Titre : Underground Ch.42 - Nessa.
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : La plupart des personnages sont à CLAMP, le reste est à moi, le monde d'Argaï aussi. Le boulot aussi. La connerie aussi (malheureusement...). Les fautes d'orthographe et de français sont à quelqu'un d'autre.
Note : ET voilà je suis encore à la bourre. A ma décharge, j'avais tout le chapitre bien en tête, mais quand il a fallu l'écrire, halalalaaaaa c'était pas du tout, du tout, facile. Et puis je l'ai fait à la main et hier soir quand il a fallu le taper, j'étais tellement naze que j'y arrivais pas. Vous aurez un autre chapitre dans la soirée pour me rattraper (je promets pas mais presque) Bref... la suite.
Temps passé sur ce chapitre : 7 heures
Réponse aux reviews :
Kayoo : hey hey ! Oui Fye est un petit peu énervé ces temps-ci, juste un petit peu. Mais Kuro veille, haha ! Et pour Dossou, eh bien... je ne vais pas en dire plus sur cet énigmatique et charmant personnage, ce serait spoiler voyons !
Riri : oué il lui en faut plein des câlins, à ce pauvre petit.
A.n'onyme : oui tu as vu, ton vœu a été exaucé. C'est beau ! (ou pas, c'est surtout crade, j'avoue).
Alia : Sampeur fait pitié, un peu. Mais pas trop quand même. Moi je me demande ce qu'il aurait fait aux gamins et aux femmes qu'il trimballe si Keas ne l'avait pas soulagé d'un poids. Et pour Fye... mmm... peut-être qu'il a tout appris dans les mangas hentai de Kurogane ?
Soren : lol oui c'est ça, un sourire lumineux et angélique comme ça, ça peut être qu'un symptôme d'une totale perversité. Y a qu'à voir comme ça fait baver toutes les fangirls...
Lily : allez, allez, courage, comme dirait Niuzao, c'est quand on est dans les ténèbres que la lumière brille le plus fort. C'est un peu con, mais c'est le philosophie word of warcraft, dix millions de joueurs prennent ça pour leur bible. Et toi, à quoi tu joues ? Et sinon oui, Sampeur va avoir besoin d'une bonne analyse.
Pour reviewter, c'est en bas au centre !
Cinquante-et-unième jour – le 24 mars – Nessa.
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Depestre sortit de la maison abandonnée et trouva le mage assis par terre, adossé contre le mur. Il s'installa à côté de lui, tira une cigarette de son paquet l'alluma, aspira une bouffée et souffla lentement la fumée.
- Je suis désolé, dit le mage, en surprenant le regard mi-figue mi-raisin quel le policier lui lançait. Je suppose que j'ai effrayé tout le monde.
- Tu as fait ce qui était prévu, ni plus ni moins, et tu as obtenu des résultats inespérés. Alors ne te fais pas de reproches, au contraire.
- Ne pas me faire de reproches... Ce n'est pas facile. Si Kuro-chan n'avait pas été là, je ne sais pas si j'aurais été capable de garder mon sang-froid. J'aurais ouvert ce type en deux sans hésiter.
- Mais il était là, alors ne te mets pas martel en tête.
- Je n'aime pas ça...
- Tant que tu diras ce genre de choses, tu sauras que tu n'as pas à t'inquiéter. Tu ne penses pas ?
- Je n'en sais rien.
- Allez, fais pas la gueule et rentrons, on a encore beaucoup de boulot cette nuit.
- Il a parlé ?
- S'il a parlé ? ricana l'inspecteur. Tu veux dire que j'ai cru qu'il ne la fermerait jamais !
La remarque tira un petit sourire au blond, qui se leva et lui emboîta le pas. Ils retrouvèrent les autres, en compagnie de la jeune mère, dans la pièce adjacente au vestibule où Sampeur était sous la garde de la police. Ils se relayèrent pour faire au mage le récit des aveux complets du docker.
- Et maintenant, demanda Loé, il va se passer quoi ?
Ce fut Depestre qui répondit le premier.
- Mes hommes et moi, on va aux docks pour libérer les gamins.
- Et nous, nous allons à la maison de Keas, compléta le magicien.
- Non. Je suis pas d'accord. On va d'abord aux docks, tous ensembles, et ensuite on ira s'occuper de ce type.
- Mais, Kuro-chan...
- C'est pas négociable, le mage. Tu as besoin... On a tous besoin d'être là pour le dénouement. De voir ces gosses de nos yeux, de connaître leur visage, et de constater de visu qu'ils sont désormais en sécurité. On sait pas si le docker a dit la vérité ou non, alors on y va. Et si tout va bien, on ira chez l'autre con lui faire passer l'envie de recommencer.
