Bonjour (ou plutôt bonsoir) à tous !
Cela fait vraiment longtemps, et je m'en excuse de toutes mes forces. Vraiment, je suis désolée, je n'ai pas pu écrire, encore moins sur cette fin d'année... manque de temps, et incapacité mentale. J'en suis plus que désolée. Mais ces jours-ci, entre autres pour des raisons personnelles, entre autres parce qu'il y a eu toute cette agitation potterienne, j'ai réussi à m'y remettre. Et aujourd'hui, j'ai bien écrit les 2/3 du chapitre que je vous livre maintenant ! (Je suis allée voir le première à minuit au Rex, où il y avait quelques acteurs, et j'ai constaté que je suis de plus en plus attachée à HP avec le temps...)
Enfin, passons, ma vie ne vous intéresse vraiment pas ! J'espère d'abord ne pas tous vous avoir perdus, et je m'excuse enfin. Je tiens à tous vous remercier, et plus particulièrement Lady Arlequin ; telle17 j'espère que tu seras satisfaite par ta dose de fic ; dobbymcl que je remercie infiniment une fois de plus ; Alena, et enfin Atlante : une nouvelle lectrice ! par Merlin, je suis vraiment ravie, j'espère d'ailleurs que cet affreux délais ne t'aura pas fait oublier cette fic ! Tous tes compliments me touchent énormément et... merci encore.
J'espère que vous ne regretterez pas d'avoir attendu tant de temps, que vous lirez encore, et que je pourrais à nouveau avoir vos merveilleux avis ! Vraiment, je m'excuse une fois de plus... et surtout, surtout, je vous souhaite une excellente lecture, je l'espère vraiment !
D'ailleurs, normalement, la suite va venir beaucoup plus vite : je suis en vacances, et je suis boostée psychologiquement donc...!
Je vous embrasse très fort,
Bergère.
(PS : je ne possède toujours rien, à part quelques photos de quelques acteurs des films, tout cela est non-lucratif, et... je ne possède pas non plus Tiffany's !)
Chapitre 56 : Le temps d'un Breakfast at Tiffany's
« - Vous dormez ?
- Ai-je l'air de dormir, Minerva ? rugit-il avec une expression clairement agacée.
- Non, mais laissez-moi vous dire que votre baguette, elle, s'ennuie.
- Ah vraiment ? »
Sur ce, il recula d'un pas, pris une grande inspiration, et ferma les yeux un instant. Il avait les mâchoires serrées, les paupières plissées et le front ridé sous l'effet de la concentration : toute sa personne, chacun de ses gestes, l'immobilisme forcé de ses membres et la cambrure imprimée à son dos, laissaient pressentir l'attaque, l'action.
Il faisait chaud : une journée d'août avec son soleil étincelant, brûlant, qui perçait entre les rideaux, et par les persiennes. Le grand salon avait été adapté à leur activité : les meubles jouxtaient les murs, et quelques coussins étaient nonchalamment posés derrière l'un et l'autre, sans doute dans l'illusoire but de leur rendre une chute moins douloureuse. Assez peu de lumière pénétrait dans la maison : la pénombre et les épais murs permettaient d'éviter d'atteindre une température proprement impraticable, et ils avaient chaud, sans plus.
Le visage de Severus, pourtant, était perlé de transpiration. Il était habillé de ses atours de toujours, seulement sans cape. En face de lui, Minerva arborait pour sa part une tenue plus inhabituelle : une longue robe aux tons sombres, oui, mais sans manches. Elle était plus calme, moins fatiguée… cela s'expliquait. Elle n'avait fait que donner des instructions, et ça n'était que maintenant que les choses commençaient véritablement à se corser pour elle ! C'était la troisième séance. Il faisait des pompes, ce genre de choses, en un mot il s'entretenait parce que 'La bonne forme physique est essentielle.' Il avait eu envie de lui dire de se taire, mais elle avait raison, et c'était bien pour cela qu'il l'avait choisie ; elle pour cela entre autres, du moins.
