Bonjour à tous.

J'ai pris mon temps pour la rédaction de ce chapitre, je l'avoue. J'avais besoin de faire une petite pause et de poster d'autres textes. Tes conseils, Méliane, ont faits leurs petits bonhommes de chemin, comme quoi, tout avis est bon à prendre. Mettre une partie en application va, je pense, être bénéfique pour la suite d'Obsession.

Pour accompagner la lecture, j'ai puisé dans le répertoire classique :

- The best of Classical Music – Mozart, Beethoven, Bach…

Trois heures de musique…voilà qui devrait faire l'affaire pour mon chapitre tout en longueur, comme d'hab.

Merci à mes lecteurs.

Bonne lecture.

A bientôt.

Arakïell

Chapitre 46

Over

The rainbow

(Par-delà l'arc-en-ciel)

Sous les ailes de la colère…

Un cavalier étranger en ce monde, le visage tordu par la haine, enjoignait sa création à semer le chaos. Ses paroles,

portées par le vent mauvais, s'infiltraient partout, semant le désordre. Son maître, n'avait de cesse d'avilir l'homme. S'en prendre à cette créature faible, le conduire à la haine et au désespoir par le biais de guerres sanglantes, était depuis longtemps déjà, mis en pratique par Satan. En ce monde, les elfes, bien trop parfaits au goût d'Asmodée, méritaient bien, eux aussi, leur part de malheur et de désespoir. Semer la discorde entre leur propre fratrie était un commencement. Le reste allait suivre…en son temps. Néanmoins, le démon ressentait l'impatience de l'ange déchu.

Il n'était pas exclu que le dernier signe ne lui soit donné. Le temps pressait Satan. La fin de sa repentance approchait. S'il devait bouleverser le monde, bon nombre d'opportunités s'offraient à lui, mais il devait se hâter. Posséder un atout tel que Sauron, permettrait certainement de nuire avec plus de réussite. Il lui faudrait juste frapper fort.

Morgoth…

Un nom qui, à lui seul, représentait le Mal absolu. Le plus puissant des Ainur, Melkor, tel qu'on le nommait avant la destruction des arbres de Valinor, demeurait dans les vides éternels, enchaîné les pieds tranchés, telle une bête immonde...

Autrefois, Lucifer, le plus puissant des anges, jouissait de la préférence de son créateur, et aujourd'hui, lui aussi, errait sous terre, emprisonné dans sa laideur quant il avait représenté la beauté suprême.

La réunification de ces deux destinés, bien qu'espérée par le démon, demeurait un acte risqué, à la fois par la difficulté de le défaire d'une prison bien gardée, comme pour la part d'inconnu qu'exigeait un tel plan. A qui aurait-il affaire une fois la liberté offerte ? Cependant, l'aide de cet allié providentiel, offrait à Satan, de quoi bouleverser la donne dans les deux mondes à la fois.

La méconnaissance sur cet être et ses plans de grandeur demeurait le dernier rempart à abattre pour Satan. Cela aussi se travaillait. Son intelligence et sa fourberie, pourvoirait à apporter la lumière sur ces zones d'ombres, même s'il détestait toute clarté. Sauron devait être manœuvré avec finesse, et il ferait en sorte que cela soit ainsi.

En attendant, la servitude exemplaire du démon de la luxure, suffisait à peine à canaliser la haine avec laquelle il s'acharnait sur le peuple elfique. Tout à sa joie de les savoir en peine, il haranguait sans cesse le dragon :

Asmodée : Necat ! Necat ! (Tue, tue !)

La vue, phénoménale du dragon, permettait de distinguer le moindre détail à la surface de cette terre, seule une chose le freinait la difficulté à s'approcher de l'épicentre de ce royaume. Sa peine à briser l'enchantement entourant cette forêt malgré ses attaques fulgurantes, amoindrissait son triomphe. Malgré tout, il ne cessait de voler au-dessus de la cime des arbres, opérant d'impressionnantes contorsions dues à son exceptionnelle souplesse.

Encore soustrait à la vue des elfes, il gonfla son abdomen, fit naître le feu dans ses entrailles avant de le souffler en un jet continu. De longues flammes bleues léchèrent la végétation encore un temps protégé par le pouvoir de Dame Galadriel.

Dès que le brasier ardent du monstre s'échappa de sa gorge, il devint visible pour tous. Les archers elfiques tentèrent de viser son ventre là où tous dragons possédaient une peau plus fine, mais rien n'y fit. Bien qu'il était imprudent de regarder un dragon dans les yeux, quelques courageux osèrent l'affronter. Son regard hypnotique et pénétrant les plongea dans un état de transe dont peu en réchappèrent.

D'autres furent lacérés par les griffes de Nisös, l'une des armes les plus redoutables de cet animal. Selon les ouvrages anciens, il était écrit qu'elles pouvaient trancher les armures des tueurs de dragon comme un aviron fendait l'eau d'un lac. Hélas pour les valeureux soldats, ce fut le cas. D'autres périrent de la plus horrible façon étouffés par la queue de l'animal, enroulée autour de leurs corps…

Accompagné de Cirdan et de Gandalf, Gabriel tenta d'unir ses forces à celles déjà amoindries par son malaise, de la Dame de lumière. Alors qu'elle se trouvait aux côtés de son époux au sommet du mallorne, l'archange ouvrit les paumes de ses mains en direction des cieux, se joignit sa pensée à celle de l'elfine et ses incantations, demeurées discrètes jusque là, s'en trouvèrent intensifiées. Un dôme se forma au-dessus du royaume de la Lothlorien. Constitué d'une lueur fantomatique mordorée, il repoussa les flammes virulentes de Nisös, tuant dans l'œuf, sa volonté de destruction.

Le démon entra dans une rage folle, hurlant des insultes aux elfes. Ses yeux, rougis par la haine, reflétait la malignité dans toute sa puissance. Ce fut alors qu'il distingua, à la lisière des arbres, des fugitifs…

Son sourire s'élargit.

Asmodée ne possédait pas de carquois, mais il sortit de l'intérieur de son vêtement un long bâton noir semblable à une flèche, banda son arc, et repéra les longs cheveux blonds du monarque. A son tir, fut jointe une malédiction. Lorsque le projectile s'ancra dans les chairs de l'ellon, une certaine jouissance enflamma son être. Par delà le chaos, l'on pu entendre un cri bestial, celui de son triomphe.

Un instant décontenancé, Gabriel maintint sa protection sur le royaume noldo alors que le malheur frappait, de plein fouet, le cœur d'Olana...

Nisös fut rappelé auprès de son Maître après avoir décimé, alentours, une grande partie de la végétation.

Le démon ordonna à Azog de retourner à Dol Guldur. Lui et son dragon demeurèrent quelque temps à admirer l'étendue du carnage, avant de se décider, à battre en retraite…

Jack et Zorgûnn furent les premiers à faire halte. Le cri de la jeune femme avait déchiré les cieux tels le tonnerre un soir d'orage. Chacun avait planté son regard dans celui de l'autre. Le monarque faisait peine à voir.

Seul Alachnÿ savait ce qu'il fallait faire et le temps pressait. Après avoir littéralement, sauté, de son cheval en course, il accourut vers eux les traits tirés. D'un geste brusque, il écarta les deux compères. Jack faillit rétorquer, puis il se ravisa et préféra conserver le silence.

Au sol, Olana serrait passionnément le corps de son amant contre elle, se refusant à l'inéluctable. Le magicien, tout à son attention, ignora ses peurs, se concentrant sur la blessure corporelle de Thranduil. A l'aide de Jack, il positionna le corps sur le côté, examina attentivement la flèche encore plantée à hauteur de son omoplate gauche et s'adressa à Zorgûnn :

Alachnÿ : Zorgûnn, brisez cette flèche ! Ne tirez surtout pas sur la pointe, il faut que je l'allonge à plat dos. Faites vite, le temps nous est compté !

L'elfe eut un moment de surprise. Les plumes apposées avant l'encoche, étaient d'un noir de jais avec des striures rouges sang. Il eut beau chercher dans ses nombreux souvenirs, pareilles ornementations ne s'était offert à son regard, dans son monde.

Ses terres disposait d'un code bien précis en matière de couleurs sur les armes, c'était ainsi que l'on reconnaissait les clans ennemis et l'importance de l'attaque.

Ici, la place et le choix, des plumes, habituellement deux de poules pour une de coq, semblait avoir été choisis avec malice afin d'en accentuer la course et l'implantation dans les chairs. Elles n'appartenaient, à aucun animal connu, d'où un épaississement du mystère de leurs provenances.

Il se promit d'en parler à Jack.

Les mains de l'ellon se posèrent de part et d'autres de la flèche, et d'un coup sec, brisa le bois à hauteur du fût. Lorsqu'il jeta le morceau à terre, l'ellon ouvrit les yeux d'effroi…il bougeait tel un énorme ver de terre, avant de disparaitre dans un nuage de fumée noir.

Sans prêter attention à ce qu'il venait de se produire, le mage allongea le souverain à plat dos, sur le sol, puis il se plaça à genoux, sur le côté des flancs de l'elfe. Tous le regardaient avec curiosité.

Il déchira la chemise de lin, frappa un grand coup au niveau du sternum, positionna ses mains, l'une sur l'autre, au milieu du thorax, et appuya de tout le poids de son corps.

L'on vit la poitrine de l'ellon s'enfoncer entre chaque compression.

Aliénor avait les yeux exorbités, ses mots s'échappèrent malgré elle :

Aliénor : Mais…que lui fait-il ?

Mic Mac : Quèque çà peut faire ? Il est déjà mort !

Orlyänne décocha une claque sur la tête du lutin. Mécontent, il se tourna vers l'impudent ayant osé un tel geste. Il était inutile de préciser que ses désirs de vengeance se calmèrent instantanément à la vue de l'elfine de feu dont les yeux brillaient d'un éclat sans pareil. Malgré tout, le lutin marmonna à son encontre :

Mic Mac : De toute façon çà sent l'sapin cousine !

Et il s'écarta prudemment. Jack se mit à genoux près du magicien :

Jack : Deux pressions et je souffle, ok ?

Le magicien acquiesça de la tête. Tous deux semblaient sur la même longueur d'onde :

Alinéor : Êtes-vous sûrs de vous ?

Jack : Faut choquer l'cœur Al…le faire repartir.

Alternant les gestes, tous deux s'acharnèrent à remettre sur le chemin de la vie un monarque dont la glorieuse existence ne méritait une telle fin. A force de détermination, ils finirent par provoquer un gargouillis dans la poitrine du blessé que l'on vit, soudain, se soulever en un mouvement régulier.

Olana, faisait preuve d'un surprenant silence. Elle adressa, seulement, un sourire de reconnaissance à ses amis, avant de reporter toute son attention sur le roi. Le mage tourna, à nouveau le corps du blessé sur le côté :

Alachnÿ : Ce n'est pas fini Olana, le plus dur reste à faire. Cette flèche n'est pas seulement empoisonnée, elle recèle une magie noire d'une rare puissance.

Orlyäne : Mais vous réussirez à l'enlever, n'est-ce pas ?

Alachnÿ : Merdasse ! Me prendriez-vous pour un jeune apprenti ? Bien évidement que mes talents vont me le permettre…enfin…je pense.

