! Je l'ai fait ! Oui ! Ho oui ! J'ai pos-té ! C'est pas le plus beau jour de votre vie ? (ou presque ?) Malgré mon ordi portable qui ne marche pas, malgré mes boulot du samedi, contre vents et marées, en plus du gel, de mes tuyauteries qui ont gelées, de mon gaz qui marche plus (oui, je vis comme une pauvresse… faites un don !), j'ai… POoOOsté !
Heureuses ? Je suis navrée pour l'attente mes chères, mais j'ai lutté jusqu'au bout ! De toutes mes forces ! Je remercie tout de même mes harceleuses professionnelles, et les reviews remplies d'inquiétudes (ne vous tracassez pas, je suis entière et toujours motivée par cette foutue fic' !) et également VILBBES qui me lâche mes traductions en Russe ! Merci beaucoup à toutes ! Maintenant, je vous laisse savourer… Et après ce chapitre, il y aura… L'épilogue de la seconde partie ! Pour passer à la troisième et dernière ! Comme ça déchire la race de sa grand-mère (c'est ce que j'appelle l'auto motivation. Merci.)
Allez, bonne lecture, et laissez une trace de votre passage ou je mettrais encore plus de temps la prochaine fois.
Smile !
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53
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Sans que personne n'eut la présence d'esprit de tenter de l'arrêter et comprenant seulement ce qui était en train de se passer sans en distinguer la raison, Ernesto et Vitor n'eurent que le temps de crier :
- Eris ! NON !
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N'aies pas peur de ce que tu vas souffrir, lui rappela l'Ange alors qu'il contemplait le monde.
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- Elle va céder, cela ne fait aucun doute.
- Oui, elle perd le contrôle. A la prochaine pleine lune, nous verrons notre travail accompli.
-Quelle joie cela va être.
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Assis dans son fauteuil de bois sculpté derrière son bureau d'acajou, Marius fixait le soleil couchant sans ciller après qu'il eut écrit marqué maintes pages de sa plume d'oie, remplissant un peu plus son journal. De minuscules éclaboussures d'encre noire maculaient ses doigts blancs et ses manches qu'il n'avait pas retroussées, traduisant sa vitesse d'écriture et son énervement. Humains ou vampires, les jeunes ne réfléchissaient pas, avait-il constaté à la fin de la réunion de Volterra : c'est à cause de cela que l'ancien du nord s'était senti obligé de remettre les pendules à l'heure. A présent, l'humain Eris déclaré sien ne risquait plus sa vie car Marius ne laisserait jamais un être si doué mourir. Jamais.
Marius avait tout de suite remarqué ses qualités : indépendant, fidèle et combatif. Son défaut le plus flagrant était son immense manque de manière et cette façon étrange de céder à l'égoïsme.
- Il n'est pas égoïste. Il est lié à sa sœur, déclara doucement une voix féminine à l'extrême délicatesse.
Marcus ne répondit pas plus qu'il ne bougea, pétrifié devant le soleil qui affichait ses couleurs roses orangées sur les pierres blanches de sa villa vénitienne.
- Tu lis dans mes pensées, chuchota-t-il pour ne pas perturber la quiétude de sa demeure.
- Toujours pas. Tu parlais simplement à haute voix. Je te disais donc que cet humain-là est lié à sa sœur, répéta patiemment la magnifique Pandora.
Le blond du nord se tourna lentement vers elle, profitant de sa beauté intacte par-delà les siècles. Son ex-femme au port royal et aux longs cheveux sombres n'a jamais perdu de sa prestance, surtout pas après qu'il l'ai transformé.
- Ce… lien dont tu me parles semble être important.
- Il l'est, assurément. Au-delà de la guerre, il nous faut les protéger.
- Tu as souvent été si parfaitement indifférente en dehors de ta propre destinée… Que me vaut l'immense plaisir de te voir démontrer de la compassion ? Soupira-t-il en délaissant le charme de Pandora sans regret.
- Ces humains sont tous deux comme j'ai été de mon humanité : sorcière, et je ne te parle même pas du terme ancien de ce mot ! La magie et la spiritualité ont beaucoup évolué… Et comme je le savais pour mon propre cas, leur place est parmi nous, argumenta-t-elle en se permettant quelques pas silencieux dans le bureau de Marius.
- Le fait que la petite Orphée soit la protégée du fougueux pirate et qu'Eris ait été déclaré comme mien les protègera suffisamment.
- Pour le peu qu'elle revienne un jour. Qu'importe. Leur histoire m'intrigue : l'attachement du frère pour la sœur n'est pas une banalité. C'est surnaturel sans aucun doute. Et cela m'intéresse. Toutefois, je tiens à te prévenir : l'humain est momentanément seul au château car les bretons sont allés chasser pour plusieurs jours. Tu sais que je n'ai pas ton autorité et les débats font rage dans tous les coins de Volterra pour convenir de la conduite à tenir.
- J'y retourne dans l'heure. Ne t'en fais pas.
C'était une manière délicate de congédier son hôte sans déclarer qu'il désirait que cette heure soit la sienne.
- Une dernière chose,… Que feras-tu, toi ?
- Comme depuis plusieurs siècles : je regarderais la guerre et ne m'y montrerait que lorsque j'estimerais qu'elle vaut quelque chose.
Puis Pandora disparut et Marius soupira en passant une main las sur son visage de marbre en pensant que, même exempte de folie, la plupart des vampires se devaient de se distraire. Même lorsqu'un conflit parmi les plus importants qu'ai connu leur race fait surface.
… …
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Elle escaladait une falaise abrupte à mains nues. Des pics de roche flanqués de stalactites de glace lui servaient de promontoire le peu de fois qu'elle s'autorisait à faire une pause. Chose trop rare lorsque l'on avait un fou en contrebas et un autre au-dessus de sa tête. Pourtant l'humaine fatiguée et énervée de jouer le jeu des monstres ne disait mot.
- Tu peux être plus rapide ! lui hurla l'Irokois perché au sommet de l'escarpement. Bouge-toi !
Orphée soupira et comme muée mécaniquement, elle reprit son escalade, les mains sanguinolentes qu'elle ne sentait qu'à peine. Sous les bourrasques, ses cheveux gênaient sa vue et elle aimerait vraiment pouvoir remonter son écharpe et redescendre sa capuche…
- Pourquoi t'inquiètes-tu pour elle ? S'enquit Anton en tenant fermement Eva dans ses bras en une étreinte qui se voulait douce.
- Je la trouve courageuse pour une humaine,…
- Et ?
- Et j'ai du mal à comprendre le sens de tout cela.
Perchés eux-mêmes sur une tour aménagée dans le complexe, ils suivaient distraitement la scène surréaliste : une jeune fille grimpait le long d'une paroi de pierre gelée, sans corde ni harnais. Simplement ses mains fragiles la hissaient vers le haut. Juste leurs deux maitres et créateurs qui attendaient qu'elle monte correctement. Ou qu'elle tombe. Bien évidemment, si elle chutait, sa punition serait à la hauteur de la déception des fous car elle ne mourra jamais de cette façon : l'indien en contrebas était là naturellement pour la rattraper. Pourtant, cela ne rassurait pas Orphée : cet Irokoi pour la plupart du temps muet et immobile ne lui donnait aucune envie de tomber dans le vide.
