Coucou !

Pour une fois, je fais un blabla d'auteur, ce qui ne m'arrive pas souvent parce que j'ai tendance à penser que personne ne va le lire. Tout d'abord, merci à Butterfly971 et à Rockeuse dans L'ame pour leurs rewiews et aux gens qui ont mis cette fiction dans leur favoris.

Je ne sais plus qui m'a fait cette remarque par message privé, mais c'est vrai que je ne réclame quasiment jamais de rewiew, pour la simple raison que je n'en attends pas. Je m'explique : la fiction est déjà postée sur un autre site donc j'ai déjà eu des avis dessus, j'ai mis tous mes chapitres d'un coup et je n'ai pas une haute estime de ce qui est écrit dans les Livre I et II, que j'ai rédigés il y a deux ans, quand mon niveau d'écriture était au niveau collège. Donc pour moi il est normal que personne ne vienne lire ma fiction, ou que personne n'ait envie de la commenter. Je ne suis pas en train de faire ma martyr (en fait c'est le contraire vu que j'écris surtout pour moi), ni de vous dire de ne pas poster de rewiews sachant que ça fait toujours plaisir, mais je voulais simplement signaler que je posterais tant que je saurais qu'une seule personne me lit. Voilà. Je sais, étrange façon de penser ^^

Chapitre 48

-70 jours

La situation me dépassait totalement. Je n'arrivais pas à comprendre comment j'avais étais aussi stupide pour me laisser entraîner dans cette histoire. Il était onze heures du matin et j'essayais d'apprendre à Emmett et Rose à cuisiner. Lily s'invitait souvent à nos repas à Jake et moi, et nous nous invitions nous-mêmes régulièrement à venir déguster les plats d'Esmée. Résultat : c'était la catastrophe car étant donné que nous devions partir trois jours, Lily allait se retrouver seule pour manger, ce qu'elle vivait très mal. En effet, Mademoiselle, qui était deux fois plus gâtée que moi à son âge, ne supportait pas la solitude. Rosalie et Emmett avaient donc décidé d'apprendre à cuisiner pour pouvoir tenir compagnie à leur fille adorée. Ma mère aurait pu se charger de leur inculquer les bases de la cuisine, mais elle avait déserté le camp, préférant aller faire du shopping avec Alice, ce qui en disait long sur l'ampleur de la tâche qui m'attendait.

-Je ne comprends pas, fit Emmett pour la dix-septième fois en trois heures. Pourquoi doit-on mettre du sel dans l'eau des pâtes alors que le sel se dissout dans l'eau ?

-Parce que c'est comme ça ! Répliquai-je, excédée.

-Et pourquoi doit-on attendre que l'eau bouille pour y mettre les pâtes ? Demanda Rosalie, perplexe. C'est une perte de temps.

Je soupirai.

-Je n'en sais rien. Tu as raison, c'est sans doute stupide mais il faut suivre les règles. A moins que vous ne vouliez intoxiquer Lily. C'est à vous de voir.

Mon oncle et ma tante ne trouvèrent heureusement rien à rétorquer. Ils se plongèrent dans la lecture de la recette des pâtes comme si c'était le roman le plus passionnant qui fût. Non pas que cuisiner leur plaise réellement, mais jouer au savant fou amusait Emmett tandis Rosalie s'appliquait à être la meilleure mère possible pour Lily, sans savoir qu'elle l'était déjà.

Mon portable vibra, et je lus le sms que Jake venait de m'envoyer : « Suis devant la villa. Besoin de te parler. C'est urgent. »

-Je reviens tout de suite, lançai-je aux deux apprentis cuisiniers.

Je traversai le salon, dans lequel mon père, ce lâche, apprenait à Lily à jouer du piano et où Kate et Gareth s'embrassaient à pleine bouche.

-Je serais toi, je ne sortirais pas, chuchota tranquillement Edward par dessus le son de la berceuse qu'il jouait. A moins de ne pas souhaiter revenir.

« Que veux-tu dire ? » Pensai-je, agacée par son langage codé. Lily me fit un clin d'œil malicieux tout en effleurant les touches du piano et mon père sourit énigmatiquement.

-A bientôt. Passe un bon moment, ma chérie.

