Chapitre 44 : Max le matricide
La porte du motel claque dans leurs dos tandis que Sam dévore les lèvres de son frère avec une avidité inquiétante, leurs corps étroitement enlacés. Dean n'est pas en reste, ses mains explorant à toute allure les endroits les plus stratégiques : torse, dos, fesses... Ils en oublient de respirer.
Sam force Dean à reculer contre le mur, plonge son visage dans le creux de son cou le temps de mordiller avec gourmandise la peau découverte. Puis revient lui ravir les lèvres. Ses mains se font inquisitrices, son souffle s'accélère.
Oh Dean a beaucoup de mal à ne pas perdre la tête quand Sam s'emporte de cette manière ! Comme c'est bon ! Rassurant... familier ? Une musique des corps qui sonne juste, mélodie grave et vibrante. Profonde comme le cratère de leur vie.
« Sam …
-Tu m'as manqué putain !
-Tu plaisantes ? On était tout le temps ensemble je te rappelle. »
Dean reprend son souffle, ne bouge plus tandis que Sam est encore très occupé à parcourir sa peau du bout de sa langue.
« Ne fais pas semblant de ne pas comprendre, abruti ! » trouve-t-il le temps de lui répondre.
Dean glousse. Les lèvres de son frère atteignent à présent sa clavicule. Petit frisson.
« Ok, ok, c'est assez clair, tu as raison. »
Il ramène avec autorité la tête de Sam au niveau de son visage et l'embrasse encore. Déchaîne sans s'en rendre compte une tempête brûlante dans la poitrine de son frère. Il se presse encore plus contre ce corps tentateur. L'entraîne sans ménagement vers ce lit tout prêt à les accueillir. Emporté par ce désir contenu trop longtemps. De très mauvaises pensées viennent envahir son esprit, images non censurées bien trop excitantes.
Et la voilà bientôt, la colère qui couve au fond de lui. Le besoin malsain de posséder son frère, de toutes les façons possibles et imaginables. Prouver que c'est le monde qui a tort, que Sam ne lui appartient qu'à lui, et à personne d'autre. Et que rien ne pourra le lui enlever. Il pousse Sam contre le matelas, se retient de lui mordre trop violemment les lèvres. Sam laisse échapper un gémissement d'anticipation qui augmente encore, si c'est possible, l'envie de son frère.
A cet instant, Sam est sa chose.
Pensée qui entraîne involontairement un choc dans le cerveau de Dean. Il se fige brusquement. Une immobilité qui ne gêne pas Sam, il en profite pour glisser ses mains là où elles n'ont habituellement pas le droit d'aller. Une hésitation, une angoisse, une crainte serre la gorge de Dean soudain. Rien à voir avec une envie de faire marche arrière. Mais peut être une peur de répéter ses erreurs passées.
Il ne peut pas concevoir leur relation de cette manière ! C'est bien trop glauque ! Ne représente en rien la force de ses sentiments pour Sam ! Un dégoût puissant se répand en lui. Il se hait, brusquement, de ne pouvoir exprimer son affection que par un biais aussi tordu.
Comme si seule la douleur qu'il provoque en s'emparant de son frère pouvait démontrer la force de ce qu'il ressent. N'importe quoi ! Il se crispe, semble reprendre ses esprits. Non, ce n'est pas bien, pas comme ça, pas alors qu'il n'arrive pas à se maîtriser.
Sam ne mérite pas ça.
Ce dernier sent la légère résistance que Dean lui oppose soudain. Pas grave, il se contentera d'appuyer un peu plus fort, quitte à clouer Dean sur ce putain de lit !
« Heu Sam ... »
Mais Sam est loin de l'écouter. Assez parlé pour aujourd'hui. Ce n'est pas ce dont il a envie là tout de suite. Il renverse leurs positions et plaque Dean contre le matelas de tout le poids de son corps. Avant de repartir à l'assaut de ses lèvre. Impossible de se lasser de ces embrassades ! Sans s'apercevoir que Dean lutte contre une pulsion intérieure. Essaie à grand peine de retenir la violence qui s'empare de lui dès lors que Sam se frotte comme ça.
Oui, il vaut mieux qu'il se retienne, parce que toutes ces choses qu'il a envie de lui faire … Ce n'est pas raisonnable ! Pas même souhaitable. Il ne veut plus l'aimer de cette manière.
Sam ne mérite pas ça.
« Attends... l'affaire... » proteste alors Dean d'une voix un peu étouffée.
Sam grogne pour toute réponse. N'arrête pas pour autant ce qu'il est en train de faire. Pourtant Dean n'y est plus du tout. Il a besoin de réfléchir, de comprendre comment contourner cet obstacle qui l'effraie. Comment aimer sans violence. Sans révolte. Sans tristesse. Merde, personne n'a su lui apprendre une chose aussi élémentaire !
Sam n'a aucune idée de ce qui se passe dans la tête de son frère.
« Sam, c'est pas trop le moment là... et tu m'écrases... »
Mais le cadet est trop occupé à glisser ses mains sur cette peau étonnamment douce. Il s'attaque avec précipitation aux boutons de cette chemise, sur son chemin. Putain, mais il va me violer ou quoi ?! S'énerve soudain Dean. Sans remarquer que cette réflexion a un curieux effet, juste là, sous sa ceinture.
« Sam ! J'ai dit stop ! »
Cette fois il a crié. En désespoir de cause. Certain que si Sam continue sur cette voie (délicieusement tentante il est vrai), sa capacité de réflexion se fera de nouveau la malle, et qu'il retombera dans ce travers qu'il essaie d'éviter... Prendre son frère comme une bête sauvage.
