- - Vraiment ? Vous y avait cru ?
- - Comme le disait Beckett, je suis comme un enfant de 9 ans dans un magasin de jouets
- - Mais croire à la malédiction d'une momie ! Et vous avez fait ce qu'il vous a dit ?
- - Et je l'ai testé ! Je suis passé sous une échelle, j'ai traversé en dehors des clous… Oh, vous pouvez rire ! Et si elle et les gars n'en n'avaient pas rajouté avec les tours…
- - Je m'en doutais !
- - Quoi donc ?
- - Que derrière son sérieux, elle savait s'amuser
- - Elle n'a jamais…
- - Oh, si. Bien sûr que si. Mais elle n'est jamais allée aussi loin. Nous sortons toutes ensembles parfois. Pour les anniversaires, en fin d'année, ou simplement comme ça. Nous travaillons ensemble, vous savez. Enfin surtout moi, depuis que Kate a préféré travaillé depuis chez elle et enfin faire ce qu'elle avait envie de faire. Nous sommes les patronnes. Mais nous sommes surtout des amies. Nous nous entendons toutes très bien. Nous savons pratiquement tout les unes des autres. Et surtout nous pouvons compter sur n'importe laquelle d'entre nous en cas de problème.
- - C'est ce qu'il m'avait semblé
- - Nous sommes une famille. Et je crois que ça a beaucoup aidé Kate. Surtout au début. Elle était seule. Dans un pays qu'elle ne connaissait pas ou très peu. Et puis, elle a pris ses marques. Et elle s'est installée dans ce petit village
- - Elle aurait pu choisir une région plus chaude
- - Elle aime le vent et la pluie. Vous ne le saviez pas ?
- - Si je vous disais qu'en 4 années de partenariat, j'ai à peine effleuré une petite couche du mystère Kate Beckett
- - Ça ne m'étonne pas. Je crois que même avec les 9 vies d'un chat, on ne découvrirait pas tout ce qu'elle cache
- - Et ça ne vous gêne pas ?
- - Moi ? Non. C'est ce qui fait qu'elle est ce qu'elle est.
- - Maman ?
- - Tiens, le sultan !
- - Pardon ?
- - Tu te souviens de monsieur Castle, Ludovic ?
- - Oh, oui ! L'ami de Kate ! Bonsoir, dit-il en lui serrant la main
- - Je l'ai invité à passer la soirée chez nous
- - Tu es chez toi, maman. Et qu'est-ce que tu nous prépares de bon ?
- - Des pâtes au saumon ! Ça t'ira ?
- - Mon plat préféré ! Et vous ?
- - Oh, moi, je mange de tout.
- - Papa ?
- - En déplacement !
- - Euh… Pour le harem… C'était une plaisanterie, vous savez. Ne croyez pas qu'avec Kate…
- - J'avais compris
- - Et si tu mettais la table ? Monsieur Castle pourra continuer de me parler de Kate quand elle était encore dans la police
- - Rick ! Appelez-moi Rick, ou Richard
- - Ou Castle ?
- - Si vous voulez !
- - Non, je laisserai Castle pour Kate. C'est comme ça qu'elle vous appelle, non ?
- - Depuis le premier jour, oui
- - Pourquoi ? Pourquoi par votre nom de plume ? Et vous ? Pourquoi l'appelez-vous Beckett ?
- - Je ne sais pas. Ça s'est fait comme ça. Au début, je pense que c'était juste pour me faire comprendre que je n'étais là que pour l'aider dans l'enquête. Puis ensuite, peut-être pour laisser une distance entre nous.
- - Mais vous auriez pu l'appeler Kate. Vous n'étiez pas flic
- - Oui, j'aurai pu
- - Et maintenant, tu vas me faire un gros dodo !
Ils sortaient du bâtiment des enfants pour se rendre dans le bâtiment principal. C'était là qu'ils logeaient.
Tout se passait dans ce bâtiment. C'était un peu le quartier général du camp. C'était là que la sœur Thérèse avait son bureau. C'était là que les autres sœurs, ou ceux qui travaillaient au camp, logeaient. Car certains anciens étaient restés. Ils n'avaient pas de famille, n'avaient pas pu se réinsérer ou n'avait tout simplement pas voulu retourner vivre en ville. Ils étaient bien ici. Ils se contentaient de ce que le camp leur offrait, et de ce qu'eux pouvaient offrir aux autres
Les chiens les suivaient
Niché la tête dans son cou, il ne lui avait pas répondu. Il n'avait quasiment rien dit de la journée
Et pourtant… Dès son réveil, il avait repris ses marques. La sœur l'avait fait déjeuner, l'avait baigné, l'avait habillé et il s'était précipité auprès de Kate. Et comme avant, il lui avait passé les flacons jaunes, les flacons rouges… Il ne l'avait pas quitté d'un pouce.
