Bonjour !

L'idée de cet OS m'est venue il y a quelques temps déjà, en retombant par hasard sur la chanson « Scandalous ». Je voulais carrément en faire un OS à part, ne s'inscrivant pas dans les commandes … et puis en tombant sur cette commande, et surtout le rating, je me suis dit : « Pourquoi ne pas inclure cette idée ici, ça pourrait tout à fait correspondre ! » Et voilà le résultat …

C'est peut-être un peu spécial, mais j'espère de tout cœur que cela vous plaira.

Commande de : Laura Ellecéa

Couple choisi : Harry/Draco

Mot choisi : Chocogrenouille

Rating choisi : T (j'avais le choix entre T ou M).

Disclaimer : la plupart des lieux et personnages sont la propriété de J.K. Rowling, je ne me fais donc pas d'argent avec (et en plus je réponds aux commandes gratuitement, moi la cupide de service, alors !).

Dédicace : Ma chère Laura voici ta commande. Ce que j'avais d'abord imaginé comme un petit texte drôle, tendre et assez mignon est devenu finalement tout autre chose, bien plus perverti ! Mais j'espère que tu aimeras en tous les cas… J'ai quant à moi aimé traiter la relation de nos deux héros sous une nouvelle facette. Et rien que pour ça, je te remercie pour ta commande : )

Place au texte…


J'ai le scandale imprimé sur la peau

Draco Malefoy est le genre de personne qui ne laisse pas indifférent. Qui ne passe pas inaperçu. Quoiqu'il fasse.

Surtout qu'il fait en général des choses pour ne pas passer inaperçu. Pour ne pas laisser indifférent.

Qu'on l'aime à se damner ou qu'on le déteste avec hargne, il ne laisse personne insensible. Comme une rumeur qui se propage, comme un mal qui enfle, comme une rengaine qui ne sort plus de la tête, il est là, il envahit l'espace, il s'accroche… avant de partir, laissant dans son sillage un parfum entêtant.

Celui de l'indécence.

Celui de la perversion.

Celui du scandale.

Et s'il est un parfum qui ne part pas, qui s'imprime sur la peau jusqu'à en devenir votre odeur propre, jusqu'à signer votre identité plus sûrement qu'un nom ou qu'un visage, c'est bien celui du scandale.

Draco Malefoy, quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, quoiqu'il veuille, s'arrange toujours pour que ça soit choquant. Déroutant. Scandaleux.

De ses plus grands désirs jusqu'à ses plus petites lubies, de ses simples goûts jusqu'à ses moindres fréquentations, tout, tout en lui, tout de lui est innommable. Insupportable. Purement et simplement scandaleux.

Et plus ça peut choquer, plus il est heureux. Plus il jouit.

Et plus il recommence.

Le jeune homme ne peut vivre sans cette attention accrue à son encontre, sans ces regards admiratifs, haineux, curieux ou horrifiés posés sur lui. Vivre oui, mais vivre sous les projecteurs. Vivre dans l'ombre, vivre paisiblement, ce n'est pas pour lui.

Alors, sans talent particulier, il a trouvé comment ne jamais être oublié. Comment ne jamais être négligé, effacé. Chaque fois qu'il sent que l'attention autour de lui retombe, un nouveau coup d'éclat vient rayer son portrait redevenu lisse. Car si on se lasse des héros, on ne se lasse jamais des gens choquants.

De ceux qui ne peuvent passer une journée sans piétiner la bienséance ou rejeter les bonnes mœurs. Draco Malefoy est de ceux-là ; il est de la race de ceux par qui naissent les scandales, les faits divers auxquels tout le monde s'intéresse.

Oh, il ne s'agit pas forcément de renverser chaque fois tout l'édifice de la morale ! Au contraire, même : si vous voulez garder suffisamment accrue l'attention des gens, il faut savoir doser vos scandales. Allez trop loin, et vous êtes rayés de leur existence. Divertir, oui, choquer, pas de souci, amuser, pourquoi pas… Mais dégoûter, non.