- Plutôt se planter une stalactite dans la carotide,… se dit-elle en elle-même.
- Certes, répondit le démon, je dois cependant avouer que cet entrainement est le plus instructif que nous n'ayons jamais reçu.
- Rabaisse ta fierté. Je refuse d'être manipulée par ces bâtards dingues.
- En effet, ne perdons pas de vue cet objectif. Mais nous pouvons nous servir de la fierté comme d'un moteur. Et de cet entrainement pour pulvériser nos limites.
- Tu vas avancer oui ? Tu veux mourir congelée ? Ne sois pas faible ! C'est intolérable !
- La colère aussi peut-être un moteur, soit-dit en passant.
- Fermez-là ! C'est pas c'que j'suis en train d'faire ? MERDE !
Et Orphée, perdant son calme, monta de quatre mètres plus haut en quelques secondes, fâchée de ne jamais se sentir à la hauteur. Mais lorsqu'elle leva ses yeux sombres à la recherche d'une nouvelle aspérité pour assurer sa montée, la jeune fille eut juste le temps d'apercevoir l'Irokoi précédemment perché au-dessus d'elle fondre dans les airs. En une demi-seconde, il l'avait percuté volontairement avec une telle force qu'elle se retrouva à voler dans les airs sans rien pour la retenir. Elle hurla plus de rage que de peur avant de se sentir proche de l'inconscience : l'indien en contrebas l'avait rattrapée sans aucune douceur et la maintenait avec trop de force pour que cela soit involontaire.
Sentant son squelette émettre des craquements en tous sens, Orphée ne put que tousser sous l'étouffement en proférant des jurons inintelligibles, tentant de retenir des cris de douleur et d'indignation. Au bout d'une petite minute, l'Irokois la largua à terre comme un vulgaire déchet alors qu'elle ne cessait de se révolter en serrant les mâchoires, frappant le sol de ses poings par intermittence, parfois aussi avec son front, sans même chercher à se relever. Orphée perdait le contrôle.
- Tu ne sais donc pas faire une fois ce qui est bon ? S'insurgea le démon.
- Ta gueule ! Tu ne vois pas qu'ils nous poussent à bout ? Qu'ils veulent que l'on se perde ?
Puis Orphée respira rapidement en se prenant la tête dans les mains, sentant qu'elle avait réellement du mal à rester de marbre devant l'attitude de ses bourreaux.
- Nous parviendrons à te faire perdre le contrôle, petite. Nous connaissons tes secrets pour les avoir appris il y a fort longtemps, dit l'un.
Seul le rire dément caractéristique d'Orphée lui répondit, souvent entrecoupé de sanglots secs, sans larme.
- Oui, tu te perdras au milieu de ta haine et tu vaudras bien plus que tous nos ennemis réunis, murmura l'autre.
- Quand tu auras passé ces épreuves, tu seras traitée comme la guerrière que tu es.
- Nous savons d'ailleurs que tu as toujours eu envie de céder. Que tu rêves de faire exploser ton démon à la surface pour ne plus devoir lutter contre lui.
Les deux ignobles continuèrent leurs litanies hypnotiques sachant pertinemment que, comme Orphée l'avait faire avec Eva, toutes phrases faisaient leur chemin dans l'inconscient et le démon de la jeune fille les accepteraient un jour, pour son égo.
- Crois-tu que nous ne savons rien de tes capacités spirituelles ?
- Oui, penses-tu qu'il nous est impossible de les comprendre totalement ?
Un des indien se penchait sur l'humaine en ricanant alors que l'autre la dominait de toute sa hauteur. Aucune de leur attitude n'étaient satisfaisante : pour le premier, Orphée se sentait acculée et prise au piège. Pour l'autre, elle se percevait écrasée par sa force et sa volonté. Mais au final, elle pouffa encore en serrant tout ce qui lui passait à portée de main compulsivement.
Enfin, ses gestes se calmèrent progressivement et l'humaine soupira d'aise, ayant réussi à imposer le calme à son démon et de passer sa main de glace et de sang sur ses yeux pour obstruer sa vue l'espace d'un instant : pensant absorber l'énergie des monstres pour fuir, elle se doutait que d'autres veillaient sur la situation et qu'elle n'aurait aucune chance de survie en s'aventurant dans le blizzard.
Elle savait toutefois que se cacher ne lui servirait à rien et elle fit son ultime provocation : explosant de son rire terrifiant, elle énonça calmement :
- Je vous défie de me faire perdre le contrôle,…
Se relevant difficilement, elle s'accroupit en face de l'irokoi dans la même position avant d'énoncer en souriant :
- Surtout, ne ratez pas votre coup. Vous risqueriez de le regretter amèrement.
Puis, ce fut le noir : le second chef l'avait assommée d'un coup de poing en plein front.
- Ne l'abîme tout de même pas,…
- Il faut passer à l'étape supérieure tant que nous voyons cette faiblesse en elle. Elle résiste trop bien et elle s'adapte trop rapidement à nos conditions.
- Tu as entièrement raison,…
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N'aies pas peur de ce que tu vas souffrir. Je serais toujours là. Cesse de douter, souffla l'ange.
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Ambiance morose à Volterra, la plupart des clans ayant été chasser dans des coins plus éloignés de la ville Volturi. Santino, toujours à la même place, fixait Giana qui revenait des cuisines le ventre plein, suivie par Eris qui se frottait l'estomac même d'avoir peu mangé. Après un jeûne trop long pour un humain, il était difficile pour lui de retrouver un organe fonctionnel. Il ne devait donc pas forcer la dose de nourriture de peur que son estomac au repos ne veuille pas tout digérer.
La réceptionniste s'examina dans un petit miroir de poche placé dans un des tiroirs de son bureau alors que le prédateur humain grimpait lentement les marches pour rejoindre Santino dans l'ombre, pour guetter encore sans relâche. De toute façon, Eris ne savait pas vraiment à quelle autre activité s'occuper alors que les débats faisaient rage parmi les habitants restés au château. Le ténébreux vampire les entendait tous sans exception mais n'y prêtait guère d'attention : Giana se remettait à classer des dossiers et mettait de l'ordre dans ses annotations. Santino ne s'étonnait plus de la passion d'Aro pour les étagères remplies d'archives datant de plusieurs millénaires.
Eris passa derrière lui et relativement étonné, le vampire tourna son regard sang vers les yeux clairs de l'humain, signifiant par là qu'il désirait être informé de ses activités.
- J'vais chercher un fauteuil et je vous rejoins.