Ils avaient joué ensemble, avec les chiens, avec les autres enfants… Mais il était différent. Il était triste
- - Un tigre ?
- - Je vous assure ! Il était énorme et affamé !
- - Quand je pense que j'ai peur d'une simple araignée !... Je dois reconnaitre qu'on ne s'ennuie pas avec vous deux !
- - C'est souvent moi qui l'ai entrainé dans ces histoires
- - Elle ne vous aurait pas suivi si elle n'avait pas eu confiance en vous
- - On aurait pu mourir
- - C'était son métier. Elle en connaissait les risques. Mais vous ? Vous aviez une famille ? Vous y avez songé quelquefois ? Votre fille aurait pu vivre ce que Kate a vécu après la mort de sa mère
- - Je sais. Mais je ne pouvais pas l'abandonner. Dès le début de notre partenariat. Vous savez… Beckett est forte. Elle ne montre jamais ses peurs, ses angoisses, ses doutes… Quand elle a décidé quelque chose, elle le fait. Elle fonce…
- - Oh, je sais !
- - Mais j'ai vu la Beckett fragile, démunie… Et même dans ces moments-là, elle ne demande pas d'aide. Je l'ai vu en larmes, sur le point de craquer… J'aurai tellement voulu…
- - Elle vous aurait envoyé paître !
- - Ou casser les deux jambes !
- - Pardon ?
- - C'est une promesse qu'elle m'a faite depuis le jour où j'ai décidé de la suivre. Surtout si je l'appelais « ma muse »
- - Ah, oui ? demanda le jeune homme
- - Elle a horreur de ça
- - Hm… Intéressant !
- - Je serai toi, Ludo, je m'abstiendrai, dit sa mère
- - Pour une fois que je pourrais…
- - N'oublie pas que tu nous entraines !
- - Ah ! c'est vrai
- - Elle te fait peur ?
- - Peur, non. Je sais qu'elle ne me fera jamais de mal. Mais je me retrouve déjà assez souvent au tapis ! Alors quand je peux éviter… Et vous ? Elle vous fait peur ?
- - Peur, non. Comme toi, je sais qu'elle ne me fera jamais de mal. Physiquement. Mais, elle m'impressionne. Et je crois que, même dans 20 ans, elle m'impressionnera toujours autant
- - Alors comment va Milosz ?
Elle lui avait lu une histoire. Il s'était endormi. Elle avait remonté la couverture sur lui, avait mis son doudou dans ses bras et l'avait embrassé sur le front.
Elle avait pris une douche rapide, puis elle était revenue dans sa chambre et s'était assise sur le rebord de la fenêtre.
Quand elle avait entendu frapper à sa porte, elle n'avait pas répondu. Ce n'était pas la peine.
- - Il dort
- - Qu'est-ce qui ne va pas Kate ?
- - Tout va bien
- - Pas à moi ! Il s'est passé quelque chose. Je ne sais pas quoi. Mais ça vous a blessé. Et ça a blessé Milosz. J'ai l'impression de revoir le petit garçon qu'il était quand il restait assis dans son lit toute la journée
- - Il n'est pas resté couché
- - Kate, vous savez ce que je veux dire. Il ne parle pas. Ou le minimum. Il a perdu sa joie de vivre. On dirait qu'il a peur !
- - De moi ?
- - Je ne dis pas ça ! Il est inquiet
- - Il fait des cauchemars
- - Ce n'est pas la première fois. Mais il n'a jamais réagi comme ça. Il a même perdu son appétit
- - Je sais
- - Même vous, Kate. Regardez-vous. Vous êtes épuisée et vous ne mangez pas plus que lui
- - Je vais bien
- - C'est faux et vous le savez
- - Ecoutez, ma sœur. Je ne suis pas venue…
- - Je sais pourquoi vous êtes venue. Mais avant de vouloir aider les autres, aidez-vous vous-mêmes. Vous et le petit. Oh, vous allez oublier vos problèmes en vous occupant de tous ceux qui sont ici, mais après ? Une fois que vous repartirez ? Quand sera-t-il de vous ? Du petit ?
- - J'ai passé une très bonne soirée
- - Nous aussi
- - J'espère que votre fils…
- - Ne vous inquiétez pas. Il ne dira rien. Il sait tenir sa langue quand il le faut
- - Surtout s'il risque de se retrouver au tapis ?
- - En effet
Comme convenu, Michèle l'avait amené à l'aéroport. Et en attendant son vol, ils s'étaient installés à une table. Il buvait un café. Elle, un chocolat.
- - Il me fait penser à ma fille
- - Alexis ?
- - Oui, Alexis… Je pense qu'ils s'entendraient bien tous les deux. Elle a toujours eu la tête sur les épaules. D'ailleurs, dans la famille, elle a toujours été plus adulte que moi. Vous me croiriez si je vous disais que c'est elle qui me disait quelle punition lui infliger quand elle avait fait une bêtise ?