Le scandale bien dosé attire, étonne, excite, fait languir… Donne envie d'en savoir davantage, d'en avoir toujours plus, d'en voir encore, et encore, et encore une fois…

Pas de souci, Draco Malefoy maîtrise l'art du scandale comme personne. Faites-lui confiance pour vous attirer à lui, avec fascination, avec répulsion et envie tout à la fois. Il est doué pour ça.

Ce jour-là, le Serpentard avait trouvé un nouveau moyen pour faire parler de lui. Rien de bien méchant, ni de très compliqué. Une petite rumeur assez croustillante pour attiser la curiosité des gens, assez sulfureuse pour les garder en haleine, et assez gentille pour même faire sourire les plus bienséants des sorciers aux alentours.

On racontait dans les couloirs de Poudlard que les lèvres du beau blond étaient accessibles contre une simple friandise. Intéressant, non ? Un bonbon le baiser, pas cher payé pour un moment de plaisir, pour un instant de frisson… Il suffisait de demander, vous étiez servi.

Draco Malefoy, qui avait pourtant la réputation de s'afficher avec les plus beaux spécimens mâles et femelles de Poudlard, ne refusait ses grâces à personne, du moment qu'il était payé de quelques grammes de sucre en retour.

Plusieurs filles, après l'habituel laps de temps où on hésite, se demandant encore s'il s'agit d'une simple blague ou d'un coup de bluff, affluèrent rapidement auprès du jeune homme, la main refermée sur un bonbon ou un chocolat, pour obtenir le précieux baiser… et alimenter ainsi le scandale, faisant enfler la rumeur, répandant elles aussi, malgré elles ou dans un consentement inconscient, le parfum du fait divers sulfureux…

Ce petit jeu amusa tellement le Serpentard, qu'il en rajouta, en ouvrant carrément un bureau où on pouvait faire la queue pour obtenir le baiser, ou même s'inscrire sur une liste d'attente si on avait des exigences particulières. Car, comme tout fait divers, plus ça prend d'ampleur, plus grand est le plaisir… Le blond avait fait monter les enchères : pour quelques sucreries de plus, on pouvait choisir le lieu du baiser, et même le degré d'intimité qu'il y apporterait : chaste, sur la joue ; léger, sur les lèvres ; profond, avec la langue…

L'imagination de tous, même des plus sages, s'emballa rapidement, et chacun y alla de sa pierre à l'édifice. Certains (oui, car filles comme garçons étaient rentrés dans ce jeu, même si Draco recevait surtout des demandes de la part de la gente féminine de Poudlard) réclamèrent une musique en arrière-fond, d'autres demandèrent à ce que le jeune homme porte ce jour-là un parfum particulier, et enfin, quelques-uns exigèrent même une photo souvenir de l'évènement.

Mais jamais l'affaire n'aurait pris une telle ampleur si le Survivant n'était pas venu y mettre son grain de sel. Car, quoi de plus délectable qu'un héros se mêlant à une affaire sulfureuse, trempant dans le scandale jusqu'au cou, venant y abîmer sa belle réputation, y briser ses ailes d'ange… et avec consentement, encore !

Ni Ron ni Hermione ne semblaient au courant, car ils se tenaient ce jour-là non loin du « bureau » de Malefoy, installé dans un couloir très passant de Poudlard, et regardaient avec une réprobation mêlée de curiosité leur ennemi vaquer à son petit commerce.

« C'est presque de la prostitution, son truc… » déclara la brune, d'un air dégoûté, tout en serrant contre elle ses livres de classe.

Son camarade se tourna vers elle, étonné, et fit :

« N'exagère rien, il ne fait que les embrasser. C'est pas bien méchant, juste stupide… » conclut-il, avec un ton montrant que malgré tout, il aurait aimé avoir cette idée avant le blond, et aurait rêvé du même succès.

