Lundi 3 Avril 2000
Le silence régnait dans la maison, je descendais les escaliers me préparant à une quelconque attaque.
Déformation professionnelle aurait-on pu dire mais je n'avais jamais fait partie de l'Ordre ou du moins pas officiellement, et je n'avais pas de boulot.
La maison était trop calme. L'attaque vint, de là ou je ne m'y attendais pas. Léo surgit de nulle part et m'embrassa dans le cou.
-Sors avec moi, demanda-t-il quand je me tournai vers lui.
Je ris.
-J'avais pourtant pensé qu'on avait dépassé ce stade depuis longtemps.
Il rit à son tour. Pour se moquer gentiment vu ses yeux et sa moue terriblement sexy.
-Ce soir, je t'invite au restaurant.
Je me regardai de haut en bas. Je portais un vieux shorty, que j'avais gardé malgré les années, et une de ses chemises, ouverte sur un banal débardeur noir. Je l'observai ensuite un instant, il était en bas de jogging avec un simple t-shirt blanc, ce qui ne cachait en rien le fait qu'il était aussi bien foutu qu'un mannequin. Je formais un O avec ma bouche, sur le moment on aurait pu me surnommer Boris, et mes sourcils se fronçaient à cause de l'incompréhension.
On était quel jour déjà ? Ah oui le trois du mois d'Avril, il avait dû oublier le premier et prenait sa revanche.
-Tu veux qu'on sorte ? Tous les deux ? Tu veux dire comme un couple normal qui ne connaît pas la guerre ni le malheur.
Il arrêta de sourire et me tendit sa main, je la saisit et il m'entraîna dans la cuisine tout en continuant de parler.
-Je ne vois pas ce qu'on a d'anormal par rapport aux autres couples et…
Moi je le voyais parfaitement.
-Ben d'abord, j'ai essayée de te tuer, non sans rire et aussi il y a le fait que…
Il soupira.
-Lynn tais-toi. Je disais donc, aimerais-tu attendre la fin de la guerre alors…
Je l'interrompis encore. Je sais, c'est mal élevé.
-Oui je préférais attendre, je coupai-je.
Et c'est là qu'il marqua le point, me brisant le cœur par la même occasion mais il avait raison.
-Et attendre de mourir ou d'être torturé à tel point qu'on ne reconnaisse plus notre fille.
Il avait gagné, ce qui était arrivé aux Londubat était abominable. D'ailleurs en y réfléchissant, il avait peut-être raison, cela faisait des mois que nous étions enfermés dans la maison, ne sortant qu'à de rares occasions.
On était arrivés à la cuisine et Grand-mère Meda avait entendu. Elle se tourna vers nous, négligeant ses fourneaux un instant.
-Il n'a pas tort, tu sais. Regarde mon pauvre Teddy !
-Grand-mère, c'est… c'est… c'est…
Et flûte je ne savais plus quoi dire.
-Elle a raison, intervint mon père en désignant Meda.
-Lèche-bottes ! murmurais-je pour moi-même.
Je crus comprendre par son sourire éblouissant qu'il avait entendu. Je pris place en face de lui en le foudroyant du regard. On était sensés se soutenir entre Lupin.
-Ça veut dire que tu acceptes, Brunette ? demanda Léo qui s'était assis à ma droite.
Je me tournai pour le regarder. J'allais dire ''non'' jusqu'au moment ou je croisai ses yeux. Je soupirai, me levai, emportant un croissant avec moi et le regardai fixement. Je portai à ma bouche un morceau, l'avalai (les bonnes manières !) et continuai à le fixer.
Je caressai avec ma main une de ses joues. Je continuais de le fixer inlassablement sans cligner des yeux de peur qu'il s'envole. Un toussotement retentit dans le silence matinal, je levai les yeux au ciel. My father, comme disaient ces anglais avec qui je vivais.
-D'accord, abdiquais-je avant de l'embrasser.