Du sport donc, à la moldue, des pompes, même des tours – de jardin, en l'occurrence. Il rongeait son frein tout au long, mais finissait par relâcher cette pression personnelle sous le poids de l'effort : elle l'épuisait. Puis, à peine était-il debout, elle commençait vraiment l'entrainement, celui pour lequel il était venu ; la magie, les sorts, la force psychique. Il n'était plus question de jouer, de courir comme un chiot – disait-il – mais bien de retrouver ses capacités, à la fois sa distance concentrée et la chaleur de l'action. Equilibre rare et instable, mais dont elle sentait qu'elle venait de susciter les conditions optimales, à voir ses dents serrées et son expression agacée. Ils avaient échangé quelques sorts, de convenances et presque de politesse, en manière d'échauffement.
Il secoua sa baguette, un trait fusa sur Minerva qui le jeta sur le côté d'un coup sec – son bahut, pour la troisième fois, nécessiterait une légère (doux euphémisme) réparation. Quelques instants plus tard, ils s'envoyaient coup sur coup toutes formes de sorts : lumières, éclats, éclairs ; et des bris de verres, morceaux de meubles, jonchaient le sol, lui-même repeint de brûlures noirâtres ; quant aux deux combattants, ils ne se touchaient tout simplement pas.
Cela n'avançait pas : aucun avantage ne se dessinait, du fait d'une retenue commune, ou d'une simple égalité de capacités. Ils ne faisaient que s'effleurer, parfois, d'un sort : il avait une manche légèrement brûlée, elle avait le chignon en désordre. Des menus riens, sans conséquences, qui ne pouvaient vraiment pas décider d'une fin du combat : chaque action audacieuse était parée, rendue également, ou plus forte, pour être à nouveau renvoyée. L'intensité allait grandissante, certes, mais aucune issue ne se décidait… à croire que l'épuisement seul mettrait fin à cet entrainement.
Pourtant, ce ne fut pas exactement cela : la lassitude, sans doute, le décida enfin à agir, mais pas l'épuisement total. Cela faisait longtemps, oui, mais il s'était déjà battu jusqu'à épuisement, et ce n'était pas à cela que ça ressemblait : ses muscles ne le lâchaient pas, il voyait toujours clair, il réfléchissait toujours avec méthode. Fatigue oui, mais il n'était pas à bout… autant en profiter. Changer brusquement de tactique, surprendre et… gagner. Un léger sourire carnassier se dessina sur ses lèvres, et il mit son plan en œuvre immédiatement. D'abord, l'occuper : quelque chose de simple et d'impressionnant, tellement simple qu'elle en serait étonnée. Il fit un pas sur le côté et, en quelques mouvements de baguette, fit tomber tous les rideaux, enfermant la pièce dans une pénombre quasi-complète. Pendant une seconde, elle en resta immobile, surprise : une seconde, assez pour s'approcher d'elle, en un instant, un rapide mouvement où il l'a saisit par les épaules, la fit reculer jusqu'à ce qu'elle soit coincée contre le mur, puis assez pour hésiter. Il avait compté changer le combat en combat rapproché, il avait même une idée presque précise, mais qu'il ne put mettre à exécution : avec une fourberie toute serpentarde, ou, en la matière, toute féminine sans doute, elle avait profité de ce court instant pour l'embrasser.
Diversion classique quoiqu'étonnante, autant peut être que la sienne, mais plus adaptée à l'adversaire, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute. Surpris, il ne bougea pas et s'apprêtait presque à répondre au baiser lorsqu'il reprit entièrement possession de ses moyens. Il la repoussa légèrement vers l'arrière, comme pour l'embrasser mieux et plus profondément mais, au même instant, profitant de cet instant de supériorité, il se lança dans ses pensées ; de la Légimancie donc, arme fourbe s'il en était, dangereuse et blessante. Manière de faire sentir à l'autre son infériorité, sa dépendance, et dont il n'avait plus usé depuis bien longtemps : d'ailleurs, il était homme de défense de l'intimité de ses pensées, et non l'inverse, en général.