Dean n'a aucune prise sur son désir ! Il ne le gère pas du tout ! Préfère fuir que d'y céder encore et laisser Sam en faire les frais. Son frère n'a pas à supporter ça, ce n'est pas juste. Est-ce que c'est aussi une manière de le protéger ? Peut être bien.
Dean n'a plus envie d'abîmer ce qui lui est le plus précieux.
Sam lève une tête interloquée. Pour être honnête, il n'a pas vraiment écouté ses protestations précédentes. Son regard est rempli d'incompréhension tandis que Dean le pousse brutalement de coté. Il a l'air furieux. Pas exactement l'humeur que Sam espérait.
« On se calme ok ?! » fait encore Dean, malheureux de n'arriver à s'exprimer que de cette manière brutale.
Ce qui est justement, partie prenante du problème.
C'est trop compliqué, Dean a besoin d'un peu de temps. Juste un peu de temps. Dean ne renonce pas à Sam, pas après tout ce qu'ils ont traversés pour en être là aujourd'hui. Il ne veut pas reculer, non, il voudrait juste être capable d'avancer dans la bonne direction. De faire les choses comme il faut.
Le problème étant qu'il n'a absolument aucune idée de comment s'y prendre ...
Pourtant quand il pose les yeux sur la mine défaite de Sam, il regrette immédiatement son ton autoritaire. Il soupire, relâche la tension et s'assoit à coté de lui sur le lit.
« Sam, je voudrais juste qu'on s'intéresse à cette histoire. Ça a l'air plutôt urgent... »
Sam hoche lentement la tête. Reprend ses esprits comme il le peut. Boulot. Dean préfère parler boulot... Il n'aurait pas parié là dessus.
« 3 morts en quelques jours, dans une petite ville comme ça, c'est inquiétant non ? » persiste Dean.
Très bien. Dean décide de se montrer sage et raisonnable, contrairement à lui. Une fois n'est pas coutume. Sam se passe rapidement la main sur le visage, presse ses paupières fermées.
« D'accord. Tu as raison. C'est stupide, on va pas s'envoyer en l'air alors que des gens sont peut être en danger.
-Voilà » confirme Dean.
Le problème, c'est qu'il y a en permanence des gens en danger. Trouveront ils malgré tout le temps de profiter l'un de l'autre ? Entre deux chasses, c'est la seule solution. Est-ce que c'est ce que Dean essaie de lui faire comprendre ? Sois raisonnable Sam, s'encourage-t-il. Si seulement son corps pouvait être d'accord avec lui, et se détendre un peu. Sa frustration est quasi douloureuse. Il plonge le visage dans son oreiller.
Calme, Sam, calme...
Dean l'observe avec intérêt, curieux de cette réaction de dépit. Flatté, malgré tout, d'avoir cet effet là sur son frère. Il reprend un peu espoir. Oui, il y a arrivera. Parce que Sam est l'homme le plus génial qu'il connaisse. Et qu'il fera tous les efforts du monde pour lui.
« Sam ? » appelle-t-il d'une voix amusée.
Mais Sam ne bouge pas. Comme mort.
« Accorde moi une minute, rien qu'une minute » supplie-t-il finalement « ensuite on se concentrera sur le job. »
Dean fronce les sourcils.
« Tu vas pas te soulager dans la salle de bain, hein ?!
-Dean, espèce de porc ! Je ferais jamais ça ! »
Dean éclate de rire.
« Je ne t'en voudrais pas, mais enfin, t'es bien trop coincé. »
Sam le foudroie du regard.
« Tu t'en remettras » ricane Dean en lui ébouriffant les cheveux « je vais chercher nos costumes. »
« Salopard » souffle encore Sam, quand son frère franchit la porte.
« Rappelle moi pourquoi on doit aller au poste plutôt que de se contenter de pirater les données de la police ? » demande Dean tandis que l'Impala file à toute allure sur le bandeau de route.
Sam grogne dans sa barbe.
« De 1, tu te reposes bien trop sur mes compétences. Pour ta gouverne, ce genre de hackage, c'est pas si facile que ça ! »
Dean hausse les épaules, vaguement concerné.
« Et de 2, Max Johnson occupe une des cellules de ce fameux poste en ce moment. Il faut qu'on lui parle rapidement avant son transfert.
-Max Johnson » répète Dean, concentré.
Sam le fusille des yeux.
« T'as complètement oublié qui c'était, pas vrai ?
-Voyons Sam, tu me connais, je n'oublie jamais rien d'important. »
Le cadet lève les yeux au ciel, sa patience envers Dean fortement diminuée depuis que ce dernier l'a gentiment envoyé bouler. Même s'il avait raison. Ça ne change rien. Enfin, peut être que si … la dernière chose que souhaite Sam, c'est que leur boulot pâtisse de leur nouvelle relation. Il ne faut pas, c'est trop important. Sam regrette soudain, de s'être laissé aller. Il se promet que ce sera la dernière fois.
Enfin, pour sa défense, Sam se contente de rapides baisers et de discrètes preuves d'affection depuis un peu trop longtemps pour que ça lui suffise. On dirait bien qu'il n'est pas si raisonnable que ça ...
Dean hésite, lui jette un rapide coup d'œil.