Giana remit en place son petit miroir dans la paume de sa main, croyant à tort que personne ne la voyait, tous les vampires semblant plus occupés à débattre de la situation. Elle lissa ses cernes de la pulpe de son index et remit de l'ordre dans sa coiffure soigneusement tirée à l'arrière de son crâne. Puis, satisfaite, elle s'apprêtait à porter ses piles de dossiers classés aux archives… lorsqu'elle sursauta violemment, alors que Santino soupira sèchement : un rire silencieux de sa part. Il leva les sourcils d'amusement en direction d'Eris qui avait déposé bruyamment son fauteuil rembourré du dix-huitième siècle et le repose pied assortis des mêmes clous et du velours vert intact, sur le sol de marbre à ses côtés.
- Qu'c'est lourd ce bazar ! chuchota-t-il avant de s'installer confortablement en soufflant d'aise.
- C'est mieux ainsi, fit-il ensuite pour lui-même en plaçant ses bras derrière sa tête.
A ce moment, Santino contempla l'immense garçon qu'il avait devant les yeux et remarqua qu'Eris ne manquait pas réellement d'éducation : c'était à sa manière encore un enfant qui refusait les contraintes imposées par son environnement. Vu comme un manque de respect pour la plupart, il s'agissait en réalité d'une subtile rébellion argumentant que tous les Hommes pouvait se conduire comme ils le désiraient à partir du moment où personne ne franchissait de limites.
Ernesto et Vitor arrivèrent à leur tour avec la meute que l'on entendait plus geindre par un miracle non encore défini et le premier prêtre attrapa une des mains d'Eris pour lui fourrer un jus d'orange fraichement pressé dans la paume.
- Des vitamines, répondit-il devant le regard incompréhensif de son protégé. Tu bois et tu te tais.
Et c'est ce qu'Eris fit à petites gorgées alors que ses deux amis échangeaient des nouvelles par rapport aux décisions des uns, à la volonté des autres. Rien qui n'intéressait l'humain qui ne surveillait même plus la traitresse et ses piles de papiers. Son esprit s'égara rapidement loin d'ici, dans un rêve éveillé que les trois vampires respectèrent : Eris fatiguait, c'était à ne pas en douter.
Arrivèrent un peu plus tard Benjamin et Tia comme à leur habitude, déclarant qu'eux restaient au château jusqu'à la fin de la guerre pour des raisons pratiques :
- Inutile de faire des allers retours en avion avec la découverte récente de notre existence par les humains. De plus, s'il faut attaquer groupés un jour, autant être directement sur place, disait Le vampire égyptien qu'Eris n'écoutait que d'une oreille.
Mais lorsqu'il vit un minuscule bouquet de fleurs dans les cheveux ondulés de Tia, il prit subitement la parole en désignant les petits perce-neige.
- T'as trouvé ça où ?
- Ho ! S'enthousiasma Benjamin. Sur les balconnières du tour de garde.
- Haaaaa ! Voilà une bonne nouvelle ! Hein, mes braves bêtes ! S'exclama un Eris joyeux en frottant vigoureusement museaux et encolures des loups qui grondèrent de contentement.
- Il voit des fleurs et il rit. Un jour, je le comprendrais, ricana Sven qui arrivait en contrebas entouré de son clan, hormis son chef.
- C'est le printemps, ignare.
- Certes, une jolie saison et un petit réchauffement du temps en perspective. Un ciel plus clément fera du bien à nos humeurs maussades, j'en conviens.
-… Où est ton chef ?
- Resté un moment sur la côté à une grosse heure d'ici.
La réaction d'Eris pris Sven au dépourvu : l'humain soupira sans retenue, paraissant profondément excédé par l'absence du pirate.
- Que t'arrive-t-il ? S'enquit alors le blond alors que le reste du clan salua Santino avant de se diriger vers leur chambre attitrée. Notre chef te manque-t-il à ce point ?
- Nan, c'est juste le printemps. Une des périodes les plus importantes de l'année.
- Penses-tu vraiment que cela va changer quelque chose à la situation de ta sœur ? Marmonna Benjamin qui ne croyait pas que la saison puisse apporter un quelconque changement.
- Ma sœur te dirait qu'elle y croit et que c'est tout ce qui importe pour sa survie.
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Sauf qu'à des kilomètres au nord dans les trous perdus et abandonnés de Russie, le printemps ne se montrait pas encore.
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Elarik était en effet posé sur un rocher surplombant légèrement la mer. La houle venait frapper la côté ciselée avec force, tant que de petites gouttes aspergeaient le vampire désespéré, logeant de petites étincelles dans ses longues boucles noires. La tête entre les genoux, il tentait de ne plus rien percevoir en dehors du bruit des vagues, malheureusement ce fut vain : le visage d'Orphée lui apparaissait, tantôt souriant, tantôt terrifiée et l'appelant à l'aide. Parfois nue. Parfois malicieuse.
Le pirate avait l'impression que chaque souvenir tartinait une couche de douleur en plus à l'intérieur de tout son être. Tentant de garder le contrôle, il ne fut pas conscient que son démon intérieur était révulsé par la situation et hurlait à la vengeance. Tous les humanoïdes du monde possédaient ces gardiens, ces veilleurs positifs et négatifs. Même les vampires, et Elarik ne faisait pas exception.
Considérant qu'il ne pouvait rien faire de plus en dehors de sillonner la terre en long et en large, il se mit à parler, la mer pour seul témoin. Une superstition datant de son temps affirmait que le vent apportait les paroles énoncées à l'être cher concerné et que celui-ci pouvait les entendre s'il tendait suffisamment l'oreille. C'est ce qu'avait cru beaucoup de marins lorsque les voyages en mer se faisaient trop longs mais Elarik n'avait nullement fait cela, personne ne l'ayant jamais vraiment attendu et lui-même n'ayant jamais été pressé de retourner à terre. Alors il murmura lentement, cherchant les mots justes.
- Je n'ai jamais ressenti cela, Orphée. Jamais,… Si un jour j'ai éprouvé un quelconque attachement dans en mes 510 ans, ces impressions devaient être bien pâles comparées à ce que je… ce qui nait en moi.
Elarik se tut quelques instants. Une certaine quiétude s'installait en lui et il savoura l'odeur de l'eau salée ainsi que la solitude : son clan était enfin parti, cessant de le surveiller. Alors il se permit de parler un peu plus fort, car ce moment semblait étrangement important pour une raison qu'il ignorait complètement.
- Je te jure, Orphée,… Non, je te le promets sur ma vie pitoyable,… Je te jure que si je te retrouve, je ne laisserais plus personne t'approcher. Ce sera cruel, mais je refuserais de t'éloigner de moi une seule seconde encore. Je ne permettrais pas, jamais, que l'on te reprenne à moi. Je ne sais pas où nous en serons si ce moment arrive un jour,… Je sais seulement que je te témoignerais tout mon… Toute mon affection. Même si je ne sais pas vraiment comment m'y prendre. J'aimerais tant avoir la foi de ton humain de frère.
