voir l'anomalie depuis le Plateau Indigo et était venue vérifier. Ça expliquerait pourquoi elle voulait voir la petite Joëlle. Avant toute chose, je me tournai et dis :
- Va soigner Safran s'il te plaît Gray.
Il ne répondit pas. Non, il ne me regardait même pas. Il serrait ses poings, les bras tremblants en jetant un regard haineux à la femme face à nous. Il murmurait la même injure à répétition doucement mais rapidement.
- Gray ? lança-t-elle calmement. Toi ici ? Ou toi peut-être ?
Elle désigna le Métamorph qui avait toujours l'apparence de Gray. Gray se tourna vers lui et vit la fillette malade dans ses bras. Il déclara alors :
- Va foutre la mioche dans cette maudite machine.
Le Pokémon acquiesça et passa à côté d'Olga. L'infirmière lui ouvrit le comptoir et Olga reprit :
- Donc, tu es le vrai. Je n'aurais jamais pensé que tu attraperais un Pokémon. Tu n'as vraiment pas besoin de ça...
Il lui lança un regard noir, son envie de l'insulter était si puissante qu'elle en devenait communicative. Ils se connaissaient donc ? C'était peut-être l'occasion d'en apprendre plus sur lui mais je préférais éviter un combat ici. Elle restait une des quatre dresseuses les plus puissantes du Kanto. Je n'avais pas encore le niveau de l'affronter. Et même si c'était le cas avec Gray, vaincre un des leaders du pays en dehors de la loi prévue pour risquait de nous apporter pas mal d'ennuis.
Mais le plus étonnant, c'était que Gray ne bronchait pas. Il était toujours le premier à se moquer ou à insulter son ennemi mais là, il se taisait. Comme si une force invisible le lui obligeait...
- Enfin, enchaîna-t-elle puisque personne d'autre ne parlait. Au moins, je n'aurais pas à te chercher partout. Reviens avec nous, là où est ta place.
Pour la première fois, Gray lui répondit en me regardant :
- Hors de question la vieille. Je suis encore lié par un contrat.
Si l'insulte l'avait énervée, elle ne laissait rien paraître. Elle se contenta de me fixer et de répondre :
- Tu as du culot d'embaucher ainsi notre meilleure arme. Devrais-je te la reprendre de force ?
J'avalai ma salive. Le scénario que je souhaitais éviter se rapprochait inévitablement. Avait-elle dit ''meilleure arme'' ?
- On dirait que tu sais qui je suis...continua Olga. Tant mieux. Tu comprends donc qu'il serait stupide de me résister.
Je tournai la tête vers Gray pour le voir mal à l'aise pour la première fois. Il n'avait pas envie de retourner avec elle. Je ne voulais pas l'abandonner non plus. J'étais en train de chercher les mots qui me permettrait de le sauver sans vexer notre interlocutrice quand Safran demanda :
- C'est qui ?
La fillette avait l'air d'aller beaucoup mieux. La membre du Conseil des 4 se tourna vers elle et lâcha :
- Le portrait craché de la fille de Giovanni... Coïncidence ?
Safran me regarda immédiatement et décida dans un premier temps de l'ignorer pour venir se cacher derrière moi. Il n'en suffit pas plus à Olga pour comprendre la vérité. Pour la première fois depuis son apparition, son visage changea d'expression. Un sourire. Un sourire froid mais sans cruauté. Sans gentillesse non plus. Un sourire absolument indéchiffrable.
- C'est plutôt ironique que tu aies survécu à cette ''tragédie'', dit-elle en accentuant le mot. Je me présente, je suis Olga, membre du Conseil des 4.
Je me tournai vers elle pour voir sa réaction mais elle n'y était plus. Elle était repassée devant moi rapidement pour foncer sur elle en l'insultant. Elle s'arrêta en plein milieu de sa course et dégaina une Pokéball. Elle avait compris son erreur de ne pas y avoir pensé contre Alexandra. Mais un autre problème se posait. Olga n'était pas une criminelle dans une base cachée aux yeux de tous dont on pouvait disposer facilement sans que personne n'en sache rien.
- Safran, criai-je. Arrête.
- Hors de question, répondit-elle en libérant Nina. Cette connasse fait partie de ceux qui ont détruit Jadielle.
