La vie s'organisait pour Rémus parmi la meute, et le temps passa redoutablement vite.

Il ne pouvait même pas se plaindre de ses conditions de détention. Oui, on ne le laissait jamais seul, ou alors enfermé dans ses appartements. Dès qu'il mettait le nez dehors, il était sous la surveillance de Sid, le plus souvent, ou de Richard si vraiment il n'y avait pas d'autre choix. Aucun des deux loups-garou n'assistait réellement à ses cours, ils se contentaient de rester dans le coin, à se tourner les pouces en sifflotant ou à sembler très absorbés par l'aiguisage de leurs lames.

Mais à part ça, il allait où il voulait dans la petite plaine magique de la caverne, et s'installait généralement sous un arbre, tous les loups-garous intéressés s'asseyant dans l'herbe en rond devant lui.

Sans baguette, il ne savait pas trop ce qu'il pouvait faire avec eux - il était possible que certains d'entre eux soient des sorciers, tout comme lui, mais comment pourrait-il le savoir ? Il n'avait pas de sensibilité particulière pour détecter les pouvoirs magiques des autres. Il savait vaguement que la magie se manifestait généralement spontanément quand on n'avait pas appris à la contrôler, mais c'était très variable. Sirius lui avait parlé d'un camarade de classe qui faisait exploser accidentellement son oreiller avant d'avoir sa première baguette, mais lui n'avait jamais eu de soucis. En fait, Rémus n'aurait jamais su qu'il avait des pouvoirs s'il n'avait pas touché une baguette... Peut-être que ça fonctionnait différement pour les loup-garous ? Après tout, ils étaient composés en partie de magie et disposaient de leurs propres pouvoirs. Et surtout, ils avaient l'habitude de se contrôler.

De toutes manières, transformer la meute de Greyback en une meute de loups-garou-sorciers ne faisait pas partie de ses plans, et bien qu'il trouve l'idée dangereuse, il s'y pliait pour gagner du temps. Il expliquait donc aux loups-garous la manière dont fonctionnait la magie, et les sortilèges dont il fallait se méfier. Il ne savait pas trop où il allait et leur laissait surtout poser des questions. Ce qui était aussi une bonne occasion de les faire raconter leurs combats contre les Aurors et parler des Mangemorts qu'ils avaient cotoyés. De la manière la plus innocente et indirecte possible, évidemment... mais ce genre de renseignements seraient utiles à Maugrey, plus tard.

Rémus apprit de ses élèves qu'un Mangemort venait régulièrement dans la caverne, pour tester des potions sur les derniers arrivés. C'était vu comme un mal nécessaire. L'homme cherchait un moyen pour les loups-garous de garder le contrôle lors des transformations... Apparement, il était missionné par le Seigneur des Ténèbres en personne, et Rémus comprit à demi-mots que le plus grand des mages noirs avait beau promettre toute liberté aux loups-garous, il ne leur faisait pas confiance. Même Greyback était contrôlé de près et lâché uniquement lorsqu'il n'y avait pas de risques pour les Mangemorts. Le reste de la meute ne voyait les Mangemorts que comme des donneurs d'ordre lointains. Parfois, ils montaient la garde autour d'une maison ou d'une personne en particulier, que ce soit pour intimider ou protéger. Parfois, ils étaient lâchés dans un endroit qu'ils devaient détruire, de la manière la plus barbare possible. Puis ils étaient renvoyés quand on n'avait pas besoin d'eux. Ils servaient davantage de chair à baguette face aux Aurors, permettant à coup sûr aux Mangemorts de s'enfuir, que de véritables combattants.

Tout ça, aucun des membres de la meute ne l'admettait vraiment. Au contraire, moins ils avaient de mainmise sur leurs propres combats, plus ils se vantaient de leur force et roulaient des mécaniques les uns envers les autres. Beaucoup, parmis ceux qui venaient écouter Rémus, étaient jeunes et avaient quittés leurs familles pour rejoindre la meute de Greyback. Le châtain avait même eut la mauvaise surprise de trouver un certain Sam Kingheart parmi eux, de la meute de Mary Kingheart. Comme beaucoup d'autres, il s'était sauvé contre l'avis des plus âgés, qui voulaient à tout prix rester neutres dans la guerre. Ces adolescents parlaient facilement de leur colère, de leur haine des sorciers et des humains, des conditions dans lesquels on les avait forcés à vivre. Ils tentaient encore de se justifier à leurs propres yeux.

