Chapitre 53 : Captives
Juste après leur enlèvement, Alexis et Alizée avaient été jetées sans ménagement à l'arrière d'un fourgon. Deux des hommes étaient montés avec elles et les avaient bâillonnées avant de les ligoter solidement. Les cordes qui enserraient leurs poignets les faisaient souffrir et leur terreur augmenta encore d'un cran lorsqu'ils prirent la route. Les soubresauts les jetaient à droite et à gauche mais elles faisaient tout pour rester ensemble et en contact permanent l'une avec l'autre. Le trajet leur parut interminable et, lorsque le fourgon s'immobilisa enfin, leurs ravisseurs les prirent tels deux sacs à patates qu'ils jetèrent sur leurs épaules.
-« Hey Jay, on les colle où les sales mioches ? »
-« Au fond t'as un escalier. Tu descends et tu trouveras la pièce idéale. Elles là-bas, on ne risque rien ! » ricana le dénommé Jay.
Les deux hommes suivirent les consignes et ne tardèrent pas à jeter sans ménagement les deux fillettes sur un matelas crasseux et défoncé avant de refermer la porte derrière eux à triple tour.
Pétrifiées, les fillettes se recroquevillèrent sur elles-mêmes en jetant des regards incertains en direction de la porte qui venait de se refermer derrière elles. Ni l'une ni l'autre ne se risqua à bouger avant de longues minutes, jusqu'à ce que les bruits de pas se soient complètement éteints. Prenant son courage à deux mains, Alexis se libéra de son bâillon puis aida sa copine à faire de même.
-« Ça va toi ? » chuchota-t-elle d'une petite voix tremblante alors que ses yeux s'habituaient doucement à l'obscurité de la pièce.
-« On est où ? » répondit la fillette apeurée.
-« Je sais pas mais qu'est-ce qu'il fait noir… »
-« Je sais, j'aime pas bien le noir… Et en plus il fait froid… »
Alexis chercha à voir un peu plus autour d'elle afin de se repérer et remarqua une faible lumière qui descendait d'une sorte de puits, de cheminée en fait. A tâtons, elle s'en approcha et invita Alizée à faire de même. C'est alors qu'elle entendit les sanglots étouffés de son amie et se tourna vers elle.
-« Alizée ? » chuchota-t-elle. « Alizée, tu vas bien ? »
-« Chutt…. » intima la fillette en tremblant. « Ils vont revenir… »
-« Je crois pas et puis, s'ils viennent, on les entendra arriver, c'est sûr. »
-« J'ai peur… Je veux ma Maman… »
Alexis prit alors sa copine dans ses bras et se blottit contre elle, cherchant autant à prendre qu'à donner réconfort et chaleur.
-« Moi aussi j'ai peur mais ma Momma elle va nous retrouver ! J'en suis sûre car elle est la meilleure policière de New-York ! »
-« Tu crois ? »
-« Non, j'en suis certaine parce que c'est ma Momma ! Et puis elle est pas seule : il y a Oncle Javi aussi et, avec les autres policiers, ils vont tout faire pour nous retrouver. D'accord ? »
-« D'accord… »
Quelque peu rassurées, les fillettes observèrent leurs liens pendant de longues minutes avant d'essayer de se détacher tant bien que mal.
-« Ça fait mal… » marmonna Alexis au bout d'un moment après avoir en vain tiré sur ses liens.
-« Attends, j'ai une idée, » fit Alizée en se penchant en avant et, prenant le nœud entre ses dents, se mit en devoir de tenter quelque chose.
Après de longues minutes, la fillette sentit ses liens se desserrer doucement pour son plus grand bonheur.
-« Waouh ! Comment tu fais ça ? »
-« Maman me gronderait si elle me voyait faire… Elle veut pas que je me serve de mes dents comme ça… »
-« En tout cas c'est trop génial ! » sourit Alexis pour la première fois depuis qu'elles avaient été enlevées et tout en retirant ses derniers liens.
Sans un mot mais avec un petit sourire malgré tout, Alizée s'attaqua à ses propres liens et parvint à son tour à se libérer de ses entraves.
-« On fait quoi maintenant ? » chuchota la fillette en jetant un regard en direction de la porte d'entrée de leur cachot.