- Plutôt mesquin d'accuser et d'insulter une personne que tu viens de rencontrer jeune fille... Mais Jadielle a été détruite par des hordes de Pokémon sauvages.
Elle niait donc les faits ? C'était de la provocation, elle voulait qu'elle passe à l'attaque. Mais que se passerait-il si elle le faisait ? Je n'en étais pas sûr mais la femme aux cheveux rouges s'était éloignée de la Nidoqueen et avait mis une main sur sa Pokéball. Je courus alors vers Safran et la retins par le dos en criant à Gray :
- Retiens Nina ! Si elle l'attaque, elle finira mal. Safran, rappelle-la. Rappelle-toi, je sais tout et cette femme peut tuer ta Nina en un seul coup avec n'importe quel Pokémon de son équipe.
- Je ferai en sorte que ça n'arrive pas, déclara Gray. C'est peut-être une bonne occasion de se débarrasser de la traînée. Donne-nous un coup de main plutôt, Red !
Génial. Je perdais également mon meilleur moyen de calmer la situation. Safran essayait de me regarder avant de donner un ordre mais je me doutais qu'elle était choquée par mon opposition. Je la lâchai finalement et me plaçai entre Nina et Olga.
- Je ne vous laisserai pas faire ça. Personne n'attaquera personne et nous partirons sans aucun dommage. Pas vrai ? rajoutai-je en regardant par dessus mon épaule.
- En effet. Mais je ne partirai pas avant d'avoir eu les réponses que j'attends de sa fille.
- Ça a un rapport avec nos cartes dresseurs ?
- Oui.
- Je peux vous renseigner dans ce cas.
- Red, qu'est-ce que tu fous ? lança alors Gray. Tu ne sais pas qui c'est ? Même les Arbok sont moins fourbes que cette femme !
- Je n'aime pas dire ça mais je suis d'accord avec l'animal, déclara Safran. Cette femme doit crever ici pour tout le mal qu'elle a fait.
- Oui. Je suis d'accord avec vous, mais pas maintenant. D'abord, on gagne tous les Badges et ensuite on va la combattre. Pour l'instant, on est pas vraiment au niveau et si elle parvient à s'échapper d'un moyen ou d'un autre, nous aurons toute la police du Kanto aux trousses.
- Je crois... que je comprends, dit finalement Safran après un long soupir en récupérant.
- Ok ! En fait, tu veux y aller par le chemin normal pour avoir les quatre en même temps !
- Quelque chose comme ça, dis-je en m'éloignant d'Olga.
Ce discours n'était pas la meilleure idée du monde sachant qu'elle était concernée mais elle ne disait rien. Elle se contentait d'observer.
- Je pige ce que tu veux dire mais si t'as un truc à te venger du Conseil, cette femme est sans doute celle qui l'a ordonné. C'est elle qui dirige tout.
- Je pensais que c'était Peter, commentai-je.
- En effet, déclara Olga. Peter est le plus puissant d'entre nous et est donc le chef. Je n'ai rien à redire là-dessus. Mais reprenons au sujet qui m'intéresse petit. Je n'apprécie pas énormément votre compagnie.
- Nous avons accidentellement détruit une chambre du Centre Pokémon mais sa fille ne savait pas quoi faire dans cette situation donc elle nous a dit d'attendre ici. Mais nous avions... des choses à faire et nous lui avons donc laissé nos cartes en guise de bonne foi. C'est tout.
- Vu ton état, ces 'choses à faire' me paraissent plutôt suspectes. Tout comme ton envie d'éviter les ennuis avec la police.
Je ne dis rien à ce sujet. Je ne le pouvais pas. Si je dévoilais que nous étions dans une base de Rocket, il faudrait expliquer toute la suite et donc que Safrania allait être envahie. Je préférai éviter cela. Tant que la trame du jeu ne changeait pas, je savais à quoi m'en tenir. Rajouter de nouvelles inconnues à l'équation serait assez dangereux pour plus tard.
- Et elle t'a dit pour le système ?
- Elle m'a juste dit qu'elle les mettrait en sécurité, mentis-je en sachant que ça lui apporterait des ennuis sinon.
- Ça ira pour cette fois, déclara-t-elle à l'infirmière Joëlle. Mais dis-lui bien de ne plus jamais utiliser notre compte pour des affaires personnelles.
- Ce sera fait selon vos ordres, répondit la Joëlle en s'inclinant.