A l'opposé, les vrais Greyback, qui étaient nés et élevés dans cette famille, restaient alignés avec le discours du chef. Hors de question d'admettre que les loups-garous aient pu subir quoi que ce soit, ça ne serait pas cohérent avec l'idée de leur supériorité naturelle. Non, ils préféraient raconter leurs chasses et leurs victoires, grossissant le trait jusqu'à ce que le moindre larcin soit un pillage en règle. Artémis était la première à ce petit jeu, toujours furieuse contre Rémus qu'elle tentait d'humilier à chaque occasion. Le fait que le châtain n'entre pas en compétition avec elle, et qu'il se moque ouvertement d'impressionner ses élèves, ne faisait qu'augmenter sa colère.

Tout cela tournait parfois au débat enflammé sur ce qui allait arriver aux loups-garou ensuite. Beaucoup étaient certains qu'une fois que le Seigneur des Ténèbres aurait vaincu ses opposants, tout le Royaume-Uni serait magique et interdit aux Moldus, et qu'une bonne part du territoire reviendraient aux espèces qui l'auraient aidé - la rumeur la plus populaire voulait que les loups-garous reçoivent l'Ecosse, les Géants le pays de Galles, et les Détraqueurs l'Irlande. Ce qui était stupide, selon Rémus. A la limite, les Géants pourraient apprécier d'avoir leur propre territoire, mais les loups-garous et les Détraqueurs étaient des créatures maudites, affamées d'humains. Une fois qu'ils auraient dévoré les leurs, aucune frontière ne les arrêteraient pour en trouver d'autres. Si les Moldus ne suffisaient pas à les arrêter. Rémus était certain que dès que la présence de monstres serait connue, les Moldus trouveraient un moyen ou un autre de les combattre. Pour l'instant, le culte du secret des sorciers les mettaient à l'écart de la guerre, mais si jamais ils s'en mêlaient un jour... ça prendrait une toute autre tournure.

Il n'avait pas peur de partager ses réflexions. Après tout, les gamins ne le croyaient pas, ou plutôt faisaient de leur mieux pour ne pas le croire, même si il voyait bien que ses arguments les faisaient douter. Quelque part, ils savaient bien que les choses n'étaient pas si simples, et que leurs chefs n'avaient rien à faire de la justice. Ils y croyaient malgré tout, parce qu'ils voulaient y croire.

Si ça n'avait pas des conséquences aussi dramatiques, Rémus aurait pu être touché par leur naïveté. Il n'était que furieux. Furieux contre eux, furieux contre les dominants de la meute qui savaient parfaitement ce qu'ils faisaient, furieux contre le Ministère de la Magie qui ne faisait que reproduire le même cycle de violence encore et encore. Non, Rémus ne pouvait se contenter de Greyback. Il devait réussir, à n'importe quel prix, à ouvrir la tanière et laisser entrer les Aurors ou l'Ordre du Phénix...

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Au-dehors, Sirius devenait fou peu à peu.

Il avait réussi à rester tranquille lors de son premier tour de garde, mais au moment fatidique, lorsque les sentinelles avaient été remplacées, personne n'avait eu à prononcer le mot de passe : la caverne avait été ouverte de l'intérieur. Il avait alors tenté le tout pour le tout pour se précipiter dans l'ouverture... Mais en dépit de ses sorts de furtivité, sa charge n'était pas passée inaperçue, et face à quatre loups-garous il s'en était sorti de justesse.

Au final, il avait été interdit de tour de ronde, et empêché de rôder dans la forêt. Les autres membres de l'Ordre se succédaient pour espionner les loups, et avaient tous été confrontés au même problème : pendant les changements de sentinelles, personne ne prononçait le mot de passe. Et aucun autre membre de l'Ordre, pas même ce faux frère de James, n'approuvait son plan de charger à plusieurs quand la caverne était ouverte. Et encore moins de kidnapper une sentinelle et de la faire parler à la dure. Sous prétexte que le veritaserum était inutile sur les loups-garous, et que de toutes manières le mot de passe serait changé dès qu'une sentinelle manquerait... Des prétextes, encore et toujours des prétextes. En attendant ça faisait des jours que Moony manquait à l'appel, et la pleine se rapprochait dangereusement...

Maugrey lui assurait qu'il y aurait forcément du passage, tôt ou tard. Des missions pour les loups-garous, des visites de Mangemort, d'une manière ou d'une autre la tanière devrait s'ouvrir devant eux. Et qu'il faudrait qu'il soit prêt et reposé à ce moment-là. Sirius marmonnait quelque chose et retournait s'entrainer, jusqu'à ce que quelqu'un se dévoue à le contraindre à manger et dormir, même si c'était forcément sous les injures de brun. Sa patience déjà très mince était épuisée depuis longtemps, et il ne savait pas combien de temps il allait pouvoir tenir comme ça.