« Mais pour que tu aies bien tout en tête, tu devrais peut être résumer ce qu'on a pour l'instant ? »
Le tout appuyé d'un grand sourire. Ce qui a le don de sortir tout de suite Sam de ses pensées passionnelles. Il le prend pour un imbécile ou quoi ?!
Enfin, Sam secoue la tête, et se résigne à tout réexpliquer à son frère, en espérant que cette fois ci, il prête l'oreille. Et que lui aussi, soit plus concentré sur leur affaire...
« Très bien. Alors, voilà ce qu'on sait : trois morts étranges à quelques jours d'intervalle. Les deux premières : une femme qui tire en plein dans la tête de son mari, juste avant de retourner l'arme contre elle même.
-Un suicide à deux ?
-D'après la police, lui n'avait pas l'air d'accord. Il s'est défendu, elle a du le frapper avec la crosse pour l'assommer à moitié avant de tirer.
-Aie.
-Comme tu dis.
-Bon, mais jusqu'à présent, rien de si étrange que ça. Enfin je veux dire, c'est une folie plutôt ordinaire non ?
-Sauf qu'on a un témoin.
-Ah ?
-Oui, comme je te le disais tout à l'heure » regard chargé de reproches « C'est aussi pour ça qu'on va au poste, il faut qu'ils nous donnent son nom et son adresse, qu'on aille l'interroger.
-Très bien, mais il a vu quoi ce témoin anonyme ?
-Apparemment, madame Taylor, celle qui a allégrement explosé la tête de son mari, a éclaté en sanglots devant son cadavre.
-Encore une fois, c'est triste, mais pas si étonnant, non ?
-Elle n'a pas eu l'air de regretter son geste Dean, c'est pire que ça. Elle qui est resté très calme pendant tout le meurtre a tout d'un coup éclatée en cris. Comme si elle se réveillait d'un genre de coma meurtrier. Comme si elle n'avait aucun souvenir de ses actes.
-Hm d'accord, un peu moins ordinaire.
-Elle a pleuré, penché sur le corps de son mari. Puis elle a plaqué l'arme sur sa tempe et appuyé sur la détente.
-Dommage qu'on puisse plus l'interroger. Peut être qu'elle était juste bonne à interner ?
-Ça aurait pu. Mais il y a la deuxième tuerie.
-Je t'écoute.
-Pas trop tôt. Max Johnson, 30 ans, habitait encore chez sa veuve de mère jusqu'à il y a peu.
-Sans déc' ?
-Sans déc'. Mais c'est pas le plus étonnant. Un soir, une semaine après la mort des Taylor en fait, il rentre chez lui et décide de défoncer le crane de sa chère génitrice à coup de marteau.
-Pas cool.
-Et attends, il a appelé la police tout de suite après pour se dénoncer. En larme. Et je cite : « il ne sait pas ce qui lui a pris, il aimait sa mère plus que tout. »
-Ok tu as gagné, c'est bizarre.
-Yep.
-C'est quoi, un genre de Norman Bates ? Déclarer qu'on aime sa mère plus que tout à trente ans …
-C'est ça qui te pose problème ?
-Il avait pas de copine ?
-Dean, on s'en fout !
-Ok, ok.
-Et puis, tu veux vraiment donner des leçons en matière d'amour familial ?
-Sam, ferme ta grande gueule tu veux ?!
-Abruti.
-Bon, on se reconcentre. T'en penses quoi, toi ?
-Que tu es un idiot ?
-Très bien, alors moi d'abord, puisque tu es si professionnel : possession ?
-C'est le plus probable. Mais j'ai du mal à comprendre, pourquoi quitter son vaisseau juste après les meurtres ? Les démons, c'est pas vraiment le genre à voyager de chair en chair comme ça, pour le fun. Si ?
-Bah, pourquoi pas ? Ces salopards sont prêts à tout pour foutre le bordel. Mais si jamais c'est ça, alors le témoin doit avoir vu la fumée noire s'échapper juste avant que Mme Truc se tire dans la tête. Ce qui explique qu'elle ait reprit ses esprits à ce moment là.
-Madame Taylor.
-Ouais, enfin, c'est pas la seule possibilité. Moi je parierai sur un spectre.
-Un fantôme qui prendrai possession d'un humain juste le temps de déverser sa rage ?
-Tout juste Auguste.
-Oui, pourquoi pas. C'est envisageable.
-Ou alors un sort ? Une bande de sorcières pas très sympa ? Je hais ces pouffiasses ! »
Dean grimace.
« Possible aussi » acquiesce Sam « Ou encore un objet maudit.
-Putain, si seulement on pouvait éviter la cafetière tueuse ou le pantalon sérial killeur... c'est d'un mauvais goût ! »
Sam émet un petit rire, amusé par ces hypothèses improbables, mais pas impossibles. Mieux vaut en rire… Parce qu'ils risquent fort de se retrouver face à l'une de ces situations un jour ou l'autre.
« Va falloir qu'on vérifie tout ça.
-Boulot, boulot, boulot » résume Dean en se garant devant le poste de police.
Il marque un temps d'arrêt devant la vieille façade. Tu parles d'une petite ville, pas beaucoup d'argent pour le shérif, hein ? Il reprend son sérieux en entrant dans l'édifice. En avant pour le show.
Sam les guide vers l'accueil et brandit d'un geste assuré sa fausse plaque.
« Agents Buckley et Lanegan, FBI. Le shérif est là ? »
L'adjoint qui leur fait face est jeune, jeune à avoir encore pas mal de boutons d'acnés. Il les fixe avec un air impressionné.