Hermione haussa les épaules et ajouta d'un ton sévère :

« Ouais, ce n'est qu'un jeu pour l'instant… Jusqu'au moment où il acceptera plus ! »

« Personne n'osera lui demander. Et de toutes façons, il se tape déjà plein de monde, et gratuitement, alors… »

Le scandale a cela de fabuleux qu'il attire autant qu'il répugne : les gens disent à voix haute tout le mal qu'ils en pensent, tout en fantasmant tout bas vivre la même chose… C'est bien là tout l'intérêt d'un scandale bien dosé : faire parler les gens, recevoir leurs foudres et critiques, tout en les faisant suffisamment rêver pour qu'ils continuent à vous regarder avec fascination.

Mais au moment où Ron et Hermione allaient faire demi-tour, ayant enfin réussi à détacher leur regard d'un Draco embrassant consciencieusement une Poufsouffle rougissante, tout en rangeant dans sa poche un caramel emballé dans un papier brillant, le rouquin s'écria :

« Regarde Mione ! C'est pas Harry, là, qui se dirige vers les Serpentards ? »

En effet, fendant la foule des badauds attroupés autour de Malefoy et de ses acolytes, le Survivant s'approchait d'un pas sûr jusqu'à venir se planter devant son ennemi. Draco releva un regard surpris sur Harry, avant d'esquisser un petit sourire en coin :

« Potter… » commença-t-il d'un ton délibérément encore plus traînant que d'habitude, pour savourer l'instant. « Que me vaut le plaisir de… »

Il ne put finir sa phrase : le brun venait de balancer d'un geste brusque sur son bureau un gros sac de toile. Etonné, le prince des Serpentards regarda le sac, puis Harry, pour finalement consentir à entrouvrir le sac d'une main désabusée. Comme si tout ce petit manège ne l'intéressait pas. Faisant surtout traîner les choses, pour jouir de tous ces regards avides et curieux posés sur eux.

Sur lui.

Il découvrit avec surprise, comme ses amis postés derrière lui, un tas considérable de chocogrenouilles dans le sac de toile. Un murmure parcourut la foule, les gens se rapprochant doucement pour mieux voir. Ron et Hermione, surpris du comportement de leur ami, vinrent également plus près pour suivre l'échange qui se profilait.

Le blond, parcouru d'un frisson agréable procuré par l'attention que tous lui portaient, leva un visage narquois vers Harry, qui restait sérieux, et demanda d'un ton moqueur :

« Oh, Potter fait monter les enchères, à ce que je vois ? » Il ricana, suivi par ses camarades et quelques personnes de l'assemblée, et ajouta : « Tu veux un endroit précis pour un baiser, plus une photo souvenir ? Oh là là, tout ça pour mes beaux yeux ? C'est trop d'honneur, Potter ! »

Se rapprochant de Hermione, Ron demanda en fronçant les sourcils :

« Mais à quoi il joue, la fouine ? »

« Moi c'est plutôt à quoi joue Harry, que je me demande… » répliqua la brune, sans quitter leur ami des yeux, légèrement inquiète. Elle craignait que tout ça ne dégénère, surtout devant tant de monde.

Oui, le scandale est bien plus jouissif quand il se produit en public. Il n'a d'ailleurs que peu d'intérêt sans ça.

Sans se démonter ni se laisser impressionner par l'autre, Harry demanda d'un ton neutre :

« Tu acceptes bien les gens des autres Maisons ? »

« En effet, Potter. Je ne fais pas de discrimination, y compris envers les Gryffondors. Et y compris envers les balafrés ! » ajouta le blond, en riant, vite suivi par sa troupe d'admirateurs. Quelques cris mécontents s'élevèrent dans la foule, soutenant Harry, mais ce dernier ne semblait pas en avoir besoin.