Le magicien haussa un sourcil. Soudain, il fut conscient de sa bêtise. Oser provoquer un être aussi bouillonnant qu'un volcan en éruption, ce qu'elle était sur le point de devenir, relevait du suicide ! Aussitôt il marmonna dans sa barbe une vague excuse qu'elle prit pour argent comptant en plissant les yeux marquant ainsi un reliquat de mécontentement. Le lutin, lui, persista dans son optimisme. Tout ce qui lui importait, était de rendre un peu d'espoir à son amie Olana :

Mic Mac : C'est pas une petite flèche qui va t'faire peur l'magicien !

Alachnÿ : Couillu serait bien l'impudent osant remettre mes compétences en doute. Cependant, il faut bien avouer que cette dernière n'est pas ordinaire, tout de même. De toute façon, il va nous falloir trouver un abri afin que je puisse pratiquer le rituel adéquat.

Jack : Le rituel ? Quel rituel ? Qu'est-ce que c'est encore que ces conneries ? Une blessure est une blessure, point !

Aliénor : Allons Jack, dans ton monde peut-être, pas dans le nôtre.

Jack : 'Tain, on avait bien besoin d'çà ! Bon, on va repérer les lieux avec Zorg et on revient.

Alachnÿ : Hâtez-vous ! Tout doit être terminé avant la fin du jour.

Jack : Pourquoi ?

Alachnÿ : Avez-vous déjà vu les forces de l'ombre œuvrer en pleine lumière ?

Jack : Excuse-moi, mon pote, mais c'est pas trop dans mes habitudes de copiner avec des démons. Moi et les charlataneries à deux balles…

En râlant, le mercenaire entraîna son ami Zorgûnn à sa suite. Aliénor posa sa main sur l'épaule du mage. Il semblait contrarié :

Aliénor : N'y prêtez pas trop attention Alachnÿ…il n'a pas l'habitude.

Alachnÿ : Il la prendra vite dans ce monde-ci Aliénor. Nous en avons la parfaite démonstration sous nos yeux.

Aliénor : C'est son esprit cartésien. Son monde est si…dur.

Alachnÿ : Son monde est déjà perdu.

Aliénor : Y-a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ?

Alachnÿ : Si vous connaissez une petite prière, c'est le moment pour vous de nous en faire profiter.

Olana, jusqu'ici silencieuse, prit la parole :

Olana : C'est mon rôle Aliénor. Je chasserai les ténèbres de son corps.

Alachnÿ : Comment ?

Olana : Mon amour y pourvoira.

Pour la première fois de son existence, Alachnÿ prit la main d'une femme entre les siennes sans aucune intention perverse de sa part :

Alachnÿ : Vous irez le chercher, là où je ne pourrai me rendre.

Elle répondit par un signe. Aliénor, s'approcha de son amie l'entourant de son affection et lui offrit un peu de réconfort :

Aliénor : Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour le sauver ma douce.

Orlyänne : C'est un grand roi de splendeur et les monarques de son genre ne meurt jamais, c'est ainsi que les choses se passent !

Mic Mac : Vouai, c'est tout comme elle dit la dragonne ! Et puis j'suis là moi, la frangine…

Olana leur offrit un bien pauvre sourire. Malgré la tournure que prenaient les événements, un infime espoir subsistait et il subsisterait toujours :

Olana : Je crois en vous Alachnÿ, comme je crois en chacun de vous, mes amis.

Faisant face à un petit bois clairsemé, se trouvait une colline, dont la roche dénudée, présentait une large anfractuosité. Abritée des vents, et protégée des regards indiscrets, elle offrit un cadre parfait aux pratiques du magicien. Fort heureusement, il avait été prévenant. Sa trousse, non loin de lui, contenait tout un attirail, dont lui seul en comprenait l'usage.

Il posa sa besace à terre, gardant un œil sur le lutin, tout en s'approchant d'Olana. Tel un trésor, le corps du roi était couvé avec la plus grande attention. Ses mains, sans cesse, effleuraient le visage émacié de son fiancée. Malgré son inconscience, il luttait contre une profonde souffrance. Mêmes les paroles apaisantes de la jeune femme, ne lui procurait aucun réconfort…

Le mage, bourru, fit preuve d'une étonnante attention. En silence, il s'approcha d'elle, effleura sa main avec chaleur et lui sourit. Au doigt de la jeune femme, étincelait l'anneau d'argent, symbole de ses fiançailles, dont nul métal n'aurait pu imiter la beauté. Un temps surprise, elle adressa ce personnage surprenant, un regard où brillait la reconnaissance, puis il prit la parole :

Alachnÿ : Cela va être un moment pénible Olana, mais je n'ai pas le choix.

Olana : Vous avez toute ma confiance.

Il lui adressa une mimique rassurante, avant de relever ses manches.

Après avoir fouillé, et sorti de sa trousse de curieux ustensiles, le mage se racla la gorge avant de s'exprimer :

Alachnÿ : Il ne s'agit plus de fanfaronnade mes amis ! Le savant parle avec peu de mots, mais il utilise ses mains ! Telle est la devise de ma Confrérie…Est-ce utile d'ajouter que je ne m'y conforme sur aucun point, bien naturellement. Je ne puis m'empêcher d'emmerder mon monde, que voulez-vous c'est ainsi ! Ce que je m'apprête à faire devant vos prunelles ébahis, un peu d'autosatisfaction m'encouragera pour la suite, ne ressemble en rien aux quelques tours de magies admirés dans les foires…Il sera, ici même, question de sorcellerie ! Qu'on se le dise, le moment n'est plus aux tergiversations, mais à l'action. Nous ne sommes pas loin d'un exorcisme et la paire d'ailes ne m'offrirait pas son pardon si ma mission échouait, mais j'en ai mâté des plus ardus que cela…enfin…je crois. Non, en fait, je ne suis plus très sûr de rien, alors le mieux est de se lancer.

Le lutin se dissimula derrière Aliénor en positionnant ses deux index en un signe de croix :

Alachnÿ : Ne t'inquiètes pas le gnome, même l'être le plus démoniaque ne voudrait pas de ta minable carcasse.

Mic Mac : M'en fiches ! J'me protège quand même.

Alachnÿ : Ceci dit, tu n'as pas tout à fait tort. Alors voilà, je vais extraire la partie la plus complexe de cette flèche, mais encore faudra-t-il accompagner mon geste de paroles protectrices. Il faut savoir que mal fait, cette pratique qui, au départ, se voulait salvatrice, pourrait lui être fatale. Je ne sais de quoi il en retourne. Pour avoir pratiqué pas mal de médecine, un peu particulière, ce qui m'a valu, le plus souvent, pas mal de déboires, je n'en ai pas moins la science infuse. Ce cas, tout à fait particulier, me fait penser que, malgré mes nombreuses années de pratiques, je vais m'en remettre un peu à la divine providence, si vous me permettez.

Jack : C'est rassurant !

Alachnÿ : Je ne vous le fait pas dire, c'est ce qui rend la manœuvre exaltante.

Orlyänne : Drörr mok ikpout ! (Ce magicien est fou !)

Alachnÿ : Voilà, comme vous dites.

Chacun s'observa en silence. Cela ne laissait rien présager de bon, mais il fallait tenter le tout pour le tout :

Alachnÿ : Orlyänne, quand je vous le commanderai, crachez votre feu. Contrer l'ennemi avec ses propres armes reste encore un procédé qui a largement fait ses preuves.

Jack : Alors, tu vas vraiment opérer en aveugle ?

Alachnÿ : Parfaitement. Laissez faire mon génie. Il m'a sauvé de situations bien inconfortables, plus d'une fois, croyez-moi.

Aliénor haussa les épaules face à l'interrogation muette du mercenaire. Olana baisa le front de son aimé et prononça quelques paroles avant de faire silence :

Olana : Faites ce qu'i faire Alachnÿ…

Sur un morceau e linge propre, le mage disposa une série de petits outils à usage médical qui ressemblait, à s'y méprendre, à un scalpel, une pince non coupante, et d'autres objets dont la signification échappait à beaucoup.

Afin de s'encourager, il commenta ses faits et gestes :

Alachnÿ : Pour l'instant, l'embout de la flèche fait office de « bouchon », mais dès l'instant où je vais y toucher, la plaie va saigner, entraînant une accumulation de sang à l'intérieur de la cavité pleurale. Les conséquences peuvent être graves et provoquer un étouffement, comme lors d'une noyade…cependant, vous avez la chance d'avoir devant vous, un médecin de premier ordre…

Alors que ses paroles n'avaient d'autres prétentions que lui offrir un peu de courage, il saisit le scalpel. La lame brillante, s'approchait de la blessure :

Alachnÿ : …et comme tout médecin de premier ordre, le geste est essentiel…

D'un mouvement concis, la lame incisa les chairs noircis du monarque. Un sang noir s'écoula et l'on vit le bout de la flèche s'agiter de curieuse façon. A la hâte, Alachnÿ jeta son instrument à terre et psalmodia des incantations, dans une langue dont il était le seul en son monde avec ses confrères, à en connaitre le sens. Mots complexes, fortement désagréables, provoquant d'étranges ressentis…

Ses doigts fouillèrent la plaie, tentant désespérément de se saisir du corps étranger. Au fur et à mesure, sa voix prenait des tonalités surprenantes.

Le monarque souffrait, cela se distinguait sur ses traits. N'y prêtant, pas le moins du monde attention, le magicien continua ses incantations en augmentant le son de sa voix. Le roi commença à montrer des difficultés respiratoires. Entre ses lèvres, l'air sifflait de curieuse façon…l'on aurait dit un animal.

Alachnÿ : Merdasse ! Vas-tu enfin venir, saleté ? Aliénor, préparez-vous à me donner cette petite fiole posé sur le linge dès que j'aurai sortit ce morceau de métal…

Elle lui répondit par un signe.

A nouveau, ses paroles s'élevèrent, cette fois, en une sorte de chant profond, dont certains mots revenaient sans cesse. Sa voix de baryton emplissait le silence, ce silence assourdissant…

Un borborygme s'échappa d'entre les lèvres du monarque, accompagné d'un filet de sang. Olana pâlit. N'était-il pas en train de mourir sous ses yeux ?

Toutes les forces du mage s'unirent pour tirer sur le morceau de bois ancré dans la chair. Ce fut alors qu'il se mua en un animal rampant. Alachnÿ eut un mouvement de surprise.

En lieu et place de l'embout de flèche qu'il venait d'extraire, s'agitait une tête ovale marquée d'un signe cabalistique. De toute son existence, pareil cas ne s'était jamais présenté. Il haussa le ton de sa voix :

Alachnÿ : Mortecouille, lâche prise, maudite chose !

Après un dernier effort, il tomba à la renverse. Dans sa main, la tête noire d'un serpent rattachée à une partie de son corps, gigotait.

Il la jeta à terre et tous eurent un mouvement de recul devant cette abomination…tous, sauf l'elfine de feu qui d'un coup de talon, écrasa cette chose immonde, puis elle leva son pied et cracha le feu sur les restes de ce petit bout d'animal. La chose disparut en un nuage nauséabond.

Olana abreuvait, sans discontinuer, des paroles en latin dans le creux de l'oreille du monarque. Ses traits, s'apaisèrent quelque peu :

Alachnÿ : Aliénor…

Déjà, elle lui tendait la fiole, qu'il déversa dans une grande partie, à l'intérieur de la blessure :

Mic Mac : Quèque c'est ?

Alachnÿ : De l'eau consacrée.