Il avait compté ne faire cela que pendant quelques instants, rapidement, furtivement, afin de clore le combat et annoncer sa victoire, symboliquement en somme. Mais il l'avait prise entièrement au dépourvue, quasiment prête à s'abandonner à un baiser, et il sentit qu'elle s'agitait brusquement, les images défilaient à toute allure tandis qu'elle cherchait à les ordonner, les cacher, vider ses pensées… avec un certain succès, quoique relatif. Et, au moment où il allait mettre fin au sortilège, il se vit passer dans une de ses pensées, puis revenir, comme si l'idée s'imposait d'autant plus qu'elle voulait s'en débarrasser et la cacher ; la curiosité fut plus forte que la raison et le plan établi, et il força plus avant en direction de cette pensée, ou ce souvenir.
Nul n'est besoin d'être devin pour savoir ce qu'il trouva… le miroir du Rised, bientôt effacé pour ne laisser voir que le reflet, tel une réalité prégnante, les alliances, et tout ce qui s'en suivait. Et, alors qu'il se baladait, sans résistance, fasciné lui aussi par cette vision, elle retrouva ses esprits, ou le sentiment de honte et de pudeur si présent en elle, et elle l'expulsa de ses pensées tant et si bien qu'il en tomba en arrière. Il rencontra un coussin, étonnamment placé sur son chemin, et en touchant le sol il réalisa à quel point la situation qu'il avait crée était hautement tendue : elle rougit, et à peine un nuage de gêne eut-il passé dans ses yeux qu'elle le transforma en un regard assassin, fixé sur lui pour lui faire sentir sa haine ; et, pendant un instant, il crut sincèrement qu'il se trouvait une fois de plus dans cette insupportable situation où ils ne se parlaient plus, plus du tout, pendant des mois peut être.
« - Minerva, s'il-vous-plait ! s'exclama-t-il alors, avant même de le réaliser. »
C'était hors de question, il était fatigué de tout cela, et il se rendait compte à quel point il craignait de se retrouver seul, à nouveau : cette solitude lui faisait une peur si énorme qu'il ne parvenait pas à s'en affranchir. Il craignait si fort de devoir un jour, en effet, pour jouer son immonde rôle, se séparer de tout, et d'elle en particulier, qu'il se découvrait un appétit de vie assez stupide pour appliquer le carpe diem. Il y avait cela, et puis une certaine curiosité, bien sûr…
Elle s'était arrêtée dans son mouvement et, au lieu de hurler, de le jeter dehors, de le sermonner, elle se laissa tomber à côté de lui, littéralement, et s'assit à même le sol, en tailleur, presque comme une enfant.
« - Bon, vous êtes content. Devons-nous vraiment en parler ? demanda-t-elle d'un ton plat.
- J'aimerais autant, oui. Je crois que j'ai compris, c'était…
- Le miroir oui, le fameux. Le contenu, inutile de vous le détailler, c'est assez gênant comme cela. Je devrais vous faire tout oublier…
- Non, je préfère conserver ma mémoire.
- C'est compréhensible, lâcha-t-elle, les dents serrées, même si je ne suis pas certaine de voir ce que cela peut vous apporter.
- Moi si. »
Il s'éclaircit la gorge, et jeta un regard autour de lui : il faisait toujours très noir, dans la pièce, dont les rideaux n'avaient bien sûr pas été rouverts, mais il s'était habitué à cet univers sombre, et y voyait presque bien. Le fait de ne faire que distinguer rendait tout de même leur situation moins étrange, plus naturelle, et être assis par terre n'était, finalement, pas si choquant.
« - Bon, j'ai quelque chose de profondément ridicule à vous dire, peut être aurez-vous la sensation que cela rééquilibre la balance, ce serait déjà ça, commença Severus en baissant légèrement les yeux avant de les fixer sur elle. Nous savons l'un et l'autre ce que cette vision signifie, c'est pour ainsi dire… limpide. Ce reflet, en réalité, m'agrée. Il m'en coute de l'avouer, mais je vous rejoins dans ce désir puéril et naïf. Cela dit…
- Cela dit vous et moi savons bien que c'est aussi impossible que stupidement candide, coupa-t-elle d'un ton tranchant.
- Exactement. Et puis quel air nous aurions, à jouer les amoureux bien installés !
