Merci à Célia123, Chevalhistoire, Shiriliz, UranusMarie, Mlle Point de Cote, Dobbymcl, Smiling Sparrow, Little Ju (Merci pour ta review :)), LouRêve, Pepoune (Ohhh oui, un bon week-end repos, trois jours c'est cool ! Roh, fallait bien que Dominique ait son quart d'heure de gloire quand même la pauvre ! Ahah, quelque chose me dit que si je sépare Nella et Wil tu t'en remettras. Mais bon, ça arrivera p'tet pas qui sait. Merci à toi pour ta review plutôt !:)) et Elia (Merci pour avoir pris le temps de laisser un ptit mot :)) pour leur review :)
Booon, ce chapitre n'a malheureusement pas été corrigé, ma p'tite bêta étant débordée en ce moment, mais j'avais pas envie de vous faire attendre deux semaines de plus, alors je le poste comme ça. Il sera bien sûr corrigé un de ces jours mais, en attendant, c'est à moi qu'il faut balancer des tomates pour les fautes !
Bonne lecture quand même :)
L'opinion que nous avons les uns des autres, les rapports d'amitié, de famille, n'ont rien de fixes qu'en apparence, mais sont aussi éternellement mobiles que la mer.
A la recherche du temps perdu - Marcel Proust.
- J'ai mal à la tête, gémit Molly.
- Tu n'avais qu'à pas boire autant, la réprimanda Isabel.
- Mais c'était que du jus de citrouille !
Après la grande fête improvisée par les Poufsouffle, la veille au soir, tout le monde était un peu dans le brouillard. Molly, dont la tête reposait sur l'épaule de Joana, qui bavait sur Dominique, elle-même dormant à moitié sur Anatole, qui était avachi sur Camille, qui tenait fermement Arthur par la main, avait l'impression qu'un vibrato désagréable s'était infiltré dans son esprit. Seule Isabel avait l'air très en forme, alors que, tout comme eux, elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit et les regardait d'un œil critique, assise sur la table basse de la salle commune.
Ils étaient tous les six serrés sur un canapé et Molly et Arthur, chacun à une extrémité devaient lutter pour ne pas tomber.
- Je veux dormir pendant trois mois, marmonna Dominique en ouvrant un œil. En plus, j'ai des hallucinations.
- Comment ça ? fit Isabel en se retournant brièvement.
- Je rêve que mes deux poursuiveurs sont en train de s'embrasser.
- Ah, ça. C'est pas un rêve.
Finalement, la jeune fille ouvrit les deux yeux et se rendit compte qu'Emmeline et Abel était vraiment en train de se peloter dans un coin de la salle commune, l'air plus qu'idiots que jamais. Heureusement que la saison de Quidditch était terminée, sinon elle n'aurait pas hésité à les sermonner. C'est vrai quoi, ils auraient été distraits aux entrainements et aux matchs sinon.
- On a gagné la coupe ! s'exclama la jeune fille en ouvrant grand les yeux.
- Ouais et moi j'ai quitté Rose, marmonna Anatole qui était réveillé lui aussi.
- QUOI ? s'exclamèrent cinq autres voix.
- Pourquoi elle dit pas quoi, elle ? s'enquit Joana en lorgnant vers Isabel qui regardait distraitement ses ongles.
- Parce que j'étais là.
- Et nous, on était où ?
Isabel poussa un soupir, comme si la réponse n'avait pas vraiment d'intérêt, ce qui était le cas. Elle fit néanmoins un gros effort pour rassembler ses souvenirs.
- Dominique était en train de convaincre Camille de lui faire un striptease …
Camille regarda Dominique d'un air accusateur et cette dernière fit semblant de contempler la cheminée. Très jolie ces bouts de bois noircis.
- Joana, toi, tu étais en train de lire Sorcière Hebdo à voix haute à Molly qui dormait déjà.
- Je me reposais les yeux, justifia cette dernière en esquissant un sourire d'excuse à la jeune fille.
- Arthur était … ailleurs.
Traduction : sûrement en train de lire un bouquin ennuyeux dans son dortoir, agacé de toute l'agitation qui régnait dans la salle commune des Poufsouffle la veille.
Avec un peu de concentration, Dominique réussit à réunir quelques souvenirs de la veille. Ils avaient dansé et chanté, dévoré les provisions ramenées par chacun des participants et ne s'étaient arrêtés qu'au petit matin. Ensuite, c'était plus flou. Elle se souvenait s'être assise sur ce canapé, avoir un peu discuté avec Camille et elle devait s'être endormie dans cette position car elle avait mal au dos.
- Peu importe, reprit Anatole en s'étirant. J'ai quitté Rose quand elle est passé avec une de ses copines.
- Pourquoi ? s'enquit Joana en souriant d'un air moqueur. Tu t'es enfin rendu compte de son côté … despotique ?
Anatole secoua la tête de gauche à droite et reprit :
- Elle était beaucoup trop fatigante et en plus …
Accouche, aurait voulu hurler Dominique qui s'intéressait beaucoup à ce ragot. Qui sait, elle pourrait peut-être rapporter ces paroles à la principale intéressée. Connaissait son caractère, Rose n'allait pas supporter de se faire larguer comme une vieille chaussette. Et, même si Anatole était son ami, cela ne lui interdisait pas de s'octroyer un bon moment de rigolade.
- Scorpius Malefoy m'a très bien fait comprendre qu'il ne m'appréciait pas. En fait, je crois qu'il aime bien Rose.
- Bien … comment ? s'enquit Molly en fronçant les sourcils.
Bien, comme inséparables depuis des années, avec Albus ils formaient une espèce de trio qui pouvait rivaliser avec James et ses deux acolytes. Bien, comme deux amis qui passent tout leur temps ensemble. Malefoy avait une très bonne raison de ne pas apprécier Anatole : ce dernier lui avait en quelque sorte volé sa meilleure amie. Non, Dominique ne voyait pas le problème.
- Bah, bien comme il est amoureux d'elle, marmonna le jeune Poufsouffle d'un air dépité. J'ai pas envie de me battre avec Malefoy.
La mâchoire de la jeune fille s'ouvrit légèrement. Elle n'avait pas prévu ça. Scorpius Malefoy, amoureux de sa cousine Rose ? Un regard en direction de Molly lui indiqua que sa cousine était, si ce n'est aussi surprise qu'elle, au moins abasourdie.