Une mouette couina avec ses consœurs, voletant au-dessus du pirate pensif, avant de se poser sur un rocher dépassant de l'eau bouillonnante. Ce paysage qui d'ordinaire l'apaisait ne faisait que lui renvoyer sa solitude insupportable en pleine figure.
- Reviens-moi,…
Le lourd clapotis des vagues agaça prodigieusement Elarik et il entra dans une colère noire : comment pouvait-il être aussi stupide ? Comment pouvait-il croire que son semblant de prière fut entendu par quiconque ?
- Je ne peux pas me permettre un tel état ! Gronda-t-il, frustré en frappant le sol de son poing. Pourtant je sais, maintenant ! Je sais pourquoi je t'ai trainé jusqu'à Volterra, Orphée ! Ca ne pouvait être que toi,… Il n'y avait que toi pour combler mes vides. Tu as dû le sentir pour me suivre avec aussi peu de résistance. Et j'ai dû le savoir pour t'avoir amenée avec moi. Malgré ça, il n'y a rien ! RIEN pour que tu me reviennes !
C'était vrai : qui exaucerait sa prière alors qu'aucun Dieu n'avait jamais fait attention à lui depuis sa naissance ? Pourquoi maintenant en y aurait-il un ? Cette fois, une rage dévastatrice l'empoigna violemment : il hurla si fort et si longtemps que les mouettes s'envolèrent de peur et que les vagues elles-mêmes semblaient se taire. Et il courut à grande vitesse le long de la côte. Il lui fallait de sang, il se devait de trouver le liquide pourpre pour trouver l'apaisement. Il le fallait.
Non, Elarik ne savait pas. Non, il n'avait aucune conscience de ceux qui l'avaient écouté. Des élémentaux, pour la plupart, ces créatures reines des éléments et de l'équilibre terrestre. Mais quelqu'un de bien plus fort l'avait entendu, il avait écouté avec attention la prière, la passion saisissante du vampire pour son ancienne captive, sa presque confession. C'est simplement pour cela que le pirate sentait l'importance du moment, chose inhabituelle à laquelle trop peu de gens faisaient attention. L'ange avait écouté. Le gardien d'Orphée en avait compris le message veillant çà et là sur l'évolution de ceux qu'aimait sa protégée. Car les anges aiment avant tout.
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Une semaine de plus
Malgré le fait que les loups étaient d'un naturel peu commode, Orphée parvenait à trouver un semblant de réconfort parmi eux. Tous les jours, alors qu'elle subissait les « entrainements » des chefs Irokois et qu'elle réapparaissait ébouriffée et exténuée, la fille à dreads demandait toujours à retourner vers les Garous. Hier soir, elle ne tenait même plus sur ses jambes et c'était une Eva prévenante et douce qui l'avait soutenue jusqu'à eux. Lorsqu'elle eut franchi le bouclier, ce fut un Gévaudan particulièrement à bout qui l'avait pris dans ses bras sans un mot et l'avait placée entre lui et Jivko pour qu'elle puisse récupérer un peu de chaleur corporelle.
Le matin se levait et Orphée, qui pour une fois avait dormi d'un sommeil réparateur, appréhendait le moment où Icare lui ordonnerait de se lever. Cependant, quelque chose avait changé, mais Orphée ne sut dire ce que c'était exactement. Peut-être le ciel plus dégagé que d'ordinaire ?
Ivanov se leva brusquement en constatant que l'humaine était réveillée, comme s'il avait attendu ce moment toute la nuit. Il s'assit précipitamment devant le visage de la jeune fille posé sur une jambe de Gévaudan. Le jeune loup semblait irrité pour une raison qu'elle ignorait, toutefois, percevant le léger tremblement dont il était victime, elle comprit :
- Combien de temps avant la prochaine pleine lune ? Demanda-t-elle d'une voix faible et rauque en lorgnant Icare toujours à son poste.
- Six jours.
- Quelle éloquence,…
- J'ai répondu à ta question, que je sache.
- J'en ai marre de ce silence. Tout est mort, ici.
Orphée n'en dit pas plus et pris fortement la main fébrile d'Ivanov dans la sienne, douloureuse et bandée.
- Ca va aller, tu t'en es très bien sorti la dernière fois ! Fit-elle avec un air encourageant au possible pour se faire comprendre.
- Я боюсь боли, chuchota-t-il avec un air torturé.
L'humaine n'eut pas besoin de traduction, qu'aucun n'aurait eu le droit de lui donner de toute manière, mais elle comprit et ressentit parfaitement les sentiments de terreur qui habitait le jeune garçon face à sa prochaine mutation.
- Tout va bien se passer. Ca ne peut pas être pire, dis-toi le bien.
Lors de ces petites phrases qu'elle énonçait, Orphée s'obligeait à user de différentes expressions et mouvements pour tenter de mieux faire passer ses pensées et cela avait parfois l'air de fonctionner : le jeune Ivanov lui fit un faible sourire, qui n'atteignit pas ses yeux bruns.
- Я надеюсь, что они оставят её с нами на полную луну, soupira Aleksandr en se trainant un peu par terre pour se rapprocher du groupe que formait les deux anciens, Ivanov et l'humaine, alors que les autres loups restaient fixes et silencieux.
Celle-ci ne comprit pas le jeune homme aux yeux bleus. Malgré tout, elle perçut un espoir immense provenant de lui.
- Nous ne devons pas décevoir ses espoirs, justement… ni les nôtres, grinça le démon. Et je ne vois que la solution que nous avons imaginé pour nous extraire avec les loups de cet enfer.
- On t'appelle, humaine.
Ca y était, Icare avait parlé et elle n'avait vraiment pas envie de se lever. Ivanov n'avait pas eu besoin de comprendre la langue pour savoir qu'Orphée allait de nouveau se confronter aux deux chefs. Gévaudan fit un tas des dreads qui lui trainaient dessus pour les placer sur le côté et Jivko descendit ses jambes pour forcer la jeune fille à bouger. Tous savaient ce qu'il se passerait si elle refusait d'obtempérer : il y a deux jours, elle avait refusé de les lâcher et Icare n'avait fait aucune sommation avant de l'expulser violemment de son bouclier. Si fort qu'Orphée en avait heurté le sol pour rouvrir certaines de ses blessures.
En soufflant sans honte aucun, elle étira son corps douloureux pour se relever maladroitement, tous ses membres réclamant le repos : à ce stade, elle n'osait même plus appeler cela des courbatures car ses muscles la brulaient littéralement. Malgré son sommeil profond de cette nuit, la jeune fille bailla tout en accrochant ses dreads en une sorte de queue de cheval à l'aide de lambeaux de tissus, puis elle vit Eva, debout près du couloir qu'elle devait emprunter et l'humaine s'inquiéta :
- Tu ne nourris pas les loups ? demanda-t-elle alors, car d'ordinaire la vampire s'occupait de ramener des plats chargés de victuailles qu'elle répugnait à préparer.
- J'ai tout ordonné, il ne reste plus qu'à servir. Anton s'en charge. Mais… Tu ne veux pas manger, toi ?