Perplexe, j'atteignis la porte d'entrée. La voiture de Jake était garée devant la villa. Elliot était installé à l'arrière, alors que je l'avais déposé ce matin même chez Charlie. Jake était adossé à la portière. Sa posture un peu trop raide me fit comprendre qu'il bouillait d'impatience.

-Que se passe-t-il ? Attaquai-je sans préambule, inquiète.

Jake se pencha vers moi et prit ma main afin d'éloigner les oreilles indiscrètes qui, hélas, étaient très nombreuses par ici.

« Tu te rappelles que nous devons partir en vacances et que mon père nous as prêté une maisonnette au bord d'une plage perdue au fin fond de la Push ? »

« Bien sûr. Je ne risque pas de l'oublier. »

« Et nous n'arrêtons pas de reporter ce séjour, parce que tes vampires ne cessent de te monopoliser. »

« Exact. » Approuvai-je.

J'aurais pu être un peu plus solidaire envers ma famille, mais elle me tapait sur les nerfs en ce moment. J'étais d'accord pour être disponible à toute heure, mais uniquement pour les choses urgentes. Or, apprendre à cuisiner à Emmett et Rosalie, dépanner Alice parce qu'elle tombait en panne ou aidait mon père à accorder son piano ne rentraient pas dans cette catégorie... Surtout quand je savais que ces corvées n'étaient que des prétextes pour retarder notre départ. Les Cullen étaient trop exclusifs avec moi (et avec Elliot aussi, d'ailleurs). C'était un fait, et il y avait des limites à ce que je pouvais endurer.

Jacob me décocha un sourire radieux et complice.

« C'est pourquoi je t'enlève. J'ai envoyé un message groupé à tout le monde pour les prévenir, excepté aux Cullen pour qu'ils ne te kidnappent pas. Le chalet est fermé, les bagages sont faits, et Esmée m'a donné de quoi nourrir un régiment. Tu es consentante ou il faut que j'utilise la force ? » Plaisanta-t-il.

« Tu veux… aller à la maisonnette que Billy nous a prêté tout de suite ? Là, maintenant ?» me renseignai-je, étonnée.

« Oui. Là. Maintenant. » répliqua-t-il, sibyllin. « Alors, qu'est-ce que tu décides ? »

Je ne réfléchis pas longtemps. Rosalie et Emmett s'en remettraient, surtout si mon père me remplaçait aux cuisines. C'était peut-être un acte terriblement malpoli, mais je ne le faisais pas uniquement pour moi ; c'était aussi pour le bébé de presque trois mois assis à l'arrière de la voiture que je ne voyais pas grandir. Et puis, j'aimais Jake et tout ce qui allait avec, y compris son sens de l'organisation défectueux et son incroyable sans-gêne.

-Tu as gagné, soufflai-je. Enlève-moi ; on subira les foudres de Rose à notre retour.

Le sourire de Jake fit trois fois le tour de son visage, et j'eus le sentiment de lui avoir offert un cadeau de Noël en avance. Il bondit pour m'ouvrir la portière du côté passager. Je m'installai à ma place. J'entendais vaguement les voix de Rose et Emmett, qui, depuis la cuisine de la villa, se demandaient ce que nous faisions.

Jacob démarra la voiture au quart de tour, ce qui fut salué par le rugissement du moteur.

J'envoyais un message à mon père le suppliant de ne pas laisser les deux catastrophes ambulantes seules dans la cuisine et éteignis mon portable. Ma famille savait déjà que nous devions partir elle ignorait juste quand. Vu tous les services que nous avions rendu à pratiquement tout le monde, ce n'était pas une attitude trop cavalière.

Je me contorsionnai sur mon siège pour voir si Elliot dormait. Ce n'était pas le cas la main collée à la vitre, il observait le paysage avec attention.

Jake trouva aisément la plage, magnifique et sauvage, qui se trouvait dans un coin isolé de la Push. La maisonnette en bois bleu ciel que nous prêtait Billy se fondait joliment dans le paysage. Elle était parfaite : discrète, petite, à l'écart de tout, située en bordure du territoire des Quileute et juste au bord de la mer. Il y avait deux chambres, une salle de bain et un salon/salle à manger/cuisine. C'était peut-être légèrement vétuste pour une famille de trois personnes, mais ça n'avait pas une grande importance car nous n'y resterions que trois jours.