Mic Mac : Quoi ?

Olana : De l'eau bénite.

Jack : Tu vas lui balancer çà dans sa plaie ?

Alachnÿ : A quoi pensez-vous que nous avons affaire, hum ? Parce que le serpent laisse Satan utiliser son corps, une malédiction fut placée sur tous les serpents.

Les doigts du lutin mimaient des cornes qu'il pointait en direction du sol :

Jack : J'aurai tout entendu !

Olana : Avez-vous tout extrait Alachnÿ ?

Alachnÿ : Comment savoir ? C'était assez tenace. Seul l'avenir le dira. La tête contenait le poison, le reste n'a pas lieu de demeurer inside. (En dedans en latin.) Je vais poser un drain, ainsi, s'il devait subsister un résidu, il sortira de lui-même.

Jack : Tu vas lui glisser une invitation peut être ?

Alachnÿ : Merdasse, je ne supporterai pas que l'on douta de moi, tout autant que les croyances de cette jeune femme ! Si votre monde Jack, avait été plus attentif au Mal, sans doute ne serait-il pas sur le déclin à l'instant où je vous parle.

Jack : Et qui te dis que c'est le cas ?

Alachnÿ : Aussi farfelu que vous puissiez me voir, je n'en suis pas moins un être doté de clairvoyance…en plus de mon génie, qui ne saurait être remis en question d'ailleurs, cela ne fait aucun doute. Allons, ne perdons plus de temps. Il faut espérer que la nuit lui soit profitable. Et c'est là ma chère enfant que les compétences de Gabriel vont entrer en jeu.

Olana : Il n'est pas là Alachnÿ.

Alachnÿ : Détrompez-vous Olana, il n'a jamais cessé de l'être.

A travers sa souffrance, elle sut qu'il disait vrai. Une vague de chaleur gonfla son cœur d'un immense espoir. Il fallait y croire, et pour parfaire les soins du magicien, elle sut ce qu'il lui restait à faire.

L'une des particularités de l'elfine, à part cracher du feu et battre à plates coutures tous les mâles osant quémander un corps à corps, qu'il soit ludique ou guerrier, était d'avoir une ouïe particulièrement développée. En période de rarlänen*, le sommeil n'entrait pas dans ses prérogatives. Assise à terre, elle taillait un morceau de bois, lorsque ses sens en alerte, la firent se dresser comme un ressort. Un bruit attirait son attention et sa curiosité la poussait à agir.

Elle enjamba le corps de Jack, profondément endormi, et s'éloigna du campement à pas feutré. L'ouïe n'était pas le seul de ses sens développé, sa vue l'était pareillement, et malgré le pâle reflet de la lune, elle parvint à se diriger dans cette semi-obscurité.

Guider par les échos d'une conversation, sa marche se ralentit. A la base d'un rocher, était accroupis quatre vilaines créatures, en grande discussion. Leur langage, quoique incompréhensible pour l'elfine, n'en demeurait pas moins teinté d'une certaine animosité. Les physiques, disgracieux de ces êtres, n'annonçaient rien de bon.

Prudente, elle banda ses muscles prête à bondir au cas où. Bien lui en pris. Un petit animal eut le malheur de provoquer un bruissement dans les herbes, non loin d'elle, et les quatre créatures se tournèrent d'un même élan dans sa direction. D'emblée, ils se saisirent de leurs armes, ce qui fit comprendre à l'elleth qu'ils n'auraient aucunement l'intention de la convier à leurs papotages.

Il était trop tard pour faire demi-tour et de toute façon, un peu d'action ferait baisser son taux d'adrénaline grimpé au seuil maximal de dangerosité. Tout naturellement, elle se découvrit et leur adressa un bonjour à sa façon, c'est-à-dire un sourire, pour commencer, suivit d'un geste beaucoup moins empreint de sympathie, en dégainant son poignard.

Ils déclamèrent quelques mots dans leurs langues, ce à quoi, Orlyänne leur répondit par une formule de politesse, tout droit sortit de sa besace :

Orlyänne : Börrlach, mäïnenn pröch ! (Sales têtes de porcs !)

Surpris, ils se lancèrent un regard interrogateur. De quelle race était donc cette elfine ? Et cette chevelure rouge ? Tout à leurs interrogations, le cheminement de leurs pensées s'accéléra subitement et l'attaque fut, encore, ce qu'ils surent mettre le mieux en pratique.

Sauf que…

Avant même qu'ils n'aient eu le temps d'imaginer ce qui était sur le point de se produire, et déchaînée par une montée d'hormone destructrice, l'elleth en avait déjà trucidé deux, le troisième ne tarda pas à agoniser au sol, la gorge tranchée…quant au quatrième…

Ce furent les hurlements qui éveillèrent les dormeurs. D'un bond, tous se dressèrent sur leurs jambes. Olana, le corps de son aimé contre elle, jeta un regard vers Aliénor :

Aliénor : Ne t'inquiètes pas ma douce. Alachnÿ reste avec toi, nous allons voir de quoi il en retourne.

Aussitôt, Chacun suivit Zorgûnn, le plus à même de se guider dans cette obscurité.

Un spectacle saisissant les attendait. L'elfine faisait face à un être immonde qu'elle tenait d'une main de maître. Le lutin ne put s'empêcher d'émettre son avis, lorsqu'il s'assura, bien entendu, qu'il n'y avait plus aucun danger alentour, ce qui était plus prudent :

Mic Mac : Pouah ! Quelle face de rat !

Orlyänne : C'est bien mon avis également, mais il semblerait qu'il n'ait pas aimé ma formule de politesse.

Aliénor, Jack et Zorgûnn n'en revenait pas. Leur amie, tenait…par les couilles, où du moins ce qui avait l'air d'y ressembler fortement, un être immonde ne cessant de pousser des cris d'orfraies. Jack s'approcha de lui en souriant :

Jack : Ah oui, je sais, çà fait mal, hein ? Que veux-tu l'ami, on n'peut plus la tenir quand elle est dans sa période fastueuse ! Alors, qui es-tu ?

Le lutin, fanfaron, crut bon d'en rajouter une couche :

Mic Mac : T'as une sale gueule ! Hein ? Vous trouvez pas qu'il a une sale gueule ?

Avisant les cadavres à terre, Aliénor interrogea son amie :

Aliénor : Mais…ils sont tous morts ?

Orlyänne : Ils n'ont pas faits preuve de politesse à mon égard. Tu sais combien j'attache une grande importance aux bonnes manières.

Zorgûnn souriait :

Zorgûnn : Ils l'ont payé chèrement.

Mic Mac : Ouais ? Et ben bon débarras, çà f'ra à manger pour les mouches !

Orlyänne : J'ai gardé celui-ci en vie afin de vous le présenter. Pourrions-nous en tirer quelque chose, ou dois-je le vider comme un poulet à l'instant ?

A ces mots, la chose maintenue par la main de fer de l'elfine, se mit à couiner avant que des paroles très compréhensibles ne sortent de sa gorge :

- Arrgh ! Pitié !

Aliénor : Ce n'est ni un elfe, ni un nain, ni un semi-homme, ni un orque…

Zorgûnn : Mais ça nous comprend.

Aliénor s'approcha de lui :

Aliénor : Qu'es-tu exactement ?

Gobelin : Un gobelin…

Orlyänne : Il me semble bien en avoir aperçut lors de la bataille devant la montagne des nains…

Jack : Ok. Ou tu crèches ? Ou sont tes potes ?

Aliénor tourna la tête vers son ami et fronça les sourcils :

Aliénor : J'ai déjà du mal à te comprendre, alors lui…Où sont les tiens, et que faisiez-vous par ici ?

Gobelin : On chassait et sans faire le mal en plus ! Vous êtes des amis des elfes ?

Aliénor : Qu'est-ce qui te fais penser à cela ?

Gobelin : Lui, là !

Il désigna de sa main décharnée Zorgûnn dont l'air impassible le laissait pantois :

Gobelin : Les elfes veulent nous anéantir, ils nous espionnent sans cesse et nous pourchassent sans se lasser. Ce sont des menteurs !

Zorgûnn : Tu ferais bien de choisir tes mots avant de nous offrir ta parole.

Jack : Fais gaffe, mon pote, il déteste qu'on l'énerve, alors t'as plutôt intérêt à cracher l'morceau vite fait. Vous nous suiviez c'est ça ?

Le prisonnier cracha à terre ce qui fit plisser le regard de l'elfine de feu :

Gobelin : Qui c'est elle ? J'ai jamais vu une couleur de cheveux comme la sienne. Vous ressemblez pas aux elfes du roi Thranduil.

Jack : Mais si, seulement je mets mes oreilles pointues les soirs de gala uniquement, sinon, on est de la même clique. Alors tu vas gentiment te mettre à table et nous dire pourquoi vous nous suiviez ?

Gobelin : Se mettre à table ?

Orlyänne : Parler, avant que je ne t'arrache la langue.

Gobelin : J'ai rien à dire, sinon que vous n'irez pas loin. D'autres vous cherchent…et quand ils vous tomberont dessus…vous cracherez vos boyaux !

Alors que tous se lançait un regard pantois, la main de l'elleth se desserra quelque peu…il n'en fallut guère plus au gobelin pour tenter une manœuvre délicate : mordre la main de l'elfine !

Décontenancé, elle lâcha sa proie en fixant ses doigts de façon intense. Le lutin la rappela à la réalité :

Mic Mac : Le gland s'échappe !

En un bond, Orlyänne disparut sous les frondaisons des arbres, à la poursuite du fuyard. Jack et Zorgûnn, le sourire aux lèvres attendaient sur place :

Jack : T'inquiètes, ça va pas êt'long !

Effectivement, un couinement plus tard, l'on vit réapparaître l'elfine. Elle exultait :

Zorgûnn : Alors ?

Un doigt passé sous la gorge, suffit comme explication. Jack ouvrait ses mains vers elle :

Jack : Qu'est-ce que j'vous avais dit ?

Tout à son admiration, il souhaita s'approcher d'elle dans le but de la congratuler, mais il se ravisa immédiatement :

Jack : Euh, on va p'être oublier çà ma belette, mais j'te félicite quand même.

Le sourire de son amie, rattrapait largement son étourderie :

Jack : Bon, tout çà c'est bien beau, mais va falloir mettre les voiles. La cavalerie va bientôt rappliquer.

Mic Mac : Qui c'est la cavalerie ?

Jack : Leurs potes ! Tu crois pas qu'ils sont venus seuls ? Allez on remballe !

De retour au campement, Orlyänne fut récompensé d'un : « Bravo la mante religieuse ! », par le mage, avant de clamer, haut et fort, l'interrogation que tous se passait en boucle :

Alachnÿ : Comment allons-nous transporter le roi ? On ne peut décemment pas le ligoter sur son cheval…

Olana : Mais vous n'y pensez pas !

Aliénor : Bien entendu qu'il ne le pensait pas Olana.

Orlyänne : Je prendrai le Grand roi de splendeur contre moi !

Plus qu'une suggestion, cet ordre ne laissa guère de possibilités d'émettre un autre avis. Ainsi, l'on aida l'elfine à hisser l'elfe inconscient sur la selle. Elle le maintint si fort qu'il semblait avoir été lié à elle. Le lutin sortit son sourire torve des grands jours. Parfois les gestes, évoquaient, à eux seuls, l'étendue d'une profonde pensée. Le signe assez évocateur adressé à l'impudent, eut le mérite d'être très clair.

