Comme Léonard l'avait promis, il ne lui avait fallu que trois jours pour concevoir un programme d'échange des Portes. Il en avait fallu deux de plus visiter tous les mondes potentiels connus et choisir le meilleur : Olattan, petite planète agricole paisible dont la population avait eu la très mauvaise idée de se laisser inoculer le virus Hoffan, et que les wraiths avaient exterminée dans un but prophylactique. La Porte se trouvait dans ce qu'il restait d'un bois ravagé, et le premier village se situait à quelques kilomètres de là, comme Estain. Les Rells, une famille de cinq et potentiellement les seuls survivants de ce peuple, avaient suggéré leur monde natal avec des larmes dans les yeux, espérant que la mort de leur civilisation permettrait au moins à leur nouvelle terre d'accueil d'éviter le même sort atroce.

Moins d'une semaine après l'attaque du croiseur, Oumana s'était donc vue doter de nouvelles coordonnées tandis qu'un très discret avant-poste était installé sur Olattan, afin qu'un « veilleur » puisse surveiller la Porte et accueillir les éventuels réfugiés, sans être repéré par d'autres visiteurs moins pacifiques.

Dans le même temps, Delleb, plus remontée que jamais, avait fait tailler au laser puis transporter par l'Utopia un énorme bloc de granite de près de vingt tonnes afin de bloquer l'accès de la Porte aux Darts. Bloc que Salilymn avait flanqué de deux canons récupérés sur des chasseurs abattus.

Dix jours après l'attaque, leurs défenses avaient été consolidées au mieux de leurs faibles moyens, et les infrastructures clés avaient été remises en état. Au plus grand regret de Rosanna, il était temps de passer à la suite.

Elle convoqua donc tout l'équipage de l'Utopia, Delleb et ses neuf fils, Selk'ym, Jin'shi, les Terriens, et la poignée d'autres humains en qui elle avait confiance.

« Merci à tous d'être venus. Tout d'abord, sachez que je ne forcerai aucun d'entre vous à me suivre dans ce combat. Objectivement, il s'agit d'une folie pure et simple et les chances de réussites sont infinitésimales. Je ne peux en aucun cas vous demander de m'accompagner dans un tel rodéo mortel, toutefois, la moindre aide me sera d'une grande utilité et pourrait être le détail qui fera basculer la chance de notre côté. L'objectif est simple : tuer Silla et prendre le contrôle de sa ruche et de son territoire. » expliqua-t-elle.

Un concert de protestations choquées s'éleva, sous le rictus satisfait de la reine.

« Bande d'obscurs abrutis, un véritable territoire, une ruche et des bâtiments de guerres nous permettraient de nous protéger. Quand au trône, il nous donnera une légitimité et nous permettra de négocier et de combattre les autres reines d'égal à égal. » siffla Delleb.

« Je comprends l'idée, Régente, mais pourquoi Silla ? Elle n'est pas la reine la plus puissante, mais il y en a d'autre qui sont moins bien protégées et plus accessibles .» fit remarquer Léonard.

« Tout simplement parce que nous avons la chance d'avoir trois de ses fils parmi nous, qui connaissent bien ses tactiques et les secrets de sa ruche, mais aussi et surtout parce que nous avons des alliés à bord, prêts à se mutiner et à nous rejoindre. » expliqua l'artiste en désignant de la main les deux traqueurs debout dans un coin, et Tom assis aux côtés de Liu et Jiu avec le reste de l'équipage.

« Admettons. L'Utopia est un vaisseau puissant pour sa classe et il l'a démontré il y a peu, il est parfaitement capable d'abattre un croiseur bien plus grand et lourdement armé que lui, mais une ruche ? Même durant la Grande Guerre, aucune ruche n'a jamais été abattue par une frégate seule. Une flottille ou un croiseur, oui, mais un seul vaisseau de cette catégorie, jamais ! » s'exclama Zil'reyn.

« Je n'en doute pas, Commandant, mais le but n'est pas de détruire la ruche. Idéalement, j'aimerais qu'il n'y ait aucun dégât matériel. »

« Prendre une ruche sans faire de dégât matériel, comment ? » siffla le wraith.

« Par la ruse. En nous infiltrant à bord, tout simplement. »

« Ils détecteront notre approche dans l'Esprit bien avant que nous ne soyons à portée. » nota Markus, aussi dubitatif que les autres.

« C'est exact pour vous. Mais des humains ? Ils ne sentiront rien du tout. »

« Admettons que l'équipe d'infiltration soit purement humaine, Rosanna Gady. La coque des ruches est trop épaisse pour vous téléporter à bord, et même en vous infiltrant avec un Jumper, vous ne parviendrez jamais à approcher la reine sans être repérés... » notifia Delleb, calmement.