Toutes deux avaient été épargné pendant longtemps de l'inimitié régnant entre les Malefoy et les Weasley-Potter, plus principalement les parents de James, Albus, Lily et ceux de Rose et Hugo. Sans qu'elles ne connaissent les détails, elles savaient que le père de Scorpius avait été sous les ordres de Voldemort lors de la dernière guerre mais qu'il avait fini par aider leur oncle Harry. Au final, elles, tout ce qu'elles voyaient, c'étaient les salutations cordiales mais tendues entre eux, à Kings Cross, deux fois par an.
Cela se voyait qu'Harry et Ron ne voulaient rien avoir à faire avec Malefoy. Et cela se ressentait encore plus que ce dernier détestait les saluer.
- Je peux envoyer un hibou anonyme à oncle Ron ? s'enquit Dominique, l'œil brillant.
Tous les regards se tournèrent vers elle, se demandant si elle plaisantait. Après un petit rire étouffé, la jeune fille consentit à démentir.
- Oh c'est bon, je rigole. J'en enverrais plutôt un au père Malefoy. Avec son air de Veracrasse constipé, il va en faire un ulcère.
oOoOoOoOoOoOo
- Pile à l'heure.
Gemma Lysenko regarda de travers le Serpentard qui lui faisait face, se demandant ce qu'elle faisait réellement là. Elle avait cru à une mauvaise blague lorsqu'il l'avait abordé, deux fois qui plus est, pour lui demander de le retrouver à la bibliothèque. Sans trop savoir ce qui clochait dans cette demande, elle savait que quelque chose n'allait pas sans parvenir à mettre la main dessus.
Non parce que, pour qu'Isaac Nott, silencieux et solitaire, sollicite son aide, il avait forcément dû se passer quelque chose. Elle n'en avait pas parlé à Dominique, celle-ci étant bien trop occupée à fêter la victoire des Poufsouffle au Quidditch et puis, elle sentait que cette dernière en avait marre de cette histoire de septième étage. Même s'il était évident que ce n'était pas l'interdiction de Wiertz qui allait l'empêcher de mettre son nez n'importe où.
Nott lui avait donc proposé de faire des recherches à la bibliothèque sur cette fameuse potion, ce qu'elle n'avait pas fait avant, prête à parier qu'ils ne trouveraient rien dans les rayons destinés aux étudiants.
- Je suis toujours ponctuelle, marmonna-t-elle en resserrant sa prise sur son sac de cours.
Elle l'avait pris à tout hasard parce qu'elle pensait qu'elle aurait le temps de se mettre à jour dans ses révisions. Ensuite, elle irait retrouver Abel qui passait l'après-midi à conclure un devoir de Sortilèges, qu'il prenait très à cœur. Son petit-ami lui avait confié qu'il souhaitait devenir Briseur de Sorts, ce qui était une carrière longue et prenante. Il se devait d'accumuler les connaissances et les meilleures notes s'il voulait accéder à la formation.
Le Serpentard ouvrit la porte et lui fit signe de passer. Instinctivement, elle traversa la bibliothèque jusqu'à l'un des points les plus reculés. Elle laissa tomber son sac sur une large table accolée à une étagère, la lumière du soleil s'y reflétant par la seule fenêtre. La jeune fille poussa une pile de vieux journaux pour faire de la place et sortit une plume et un parchemin par habitude. Nott, lui, posa seulement sa cape. Il ne s'était pas embarrassé de ses cours.
- On prend tout ce qu'on trouve et on élimine ensuite ?
Nott hocha la tête et ils se dirigèrent vers le rayon consacré aux potions. Pendant de longues minutes, Gemma parcourut rapidement la plupart des titres des ouvrages, éliminant ceux dont il était évident qu'ils ne trouveraient pas ce qu'ils cherchaient comme "Potions contre l'acné", "Milles et une Potions pour améliorer votre dîner" ou encore "Comment fabriquer un filtre de paix". "Rituels ancestraux" et "Potions oubliées" lui parurent de meilleure augure.
Au bout d'un moment, les bras remplis de livres, ils retournèrent s'asseoir.
Gemma avait beau avoir discuté en long, en large et en travers de cette potion avec Dominique, elles n'avaient pas encore percé tous ses mystères. Elle savait que quelque chose leur échappait, quelque chose de précieux et qui était juste sous son nez.
Cet ingrédient manquant par exemple. Celui que Dominique avait dit sentir et qui apportait l'odeur nauséabonde à la mixture. Sans connaitre sa couleur et sa texture, rien qu'avec son nez, c'était difficile de le trouver. Mais, son intuition lui disait qu'elle n'avait pas besoin de ça.
Juste de son cerveau.
- Reprenons, marmonna Nott après avoir feuilleté un premier grimoire, dans l'ordre. Infusion d'armoise, du sang et une odeur inconnu qui encense tout un couloir. De l'asphodèle pourrait donner un somnifère très puissant.
- Pas avec le sang, contra la Préfète-en-Chef.
C'était étrange de parler tout naturellement avec lui, malgré le sentiment de peur qu'il lui procurait. Mais, concentrée sur leurs recherches, Gemma décida de mettre son ressentit de côté. Nott était intelligent et le meilleur en Potions. Si quelqu'un pouvait réussir, c'était bien lui.
Et combiné à sa propre déduction et perception des choses, ils pouvaient y arriver.
- Tu as raison, murmura-t-il en fronçant les sourcils. Je crois que quelque chose nous échappe.
- Peut-être qu'on ne s'y prend pas de la bonne manière, grogna Gemma.
Elle tourna quelques pages de "Potions oubliées", découvrit qu'à l'époque, on amputait les blessés avec un simple sortilège de découpe et grimaça. Cela lui paraissait incongru de délester un être humain d'un membre alors que maintenant, il existait toutes sortes de techniques pour faire repousser un os ou soigner les tissus.
- Attends, sursauta-t-elle soudainement. Je crois que … Comment on a pu passer à côté de ça !
La jeune fille tourna la tête vers Nott qui la regardait d'un air poli. Le Serpentard lui fit signe de la main de continuer et elle balbutia.
- Les agressions. On aurait dû le savoir.