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A force de les écouter, les loups-garous laissaient échapper des informations, forcément, et Rémus avait déjà compris entre les lignes que la tanière était protégée par un mot de passe et pas par une clé. Un bon point. Mais même avec ce sésame, il fallait qu'il récupère sa baguette pour que ça serve à quelque chose. Rémus échaffaudait des plans qu'il rejetait les uns après les autres. Le mot de passe, la baguette, tout ça semblait si proche, si simple, une fois qu'il les aurait tout serait fini... Mais il y avait encore un gouffre qui l'en séparait. Et sous les yeux perçants et moqueurs de Sid, il n'osait pas tenter le moindre mouvement. Il savait que le loup-garou n'hésiterait pas à tenir sa promesse et à l'abattre avec son propre revolver s'il voyait que Rémus s'intéressait de trop près au mot de passe, quoi qu'en pense Greyback. Et là tout ça n'aurait servit à rien.

Alors Rémus attendait encore, ne s'autorisant pas la moindre pensée vagabonde, entièrement tourné vers son objectif. En journée du moins. La nuit, quand il se retrouvait seul et n'avait plus aucune raison d'être vigilant, la nuit était bien pire, envahie des plus horribles pensées qui tournaient et tourbillonnaient sans fin dans sa tête. Des promesses rompues, des confiances trahies, et pire que tout, la peur d'avoir fait tout ça pour rien, de ne jamais voir une occasion se présenter et de mourir sur un lamentable échec. Et Sirius. Rémus ne parvenait même pas à imaginer comment il réagissait, ce qu'il faisait en cet instant. Il ne doutait pas une seconde que Sirius avait trouvé le marque page et remonté sa piste, attendant le mot de passe pour venir à son secours. Mais tout ce qui lui venait à l'esprit, dans ces moments où le sommeil le fuyait, c'était le regard de Sirius, ses grands yeux gris le fixant, une expression terriblement blessée sur le visage, une accusation plus terrible et implacable que tous les reproches que le loup-garou pouvait imaginer un jour.

Il finissait toujours par s'endormir, murmurant des excuses jusque dans son sommeil, se justifiant encore et encore. Parce qu'il savait qu'il avait fait ce qu'il fallait, qu'une chance même minime était mieux que pas de chance du tout. Et il priait pour pouvoir un jour demander directement à Sirius de lui pardonner. Car ces excuses auront lieu uniquement s'il réussit.

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Maugrey montait la garde près de la tanière lorsqu'il vit Richard Greyback en sortir. Il envoya un message à Shacklebolt, lui enjoignant de se tenir prêt à le filer, puis se concentra à nouveau sur la pierre. L'Auror n'avait jamais été homme à se laisser distraire facilement.

Il retint de justesse un juron lorsque, quelques minutes plus tard, Shacklebolt lui répondit qu'il avait perdu la piste du loup-garou, sans doute parti en transplanant avec un Mangemort. Après tout, ce n'était qu'un détail. Lorsqu'il rentrerait de mission, ce serait une entrée dans la tanière qui se ferait en l'ouvrant de l'extérieur, et enfin ils sauraient...

Mais lorsque Richard revint, cela n'offrit pas l'occasion que Maugrey espérait, bien au contraire. Il n'était pas seul. Il transportait un corps humain sur l'épaule. Il poussait devant lui deux Moldues. Et il était suivit par un Mangemort, portant la capuche noire et le masque de mort. Alors que l'Auror tendait l'oreille, certain qu'ils allaient enfin ouvrir la cachette devant lui, le Mangemort leva sa baguette et lança un sortilège que Maugrey ne reconnu pas. Il eut le réflexe de lancer un charme de Bouclier, afin de dévier le sort inconnu si celui-ci l'avait atteint. Heureusement pour lui. Car il vit une ombre sortir de la baguette ennemie, ondoyante comme une goutte d'encre dans un bol d'eau, qui vola droit sur lui tout en émettant un étrange grincement. La forme glissa sur son bouclier magique et poursuivit son chemin en une spirale de plus en plus grande, comme si elle cherchait à l'atteindre. Puis s'évanouit.

Le Mangemort était entré dans la tanière avec les autres, et la pierre s'était refermée derrière lui.


Je crois que c'est la première fois que je fais un chapitre sans aucun dialogue et quasiment aucune action. Toutes mes excuses, mais je n'ai pas eu le courage de transformer tout ça en dialogue avec plein de personnages... Je voulais boucler les points que j'avais soulevé en début d'histoire avec le recensement des loups-garous, montrer la manière dont Greyback et les autres se servent des problèmes qu'on a déjà vu, et pourquoi les tentatives de l'Ordre font chou blanc. Du coup c'est du résumé de résumé...