- Imaginez-vous, l'officialisation et les épousailles, avec une belle robe blanche… »
Ils durent s'arrêter un moment ; ils riaient trop fort. C'était la première fois qu'ils parlaient de cela presque sérieusement, en face du moins, et sans esquiver le sujet. Sans l'esquiver davantage que par de grands éclats de rire, et c'était déjà beaucoup.
« - Oh, quel ravissement ! Ou alors… le secret !
- Le secret ? demanda-t-elle.
- Mais oui, voyons ! Le couple uni mais toujours secret, la vie commune et déséquilibrée qui se cache des autres, et se travestit à elle-même…
- Oh… oui, bien sûr. »
Le silence retomba. Ce système, hybride, bizarre, étrange, cette vie inavouable et désirable, était réalisable ! C'était tout ce qu'ils pouvaient s'offrir, mais c'était déjà énormément. Et surtout, ils pouvaient effectivement s'y glisser, s'y mentir… mais dans un nouveau type de mensonge, plus intime car commun, mensonge au monde où ils étaient complices de leur propre tromperie. C'était parfait, un cocon de ridicule avoué, de liberté acceptée ; et, surtout, une sorte d'air frais, nouveau, délicieux, qui changerait, par instants, de la pesanteur désolante du temps présent et, ils le prévoyaient avec raison, des temps à venir.
Mais impossible, bien sûr, de passer outre cette possibilité nouvellement découverte et secrètement désirée. Hors de question, de même, d'oraliser cette décision, de l'accepter, de la déclarer. Alors…
Personne ne brisa le silence, pas tout de suite du moins. Seulement, elle laissa pencher sa tête sur le côté, jusqu'à ce qu'elle effleure son épaule : elle ne se laissa pas totalement reposer sur lui, mais se contenta de ce contact furtif de confiance légère, d'où elle leva sa baguette, donna deux ou trois coups secs avec celle-ci, afin d'ouvrir les rideaux. La lumière du jour, avec ses agressifs rayons d'été et son contraste avec la tiédeur ombragée qu'il avait créée, parut brûler la salle en en prenant possession à nouveau ; aucun d'entre eux ne marqua de réaction, cependant, et il se passa encore un temps avant qu'ils ne bougent.
« - Dites-moi, finit-elle par se décider, au terme d'un combat intérieur complexe, mais d'un ton aussi insensible que si elle parlait du beau temps, ça ne vous dérange pas une orientation à l'est ?
- Je suis matinal, ça n'a donc rien d'un problème ! Et je vous avoue que la perspective d'un lieu conservé frais au plus fort de l'après-midi a même quelque chose de plaisant.
- Fort bien, je vais demander à Frantisek de vous préparer la chambre alors, et de vous monter une carafe et ce genre de choses. Si vous voulez vous reposer un peu, j'imagine que nous en avons fini pour aujourd'hui ?
- Avec plaisir, répondit-il d'un ton très conventionnel, quoiqu'il ne se sente pas un grand besoin de repos, afin de rendre la pareille au ton d'hôtesse bourgeoise qu'avait pris Minerva.
- Je vous montre le chemin, déclara-t-elle en se relevant enfin. »
S'en était fait, quelque chose c'était décidé, d'irréversible. Ce qui était encore une sorte de jeu d'eux-mêmes allait devenir, au fur et à mesure, naturel : d'un naturel déconcertant d'ailleurs, tant cette vie en chambre séparée, dans une même demeure, à un même rythme, évoquait la vie trop réglée d'une famille de sang-pur… au détail près que, pour eux, c'était un choix, très symbolique, et empli d'une intimité quasi-excessive.
Faire l'amour dans un lit matrimonial, ou presque, demander où se trouve sa chaussure, si le petit-déjeuner est prêt, et pourquoi il n'y a plus de jus de citrouille… Autant de stupides actions comme ils ne les avaient jamais vraiment vécues avec personne.