« Le FBI ? » bredouille-t-il maladroitement.
Dean hoche la tête, la mine blasé.
« Appelle nous le shérif, petit, c'est important. »
Sam tourne son regard vers lui. Il en fait un peu trop là, non ? Dean adore se la péter au fond, et Sam parierai sans risque sa chemise qu'il ne déteste pas l'aura d'autorité que leur procure cette fausse identité. En confirmation, cet idiot se permet un petit clin d'œil malicieux. Bon Dieu, mais quel imbécile !
Sam lui écrase discrètement le pied et le regard de son frère est si débordant de surprise et d'indignation qu'il se retient de justesse d'éclater de rire. Sur ces entrefaites, le fameux shérif débarque justement dans leur dos.
« Les feds ? » répète-t-il, pas franchement ravi de leur présence, au vu de cette moue méfiante qu'il arbore « personne ne m'a prévenu que mon enquête intéressait les … le FBI » se reprend il rapidement.
« Le Bureau n'a pas toujours le temps de prévenir les autorités locales » explique Sam de sa belle voix grave, celle qui rassure toujours les gens, les persuade inconsciemment qu'ils font parti des gentils. Enfin presque toujours.
Le visage du shérif se tord d'une grimace de mécontentement, ce qui ne fait qu'accentuer le sérieux de ses traits taillés à la serpe. Les fils argentés de sa barbe et de ses cheveux longs n'y changent rien, cet homme ne donne pas l'impression de s'en laisser compter.
« Mais nous voilà maintenant. Considérez-vous avertis » conclue Dean.
« On a pas besoin de vous » se récrimine le shérif, défendant virilement son autorité bafouée « On gère parfaitement la situation.
-Ce n'est pas un concours, Shérif, on est seulement là pour apporter notre aide, et c'est tout » intervient Sam.
« Je me répète, on s'en sort parfaitement sans vous ! »
Ok, cette fois Dean ne rigole plus, et Sam est témoin de la transformation de son expression en masque menaçant.
« Pour être honnête, vous avez pas vraiment votre mot à dire... » fait-il calmement. Pour l'instant.
Sam prend le relais et tend une des fausses cartes de Bobby en direction du shérif.
« Appelez toujours notre supérieur, si ça ne vous ennuie pas de déranger un cadre gouvernemental surchargé d'enquêtes plus graves les unes que les autres. En attendant, il va nous falloir une copie du dossier Taylor. »
Parfois un petit numéro d'autorité fait son effet et empêche de plus amples récriminations. Sam se dit cependant qu'il ne va pas falloir qu'ils s'attardent trop longtemps dans les parages. Ce shérif ne leur fera pas de cadeaux.
En attendant, il a l'air plutôt calmé, et se contente de grommeler rageusement dans sa barbe en examinant ladite carte.
« Très bien, très bien, alors, si c'est ce qu'il faut … Dylan ! » appelle-t-il brusquement.
Le jeune homme de l'accueil débarque dans la seconde. Dean fronce les sourcils et Sam devine facilement ses pensées. On leur colle le rookie dans les pattes. Bah, ça pourrait être pire, Sam s'en contentera.
« Montre à ces messieurs le dossier Taylor. »
L'adjoint acquiesce avec enthousiasme.
« On va également avoir besoin d'interroger Max Johnson.
-Mon équipe s'en est déjà occupée ! » se récrit l'homme de loi.
Sam s'empresse de lui répondre avant que la veine de Dean, qui palpite bien trop, sur sa tempe gauche, n'éclate.
« On lira les comptes rendus, bien entendu. Mais il nous faudra quand même le voir par nous même... »
Le shérif l'examine d'un regard noir.
« Dylan, tous ce dont ces messieurs ont besoin …
-Compris chef ! »
Et l'homme aux tempes grisonnantes s'éloigne, non sans avoir manifesté une dernière fois sa désapprobation sous forme d'une moue des lèvres plutôt évocatrice. Dean secoue la tête, mécontent. Ce n'est pas une façon de traiter des fédéraux ! Ah les petites villes de campagne... Il devrait pourtant avoir l'habitude depuis le temps.
Le jeune homme du nom de Dylan les conduit dans un bureau vide.
« Désolé pour l'accueil » s'excuse-t-il, à la surprise des deux faux agents « C'est la première fois qu'on a autant de morts dans notre ville. Tout le monde est un peu à cran.
-C'est pour ça qu'on est là » acquiesce gravement Sam « pour aider.
-Dites, vous avez vu beaucoup de meurtres ? Vous avez résolu combien d'affaires ? »
Dean lève les yeux au ciel tandis que Sam sourit, prit de sympathie pour ce policier qui a vu tellement moins de choses qu'eux.
« Pas mal » reconnaît-il.
« Mais dis nous» s'intéresse soudain Dean, passant par réflexe au tutoiement « il a toujours l'air d'avoir avalé de travers ton patron ? »
Sam lui fait les gros yeux, mais jusqu'à présent, ça n'a jamais empêché Dean de dire ce qu'il avait envie de dire. Dylan baisse le regard, gêné.
« Non. Mais faut dire aussi qu'il a perdu sa petite fille il y a deux semaines de ça. Gill. Un beau brin de fille. Ce genre de chose, ça marque. »
Sam redresse la tête à cette explication tandis que Dean, lui, se laisse tomber sur une chaise sans y faire attention. Il se fiche pas mal des raisons de la mauvaise humeur du bonhomme, tant qu'il ne reste pas dans leurs pattes, à leur mettre des battons dans les roues.