- Je ne comprends rien Lysenko, grinça le jeune homme.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'enquit la jeune fille en reprenant son calme. Dans l'ordre ? L'ordre véritable. D'abord, Hemwould s'est fait cloué au mur tel un pantin. Ensuite, on a retrouvé Tawson dans un couloir, tous les os de son corps ayant disparus. Puis Teyssier dans la volière, mais elle, elle était seulement endormie. Idem pour Estebald.
- Et il n'y a aucune logique là-dedans.
Gemma secoua fermement la tête. Bien sûr que si, il y avait une logique. Seulement, personne ne s'en était rendu compte avant elle parce qu'il leur manquait un élément : cette fameuse potion et son odeur nauséabonde. Referment fermement "Potions oubliées", ils n'en auraient plus besoin maintenant, elle reprit :
- On a pris les os des deux premiers. On les a pris pour les mettre dans cette potion. Et, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, peut-être qu'Assem se sentait menacée ou alors qu'elle pensait que l'indice était trop important mais elle a réussi à prendre les os des autres sans que personne ne s'en rende compte. Pas un tibia entier bien entendu, expliqua-t-elle en sentant que Nott allait opposer cet argument. Simplement une infime partie. Tellement infime, qu'elle ne manque à personne.
- Ton raisonnement tient la route, affirma Nott qui avait l'air bien moins sur la réserve que d'habitude. Mais … une telle quantité d'os dans une potion ?
- Peut-être que … que les premiers n'étaient pas les bons ?
Le Serpentard la regarda d'un air torve, apparemment peu convaincu.
Ils discutèrent encore pendant de longues minutes, avant de ranger les bouquins qu'ils avaient emprunté. Gemma était sûre de son coup, même si cela lui paraissait totalement hallucinant, lui plus réservé mais paraissait sérieusement réfléchir à la question. Lorsqu'ils se quittèrent, ils convinrent de se retrouver là le lendemain et Nott accepta de faire quelques recherches dans ses bouquins personnels de potions sur les ossements. Peut-être qu'ils pourraient trouver une signification à tout ça dedans.
La jeune fille ne traina pas dans les couloirs, pressée de retrouver Abel. Malgré l'état d'indignation et de malaise dans lesquelles la laissait cette découverte, si elle avait raison ce serait une telle abomination, elle avait hâte de retrouver son petit-ami.
Elle le trouva dans la salle commune, à sa plus grande surprise car, quand elle était partie, il était en train de travailler dans le dortoir des sixièmes années. Néanmoins, cela allait lui éviter de demander à un de ses amis d'aller le chercher. Et puis, visiblement, il travaillait quand même malgré ses sourires appuyés en direction de Savannah Harper.
- Salut, lança cette dernière, l'air bizarrement soulagée de la voir arriver.
La petite-amie de Louis Weasley était assise à côté d'Abel sur l'un des canapés de la salle commune, un gros bouquin de Botanique ouvert sur les cuisses de son uniforme qui remontait un peu trop pour être conforme au règlement.
Abel sursauta mais se reprit très vite et lui adressa un grand sourire. Alors qu'Harper se levait précipitamment et s'excusait, elle prit sa place et la salua plus ou moins chaleureusement. La jeune fille, trop maquillée et exubérante ne lui avait jamais rien inspiré d'autre qu'une certaine condescendance à son égard. Elle ne savait d'ailleurs pas ce que lui trouvait Louis Weasley qui était un modèle de solitude et de calme.
- Qu'est-ce que vous faisiez ? demanda-t-elle.
- On finissait ensemble ce devoir de Métamorphose, sourit Johnson.
- Ce n'était pas un devoir de Sortilèges ?
Le jeune homme fronça les sourcils avant de lui montrer le parchemin qu'il tenait à la main et qui portait bien sur les Animagi, pour lui prouver qu'elle se trompait.
- J'ai du me tromper. Peu importe.
Durant le reste de l'après-midi, le Serdaigle réussit à lui faire oublier ses soucis et soupçons, multipliant les attentions à son égard. Ils travaillèrent ensemble pendant quelques heures et elle l'aida à avancer sur son devoir, avant de faire un tour dans le parc et dinèrent en tête à tête.
Pour un peu, elle aurait presque oublié que, ce soir, elle avait une ronde avec Potter.
La vérité lui revint en pleine tête lorsque, vers vingt-et-une-heure, alors qu'elle était en train de s'assoupir sur l'épaule d'Abel, ce dernier lui rappela qu'elle devait se présenter au bureau des Professeurs. Après un petit soupir de désespoir et un dernier baiser à l'attention de son petit-ami, la jeune fille rejoignit le deuxième étage en trainant des pieds.
Ils avaient convenu de ne rien dire, ni à Dominique ni à Potter, sur leur peut-être découverte de l'après-midi, avant d'en savoir plus. Au fond, cela l'arrangeait bien car elle n'avait aucune envie de parler au Gryffondor, à part pour l'insulter et plaindre ses parents de se coltiner un type comme lui.
C'était définitif, Potter ne lui inspirait plus rien d'autre que de la colère et une haine solide. Elle n'avait plus peur. A peine appréhendait-elle un peu leur ronde car il était imprévisible et pouvait tout aussi bien se taire pendant deux heures (ce qui lui arrivait souvent en ce moment et satisfaisait grandement la jeune fille) que l'insulter de tous les noms. Elle espéra un instant qu'il prenne la fuite comme la dernière fois et qu'elle puisse retourner dans sa salle commune et retrouver Abel.
Malheureusement, quand elle arriva, Potter était bel et bien là, leur itinéraire du soir dans les mains. Elle prit le parchemin dans la main lorsqu'il le lui tendit et vit qu'ils devaient se rendre au septième étage ce soir-là. Quelle coïncidence ! Malgré tout, ils ne pourraient pas se rendre vers la petite salle d'Aritmancie : ils devaient surveiller les couloirs menant aux tours des Gryffondor et Serdaigle.
Ils s'y rendirent en silence, ou presque. Potter avait l'air dans un mauvais jour car il ne put s'empêcher de faire un commentaire sur son jean troué (il n'avait pas l'air de comprendre que c'était fait exprès et que, non, elle n'avait pas eu de réduction parce qu'il y avait moins de tissu que sur les pantalons normaux) et sa frange trop longue. Elle ne répliqua pas, décidant qu'il n'y en avait pas besoin.