« Qui a dit que nous allions y aller en Jumper ? »

Douze cycles passés à constamment surveiller ses arrières, douze interminables cycles à craindre que sa trahison ne soit découverte, et voilà qu'il retrouvait cette maudite humaine. La femelle le narguait d'un regard insolent depuis sa cellule. Elle était censée tuer Silla et mettre Delleb sur son trône, pas se faire attraper avec les autres atlantes dans une de leur bases planétaires en train de voler des données.

Si elle avait besoin d'informations, elle n'avait qu'à lui demander ! Stupide créature mortelle !

« Rosanna Gady, que faites-vous là ?! » siffla-t-il furieux, une fois certain qu'aucun autre alpha ne risquait de les entendre.

« Votre chaleureuse hospitalité nous manquait, Pierre, alors on est venus passer quelques jours ici. » répliqua-t-elle avec un sourire.

« Vous êtes folle ! Silla va vous exécuter, et cette fois je ne pourrais pas sauver votre peau ! » cracha-t-il.

« Je ne vous le demande pas, rassurez-vous... »

Il feula, exaspéré.

« Pierre ? Pourriez-vous me rendre un immense service ? »

Un service, et puis quoi encore ? Mais ce n'était pas comme s'il avait grand chose à perdre à écouter sa requête.

« Quoi ? » demanda-t-il en désespoir de cause.

« Pourriez-vous demander une entrevue de ma part au commandant ? J'aimerais beaucoup le féliciter pour sa promotion. Ah, et si vous me trouviez un de ces délicieux fruits oblongs que j'ai mangé lors de mon dernier séjour, ce serait fabuleux ! »

« Des fruits ?! » ne put-il s'empêcher de répéter.

Comment avait-il pu croire que cette folle serait capable de tuer une reine ? Il devait vraiment être lui-même taré pour avoir nourri de tels espoirs. Cette femelle n'était qu'une nuisance. Il soupira.

« Que voulez-vous au commandant ? »

« Je vous l'ai dit, je souhaiterais le féliciter. » répondit-elle avec détachement.

De toute manière, ils seraient tous morts de faim dans moins d'un an. Que risquait-il à se soumettre à ses délires abscons, à part une mort prématurée ?

Milena jeta un regard noir à l'artiste qui fixait avec détachement le grand hall vide devant leur cellule.

Comment pouvait-elle rester si calme alors qu'ils étaient enfermés dans l'exacte même cellule qui avait failli devenir leur tombeau trois ans plus tôt ? D'ailleurs, pourquoi s'était-elle portée volontaire pour cette folie ? Tout ce qu'elle allait y gagner, c'était une mort atroce de la main même d'un des frères de son fils. Tom allait devoir vivre avec l'abominable certitude qu'elle était morte de la main d'un des siens. Elle jeta un oeil à Kang qui fixait sombrement le mur en face de lui, les genoux relevés contre la poitrine, appuyé contre le mur du fond, tandis qu'Amanda faisait infatigablement les cents pas d'un bord à l'autre de leur cellule.

En cet instant précis, ils se posaient tous la même question. Pourquoi s'étaient-ils portés volontaires pour ça ?

Par vengeance ? Par désespoir ou, au contraire, par espoir ? Elle ne le savait pas.

Elle fut tirée de ses sombres ruminations par des bruits de pas.

Rosanna se redressa, fixant avec dignité et calme les nouveaux arrivants qu'elle ne voyait pas encore depuis son recoin de cellule, alors que Kang se relevait et qu'Amanda se figeait.

«Vous n'êtes pas le commandant. » nota simplement l'artiste.

« Le commandant ne se déplace pas à la demande du bétail. » répliqua une voix à double timbre, qu'elle découvrit appartenir à un wraith à la carrure équilibrée et aux longs cheveux couleur de lune, retenus en arrière en une complexe coiffure.

« Mais son second oui ? » persifla l'artiste.

Un feulement hargneux lui répondit.

« Ce n'est pas grave. Après tout, Silla n'a jamais été très douée pour remarquer et exploiter convenablement les capacités de ses wraiths.» fit-elle remarquer sur le ton de quelqu'un qui commente la météo.

«Silence, esclave ! Tu n'as pas les capacités pour comprendre les grands desseins de Sa Majesté ! » cracha l'alien en frappant les barreaux.

Milena sursauta et Rosanna se tendit imperceptiblement.