Et si ça ne va pas, pensa le ninja, je devrai me préparer à te ramasser à la petite cuillère. Mais c'était un risque à prendre, car le blond avait été profondément affecté par toute l'affaire, et il ne serait probablement pas capable de tourner la page et de retrouver le sourire, s'il n'avait pas la preuve irréfutable que les enfants étaient saufs, et le témoignage visuel de ce qui avait été accompli.
- Je ne sais pas si c'est bien de faire comme ça. Keas a déjà dû se rendre compte de l'absence de Sampeur. S'il prend peur et qu'il s'échappe, nous risquons d'avoir du mal à le retrouver.
- Eh ben, s'il s'échappe, on attendra qu'il revienne. L'air de rien, le docker était un élément important de son petit trafic. Sans lui, il va avoir du mal à se réorganiser. Il sera obligé de revenir. Et de toute façon, ce genre de type se croit plus malin que tout le monde, il imaginera jamais que son larbin ait pu le trahir.
- J'espère que tu as raison...
- Et puis on s'en fout, le mage. S'il nous file entre les doigts ici, on l'attrapera quand on ira chez l'autre cinglé. De toute façon, je te l'ai dit, c'est pas négociable. Tu vas aux docks, on y va tous, pour voir ces gosses. Parce que c'est ce que j'ai décidé.
Le mage lui lança un regard bizarre, entre étonnement et amusement, puis capitula avec un petit sourire. Kurogane n'était pas tellement enclin à décider des stratégies, de qui allait faire quoi et quand. Il le laissait généralement se charger de ce genre de choses, donnait son avis à l'occasion, mais il prenait rarement l'initiative. Quand il exprimait aussi fermement sa volonté, c'était qu'il avait de bonnes raisons et mieux valait l'écouter. Et puis, il était tellement têtu...
- D'accord. Si tu y tiens, faisons comme ça.
- J'y tiens, oui.
- Alors c'est parfait, fit l'inspecteur, mettons-nous en route.
Depestre, Loé, Wei et son amie, qui se nommait Bergeline, prirent la voiture du docker, qui fut emmené sur les lieux dans un fourgon pénitentiaire, tandis que Fye et Kurogane profitaient d'un véhicule de police. La vingtaine de minutes nécessaire pour se rendre sur place s'étira dans un silence lourd.
Le blond était d'une humeur étrange, mélange d'une colère qui refusait de retomber, de consternation, d'embarras et de fébrilité. Son regard perdu au loin ne voyait rien du paysage qui défilait derrière la vitre ; il s'était retranché dans une bulle qui excluait tout le monde, y compris le ninja. Ce dernier, d'ailleurs, ne cherchait pas y pénétrer, plongé dans ses propres réflexions. Ce fut seulement lorsque le convoi de police s'arrêta devant la grille d'entrée du secteur des docks qu'ils se reconnectèrent l'un à l'autre, d'un simple échange visuel et d'un sourire esquissé.
Il fallut un peu de temps avant que les policiers ne parviennent à se faire ouvrir le portail, puis on se remit en route, roulant au pas le long des gigantesques entrepôts soigneusement alignés, qu'on finit par dépasser pour traverser la zone réservée aux containers jusqu'à la partie la plus éloignée, qui était plongée dans l'obscurité. Ils progressaient entre de véritables murs de fer dont les couleurs s'estompaient dans la nuit. Seules les taches de rouille et les indications inscrites à la peinture blanche sur les flancs des immenses boites de transport ressortaient dans les faisceaux lumineux des véhicules. De temps en temps, ils croisaient un vigile avec un chien, qui les regardaient passer avec perplexité pour l'un, anxiété pour l'autre.
- Dire que j'ai surveillé cet endroit pendant des jours, murmura le mage. Je l'ai même vu charger les caisses dans son fourgon. Si seulement je m'étais douté qu'il y avait des enfants à l'intérieur...
- Tu pouvais pas savoir.
- Ça ne m'empêche pas de me sentir coupable.
- Tu as fait tout ce que tu pouvais ?
- Je crois, oui. Je ne sais pas ce que j'aurais pu faire de plus.
- Alors n'y pense plus.
- Je voudrais bien, Kuro-chan.