Pour parfaire notre petit séjour, nous n'avions prévenu personne de la localisation de la maisonnette, Billy mis à part. Certains vampires de ma connaissance seraient prêts à le torturer pour être mis au parfum, mais Jake avait fait jurer à son père sur la tête d'Elliot d'être muet comme une carpe.

Nous déchargeâmes rapidement nos bagages puis, peu désireux de nous cloîtrer à l'intérieur, nous nous installâmes sur la plage avec le pique-nique qu'Esmée nous avait préparé. En effet, Jake m'appris qu'il avait tout de même prévenu mes grands-parents, histoire que personne n'aille crier au meurtre. Ma grand-mère avait insisté pour nous fournir toute la nourriture nécessaire durant ces trois jours. Certes, je savais cuisiner et j'avais réussi à inculquer de bonnes bases à Jacob, mais Esmée avait fait de notre séjour un défi personnel. Elle voulait à tout prix que l'on prenne du bon temps. Il faudrait que je la remercie pour ça plus tard.

Le vent soufflait violemment et les vagues se fracassaient sur le sable. Ca aurait terni la bonne humeur d'humains, mais pas la nôtre. Les intempéries étaient les amies des immortels pour tout un tas de raisons. Je torsadai mes cheveux et rabattit la capuche du sweat d'Elliot sur sa tête.

Je dépliai la couverture quadrillée de rouge et de blanc –très cliché, en effet- sur le sable et assis Elliot dessus.

-Ne le répétez à personne, commenta Jacob en déballant le contenu de notre repas, mais j'adore cette femme, vampire ou non. Regarde Elliot, elle t'a même préparé ta purée.

Je ricanai. On aurait dit un enfant devant ses cadeaux de Noël. Elliot tenait assurément son amour de la nourriture de son père.

Justement, il semblait parfaitement comprendre ce que contenait la boîte en plastique que Jake lui tendait. Il s'acharna dessus pour essayer de l'ouvrir, mais il était encore trop petit pour y parvenir. Son amour pour la purée de carotte n'avait d'égal que son amour pour le chocolat.

Je la lui pris des mains avant qu'il ne décide d'y mettre les dents. J'ôtai le couvercle de la boite et tendis le récipient à Elliot, qui applaudit joyeusement en voyant sa purée favorite. Il y plongea instantanément les mains.

-Stop ! M'exclamai-je, horrifiée. Où sont les cuillères en plastique ?

Jake, qui n'avait qu'une vague notion de propreté, haussa les épaules.

-Aucune idée, fit-il avec nonchalance. Mais on est dans la nature, ce n'est pas grave.

Elliot choisit ce moment-là pour lui balancer un morceau de sa purée en plein visage.

J'éclatai de rire et tendis une serviette en papier à Jacob.

-On va faire comme si tu n'avais rien dit, je crois.

Il regarda notre fils de travers en essuyant son visage.

-Tu pourrais viser, au moins. Finalement, les remakes d'Hiroshima... très peu pour moi, merci.

Elliot babilla ce qui ressemblait à des excuses. Jake ébouriffa ses cheveux pour lui montrer qu'il ne lui en voulait pas.

Une fois de plus, je constatai que je n'étais pas la seule à être totalement sous le charme d'Elliot. Mon estime personnelle remontait d'un cran. Ok, Jake était son père alors ça comptait sans doute pour du beurre, mais ça me soulageait de voir que je n'étais pas la seule à tout lui passer. De toute façon, Elliot n'avait que deux mois et demi. On pourrait corriger son éducation plus tard. Beaucoup plus tard. Quand nous n'aurions plus le droit de penser que si on se fâchait contre lui, ce serait la dernière image qu'il emporterait de nous.

Quand nous eûmes terminé de manger les plats qu'Esmée avait préparés, Jake et Elliot s'attaquèrent joyeusement à sa délicieuse mousse au chocolat et celui des deux qui savait parler jura à ma grand-mère sa vénération éternelle. Comme de bien entendu, Elliot tacha sa salopette, et la certitude de savoir qu'Alice n'était pas dans le coin me réconforta.

Nous remballâmes nos restes à la va-vite. Elliot, à qui les joies de la purée et de la mousse au chocolat ne suffisaient apparemment pas, innova avec le sable et saccagea définitivement sa tenue.