- Non. Aujourd'hui, j'ai décidé de m'écrouler de fatigue dans la neige pour ne plus jamais me relever, cingla l'humaine en suivant la vampire de mauvaise grâce.
Eva n'osa rien répondre et encore moins lui annoncer que son épreuve du jour se passait à l'intérieur et au chaud : en effet, après une multitude d'endroits à l'abandon, elles se retrouvèrent à l'autre bout du complexe. La salle aux dimensions extravagantes poudrée de poussières détenait un immense feu en son centre et Orphée eut peur : allait-elle de nouveau être mise à l'épreuve de la chaleur extrême ? C'était arrivé il y a justement deux jours. Aujourd'hui, qu'en était-il ? Elle refusa d'avancer plus.
- Humaine,… ? N'ai crainte, le temps de la prochaine pleine lune approche et tu dois recouvrir l'usage de tout ton corps en guérissant tes blessures physiques, lança un des deux chefs à un angle de l'endroit. Il nous faut donc accélérer la cadence si nous voulons que tu sois prête dans un ou deux mois et donc libérer ton potentiel.
Ecoutant seulement d'une oreille, Orphée aperçu Karan l'illusionniste aux côtés du second maitre, à l'opposé du premier. La tension qui émanait d'eux tous la percutait avec force et sa tête semblait bourdonner.
- Inutile de te présenter notre plus talentueux « magicien ». Ne perdons donc pas de temps. Karan, je t'en prie, occupe-toi d'elle.
… … … … … … … … … … … … … … … … … …
Une heure et demi plus tard, après avoir vu périr et hurler sans sourciller une bonne partie des vampires qui lui étaient les plus chers ou respectés, ces illusions lui martelant qu'elle n'était qu'en somme une minable créature, Orphée sentait les larmes lui monter aux yeux. Epuisement et fatigue, lassitude, qu'importe : elle n'en pouvait tout simplement plus et les forces ne lui revenaient pas. Certes, elle savait que tout ceci n'était que mirages ignobles, mais à certains moments, Karan parvenait à la déstabiliser. Comme présenter un Allen souffrant persistant à lui faire comprendre de toutes les manières qu'elle n'était qu'une friandise condamnée. Ou Wilfried grondant que jamais au grand jamais la gamine à dreads n'avait une quelconque importance parmi eux. Ou Marius qui,…
Orphée comprenait que son propre cerveau fournissait les arguments de ces illusions car d'une certaine façon, elle savait comment elle était perçue par le tout Volterra. Et cela entraina le doute.
Une larme roula sur sa joue alors qu'un Armand brulé lui affirmait qu'elle n'avait aucune valeur et l'humaine essuya rageusement cette larme témoin de sa faiblesse : jamais elle n'aurait dû s'attacher à ces vampires.
- Tu peux tenir, petit Orphée,… souffla l'un des indiens. Après cela, plus rien ne t'effrayera.
Puis, le mirage démontra son frère, seule chose qu'eut pu trouver un Karan grimaçant, ne détectant pas l'ombre d'un souvenir de ses parents, protégés par la barrière mentale qu'elle s'était forgée il y a longtemps. Devant la vision de son frère qu'elle n'avait pas vu depuis trop longtemps, l'humaine s'abaissa en tailleur pour se recroquevillée sur elle-même. Rassemblant le peu de chose qui lui restait de sa volonté, elle priait de toutes ses menues forces. Elle priait pour réussir à sortir de ce pays. Vivante et saine d'esprit.
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- Ma sœur est en train de prendre une décision.
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- Tu vaux beaucoup plus que Volterra a bien voulu le voir ! Beuglait ensuite le chef Irokoi comme énonçant une évidence, quelques heures plus tard.
Epuisée mentalement cette fois, son démon était pourtant flatté devant les propos du monstre et Orphée ne parvint pas à le calmer. Elle n'essaya même pas. Aucun doute possible : la fatigue aidant, elle commençait à perdre la tête. Toute l'après-midi, elle avait vu son vampire, son Elarik, mourant de toutes les façons possibles et imaginables, décrivant tantôt son amour profond pour elle, tantôt sa haine évidente devant la chétive créature qu'elle était. Toute l'après-midi, elle avait ressenti ce manque terrible et commença réellement à pleurer à gros sanglots désespérés. Il était sans compter qu'en dehors des voix, les mirages n'étaient pas dénués de bruits d'os brisés, de projection fantomatique de sang ou d'anatomie interne. Ainsi, si l'illusion perdait un bras, Orphée ne perdait aucun détail.
Elle finit par détourner le regard pour la énième fois. Et pour la énième fois, un des chefs lui attrapa le visage à une main pour la forcer à regarder.
- Regarde-le ! Murmura-t-il à son oreille. Regarde en face ce monstre qui t'a pris ta vie !
- Oui ! Constate ce qu'il est !
- Ose-nous dire que ce n'est pas ce qu'il mérite !
- Sois joyeuse face à sa torture !
- Vous tentez de me pousser à la folie ! Jamais vous n'y parviendrez ! JAMAIS ! Hurla Orphée en laissant couler ses larmes, résistant toujours à la pression qu'exerçait son démon insatisfait. Ses yeux charbons contrastaient avec ses larmes mais un rictus de colère anima ses traits rougis.
- Alors pourquoi pleures-tu ? Dit calmement celui qui la maintenait en place.
- Tu pleures parce que tu n'es rien ! Rien pour nous tous ! Juste bonne à mourir sans être même dégustée ! cria l'illusion de son pirate.
- Tu vaux mieux que ces pathétiques vampires amassés dans un château et qui t'ont retiré toute liberté.
- Vois tes capacités hors du commun ! Participa Karan conscient que ses maitres comprenaient clairement le mécanisme complexe du psychisme de l'humaine qui ne distinguait presque plus le vrai du faux.
Orphée se tordait comme de douleur sur le sol, la tête entre ses mains tendues comme deux serres d'aigle, comme prêtes à s'ouvrir le crâne en deux.
- Réjouis-toi ! Tu ne seras plus traitée en paria parmi nous, une fois ces épreuves terminées ! Tu sais qu'elles sont nécessaire pour te permettre d'aller plus loin et d'exprimer tout ton potentiel !
Le démon, heureux qu'on le juge enfin à sa véritable valeur, jubilait alors qu'Orphée perdait le contrôle : sa seule action consistait à se martelait une phrase dans le fond de son crâne : Fuir. Retourner à Volterra. C'est le dernier ordre qu'elle se donnait.
- Soit des nôtres ! Bats-toi ! Et tu seras traitée en reine !
- Je serais toujours là. Toujours. Tes aimés t'attendent et te soutiennent, lui fit comprendre l'Ange en apparaissant furtivement dans son esprit, souriant comme si rien de grave n'était en train de se produire.
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Fêlure.