Toutes les voitures s'arrêtèrent enfin en formant un arc-de-cercle, face à un empilement de containers dont certains paraissaient très vieux, et braquèrent leurs phares dans la même direction. Fye et Kurogane remercièrent leur chauffeur et allèrent rejoindre Wei Zheng et Loé, tandis que Depestre, accompagné par trois auxiliaires féminines et un agent des docks, s'avançait vers la porte de l'un d'entre eux. L'employé ouvrit, puis s'écarta pour laisser passer les quatre policiers. Ils ne restèrent à l'intérieur que quelques secondes, mais elles parurent au magicien une éternité, tandis qu'il allait et venait nerveusement en se rongeant l'ongle du pouce, un peu à l'écart de ses compagnons.
Puis ils ressortirent, en portant les enfants dans leurs bras. Il y avait trois garçons, dont l'âge ne semblait pas excéder les dix ans, et l'un d'eux paraissait très faible. On les enveloppa dans des couvertures, et on les fit aussitôt monter dans une ambulance, qui avait rejoint la queue du convoi. Ils seraient conduits à l'hôpital, et il faudrait ensuite les identifier pour pouvoir retrouver leurs familles. S'ils n'en avaient pas, ou si on ne la trouvait pas, ils iraient probablement grossir les rangs des pensionnaires des Orangers. Quant à la fillette, elle semblait aller bien et serrait le cou de l'inspecteur tandis qu'il la ramenait vers sa mère, un grand sourire scotché sur le visage.
- Elle n'a rien, comme Sampeur l'avait dit, fit-il en déposant délicatement la gamine dans les bras de Bergeline, qui pleurait, riait et remerciait tout en même temps. Elle est juste un peu fatiguée... et très sale.
Fye observa les retrouvailles pendant quelques instants, un petit sourire sur les lèvres, puis il se détourna, incapable de supporter ce qu'il voyait, et il fit mine de s'éloigner. Mais le ninja, qui le surveillait, ne l'entendait pas de cette oreille. Il le rattrapa par la manche et le ramena en arrière.
- Oh non, dit-il, en planquant ses deux mains de chaque côté du visage du blond pour l'obliger à affronter le spectacle, toi, tu restes là. Pas question que tu te débines, le mage. Tu as besoin de voir ça, et t'y couperas pas. Alors regarde. Regarde bien ce que tu as fait.
- Kuro-...
- Tais-toi. Contente-toi de regarder.
Et il le maintint ainsi un long moment, jusqu'à ce qu'il le sente se détendre, et cesser de lui résister.
- C'est bon, Kuro-chan, fit enfin le mage en lui prenant les mains pour les ôter de ses joues, c'est bon j'ai compris le message.
- T'as rien compris du tout, parce que t'es un idiot, et que t'es encore plus borné que moi.
- Je ne sais même pas comment elle s'appelle, cette petite fille... murmura le blond.
- Nessa. Elle s'appelle Nessa.
Kurogane l'attrapa par les épaules et le força à se retourner pour lui faire face, cette fois.
- Tu as tué le chasseur, c'est vrai, mais il t'aurait tué, lui aussi, c'était son intention. Et cette femme que tu as effrayée, eh ben elle en est pas morte, que je sache. Elle en aura été pour une bonne trouille et une lessive, et rien de plus. Et franchement, elle l'avait bien mérité. Peut-être que ça mettra un peu de plomb dans le fromage blanc qui lui sert de cervelle. Quant aux cinq types de l'autre jour, tu leur as rien fait à part quelques bosses. Tu t'es tellement retenu qu'au final, c'est eux qui ont failli t'avoir, si ma mémoire est bonne. La seule chose que tu aies faite, c'est ça, dit le brun en tendant le doigt en direction de Bergeline. Si cette petite fille a retrouvé sa mère, c'est grâce à toi. Tu as été le plus rapide à comprendre ce qui se passait, et malgré ce que tu avais vécu, ta fatigue et tes doutes, tu t'es pas relâché une seconde jusqu'à ce que tu aies atteint ton objectif. Alors arrête de prendre la tête. Tu peux vraiment être fier de toi. Leur liberté et leur avenir, ces enfants te les doivent.
- Ils ne me doivent rien du tout, répondit le mage, en se détournant pour fuir le regard du ninja plongé dans le sien.
Mais son corps le trahit et ses joues se parèrent d'une jolie teinte rose vif qui tira à son compagnon un immense sourire de fauve.
- Ooh ? Tu rougis, le mage ? demanda-t-il, très amusé, tout à coup.
- Non, répondit le blond avec une parfaite mauvaise foi, et une moue boudeuse, tandis que la couleur de son visage s'intensifiait.
- Oh mais si, tu rougis ! Est-ce que j'aurais touché un point sensible ?
- C'est de ta faute, fit Fye, plus embarrassé que jamais.
Il essaya de s'échapper, mais le ninja le tenait fermement, et était bien décidé à ce qu'il subisse l'épreuve jusqu'au bout.