Jacob me prit par surprise en m'entraînant vers la mer toute proche. Il me propulsa dans l'eau en riant. Une vague gigantesque me submergea presque entièrement. J'arrimais mes jambes dans le sable pour rester stable en attendant qu'elle se retire. Puis, pantelante et trempée, je m'accrochai au bras de Jake dans le but de lui faire perdre l'équilibre, mais il bondit hors de portée juste à temps et rejoignit Elliot qui saluait le spectacle de ses éclats de rire.

-Je vais te tuer ! M'exclamai-je quand une vague manqua de me faire tomber à nouveau.

Mes vêtements ruisselaient de toute part, ce qui brisait définitivement l'allure menaçante que j'essayais de me donner. Je sortis de l'eau comme une fusée et essorai mes longs cheveux cuivrés. Après une brève hésitation, j'ôtai également mes chaussures mouillées.

Ceci fait, j'adoptai une position d'attaque, semi-accroupie, face à Jake qui était déjà couché sur le sable. Un sifflement aigu jailli de mes lèvres.

-Oh, tu veux jouer à ça ? S'amusa-t-il. (Il adressa un clin d'œil à Elliot.) Observe et apprends, petit loup.

Malheureusement, le « petit loup » n'était pas d'accord pour se contenter d'observer. Il fila vers moi à quatre pattes et s'accrocha à ma jambe droite. Même si sa rapidité m'avait surprise, j'étais trop forte pour qu'il réussisse à me déséquilibrer. Je me laissai cependant tomber sur le sable pour l'amuser. Ma manœuvre fonctionna, au vu de ses éclats de rire.

Jacob, qui s'apprêtait à me sauter dessus, s'étouffa de rire. Il articula entre deux ricanements :

-Renesmée, mise KO par un bébé de dix semaines.

-Je l'ai fait exprès, articulai-je silencieusement, vexée.

Jake fit semblant de ne rien voir et tendit la paume de sa main à Elliot, qui la frappa de la sienne. Emmett leur avait appris ce geste à lui et à Lily, et comme pour le « coucou », il l'utilisait à tort et à travers.

Je m'assis en tailleur devant Elliot et Jake. Ce dernier me dévisagea durant quelques secondes avant de cacher brusquement les yeux d'Elliot.

-Que se passe-t-il ? questionnai-je en jetant au regard circulaire aux alentours pour trouver ce qui était susceptible d'effrayer notre fils.

-Ton tee-shirt est devenu transparent, expliqua Jacob comme si ne rien n'était. Je protège l'innocence de celui d'entre nous qui en a encore une.

-Oh ! lâchai-je en baissant les yeux.

Jake rabattit la capuche d'Elliot sur ses yeux pour les lui cacher et enleva rapidement son propre haut avant de me le tendre. Reconnaissante, je l'enfilai en quatrième vitesse. Jake libéra les yeux du bébé qui essayait en vain d'ôter sa capuche. Je tâchai de ne pas loucher sur le torse de mon mari, qui était un véritable appel au crime.

Non, Renesmée. Ne fait pas comme si tu ne le voyais pas torse nu au moins cinq fois pas jour. Il y a Elliot juste à côté de vous. C'est malsain. Très malsain.

-Merci, lâchai-je bêtement avec plusieurs secondes de retard histoire de focaliser mon attention sur autre chose.

Jake rit doucement.

-C'est à toi que je rends service, pas à moi. La vue n'était pas si mal.

Je ris et lui administrai une pichenette sur le bras. Elliot, qui décidément imitait tous nos comportements, brandit son fameux lapin bleu, qu'il ne quittait presque jamais, et le lança au visage de Jacob. Ce dernier protesta :

-Ah non ! C'est trop tôt pour faire ton Oedipe ! Tu nous fais quoi, là, une rébellion préadolescente ?

J'éclatai de rire à la mention d'un mot aussi inadapté à la situation d'un bébé de quelques mois. Elliot nous offrit un sourire angélique, récupéra sa peluche et la relança. Droit dans la mer, cette fois-ci. Je vis une tache bleue disparaître dans les remous de l'océan.

-Non ! M'épouvantai-je. Qu'est-ce que tu as fais ?

-Paix à l'âme de la bestiole, rit Jacob, pas plus ennuyé que ça parce que la peluche était un cadeau d'Alice et non de nous.