Le brun poursuivit, toujours aussi sérieux :

« Et c'est bien vrai que si on augmente la mise, on peut ajouter des conditions. C'est bien ça, ton tarif ? »

Draco se sentait un peu déstabilisé par le sérieux du brun, alors que tout ceci n'était qu'un jeu, une vaste blague. Mais pour ne pas perdre la face, il répondit avec aplomb, sans se départir de son sourire :

« Oui, c'est ça. Tu peux me demander ce que tu veux, du moment que tu paies… »

« Très bien. » Harry poussa du poing le sac plus en avant sur le bureau derrière lequel le blond était assis, et prononça alors ces quelques mots qui cristallisèrent encore davantage le silence autour d'eux : « Il y a là 100 chocogrenouilles. En échange, je veux que tu couches avec moi. »

Un long moment passa avant qu'un des adolescents présents puisse bouger ou même parler. Les deux ennemis restèrent à se fixer, en silence, avec sérieux. Se demandant sûrement lequel des deux allait ouvrir la bouche en premier.

Ce fut finalement Draco qui, après avoir avalé sa salive, demanda, encore sous le choc :

« Tu veux que… je couche avec toi ? Tu es sûr de ce que tu me demandes, Potter ? »

Le brun hocha la tête, et s'autorisa son premier sourire. Avec une certaine ironie, il demanda, en haussant les sourcils, comme s'il était surpris :

« Oui. Pourquoi ? Tu trouves que je n'y ai pas suffisamment mis le prix ? A un bonbon le baiser, j'ai pensé que 100 chocogrenouilles suffiraient bien pour ton corps… » Il y avait du mépris dans la voix du brun, d'un mépris si souvent imprimé sur les lèvres de Malefoy.

Il y avait du défi dans le regard de Harry. Un défi que Draco ne pouvait pas ne pas relever.

Il y allait de son honneur.

Il y allait de sa réputation.

Et puis, s'il était tout à fait honnête, Draco Malefoy aurait admis qu'accéder à la demande de Harry, c'était jouer sa plus belle carte dans le scandale qui se jouait à Poudlard ces jours-ci. Voire ces dernières années…

« Se taper le Survivant doit bien valoir 100 chocogrenouilles… » admit alors Draco, tentant par cette pirouette de retourner la pique en sa faveur.

Mais cela ne semblait pas avoir d'importance pour le brun, qui hocha alors la tête, et affirma, de nouveau sérieux :

« Très bien. J'aimerais qu'on le fasse maintenant. »

« Maintenant ? »

« Et bien… » déclara le brun en regardant autour d'eux : « A moins que tu aies d'autres clients en attente… » Comme il s'y attendait un peu, tous les adolescents autour d'eux secouèrent négativement la tête, avec précipitation, trop impatients de voir ce qui allait résulter de cette nouvelle affaire, peu banale il faut l'avouer, entre les deux ennemis.

Se retournant vers le blond, Harry attendit sa réponse avec un petit sourire au coin des lèvres. Malefoy n'eut d'autre choix que de se lever, et de répondre avec assurance, tout en tendant le sac de friandises à Grégory Goyle, qui les lui gardait depuis le début :

« Et bien, le client est roi. Où allons-nous ? »

« Ta chambre fera parfaitement l'affaire… »

« Ils ne vont pas réellement le faire ! » s'écria Hermione à Ron, en lui attrapant le bras, paniquée.

« On dirait bien que si… » rit le rouquin, que la situation amusait visiblement beaucoup, comme pas mal d'autres élèves de Poudlard.

La brune lança un regard effaré à son camarade, mais était visiblement incapable d'ajouter quoique ce soit d'autre. C'est avec stupéfaction et une pointe d'angoisse qu'elle regarda Harry s'éloigner en compagnie de Draco Malefoy.

Quand la porte de sa chambre de préfet-en-chef se referma sur eux, le Serpentard avait déjà un peu pâli. Parce que là, soudainement, ça devenait sérieux. Ce n'était plus un jeu.

Plus seulement, du moins.