Cela parut calmer Potter qui, pendant presque une heure et demi, n'ouvrit plus la bouche, et c'est dans cet état comateux et silencieux qu'ils redescendirent en direction de la salle des professeurs.
Jusqu'à ce que Gemma fouille dans la poche de sa cape à la recherche d'une Patacitrouille qui, elle le savait, trainait là depuis quelques jours.
- C'est pas ça qui va t'aider à grimper les escaliers plus facilement, ironisa Potter en l'entendant déballer la friandise.
- Va te faire cuire un œuf d'Hippogriffe, répliqua la jeune fille.
Comme s'il n'attendait que ça, Potter brandit sa baguette. Apparemment, il avait soigneusement préparé son coup vu la vitesse avec laquelle il la pointa sous son nez.
Bien sûr qu'il n'attendait que ça.
Elle-même n'avait pas le temps de se défendre, sa propre baguette était bien ancrée dans la poche arrière de son jean et il aurait le temps de lui lancer dix sortilèges avant qu'elle ne s'en saisisse.
Ce crétin l'avait eu.
- Tu me dégoûtes, grogna-t-elle en essayant de ne pas loucher devant la baguette du Gryffondor qui s'agitait sous son nez.
- Moi je te dégoûte ? ricana-t-il. Moi au moins, j'ai un certain sens de l'honneur. Premièrement, je ne pars pas en pleurant devant quelqu'un parce qu'il m'a mis un beau râteau …
- Je ne pars …
- Deuxièmement je ne laisse pas tomber mes amis.
Gemma referma la bouche, plus surprise qu'effrayée pour répondre. Qu'est-ce qu'il voulait dire ?
Il n'avait en aucun cas intérêt à lui parler de Nella. Ah oui, il avait bien réussi son coup et retourné le cerveau de son ancienne meilleure amie par elle ne savait quel procédé mais elle ne supporterait pas qu'il lui mette cet échec sous le nez. Leur rupture était bien trop récente et fragile.
Parce que oui, Nella lui manquait, parfois. Avant qu'elle ne se rappelle sa trahison. Des fois, elle l'imaginait revenir vers elle en s'excusant platement, expliquant qu'elle s'était fourvoyé, avait été aveuglé par sa peine et sa jalousie. Ce moment n'était pas encore arrivé et, maintenant que la Serdaigle sortait avec Jordan, elle sentait que ce ne serait pas le cas avant très longtemps. Mais, un jour, elle récupérerait sa meilleure amie. Si elle arrivait à oublier sa faute.
- Alors Lysenko, on regrette ? s'enquit Potter en se méprenant sur son silence. On regrette d'avoir jeté une amie pour un mec qui n'en a rien à faire de toi ? Remarque, tu es constante dans tes choix. Pas de contradiction au moins.
- Ne-me-parle-pas-de-Nella, feula la jeune Serdaigle, n'en pouvant plus.
Rouge jusqu'aux oreilles, la jeune fille dégagea la baguette du Gryffondor d'une pichenette de la main.
- Je n'ai aucune leçon à recevoir d'un type qui se fait lécher les oreilles par une licorne ! Tu vois Potter, même les animaux t'apprécient plus que les humains. Tu devrais songer à t'exiler au fond d'une grotte avec les Trolls, au moins tu serais avec tes semblables.
L'éclair de surprise qui traversa son visage lui confirma qu'il venait de comprendre qu'elle l'avait suivi ce soir-là. Il se reprit bien vite mais elle avait eu le temps de sortir sa baguette de sa poche cette fois.
Les deux adolescents se jaugèrent du regard, baguette pointée sur l'autre.
L'une, furieuse et vexée qu'il se permette de parler de sa relation avec Nella alors qu'il était l'instigateur de leur rupture. L'autre, furieux et vexé qu'elle ose parler de sa passion avec tant de dégoût et, malgré tout étonné de ce sursaut de courage chez celle qu'il croyait encore faible et lâche.
- Tu sais bien que je suis meilleure que toi en Sortilèges, s'enorgueillit la jeune fille. Tu sais quoi ? Ramène ce papier à Londubat. Moi, je rentre me coucher.
Elle était meilleure que lui, certes. Mais, lui, connaissait nombres de sortilèges vicieux et immatures, elle le savait. Elle pouvait très bien se retrouver chauve ou rousse, ou pire encore. Et puis, elle n'avait aucune envie de se prendre une retenue si, par malheur, un professeur les découvrait en train de se battre.
- Tu es meilleure, peut-être. Dans tous les cas, Lysenko, ça ne fait pas de toi quelqu'un d'exceptionnel. Redescend sur terre ma pauvre fille. Tu resteras toujours la même. Aussi faible et idiote que l'année dernière. Aussi cruche et lâche que lorsque tu partais en courant à la moindre de mes remarques. Tu joues très bien mais moi je ne tomberais pas dans le piège. Tu ne changeras pas.
Et, pour lui donner une preuve de sa faiblesse, il baissa sa baguette, lui lança un regard éloquent et lui tourna le dos. La démarche assurée, il s'éloigna.
oOoOoOoOoOo
- Pour résumer, les ossements sont essentiellement utilisés dans les potions médicinales, marmona Nott en désignant "De l'utilité des ingrédients dans les Potions, niveau universitaire" qu'il tenait à moitié dissimulé sous son coude. On peut les utiliser pour augmenter la solidité d'un os, stabiliser la cicatrisation d'un tibia ou autre. Mais, même dans les cas les plus grave, on évite d'utiliser des os humains.
- Ce n'est certainement pas une potion médicale que fabrique Assem au septième étage.
- C'est ce que je me suis dis. Je n'ai rien trouvé là-dedans qui puisse expliquer les ossements.
Pour la deuxième fois en deux jours, Gemma Lysenko et Isaac Nott s'étaient retrouvés à la bibliothèque, entre deux cours. Le Serpentard avait tenu sa promesse et tenté d'en apprendre plus par le biais de ses lectures personnelles mais il devenait évident qu'il n'avait rien trouvé.
- Mais j'ai réfléchi, reprit-il alors qu'une petite ridule apparaissait sur son front.
Il avait l'air tellement pédant à cet instant que la jeune fille eut envie d'éclater de rire. Elle se contint tant bien que mal, malgré tout désireuse d'entendre ce qu'il avait à dire.
