EPILOGUE

« Est-ce que tu as vu Remus ? Est-ce que tu sais où est Remus ? Remus, tu sais où il est ? »

Elle avait tellement posé la question qu'elle en avait mal à la gorge. Dans le chaos environnant, elle savait qu'elle aurait dû penser à autre chose mais elle en était purement et simplement incapable. Remus, c'était tout ce qui comptait.

D'un bond, elle évita un sort qui fusait dans sa direction. Il alla s'écraser contre un portrait dont le cadre explosa, répandant tout autour de lui des éclats de bois comme si le tableau pleurait.

Des cris, des hurlements même, retentissaient tout autour d'elle et pourtant, à peine quelques heures plus tôt, elle serrait silencieusement dans ses bras son fils nouveau-né. Elle avait promis, elle avait juré en fait, de rester en sécurité chez sa mère mais elle avait été incapable de tenir parole. La seule idée de le savoir au cœur du combat lui révulsait l'estomac.

Elle était une auror.

Elle était une amante.

Une épouse.

Une mère.

Elle attrapa par la manche un jeune garçon aux cheveux ébouriffés.

« Où est Remus ? »

Le garçon la regarda sans comprendre, haussa vaguement les épaules et, d'un geste du bras, se libéra de son étreinte. Vêtu d'un pyjama trop petit pour lui, serrant dans sa main une baguette d'écolier, il n'avait rien à faire dans ce capharnaüm. Tonks reprit sa route, évitant à chaque pas un nouveau sortilège potentiellement mortel. Tout autour d'elle, des gens tombaient, des enfants à qui on arrachait la vie.

Non, elle n'aurait pas pu rester en sécurité chez sa mère et laisser tous ces innocents mourir sans avoir, au moins, tenté de leur venir en aide.

Quel avenir est-ce qu'elle aurait pu offrir à son petit Teddy si elle était restée planquée pendant que des enfants mourraient ? Quel modèle aurait-elle été ? Quel genre de mère ?

Tout un pan de mur s'était effondré comme si une main monstrueuse avait arraché à Poudlard l'une de ses côtes. Dans les gravas, se trouvait le corps d'une adolescente en chemise de nuit, les yeux grands ouverts, les cheveux balayés par le vent.

Tonks se précipita dans le parc, tenant fermement sa baguette mais parfaitement incapable de s'en servir. Depuis la mort de Dumbledore, tout était parti à vau-l'eau. Les choses avaient sacrément dégénéré. L'Ordre du Phénix avait perdu son pilier. Ils avaient tenté de rester unis mais il fallait bien se rendre à l'évidence, leur organisation s'était disloquée.

« Remus ! »

Là ! Il était là ! Debout, bien campé sur ses deux jambes, sa baguette brandie devant lui, faisant jaillir des sorts à grands cris. Tonks se précipita vers lui, incapable de se raisonner. Elle ne s'exposait plus au danger, elle se jetait dans la gueule de l'acromentula !

Est-ce qu'il la vit ? Est-ce qu'il l'entendit ? Au final, elle ne le sut jamais mais toujours est-il qu'il se retourna, lui adressa un grand signe de la main. Il avait l'air en colère. Jamais Tonks ne l'avait vu dans un tel état de fureur. Ses yeux brillaient de rage, ses mâchoires se contractaient.

Et l'éclair le frappa, juste au niveau de sa tempe gauche. Ça dura peut-être une seconde, probablement moins en fait. Tonks poussa un hurlement tandis qu'elle voyait le visage de son mari se contracter. L'espace d'un instant, une intense douleur traversa son regard. Il lâcha sa baguette, leva une main mais elle n'atteignit jamais sa tempe. Ses genoux se dérobèrent, ses yeux se révulsèrent dans leurs orbites, un flot de sang s'écoula de l'une de ses narines. Il tomba, sur les genoux d'abord puis face contre terre.

Le cœur de Tonks cessa de battre, son souffle se bloqua dans sa poitrine.

Non, il allait se relever, se redresser sur les coudes, sonné, peut-être même blessé mais qu'importe.

Figée, elle attendit, incapable de faire le moindre geste.

Mais Remus ne se releva pas et alors elle comprit.

Une violente douleur lui déchira les entrailles. Elle serra ses bras contre son ventre, hurlant de douleur et de chagrin. Elle pensa même qu'un sort l'avait frappé mais ce n'était pas le cas. Incapable de rester debout, elle s'effondra dans l'herbe rendue humide et glissante par la pluie et le sang. Son regard était fixé sur le corps de son époux, immobile, si affreusement immobile.

Remus ne se relèverait pas.

Remus ne se relèverait jamais.

Hurlant sa détresse, Nymphadora Tonks ne vit même pas la baguette se lever dans sa direction. Elle sentit vaguement la brûlure du sort qui lui déchirait la poitrine mais elle bascula sur le flanc sans réellement s'en rendre compte. Sa tête rebondit en heurtant le sol. Elle tendit la main, chercha à atteindre celle de Remus mais l'obscurité cueillit son geste et la mort l'emporta.