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C'était une des choses qui l'avait le plus frappées, dans cette image, un détail si marquant qu'il ne savait comment s'en débarrasser. Alors, il avait fini par plier, après tout… et, un jour, il avait prétexté devoir aller chercher quelque chose chez lui, parce que 'C'est bien mignon tout cela, Minerva, mais je n'en peux plus de vos draps en tartan.' Il était revenu avec des draps oui, aussi sobre que possible, et les avaient mis non pas dans sa fameuse chambre donnant à l'est, mais à la place de ses draps à elle. Ca n'avait pas été, pourtant, le plus complexe à mettre en place…
Quand il était entré chez lui, l'atmosphère lui avait semblé plus froide que jamais, et les criailleries enthousiastes d'Athéna qui se plaignait de la longue absence du maître, s'inquiétait de sa santé, et faisait l'apologie de l'état impeccable des lieux, lui paraissaient terriblement étrangères. Etait-ce vraiment ici que se trouvait son chez lui, et là-bas un simple lieu de passage ? c'était dur à croire. Il avait envoyé l'elfe lui trouver des draps, les lui emballer et réduire, et était monté retrouver sa chambre : sans un regard pour les meubles rudes et glacés, il ouvrit la porte d'un placard, et entreprit de récupérer une boite située de manière a être proprement inaccessible pour quiconque ne faisait pas sa taille et ne savait pas exactement ce qu'il cherchait. Dedans, sa nature de sang-mêlé révélée, sa vie d'enfant, ses connaissances moldues : des habits, de la monnaie, une pièce d'identité racornie.
Secouant la tête pour ne pas réfléchir aux implications passées et présentes de ces objets, il attrapa un jean à peu près présentable, une chemise noire, et un élastique usé jusqu'à la corde : voilà qui ferait l'affaire. Il sortit aussi de la boite un portefeuille, et en vérifia le contenu : une carte bleue, toujours valide – mais plus pour longtemps, – quelques billets, une carte d'identité… tout y était. Vivement, il referma la boite, la rangea à sa place, referma la porte du placard, et se changea au plus vite : il était méconnaissable, sans avoir altéré ses traits pourtant. Mais personne, le croisant dans la rue, ne penserait à lui : les cheveux noués, affublé de cette tenue presque détendue, il pouvait se fondre dans la masse des moldus avec une extrême facilité. Il sortit alors rapidement, prévenant l'elfe qu'il repasserait bientôt, et transplana dans une allée sombre de Londres. Bien, c'était parti !
Il avait décidé immédiatement de ne pas le faire dans le monde sorcier : celui qui le verrait acheter ça le reconnaitrait de suite, et, puisque c'était étonnant – il fallait le reconnaître – le stupide vendeur de cette boutique irait en parler autour de lui. Or, il était hors de question que cela se sache. Il avait de l'argent sur son compte, il ne s'en servait jamais alors… autant que cela serve. C'est donc après avoir rangé sa baguette et s'être affublé d'une expression aussi passe-partout que possible qu'il quitta la ruelle ; il n'était pas totalement sûr de son chemin, mais l'orientation générale était la bonne et il trouva assez rapidement la boutique où il souhaitait se rendre. Tiffany & co, le lieu du luxe et du bon goût… Il faillit pourtant faire demi-tour en apercevant un collier composé d'une chaine aux grosses mailles dorées, et d'un pendentif énorme formé des lettres 'LOVE' serties de diamant : un tel étalage de mauvais goût à prix exorbitant entacha quelque peu sa motivation, mais il finit par entrer. A peine avait-il passé le pas de la porte qu'un jeune homme, costume bien mis en place, cheveux gominés et étiquette indiquant 'Joshua' sur le torse, l'accueillit. Très amène, l'employé laissa tout de même échapper une moue peu convaincue après avoir scanné le professeur du regard, et remarqué le bout abimé de ses chaussures.
« - Que puis-je pour vous ? s'évertua-t-il cependant.
- Je cherche une bague, simple et élégante, pas de fioritures insupportables et niaises, vous avez ce genre de chose ?
- Mais tout à fait Monsieur, mais si vous permettez il me faudrait quelques précisions ? Est-ce pour vous ou pour une femme ?
- Une femme, fit-il les dents serrées, tant ce stupide gamin pédant l'énervait déjà.
- Charmant, s'agit-il d'une occasion particulière ? Fiançailles ? Alliance ? un simple cadeau ou… ?