- Les os sont sûrement ce qu'il y a de plus cher et nécessaires à une personne pour sa survie, avec le sang et les organes vitaux. Quand on prend ce qu'il y a de plus cher à une personne, on a forcément une idée derrière la tête.
- Pas des plus nobles.
- Exactement. Mais ça, on le soupçonnait déjà. Il y a de la magie noire derrière tout ça.
- Et … ?
Un peu déçue, la jeune fille espérait qu'il ne s'arrête pas là. Tout ça, ils le savaient déjà et cela ne les empêchait pas de se heurter à un mur.
Nott ne put pas reprendre ses explications tout de suite car une fille de Serpentard débarqua dans l'allée de la bibliothèque où ils s'étaient installés, à l'abri de toute oreille indiscrète et mit un temps fou à trouver ce qu'elle cherchait.
En attendant, Gemma fit semblant de se plonger dans l'un des manuels qu'elle avait pris soin d'ouvrir à une page quelconque en s'installant, tout en s'étonnant de converser aussi facilement avec le Serpentard. Au final, il ne lui avait pas fallu longtemps pour se convaincre qu'il n'avait rien à voir avec cette histoire d'agression comme elle avait pu le penser avant, lorsque Dominique et elle l'avaient surpris en train de roder dans les couloirs non loin du septième étage.
Mais quelque chose la tourmentait toujours. Certes, Nott était de leur côté mais quelles pouvaient bien être ses motivations pour s'impliquer vraiment ? Un instant, elle avait pensé qu'il tenait à garder un œil sur Dominique mais c'était grotesque. Voulait-il se couvrir de gloire en résolvant l'énigme avant tout le monde ? Avait-ce un rapport avec les accusations dont son père avait fait l'objet ? Ou comptait-il profiter de cette histoire pour assassiner Potter ?
La dernière proposition ne tenait pas la route même si elle plaisait particulièrement à la jeune fille. Peu désireuse de réellement découvrir ce qui motivait Nott, elle avait finalement décidé de ne pas y réfléchir plus longtemps. Peut-être que le temps lui apporterait la réponse à ses questions.
- … Parmi tous les présages que l'on nous apprend, il est bien connu que les enfants représentent l'innocence, reprit Nott une fois que la Serpentard eut disparut. On aurait donc volé ce qu'il y a de plus cher à l'innocence en personne. Encore une fois, ce n'est que supposition.
- Non, ce n'est pas idiot. Cela rejoint le sang de licorne. Les licornes symbolisent elles-aussi la pureté et l'innocence.
- Tout à fait.
Et la jeune Serdaigle comprit que ce n'était pas vraiment qu'une supposition. Il paraissait vraiment avoir beaucoup réfléchi à tout ça.
- De là, en découlent deux interrogations. Est-ce une potion où l'on doit prouver son innocence ou, au contraire, prouver qu'on est capable de voler l'innocence même ?
Cette dernière interrogation la laissa perplexe quelques secondes. La jeune fille avait beau se creuser les méninges, elle ne voyait pas. C'était assez agaçant lorsque, comme elle, on détestait rester bloquer sur quelque chose ou ne pas entrevoir une solution, même infime. D'accord, ils n'avaient jamais étudié quoi que ce soit de ce genre en cours ni même évoqué l'utilisation d'ossements dans une potion mais, habituellement, la jeune fille avait réponse à tout.
Elle savait citer le nom de chaque premier Ministre depuis la création du Ministère, connaissait un sortilège qui pouvait faire apparaitre n'importe quel instrument de musique, même le plus incongru, savait que la cabane abandonnée près de la forêt interdite avait été, un jour, celle du garde-chasse de Poudlard et connaissait la plupart des dates d'anniversaire de ses professeurs. Elle était capable de citer dix-huit façons de faire léviter un objet, un animal ou un humain, connaissait par cœur les dix lois de Gant et ses dérivées et pouvait même façonner un violon dans un bloc de ciment à l'aide de sa baguette.
Cela ne servait à rien mais elle le savait. Et là, alors qu'elle aurait vraiment eu besoin de connaissances particulières : rien. C'était frustrant et agaçant.
Et, sans aucune modestie, elle savait aussi que personne d'autre qu'elle ne pourrait répondre à cette interrogation. Dominique n'était pas assez impliquée, Potter trop fainéant et les professeurs ne les croyaient pas.
A ses côtés, Nott ressentait la même sensation d'impuissance qu'elle sans qu'elle ne s'en doute. Il referma doucement son manuel, devenu inutile et murmura en redressant un peu la tête.
- On a plus qu'à faire un tour dans la Réserve.
- Oui, soupira Gemma, approuvant à contrecœur.
Elle aussi était arrivée à la même conclusion, son cœur se serrant en songeant qu'il lui faudrait violer le règlement pour arriver -peut-être-, à ses fins. Car, bien entendu, il était inutile de penser qu'un professeur lui accorderait l'autorisation de pénétrer dans la Réserve. Et quand bien même elle l'obtiendrait, la bibliothécaire contrôlait tout avec une infime précision et ne quittait pas d'une semelle les chanceux qui parvenaient à obtenir le précieux sésame.
Pénétrer dans la Réserve, certes, mais comment faire ?
- On s'organisera avec Dominique ce soir, reprit-elle en rassemblant ses affaires.
Hors de question d'inclure Potter même si elle se doutait que sa cousine ne le laisserait pas en dehors du coup. Et, en mettant son ressenti de côté, elle ne pouvait nier que le garçon pouvait être un atout de taille dans cette entreprise. Après tout, il devait connaitre le moindre recoin de Poudlard avec sa manie de foutre son nez partout et il avait une cape d'invisibilité. S'ils voulaient violer le règlement, autant mettre toutes les chances de leur côtés pour ne pas se faire prendre. Surtout elle, son père en ferait un ulcère et, d'ailleurs, il n'avait toujours pas digéré les deux mois de retenue de la jeune fille durant l'hiver.
Le Serpentard renifla mais elle n'y prit pas garde sur le moment, trop occupée à ranger ses affaires. Ce ne fut qu'une fois debout qu'elle remarqua son air ennuyé.
- Quoi ? s'enquit-elle.
Il était déjà étonnant de savoir que Nott puisse être rebuté par quelque chose et savoir qu'en plus, il pouvait le montrer donnait matière à le questionner.