« En effet, je ne comprendrais jamais sa manière de gouverner. Tout manque tellement de bon sens... Enfin peu importe. Je voulais féliciter le commandant pour sa promotion. J'ai rencontré Dô'mar peu avant son... décès. Il n'a pas très bien terminé sa carrière. J'espère qu'il saura mieux mener la sienne... Moins de vanité, plus d'intelligence... »

Le second la fixa en grondant.

Elle se retourna comme si elle avait fini leur entrevue et que c'était elle qui le congédiait.

Le wraith gronda un peu plus fort et s'apprêtait à tourner les talons, lorsqu'elle prit une petite inspiration en levant le doigt comme si elle venait de penser à quelque chose.

« Ah, et j'aurais aussi un message pour Silla... Si elle a eu la bonne idée de ne pas faire jeter nos affaires, j'ai du bon papier et de la vraie peinture. Je serais ravie de faire à nouveau son portrait et de discuter un peu avec elle. Après tout, nous ne nous étions pas quittées en très bons termes. »

Le wraith siffla et partit sans un mot de plus.

D'accord, elle était bonne comédienne, mais à quoi pouvait bien servir d'énerver les aliens ?

« Rosanna, tu as décidé de tous nous faire tuer ? C'est quoi ce déluge d'insultes ? » persifla la soldate une fois qu'ils furent à nouveau seuls.

« Je ne t'ai pas forcée à venir, Milena, et j'avais dit que ce serait extrêmement dangereux, alors ait au moins la décence de me faire confiance.» lâcha l'artiste, laissant transparaître durant un bref instant sa peur et la tension qui l'habitait avant que son masque de calme détaché ne reprenne le dessus.

Ils passèrent les douze heures suivantes à tourner en rond dans leur cellule, avec pour seules distractions les suppliques et les pleurs des détenus retenus dans les autres geôles.

Finalement, un petit contingent d'une bonne dizaine d'alphas, tous armés jusqu'aux dents, vint les chercher.

« Bonjour, messieurs. C'est à quel sujet ? » demanda Rosanna, en étouffant un bâillement admirablement feint.

« La reine désire assister à votre mise à mort.» répliqua l'officier en charge.

« Ah... ce n'est même pas elle qui s'en occupe... » nota l'artiste avec une pointe de déception dans la voix.

« Silence, femelle ! » cracha le wraith alors que la porte s'ouvrait.

Ils sortirent calmement sous la menace de bien trop d'armes au goût de Milena, puis des menottes leur furent passées, et ils furent emmenés dans les couloirs, des gardes de tous les côtés.

« Hem... Je crois que vous vous trompez de côté... la salle du trône est par là... » s'exclama Rosanna en tendant ses mains entravées vers le couloir de droite alors qu'ils prenaient celui de gauche à une intersection.

Les guerriers levèrent leurs armes en réflexe à son geste, alors qu'elle rabaissait ses mains lentement avec un sourire de prédateur amusé, que Milena n'avait vu que sur les dangereux aliens.

L'officier se retourna et planta son pistolet dans les côtes de son amie.

« Tu ne crois tout de même pas que nous allons vous laisser approcher notre sublime souveraine dans votre état répugnant... » siffla-t-il.

« Aaah... la douche glacée... Il paraît que c'est bon pour la circulation. » répondit-elle sans se départir de son rictus.

Avec un grondement et un petit coup vicieux dans les reins, il la poussa en avant, et Milena suivit le mouvement sans broncher, guère désireuse de donner une opportunité aux wraiths de lui faire du mal.

Ils furent emmenés dans une vaste salle de douche froide et humide similaire à celles qu'elle avait découvertes trois ans plus tôt, où ils furent détachés puis poussés contre le mur glacial.

« Déshabillez-vous et jetez vos vêtements ! »

Giacometti jeta un regard assassin au groupe d'alphas qui les observaient depuis la porte.

« Milena, obéis.» murmura Rosanna, qui avait déjà retiré son pantalon.

Elle reporta son ire sur l'artiste, car après tout c'était à cause d'elle qu'elle était à nouveau dans ce cauchemar.

La femme lui lança un regard encourageant en retour, qui n'eut que pour effet de l'énerver plus encore.

« Capitaine, s'il vous plaît, obéissez. On vous a déjà vue en sous-vêtements... » lui souffla Kang, tout en jetant ses habits râpés dans un coin.

Avec un grondement de dépit, elle retira à grands gestes furieux sa veste d'uniforme usée au-delà du récupérable, puis elle baissa son pantalon, retirant ses bottes et ses chaussettes dans la foulée, et avec un dernier regard mauvais aux wraiths guère impressionnés, elle retira son t-shirt.