A quelques heures de la levée du jour, la troupe quitta le bois de bouleaux clairsemés, parsemé de gros blocs de pierre. Sous quatre d'entre elles, demeurait, pour l'éternité les gobelins. Leurs seuls torts, avait été de croiser la route d'une elfine sous l'emprise d'une tempête hormonale digne du déluge de la Genèse !

Cette dernière, bien que « chargée », se trouvait en tête des cavaliers. Son odorat au aguets, lui rappelait sans cesse le danger de cette fuite, aussi prenait-elle grand soin de l'être dont elle avait la responsabilité.

Bienveillante, le moindre souffle défaillant du roi lui faisait baisser la tête vers son visage afin de le surveiller. A peine avaient-ils commencé à galoper, qu'elle siffla entre ses dents. Zorgûnn connaissait ce signe distinctif signifiant que quelque chose clochait. Il fit stopper les autres et tous s'approchèrent de l'elleth. Il suffit d'écarter légèrement le roi pour laisser entrevoir une large auréole rouge sur sa tunique.

Le mage fit immédiatement descendre le corps du souverain à terre et souleva sa chemise…

La blessure s'était rouverte et saignait abondamment :

Alachnÿ : Merdasse !

Aliénor : Comment se fait-il…

Alachnÿ : Comment se fait-il quoi ?

Le ton de sa voix monta dans les aigus :

Jack : Eh, oh, calmos l'magicos !

Mic Mac : Ahahh, çà fait une rime.

Jack : Cà marche aussi pour toi l'nabos !

Alachnÿ : Je me calmerai selon mon bon vouloir. Par Barbos, je déteste que l'on me reprenne comme un apprenti ! De toute façon, il fallait bien s'y attendre. Il devrait se trouver dans un lit et non sur un cheval.

Olana : N'y a-t-il pas un village tout proche où nous pourrions… ?

Jack : Oui ?

Olana : Dérober un chariot. Je sais, ce n'est pas habituel chez moi de vous parler ainsi, mais une vie est en jeu…je ne peux demeurer dans le droit chemin, et le regarder mourir pour des histoires de convenance.

Mic Mac : Ah, tu m'plais là frangine. T'inquiètes, j'vais t'aider moi. Tu l'auras ta carriole et avec un ch'val tout frais et p'être même quèque chose à grailler parce que là, j'crève la dalle moi, avec le pain des bonzes !

Olana : Merci Mic Mac…

Orlyänne : J'accompagnerai le gnome et veillerai à ce que tout se passe correctement…

Jack haussa un sourcil et le lutin fit une grimace :

Aliénor : Mais, nous ne savons même pas quelle direction prendre. De toute façon, vers qui nous tourner, nous ne connaissons personne en ce monde.

Olana : Si. Nous connaissons quelqu'un qui viendra à notre secours…Bilbon Sacquet !

Orlyänne : Ce petit morceau d'homme ?

Jack : La Comté, c'est un endroit parfait pour disparaitre quelques temps…de toute façon, c'est là où j'voulais aller au départ…avant…

Olana le visage penché sur celui de son fiancé, lui caressait les cheveux avec tendresse. Tout dans ses gestes trahissait l'Amour l'unissant à cet être :

Olana : Monsieur Bilbon Sacquet saura se montrer généreux avec nous, j'en suis persuadée.

Jack : Seulement, y'a comme un hic Je n'sais pas me diriger par ici. Même me fier au étoiles, pour donner un sens biblique à cette aventure à la…bref, elles ne sont pas à la bonne place !

Aliénor : Ne t'énerves pas Jack. Cela ne sert à rien.

Zorgûnn : Tâchons de trouver un village. Il sera toujours temps d'aviser par la suite.

Jack : Bon, en tous cas, on s'dirige vers l'est. C'est déjà çà.

Mic Mac : Et comment qu'tu sais çà ?

Jack : On t'a jamais appris qu'le soleil se lève toujours à l'est ?

Mic Mac : Ben non, seulement à voler ! Et çà, c'est pas rien frérot.

Jack : Ouais, ben le jour où tu l'verras s'lever à l'envers, tu pourras faire ta prière. Enfin, j'espère qu'il se lève à l'est par ici…oui, il doit forcément se lever à l'est.

De dépit, l'elfine cracha une boulette de feu et soudain, les traits du magicien s'éclairèrent :

Alachnÿ : Merdasse, comment n'y ai-je pas pensé avant ? Orlyänne, venez par ici et veuillez nous faire profiter de votre feu interne. Il va nous servir à cautériser la plaie ! Ah ! Parfois, il me vient des traits de génie me laissant pantois. Si Prince était là, lui, chanterait mes louanges !

Jack : Et ben c'est bien dommage, parce qu'il n'est pas là. Va falloir t'y faire…Ok, on t'attend ici, et surveille le bien celui-là.

Avant même d'attendre la réponse du lutin, l'elleth l'attrapait par sa veste élimée et le portait à hauteur du visage :

Orlyänne : Tout va très bien se passer. N'est-ce pas Mic Mac ?

De mauvaise grâce, le lutin acquiesça, bien malgré lui :

Mic Mac : T'en doutais cousine ?

Amélie, s'était enfin assoupie. Les traits reposés, un ronflement sonore commençait à résonner à l'intérieur de la chambre. Cela fit sourire Prince Charmant. Chaperon Rose et Opéca, pour une fois, trouvèrent à s'entendre en se parlant avec un semblant de gentillesse. Leur conversation, à voix basse, n'en demeurait pas moins teintée d'inquiétude :

Chaperon Rose : Je ne saurais dire pourquoi, mais il me semble que les ennuis ne vont pas tarder à pleuvoir sur nos jolies têtes.

Opéca : Pour une fois, je suis d'accord avec toi. Ca va chauffer pour nous quand ils vont découvrir…

Prince Charmant : Vous n'avez rien à craindre. J'ai promis, avec moult emphase, ma protection à votre égard et bien mal celui qui s'en dédit.

Opéca : C'est justement ça qui m'fait peur.

La porte s'ouvrit à la volée et le battant de bois rebondit contre le mur. Dans l'encadrement de la porte se dessinait la silhouette de Tauriel. Droite, le regard statique, ses paroles aiguisées piquèrent les jeunes femmes comme autant de pointes acérées :

Tauriel : Où se trouvent vos amis, vous qui semblez vous jouer de moi depuis si longtemps ?

Le bruit avait éveillé Amélie en sursaut. Chaperon Rose posa une main affectueuse sur son épaule, avant de répondre de sa plus belle voix :

Chaperon Rose : Le bonsoir est pour vous charmante elfine. Quelle est donc la raison de ces vilaines manières, qu'il ne faille éveiller, dans son sommeil, une pauvre femme fatiguée ?

Tauriel : Votre interrogation ne répond pas à ma question.

Chaperon Rose : Je l'avais bien compris ainsi, mais je ne puis rien vous offrir d'autre. Je ne suis pas attachée à chacun des pas de mes amis. Il me semble que le roi leur a autorisé un libre déplacement dans son royaume…

Tauriel : Nous les cherchons partout.

La vieille dame, trop heureuse de glisser son petit mot dans cet échange, y alla de sa petite remarque :

Amélie : Dans chaque recoin dans chaque trou ?

Chaperon Rose : Attention ma bonne Amélie, il ne faudrait, en aucune façon, froisser cette damoiselle. Nous ne sommes que des invités à ses yeux et puis notre hôte n'est pas une habituée de nos remarques pertinentes qui n'appartiennent qu'à nous…et au monde dont nous provenons.

L'ironie des paroles n'échappa nullement à l'elfine, qui toisa Chaperon avec dureté. Depuis le début, ces deux-là ne s'estimaient guère, il n'y avait pas besoin d'un dessin de grand maître pour s'en rendre compte. Complètement décontenancé, Prince tenta une manœuvre qui valait, seulement, le prix de ce qu'il proposa :

Prince Charmant : Nous vaquâmes à nos occupations, tout à fait ordinaires ceci étant, lorsque vous fîtes irruption de bien charmante façon, je l'admets aisément, dans cette pièce avec, à nos dépens, une interrogation dont nous ne trouvâmes aucune réponse convenable à offrir. Vous nous en trouvez contrits.

Chaperon Rose : Prince, tes conjugaisons désorienteraient ton Louis le Quatorzième lui-même. Adaptons-nous au savoir de chacun, lequel ne possède pas toutes tes compétences mon ami.

Tauriel : Cela suffit ! Sans doute retrouverez-vous un semblant de mémoire et de politesse, en allant goûter au confort de nos geôles ?

Prince Charmant : Diantre ! Vous n'oseriez pas…si ?

Tauriel : Garde ! Conduisez les prisonniers dans leurs nouveaux appartements. Que les honneurs leurs soient rendus.

Chaperon Rose ramena le châle sur les épaules d'Amélie. Le regard qu'elle adressa à l'elleth se voulut sciemment provocateur :

Chaperon Rose : Vous pouvez bien vous gonfler d'importance, seule votre repentance sera lourde à porter. Quand comprendrez-vous, enfin, qu'il ne sera jamais à vous ?

Tauriel : Votre impertinence sera châtiée.

Chaperon Rose : Est-ce une promesse ? Parce que si tel est le cas, je peux bien en rajouter d'avantage.

Prince Charmant : Chaperon, sans doute devrions-nous ne point faire attendre ces gardes.

Chaperon Rose : Bien sûr Prince, l'on ne saurait émettre un refus à une si aimable invitation. Que voulez-vous notre politesse nous perdra.

Tauriel : Je vous remercie de nous faire profiter d'une telle finesse d'esprit. L'intimité de nos prisons vous y aidera grandement !

Chaperon Rose : Ma rousse amie, vous poussez vos civilités jusqu'aux derniers confins de la flatterie.

Amélie dut interrompre ce charmant intermède menaçant de tourner au pugilat et poussa discrètement sa petite péronnelle devant elle. Prince sortit son mouchoir et s'épongea galamment le front. Dépité, il secouait sa magnifique chevelure doré, laquelle avait pris un essor incroyable. Dommage qu'il n'en fut de même pour le reste, car, hélas, sa bonne humeur légendaire venait de fondre comme neige au soleil :

Prince Charmant : Je vous l'avais bien dit que nous finirions par manger le pain moisi des cachots !

Les premières lueurs de l'aube commençaient à poindre. Un froid piquant s'infiltrait jusque sous leurs vêtements. L'automne allait très bientôt laisser sa place à l'hiver. Une saison de plus dans cette aventure incertaine pensait Aliénor. Combien s'en écoulerait-il encore avant qu'elle ne prenne fin, si cela devait se produire un jour…

L'attente fut longue et chacun se demandait s'il avait été judicieux de confier cette mission au tandem Orlyänne Mic Mac. Une association à haut risque, mais qui, cependant, porta ses fruits, puisqu'enfin, le bruit de roues sur la terre attira l'attention de Zorgûnn, Jack et Aliénor. Il fallait être certain que ce fut eux, mais comment se hasarder à s'en assurer lorsque les armes faisaient défauts ? Armés, seulement, de bâtons, les trois compères tentèrent le tout pour le tout et se montrèrent. Bien leur en prit. L'elfine, un sourire radieux sur les lèvres, tenait fermement, des rennes et dirigeait de main de maître un chariot tiré par deux chevaux à la stature impressionnante. Jack y alla de son petit avis en apercevant les deux mastodontes :

Jack : Eh ben faut espérer qu'on nous file pas l'train. Ca doit faire une moyenne de combien ça ?