Et surtout, maintenant qu'ils étaient seuls, il n'y avait plus de témoin. Plus de spectateur. Au fond, presque plus de scandale. A lui alors de tout faire pour rester le maître de cette situation délicieusement pervertie, et qui ne lui échappait pas encore totalement.

« Alors, Potter, on a eu envie de se déniaiser avec un bad boy, mmh ? » lâcha-t-il avec sarcasme, dans le but de dissimuler son trouble.

Mais le brun ne mordit pas à l'hameçon. Il se contenta d'esquisser un petit sourire en coin, puis de se diriger nonchalamment jusqu'au lit de son vis-à-vis. Là, il s'y assit, caressa d'une main distraite la couverture, puis étira ses bras derrière lui et s'appuya dessus.

« Et bien, mon cher Malefoy… Qu'attends-tu ? Tu perds de précieuses minutes, là. Et Merlin me garde de te faire perdre du temps. Tu as un commerce qui t'attend… » Le tout enrobé d'un sourire enjôleur suintant d'une innocence presque crédible.

Parfaitement crédible, si Draco n'eut été Malefoy, meilleur ennemi de Potter depuis sept ans.

Le blond s'appuya contre la porte de sa chambre, et croisa lentement les bras, réduisant ses yeux à deux fentes qui ne laissaient plus rien filtrer de ses sentiments.

Temporiser.

Garder son sang-froid.

Surtout ne jamais perdre le contrôle.

Une réputation ne se bâtit pas en un jour. Mais peut se détruire en une seconde.

Une réputation scandaleuse peut se bâtir sur un seul évènement. Mais il suffit également d'un seul autre évènement pour l'ébranler.

Pas question pour Draco Malefoy ce jour-là de faire le moindre faux pas. Mais difficile de ne pas commettre d'impair face à un joueur manifestement aussi expérimenté que semblait l'être Potter.

Fichu Potter, d'ailleurs… Depuis quand savait-il aussi bien jouer avec les nerfs ? Les siens, et ceux des gens en face ? Quoique, Draco n'aurait pas songé à s'en plaindre. Jamais encore l'autre ne lui avait proposé de plus beau défi.

Sa bouche s'étirant en un mince et froid sourire, empli de suffisance et de fausse condescendance, le Serpentard répliqua :

« C'est que je ne veux pas te brusquer, Saint Potty. Merlin me garde d'effaroucher la donzelle qui sommeille en toi… »

Les yeux de Potter s'assombrirent, mais le blond n'aurait su dire si c'était de colère ou d'amusement. Etrange comme ce sang chaud de Gryffondor savait aujourd'hui si bien se contrôler.

Draco prit le parti de répondre à ce qu'il connaissait le mieux chez son adversaire.

Plus prudent.

« Je t'ai vexé ? Allons, tu ne voulais tout de même pas que j'inclus les mots doux dans le prix que tu as mis... Si ? »

Harry sourit cette fois franchement : « Mon pauvre Malefoy, il en faut bien plus pour me vexer, tu sais ! »

Plus prudent. Oui. Mais moins payant.

« En revanche, pour le prix que j'y ai mis, j'attends un peu plus que des paroles, Malefoy. » La voix de Potter claqua dans l'air. Sévère. Presque autoritaire.

Un frisson parcourut l'échine de Draco. Colère ? Humiliation ? Non, pire… L'adolescent ne l'admettrait jamais, mais le ton que venait d'employer l'autre l'avait excité. L'espace d'une seconde.

Lui qui ne se laissait dominer par personne aurait en cette seconde tout autorisé à son ennemi. Ou presque tout. Parce que ce qu'avait renvoyé Potter en cette simple phrase était mille fois plus sulfureux que tout ce qu'avait vécu le blond jusqu'à présent.

Tellement plus prometteur de scandale que leurs bagarres de couloir, tellement plus intéressant que leurs joutes verbales quotidiennes.

Tellement plus excitant que la pire des conspirations faites dans le dos de l'ennemi. Parce que quand l'ennemi lui-même vous offre sa tête sur un plateau, rien n'est plus énorme. Jouissif.