- Ce n'est pas très gentil, Kurogane ! Laisse-moi partir ! Et ne te moque pas de moi !
- Je vais me gêner ! s'esclaffa le brun. Pour une fois que j'arrive à te mettre mal à l'aise, crois-moi, je vais en profiter autant que je pourrai.
Un masque de perplexité tomba sur le visage du magicien, qui le fixa d'un œil rond.
- Tu... Toi... Tu l'as fait exprès !
- Non, pas vraiment. Je voulais que tu voies ça, parce que tu en avais besoin pour arrêter de te sentir coupable et pouvoir respirer un peu, répondit Kurogane, d'un ton sérieux, avant de sourire à nouveau, moqueur. Mais si, quand même, je l'ai un peu fait exprès.
Un instant, il crut que le blond allait se mettre en colère, mais il n'en fit rien. Il laissa échapper un petit soupir, puis son expression un peu perdue disparut au profit d'un grand sourire féroce, tandis qu'une étincelle s'allumait dans sa prunelle et la faisait pétiller.
- Je te jure que tu vas me payer ça, Kuro-chan !
Le ninja l'attrapa à nouveau pour l'attirer contre lui et le serrer dans ses bras.
- J'en doute pas une seconde, dit-il, les lèvres noyées dans les cheveux de son compagnon, mais franchement, ça valait le coup.
Après quelques secondes d'une résistance qu'il savait vaine, Fye céda à l'étreinte et glissa ses mains dans le dos de son compagnon. Il ferma les yeux et laissa son front reposer contre l'épaule du brun. Il tremblait d'épuisement, alors que la tension qui l'avait habité depuis deux jours se dissipait, et le ninja aurait voulu pouvoir le ramener à l'appartement, mais il leur restait encore beaucoup à faire.
- Merci, Kuro-chan. Je ne sais pas ce que je deviendrais, si tu n'étais pas là pour prendre soin de moi.
- Ouais, moi non plus. T'es un tel crétin...
- Tu crois qu'un jour, j'arriverai à me débarrasser de tout ça ?
- Je crois qu'un jour, tu feras bouffer son monocle à l'autre vieux con, et qu'après ça, tu te sentiras beaucoup mieux. En attendant, tu peux compter sur moi pour t'empêcher de faire n'importe quoi.
- Pour me malmener, tu veux dire.
- Ou serait le plaisir, sinon ?
Le mage éclata de rire. Un peu à l'écart, Loé et le roi des Servals avaient assisté à la scène, en compagnie de l'inspecteur.
- Ça m'énerve, soupira le jeune indien. Ils sont tellement proches... Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'énerve.
- Je comprends ce que tu veux dire, fit Depestre, en lui posant une main compatissante sur l'épaule. Moi aussi, ça m'énerve. C'est pas que je sois jaloux, hein, mais... ça m'énerve.
Wei Zheng les regarda, la tête légèrement inclinée sur le côté, l'air pensif, puis tourna son regard vers le couple toujours enlacé – et actuellement occupé à se papouiller gentiment -, revint aux deux autres, soupira.
- En fait, c'est pas que je sois à plaindre de ce côté-là mais, pourtant, je crois que moi aussi, ça m'énerve !
Le policier se mit à rire à son tour, puis regarda l'heure sur l'écran de son téléphone portable.
- Je dois y aller. Je dois ramener Sampeur au commissariat et faire toute la paperasse. Une auxiliaire va accompagner ton amie et sa fille à l'hôpital pour qu'on examine la petite. Les autres enfants sont déjà partis. Et vous, je ne voudrais pas jouer les rabat-joie mais vous devriez y aller aussi. Keas ne se sera peut-être pas affolé de l'absence de son larbin, mais les nouvelles peuvent aller très vite dans notre monde moderne et s'il apprend qu'il y a eu une descente sur les docks, il fera très vite le rapprochement et il se dépêchera d'aller se réfugier dans les jupons de Dossou.
- Il a raison, fit le mage, en s'écartant de son compagnon. Allons-y.
Les trois vampires et le ninja firent rapidement leurs adieux à Bergeline, et grimpèrent dans la voiture du docker.