« Accident ? » s'enquiert Sam, la curiosité éveillée.
« Ouais, une tragédie, une bête chute dans l'escalier. »
Dean feuillette déjà la pile de papiers en face de lui.
« Je suis désolé de l'apprendre. Elle était seule au moment des faits ?
-Non, avec une amie, Kylie. Enfin, amie, si on veut, ces deux là étaient inséparables depuis le jardin d'enfant ! »
Cette fois Dean relève les yeux des feuilles pour les braquer sur Sam. Le regard qu'ils échangent est éloquent.
« Dylan... » s'avance délicatement Sam « est-ce que, pas hasard, tu aurais le numéro de cette Kylie ?
-Oui bien sûr, mais pourquoi ?
-Simple routine » tente Sam.
Dylan hoche la tête sans plus poser de questions. Sympathique ce garçon, mais pas très perspicace. Sam n'est pas sûr qu'il ait fait le bon choix de carrière. Enfin, les petites villes de ce genre n'offrent pas non plus énormément de possibilité de travail. Et puis, c'est pas comme s'il pouvait donner des conseils en matière de carrière...
« Merci. Tu veux bien nous laisser seul, à présent ?
-Entendu. »
L'adjoint quitte la pièce, et aussitôt, Dean prend la parole.
« Ok, je vais m'avancer et le dire en premier : quelque chose dans cette ville pousse les gens à se massacrer les uns les autres. Et particulièrement les gens qui s'entendent bien.
-Un couple de mariés, un fils et sa mère …
-Et ma main à couper que la meilleure amie est pour quelque chose dans la chute de Gill...
-Enfin, ne sautons pas aux conclusions, être mariés, ça veut pas non plus dire que tout roule. Pareil pour une vieille amitié. Les rancœurs peuvent être tenaces, et bien dissimulées …
-Pas faux » approuve Dean « mais on est pas plus avancés...
-Je ne sais même pas par où commencer » avoue Sam.
Il soupire, se frotte la tempe d'un geste las.
« Faut voir le bon coté des choses, pour une fois, on a matière à mener une véritable enquête ! Pleins de suspects, d'alibis à vérifier, d'emplois du temps à examiner ! En plus de nos trucs de sortilège et possession, bien sûr ...
-Tu t'es cru dans les experts ? »
Dean pouffe, mais Sam retrouve un peu de courage.
« Ouais, t'as raison. Et puis, qui d'autre pourra les aider, hein ?
-On est les meilleurs » confirme Dean avec une jovialité qui surprend un peu son frère.
Dean est de bonne humeur. Comme toujours, les humeurs de Dean déteignent sur lui et il se retrouve soudain le cœur plus léger. Il rapproche une chaise de son frère et s'assoit à coté de lui. Dean prend une moue pensive puis énumère :
« Max le matricide...
-Tu connais ce mot toi ? » se moque Sam.
Mais Dean l'ignore et poursuit, imperturbable.
« ...le témoin du meurtre des Taylor, la meilleure copine … Une visite à la maison des Taylor aussi, peut être ?
-Si on trouve rien avant, oui. On se sépare ?
-Je prend le témoin. Martha Grant d'après ce papier » il exhume un bordereau rose du plus mauvais effet « Beurk » grimace dégoûtée « Tu te charges de Max ?
-D'accord. Mais il faut d'abord voir ce que la police a récolté comme indices » fait Sam en pointant le tas de papiers « On sait jamais, ça pourrait servir.
-Mouais, c'est ça, parce qu'ils ont probablement envisagé la piste démon, ou sorcière.
-Il peut quand même y avoir des points intéressants » plaide Sam.
« Oh, je crois qu'on sait très bien, l'un comme l'autre, que je ne mettrai pas mon nez là dedans une minute de plus.
-Feignasse. Je m'en charge. Vas-t-en donc, avant que je te frappe. »
Dean affiche une expression indignée.
« Sammy enfin ! Tu ne me ferais jamais ça !
-Essaie un peu de me provoquer, pour voir ... »
Sur un dernier éclat de rire, Dean franchit la porte. Sam permet alors à un petit sourire d'éclore sur ses lèvres.
« Alors ?
-Alors cette nana fait le thé le plus dégueulasse que j'ai jamais bu. Sans rire, j'ai cru que j'allais m'étouffer ! »
Sam lève les yeux au ciel. Cette manie de ne pas en venir directement aux faits … Dean ne peut pas s'empêcher de toujours faire son petit numéro. Si c'est une habitude qui lui porte sur les nerfs, Sam est obligé de reconnaître que c'est aussi une manière de se protéger pour son frère. Afficher une indifférence devant les horreurs sur lesquelles ils enquêtent … Jouer au brave imperturbable. Une façon de supporter cette vie comme une autre.
Il rapproche le portable de son oreille, dérangé par le passage de voitures à sa droite. Cette ville n'est pas si petite que ça finalement.
« Qu'est-ce qu'elle t'a dit, Dean ?
-Pas grand chose d'intéressant. Elle a tout vu pourtant, perchée à sa fenêtre. Pas de fumée noire, pas de liquide qui coulait de l'oreille ou des yeux de Miss Taylor, juste une violence brusque et définitive. Et des pleurs une fois le meurtre accompli.
-Bon sang, c'est quand même bizarre !
-Ouais. Va falloir creuser mon vieux, voir ce qui a pu pousser un, je cite « si joli couple » » il prend une voix minaude « à se massacrer à ce point. »
Sam hoche la tête, même si Dean ne peut pas le voir. Il se mordille l'intérieur de la joue, pensif, quand un camion le dépasse en klaxonnant.