Scandaleusement délicieux.

Draco se décida, et fit quelques pas. Harry planta son regard dans le sien, sans dire un mot, et commença à déboutonner sa chemise. Mais d'un bond, le blond fut sur lui, lui plaquant une main sur le torse pour l'empêcher de continuer. D'une pression de plus de la paume, il allongea le Survivant sur son matelas, et d'un autre mouvement leste, fut assis à califourchon sur son bassin. Malefoy posa un regard supérieur sur l'autre, mais le sourire amusé que lui renvoya Potter l'électrisa et attisa sa colère… ou plus ?

D'un geste rageur et impatient, le blond arracha la chemise de l'autre, faisant voler en un cliquetis sourd les boutons jusqu'au parquet de la chambre, silencieuse en dehors de ces bruits de tissu qui se déchirent et des souffles qui se saccadent.

La vue du torse nu de son partenaire de jeu fit pétiller les yeux d'un dragon gourmand, qui se mordit la lèvre, ne cachant pourtant pas un sourire. Le lion se releva doucement sur un flanc, pour mieux attraper par la nuque son adversaire et les unir dans un baiser plein de rage et d'envie.

Plein de comédie sans doute aussi, car quel scandale peut se targuer d'être totalement sincère ? Mais qu'importait ce jour-là les faux-semblants entre eux ? Ils étaient là pour ça.

Et puis les mains se trouvèrent, les corps se rapprochèrent, pour mieux se repousser tout autant qu'ils se cherchaient. Les yeux se fermèrent, pour mieux laisser le corps profiter ou pour permettre à l'esprit d'oublier.

Où ils étaient.

Avec qui ils étaient.

Ce qu'ils faisaient.

Comment ils le faisaient.

Mais ils n'oublièrent pas un seul instant pourquoi ils le faisaient.

Le scandale. Le scandale qu'en ce moment même ils bâtissaient. Le scandale qu'ils imprimaient à chaque seconde de l'autre côté de cette porte close dans le cœur et l'esprit de leurs camarades. Le scandale qu'ils s'appliquaient à rendre réel, pour qu'il soit mémorable, intense, durable.

Réel, oui.

Mais qu'est-ce qui fut le plus scandaleux dans le fait que Malefoy marchande son corps au Survivant pour 100 chocogrenouilles ? Le fait qu'il s'agisse de Potter ?

Le fait que la demande vienne du héros Potter ?

Ou ce qui se passa dans cette chambre…

Qu'est-ce qui fut le plus choquant ? Que Harry semble plus sûr que Draco lui-même au début ?

Ou qu'il s'abandonne ensuite sans protester à l'étreinte violente de l'adolescent ?

Qu'est-ce qui fut le plus surprenant ? Que Draco arrache les habits de Harry ?

Ou que ce soit le brun qui force le blond au premier baiser, comme s'il lui violait la bouche ?

Qu'est-ce qui fut le plus troublant ? Que ce baiser imposé ne soit rien à côté des préliminaires brutaux qu'imposa Malefoy ?

Ou bien que Potter gémisse de plaisir quand l'autre força la barrière de ses lèvres de son sexe ?

Qu'est-ce qui fut le plus innommable ? Que le Serpentard prenne ensuite le Gryffondor sans préparation, s'immisçant en lui comme toujours, avec force et brutalité ?

Ou qu'ils ne se quittent pas du regard pendant tout le temps que dura ce coït sombre et enivrant ?

Qu'est-ce qui fut le plus incroyable ? Que Harry repousse violemment l'autre pour le prendre à son tour, comme en un combat soudain rendu à armes égales ?

Ou que Draco se laisse faire lui aussi, cherchant même de nouveau avidement la bouche du brun ?

Qu'est-ce qui fut le plus scandaleux dans tout ça ? Le fait qu'ils jouissent ensemble de cette étreinte pourtant simulée et surjouée ?