L'opération de police s'arrêtait là, ainsi qu'ils l'avaient planifié avec Depestre. Ce dernier allait ramener le docker au poste et procéder à sa mise en garde à vue et à son interrogatoire. Il lui ferait répéter soigneusement, et très longuement, tout ce qu'il leur avait révélé plus tôt, avant de demander l'autorisation d'un juge pour monter une perquisition à la villa et trouver des preuves impliquant Keas. Logiquement, si tout se passait bien, lorsqu'il arriverait, il trouverait le vampire et ses sbires hors d'état de nuire. Ses quatre complices se fourniraient des alibis mutuels pour l'agression caractérisée, qui serait mise sur le compte d'une bataille entre clans, et toute la bande de trafiquants finirait sous les verrous. C'était le policier qui avait souhaité que les choses se passent ainsi, car il ne disposait pas de suffisamment d'hommes, et surtout suffisamment qualifiés, pour organiser une descente dans les règles de l'art dans un nid de vampires, surtout ceux-là. Il ne voulait pas mettre la vie de ses agents en danger, et il avait jugé qu'un petit coup de main anonyme ne serait pas de refus.
Un moment plus tard, Wei Zheng se garait donc le long d'une haie et éteignait les phares du véhicule. Ils se trouvaient dans le quartier riche de la ville, où de somptueuses villas s'alignaient le long de larges avenues dont les voies étaient séparées par un terre-plein agrémenté d'arbres et de fleurs. La nuit en exacerbait les parfums, et l'atmosphère était saturée d'un mélange d'odeurs où se mêlaient asphalte, gaz d'échappement, effluves marines et senteurs sucrées. Il faisait doux, tout était sombre, l'obscurité à peine troublée par un timide croissant de lune.
Les quatre compagnons quittèrent le véhicule et s'arrêtèrent un instant pour respirer l'air nocturne et savourer le calme et le silence ambiants ; un véritable soulagement après les tensions de la journée. Puis ils se mirent en route. Ils avaient préféré stationner à une bonne distance de leur objectif, pour ne pas être repérés trop tôt, et ils durent couvrir le reste de la distance à pied. Ils allaient d'un bon pas, impatients d'en découdre enfin avec le cauchemar vivant qu'étaient Keas et sa petite bande.
Lorsqu'ils parvinrent en vue de la maison, ils s'arrêtèrent à nouveau pour observer. C'était une grande bâtisse d'allure moderne, au toit plat et dotée de deux étages. On ne pouvait pas en voir grand-chose car une haute rangée de lauriers en dissimulait la plus grande partie. Il y avait de la lumière aux fenêtres.
- J'aime autant vous prévenir, dit le Serval en s'arrêtant, je tenais vraiment à venir mais je ne suis pas un spécialiste du combat, et je ne me suis pas battu depuis des lustres.
- Nous allons nous charger de ça, le rassura le mage. Loé n'est pas non plus un combattant très aguerri. Il vous suffira de faire attention à vous, et de surveiller nos arrières, à Kuro-chan et moi. Prévenez-nous si quelque chose vous parait bizarre ou si vous voyez des invités imprévus arriver.
Puis il sortit la plume d'une des nombreuses poches de son pantalon, et la fit tourner quelques secondes entre ses doigts.
- Tu es sûr que c'est une bonne idée ? demanda-t-il, en se tournant vers le ninja.
- De toute façon, après ce soir, il saura qu'on le cherche et qu'on se rapproche de lui, alors autant faire un peu de boucan.
Fye hocha la tête, posa la plume dans la paume de sa main, et dessina une rune dessus, du bout du doigt. Aussitôt, elle se mit à luire de plus en plus fort, puis explosa en une multitude de particules bleues et blanches qui nimbèrent son corps d'un halo opalescent, puis entrèrent en lui. Il ferma les yeux, vacilla, mais sourit, et sa paupière se releva sur une prunelle d'un bleu intense. Les bras nus de Kurogane se couvrirent de chair de poule quand il sentit l'aura de son compagnon se déployer et l'envelopper. Il n'avait pas réalisé, jusqu'à cet instant, à quel point elle avait pu lui manquer.
A son tour, il tendit la main et l'air se mit à ondoyer au-dessus de sa paume, puis Ginryû apparut, monta lentement, flotta dans l'air, et vint se poser docilement entre ses doigts.
- Putain, mais qui vous êtes au juste ? demanda Wei Zheng, quand il retrouva la parole.
Il avait déjà vu une fois le brun appeler son katana de cette manière, mais il s'agissait de Sôhi, et dans le feu de l'action, cela avait été moins spectaculaire. Quand au magicien, il ne lui avait encore jamais montré autre chose que sa capacité à effrayer les gens d'un regard et d'une simple intonation de voix. Il lui restait beaucoup à apprendre sur ses complices...
Le blond se contenta de lui adresser une mimique espiègle en guise de réponse.
- Allons-y, fit-il en se tourna vers le ninja, et le sourire qu'ils échangèrent était celui de deux loups face à un festin.