« Bordel ! » lâche-t-il dans l'appareil.
« Hé ça va ? » s'inquiète Dean
« C'est rien. J'ai parlé à Max » enchaîne Sam.
« Et ?
-On se retrouve au café ? Celui à l'angle de la rue du poste ?
-Je suis là dans deux minutes. »
Dean est assis à coté de la fenêtre. Ses yeux ne quittent pas le parking devant le motel. Il ne l'avouera pas, mais son estomac est serré et une boule d'inquiétude se forme dans sa gorge à la pensée que son père pourrait bien ne pas rentrer.
Merde, il s'en veut de ne pas être allé avec lui ! Mais John lui a spécifiquement demandé de ne pas l'accompagner sur cette enquête.
Dean pense qu'il lui cache peut être quelque chose. Difficile de garder un secret quand on vit les uns sur les autres. Inutile aussi. Dean n'a aucun secret pour son père. Il voudrait que l'inverse soit vrai aussi. Des cachotteries … voilà qui risque bien de les faire tuer !
Cette situation ne lui plaît pas. Il n'est plus un gamin, est fier de ce qu'il a déjà pu accomplir du haut de ses vingt ans. Laisser son père affronter seul le danger n'est pas un sentiment très agréable. Est-ce que c'est ce que Sam ressentait avant qu'il ne soit en age de venir chasser avec eux ?
Son petit frère dort dans un des lits jumeaux derrière lui. S'il n'était pas là, Dean aurait suivi son père, coûte que coûte. Mais John lui a ordonné de rester et de veiller sur lui. Comme s'il avait encore besoin de le dire ! La bonne blague.
Dean examine Sam, pensivement. Ils viennent de fêter ses seize ans. Juste après avoir brûlé un nid entier de goules.
Tu parles d'un feu de joie ! Pas un joli spectacle, c'est certain. En guise de bougies, des corps carbonisés. L'odeur acre et prenante de la chair qui fond. Les hurlements de douleur (inhumains, heureusement). L'aveuglante lumière de flammes qui dévorent les membres.
Les anniversaires sont rarement joyeux dans leur famille réduite.
Sam renifle bruyamment soudain, surprend Dean qui sursaute presque, perdu dans ses pensées. Il sourit tendrement tandis que ses yeux descendent sur le dos de Sam, torse nu grâce à la clim, qui, bien sûr, ne fonctionne jamais dans les chambres qu'ils occupent.
Le corps de Sam change. Prend en muscle. En largeur. En hauteur aussi, ce qui n'est pas pour rassurer Dean. Faudrait pas que l'aîné se retrouve plus petit que son cadet quand même ! Mais ce n'est pas qu'un changement physique. Sam est aussi plus mature. Son esprit s'affine, son intelligence se développe. Dean ne peut que s'en rendre compte. Son frère possède déjà une subtilité, une façon de réfléchir bien à lui. Une perspicacité exacerbée par les exercices imposés par leur père, mais pas que. Exercices ou véritables affaires d'ailleurs. L'entraînement est bientôt terminé, et cela fait un moment que Sam les suit sur les affaires sérieuses.
Sam bouge lentement dans son lit, se tourne face à Dean alors qu'il était de dos.
Dean peut ainsi observer ce visage marqué de stigmates bien trop adulte pour un adolescent. Un sérieux qui transparaît dans ses traits secs, même au repos. Cette lueur grave qui brille à travers ses yeux, lorsqu'il les a ouvert bien sûr, elle frappe Dean depuis un moment déjà.
Ce n'est pas un regard d'adolescent épanoui. Plutôt celui d'une personne qui s'attend au pire à chaque instant. Dean aimerait que ce soit différent, mais il n'imagine pas vivre une autre vie que celle là. Pour toujours tiraillé entre son envie de voir un Sam pleinement heureux et cette sensation de devoir à accomplir.
Si seulement Sam pouvait s'en satisfaire comme John et lui le font ! Mais déjà Dean sent la graine de rébellion en son frère. Le désir d'une autre vie ...
Dean se passe une main sur le bas du visage, suivant inconsciemment le tracé de sa barbe naissante quand Sam change encore de coté. Il fronce les sourcils. Sam n'est pas du genre à s'agiter dans la nuit. Plutôt, tout comme lui d'ailleurs, à s'effondrer comme une masse et à profiter au maximum de ce que quelques heures de sommeil peuvent lui apporter de repos.
Il détaille plus attentivement son frère. Est-ce que son visage n'est pas un rien plus contracté ? Son corps plus raide qu'avant ? Voilà qu'il laisse un léger gémissement lui échapper à présent. Maigre son, mais qui arrive quand même aux oreilles de Dean. Il agrippe les draps d'une main, cambre légèrement son dos, avant de rouler encore de coté.
Quelque chose se passe, cette fois Dean en est certain. Il se rapproche, inquiet.
« Sam ? »
Mais Sam ne répond pas à cet appel. Ses gémissement se font plus forts, son visage se tord d'angoisse et Dean peut entendre son souffle s'accélérer brusquement. En réponse, c'est le cœur de Dean qui s'emballe.
« Sammy ? »
Mais Sam est loin de l'entendre là tout de suite. Ses jambes s'agitent, entortillant les draps autour de lui sans s'en rendre compte. Un filet de sueur lui coule le long de la tempe droite. Ses paupières sont crispés au possible, comme pour lui interdire d'ouvrir les yeux. Sa poitrine se soulève sur une cadence bien trop rapide, ce qui explique sans doute les râles qui sortent à présent de sa bouche.
