Un très grand merci pour vos reviews et vos encouragements pour mes oraux, qui dans l'ensemble se sont plutôt bien passés ^^. En tout cas, vos messages et vos ajouts m'ont fait plaisir :) ! Voici la suite, et à très bientôt !
Le Moldu
Chapitre LV : Périhélie
Cette fois-ci, Rémy l'attendait au bar, un whisky coca à peine entamé devant lui. Remus se dirigea vers lui sans attendre ; le musicien sentit sa présence et se retourna à demi pour lui sourire.
« Tu veux quelque chose ?
- Un gin serait parfait.
- Je te l'offre, alors. »
Le guitariste lança la commande au patron.
« Ce n'est vraiment pas la peine », protesta Remus, gêné.
Il avait quand même nettement plus de ressources que Rémy, qui vivait dans un petit appartement londonien et qui avait à peine de quoi remplacer les cordes de sa guitare ; depuis que Nymphadora Tonks avait choisi de devenir Nymphadora Lupin, et que Kingsley avait proposé à Remus un travail stable, le loup garou n'avait plus à faire face aux problèmes d'argent qui avaient été son lot quotidien pendant le reste de sa vie d'adulte. Il se sentait gêné que quelqu'un présentement dans cette même situation lui offre ainsi un verre – pour la deuxième fois consécutive, puisque Rémy avait déjà payé les consommations à la fin de leur dernier entretien.
« J'insiste », affirma Rémy.
Voyant arriver le gin, il finit son whisky coca et s'empara du verre de Remus :
« Viens, on va retrouver notre petite alcôve mystérieuse. »
L'alcôve en question était la petite pièce dans laquelle ils avaient discuté la dernière fois ; cela n'avait donc pas grand-chose d'une alcôve, et c'était loin d'être mystérieux. Néanmoins, Rémy avait apparemment le goût des tournures de phrase ambigües à la Sirius Black ; Remus, en habitué, ne fit donc aucun commentaire.
Le musicien déposa le verre devant la place attitrée du loup garou, alla fermer la porte et s'installa en face de lui, prenant ses aises sur la petite chaise en bois. Rapidement, il grimaça.
« Niveau confort, ça vaut même pas un siège de la camionnette de Rod ! »
Remus sourit poliment et s'assit à son tour. Il n'y avait plus la moindre tension entre eux, mais Remus se demandait avec curiosité quelles questions allait lui poser son nouvel allié. Il avait l'impression qu'il s'était écoulé une éternité depuis leur dernière rencontre ; il avait l'impression que Rémy et lui étaient en bons termes depuis des jours, et s'était déjà habitué à cette impression – alors qu'en réalité, cela ne faisait que trois jours, trois jours seulement depuis qu'ils avaient joué cartes sur table et étalé leurs revendications. Il faut dire que les journées de Remus n'avaient jamais été aussi remplies que ces derniers jours ; il avait l'impression que chacune d'entre elles durait une semaine entière. Je perds le contrôle des évènements, songea-t-il ; puis il se rappela qu'il n'avait jamais eu le moindre contrôle sur quoi que ce soit depuis qu'il avait retrouvé Sirius – voire depuis qu'il avait fait sa connaissance à onze ans, à bord du Poudlard Express -, et il chassa cette pensée perturbante de son esprit.
« Bon ! lança soudain Rémy, le faisant sursauter. Passons aux choses sérieuses. Raconte-moi un peu les circonstances réelles de cet accident surréaliste. »
Remus le regarda sans comprendre.
« Will m'appelle hier soir, complètement affolé, pour me dire que sa bécane est foutue. J'arrive sur place, et là, je constate les dégâts en question ; et il me sort une histoire de bête sauvage qui vous aurait poursuivis et attaqués, ou l'inverse, je ne sais plus trop. Avoue qu'il y a de quoi être étonné !
- J'en conviens, approuva Remus.
- Dis-moi la vérité, John. Il y a de la magie, là-dedans ? »
Le loup garou le considéra quelques instants. Dis-moi la vérité. Voilà un couplet qui semblait destiné à revenir bien souvent dans les conversations du loup garou, ces derniers temps.
Rémy, toujours aussi prompt à réagir et à tirer des conclusions, même erronées, s'exclama :
« Tu m'avais promis de ne rien faire qui puisse nuire à la sécurité de Will, John !
- Je n'ai rien fait, l'interrompit Remus. Ce n'était pas une manifestation magique de ma part.
- De la part de Will, alors ? s'enquit Rémy en fronçant les sourcils. Mais pourquoi s'en serait-il pris à sa propre moto ? C'est sans doute l'objet auquel il tient le plus. »
Avisant l'air surpris de Remus, le musicien se justifia :
« Quoi ? C'est un sorcier, après tout, non ?
- Oh oui, sourit finalement le loup garou. Et un sacré bon sorcier, d'ailleurs. »
Son visage, auparavant grave, s'attendrit à ce souvenir ; toutes les farces inventives (et ayant parfois des conséquences dramatiques) de Sirius et de James revenaient à l'esprit de l'ancien préfet de gryffondor. Rémy remarqua ce changement d'attitude, mais ne se détourna pas de sa question initiale :
« Alors, qu'est-ce qui a causé ces dommages à la moto ?