Mic Mac : T'es jamais content toi ! En tous les cas, y'a à grailler derrière. Mais faut quand même pas traîner. V'ont pas êt'content les glands quand y's'rendront compte…

Aliénor : Installons Sa Majesté à l'arrière et filons.

Il y avait tout un bric à brac à l'arrière. De gros paniers en osier, chargés de légumes frais, des cordes, quelques outils, mais surtout un petit tonnelet de bière qui attisa le sourire du lutin :

Mic Mac : C'ui là, y sont pas prêts d'le r'voir en peinture !

L'on dégagea rapidement une place et installa le monarque. Son visage, bien à l'abri contre le cœur d'Olana, trahissait toujours la souffrance. Tous tentait de faire diversion afin de ne point porter au pinacle une inquiétude grandissante, jusqu'au lutin lui-même qui demeura aux côtés de son amie, ses grands yeux plongés dans les siens. Sa petite main sale effleura celle de la jeune femme :

Mic Mac : Te fais pas du mouron Princesse, y va s'en tirer. Il est fort ton roi !

Il enroula une mèche de ses longs cheveux blancs autour de l'un de ses doigts :

Mic Mac : Y sont beaux tu sais…tu pourras m'en couper une mèche frangine ? J'la porterai toujours contre mon palpitant, promis juré.

Olana : Promis juré, mon petit lutin.

La carriole s'ébranla direction l'Est. Ce matin-là, le ciel était clair, et l'air vif sentait bon la bruyère poussant sous les arbres. Une envie de passer au-dessus de toutes ces épreuves les liait plus que jamais. Un regain d'énergie semblait les y pousser. Aucun ne parlait, trop occupé à demeurer aux aguets. Heureusement, leur meilleure alliée se trouvait être cette formidable elfine à la force surprenante. Son sourire ne flanchait jamais. Elle leur devait bien cela.

Le soleil était à son zénith, lorsqu'ils firent une halte. Droit devant se présentait les Monts Brumeux. Les trois compères étaient aux avants postes, observaient la muraille de pierres. Leurs regards en disaient longs sur les difficultés à venir. Seul Zorgûnn, une fois n'était pas coutume, prit la parole :

Zorgûnn : Nous ne parviendrons jamais à franchir ces montagnes.

Aliénor : Et pourtant, il va bien falloir. Comment allons-nous faire Jack ?

Jack : Si je l'savais belette. Le chariot nous servira un temps, mais après…

Aliénor : Peut-être pourrions-nous porter le roi à tour de rôle.

Jack : Infaisable Al.

Le magicien s'approchait du trio l'air soucieux :

Alachnÿ : Je ne souhaiterais pas déséquilibrer ce magnifique édifice destiné à se casser la gueule, mais Sa Majesté ne tiendra pas le temps d'un crapahutage de fortune. Pourquoi ne pas passer par cette forêt dont j'aperçois les hautes cimes des arbres là-bas ?

Jack : Attends, si mes souvenirs littéraires sont bons, ça doit être la forêt des vieux arbres…ah, j'sais plus son nom.

Alachnÿ : Et qu'avons-nous à faire du nom de cette maudite forêt je vous prie ?

Jack : Ben tu viens d'le dire magicien, elle est franchement tordue. Des sorts ou quelque chose d'approchant.

Alachnÿ : Encore ? Mortecouille, qu'on donc toutes ces créatures à se jeter des sorts en veux-tu en voilà ? Est-ce une façon de faire dans ce monde-ci ?

Jack : Qu'est-ce que j'en sais ? C'est comme çà, c'est tout.

Aliénor : Cela me parait moins ardue que franchir un col.

Zorgûnn : Détrompe-toi Aliénor, certaines magies sont bien plus puissantes que les éléments naturels.

Alachnÿ : Je voudrais bien voir ça ! Vous avez devant vous un magicien de premier ordre et vous pensez que cet être pétri de science et de savoir va craindre quelques malheureux arbres ? Allons, personne ne se mettre en travers de la route du plus glorieux magicien que la terre ait porté !

Aliénor : Que votre terre ait porté, Alachnÿ. Pas celle-ci.

Alachnÿ : Toutes les terres se ressemblent jeune femme.

Zorgûnn : Je ne…

Alachnÿ : Et bien, je m'arroge la possession de cette forêt et met au défit quiconque m'en empêchera !

Déjà, le magicien relevait son long manteau pour enjamber les hautes bruyères jaunâtres et remonter en selle :

Aliénor : Je suppose que nous n'avons pas le choix.

Zorgûnn : L'avons-nous jamais eu ?

Orlyänne rejoignait le groupe. Dans son regard se lisait la colère :

Orlyänne : Sharwork ! Je sens une odeur de pourriture et elle n'annonce rien de bon !

Mic Mac : Et si c'était des orques ?

Jack : On va pas attendre pour le savoir.

Mic Mac : Sales créatures !

Cahotant sur les nombreuses pierres parsemant la terre, le chariot continua sa route. Au devant, l'océan vert sombre ne semblait guère accueillant, pas plus que la troupe d'orques non loin de là. Eux aussi avaient senti l'odeur des fuyards et dans leur hâte d'en connaitre l'origine, ils redoublèrent d'effort.

Les chevaux de traits furent poussés aux bouts de leurs possibilités. Autant dire qu'elles ne furent guère suffisantes. Bientôt, un nuage de poussière, signait l'avancée de leurs poursuivants. Orlyänne leur intima l'ordre de continuer tandis qu'elle demeurerait à l'arrière. Curieusement, au moment où elle s'apprêtait à leur faire face, les orques bifurquèrent contournant la masse végétale. Alachnÿ, exulta :

Alachnÿ : Quelle belle bande de couillards ! Avoir peur de vulgaires arbres !

Un grincement sinistre accueillit ses paroles. Tous se dévisagèrent. Le magicien, quant à lui, continuait à paradait tel un coq :

Alachnÿ : Ne vous l'avais-je point dit ? Aucune créature néfaste…juste de vieux troncs pourriiis…

Seul le son de ces voyelles joliment accolées, les unes aux autres, avertit l'arrivée d'un événement d'importance. Qu'arrivait-il encore à ce vieux fou ? Tous s'immobilisèrent et aperçurent une branche noueuse se resserrer autour de sa cheville, le soulever, tel un fétu de paille, et le renverser tête en bas, comme un vieux singe. Le lutin ne put s'empêcher de se moquer de lui :

Mic Mac : Tu disais l'gland ?

Vexé d'être la risée de tous, il tenta de reprendre contenance, mais l'on tenait, par cette démonstration peu ordinaire, faire comprendre à cet impudent, combien l'humilité prenait effet dès que l'on franchissait cette forêt peu ordinaire. L'on se trouvait dans un sanctuaire ici, cela devait se comprendre. Le magicien, avec la grandeur d'esprit qui était sienne, décida, en son for intérieur de revoir ses ambitions à la baisse, et fit profil bas en présentant ses excuses. Ce fait rarissime eut le mérite d'interpeller ses amis.

Petit à petit, tout autour d'eux, l'obscurité dissimula la pâle lumière du soleil. Bientôt, ce fut tout juste s'ils distinguèrent à deux pas au-devant d'eux. Olana posa délicatement la tête du roi sur une pile de tissus et descendit du chariot.

Les autres s'étaient rassemblés en un groupe compact et prenait racine dans la terre, au sens propre comme au sens figuré. Leurs pieds, recouverts de vieilles racines les maintenaient fermement sur le sol. L'un des arbres pencha sa cime, et l'on distingua, très nettement, deux gros yeux brillants clignant des cils, en observant de près ces humains pas comme les autres. Jack se souvint de la toute première fois où il avait rencontré des Ents en compagnie de Gabriel et ses amis. Olana, la seule à ne pas être liée à la terre, s'approcha du végétal. Les yeux la fixaient sans discontinuer avant que ne s'élève un filet de voix où sifflait, de curieuse façon, les consonnes de ses mots :

Fimbron : Fou chêttttes Olana…

Olana : J'ai déjà rencontré l'un des vôtres dans un bois, il y a quelques temps de cela.

Fimbron : Ccchhhhe ffou attendait.

Contre toute attente, les racines se délièrent, les branches se desserrèrent et la lumière du jour pu, à nouveau, pénétrer les abords de la forêt où ils se trouvaient. Aussi vaste qu'elle fût, autrefois, ce n'était plus qu'un simple reste d'un lointain passé. Très âgée, effrayante et hantée de tas d'esprits étranges, elle semblait s'être repliée sur elle-même afin de mieux supporter le poids de son malheur.

Celui, notamment d'avoir perdu, à jamais, les femelles Ents et de disparaître au fil des siècles, faute de jeunes pousses pour reprendre la relève. …l'arbre, les mena jusqu'à « La chambre des Ents », lieu de rassemblement, où nombre de ces colosses conversaient en un étrange langage produisant des sons semblables à un long roulement de tonnerre. Le plus grand d'entre eux se présenta sous le nom de Sylvebarbe, le berger de la forêt. Il avait en charge ses semblables et tentait, coûte que coûte de sauvegarder le peu de la mémoire collective qui demeurait en lui.

Sans qu'elle n'en comprenne la raison, Olana, prononça un mot en valarin. Ce dernier fit vaciller le géant feuillu :

Olana : Ibrînidilpathânezel… (L'arbre Telperion, l'un des deux arbres de Valinor). Il refleurira, un jour.

Tous les autres Ents reprirent en chœur le long mot en valarin et le scandèrent telle une litanie religieuse. Sylvebarbe, penché au-dessus de la jeune femme, se tourna vers le chariot. Il contempla l'être aux cheveux blonds dans son sommeil agité. Olana saisit l'une des branches de l'arbre et effleura les feuilles oblongues. Elles s'agitèrent rapidement, attirant, à nouveau, l'attention sur elle :

Olana : Mânawenûz. (Celui qui est béni.)

Ce mot seul roula dans le cercle de réunion provoquant le remous de toutes les feuilles couvrant les arbres. A l'évocation de ce mot, le regard d'Olana se modifia, laissant apparaitre un cercle gris foncé dans l'iris clair de ses yeux purs. Tous les Ents s'inclinèrent et murmurèrent dans leur langue natale des mots se perdant dans cet océan de verdure émeraude, puis Sylvebarbe prononça ceux que tous comprirent :

Sylvebarbe : Bonchouuur noble Daame. Chee chaavait que vous viendriez à moiii.

Olana : Vraiment ? Pourquoi ?

Sylvebarbe : Chheee le chaavais, chééé tout.

Ses mots chuintants et traînants formaient une musique agréable parmi ce silence oppressant. Il attendit quelques instants avant de reprendre le cours de ses pensées à voix haute. Un Ent ne se risquait jamais à les interrompre ou tout était à recommencer invariablement. Heureusement pour lui, la surprise des voyageurs les réduisirent à un silence éloquent, profitable pour un profond raisonnement, lequel s'éternisa quelque peu.
Une fois ce cheminement effectué, Sylvebarbe se sentit près à reprendre le cours de sa conversation, au grand soulagement de tous :

Sylvebarbe : Fimbronnnn vaa fouuu chenmenner, dans la Comté, cccchezz le Hobbit Bilbon chacquet. Là, cherrra fôtre dechhhtinn. Le nôtre est aux côtés de Charoumannne.