Ce n'est pas normal ! Dean passe sa main sur le front de Sam. Brûlant. Il est brûlant.
« Sammy ! »
C'est alors que Sam ouvre grand la bouche et émet son premier cri. Un cri de terreur absolue, de peur ancestrale, gravée dans sa chair. Son qui harponne Dean d'un jet net et précis.
Sam commence à hurler et c'est Dean qui ne respire plus. Mais qu'est-ce qu'il lui arrive ?! Es-ce qu'il a mal quelque part ? Parce que seul un animal blessé peut émettre un son si déchirant !
Sam se cambre plus encore, le visage rouge au possible, les doigts emmêlés dans les draps. Sa voix se brise dans ce qui doit être son troisième hurlement. A la place il secoue la tête de droite à gauche, les veines bien trop visibles sur son cou tendu à l'extrême. Des larmes coulent de ses yeux toujours désespérément fermés. Il se mord les lèvres entre deux cris. Au supplice. Il a l'air au supplice.
« Sam ! »
Dean se jette sur lui, le plaque sur le lit, sans aucun effet. Sam se tord encore dans tous les sens, usant d'une force inattendue. Violence de celui qui lutte pour sa vie. Et pourtant, il a l'air encore endormi. Comment est-ce possible ?!
« Sam, réveille toi ! Tu délires ! »
Sam semble pris dans un tourment que Dean ne comprend pas. Image même de la terreur. Panique primale au spectacle impressionnant. Il aurait pu prendre un marteau et enfoncer la poitrine de Dean qu'il ne lui aurait pas fait plus mal. Dean garde la bouche ouverte, stupéfait. Comment l'aider ? Que faire contre une menace qu'il ne reconnaît pas ?!
Dean est certain de savoir tuer n'importe quel monstre, pourtant de quelle manière agir quand aucun démon ne se tient face à lui ?
Sam pleure encore, terrorisé par quelque chose que Dean ne voit pas, tandis que son corps le malmène. Il murmure des mots que Dean n'entend pas mais qui sonnent comme de terribles suppliques.
Dean appuie de toute ses forces sur son torse, pour qu'il ne tombe pas du lit, qu'il ne se fasse pas encore plus mal, si c'est possible. Et aussi parce qu'il est complètement perdu devant cette situation et que maintenir un contact physique entre eux le rassure. Si seulement John était là ! Lui saurait quoi faire !
Brusquement, Sam détache une des mains des draps pour venir se griffer les joues. Comme pour arracher un masque qui l'empêcherait de respirer. Quelle énergie dans ce corps qui s'agite dans tous les sens ! Dean n'en revient pas. Comme s'il luttait pour survivre. Survivre face à une menace invisible et intangible.
Est-ce que quelque chose attaque son frère ? Mais ils ne sont que deux dans la pièce, et Dean est le seul à se tenir au dessus de lui. Un long frisson lui descend la colonne quand il envisage une seconde la possibilité que Sam soit l'objet d'un sort. Une attaque de sorcière.
Dans ce cas il perd son temps à essayer de le tenir, il devrait plutôt chercher ce putain de sac à sort et le brûler ! Mais alors pourquoi ses mains refuse de lâcher leurs prises sur lui ? Il le tient au poignet à présent, lui interdisant de se griffer au sang, entreprise déjà bien entamée au vu des traits rouges qui couvrent son torse et son visage. Il peut sentir la chair de poule qui recouvre les bras de son frère. Ses tremblements aussi.
« Sam, putain ! » s'énerve Dean, à bout de nerfs « réveille toi, merde ! »
Et soudain, comme s'il avait enfin pu l'entendre, Sam ouvre ses grand yeux noisettes. L'incompréhension, la peur que Dean y déchiffre est douloureuse. Mais au moins égale au soulagement profond qui l'envahit.
Le corps de son frère s'arrête de bouger. Comme ça, sans le moindre signe avant coureur. Un ordre inconscient qui bloque le moindre mouvement. Seule sa lourde respiration résonne dans la pièce.
« Sammy ! Ça va ?! »
Question stupide, pourtant rien d'autre ne lui vient à l'esprit. Sam le regarde comme s'il parlait chinois.
« Je ... » mais il ne peut en dire plus, sa voix curieusement étouffée. Malmenée par ses cris précédents.
« Dean ? »
Ses yeux parcourent la chambre à toute vitesse, cherchent quelque chose à quoi se raccrocher. Une lueur à la sortie du tunnel. Un espoir, n'importe quoi pour le sortir de cette noirceur qui vient juste d'avoir raison de lui. Cette horreur qui l'a envahit avec la pire des puissances : celle de souvenirs enfouis revenus à la surface.
« Je suis là, Sammy » fait Dean, bêtement.
Il ne trouve rien d'autre à dire. Et en même temps, vraiment, qu'y a-t-il à rajouter à ça ?
« Dean... » répète Sam avant de soudain éclater en sanglots.
Alors là, Dean aurait tout aussi bien pu être frappé par la foudre. Il se fige, stupéfait. Incapable de réagir correctement devant cette exposition de détresse. Mais bon Dieu, est-ce que quelqu'un veut bien lui expliquer ce qui arrive à son petit frère ce soir !