Olga se tourna alors vers nous et avança vers la sortie. Elle fixa sans broncher les regards haineux de Safran et Gray et les portes automatiques s'ouvrirent. Soudainement, une pensée me parvint, je me lançai à sa poursuite et l'appelai. Lorsqu'elle se retourna, je demandai :
- J'oubliais, qu'avez-vous fait du professeur Chen ?
Encore une fois, ce sourire. Elle libéra un Draco et monta sur lui avant de me répondre :
- Ne t'inquiète pas pour lui, il est entre des mains aimantes. Bonne chance pour la collecte des Badges, petit.
Le Pokémon s'envola ensuite sur son ordre et ma première rencontre avec le Conseil des 4 s'acheva.
- Bon, c'est quoi le problème ? lança la voix de Gray derrière moi.
Je me retournai et dis :
- Exactement ce que je vous ai dit, on ne peut pas se permettre d'être recherchés. Et, si tu la connais Gray, tu devrais savoir qu'elle n'est pas une amatrice.
- Me suis jamais battu contre elle, avoua-t-il. Mais c'est pas une raison pour se déclarer vaincu d'office.
- Et j'aurais pu l'épauler, ajouta la fillette. Même si ça me dégoûte de le dire. Et Safran est d'accord avec moi sur ce coup-là.
J'avais bien remarqué qu'elle avait 'changé' après la présentation d'Olga.
- Safran, son équipe est constituée de Pokémon Eau et Glace, et pas du tout au niveau d'Ondine. Tu n'as aucune chance face à elle. Et elle avait un Draco de Peter en plus, rajoutai-je. Quant à Safran, je doute qu'elle veuille la mort de qui que ce soit.
- Tu n'as qu'à lui demander ! rétorqua-t-elle avant de prendre une mine plus attristée.
Elle bégaya quelques mots et baissa la tête. J'avais l'impression que je ne me ferais jamais à ses bruts 'changements de personnalité'. Je lui avais dit de commencer à l'accepter en tant qu'elle mais elle l'avait accepté en tant que 'seconde elle'. Et je ne m'y connaissais pas assez dans ce domaine pour dire si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle... Mais elle ne niait pas sa phrase... Après, c'était peut-être de la comédie de la part de la seconde pour me le faire croire mais bon. Même moi, j'avais du mal à dire s'il ne s'agissait que d'une seule personnalité séparée , de deux personnes différentes dans cette enfant ou de comédie... Je soupirai et lui répondis:
- Si se jeter la tête la première sur un ennemi était la solution, je n'aurais pas eu à vous sauver dans la base des Rocket. Surtout qu'elle était clairement en train de vous provoquer, elle voulait que vous attaquiez. Et vous me reprochez de ne pas vous avoir laissé jouer son jeu ?
Safran n'avait pas l'air d'accord mais ne dit rien. Elle baissa juste la tête en gonflant ses joues un peu comme Sonate. Ce fut Gray qui énonça :
- Non, il a raison. Cette femme est maléfique, elle a toujours des idées derrière la tête pour chaque phrase qu'elle prononce. Je pense que je t'en dois une, là Red.
Je souris, satisfait.
- Bon, si ce point est réglé, je vous propose d'aller soigner nos Pokémon.
Safran approuva ceci à vive voix et nous retournâmes à l'intérieur du bâtiment. Je tendis mes Pokéballs à l'infirmière qui regarda derrière moi avant de dire :
- Merci beaucoup pour ce que vous avez fait pour Lily. J'avais si peur qu'ils la séparent de moi...
- C'est de ma faute à la base. Je ne pensais pas que ça poserait tant de problèmes. Désolé.
Elle ne répondit rien et me rendit mes Pokémon régénérés avant de s'occuper de ceux de Safran. Je remarquai qu'elle pleurait presque malgré le sourire constant sur ses lèvres. Cette visite avait vraiment dû lui faire quelque chose. Le Conseil des 4...
- Tu devrais utiliser la Machine de Soin, me dit-elle après un bref silence. Je suis étonné qu'elle ne t'ait pas arrêté dans ton état... J'imagine qu'il vaut mieux ne pas de poser de questions...