Amanda, visiblement mal à l'aise, se tenait un peu voûtée, les bras croisés sur son soutien-gorge rafistolé. Dampa, les bras aussi croisés sur la poitrine, jetait un regard noir aux aliens en face d'eux. Avec surprise, elle s'aperçut qu'elle aussi se tenait voûtée, cachant cette tache de naissance qu'elle détestait tant tout en tentant de transpercer les prédateurs impassibles du regard.

Rosanna quant à elle se tenait droite, une main négligemment posée sur la hanche comme si elle attendait son café au Starbucks du coin, et pas une douche glaciale dans un vaisseau-ruche ennemi.

« Alors ? » finit-elle d'ailleurs par demander, alors que les secondes se transformaient en minutes et que toujours rien ne se passait.

Il y eut un grondement, puis un énorme alpha s'avança avec une lance à eau, et le calvaire commença.

Quand il eut terminé, ils étaient tous au sol, trempés et grelottants, le souffle coupé par la force du jet, tandis que les wraiths riaient ouvertement de leur malheur.

Un autre alpha leur jeta des vêtements de toile grisâtre et rêche.

Milena se jeta dessus sans attendre, espérant que le tissu isolerait un peu son corps transi des courants d'air vicieux de la ruche.

« Habille-toi, femelle ! »

L'ordre attira son attention sur Rosanna, qui n'avait pas bougé, fixant d'un air réprobateur le pantalon et la blouse qui lui étaient destinés.

« Je ne mettrai pas ces vêtements. »

« Obéis, humaine ! »

« Non. Ce sont des tenues d'esclave. Je ne les mettrai pas.» répondit-elle très calmement.

L'officier s'avança, la main levée, menaçant, mais l'artiste ne bougea pas d'un millimètre, le fixant d'un air mauvais.

« Vous savez qui je suis ? » demanda-t-elle ensuite.

« Oui, Rosanna Gady, je sais qui vous êtes.» cracha le wraith, à quelques centimètres de son visage.

Elle devait lever le nez pour le regarder droit dans les yeux, pourtant Milena n'eut pas l'impression que c'était lui qui menait la discussion.

« Alors vous savez combien Silla me hait... Que pensez-vous qu'elle vous fera, si j'arrive déjà... détériorée ? » demanda-t-elle nonchalamment.

Comment pouvait-elle parler d'elle-même et de sa mort potentielle si calmement ?

Le wraith la fixa encore quelques instants avec rage avant de reculer.

« Mettez ces vêtements, ou vous irez nue ! » cracha-t-il finalement.

« Très bien. Qu'est-ce qu'on attend ? » répliqua-t-elle, écartant les bras en un geste éloquent.

Pourquoi refusait-elle d'enfiler les vêtements ? C'étaient peut-être des habits d'esclave, mais au moins étaient-ce des habits...

Ils furent à nouveau entravés, puis emmenés dans un dédale de couloirs, jusqu'à la chambre royale.

Au détour d'un corridor, ils tombèrent sur le scientifique que Rosanna avait appelé Pierre.

Son instinct lui hurlait de fuir très loin, mais il n'avait pas pu. Pire encore, en apprenant que Silla voulait assister en personne à leur exécution, il avait trouvé un prétexte pour traîner non loin de la salle du trône dans l'espoir de pouvoir parler à cette humaine une dernière fois. Dans l'espoir d'avoir un indice que tout n'était pas perdu pour eux. Qu'elle allait mourir, mais que d'autres viendraient et mettraient Silla à bas.

Visiblement cette dernière, ou plus probablement le commandant Ju'reyn, avait jugé bon de renforcer l'escorte des humains. Tzun'kan, l'officier en charge de la garde royale, le toisa d'un air mauvais, lui intimant d'une rude poussée mentale de s'écarter de leur chemin.

Il ne put qu'obéir. Les guerriers n'hésiteraient pas un instant à le piétiner, lui un vulgaire scientifique de seconde zone, s'il avait l'idiotie de se tenir sur leur chemin.

Ce fut l'humaine qui prit l'initiative.

« Pierre ! Vous êtes venu assister à mon « exécution » ? » demanda-t-elle d'un ton atrocement joyeux en s'arrêtant.

Tzun'kan lui planta son pistolet dans les côtes, mais elle l'ignora royalement, faisant un pas dans sa direction.

Il remarqua alors qu'elle était presque nue, vêtue uniquement des sous-vêtements noirs qu'elle portait déjà lors de leur dernière rencontre.

« Pourquoi êtes-vous toujours dévêtue lorsque nous nous voyons ? » demanda-t-il bêtement.