Sam pleure comme l'enfant qu'il n'a pourtant jamais vraiment été. Se cache les yeux derrière le creux de son coude. Épuisé, physiquement et mentalement.
« Sam parle moi … qu'est-ce qu'il se passe ? » demande Dean en essayant d'adoucir sa voix au maximum.
Il faut un moment à Sam pour reprendre son calme. Ou du moins un rythme cardiaque suffisant pour pouvoir parler de manière audible. Il finit par prendre une grande inspiration.
« Je l'ai vu Dean » croasse-t-il difficilement.
« Qui ?
-Maman. »
Dean se passe encore la main sur le menton, surpris. Méfiant. Allons donc, qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
« Maman ?
-Elle brûlait au plafond. »
Coup de poignard au cœur.
Dean ne doute pas que c'est une vision qui ferait perdre la boule à n'importe qui. Mais il secoue quand même la tête.
« Sam, tu ne peux pas t'en souvenir... tu n'avais même pas un an » explique-t-il d'un ton raisonnable.
« Ne décide pas de ce dont je me souviens ou pas ! » s'écrit le plus jeune, bouleversé « Je te dis que je l'ai vu !
-Sam …
-Quoi c'est vraiment si surprenant ? Si improbable ? Avec tout ce dont on est témoin ? Tout l'étrange sur lequel on enquête ?
-Tu...
-Elle brûlait au plafond » répète encore Sam d'une voix blanche.
Mais sans plus pleurer, ses yeux sont secs à présent. Alors pourquoi est-ce les joues de Dean qui sont humides ? Parce que la souffrance de Sam le blesse plus que n'importe quoi au monde ?
Est-ce possible ? Cette image atroce a-t-elle pu survivre, quelque part dans l'esprit de son frère ? Cachée jusqu'à ce jour, jusqu'à resurgir à pleine puissance ?
« J'ai vu d'autres choses encore » murmure Sam, parcourant ses griffures toutes neuves du bout des doigts, incrédule, comme pour faire connaissance « mais je ne m'en rappelle pas. »
Cette fois Dean hoche la tête.
« D'accord, je te crois »
Sam relève les yeux vers lui, comme il le fait toujours quand il se sent décontenancé.
« Mais ne me refais plus jamais ça, c'est compris ?! » ordonne Dean avec un regard dur.
« Je suis désolé » s'excuse Sam, un peu pathétique.
Sans savoir que ce n'est que le premier cauchemar d'une longue série.
Dean est capable de ressentir à quel point son frère est abîmé. A quel point il se bat pour retenir de nouvelles larmes. Sam est brave, Dean est fier de lui. Mais parfois il a le droit de céder, non ?
Alors il soupire et le prend dans ses bras. Juste une brève étreinte. Parce que ça lui fait du bien, et qu'il veut transmettre un peu de courage à son frère. Lui prouver qu'il est là pour lui, ne laissera jamais rien lui arriver, sans le dire. Même si c'est déjà trop tard. Et peut être, également, pour cacher à quel point lui aussi est touché par ce qu'il vient de se passer.
Le seul souvenir de Sam de sa mère. Brûlant au plafond. Qui pourrait vivre normalement après ça ? Qui n'en ferait pas d'horribles cauchemars ? Pourtant Dean confierait ce fardeau à n'importe qui d'autre sans hésiter. Pourquoi est-ce toujours à sa famille de souffrir ? D'ailleurs, quel sadique a décidé que Sam, le lendemain de ses seize ans, se souviendrait de cette nuit d'horreur ?! Dean aimerait vraiment que son père soit là, maintenant. Qu'ils affrontent ce nouveau coup du sort ensemble, à trois.
Sam accepte l'étreinte de son frère de bon cœur. Dans l'odeur acre de sueur et la moiteur des draps enroulés autour de son corps. Dean est là, quoi qu'il se passe, dès lors qu'il ouvre les yeux.
Voilà, comme promis, le début d'une nouvelle enquête :) hé hé en espérant ne pas trop vous frustrer de contacts plus intimes ... et si, en même temps, en espérant vous frustrer un peu xp mouahaha je suis une sadique ! Mais rien n'est jamais simple avec nos deux loulous !
Bref, merci d'être encore là, à me suivre et m'encourager, je vous aime toutes et tous, très très fort *cœur*
Melanie : Bobby retourne à sa solitude, c'est vrai, mais je pense que tant que ses garçons vont bien, ça ira pour lui aussi :) Il se pose des questions mais préfère laisser couler, oui c'est une bonne façon de le décrire :p un instinct qui le pousse à ne pas causer de problème quand tout semble aller ? A ne pas empirer les choses ? Quelque chose comme ça à mon avis ! Papouilles il y a, dans ce chapitre, mais interrompues ah ah ah ne me déteste pas ! J'ai toujours hâte de savoir ce que tu penses de mes chapitres, alors merci d'être aussi régulière et précise :3 ça me fait très plaisir !
Guest : Oui, peut être que tu as raison, que ce serait mieux que Bobby les surprenne pour de bon. Peut être qu'après ça irait mieux, et au moins, ils ne seraient plus obligés de se cacher de lui ... Mais ils ne sont pas prêts à prendre ce risque ! Perdre Bobby, c'est perdre la dernière famille qu'il leur reste. Merci pour ta review :)
Kazuki, tu me manques ma belle, sache que je pense fort à toi, et j'espère que tu vas bien :) fan de la première heure !
Misew, je sais que tu aimes Bobby, j'espère que tu n'es pas trop déçu qu'il ne soit plus là, pour le moment xp