Jack ne put s'empêcher de lancer un avertissement :

Jack : Eh, j'veux pas dire…mais vous devriez garder un œil, et le bon sur ce magicien dans sa tour. Dans quelques temps, il vous jouera un sale tour, vous verrez.

L'on fixa intensément cet étrange humain, et chez les Ents, intensément, voulait vraiment dire…intensément, ce qui eut pour effet de les faire demeurer immobile pendant un long moment. Leurs gros yeux fixaient de concert un Jack au comble du désespoir. Toutes ces paires d'yeux pour lui…n'était-ce pas un peu…trop ?

Personne, durant ce laps de temps, n'osa émettre le moindre mouvement. Ce fut comme si le temps s'était figé. Là aussi, l'on accorda aux Ents une profonde déférence, ce qui, somme toute, demeurait encore la seule chose à faire.

Mic Mac, dont seuls ses gros yeux allaient de gauche à droite, avait une furieuse envie de sortir une moquerie de son cru mais il préféra, c'était plus prudent, garder sa verve acérée pour lui. Après tout, ces arbres auraient pu l'écraser tel un insecte. Cependant, il se promit de ressortir, un peu plus tard, l'intérêt que lui avait déclenché la vue de ces mastodontes de sèves et d'écorce.

Alachnÿ lui aussi, observait ces vieux arbres fatigués avec le plus grand intérêt. Mille questions lui passaient en tête, mais le temps comptait. Il en conçut une énorme frustration. Une réelle curiosité démangeait son esprit.

Les Ents réussirent l'exploit inouï de prendre une décision hâtive, ce qui, là aussi, relevait d'un exploit peu ordinaire. Décidément, il se passait de bien troublants événements en ce monde. Ces témoins d'un lointain passé, portaient en eux bien des secrets, mais certains, plus récents, ne devaient pas excéder quelques semaines.

Olana le sentait, ces créatures avaient connaissance de bien des choses, et leur détermination à agir dans l'urgence, prouvait, une fois de plus, que d'autres, en amont, avait préparé le terreau fertile de sa destinée.

Une fois le conseil dissout, on expliqua avec moult difficulté aux amis d'Olana, le devoir de détacher l'attelage retenant le chariot. Aussitôt, l'un des Ent pris sous une branche de part et d'autres de son tronc, un percheron. Les animaux hennirent de peur quelques instants, avant que ne leur fut énoncé quelques mots mettant fin à leurs craintes. Il fut procédé de la même façon pour les compagnons de route de la fiancée du roi et le monarque lui-même. Tous se trouvèrent nichés aux creux des branches épaisses.

Les enjambées de ces arbres millénaires, étaient impressionnantes. Chacun d'eux devait bien représenter une centaine de mètres. Orlyänne, ravie, ne cessait d'offrir de larges sourires à son porteur, ce qu'il semblait apprécier grandement. Au nombre de trois, chacun portait sa charge avec la plus parfaite détermination. L'un pour les deux percherons, l'autre pour Aliénor, Jack, Zorgûnn, Alachnÿ, Mic Mac et l'elleth, collée contre l'un des gros yeux convergeant de temps à autre vers elle, et le dernier portait avec respect, le chariot où reposait Olana et le roi, assoupis contre elle.

Dans la forêt de la Lothlorien…

Dame Galadriel, entrait à l'intérieur du talan où se trouvaient Gabriel, Nimïel et Cirdan. Céléborn et Gandalf suivait soucieux. Lorsqu'elle se trouvait en présence de l'archange, la dame de lumière ressentait l'inévitable envie de s'approcher de lui. Plus que jamais, l'attirance de cet étrange personnage, devenait de plus en plus vivace.

Hélas, il n'était plus question, pour elle, de satisfaire sa curiosité, mais plutôt de mettre en garde cette personne :

Galadriel : Prenez en considération l'avertissement que je m'apprête à vous délivrer, et consentez à entendre, plus qu'à condamner. Les Seigneurs des clans elfiques condamnent cet amour clandestin Gabriel. Bientôt, la colère grondera en ce monde. Cette jeune femme représente, à leurs yeux, un nom à apposer sur une menace depuis longtemps pressenti.

Gabriel : Et aux vôtres, noble Dame, qu'en est-il ?

Galadriel : Le doute se dispute à l'envie de croire en son innocence. Mais le Mal sournois change souvent d'apparence. Qui sait s'il ne s'y est pas joint une aide providentielle ?

Gabriel : Elle n'est pas la menace que vous semblez tant craindre Gente Dame.

Galadriel : Sa fuite la dessert pourtant.

Gabriel : La raison pourrait être autre que celle dont tous souhaitent lui faire porter la charge.

Galadriel : Ils devront, tous deux, s'en expliquer. Le souverain Thranduil vient de faillir sous nos yeux. Son choix est fait.

Cirdan : Glorieuse Dame de lumière, le roi a depuis longtemps choisit sa voie.

Gandalf : Si les clans s'unissent contre lui, il ne lui faudra guère de temps pour répondre à l'affront. Cela pourrait fort bien déboucher sur une guerre.

Celeborn : Il ne peut en être ainsi. Ce serait servir les desseins de Sauron.

Gandalf : Désunir pour mieux frapper.

Cirdan : Accordons-leur ce qu'ils souhaitent avec tant de ferveur, et s'il le faut, le roi et moi, tenterons à nouveau de rallier Valinor. Les Valar ne sauraient nous laisser dans le néant…

Nimïel, demeuré silencieux, jusque là, s'inclina respectueusement avant de prendre la parole :

Nimïel : Et s'ils souhaitaient, au contraire, rester en retrait afin d'obliger le roi, à faire face aux conséquences de son choix ?

Galadriel : Sommes-nous encore dignes de leur confiance ? Au vu du comportement de Sa Majesté Thranduil, le doute n'est plus permis. Nous devons le faire renoncer à ce mariage ou notre peuple en souffrirait. L'affront fait aux dieux nuirait à tous.

Gandalf : Nous n'en sommes pas encore là.

Galadriel : Bien au contraire, Mithrandir, votre clairvoyance s'en trouve voilée ces derniers temps, tout comme la mienne ce qui renforce ma méfiance. Le souverain est déjà marié et sa reine l'attend patiemment auprès de Mandos, voici ce qui doit se présenter à vos esprits. Cet amour interdit est à lui seul un parjure.

Cirdan : Noble Dame…allez-vous l'abandonner ?

Galadriel : Je ne sacrifierai pas mon peuple au nom d'un mirage.

Gabriel hocha la tête. Il crut bon ne pas insister et préféra garder le silence. Ce fut Gandalf qui reprit la parole :

Gandalf : Nous partons à sa recherche !

Galadriel : Vous demeurerez sous notre protection.

Ces mots adressés à l'archange se voulaient décisif :

Mithrandir : Il doit nous suivre. Lui seul peut inverser le cours des événements.

Galadriel : Je m'incline Mithrandir, et me plie à votre sagesse, mais celle qui me sied, m'enjoint à protéger les miens.

L'istari approuva d'un signe de tête. De biens sombres desseins s'amoncelaient par-delà l'horizon d'Arda. Des éléments de réponse manquaient à ses nombreuses interrogations, et la mission dont les Valar l'avait chargé, semblait soudain plus lourde qu'elle ne l'avait jamais été.

L'irrésistible appel du cœur de Thranduil, posait, à son grand désarroi, les jalons d'un futur incertain…

Seul le col Rubicorne, paraissait le chemin idéal pour franchir la montagne. Le voyage ne fut guère aisé, mais le courage, lui, s'agrippait coûte que coûte aux derniers vestiges de l'espoir subsistant chez ces voyageurs fatigués. D'abord aisée, leur ascension, au fur et à mesure de leurs avancée, devint périlleuse.

Le temps tourna et une tempête de neige s'invita à ce périple. Les Ents avait rabattu leurs branchages sur les voyageurs leurs offrant, ainsi, un manteau végétal qui, s'il n'était pas aussi douillet qu'un vêtement de laine, avait le mérite de contrer le froid et l'humidité des flocons de neige, lesquels, tombaient drus.

Après une courte halte, Mic Mac avait exprimé le désir de se réfugier contre Olana. La douceur de son contact, calma les frissons du petit être peu habitué à la rudesse d'un tel climat. Seule Orlyänne se portait comme un charme. Son exceptionnelle chaleur corporelle, dû à sa glorieuse période de fécondité, irradiait, et le flocon s'évaporait avant même de rentrer en contact avec sa peau, contrairement aux gouttes de pluie, bien trop lourdes pour subir le même sort. Son sourire enchantait l'Ent qui lui chantait de longues, de très très longues chansons. Elle semblait ravie, contrairement au mercenaire qui commençait sérieusement à regretter la magnificence d'un tel don.

Zorgûnn, bien plus compréhensif, se contentait d'écouter les chants et tenir contre lui, une Aliénor frigorifiée. Lui qui vivait sur des terres enneigées, était aguerri à la rudesse de tels climats. La morsure du froid, pouvait être terrible pour une personne peu habituée à ces températures, aussi s'efforçait-il de la réchauffer du mieux qu'il le pouvait en lui frictionnant le dos. Lui témoigner son amitié par ce simple geste représentait beaucoup pour cette jeune femme à la destinée houleuse. Depuis sa disgrâce, peu de personnes pouvaient s'enorgueillir d'être devenu un ami. Zorgûnn était une de celles là.

Le magicien, quant à lui proférait moult grossièretés dans sa langue natale, ce que l'Ent trouvait bien agréable. Bien qu'il n'en connaissait pas le sens, ce qui était fort heureux pour ses oreilles, les sonorités des injures dantesques du magicien semblait agréables à son ouïe. Ce personnage, haut en couleur, lui plaisait. Sa barbe bouclée, sa façon de froncer les sourcils et de gonfler sa poitrine, avant de déclamer toutes sortes de diatribes dont le sens lui échappait. Ses bavardages incessant, formait une mélopée aux sons plaisants.

A force de courage et d'abnégation, les Ents finirent par franchirent le col et redescendre de l'autre côté du versant de la montagne. Pas une seule fois, à part pour aider le lutin à passer d'un arbre à un autre, ils ne prirent le moindre repos. Leur marche rythmée, prenait naissance au plus profond de leur détermination à exécuter leur mission, comme à venir en aide à ces voyageurs excentriques.

Au crépuscule du quatrième jour, depuis leur fuite du royaume de la Lothlorien, les premiers pâturages de la Comté s'étendaient à perte de vue. Ces terres plaisantes et verdoyantes situé en Eriador, juste à l'ouest du Brandevin et à l'est des Hauts reculés, composaient le doux pays des Hobbits. Dans cette partie du monde, vivait, depuis le XVIIe siècle du troisième âge du soleil, le peuple de semi-hommes. La majorité d'entre eux étaient de simples cultivateurs tirant profit de la richesse de cette terre, et la nature le leur rendait bien.

Pourtant, ils n'étaient pas originaires de cette région d'Arda. Bien avant la venue du Mal dans la forêt de Mirkwood, les Hobbits vivaient parmi les hommes dans les vals septentrionaux de l'Anduin et Verbois-le-grand, au temps de sa splendeur. La force maléfique installée dans le royaume de Thranduil, les força à quitter cette partie du monde pour coloniser les terres fertiles de l'Eriador.