« C'est une excellente question, mon cher ! » rit-elle en s'approchant davantage.

Elle leva lentement ses mains entravées tout en se retournant vers les guerriers.

Les gardes braquèrent leurs armes sur elle, mais étrangement aucun ne la retint et elle fut bientôt à un pas de lui.

« Tiens, vous avez quelque chose là, dans les cheveux. » nota-t-elle avec un geste du menton.

Instinctivement, il porta sa main à ses cheveux.

« Non, non, attendez, je vais vous l'enlever. »

Venait-elle de lui faire un clin d'œil ?

Elle se retourna vers ses gardiens, levant lentement ses mains.

« Vous permettez ? » grinça-t-elle sur le ton non pas d'une demande, mais d'une remarque.

Elle se lécha ensuite l'index, puis délicatement l'approcha de sa tête.

Il se tendit, alors qu'elle le fixait d'un air très calme.

Il la sentit fourrager un peu dans ses cheveux, puis quelque chose fut plaqué contre son crâne et il y eut une douleur foudroyante.

Il gronda, se jetant en arrière, tandis que les soldats braquaient leurs armes sur l'humaine et donc par extension sur lui.

« Oulà, oulà ! Relax les gars, je lui ai juste tiré les cheveux par mégarde. Il faut dire qu'avec ces menottes, ce n'est pas facile ! » s'exclama-t-elle, levant haut ses mains en signe de paix.

Il passa sa main dans ses cheveux. Juste là, derrière son oreille, une sorte d'implant, de la taille d'une petite pièce de monnaie.

Il fixa l'humaine, tentant de lui transmettre par le regard sa question muette.

Elle se retourna vers lui avec un sourire.

« Encore désolée, Pierre, je ne voulais pas vous faire de mal. » s'excusa-t-elle avec un sourire alors que l'officier, lassé de son cirque, la saisissait rudement par les épaules.

Elle revint dans le rang, mais se retourna deux pas plus tard, et tout en ayant l'air de remettre ses cheveux en place, tapota l'arrière de son oreille.

« Les temps s'annoncent durs pour vous. J'espère que vous saurez rester debout même dans les pires moments, Pierre! »

Il acquiesça. Message reçu.

Deux pas encore, et elle se tourna à nouveau, sourde aux grondements furieux de Tzun'kan.

« Ah, au fait, Markus voulait savoir… Avez-vous finalement réparé le problème de fermeture de la baie d'amarrage secondaire ? » demanda-t-elle, sur le ton de la conversation.

« Je suis biologiste, pas technicien, Rosanna Gady. » gronda-t-il, alors qu'ils s'éloignaient.

Il regarda le petit groupe tourner au bout du couloir puis, son manteau claquant sur ses chevilles, il se mit en route pour la baie d'amarrage secondaire. Quoi qu'ait prévu cette folle, elle voulait qu'il s'y rende.

Elle était à n'en pas douter complètement détraquée, mais de toute évidence, elle avait un plan. L'implant qu'elle avait posé sur son crâne en était la preuve. Malheureusement pour lui, quel que soit ce mystérieux plan, il en faisait partie.

« Bonne nouvelle, une nouvelle cargaison humaine devrait arriver bientôt. » transmit-il à la poignée d'autres traîtres qu'il était parvenu à réunir. Ils acquiescèrent à son message codé et il les sentit confusément quitter leurs postes respectifs pour se rendre dans les endroits clés qu'ils avaient définis.

Neutraliser les hyperdrives et les armes, bloquer les portes pour empêcher les défenses internes de se coordonner, brouiller les communications pour que les renforts n'arrivent pas. Telles étaient les mesures qu'il avait mis en place afin d'aider ce coup d'État. Il avait imaginé un abordage en force, voir même un bombardement, mais certainement pas ça ! Enfin, il était trop tard pour reculer. Soit il vivait sa dernière journée, soit demain il servirait une nouvelle reine.

Il arriva enfin en vue de la porte du hangar à Darts. Qu'avait-elle dit ? Les problèmes de fermeture des portes.

Il fallait qu'il trouve le moyen d'ouvrir la porte du hangar, mais comment ?

Tout était coordonné depuis la salle de contrôle de la baie, trois ponts au dessus de lui, et il n'avait aucune raison valable ni accréditation pour entrer dans cette pièce.

La salle était en outre gardée en permanence par quatre guerriers bien entraînés et contrôlée par deux techniciens. En tout six wraiths. Soit cinq de trop pour qu'il ait une chance au combat.

Avec un grondement furieux, il fit demi-tour, prenant le chemin de son laboratoire.