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Quelque chose s'était rompu dans la cervelle d'Orphée. Fuir. D'un seul coup, elle se mit à exploser de son rire maladif. Le rire d'un fou. Pourtant, son air n'était pas à la joie : la rage pure était imprimée sur son visage et elle se releva sans taire sa fausse hilarité incontrôlée. Fuir. En faisant un maximum de dégâts.
Son démon, elle et l'Ange n'étaient pas en accord sur leur vision de la situation. Les fusibles ont lâché. L'équilibre fragile que travaillait Orphée depuis si longtemps avait momentanément cessé d'exister. Son âme elle-même se rebellait contre son existence difficile. Son démon pensait qu'enfin ils pouvaient exprimer toute leur puissance alors qu'elle trouvait cela injuste et dur. L'Ange la poussait simplement à ses extrêmes car rien ne l'endurcira mieux que ces épreuves.
L'Ange soutenait le démon. Car ils ont le même rôle : pousser leur humain à la compréhension et à l'évolution. Qu'importe leur nature.
Fuir.
Orphée s'avançait en titubant, ses pupilles de la couleur d'un abîme sans fond, et tenta de s'attaquer à l'illusion d'Elarik toujours présente, que Karan dévia habillement de la trajectoire de l'humaine. Orphée s'acharnait, voulant faire taire le mirage que l'indien ne cessait de déplacer. Elle hurla des propos incohérents en tentant de libérer sa colère de son corps, sentant la chaleur, le feu de celle-ci qui tournoyait à l'intérieur de son être. Cette énergie, qui ne parvenait pas à s'échapper, tourmentait la jeune fille au point de lui faire perdre tout repère.
Aussi rapidement qu'elle avait tenté de frapper le mirage cauchemardesque, elle s'attaqua au feu de bois présent dans la salle, l'envoyant valser vers Karan d'un coup de pied. Les braises volèrent sans jamais atteindre le vampire et Orphée gronda sa rage d'un cri long et rauque avant de partir dans un rire des plus glauques. Enfin, elle s'esquiva en brisant une fenêtre et couru comme une dératée dans la neige et la nuit qui tombait.
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- Oui, elle a pris une décision, soufflait Eris dans la petite église du château de Volterra.
Puis il n'avait plus émis un mot, s'occupant à placer de façon symétrique les deux toiles représentant l'Ange qu'Orphée avait ramené un jour du presbytère de Montebradoni, l'ancienne habitation des deux prêtres. Quand cela fut fait selon son goût, il alluma deux bougies au centre de l'autel et s'assit sur une chaise qu'il avait placée exactement au centre des petites flammes et des deux icones.
- Tu te fais du mal, fils,… murmura Ernesto, indécis sur le comportement à adopter.
- Je vais réellement prier pour la première fois de ma vie. Respectez ça, répondit Eris d'un air plus que sérieux et concentré.
Il allongea ses longues jambes devant lui et croisa les bras. Vu d'un air extérieur, on aurait plutôt dit qu'il allait regarder un bon film. L'église était silencieuse et les pas vampires discret ne la troublaient pas. Le soleil, planqué derrière quantité de nuages éclairait faiblement les vitraux, donnant un aspect inquiétant au lieu de culte.
- Es-tu… désespéré ? Lui demanda avec difficulté le père Vitor.
- Non. Je n'ai jamais été aussi lucide. Mais un seul faux pas de sa part,… une seule mauvaise décision ou de manque de courage au mauvais moment peut être fatal. Je dois rester vigilant.
- Pardonne-nous d'avoir perdu la foi,… regretta Ernesto suivi d'un soupir de son comparse.
- Je vous pardonne. Mais jurez-moi de tenter toutes vos prières possibles. La transmission d'énergie se fait autant par la qualité que la quantité. Et ma sœur a besoin de toutes nos ressources.
- Nous le jurons.
Et les deux prêtres s'éclipsèrent en silence, accablés par la situation qui stagnait pour tout le monde, pour ne pas dire qu'elle reculait : la moitié des vampires avaient déserté Volterra, plus rien ne faisant avancer l'enquête sur les positions Irokoises. Plus d'indices. Plus de faits divers. Le silence radio.
Mais de tout cela, Eris s'en fichait éperdument. Il se concentrait doucement, fumant de temps à autre une cigarette qu'il jetait dans un récipient de verre posé à ses pieds. Durant les heures qui passaient, pas mal des habitants restants du château passèrent par l'église : par simple curiosité, pour avoir des nouvelles, ou en guise de soutien. Sven arrivait toujours de sa démarche assurée et se posait en retrait par rapport à l'humain, sans un bruit, l'air hésitant quant à la démarche à suivre. Sybelle et Benjamin trainaient sans hésitation leurs ténébreux vampires Armand et Santino, déclarant qu'ils désiraient tout deux soutenir les magiciens qu'étaient Orphée et Eris, et donc Elarik par le même biais, assurant qu'un tel amour ne pouvait mourir aujourd'hui. Ernesto et Vitor ne cessaient leur aller-retour, entre les cuisines et l'église, ne sachant plus comment prier de leur nouvelle nature alors que l'acte était évidemment le même.
Tous restaient là un moment, silencieux et respectueux de l'endroit. Parfois, les vampires conversaient si bas qu'aucun humain ne les entendait.
Plus tard, Benjamin fit son apparition aux cotés de Marius, s'approchant des deux prêtres en contemplant curieusement l'autel aménagé par l'humain qui ne bougeait à présent plus, avant de repartir en souhaitant qu'une solution soit trouvée rapidement pour la paix de leur existence.
Pendant la nuit qui suivit, Sybelle et Benji ayant quitté le lieu pour aller se coucher, quelques membres des clans américains entrèrent également, seul Eléazar resta planté devant l'entrée du batiment, observant sans un mot l'énergie d'Eris qui montait vers le ciel.
… …
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J – 2
L'Ange et le Démon se trouvaient comme face à face, chacun dans sa propre dimension à l'énergie positive ou négative. Les deux guides principaux d'Orphée se contemplaient sans vraiment s'intéresser l'un à l'autre : ils faisaient partie d'un tout, d'une même âme plus exactement, et par conséquent n'avaient rien à apprendre l'un de l'autre. Ces guides que possède tout humain ont un seul but commun : la réussite de leur destinée et donc celle de l'être sur lequel ils veillent, pour le peu que l'être en question face attention à eux.
Orphée à présent s'était laissée aller dans ce que la plupart des Hommes appelaient la folie : simple connexion poussée avec les morceaux de son âme, elle était connectée avec ces gardiens, justement. Elle avait confiance, plus que jamais, en ses choix. En les choix que son âme avait faits bien longtemps avant sa naissance, construisant ainsi sa destinée. Qu'importe les épreuves. Il y a des choses à accomplir à présent
Alors que l'Ange et le Démon la suivait en train de courir à travers les étendues de neige, ils sentirent rapidement d'autres êtres se joindre à leur intérêt : l'appel d'Orphée, relayé par la détresse et les prières d'Eris, était donc bien entendu. Son frère relié à elle de par les vies qu'ils avaient vécues ensemble apportait un poids non négligeable. Tous ces gardiens s'unir momentanément car c'était la seule chose à faire : les dés étaient jetés et l'humaine n'avait plus qu'un choix à faire. Plus rien ne modifierait l'histoire d'Orphée aux cheveux de feu et sa destinée devait s'accomplir si elle en avait le courage jusqu'au bout.