- On pourrait y aller tous les deux, ce soir, grogna-t-il finalement, l'air de rien.
- On ne peut pas tenir Weasley à l'écart.
- J'aimerai mieux. Elle nous fera repérer.
- Peut-être. On trouvera une solution.
Il n'ajouta rien et la conversation tourna cours. De toute façon, il était l'heure pour eux de rejoindre leurs cours respectifs. Gemma sortit la première de la bibliothèque, sans attendre Nott avec qui elle avait convenu qu'il valait mieux qu'on ne les voit pas ensemble.
Ce fut durant son cours d'Etude des Runes que la saugrenuité de la fin de leur conversation lui revint.
Si on le lui avait demandé, elle aurait affirmé sans détour que Nott était tout à fait capable de noyer Weasley sans sourciller. Alors, pourquoi voulait-il la tenir à l'écart -c'étaient même les mots qu'elle avait employé sans faire attention tout à l'heure- ?
Parce qu'il s'inquiétait pour elle ?
Non. S'aurait été trop simple, trop évident. Et puis, malgré leur passé commun, même si elle pouvait songer à admettre qu'il restait quelque chose entre eux -une once d'affection, une rancœur solidement encrée ou une nostalgie quelconque-, jamais elle ne pourrait croire que Nott voulait la protéger. Au contraire, elle l'imaginait plutôt mettre la Poufsouffle au cœur du combat, pour voir ce qu'elle valait.
Ce type lui semblait aussi mature qu'un centenaire et, surtout, elle ne voyait aucune logique dans sa manière d'agir. Elle travaillait avec lui parce qu'elle n'avait pas le choix mais ne lui faisait pas confiance et ce n'était pas seulement une question de maison. Nott était impossible à décrypter et, si seule Dominique pouvait y arriver, comme elle l'affirmait, alors elle comprenait encore moins le Serpentard.
Qu'y avait-il entre lui et cette fille, un peu immature, terriblement extravertie et incapable de se taire pendant plus de deux minutes d'affilées ? Que pouvait-il y avoir ? Rien. Absolument rien ! Et, cela la perdait complètement. Parce que, dans ce cas, qu'est-ce qui liait Nott à eux ?
Elle en vint même à penser que Potter avait raison et qu'il ne cherchait à les aider que pour les mettre sur de fausses pistes et protéger Assem alors que le matin même elle était convaincue du contraire.
Au final, si elle fut distraite le restant de l'heure d'Etude des Runes, ses réflexions, elles, restèrent au même point, sans qu'elle n'arrive à mettre le doigt sur ce qui la gênait réellement.
oOoOoOoOo
- Tu te souviens quand je t'ai promis que tu ne m'échapperais pas une troisième fois ?
- Je n'ai pas pour habitude d'écouter tes divagations.
- Te défilerais-tu ?
- Jamais, Potter. Je serais ravi de réduire en poussière ta tête de misérable insecte et de t'éviscérer le ventre.
- Bien.
- Bien.
Dans un bel accord parfaitement contrôlé, James Potter et Isaac Nott sortirent leur baguette et la pointèrent sur l'autre, abordant le même regard noir. En plein milieu du hall, c'était extrêmement stupide, mais tous deux semblaient avoir oublié qu'ils se trouvaient entourés de nombreux élèves qui descendaient diner ou, tout simplement, passaient par là pour rejoindre un endroit ou un autre.
Gemma Lysenko poussa un soupir agacé. Comment en étaient-ils arrivés-là ? Et Weasley qui ne disait rien, alors que tout ceci était de sa faute à elle et à son obstination légendaire.
Quelques minutes plus tôt, elle était arrivée en compagnie de Nott, retrouvant la Poufsouffle et son cousin avec une légère appréhension. Ils devaient leur parler de leurs découvertes récentes et elle pressentait que tout ceci allait se terminer en dispute. Cela n'avait pas manqué.
Au début, elle avait pensé se rendre à la Réserve avec Nott, suivant leur plan. Seulement, Potter avait refusé tout net de leur prêter sa cape d'invisibilité, dont Dominique avait malencontreusement révélé l'existence au Serpentard. Bien entendu, le Gryffondor s'en était pris à sa cousine et elle avait répliqué en essayant de crier plus fort que lui, attirant de ce fait de nombreux regards sur eux.
Comme s'il n'était pas déjà assez bizarre de les voir tous les quatre ensemble, leur dispute allait finir par mettre la puce à l'oreille d'un élève moins stupide que les autres. Il lui sembla d'ailleurs qu'Heather Moorehead, appuyée d'une façon bizarre contre le mur près des sabliers, les regardait avec avidité, semblant vouloir comprendre le sens de leur conversation. A moins qu'elle n'attende le moment propice pour se jeter sur Potter et là, Gemma ne pouvait que l'approuver.
Finalement, elle-même avait réussi à calmer le jeu en proposant que les deux cousins se rendent ensemble à la Réserve. Même si elle doutait du succès de leur démarche en procédant de cette manière, elle n'avait pas envie que tout Poudlard soit au courant de leur découverte.
Potter avait adopté cette proposition assez vite -même s'il était évident que Weasley allait payer son manque de discrétion- mais, à sa plus grande surprise, la petite blonde avait refusé tout net.
- Hors de question que je te laisse trainer là-haut avec Isaac, avait-elle feulé en la fusillant du regard.
Gemma n'avait toujours pas compris son agressivité et, d'ailleurs, elle n'avait pas cherché longtemps. Le comportement de Dominique était toujours étrange et lunatique et elle avait accepté depuis longtemps de ne pas trop se creuser les méninges en ce qui la concernait. Cette fille ne fonctionnait pas de paire avec une quelconque logique.
Toujours est-il que Weasley s'était énervée, Potter avait renchéri et Nott avait soupiré de lassitude, s'attirant ainsi les foudres du deuxième. La conversation s'était ensuite transformée en combat de coq et les inimitiés des deux attrapeurs avaient brusquement rejailli.
C'était prévisible. Ils avaient mis de côté leurs différents sans le vouloir vraiment et devaient coopérer ensemble, toujours à contrecœur. Il fallait que ça sorte à un moment ou un autre.
Mais ce n'était vraiment pas le moment même si Gemma aurait adoré voir Potter disparaitre de la surface de la terre.