Il n'eut même pas le temps de poser ses mains sur mes hanches. J'étais déjà partie un sourire aux lèvres, je montai les escaliers pour atteindre les chambres et me dirigeai vers celles des enfants, croisant ma maman et mon petit frère au passage, je leur fis un bisou sur la joue.
-Mon dieu ! Qu'est-ce que ce Blondinet ne me forçait pas à faire ! Pensais-je.
OoOoOoOoOoOoOoOoOo
Je m'inspectai dans le miroir, j'avais opté pour une robe bleue bustier avec des bretelles dans le cou.
Je me retournai pour essayer de m'inspecter le dos. Ce n'était pas très concluant. Quelqu'un frappa à la porte. Une voix s'éleva de l'autre côté de la porte.
-Lynn, tu es prête ?
Lui. J'attrapai des bottes noires en cuir, vestige d'une autre époque, et les enfilai précipitamment. Je sortis en prenant au passage ma veste et fermai la porte de ma chambre.
Il souriait, bien entendu. Il portait un jean accompagné d'un t-shirt simple avec une veste. La classe avec la simplicité. J'adorais.
-Je te déteste, marmonnais-je avant de l'embrasser.
-Très convainquant, rit-il.
On descendit les escaliers main dans la main, lui le premier. J'avais attaché mes cheveux en un chignon lâche. Chloé souriait quand on arriva au salon. Je câlinai ma fille et la serrai dans mes bras.
-Tu es superbe alors dépêche-toi. Me souffla-t-il à l'oreille avant d'embrasser notre fille.
Je reposai Lily par terre avant de souhaiter une bonne soirée à mes parents et ma grand-mère. Après des dizaines de recommandations à ma mère, nous partîmes enfin.
-J'ai cru qu'on ne partirait jamais, plaisanta-t-il une fois dehors.
Il m'attira à lui et nous transplanâmes. La petite rue où nous avions atterri était illuminée de partout. Je savais ou nous étions. La rue illuminée, la tour que je pouvais apercevoir de loin et que je n'avais pas vu depuis tellement longtemps. Je n'en était que trop sûre. C'était génial, c'était mon enfance.
-Ouah ! Tu m'as emmenée à Paris ! m'exclamais-je. C'est magnifique !
Il me sourit et m'entraîna vers un restaurant. Il me tint la porte et nous pénétrâmes dans un restaurant chic. Un serveur nous conduisit à une table.
Jamais je n'avais passée une telle soirée. La dernière fois que j'étais entrée dans un restaurant, j'avais quinze ans. Cela faisait du bien, parler, rire. Sans se soucier de rien. J'avais presque oubliée que je n'avais que 20 ans.
On sortit tard, son bras m'entourait les épaules.
-Tu veux faire quoi ? Danser, ciné ?
-Je ne savais pas que tu t'y connaissais de ce côté du monde, souris-je.
-Crois-moi tu ignores encore beaucoup de choses ma jolie, rit-il.
-Je veux bien un Ciné alors monsieur le connaisseur. Comme dans le temps !
On n'eut pas à marcher beaucoup pour arriver au cinéma le plus proche. A cette heure-là, il était quand même près de minuit, on avait le choix entre une comédie humoristique ou un mélo à sortir les mouchoirs.
-Tu préfères lequel ? demandais-je.
-Le premier et toi ?
-Ça me va.
La salle était pratiquement vide, on s'installa dans le fond. Le film commença. Il s'amusait à m'embêter en me déconcentrant avec des baisers. Dans le film, une fille doit choisir entre son père ou son copain. Tout les deux déjantés. On arrivait au moment ou le dit-copain demande la fille en mariage.
Je ne m'y attendais pas, il chuchota les deux mots à tel point que je crus avoir rêvé. Je me tournai vers lui. L'avait-il vraiment dit ? Ou était-ce juste pour faire le perroquet du film ? Mais il se répéta.
-Épouse moi.