Au moment où les guide d'Eris se manifestèrent également, car tout humain les possèdent en leur entourage pour le peu qu'il veuille bien en prendre soin, Orphée se stoppa net alors que Karan la poursuivait prêt à lui mettre la raclée de sa vie : une fleur minuscule se frayait un passage fragile entre une sapinière épaisse où la neige n'était pas parvenue à étendre son blanc manteau et les abords des feuillus. Une fleur d'espérance qui était en vérité un signe de plus : le printemps arrivait, les loups muteront bientôt, il fallait agir.
J – 1
Les loups se transformaient, anxieux devant le comportement incompréhensible d'Orphée qui faisait des mouvements étranges, allongée sur le sol poussiéreux du bâtiment, en chantonnant comme si le monde n'existait plus. Mais les guides ne réagissaient pas. Tout était normal, car ils sentaient la pression qu'exerçaient sur eux Orphée, son énergie et ses pensées s'enroulant autour d'eux. L'humaine planait, gavée du vampire Karan qui se remettait difficilement de son attaque : c'est lui qui l'avait retrouvée au milieu des sapins, penchée sur la rare verdure et ce fut pourtant elle qui le tirait par le pied pour rentrer au complexe militaire, sous l'œil approbateur des deux chefs indiens à qui elle ne manqua pas de faire un sourire fier et provocateur.
Bien que rien en son comportement ne la trahissait, l'humaine doutait tout au fond d'elle. Était-elle capable de s'enfuir pour sa propre vie ? Oserait-elle le pire pour se sortir d'ici ? Orphée n'osait y penser alors elle chantonnait encore et encore, bougeait et agissait sans but et cela effrayait les Garous, mutés ou non, malgré le fait qu'à intervalle régulier elle leur offrait le soutien nécessaire avec légèreté en plus d'un sourire équivoque.
Avait-elle craqué ? Avait-elle laissé le démon de son esprit l'envahir au point de ne plus connaitre la portée de ses actes ?
Pourtant, Eris sentait son doute et devint à son tour fébrile, trifouillant sa mémoire pour trouver une solution simple et logique pour ainsi booster la Volonté de sa sœur et se promettre son retour indemne. Il se trémoussa dans sa chaise de bois, toujours devant l'autel allumé, ignorant le regard intense de Sven qui tentait de comprendre l'activité de l'humain aux yeux bleus clairs.
Aucun guide ne s'inquiéta cependant : ils restaient confiants en l'avenir et rien n'était joué d'avance : les humains sont des champions pour changer leur fusil d'épaule au dernier moment et la Volonté d'Orphée agira de la même façon. Il ne leur fallait qu'attendre afin de savoir si elle agirait comme il le faudrait…
Jour J.
Les enfants de la lune étaient à présent tous transformés, hormis Jivko et Gévaudan. Les deux anciens, bien qu'excités par leur astre attendaient un signe de l'humaine folle pour se décider à muter. Ainsi, Orphée ne faisait que chantonner, calmant les jeunes Garous agressifs et elle avait déjà essuyé plusieurs attaques violentes sans broncher, sous le regard lointain mais bien présent des deux chefs Irokois satisfaits : l'humaine s'était perdue dans les recoins de la folie et il ne manquait plus grand-chose pour qu'elle leur appartienne.
Puis, sans prévenir, alors que Jivko et Gévaudan s'étaient décidés à se transformer persuadés également que la fille folle valait mieux être tuée plutôt que d'obéir un jour à sa folie comme le désiraient ardemment leurs ennemis, elle leur lança un regard équivoque. Il ne dura qu'une petite seconde et bien qu'ils ne comprenaient pas réellement ce qu'elle avait en tête, ils devinrent enfin loups pour la plus grande joie de leur instinct primaire, mordillant les mollets de leurs jeunes comparses pour rappeler doucement leur autorité.
- Bon ! C'est quand qu'on sort ? Lança Orphée en se mettant sur ses jambes, souriante comme jamais.
Les deux chefs Irokois ayant donné leur autorisation la seconde fois, Eva et Icare ne se posèrent pas de question et se dirigèrent d'eux-mêmes vers la sortie, se lorgnant sans vraiment comprendre la situation et le comportement de la petite dingue. Les loups suivirent encastrés dans le bouclier du vampire grec avant de marcher avec plaisir dans la neige, gambadant presque en grondant leur contentement. Quant à elle, Orphée grimpa avec peu d'agilité sur Jivko, qui tenta une première fois de la déloger mais lorsque qu'il la fit basculer vers l'avant, près de son oreille, elle murmura d'une voix presque inintelligible :
- C'est maintenant ou jamais.
Et il la laissa se placer sur la cambrure de son dos, un frisson lui parcourant l'échine : qu'allait-il se passer qu'il ne soit au courant ?
Pourtant, malgré son apparente assurance, elle tremblait presque sous le doute. Reliée à l'autre monde, ses guides lui insufflant l'énergie nécessaire pour rester debout sous la terreur qui l'habitait, elle ne se sentait pas prête à combattre. Qui était-elle, petit bout de femme d'un mètre cinquante pour tenir tête à quatre vampires – car Anton et Karan s'étant joints à Eva et Icare – et surtout pour… Quelle idiote ! S'était-elle cru en plein dans ses films d'actions où l'héroïne, après un super saut-périlleux arrière du vingtième étage d'un immeuble de luxe, atterrie dans une piscine et en sort sans une seule égratignure, sans maquillage qui dégouline en se faisant les ongles ? Elle failli partir dans un énième délire de son subconscient, comparant sa propre apparence avec celle de sa vision : elle était sale avec ses vêtements trop grands, les mains et les membres couverts de gerçures dues au froid, ébouriffée comme jamais et des plaies sur la moitié du corps. Sexy…
Les guides sentaient qu'ils la perdaient et le moment étaient crucial : Orphée se devait de prendre courage et rien d'autre. Elle devait cesser de réfléchir pour simplement ressentir les gestes à accomplir. Et elle se perdait lentement.
- Il ne faut pas,… Enfant, il ne faut pas… Lui hurlait son âme, lui criaient ses guides.
- Debout ! Il est grand temps ! Beuglait le Démon.
- Fais ce que tu as à accomplir,… Fais-le sans y penser. N'aies point de haine pour ceux que tu vas blesser, disait l'Ange.
… …
… …
… …
Eris se leva sans préambule devant un Sven étonné. Le vampire blond était le seul à ses côtés, tous les vampires restés à Volterra se réunissant régulièrement dans la bibliothèque pendant que les humains se nourrissaient.
- Crois-tu en moi ? Demanda Eris sans regarder Sven, après quelques pas abruptes.