Je bondis sur mes pieds et pénétrai dans l'eau pour retrouver la peluche de notre fils. Au bout d'un moment, j'abandonnai la partie : manifestement, le lapin avait été emporté par le courant. Elliot était doté d'une force effrayante pour son âge. La peluche avait traversé l'air si vite que je l'avais à peine vue.

-Il lance de plus en plus d'objets, tu n'as pas remarqué ? Sourcillai-je en revenant m'asseoir près de Jake.

-Carlisle dit que c'est normal, répliqua-t-il. Ca fait partie du développement psychomoteur et tout le blabla. J'ai arrêté d'essayer de comprendre quand il m'a parlé des aires cérébrales qui entrent en jeu. C'est un de mes mauvais souvenirs du lycée.

-Alice va nous tuer, marmonnai-je. Je sais qu'elle ne nous croira jamais quand nous lui dirons qu'Elliot a lancé sa peluche dans l'eau. Quel enfant ferait ça ? Lancer un objet, d'accord, mais c'est autre chose de le balancer dans la mer, non ?

-Tu devrais poser la question à Elliot, s'amusa Jake. Après tout, personne d'autre que toi ne communique mieux avec lui, grâce à ton don.

J'acquiesçai et pivotai vers notre bébé. Amusés, Jacob et moi laissâmes échapper un rire attendri : son pouce dans la bouche, il s'était profondément endormi. En position fœtale, le vent ne paraissait pas troubler son sommeil, malgré les rafales qui agitaient ses boucles brunes. Ses capacités physiques et mentales élevées étaient compensées par de nombreuses heures de sommeil, phénomène toujours un peu surprenant même si l'étrangeté faisait partie intégrante de notre monde.

-Je crois que c'est l'heure de la sieste, s'amusa Jake en tirant notre fils vers lui.

Nous retournâmes dans la maisonnette de Billy, échappant momentanément aux hurlements du vent. Elliot se réveilla quand Jacob le déposa dans son lit pliable, alors je lui chantai une chanson pour le rendormir. D'ordinaire, je lui jouais du piano mais bien entendu je devais faire avec les moyens du bord. Lorsque ses paupières se fermèrent de nouveau, nous sortîmes à pas de loup de sa chambre.

Le salon étant trop exigu pour la carrure d'un indien de presque deux mètres, nous nous assîmes sur le perron de la maison. Jake passa son bras autour de mes épaules cependant que ma tête venait se nicher dans son cou. Durant de longues minutes, nous restâmes silencieux. C'était un silence paisible, comme je n'en avais pas connu depuis que nous étions revenus à Forks.

J'observai l'océan sauvage et indomptable qui rugissait devant nous, et me demandai ce que serait notre vie s'il n'existait rien ni personne en dehors de cette plage. Seuls au monde, nous devrions avancer tous les trois sans ne nous préoccuper de rien. Ce serait une vie tranquille et sereine, mais dont la saveur sucrée finirait par nous lasser. Au bout de mes huit années d'existence, longues par certains aspects et courtes par d'autres, j'avais fini par comprendre que l'acquisition du bonheur passait auparavant par la douleur, comme lorsque j'avais accouché d'Elliot –Jake avait toujours la cicatrice de ma morsure sur sa main. Pour autant, ça ne voulait pas dire que cet état de fait me réjouissait, surtout quand ça signifiait que nous devions anéantir les plus puissants vampires du monde avant de pouvoir regarder vers le futur.

-Je t'ai grillée… une fois de plus, claironna Jake. Je suis prêt à parier que tu penses aux Volturi… encore.

Je dirigeai un coup d'œil venimeux vers mes mains traîtresses. Mais elles n'étaient pas en contact avec celles de Jake. J'haussai un sourcil interrogateur.

-Comment as-tu deviné que je pensais à eux ?

-Je connais tes expressions faciales par cœur, se justifia-t-il. Ton sourire vient de se ternir et l'éclat de tes yeux s'est éteint.

-Je plaide coupable, soupirai-je. Je ne peux pas m'en empêcher, c'est tout. Mais si ça peux te rassurer, ça m'arrive moins souvent quand je suis avec toi.

-Je ne veux pas qu'ils fichent notre vie en l'air, râla Jacob. C'est normal de s'inquiéter mais pas de ne pas pouvoir se les sortir du crâne. Elliot en a déjà fait les frais une fois.