- Personne ne va se battre ici et maintenant, siffla Dominique qui s'était glissé entre les deux garçons, réagissant finalement.
Un instant trop tard malheureusement. La main de Potter avait déjà eu le temps de s'abattre sur son épaule et il la poussa. La jeune fille bascula sur le côté, ne devant son salut qu'à Gemma qui avait eu la présence d'esprit de la rattraper.
Dominique dans ses bras, Gemma réfléchit à toute vitesse. Ses yeux tombèrent sur le professeur Londubat qui arrivait à grands pas. Personne ne se battrait maintenant de toute façon mais ils allaient tout gâcher. Si le Directeur des Gryffondor arrivait avant qu'ils ne prennent une décision, ils ne pourraient plus en parler avant le lendemain. Et c'était le plus vite possible, ce soir donc, qu'ils devaient agir. Ils ne savaient pas quand cette potion serait terminée mais elle mijotait depuis quelques semaines déjà. Le temps leur était compté.
- C'est bon, j'irais avec Potter, lâcha-t-elle quelques dixième de seconde avant que la main de Londubat ne s'abatte sur l'épaule de ce dernier, son visage lunaire rouge de colère.
Et aucun d'entre eux n'eut le temps de protester, le professeur de Botanique entraina les deux garçons derrière lui en direction de son bureau avec la ferme intention de les sermonner sur leur comportement stupide et immature.
oOoOoOoOoOo
- Qui est-ce qui m'a flanqué une gourde pareille ? râla James Potter alors que Lysenko se prenait les pieds dans un obstacle invisible pour la troisième fois. Ah oui, j'oubliais, la gourde elle-même.
Le jeune homme ne décolérait pas. Non seulement Neville l'avait empêché de rabattre son caquet à Nott et lui avait infligé une série de retenues dont il allait entendre parler lorsque sa mère l'apprendrait mais en plus, il devait se coltiner Lysenko dont la discrétion ne semblait pas être l'un des points forts.
Coincé sous sa cape d'invisibilité avec la Préfète-en-Chef, dont la respiration saccadée lui indiquait depuis le début qu'elle tremblait littéralement de peur, ils avançaient lentement jusqu'à la bibliothèque où, tout au fond, se trouvait leur objectif.
Inutile de préciser que la situation était très inconfortable. James et Gemma essayaient, chacun de leur côté, de se tenir le plus loin possible de l'autre et, de ce fait, leurs pieds étaient visibles. Néanmoins, aucun d'entre eux n'avait fait de commentaire là-dessus. Se rapprocher l'un de l'autre était pour eux pire que de sauter de la tour d'Astronomie.
Ils avançaient lentement et leur périple était périlleux. Ils avaient déjà croisé deux Préfets et avaient été obligés de se cacher précipitamment derrière une armure avant que ceux-ci ne leur rentre dedans. Bien entendu, il aurait été plus simple d'attendre l'un de leur tour de garde mais la situation était urgente. De leur côté, ce crétin de Nott et Dominique surveillaient le septième étage, bien tranquillement dissimulé derrière une armure.
Avec un soulagement évident, James vit se dessiner la porte familière de la bibliothèque. A ses côtés, Lysenko tremblait comme une feuille et il eut envie de la gifler. Qu'est-ce qu'elle craignait ? Ce n'était pas si compliqué de violer le règlement, elle était bien trop prude.
Sa main s'abattit sur la poignée. Fermée, bien évidemment. Un simple Alohomora en vint à bout. De toute évidence, les professeurs ne comptaient pas la bibliothèque comme un lieu privilégié des jeunes noctambules et ils n'avaient évidemment pas tort.
James s'engouffra à l'intérieur, Lysenko à sa suite et laissa tomber la cape d'invisibilité avec un contentement évident. Ils n'en n'auraient plus besoin maintenant, personne n'allait venir les déranger. Repliant son précieux bien, il la glissa dans la poche de sa cape.
- C'est bon, personne ne va mourir, ne put-il s'empêcher de faire remarquer alors que la Préfète-en-Chef n'avait pas l'air de se ressaisir.
- Crois-le ou non mais certaines personnes se soucient de leur avenir. Et …
- Rien à foutre. Et puis, c'est toi qui a voulu venir avec moi.
La jeune fille se tourna vers lui, prête à répliquer mais il était déjà loin. Elle n'eut d'autre choix que de le suivre, maugréant dans sa barbe.
Avant, lorsque Lysenko baissait la tête et se mettait à pleurer en sa présence, il avait des envies de meurtre. Maintenant qu'elle arrivait à ouvrir la bouche, ce n'était que pour sortir des stupidités et il avait encore envie de presser son cou avec toute la force de ses mains. Mais, il devait bien avouer qu'il préférait le cran avec lequel elle tentait de lui tenir tête, sans succès.
Ils passèrent silencieusement devant des dizaines d'allées, s'enfonçant au fond de la bibliothèque, plus sombre que les autres endroits. Pour autant, la lune était ronde ce soir-là et ils n'avaient pas besoin de plus de lumière et ils auraient pu se faire repérer du parc s'ils allumaient leur baguette. La porte tant recherchée accédant à la Réserve se dessina devant eux, protégée par un cordon.
Comme il n'avait jamais été autorisé à mettre les pieds là-bas, James hésita un instant devant la petite corde. Mais, Lysenko, en bonne bêcheuse et lèche-bottes, devait être familière avec l'endroit car elle le décrocha sans hésiter et ouvrit la porte. Au final, elle paraissait enfin avoir repris contenance.
Les deux adolescents pénétrèrent dans la seconde salle qui ne paraissait pas si différente de la première. Autour d'eux, des dizaines d'allées éclairées seulement par la baguette de Lysenko qui avait finalement lancé un Lumos en rentrant. La pièce ne comportait aucune fenêtre si bien qu'il leur aurait été impossible d'avancer à l'aveugle.
- Les Potions, c'est l'avant-dernière rangée, cracha-t-elle comme si cela lui arrachait le cœur.
Ce qui était bonnement impossible : cette fille n'avait pas de cœur.
