The Taste Of Blood


Dès la première goutte, les sens d'Eren s'enflammèrent, puis devinrent tout à fait hermétiques aux éléments extérieurs.

L'existence du garçon ne se limitait plus qu'à la barrière de sa chair, aux sensations transcendantes qui commençaient dans sa bouche, fondaient le long de son œsophage pour finalement imploser au creux de son estomac. La froideur du goulot en verre contrastait admirablement avec la chaleur du liquide qui embrasait l'intérieur de ses joues. Le sang même était comme du velours sur sa langue et contre son palais.

La saveur doucereuse du fer fit soupirer Eren de contentement, bien qu'un timide arrière-goût âpre frelatait l'ensemble. Le garçon fronça le nez en reconnaissant le goût du sang veineux, appauvri en nutriments et surchargé en gaz carbonique. Il préférait d'ordinaire celui plus épuré et sucré qui circulait dans les artères, mais il était trop affamé pour s'en formaliser sérieusement. Et de toute évidence, ce n'était pas tant la saveur du sang qui l'exaltait, mais surtout d'où il provenait, sa source même.

Au contraire de la chair, les dissemblances entre le sang animal et humain se comptaient en infimes nuances et Eren aurait bien été en peine de les identifier sans les comparer. Et pourtant, comme il était influencé par son affection pour Levi, il ne pouvait s'empêcher de trouver à son sang un fond unique, exceptionnellement exquis.

Néanmoins, il manquait cruellement à Eren la tiédeur voluptueuse de la chair, les palpitations du sang affluant contre ses lèvres ou encore, l'écho effréné d'un cœur en proie à l'effroi.

Il s'imagina alors se blottir contre Levi et nicher sa face au creux de son cou. Il s'y gorgerait de son odeur affolante, se délecterait pour la toute première fois de sa peau d'opale hérissée par l'appréhension. Ensuite, ses dents se refermeraient sur le fragile épiderme, entameraient la chair et les muscles, trancheraient les vaisseaux superficiels pour se frayer un chemin jusqu'à la carotide bouillonnante de sang liquoreux.

Eren étouffa un nouveau gémissement dans la fiasque quasi-vide. Une nouvelle vague de plaisir latent déferla dans son bas-ventre tandis qu'un frisson d'excitation dévalait ses veines, galvanisait un peu plus ses sens. Les endorphines relâchées alors qu'il s'enivrait du sang de Levi se mêlangèrent indistinctement à celles amorcées par ses fantasmes.

Et pour une fois, son cortex demeura tout à fait muet : aucune terreur primale ne vint saboter son euphorie.

Quand la dernière larme de sang fut avalée, Eren reprit peu à peu ses esprits. Il réalisa alors qu'il fixait la gorge pâle de son supérieur avec une insistance déplacée. Il se fit violence pour s'en détacher et lorsqu'il releva finalement le menton, il constata que Levi le dévisageait en retour, les sourcils haussés et l'ombre d'un sourire sur les lèvres.

« Appétissant ? », ironisa-t-il de sa voix monocorde et un peu blasée qui détonnait foncièrement avec sa mine intriguée.

Les joues d'Eren s'empourprèrent instantanément. Toutefois, son embarras n'était en rien du fait de la remarque inappropriée de Levi, mais celui de ses propres pensées indécentes à son égard. Au lieu de détourner les yeux pourtant, Eren se surprit à soutenir le regard pâle de son supérieur, à admirer ouvertement ses prunelles d'acier liquide qu'une lueur de pur intérêt animait d'une ferveur nouvelle.

Le brun perdit son attention quand il sentit la fiasque lui glisser des doigts. Il aperçut alors Hanji se lever avec raideur, une main dans le dos de Levi comme pour attirer son attention et l'autre tenant la bouteille vide. Son visage était inhabituellement fermé, nota Eren, et quand elle s'adressa à lui, il fut saisi par ses manières distantes :

« N'y prends pas trop goût tout de même », lui dit-elle sur un ton faussement badin, un peu rude même, prenant au dépourvu aussi bien Eren que Levi.