-Je sais, rétorquai-je. Je me triture juste les méninges pour trouver un moyen de garantir sa sécurité, et accessoirement celle de Lily, ta famille et Charlie.

-Nous trouverons. Ce n'est pas les moyens qui nous manquent, et c'est une assez mauvaise excuse pour justifier ton air morose.

-J'ai simplement le sentiment que quelque chose va clocher, fis-je. Mon instinct me pousse à me faire deux fois plus de mouron que d'habitude pour Elliot, et je n'arrive pas à empêcher ça. J'ignore d'où ce sentiment provient.

-Il ne lui arrivera rien, affirma Jacob avec conviction. Ni à aucun d'entre nous, d'ailleurs. Parlons d'autre chose, d'accord ? Je n'ai pas envie de gâcher nos vacances improvisées.

J'acquiesçai. Nous retombâmes dans un profond silence, mais celui-ci avait une tonalité plus religieuse, plus nostalgique.

-Est-ce que tu penses parfois à ce qui se serait passé si nous n'étions pas partis en lune de miel, il y a presque un an ? chuchota Jacob. Je me posais souvent la question après mon retour d'entre les morts, quand les Cullen tentaient de me convaincre que tu n'existais plus. Les Volturi ne t'auraient jamais enlevée, nous vivrions toujours au Canada, tu n'aurais pas une mémoire trouée comme du gruyère…

-Elliot ne serait pas né, murmurai-je. Je n'aurais jamais rencontré Lily.

Jake sourit.

- Ca change la donne, hein ?

-Oui, acquiesçai-je. Nous serions peut-être plus heureux, moins matures, plus insouciants… Mais nous ne serions pas vraiment ceux que nous sommes actuellement. Elliot est une part intégrante de nous il est la part de moi la plus adulte, la plus sage et la plus courageuse. Je serais prête à me faire encore enlever par les Volturi pour lui.

Le sourire de mon imprégné s'agrandit, et je sus qu'il avait atteint son objectif : me faire admettre que ressortait quelque chose de bénéfique de tous les malheurs qui pleuvaient sur nos têtes.

-Tu vois ? Ca veut tout dire, dit-il. Dans deux mois, quand nous nous battrons contre les Volturi, il y aura des blessés, sans doute des morts. Mais plus tard, quand nous aurons pris suffisamment de recul… nous verrons peut-être qu'il valait mieux que ce combat advienne un jour ou l'autre. Pour débarrasser le monde des Volturi.

Je lui rendis son sourire, consciente que son enthousiasme était en partie dû à l'impatience de réduire les vampires qui m'avaient fait du mal en charpie.

-En attendant ce moment ô combien réjouissant, souffla-t-il, profitons comme il se doit de nos vacances… avant que le petit monstre ne se réveille.

Jacob joignit nos lèvres, ce dont nous mourions tous deux d'envie. Je répondis avec ardeur à son baiser. Les papillons qui s'envolaient dans mon ventre me donnaient l'impression de flotter. Pour la première fois depuis des semaines, personne ne nous interrompit, pas même les mouettes.

Jake recula légèrement, si bien que nos bouches furent arrachées l'une à l'autre. Frustrée, je m'accrochai à son cou.

-Alors, tu penses toujours aux Volturi ? me taquina-t-il.

-Je pourrais réciter les prénoms entiers de tous les membres de la garde, le narguai-je.

-C'est un défi ? Questionna Jake.

Provocante, je soutins son regard sombre.

-Je parie tout ce que tu veux.

Il se jeta presque sur moi, me prenant par surprise. Je ne pensais même pas à résister à l'appel de la chair en réalité le désir empêchait toute pensée cohérente de me traverser. J'embrassai Jake la première, avec toute la fougue dont j'étais capable. Ses mains descendirent sur mes hanches tandis que je nouais mes bras autour de son cou. Nous étions si prêts l'un de l'autre que j'ignorais où commençait mon corps et où il terminait. Même lorsque nous roulâmes sur le perron de la maison et que ma tête entra en contact avec quelque chose de dur, nous ne nous décollâmes pas l'un de l'autre.

Jacob gagna son pari.

Jamais je n'aurais crû que le goût de la défaite puisse être si délicieux.