Il n'eut pas le temps d'en faire la réflexion à haute-voix, elle avait déjà disparu entre les étagères, la petite lumière flottant devant elle s'éloignant de plus en plus vite. Lorsqu'il la rejoignit, quelques secondes plus tard, elle avait déjà déplié le Sac-à-l'infini qu'ils avaient pris soin d'emporter. Enfin, plutôt que Dominique avait pris soin de voler à leur cousine Molly. Ce sac était une toute récente révolution. Comme son nom l'indiquait, ses ressources étaient sans limites. Il n'y avait aucun objet qu'on ne pouvait mettre en son sein. Ce qui n'était possible auparavant qu'avec un sortilège à durée limitée existait maintenant sous la forme d'un petit sac noir, d'allure banale.
D'après Dominique, Molly l'utilisait pour ranger ses chaussures durant l'année.
Il y avait tant de livres qu'ils n'auraient pas le temps d'en déchiffrer la plupart. D'ailleurs, il n'en avait pas vraiment envie, se sentant mal à l'aise rien qu'en parcourant le rayon. Ces livres puaient la magie noire et il avait l'air d'être le seul que cela gênait, Lysenko parcourant méthodiquement chaque étagère, sortant parfois un livre qu'elle parcourait distraitement avant de le reposer ou de le jeter dans le Sac-à-l'infini.
Réprimant un commentaire, James finit par se rappeler qu'ils n'avaient pas toute la nuit. Personne n'avait de raison de se promener dans le coin mais il valait mieux ne pas tenter le diable. Alors il prit un livre au hasard.
Mal vu.
Le livre se mit brusquement à se tortiller avant de lui engloutir les mains. Le Préfet-en-Chef ne put retenir une exclamation lorsqu'il sentit quelque chose de rugueux et humide les recouvrir. Lysenko se tourna vers lui et … regarda attentivement le grimoire.
L'enflure. Il aurait pu crever qu'elle n'aurait pas bougé le petit doigt.
Fort heureusement, rien d'autre ne se passa et il se rendit compte qu'il pouvait dégager ses mains tout seul. Lorsqu'il les ressortit, un liquide opaque, légèrement blanc lui recouvrait les mains. James grimaça et replaça le livre à sa place, sans même regarder de quoi il parlait.
Pendant près de dix minutes, il sélectionna plusieurs livres -ceux qui parlaient de mythes anciens et de potions oubliées- qu'il balança dans le Sac-à-l'infini au fur et à mesure, tandis que Lysenko en faisait de même plutôt brusquement, sûrement déçue qu'il soit toujours en vie.
Il était en train de parcourir la couverture des "Mythes slaves du 18ème siècle", lorsqu'un bruit assourdissant retentit.
- HUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU !
Son premier réflexe fut de se boucher les oreilles mais il se cogna la tête contre le grimoire. Ce geste lui fit tourner la tête vers la gauche et il comprit enfin ce qui provoquait ce bruit strident. Lysenko. Cette idiote tenait dans ses mains un livre, d'aspect identique au sien et, comme celui sur lequel il était tombé tout à l'heure, il avait une particularité. Sauf qu'il ne léchait pas les mains mais hurlait à cœur joie.
Super ! Ce truc allait rameuter tout le château. Il fallait absolument qu'ils sortent d'ici avant de voir un professeur débarquer.
Le bruit cessa brusquement, Lysenko ayant finalement eut la présence d'esprit de refermer le livre. Mais le mal était déjà fait. Tremblante, la jeune fille regarda autour d'elle, comme si quelqu'un allait lui sauter dessus. Au final, ses yeux se posèrent sur lui, comme une gamine demandant conseil à sa mère.
Il n'était pas la mère de Lysenko, d'ailleurs elle était morte, mais il devait avouer qu'il était le mieux placé pour les sortir de là. Enfin, lui d'abord, il se fichait un peu de la Préfète-en-Chef. Il songea néanmoins que, si on l'attrapait, elle n'hésiterait pas à longtemps à tous les balancer. Lorsque sa mère saurait ça …
Non, jamais sa mère n'aurait l'occasion de lui botter les fesses pour s'être introduit dans la Réserve et, pire encore, cherché à attraper un malade par ses propres moyens. Il préférait la mort au sort qui l'attendait si cela arrivait.
- On se casse, grogna James Potter.
Quelques secondes seulement s'étaient écoulées depuis que le livre avait cessé d'hurler mais mieux valait ne pas perdre de temps. Lysenko sur ses talons, le jeune homme rebroussa chemin à grands pas. Ils arrivèrent très vite à la bibliothèque et, tandis qu'il prenait le temps de remettre le cordon correctement, Lysenko soufflait comme un phoque, regardant à droite ou à gauche.
N'importe quoi, personne n'allait les sur …
- Qui est là ?
Et merde !
La voix provenait du fond de la bibliothèque et, s'il ne se trompait pas, elle appartenait au concierge, Mr Martin. Ce dernier avait une bonne réputation et était respecté des élèves à cause de sa complaisance mais il ne fallait pas compter sur sa bienveillance ce coup-là. Pénétrer illégalement dans la réserve était sans doute passible de la peine de mort pour Minerva McGonagall.
- Par là, murmura-t-il en se glissant dans le rayonnage le plus à gauche.
Lysenko le suivit, sans faire de bruit, et il remercia silencieusement Merlin et les Fondateurs pour ça. De ce côté-là, on pouvait rejoindre l'avant de la bibliothèque sans passer par l'allée centrale et il espérait que Martin n'ait pas eu la même idée, sans quoi ils étaient perdus.
Ils se déplacèrent à tâtons et en silence pendant quelques secondes, guettant chaque bruit qui aurait pu indiquer la position du concierge. Finalement, James se rendit compte avec soulagement qu'il suivait l'allée centrale tout en tentant de rester discret. Indiquer sa présence dans les lieux avait été une erreur et Martin s'efforçait sans doute de la réparer.
Il se crut réellement sauvé lorsqu'ils atteignirent la porte qui les séparait du couloir. Malheureusement, au moment même où il posait la main sur la poignée, une exclamation de surprise le fit sursauter. Martin était derrière eux. Juste derrière. Il avait du rebrousser chemin devant le cordon fermé et aucun d'eux ne l'avait entendu. Réprimant un juron, le jeune homme ouvrit la porte, poussa fermement Lysenko à l'extérieur et s'engouffra à sa suite. L'homme n'avait pas eu le temps de les voir, il en était sûr. Ils avaient encore une chance de s'en sortir.
- Cours ! ordonna-t-il à la Serdaigle, ignorant volontairement la terreur affichée sur son visage.