- Evitons les bagues de fiançailles, trop voyant, trop marqué couple. Je cherche… Il s'interrompit, voyant luire dans les yeux du vendeur la pensée claire de l'adultère, et cela lui donna très envie de lui jeter un sort ou, plus trivialement, de lui envoyer son poing dans la figure. Hum, évitons les bagues de fiançailles, je cherche un bijou à la fois discret et donc portable, et assez original et gracieux, vous devez bien avec ça, dans une enseigne comme celle-ci ?
- Oui, oui, venez… »
Finissant par sentir l'hostilité de son client, il renonça à lui demander un budget tout de suite, l'amena vers une des vitrines, et tenta sa chance avec un produit qui lui permettrait de se faire une idée des goûts de son client : un double anneau, d'or blanc et jeune, assez peu cher au vu de ce que pratiquait la maison. Severus secoua la tête en disant que c'était trop épais, certes pas laid mais pas dans ce qu'il cherchait : client difficile donc, pas franchement près de ses sous malgré son apparence pouilleuse, il fallait tenter quelque chose de très classique. Une bague en platine, entourée de petits diamants, qu'il considéra avec attention, beaucoup plus que la précédente.
« - Pas mal, mais j'aurais tendance à dire… un peu trop simple, voire vieillot. Vous n'auriez quelque chose dans cet esprit, mais un peu plus recherché ?
- Tout à fait, s'inclina le jeune homme en décidant que son client avait une idée très précise, et n'était pas si loin d'être relativement connaisseur. Nous avons… ceci, ou ce genre-là, dans deux directions… différentes dirons-nous. »
L'une des deux bagues était en tous points la même, mais des pierres de couleur verte – émeraude ou autres – prenaient la place des diamants. Quant à l'autre modèle, il semblait un peu plus plein… Les pierres vertes l'attiraient, cette histoire d'yeux de Minerva, la symbolique en somme. Mais c'était peut être 'trop' dans la symbolique, et pas assez dans l'esthétique. Quant à l'autre, elle était plus belle, certes, mais ça n'était pas encore… ça.
« - Vous n'en avez pas d'autres types, mais avec cette couleur de pierres ?
- Je suis navré Monsieur, se morfondit l'employé, c'est le seul modèle dans ses teintes, en bagues. Vous teniez à ce coloris ?
- Je pourrais faire sans, dans ce cas… poursuivons plus avant dans l'autre direction.
- Tout à fait Monsieur, avec plaisir… »
Quelques minutes plus tard, il se trouvait face à un dilemme de taille, trois modèles lui faisant de l'œil de manière affreuse. Pourtant, son regard revenait toujours sur l'une d'entre elles, et il finit par demander à Joshua de la lui laisser voir de plus près : délicatement, il commença à observer l'objet. Elle était fine, quoiqu'originale. Des losanges carrés et des ronds, de diamants, alternés sur un fond de platine : un objet rare et précieux, moderne mais assez noble(*).
« - Combien ?
- Oh, 3 325 £…
- Bien. Je vais la prendre, inutile de l'emballer, je me contenterais de la boite, vous savez ?
- Oui, tout à fait Monsieur, s'exclama le vendeur, trop heureux d'avoir réussi à vendre quelque chose à cet exigeant client. Quelle taille, tour de doigt je veux dire ?
- 50, dit-il d'un ton assez sûr pour faire croire qu'il savait ce qu'il faisait.
- Fort bien, je m'occupe de tout cela, donnez-moi un instant. »
Quelques instants plus tard, un compte quasiment vidé et un bijou de très grande valeur en poche, il ressortait de la boutique et allait transplaner. Rentré chez lui, accueilli à nouveau par son elfe, il commença par monter dans sa chambre, se changer, ranger et tout cacher très loin. Puis il descendit et s'installa dans son grand bureau – celui de son grand-père, donc. Il ressorti sa baguette, ouvrit l'écrin, en sortit la bague. Il commença par lui jeter une série de sort assurant qu'elle s'adapterait à la première personne qui la porterait, et lui resterait en quelque sorte fidèle. Puis il grava sur la face interne 'Minerva', choix qui n'avait pas été simple à faire mais qui, en fait, était clairement le meilleur. Il refusait de s'impliquer visiblement dans ce cadeau qui était déjà beaucoup trop : cette bague devait lui appartenir à elle et non à lui, et c'était bien tout.