D'abord installés dans les alentours de la ville de Bree, ils partirent à nouveau, en l'an III 1601, vers l'Ouest de l'autre côté du Brandevin. C'est là qu'ils fondèrent la Comté. Petites gens tranquilles, dont les rares fantaisies consistaient à se vêtir d'habits aux couleurs vives et à porter une adoration sans borne à l'herbe à pipe qu'ils fumaient pratiquement tous les jours.

Le héros le plus honoré à cette époque, avant que les aventures de Bilbon Sacquet ne suscitent la fierté de tous, était un humble cultivateur du nom de Tobold Sonnecor, de Longoulet, qui, au vingt septième siècle, importa et cultiva le Galenas, ou Herbe à pipe. Ce dernier fut loué à jamais pour ce brillant esprit d'entreprise et le soir sous le porche des habitations, comme dans les tavernes où la bière coulait à flot, l'on se félicitait d'avoir possédé parmi les siens un tel génie.

Les Ents, tout à leur préoccupation, n'attachaient pas la même considération que leurs voyageurs à la beauté de ce paysage et se contentèrent de les mener jusqu'à l'orée d'un bois à la limite de la frontière de la Comté.

Soudain, ils stoppèrent leur marche, déposèrent avec délicatesse, les personnes, les animaux et le chariot sur le sol, puis s'immobilisèrent. Comme tous commençaient à connaitre le curieux mode de fonctionnement de ces créatures, personne ne s'en étonna, jusqu'au moment où leurs regards se tournèrent dans la direction où les Ents se dressaient.

Encore visible, malgré la tombée de la nuit, un arc-en-ciel majestueux semblait avoir jeté un pont entre la terre et le ciel. Un dégradé de couleurs s'attardait au-dessus d'eux, se laissant admirer encore un peu, avant qu'il ne s'éteigne dans la noirceur des ténèbres.

Etait-ce une représentation respectueuse de la nature pour faire honneur à ce monarque dont la vie ne tenait qu'à un fil ? Si tel était le cas, c'était un bel hommage. Pourtant, il n'était pas couvert d'or, ni de pierreries ! Le prestige de sa gloire s'était terni par la faute d'une blessure maléfique. Le grand roi des elfes sylvestre, faisait son entrée dans la Comté sous le poids de sa douleur.

Bientôt, les couleurs se dissolvèrent, au profit de la clarté étoiles. Les Ents secouèrent leurs ramures en murmurant de longues onomatopées, signe d'une grande mélancolie, puis Fimbron s'adressa à Olana :

Fimbron : Chéé ichiii que charrêêête notre micchion noble Dame.

Olana : Je comprends. Soyez loués pour cette aide dont vous nous avez faits les honneurs. Sans vous, nous n'y serions jamais parvenus.

Sa main effleura quelques feuilles, ce qui lui provoqua des frissons. Penché au-dessus d'elle, ses gros yeux ne cessaient de l'admirer. Elle crut y déceler, un message d'encouragement teinté d'un voile d'admiration. Les Ents n'étaient pas des êtres doués de préscience, mais Fimbron devina en elle le feu sacré d'un pouvoir dont, probablement, elle n'était pas encore consciente. Du moins, pas dans sa totalité. Il lui offrit un sourire empreint de douceur, qui consista à ouvrir sa bouche bien en grand, ainsi que ses yeux. Cela fut considéré comme un exploit par les amis d'Olana, tant on eut peine à imaginer que ces ouvertures puisse s'entrebâiller de façon manifeste. Ces drôles de créature possédaient des particularités que peu d'êtres vivant sur ces terres, ne connaitraient sans doute jamais.

L'on replaça le harnais du chariot sur le dos des percherons, les autres chevaux, légèrement endormis par un sort, afin de mieux supporter le voyage, piaffèrent d'impatience. Leurs sabots ne demandaient qu'à frapper la terre et c'est ce qu'on leur intima de faire. Après un dernier adieu de part et d'autres, chacun avança dans une direction opposé. Les Ents prirent le chemin du retour, alors que les voyageurs, s'enfonçaient, sous la pâle clarté de la lune, sur les terres de la Comté.

Bâtit, sur et autour de la colline de Hobbitebourg, le village constitué de curieuses habitations semi-enterrés, possédait son moulin et un grenier à grain sur une rivière appelée l'Eau. Dans ses environs, vivaient les plus renommés des Hobbits. Parmi eux, les Sacquet, dont l'habitation jouissait d'un certain prestige.

A la nuit tombée, il devenait malaisé de se déplacer sur ces chemins de terre. Les seules lumières dispensées se trouvaient à l'intérieur des habitations. Les semi-hommes, bien au chaud dans leurs logis, s'offraient un repas digne de leur appétit gargantuesque. Se restaurer était une occupation à part entière chez ce peuple d'épicurien, aussi accordait-on un temps précieux à l'élaboration de repas riches et variés. Les jeunes filles apprenaient très jeunes à marier mets, épices, et savoir faire.

Bientôt, un fumet odorant attisa les papilles de nos voyageurs. Au loin se distinguait les lumières vacillantes d'une lanterne éclairant l'enseigne d'une taverne. De joyeux rires accompagnés d'éclats de voix de toutes sonorités filtraient à travers les fenêtres rondes agrémentées de rideaux fleuris. Il se dégageait de cet endroit, un sentiment de plénitude. Les chopes s'entrechoquaient et ce seul bruit, reconnaissable entre tous, faisait honneur aux tenanciers de l'établissement. Cela fit sourire Jack. D'aussi loin que remontait ses souvenirs, jamais pareil endroit ne s'était présenté à lui. C'était ainsi que ce vivait le bonheur ? Entre amis, autour d'une jolie mousse ambrée, avec une franche gaieté pour compagne ?

Lui qui n'avait connu que méfiance et solitude enviait ces gens simples.

Très vite, ses pensées divergèrent vers la principale préoccupation de tous où se trouvait l'habitation de Monsieur Bilbon Sacquet ?

Jack interpella Aliénor :

Jack : Al, quelqu'un doit se dévouer pour trouver un gentil petit Hobbit capable de nous renseigner sur Bilbon, sans nous jeter des pierres ou avertir toute sa clique de copains. Tu penses à qui ?

Orlyänne fit un pas en avant, et ce fut le seul, car Jack la reprit aussitôt :

Jack : N'y pense même pas. Une géante aux cheveux rouge avec un sourire de dragon…je sais pas pourquoi, mais je sens qu'ça va pas l'faire !

Zorgûnn : Je pourrais tenter…

Jack : Ben, t'es moins voyant qu'Orlyänne, mais un elfe comme toi, ça doit pas s'voir très souvent par ces contrées. Olana et sa nouvelle apparence, faut pas trop y compter, Mic Mac, je te conseille de même pas ouvrir la bouche si tu tiens pas à t'en recevoir une…donc, ne reste que votre serviteur qui, pour une fois, va monter au charbon !

Mic Mac : Tu vas chouraver du charbon ?

Jack : Je vais m'atteler à cette tâche, morpion, et profites bien de cet effort de langage, parce que ça n'se reproduira pas très souvent. Ok, attendez-moi sous ces arbres là, je vais tâcher de trouver quelqu'un en chemin. Evidemment, il serait plus prudent d'éviter une entrée royale dans ce bouge, question de discrétion si tu vois c'que j'veux dire.

Aliénor : Je comprends. Tiens, met cette cape sur toi. Nous t'attendrons.

Jack : Vous inquiétez pas, j'reviens vite.

Alachnÿ : Vous auriez, tout de même pu prendre l'avis éclairé d'un magicien tel que moi, avant cette étonnante prise de pouvoir !

Jack : On va dire que j'ai rien entendu…

Et le mercenaire disparut dans la nuit…

Roäc volait depuis plusieurs heures déjà et interrogeait nombre de ses amis ailés aux sujets de voyageurs bien particuliers, mais à chacune de ses questions, une réponse négative lui était offerte en retour.

Il tenta plusieurs essais infructueux, avant de prendre la direction sud-est des Monts Brumeux, là où il savait trouver les témoins de tous faits se déroulant en ce monde. Témoins immobiles, mais ô combien pourvu en sagesse, pouvoirs, connaissances et surtout bien informés sur tous les mouvements dans les régions avoisinantes. Bien lui en prit, car il quitta cette forêt avec une nouvelle encourageante…

Ses battements d'ailes se raréfièrent et il profita d'une ascendance*pour se maintenir en vol sans trop puiser dans ses réserves d'énergie, et bientôt il repéra l'assemblage de formes géométriques digne d'un patchwork naturel, formant les plantations des Hobbits. Il piqua du nez et distingua un groupe de cavaliers ainsi qu'un chariot, vaguement dissimulés sous les frondaisons des arbres. Sa vue, excellente, lui permit d'apposer des noms sur ces personnes et il tournoya au-dessus d'eux.

Ce fut alors, qu'il aperçut l'un d'eux marchant d'un pas décidé vers la taverne. Immédiatement, il replia ses ailes et se laissa choir, bec en avant sur la tête de la forme encapuchonné.

Jack faillit pousser un cri lorsqu'il sentit, très nettement, un objet pointu lui percuter le crâne. Il posa sa main sur son crâne et leva le visage vers le ciel. Le corbeau battait des ailes afin de tenter un atterrissage sur son bras, mais comme toujours, et cela s'avérerait une certitude pour l'avenir, il manqua l'avant-bras du mercenaire ses serres s'accrochèrent sur le tissus de la cape, et ce fut un Roäc, tête en bas, que Jack réceptionna :

Jack : Qu'est-ce qui te prend l'ami ?

Roäc : Retournez sur vos pas. Vous ne devez pas vous montrer auprès de ces petites gens, du moins, pas tout de suite.

Jack : Ah ouais ? Et pourquoi ?

Roäc : parce que c'est ainsi que l'a décidé Mithrandir.

Jack : Je commence à en avoir assez de tous ces magiciens autour de moi…

Roäc : Je vous conduirais moi-même chez Monsieur Sacquet.

Jack : Ok, je suppose que c'est mieux, effectivement…

Roäc : Ok.

Sans en comprendre le sens, l'oiseau venait de reproduire ce drôle de son afin de faire preuve, de son soutien à cet humain un peu désorienté. Un large sourire accueillit cette initiative :

Jack : Eh, j'crois bien qu'on va finir par devenir potes tous les deux.

L'oiseau pencha la tête sur le côté et cligna des paupières. Une façon bien à lui d'approuver la remarque de cet humain !

Jack fit donc demi-tour et rejoignit le reste des amis. Dès qu'il aperçut Olana, Roäc se posa sur le bord du chariot ? Ses serres serraient le bois et ses yeux jaunes vif, s'attarda sur le visage de cette humaine. Elle caressa son plumage et lui parla :

Olana : Comme il est bon de vous revoir Roäc.

Roäc : Vous avez bravé tants de dangers Gente Dame. Que n'aurais-je souhaité les alléger.

Olana : Votre fidélité vous honore Roäc. Offrez-moi, je vous prie, quelques nouvelles du royaume de la Lothlorien.