J'acquiesçai et me dirigeai vers la machine en question dans la chambre aux murs brûlés et humides. Le sang s'évapora aussitôt de mon corps. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi la Machine enlevait le sang mais pas l'eau d'ailleurs. Ce qui me faisait penser, les habits de Safran devaient encore être mouillés... Je sortis de la pièce et l'appelai pour vérifier. Elle s'approcha sans comprendre et je touchai le bas de son débardeur avant de lui dire :
- C'est bien ce qu'il me semblait, tu vas retomber malade si tu gardes ces habits sur toi... Excusez-moi infirmière Joëlle, pouvez-vous lui prêter des habits du temps que les siens sèchent ?
La fillette rougit et souffla que ce n'était pas la peine mais la femme accepta avec un grand sourire. Elle nous laissa un instant et Gray me demanda :
- Tu ne comptes pas me poser des questions ?
- Si, déclarai-je simplement avant que l'adulte aux cheveux roses ne revienne avec un petit pack d'habits.
Elle s'approcha et le tendit à la fillette :
- J'ai l'habitude de prêter des habits. Avec la plage à côté, ce genre de choses est plutôt fréquent. Ça devrait t'aller normalement, tu veux que je t'aide ?
Elle secoua lentement la tête et murmura un remerciement avant de partir dans la chambre. Lorsqu'elle disparut, je demandai à l'infirmière :
- Comment ça va se passer pour la chambre ? Dois-je simplement rembourser les dégâts ?
- Je voudrais juste que tu m'expliques ce qu'il s'y est passé pour l'instant. Je vais vous rendre vos cartes d'ailleurs.
Elle repartit alors et revint peu de temps après. Je la remerciai et expliquai en montrant Gray brièvement :
- J'ai une Pokémon Feu qui le déteste. Quand il est rentré dans la chambre, elle l'a attaquée. J'ai éteint le feu avec mon Tortank pour éviter que tout le Centre ne brûle et la chambre s'est retrouvée dans cet état.
Les mots ''Centre'' et ''brûle'' dans la même phrase ne me rappelait que trop notre expérience dans celui de Jadielle. Plus jamais ça.
- Donc, ce n'était pas un accident ?
- Oui, c'est entièrement de ma faute pour avoir oublié le ressenti d'Ember face à lui.
Une certaine Goupix n'était apparemment pas d'accord car elle sortit de sa Pokéball pour m'aboyer dessus une fois la douleur de l'acte passée. Je la soulevai par le ventre pour la mettre à hauteur de mon visage et elle se tut, me fixa deux secondes puis tourna les yeux d'un air vexé. Je n'avais aucune idée de ce qu'elle me racontait. Peut-être me protégeait-elle en acceptant sa faute, peut-être me disait-elle que c'était parce que j'avais osé le prendre dans notre groupe. Je la plaçai alors contre moi et lui dis :
- La situation s'arrangera à force. Tu finiras pas t'y habituer.
- Honnêtement, reprit l'infirmière Joëlle. Je devrais te faire payer pour les dégâts. Mais...
- Pas de mais. Dites-moi la somme.
- Au moins mille pokédollars... déclara-t-elle enfin.
C'était tout ? Non, au vu de la façon donc elle le disait, c'était beaucoup. Étais-je donc riche dans ce monde ? Je sortis la somme demandée sans attendre et le tendis à la femme qui hésita à la prendre.
- Désolée, dit-elle en prenant tout de même l'argent.
- Tout est de ma faute à la base. Vous n'avez rien à vous reprocher.
Elle soupira, apparemment nerveuse. J'eus une soudaine envie de lui caresser la tête alors qu'elle était plus vieille que moi mais je me retins. Je me tournai alors vers Gray et lui dit en désignant une table :
- On va s'asseoir ?
Il hocha doucement la tête, je n'avais pas souvent eu d'occasion de le voir si peu sûr de lui... Dès que nous fûmes assis, je demandai :
- Quel est ta relation avec Olga exactement ?
- Tu l'as entendue. Elle me met au niveau d'une Joëlle, un simple objet à sa propriété.
- Oui, mais pourquoi ? répondis-je, en hésitant à relever sa comparaison. Ce n'est clairement pas ton genre de te laisser faire.
- Parce que je suis puissant. ''Une arme au potentiel illimité'', elle disait.
Ce n'était pas exactement ce que je demandais mais cette information était plutôt intéressante.
- Et tes parents ? Ils les laissent faire ?
Il hésita un instant et déclara enfin :
- Tu crois que quelqu'un peut aller contre le Conseil ? Non, si c'était le cas, tu m'aurais laissé tuer cette grognasse. Donc tu as ta réponse.