- … C'est la raison pour laquelle je ne te quitte pas. Malgré le fait que je pense attendre un miracle, lui avoua-il après une hésitation. Les yeux carmins du vampire tentait de saisir la lueur qui habitait les pupilles bleus acier de l'humain, mais ce dernier ne le regarda pas. Il se remit à marcher d'un pas décidé.
- Que se passe-t-il ? Interrogea le blond en bloquant l'accès à la sortie d'Eris, les mains fermement serrées autour des hautes épaules du frère d'Orphée.
Il ne répondit pas tout de suite, penché en avant comme si une force implacable le poussait en avant. Le bruit de son souffle se répercutait sur les murs de la petite église, bientôt derrière lui. Eris semblait en proie à un drôle de phénomène : il semblait complètement ailleurs, déconnecté de la réalité.
- Il ne se passe rien que je puis expliquer avec des mots. Maintenant, pousse-toi : il faut que j'agisse avant de perdre le courage.
Vaincu et curieux, Sven le relâcha non sans le suivre à la trace. L'humain marchait à travers les couloirs sans se préoccuper de rien. Il serrait les poings à intervalles égales, comme soumis à une pression terrible. Il soufflait et l'ayant quelque peu dépassé, le prédateur détecta des presque larmes dans ces yeux bleus remplis de détresse.
Eris arriva dans le hall officiel du château, droit et crispé, il tourna son visage vers Giana qui ne fit attention à rien. On pouvait voir d'ici les humains et les deux hybrides du château qui prenaient leur repas, sous les discussions animées de Benjamin et Carlisle, ainsi que d'autres vampires plus silencieux des mêmes clans, alors qu'Ernesto et Vitor rangeaient consciencieusement la vaisselle déjà lavée. On pourrait presque croire que tout le monde était détendu, qu'il faisait beau dehors, que la Terre était en paix. Mais ce n'était pas le cas dans le cœur et la tête d'Eris : il y faisait nuit, il y avait des cris rauques, des corps démembrés et des voix effrayantes qui se mêlaient honteusement à ce capharnaüm sans fin qu'était son subconscient. Ce n'est que lorsqu'il croisa les pupilles sang de Sven que le vampire désigna la flamme qui animait les yeux d'Eris : la folie de celui qui n'avait rien à perdre.
- Ca n'a rien de personnel. Je suis désolé, dit calmement Eris alors que son ami tomba à genoux, surpris et sans plus la moindre force. Se faisant, il lâcha un très court gémissement, qui fit taire tous les rires et toutes les voix s'élevant des cuisines.
Mais Eris n'entendit rien : il était déjà passé à l'action alors que tous ceux présents s'étonnaient de la scène : Sven avait les yeux noirs et sa peau grisâtre ne laissant aucun doute quant à ce qu'il venait de se passer. L'action dura presque deux ou trois seconde : à la vitesse d'un vampire, Eris se saisit d'un couteau de cuisine aiguisé devant même Ernesto qui n'eut le temps de réagir et reparti à la même vitesse en sens inverse. En sens inverse, soit droit sur Giana. Sans que personne n'eut la présence d'esprit de tenter de l'arrêter et comprenant seulement ce qui était en train de se passer sans en distinguer la raison, Ernesto et Vitor n'eurent que le temps de crier :
- Eris ! NON !
Ces cris masculins furent mêlés à la féminité de celui de Giana. Court et bref, elle ne put rajouter une syllabe : le couteau s'était logé dans sa jugulaire, la coulant presque au mur alors que son sang bouillonnait en dehors et en dedans d'elle. La réceptionniste Volturi sentait la chaleur du liquide vital lui couler sur la poitrine et dans son œsophage. Doucement, elle crachota en grimaçant d'incompréhension avant d'être secouée de soubresaut, étouffant dans son propre sang qui coulait à gros bouillons, éclaboussant un Eris à la figure dure et implacable.
Tous les habitants du château avaient bien entendu ce raffut et s'était instantanément attelé à venir séparer d'éventuel duelliste. Mais non, ce n'était pas un combat et ils en étaient si atterrés qu'aucun ne prononça un mot, ne comprenant pas cette aliénation humaine désespérée. Du moins, c'est ce qu'ils croyaient tous : l'homme perdu de n'avoir pu rejoindre sa sœur a trouvé un responsable sur qui passer sa colère. C'était tout. Giana elle-même n'avait pas compris la puissance du impulsion couplée à l'empathie des deux frère et sœur. Non, jamais elle n'aurait imaginé que l'énergie provenant du geste et de la Volonté d'Eris allait sortir Orphée de sa léthargie, que la mort de Giana allait être ressentie comme le coup de pouce pour que ses doutes s'envolent, que les guides parviennent à lui faire entendre raison. Pour annuler la peur qui la prenait à la gorge et empêchait toute action.
- Que… Commença Vitor, avant de sortir précipitamment à cause de son statut de vampire nouveau-né, bien vite suivi d'Ernesto.
A des centaines de kilomètres de là, la gamine à dreads fronça les sourcils et rejeta violemment la tête en arrière : une énergie dévastatrice et une émotion colossale la percutèrent de plein fouet et elle savait alors que sa décision était prise :
- MAINTENANT ! Hurla-t-elle en s'agrippant à la toison de Jivko, affrontant le chemin que son âme avait choisi.
Eris suçota ses doigts rougit machinalement et darda un regard noir et rouge sur le cadavre de Giana aux yeux fixes et transparents s'affaler sur le sol. Il rendit progressivement l'énergie vampire volée à Sven et celui-ci se releva en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Si Orphée avait été frappée par l'énergie qui lui donnait le courage d'accomplir ce pourquoi elle voulait se battre, Eris était étouffé par les questionnements et parfois la réprobation des vampires et humains l'entourant. Il jeta son regard clair dans les yeux de l'ancien Marius car il se savait protégé par lui et énonça gravement :
- Malgré le respect que je vous dois, j'estime devoir tout faire pour récupérer ma sœur qui n'a rien à faire dans vos histoires.
Mots simples et enfantins qui prouvaient à quel point il était lui-même perturbé par son geste, car c'était la première fois qui faisait couler le sang et qu'il affaiblissait un être vivant au point de le tuer. Car pour tout vampyre psychique qu'il était, Eris n'avait jamais abrégé la vie de quiconque.
- En quoi ce geste a pu seulement la sortir de là où elle se trouve, demanda Benjamin d'une voix blanche, éprouvé par la rare violence dont avait fait preuve le frère.
- Plus que tu ne peux l'imaginer. La volonté agit à travers l'espace et le temps. Il y en a surement un qui a vu de quoi il s'agissait, répliqua Eris en levant les yeux sur Eléazar perché sur les marches du grand escalier.
Puis il alla lui-même s'enfermer dans les cachots, emportant les restes de Giana avec lui.
… …
… …
… …
Hé ? Pourquoi vous faites cette tête ?
Si c'était pas un chapitre-super-long-de-la-mort-qui-tue !
: )
À bientôt.