- Quelque chose qui, visiblement, en a après moi, soupira Remus. Je ne sais pas de quoi il s'agit, même si je sais que ça a, en effet, un rapport certain avec le monde magique ; je sais aussi que ça n'aura de cesse de me pourchasser jusqu'à ce que cela m'ait attrapé – et probablement tué. »
Rémy prit un air aussi grave que celui de Remus et l'examina en silence ; le loup garou poussa un profond soupir.
« Je sais que j'expose Will au danger, tant que je reste à ses côtés ; mais je pense aussi que je suis capable de l'en protéger. A une époque, Will et moi… nous faisions partie d'une sorte de… d'organisation secrète, clandestine. C'était une organisation de résistance, de lutte contre un très mauvais et très puissant sorcier – un sorcier adepte de la magie noire.
- Voldemort », coupa Rémy.
Remus écarquilla les yeux.
« Ne me regarde pas comme ça, Johnny ; tu oublies que j'ai eu une femme sorcière. Notre idylle s'est déroulée un peu après la première guerre, et elle m'a parlé de cette situation – en tant que sang-pure rebelle, cela la concernait davantage que bon nombre de sorciers. Elle était très jeune pendant la première guerre, mais cela a contribué à forger ses opinions ; des opinions totalement à contre-courant des autres membres de sa famille, et qui ont fait d'elle une traître à son sang. Ensuite, même si je n'avais aucun moyen de continuer à me tenir au courant, certaines informations ont quand même filtré jusqu'à moi – une fois que l'on est au courant de l'existence du monde de la sorcellerie, il suffit d'être attentif pour en déceler les signes. Et c'est ainsi que j'ai eu vent de la seconde gu… »
Mais il s'interrompit, surpris par le regard brillant de Remus, par son air à la fois étrangement heureux et indéniablement triste. De la nostalgie, songea Rémy, de la nostalgie et de la souffrance.
« Johnny ? murmura t-il.
- Pardon, s'excusa Remus en reprenant contenance. C'est juste que S… Willy a vécu pratiquement la même chose. La même chose que ton épouse. »
Rémy se pencha en avant, buvant visiblement ses paroles, toute anxiété oubliée ; juste un vif intérêt se lisait sur ses traits, trouvant un écho dans son regard profond et changeant.
« Il était de sang pur, lui aussi, expliqua Remus en murmurant presque. Mais dès son entrée à Poudlard…» - lisant la compréhension dans le regard de son interlocuteur, il continua sans donner d'explications sur la prestigieuse école de sorcellerie – « … il a affirmé sa différence, vis-à-vis de sa famille. Toute sa famille est toujours passée par Serpentard, mais lui, il s'est démarqué par un caractère de Gryffondor ; il a toujours combattu les préjugés de sa famille, toujours, sans relâche. Sa mère et son père étaient presque des étrangers à ses yeux, des étrangers perfides et aveugles ; et il s'est peu à peu éloigné de son frère, qui n'a pas su faire montre à temps du même courage et de la même bravoure. A l'âge de seize ans, il a fui ; il a quitté cette famille qui le blessait et qui ne le comprenait pas. C'était un acte rebelle et définitif ; ses parents l'ont renié pour cela, et il est allé vivre chez James.
- Comment s'appelait-il ? coupa Rémy. Son vrai nom, à Will Wands, quel est-il ?
- Sirius, souffla doucement Remus. Sirius Black. »
Un instant de silence presque religieux s'étira entre les deux hommes.
Il semblait étrangement incongru à Remus de prononcer ce nom dans cette petite pièce froide et impersonnelle, dans ce bar moldu un brin malfamé ; et pourtant, cela sonnait étonnamment juste et vrai. Sirius Black. Comme cela lui faisait du bien de prononcer ce nom à nouveau !
Rémy, perdu dans ses pensées, contemplait les diverses aspérités de la table sans réellement les voir.
« Un Black ! » murmura-t-il enfin, mi-sidéré mi-émerveillé. Puis, en un murmure : « Sirius Black. Ca lui va bien. »
Lorsqu'il releva la tête, Remus lut bien plus dans son regard que ce que ses paroles avaient laissé filtrer : Rémy venait probablement de faire le lien avec cet homme évadé de prison, presque neuf ans auparavant, qui était même passé aux informations moldues sous le nom de Sirius Black ; peut-être même avait-il eu vent, cinq ans auparavant, de la réhabilitation post-mortem dont ce nom avait fait l'objet. Une étrange excitation brillait dans le regard de Rémy, un rien atténuée par son habituelle ironie ; c'est sidérant, mais au final, ça ne m'étonne pas tant que ça, semblait clamer ce regard - plus rien ne peut vraiment m'étonner, maintenant.