Ou le fait qu'ils éclatent de rire ensemble quand leurs corps s'affaissèrent sur le lit, repus et meurtris ?

Draco Malefoy fixait le plafond dans sa chambre, un peu troublé, un peu perdu, mais délicieusement détendu. Jamais le sexe ne lui avait paru plus sale, plus vicié, plus déroutant, plus avilissant… Jamais le sexe ne lui avait paru plus délicieux.

Il tourna la tête vers son partenaire de scandale, et s'émut une seconde des yeux pétillants de malice qui se posèrent sur lui au même moment, tandis qu'une main moite et encore tremblante des efforts fournis cherchait la sienne…

Le Serpentard ne serra pas la main du Gryffondor quand celle-ci se glissa dans la sienne, mais Potter n'en eut cure.

« Tu couches comme je m'y attendais, Malefoy… » rit le Survivant.

Malefoy leva un sourcil et répliqua, sans se départir de son immense contrôle : « Comme un dieu ? »

Ce qui déclencha un fou rire à l'autre.

« Non ! Tu fais l'amour avec violence, avec égoïsme, avec déraison… En fait, tu ne fais pas l'amour, tu baises. Je ne compte pas là-dedans, n'est-ce pas ? »

« Allons, ne te dévalorise pas, Potty. Pour une première fois, tu étais un réceptacle tout à fait potable… » Draco rougit légèrement, vexé, en entendant l'autre encore rire de ces piques. « Si seulement tu arrêtais de rire, tu aurais presque pu être passable. »

« En fait, je crois que ce que j'ai préféré finalement, c'est que tu couches comme tu es : avec mauvaise foi ! » conclut Potter, des larmes de rire au coin des yeux. Puis il s'efforça à respirer calmement, retrouvant son self-control. Enfin, il retira sa main de celle de Draco, et se redressa sur un coude pour glisser à l'autre, très sérieux : « Je pense que j'en ai eu pour mon argent, jolie petite cat… »

Draco avait posé un doigt sur la bouche de Harry. Très sérieux à son tour, le blond le coupa :

« Je suis ce que je suis, mais pas besoin d'en rajouter, Potter. Le scandale, c'est dehors qu'il se dessine. Pas ici. Pas besoin. »

L'adolescent brun hocha la tête, et ajouta, en se penchant vers l'oreille de son vis-à-vis :

« Ce qui serait vraiment scandaleux, maintenant, Malefoy, c'est que tu me fasses la cour pour sortir avec moi. »

Draco ouvrit de grands yeux, incrédule : « Quoi ? M'abaisser à te courir après pour que tu sois… mon copain ? Tu rêves, Potter… »

Mais le Gryffondor, aussi vicieux que le Serpentard qui s'alanguissait en face de lui, précisa dans un sourire :

« Allons, allons, Malefoy… Tu le sais aussi bien que moi. Le scandale qu'a pu provoquer notre partie de jambes en l'air n'est rien à côté de celui que provoquerait notre relation. Et tu le sais aussi bien que moi… » Et il conclut le tout d'un clin d'œil…

…auquel répondit l'autre après un moment par un grand éclat de rire :

« Tu as peut-être bien raison, après tout ! »

Oui, s'il est un parfum qui ne part pas, qui s'imprime sur la peau jusqu'à en devenir votre odeur propre, jusqu'à signer votre identité plus sûrement qu'un nom ou qu'un visage, c'est bien celui du scandale.

Et si Draco Malefoy savait en jouer avec subtilité et fureur, il venait d'apprendre une nouvelle façon de laisser ce parfum dans son sillage avec encore plus d'efficacité : le distiller à deux.

Quoi de plus percutant qu'un scandale qui change de camp à chaque instant, qui change de mains en un regard, qui se prête, se donne, se reprend, sans jamais se perdre ?

Quoi de plus scandaleux qu'un scandale partagé par Draco Malefoy et Harry Potter, au fond ?

Oui, quoi ?