Ils l'avaient abandonné au Conseil des 4 ? Je compris en voyant son visage qu'il valait mieux éviter ce sujet.
- Mais bon, continua-t-il. À la différence d'une Joëlle, je suis encore libre de faire ce que je veux. C'est pour ça que je dois devenir plus fort.
- Plus fort ? répétai-je. Que tu ne l'es déjà ?
- Si Olga a raison, je devrais pouvoir. Et niveau calcul, il n'y a pas mieux qu'elle. Elle sait ce qu'elle dit.
J'aimerais bien plus de détails sur cette histoire mais je ne pouvais simplement pas demander. Sa nervosité se changeait en colère au fur et à mesure qu'il parlait. Je ne demandai qu'une seule chose :
- Est-ce qu'ils vont venir te récupérer ?
Là, il sourit.
- Qu'ils essaient. S'ils peuvent pister n'importe quel dresseur avec sa carte à chaque fois qu'il rentre dans un Centre Pokémon, je n'ai pas ce problème. Et mon importance pour le Conseil des 4 est trop secrète pour qu'ils se permettent de lancer des gens à ma recherche. Si tu t'inquiètes pour vous deux, ce n'est pas la peine, c'est rare qu'ils sortent du château et si on évite de toucher à nouveau à leurs affaires, ils ne devraient pas revenir.
- Si c'est le cas, ils peuvent me pister pour arriver à toi... remarquai-je.
- Donc, tu veux que je parte ? s'inquiéta-t-il.
- Non, je veux prendre le risque de t'emmener avec nous. On a le même ennemi, je n'ai aucune raison de te laisser dans cette situation seul.
Il soupira et sourit.
- Je peux modifier vos cartes si vous le voulez, annonça l'infirmière. Vous garderez vos données mais vous aurez l'air d'être un nouveau dresseur aux yeux des scanners sur les portes.
Safran sortit à ce moment-là, portant un T-shirt blanc et une jupe plissée noire. Ses cheveux étaient détachés également. Elle fixait l'infirmière avec intérêt lorsque celle-ci finit sa phrase.
- Ça te va ? lui demanda alors la jeune mère.
- Oui, merci, répondit-elle avant de demander. Pourquoi modifier nos cartes ?
- Le Conseil recherche Gray et ils peuvent nous trouver à l'aide des cartes, l'informai-je. Mais je pense que c'est inutile de les modifier.
- Pourquoi donc ? demanda la Joëlle.
- À cause des Arènes, s'ils envoient des rapports après les matchs comme ils ont l'habitude de le faire, notre nouvelle identité serait dévoilée. Frauder ainsi ne nous rapporterait qu'une raison pour nous arrêter et récupérer Gray par la même occasion. Je ne pense pas qu'ils nous attaqueront sans raison de toute façon, c'est pour ça qu'Olga nous avait provoqués.
- Ils envoient des rapports ? s'exclama Gray.
Je pensai alors qu'ils pouvaient de toute façon traquer Gray à l'aide de ceux-ci puisqu'il combattait également les Champions. Cela rendait la manœuvre encore plus dangereusement inutile.
- Oui... D'ailleurs, il serait peut-être temps d'aller faire un tour à cette Arène.
- Mais s'ils nous traquent ?
- S'ils te traquaient, ils auraient agi depuis longtemps. Combien as-tu de Badges ?
- Quatre, répondit-il avant de les énumérer. Roche, Cascade, Prisme et Foudre. Je prends mon temps. Je compte retourner là-bas après avoir eu les sept Badges donc je profite de ma liberté.
- Il y a huit Badges, corrigeai-je instinctivement.
- Pas exactement, m'expliqua-t-il. Le Champion de Jadielle étant introuvable, les Champions sont censés dire au challenger qui remporte son septième Badge de se diriger vers la Ligue.
C'était comme ça qu'ils avaient contourné le problème ? Le remplacer aurait été plus rapide, je pensais... Le huitième Champion, Giovanni. Le père de Safran et chef de la Team Rocket.
Gray n'était pas encore au courant pour cela d'ailleurs. Mais ce n'était pas le meilleur endroit pour en parler... Surtout qu'un groupe de deux dresseurs venait de rentrer dans le Centre Pokémon, forçant l'infirmière à regagner son poste.