Pendant un moment les deux fillettes écoutèrent en silence puis, vaillamment, Alexis se leva et quitta les bras de son amie pour aller voir si la porte était bien fermée. Timidement, elle tendit la main en direction de la poignée et, après un moment d'hésitation, tenta dans le plus grand silence possible de l'ouvrir mais rien ne se passa. Elles étaient enfermées à clé au fond de cette cave sombre, froide et humide.
Sans un mot, la rouquine attrapa le matelas crasseux et le tira en direction de la faible lumière émise par la cheminée. Aidée de son amie, elle positionna tant bien que mal le matelas non loin de l'âtre de la cheminée et les deux enfants s'y installèrent le plus confortablement possible sans s'éloigner l'une de l'autre. Dans leur prison, elles étaient hors du temps et eurent l'impression que des heures se passaient avant qu'un bruit n'attire leur attention.
-« C'est quoi ? » murmura Alizée paniquée en s'agrippant à son amie alors que des bruits de pas s'approchèrent soudain de leur lieu de détention.
-« Je sais pas mais j'ai peur… » répondit Alexis en jetant un regard terrifié en direction de la porte d'entrée.
Les pas, lourds, s'approchaient de plus en plus. Les fillettes pouvaient deviner la progression de leur ravisseur au fur et à mesure qu'il descendait les escaliers. Pendant un instant, le silence se fit puis la porte de leur cachot s'ouvrit brutalement en grinçant et une silhouette massive se dessina en ombre chinoise. Les fillettes ne distinguèrent pas grand-chose à cause de la lumière vive qui avait soudain envahi la pièce.
-« Humm… Je sens que je vais bien m'amuser avec vous deux… » fit l'individu avec un plaisir pervers évident dans la voix avant de s'avancer doucement, tel un prédateur.
Alors qu'il pénétrait dans la pièce, les deux fillettes reculèrent jusqu'à se retrouver complètement acculées au mur, tremblantes de terreur et ne sachant plus quoi faire ni où se mettre pour échapper à cet individu.
-« Alors les mioches… Prêtes à venir jouer au docteur avec moi ? »
Terrifiées, ni Alexis ni Alizée ne parvinrent à émettre le moindre son. Elles ne quittaient pas l'homme du regard et tentaient d'en rester le plus loin possible de lui, cherchant à se protéger comme elles pouvaient.
-« Humm… Deux pour le prix d'une… J'vais peut-être enfin pouvoir réaliser ce vieux fantasme… » marmonna pour lui-même l'homme en jaugeant les enfants du regard. « Et en plus elles sont pas trop moches… Miam ! Je vais me régaler ! »
Trop concentré sur sa tâche et la vivacité de son fantasme, l'individu ne prêta aucune attention aux bruits qui l'entouraient et fut soudain arrêté par une main ferme sur le bras au moment où il tendait la sienne en direction d'Alexis.
-« Tu fous quoi là ?! » s'écria le second individu qui venait d'entrer en courant dans la pièce.
-« Oh lâche-moi Jay ! On a deux mioches à disposition, on va pas les regarder en chiens de faïence non plus ! »
-« Tu te fous de ma gueule ?! Le boss a été plus que précis : interdiction de toucher à un seul cheveu des gosses ! » rappela d'une voix sèche celui qui semblait être le chef.
-« Oh arrête ! Il en saura rien le boss de toute manière ! Il n'est pas là, » ricana l'homme en tentant de se dégager, ses yeux ne quittant pas un seul instant les deux fillettes terrorisées.