Puis il lui appliqua une série de sorts de protection, contre l'érosion, le temps, la rouille, les sorts, jusqu'à en être satisfait. Cela fait, il remit l'objet dans son écrin, le plaça dans sa poche avec grande attention en se relevant, et appela Athéna afin de récupérer le linge qu'il avait demandé et de lui donner quelques instructions pour la fin de l'été.
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« - Minerva, je crois que j'ai laissé un parchemin sur une des tables de chevet, vous ne voulez pas… ?
- …vous bouger un peu Severus, bon sang ? Je ne suis pas votre bonne !
- S'il-vous-plait, je ne vous demande pas non plus la mer à boire, fit-il d'un ton désinvolte qui acheva de l'agacer.
- Ah, ce que je peux vous détester ! lâcha-t-elle en se levant en coup de vent pour monter les escaliers quatre à quatre. C'est bien parce que j'en ai assez de vous entendre geindre. »
Elle fit donc volontairement claquer les portes, afin de rendre audible son mécontentement. Ca n'était effectivement pas la mer à boire, mais elle était énervée. Pour qui la prenait-il, ça n'était pas parce qu'il était chez elle que… Elle s'interrompit brusquement en ouvrant la porte de sa chambre, et resta stupéfiée quelques secondes.
« - Severus…, grogna-t-elle dans sa barbe. »
C'était donc pour cela, ce manège stupide. La justification la calmait certes, mais elle n'était pas sûre de savoir ce qu'elle devait penser de cette transformation de son intérieur faite contre son gré. Ca n'était pas laid, bien sûr, mais étonnant. Elle s'y ferait. Alors qu'elle faisait demi-tour pour sortir, persuadée qu'elle avait vu ce pourquoi il l'avait envoyée là, elle aperçu du coin de l'œil un objet posé sur sa table de chevet… il y avait donc bien quelque chose là. Fronçant les sourcils, elle s'approcha, et reconnu l'objet pour ce qu'il était, un écrin de bijou. Que… ?
S'en saisissant avec beaucoup de délicatesse, elle l'ouvrit aussi doucement qu'elle le put. Rien n'était écrit, pas de mot hors ou à l'intérieur de la boite, si bien qu'elle se demanda furtivement s'il n'y avait pas une erreur. Pourtant, c'était un joyau si délicat et ciselé, il lui semblait se retrouver dedans, l'alliance d'une élégance, d'une ancienneté et d'une forme de modernité. Elle finit par la sortir de l'écrin, l'observer, et elle discerna rapidement la gravure de son nom.
Severus… que lui avait-il prit. C'était pur folie, il s'agissait là de vrais diamants, c'était visible. Et puis… pourquoi ? que lui disait-il ainsi ? Disait-il seulement quelque chose, d'ailleurs ? Elle regarda la bague, et sa boite, alternativement, pensive. Elle en était bouleversée, car elle ressentait au fond d'elle ce que cela signifiait : ce geste, en effet, ne pouvait être anodin. C'était un engagement tacite… oh, pas une de ses bêtises de mariage, ou de fiançailles, comme s'ils étaient en position de jamais faire cela, et même de jamais le souhaiter ! Non, c'était simplement un gage d'attachement, une sorte de lien silencieux, à peine visible, toujours présent pourtant. Comme une demande en mariage, sans demande et sans cérémonie, qui se suffisait à elle-même. C'était un lien bien suffisant : symbolique oui, mais pas trop.
Finalement, elle se saisit de la bague et la passa à son annulaire, puis ferma les yeux un instant avant de la regarder. Elle venait de sceller un pacte, et, se remettant debout, elle attendit de maîtriser ses tremblements pour ressortir de la pièce.
« - Severus, c'est ravissant cette nouvelle décoration, seulement ça n'est pas celle dont je me souvenais…
- Oh, vous savez, ça n'est pas plus mal ! fit-il d'un ton amusé. »
Il cherchait à voir sa main, elle la mit 'par hasard' en évidence. Ainsi, elle la portait… Il se sentit vaciller un peu – pourquoi diantre c'était-il levé ? – d'étonnement. Il avait fait tout cela en trouvant l'ensemble parfaitement irréaliste. Alors…
« - Tout va bien Severus ? demanda-t-elle d'un air inquiet, interrompue par un baiser, qui semblait véhiculer autant que leur premier baiser – le deuxième, de fait – sous les arcades où il pleuvait.