Et le corbeau narra toute l'histoire. L'attaque du dragon fourbe aux jets de flammes bleues, la peur des elfes, et le courroux des clans. Tous avaient l'oreille tendus, alors que l'oiseau, avait fait prendre à Zorgûnn, en charge du chariot, un chemin détourné pour se rendre chez Bilbon Sacquet. Orlyänne pestait de colère :

Orlyänne : Si l'on m'avait laissé l'opportunité…

Ses yeux brillaient d'une sourde colère :

Roäc : Fort heureusement, l'enchantement de Dame Galadriel a suffit à détourner le monstre. Les présences de Mithrandir et de l'être lumineux aux cheveux blonds, lui ont été d'un grand secours.

Olana : Oui, l'être de lumière possède une véritable force en lui, n'en doutez jamais Roäc.

Aliénor : Sommes-nous bientôt arrivés ?

Roäc : C'est le trou droit devant vous.

Le lutin s'esclaffa :

Mic Mac : Quoi, il vit dans un trou ? Comme une taupe ? Sont bizarres ces gens !

Jack : Ferme là Mic Mac. C'est pas un terrier, tu vas voir. Je dirais même que c'est très confortable.

En effet, considéré comme l'un des plus beaux trous de Hobbits, Cul-de-Sac, construit au XXIIIème siècle du troisième âge, demeurait le foyer de trois générations de Sacquet ce qui apportait une certaine respectabilité à cette famille. Un jardinet où les fleurs poussaient en abondance, une coquette barrière de bois peinte de blanc, tout comme le banc placé sous l'une des fenêtres, agrémentaient les devants d'une habitation peu banale.

Enfoui sous un monticule de terre, seule une porte ronde et deux fenêtres de mêmes formes apparaissaient dans la façade. Aux travers des vitres d'une propreté exemplaire, se diffusait la lumière de douces bougies, enchâssées sur des candélabres posées sur la table et quelques meubles d'un intérieur confortable.

Un filet de fumée s'échappait de la cheminée dissimulée au milieu des herbes dont les arômes provoquèrent un sourire de contentement chez le magicien et le lutin. Assurément, l'on savait cuisiner dans ce trou là, et il faisait faim !

Le chariot fit halte et Olana en descendit après avoir demandé à Aliénor de la remplace auprès du roi.

Ses doigts toquèrent à la porte de bois brun agrémentée, sur les côtés, par une ferronnerie d'art aux gracieux entrelacs. L'on entendit très distinctement la voix de Bilbon derrière le battant :

Bilbon : Nous n'acceptons plus d'ouvrir la porte aux démarcheurs en tout genre, surtout à une heure aussi tardive. Veuillez passer votre chemin !

Elle insista. Des pas rapides se rapprochèrent et l'entrée s'ouvrit. A la vue d'Olana, Bilbon demeura interdit. La bouche entrouverte, une cuillère en bois à la main, l'autre agrippée à la poignée, le semi-homme semblait revivre une scène avec un air de déjà vu. Se trouvait devant sa porte la belle Dame du roi avec, en arrière plan, ses amis ou du moins ceux dont il avait conservé le souvenir :

Olana : Monsieur Sacquet, je suis confuse de troubler ainsi votre soirée, mais je requiers votre aide. Je vous en prie, Sa Majesté Thranduil est blessée, nous ne savons où aller, les Ents nous ont porté jusque sur vos terres…s'il vous plait…

Le Hobbit se repris bien vite et s'écarta de l'encadrement :

Bilbon : Euh…oui…oui, bien sûr, entrez, entrez vite.

Olana : Que faisons-nous du chariot ? Je ne voudrais pas qu'il attire l'attention sur votre demeure.

Bilbon : Je vais m'en occuper. Oui…je vais…entrez, ne restez pas sur le seuil. Je possède une autre habitation pas très loin, derrière, avec une grange. J'y mettrais les chevaux et…le reste.

Olana : Merci Monsieur Sacquet. Vous nous êtes d'un si grand secours.

Bilbon : Qu'a-t-il ? Je veux dire…le roi ?

Olana : Il a reçu une flèche empoisonnée. Nous mon ami Alachnÿ, le magicien lui a apporté des soins, mais ce dont il a le plus besoin, c'est d'un lit confortable. Cela fait trois jours qu'il est transbahuté dans ce chariot…

Bilbon : Suivez-moi, je vais lui offrir mon lit.

Il se dégageait de ce petit être une somme énorme de chaleur et de bonté qui toucha tout le monde, jusqu'au corbeau lui-même, silencieux et fort respectueux. Il sautillant sur le sol de bois et d'un coup d'aile, se percha sur le rebord d'un siège.

Orlyänne portait à bout de bras le souverain dans ses bras. Deux ou trois fois, sa tête heurta le plafond de poutres et malgré elle, des jurons étouffés filtrèrent à travers ses lèvres.

Qu'était donc cet endroit si petit pour sa haute taille ? Il n'était pas certain qu'elle y demeura bien longtemps préférant la grandiose nature du dehors.

Meublé avec goût, le bois prédominait à l'intérieur de ce magnifique trou de Hobbit. Un parquet en chêne massif, recouvert, par endroit, de quelques tapis moelleux, apportait un cachet à cette habitation. Deux buffets se faisant face, un vaisselier supportant un ensemble de théières aux ventres dodus et d'assiettes d'un diamètre impressionnant montraient clairement combien se sustenter était d'un acte d'importance par ici. Il en fallait de la largeur dans ces plats pour y déposer ce que les estomacs se promettaient d'engloutir. A côté de l'entrée principale, se trouvait un bureau où un écritoire, encombré de tas de livres, et renfermant encrier, plumes ainsi qu'une délicate boîte à sable séchant les premiers écrits de ses mémoires. Ses aventures à Erebor lui avait octroyé le goût du récit écrit, ce qu'il se plaisait à faire chaque jour depuis son retour.

Cependant, ce qui frappa de plein fouet le lutin malicieux, fut le garde-manger. Demeuré ouvert, l'on y apercevait fugacement, tout un tas de victuailles disposés sur des étagères. Fruits, légumes, conserves, charcuteries de toutes sortes et posés à terre…ce qui ressemblait à des tonnelets. Pour savoir s'ils contenaient du vin ou une bonne bière mousseuse…cela tenait de la plus sombre énigme.

Un véritable trésor pour ce petit être assoiffé et affamé !

Orlyänne se contentait de faire attention à ces poutres traîtresses, tout en portant à bout de bras, le roi plongé dans un sommeil douloureux.

La chambre de Bilbon était spacieuse et trônait en son centre, un lit, aux proportions étonnantes par rapport à la petitesse de son propriétaire. Cela tombait bien, le roi s'y reposerait à son aise. Sans plus attendre, Olana prit soin d'ôter les vêtements souillés, et avant même que sa demande ne soit énoncée, le semi-homme devança sa requête :

Bilbon : Je vais faire chauffer de l'eau…oui…quelqu'un pourrait-il m'aider ?

Aliénor : Dites-moi ce que je dois faire.

Les deux percherons furent détachés du chariot. Chacune reçut une ration d'avoine que le Hobbit gardait précieusement pour les ânes dont il avait parfois besoin et qu'il gardait quelques jours.

Chacun tenta de se mettre à son aise. Bilbon distribua des couvertures, indiqua les endroits où chacun pourrait s'y envelopper lorsque le moment de trouver le sommeil se présenterait. Lui-même décida de s'octroyer la confortable banquette de bois recouverte de coussin de velours rouge, cadeau de mariage de ses défunts parents.

Olana ne s'autorisa pas un seul instant de repos avant de s'être convenablement occupé de son fiancé. Débarrassé de ses habits souillés, elle ôta délicatement, à l'aide d'un linge mouillé, les traces sur son corps amoindri par la blessure. Alachnÿ, s'occupa de son pansement tout en auscultant le malade. Hélas, il n'y avait aucune amélioration pour le moment. Olana ne le quitta pas du regard. Il lui adressa un sourire en hochant la tête et quitta la pièce.

Posé sur une commode se trouvait une brosse. Elle s'en empara. Les yeux perdus dans le vague, elle tenta de démêler la longue chevelure blonde du souverain en joignant, dans ses gestes, tout l'amour qu'elle se sentait encore capable de lui offrir, puis, elle se pencha et baisa son front en caressant du bout des lèvres sa peau diaphane.

Enfin, et seulement à ce moment là, elle s'adossa contre le mur, se laissant doucement glisser sur le sol. Elle ramena ses genoux sous son menton, et demeura immobile, la brosse encore serrée entre ses mains. Le semi-homme, avec toute la délicatesse dont il était doté, s'accroupit à ses côtés, retira l'ustensile d'entre ses mains, les conservant un moment entre les siennes. Elle tourna son visage vers lui, le fixa intensément, et lui offrit un sourire emplit de la gratitude dont elle se savait pourvue.

Il lui fit écho… tout naturellement. Cette marque d'affection réchauffa son cœur meurtri de bien belle façon prouvant, une fois encore, combien dans les moments de solitude la présence d'un ami avait la capacité d'alléger les plus pénibles afflictions. Leurs regards se croisèrent et chacun y lu ce que l'autre lui offrit. Ce moment devait demeurer, dans le cœur du Hobbit, parmi l'un de ses plus beaux souvenirs. Il prit grand soin de le conserver jalousement là où ses pensées les plus secrètes y vivaient à demeure.

Affamés, tous connurent, ce soir-là, l'un des moments les plus appréciables depuis le début de leur aventure. Il n'y avait point là de fastueux décorum comme cela se trouvait chez les elfes, mais l'accueil et la cuisine de son auteur, valait à eux seuls tous les tourments vécus jusqu'ici.

A la fin du repas, le lutin, la panse pleine et rebondie, se retrouva affalé sur une chaise un sourire extatique collé sur ses lèvres. Contrairement aux nains, ces invités là étaient pourvus d'une belle éducation. Cela lui évita pas mal de désagréments comme celui, par exemple, d'avoir son garde manger pillé dès le premier repas offert.

Il offrit aux hommes du tabac et des pipes et cela suffit au magicien pour offrir un sourire dont la longévité promettait d'être exceptionnelle.

Lorsque la vaisselle fut faite, essuyée et rangée, Bilbon s'assit sur son fauteuil, observa, tour à tour chacune des personnes présentes dans sa salle à manger, avant de poser bien à plat ses deux mains sur ses cuisses et de prendre la parole :

Bilbon : Bien. Et si…si maintenant, vous me racontiez…s'il vous était agréable de le faire…ce qui vous est arrivé et la façon…oui, la façon dont je vais devoir remettre mon habit de cambrioleur, à moins qu'il ne me faille endosser un tout autre costume ?

Cela avait été si bien dit, que bon nombre de sourires furent offerts en retour, avant que le magicien Alachnÿ, en grand doyen qu'il se prétendait être, ne se racla la gorge avant d'entamer un discours de son cru. Un soupir accueillit cette prise de pouvoir, l'un de ceux dont il valait mieux ne pas interrompre.

Et le magicien se mit à parler…

*Rarlänen : Petit rappel. C'est une période, pour l'elfine de feu, durant laquelle elle se trouve particulièrement disposée à se reproduire. Deux solutions s'offrent alors à elle. Soit faire ce qui doit se faire en pareil cas, soit se battre, le tout afin de faire baisser ses hormones montées à un seuil de dangerosité maximale. C'est là qu'elle est la plus forte cette belette. Les mauvaises intentions envisagées sur sa personne dans cette période là, sont à déconseiller…à déconseiller fortement même.

* Ascendance : Mouvement, vers le haut d'un objet, afin de faciliter le déplacement en altitude des planeurs et des oiseaux.