-« Même pas en rêve ! Je sais que tu adores les petites filles et je me demande bien pourquoi le boss t'a embauché d'ailleurs mais sache que tu n'auras pas un centime si tu oses les toucher ! »
-« Tu sais quoi ? Tu fais chier ! Pour une fois que j'ai deux petites dispo en même temps, je peux même pas m'amuser ! Tout ça parce qu'un pauvre type même pas capable de faire la sale besogne par lui-même en a décidé autrement ? »
-« La ferme ! T'as autant besoin que moi de la tune que nous a promis le boss, je me trompe ? »
Pour toute réponse, le pervers émis un grognement et fit une grimace qui exprimait tout son dégoût à devoir laisser passer une telle occasion qui ne se représenterait pas avant longtemps…
-« Non, je ne me trompe pas, » ricana Jay. « Et tu connais parfaitement les conditions du boss… Il a été on ne peut plus clair à ce sujet ! On enlève les deux morveuses, on a le droit de les secouer un peu, de leur faire un peu peur et tout et tout mais on n'a pas intérêt à leur faire le moindre mal ! Sinon, adieu le pognon ! »
-« Fais chier le boss… »
-« Peut-être mais c'est lui qui a le fric donc c'est à lui qu'on obéit ! Maintenant oublie ton fantasme, fais une croix dessus… Enfin tout ce qui t'es nécessaire pour redevenir un minimum civilisé et remonte là-haut fissa ! »
Après un dernier regard aux fillettes et un grognement rageur, le ravisseur pervers quitta aussi brusquement la pièce qu'il n'y était apparu. Alexis et Alizée se regardèrent et soufflèrent pendant une demi-seconde avant de reporter leur regard sur celui qui leur avait permis d'échapper au pire.
-« Je sais que c'est pas cool c'qui vous arrive mais vous en faites pas, le boss a été très clair. Ça devrait pas durer longtemps… » annonça Jay en leur jetant deux petites bouteilles d'eau.
-« Merci, » articula timidement Alexis sans pour autant oser prendre la bouteille à ses pieds.
-« En tout cas, vous avez eu une sacrée chance que je me décide à vous apporter à boire juste au moment où Ray était avec vous, les mioches. Si ça doit se reproduire, ne rester pas dans le silence, criez comme ça j'vous entendrai et je viendrai lui botter son petit cul de connard. D'accord ? »
Trop apeurées par la remémoration de ce à quoi elles venaient d'échapper pour répondre, les deux fillettes se contentèrent de hocher positivement la tête.
-« Et buvez ! Faudrait pas que vous vous déshydratiez ou qu'il vous arrive quoi que ce soit sinon nous risquons de ne pas avoir le moindre centime de la part du boss… »
Comme ni Alexis ni Alizée ne réagissaient, le chef de la bande de ravisseurs prit alors un air encore plus dur et les regarda sévèrement.
-« C'est un ordre ! » aboya-t-il, faisant trembler les deux gamines de la tête aux pieds. « Allez ! Buvez j'vous dis ! »
Se regardant pour se donner du courage, les deux fillettes tendirent leurs mains en direction des bouteilles, les ouvrirent et en avalèrent quelques gorgées sous l'œil satisfait de Jay.
-« Bien ! Maintenant profitez bien de votre après-midi de repos ! On vous apportera à becter un peu plus tard… »
Sur ce, leur chef de la bande de ravisseurs quitta la pièce, referma la porte sans pour autant donner un tour de clé cette fois-ci et remonta dans le hangar. Les fillettes entendirent alors de violents éclats de voix suivis de plusieurs coups de feu. Paniquées, elles se blottirent dans les bras l'une de l'autre. Pendant un long moment, il y eut pas mal de bruit dans le hangar puis, soudain, le silence se fit à nouveau.
-« A ton avis, qu'est-ce qui s'est passé là-haut ? » demanda Alizée dans un murmure en regardant son amie.
-« Je sais pas mais ça fiche sacrément la trouille… Tu crois qu'ils ont fait quoi ? Qu'ils ont tué quelqu'un ? Qu'ils… Qu'ils vont essayer de nous tuer ? » termina Alexis en frissonnant.
-« Nous tuer ? » s'étonna la petite brune terrifiée en ouvrant de grands yeux. « Non je pense pas… Enfin… Le méchant monsieur il a dit qu'il avait pas le droit de nous faire du mal… »
-« Tu dois avoir raison… Et en plus il nous a forcé à boire… Ça doit bien vouloir dire quelque chose, non ? » fit avec un certain espoir la rouquine.
Quelque peu rassérénées, les fillettes s'allongèrent côte à côte dans les bras l'une de l'autre sur le vieux matelas crasseux. Épuisées tant par leur journée que par les émotions qu'elles venaient de vivre, elles s'endormirent d'un sommeil léger. Elles furent réveillées en sursaut quelques heures plus tard lorsque la porte s'ouvrit à la volée.
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