- Maintenant que je vous ai payé la compensation pour votre changement d'intérieur, oui !
- Une compen… Quoi, un baiser ? Enfin, se reprit-elle en arborant une expression de dédain amusé et provocateur, vous n'embrassez même pas si bien que ça… »
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Ils avaient vécu ainsi toute la fin de ce mois, poursuivant l'entrainement, et ce avec une réussite certaine. Oh, bien sûr, ils n'avaient jamais été mauvais… mais se dérouiller ne faisait jamais de mal. Et, si dans la théorie c'était elle qui l'aidait, il était clair que ça lui était tout aussi utile, peut être même plus. Vivacité, maîtrise de sort, c'était une chose – et ils s'y attelaient consciencieusement, ressortant de l'une ou l'autre de leur bibliothèques des ouvrages spécialisés ou pointus, et échangeant au sujet de leurs savoirs spécialisés – mais ils tentaient d'imaginer des mises en situations, des stratégies en somme, utilisables en toute circonstance. Qu'il était loin, le temps de l'absence de confiance…
Et puis, ils s'étaient séparés, le 30 août, comme s'il partait pour un voyage d'affaires quelques jours, et revenait bientôt. Un furtif baiser, presque des recommandations. Quant elle s'était retrouvée chez elle, elle avait trouvé sa grande maison plus vide qu'elle ne l'aurait cru : cette vie, comme ils s'étaient accommodés pour la créer de toute pièce, était pleine et douce. Elle ne manquait pas de piquant cependant, de prises de bec et de désaccord. Mais… Alors, chose qu'elle n'aurait jamais avouée si on l'avait torturée pour le savoir, il lui arriva de rester assise dans un fauteuil, un livre ouvert sur les genoux, à faire tourner autour de son doigt cette alliance, perdue dans ses pensées. Et ce n'est pas sans un certain soulagement qu'elle prépara ses affaires et transplana à Poudlard.
Elle arriva, salua le directeur, lui demanda de ses nouvelles, et de même avec le reste de l'équipe enseignante. Enfin, quand arriva le professeur de Potions, ils se serrèrent la main d'un air entendu, à peine plus aimables qu'avec les autres.
« - Vous avez passé de bonnes vacances, Minerva ?
- Et bien, oui ma foi, et vous ?
- Le même rythme que d'ordinaire, je suis un oiseau matinal, que voulez-vous ? fit-il en retenant un sourire en coin, qu'elle pu lire dans son regard.
- Oh vraiment, savez-vous que votre vie est absolument passionnante, et… Elle s'interrompit, coupée par le rire amusé d'Albus, et évitant l'expression neutre de Severus, si neutre qu'elle signifiait tout son amusement.
- C'est que tout le monde n'a pas un spécialiste du grabuge affublé d'une cicatrice au front dans sa maison : je veux bien croire que ça vous occupe ! »
Elle renifla avec un début de véritable agacement, avant de se retourner vers Pomona pour lui demander ce qu'avaient donné ses plantations de Filet du Diable. Poudlard les accueillaient à bras ouverts, avec ses règles particulières…
(*) Oui, oui, votre auteure n'a pas cassée d'être fêlée. J'ai passé approximativement une heure à trainer sur le site de Tiffany's pour trouver une bague qui me convienne. Bon, j'ai décidé un peu par défaut, parce que c'était pas la seule qui me plaisait pour cette situation – bonjour, mettez-vous dans la tête de Sev' pour choisir une bague – et donc pour ceux que ça intéresserait… http:/www(.)tiffany(.)co(.)uk/Shopping/item(.)aspx?sku=GRP01526&cid=287466&search_params=s+5-p+1-c+287466-r+-x+-n+6-ri+-ni+1-t&selectedsku=22535005&mcat=148204
Enfin, référence au film avec Audrey Hepburn, que je vous invite à voir !