- Si tu restes avec nous, tu devrais pouvoir récupérer ce Badge également, lui dis-je seulement.
- Vu le groupe que tu combats, c'est vrai, souffla-t-il en jetant un œil au groupe de dresseur. Mais cette information n'est pas vraiment connue de tous.
Gray agissait vraiment discrètement sur ces choses-là, ça ne collait pas du tout avec ce que j'avais pu voir de lui jusqu'à maintenant.
- J'ai remarqué ça, oui. Mais on l'a rencontré en personne à Céladopole après que tu nous aies sauvés.
Il hocha la tête. Et dit plus fortement avec un grand sourire :
- Ça change pas qu'on leur pétera la tronche de toute façon !
Le garçon et la fille qui étaient rentrés soigner leurs Pokémon lui jetèrent un regard bizarre avant de quitter le bâtiment. Pour ma part, cela me faisait sourire. Cette discussion était terminée, reprenons notre voyage.
- Safran, l'appela la personne en charge du Centre Pokémon. Tu veux que je m'occupe de faire sécher tes anciens habits ?
- Mon Dracaufeu s'en occupe déjà... dit-elle. Ne vous en faites pas.
- Mais où les as-tu étendus dans cette chambre ?
- Euh... Je les ai mis sur le sol...
La femme aux cheveux roses poussa un soupir amusé et se dirigea vers la chambre :
- Je vais m'en occuper. Tu peux aussi reprendre ton Pokémon, nous avons beaucoup de Pokémon Feu ici. Toujours à cause de la plage au sud. Tes habits devraient être secs d'ici à ce que vous reveniez de l'Arène.
Je vis au regard de la fillette qu'elle comptait refuser par gêne mais elle ne dit finalement rien. Ce fut à mon tour de lâcher un soupir. Je ne pouvais pas m'empêcher de la comparer à la Safran qui était avec moi dans la cachette de la Team Rocket. Ce changement était si brutal.
Était-ce vraiment une maladie similaire au dédoublement de personnalité de mon monde ? Dans ce cas ou non, son traitement m'était inconnu. Je ne pouvais que rester à ses côtés pour la soutenir... Ou les soutenir, je n'en savais rien.
Safran la suivit pour récupérer Flamme et revint nous rejoindre. Je lui souris et déclarai :
- Dans ce cas, allons à l'Arène de Parmanie gagner nos Badges.
- Dans quel ordre ? demanda Gray.
- De quoi ?
- Dans quel ordre allons-nous le combattre ?
Bonne question en effet. J'avais envie de commencer mais c'était sans doute son cas également. Je préférai juste éviter que Safran soit la première pour qu'elle puisse voir l'équipe qu'elle allait affronter. Gray n'avait pas besoin de cet avantage et moi, je l'avais déjà.
- J'y retournerai seule après vous deux, déclara Safran.
Cela allait selon mes plans mais...
- Pourquoi ?
- Je... hum... hésita-t-elle avant de se taire.
- Moi, ça me va, déclara Gray. Et toi Red ?
Je continuai de fixer la fillette dans l'attente d'une réponse mais celle-ci ne vint pas.
- Très bien, soupirai-je. Je passerai en premier pour éviter que tu ne tues toute l'équipe avant que je ne puisse avoir un match convenable. Mon combat contre Pierre s'est énormément raccourci après ton passage...
- Il était pas si nul pourtant ! s'étonna alors l'adolescent.
- Tu as tué ses meilleurs Pokémon... lui rappelai-je.
Il plissa les yeux, cherchant dans ses souvenirs et son visage s'éclaira :
- Ah oui ! C'est vrai ! J'avais adoré jouer à la balle avec le Grolem mais j'ai fini par le tuer !
Je ris nerveusement, ne sachant pas quoi répondre à ce genre d'affirmation enjouée. L'heure d'obtenir mon cinquième Badge était arrivée. Koga, maître des Pokémon Poison et futur membre du Conseil des 4. Ce n'était sans doute pas quelqu'un à prendre à la légère.
Encore étonnés qu'ils se rappellent de ce qu'est une Arène ? Roh, la dernière ne date que d'il y a 23 chapitres =p
Et tadah, première apparition du Conseil des 4.
Et...bon oui d'accord, ils ont encore passé un chapitre au Centre Pokémon mais que voulez-vous que j'y fasse ? T_T