« En tout cas, je suis fier de lui, sourit enfin le musicien. Et je suis sacrément fier d'avoir ramassé ce sang-pur là ! »
Remus lui rendit son sourire. Rémy avait visiblement le don d'attirer à lui les sangs-purs les plus marginaux…
« Pour en revenir à notre conversation de départ, vous faisiez partie de l'Ordre de… ah, je ne sais plus quel nom vous lui donniez, mais c'est ça non ?
- L'Ordre du Phénix ?
- Oui.
- En effet. Nous en faisions bel et bien partie, depuis notre sortie de Poudlard jusqu'à encore très récemment dans mon cas – tout ça ne remonte qu'à cinq ans, finalement.
- C'est pour ça que tu penses avoir les capacités de protéger Wi… Sirius.
- Oui.
- Très bien… »
Pensif, Rémy le considéra encore quelques secondes avant d'ajouter :
« Je suppose que je dois – que je peux – te faire confiance, Johnny. Après tout, je ne suis pas assez calé en magie pour émettre de jugement là-dessus, puisque je ne suis pas un sorcier moi-même. Mais, encore une fois…
- Je sais, coupa Remus. Je ferai tout mon possible pour protéger Sirius, et pour ne pas le mettre davantage en danger.
- Très bien » répéta le musicien.
Remus leva pour la première fois son verre de gin et en prit une petite gorgée, sous le regard toujours pensif de Rémy.
« John Lupin, ce n'est pas ton vrai nom non plus, n'est-ce pas ? finit-il par demander.
- Lupin est mon véritable nom. Mon prénom est Remus. John… c'est mon deuxième prénom, en réalité.
- Remus John Lupin, prononça doucement Rémy.
- C'est ça. »
Rémy lui décocha un franc sourire, qui n'était pas sans rappeler celui de Sirius :
« Hé ben, enchanté, mon vieux ! » Il lui tendit la main. « Remus… c'est un nom qui va fichtrement bien à un loup garou, ma foi… ! »
Remus la serra avec un sourire légèrement forcé, puis reprit une gorgée de gin.
« Comment as-tu deviné, pour Sirius ? demanda ensuite le loup garou. Deviné qu'il était un sorcier, je veux dire ? C'était certes logique une fois que tu avais deviné que j'étais moi-même un loup garou, mais y a-t-il eu autre chose ?
- Là encore, il s'agit simplement de repérer les indices, répondit Rémy. Une fois qu'on sait que les sorciers existent, et qu'on en a côtoyé au moins un, il y a forcément des petites choses qui sautent aux yeux et qui vous mettent la puce à l'oreille – des petits détails, inexplicables , que les moldus ne remarquent que rarement mais qui ne pouvaient passer inaperçus à mes yeux. Il se passe toujours des choses étranges, autour de Willy ; d'infimes manifestations de magie qu'il ne semble pas contrôler ou désirer – on dirait même qu'il ne s'en rend pas compte.
- C'est de la magie spontanée, expliqua Remus. C'est le genre de magie que font les enfants sorciers. Toutefois, ces manifestations sont plus fréquentes et plus puissantes chez Sirius parce qu'il a fait usage de magie pendant des années – il a appris à contrôler sa magie et à s'en servir, si bien qu'une fois qu'il cesse d'y avoir recours, cette magie bridée finit par chercher à sortir, à s'exprimer…
- Comme un réservoir trop plein, avança Rémy.
- En quelque sorte. Il a passé douze années à Azkaban, la…
- Prison des sorciers, je sais.
- … et pendant ces douze années, sa magie était annihilée, aspirée par les détraqueurs qui gardent cette prison ; mais aujourd'hui, rien ne lui enlève sa magie, rien ne lui ampute sa condition de sorcier – à part sa mémoire. Il n'a plus conscience d'être un sorcier, il n'en a pas le souvenir ; mais sa magie, elle, est toujours là, et elle a besoin de se manifester – surtout au vu de la puissance magique de Sirius. »
Le loup garou fit tourner pensivement le contenu de son verre de gin devant ses yeux, avant d'ajouter doucement, avec nostalgie et tendresse :
« Sirius était un sorcier suffisamment puissant pour devenir un animagus, et ce avant même d'avoir fini ses études à Poudlard ; ce n'est pas à la portée de n'importe quel sorcier.
- Animagus ? s'enquit Rémy. Là, je sèche.
- Un sorcier capable de se transformer en animal, sourit l'ancien professeur de Défense contre les forces du mal. Pas à la façon des loups garous, mais au moyen d'une longue pratique, et au terme d'un long apprentissage – que Sirius, James et Peter ont suivi seuls, par eux-mêmes, ce qui est proprement sidérant. Une fois que l'on est parvenu à devenir un animagus, on peut se changer en animal à n'importe quel moment ; il suffit de se concentrer et de rassembler sa magie.
- Alors même maintenant, Will pourrait… ?!
- Non. Pas dans l'état actuel des choses. Il faut avoir une forte conscience de sa magie, il faut la dominer et la plier à sa volonté - on ne peut pas faire une telle chose inconsciemment.
- Je vois » murmura Rémy.
Plus attentif que jamais, il ne détachait plus son regard du sorcier qui lui faisait face.