- - Sans peine, oui. Mais, d'après Kate, vous êtes un très bon père.
- - Elle vous a dit ça ?
- - Elle me l'a dit, oui. Elle m'a aussi parlé de votre mère
- - Oh, mon Dieu !
- - Elle n'en a dit que du bien, je vous rassure. Elle l'adore. Son côté fantasque, ses élucubrations, son théâtralisme… Mais aussi sa générosité
- - C'est réciproque. Je le sais. Elle a tout de suite adopté Beckett. Comme si c'était sa fille
- - Elle le sera peut-être un jour ?
- - Si ça arrive, je crois que ce sera la première avec laquelle elle s'entendra. Et le pire, c'est que c'est elle qui m'a présenté ma deuxième femme
- - Tout le monde peut se tromper
Un vol fut annoncé. Castle regarda sa montre
- - Je croyais… Je ne savais pas que…
- - Que quoi ? Que je n'habitais pas à Paris ?
- - Oui. Je pensais…
- - Très peu d'entre nous y vivent.
- - Vraiment ?
- - Vraiment ! Nous avons une alsacienne, des charentaises, des marseillaises, une du Pays Basque… C'est un sacré mélange !
- - Et tous les jours…
- - Oh, non. Seules les parisiennes viennent tous les jours au bureau. Les autres ne viennent sur place que lorsqu'on a besoin d'elles. Pour une mission. Elles peuvent étudier les dossiers à la maison
- - Et ce n'est pas trop dur ?
- - Quoi donc ?
- - Gérer une compagnie et votre…
- - Oh ! Kate vous en a parlé… Non. Et puis je n'ai pas vraiment le choix
- - Ça ne doit pas être facile tous les jours
- - C'est pour ça que je ne vais que très rarement sur le terrain. Mais de toute façon, je suis plus papiers
- - C'est une bonne chose. Beckett a horreur de ça !
- - J'avais remarqué
- - Vous étiez faites pour vous rencontrer
- - Vous n'allez pas me faire le coup des « forces de l'univers » ?
- - Elle vous en a parlé ?
- - Disons que je sais que vous croyez à beaucoup de choses.
- - Beckett ne croit en rien
- - Je ne sais pas. Elle croit au moins en une chose. Et ça j'en suis sûre
- - Ah, oui ? Laquelle ?
- - Vous
- - Quoi ? Vous plaisantez ?
- - J'en ai l'air ?... Sérieusement, vous croyez qu'elle vous aurait gardé auprès d'elle toutes ces années, s'il n'y avait pas eu quelque chose ?
- - Le maire…
- - Arrêtez de dire n'importe quoi. Depuis quand un maire, même de New-York, peut donner des ordres à un capitaine, au chef de la police ou encore plus haut ? Il n'a pas plus de pouvoir là-bas, qu'un maire n'en a ici. Elle vous a gardé parce qu'elle l'a bien voulu
- - Et c'est pour cette raison que vous m'aidez ?
- - C'est Kate que j'aide… Vous savez, Richard… Il y a des gens qui font tellement partie de nous, que quoiqu'on fasse, ils seront toujours là. Ils sont la terre sur laquelle nous construisons nos fondations, nous bâtissons notre vie. Ils sont notre étoile du Nord, quand nous nous perdons. Et ils sont cette petite voix dans notre cœur… Ils sont toujours là. On a beau essayé de s'en éloigner, de les effacer, de les oublier… Ils sont là. Toujours… Et pour Kate, cette personne, c'est vous
- - Vous êtes sûre ?
- - Pas vous ?... Aller, c'est l'heure de votre vol. Allez la chercher et ramenez-là chez nous
- - Ça ne va pas être facile
- - N'est-ce pas les choses les plus difficiles à avoir qui sont les plus importantes ?
- - Vous savez que vous êtes une amie formidable ?
- - Alors évitez de m'avoir comme ennemie
- - Vous n'êtes pas obligée…
- - Ça me fait plaisir. Et puis, vous avez raison
- - Ah, oui ? A quel sujet ?
- - Milosz. On doit avoir une discussion
- - En effet. Je pense que c'est nécessaire. Mais je pourrai…
- - Non, ma sœur. C'est à moi de le faire. Je suis sa mère. Même s'il ne m'appelle pas « maman »
- - Ça viendra un jour. Vous verrez
- - Ça ne me pose aucun souci. Il peut m'appeler Kate… Je sais que c'est nouveau pour moi…
- - Je trouve que vous vous débrouillez très bien
- - Pas cette fois. Il n'aurait pas dû voir que quelque chose n'allait pas
- - Un enfant devine pas mal de chose. Sans qu'on lui dise
- - Et c'est ça le problème. Il a compris.
- - Apparemment vous aussi
- - Je dois lui expliquer que ce qui m'arrive ne le concerne pas
- - Plus facile à dire qu'à faire
- - Je sais
Il détacha sa ceinture.
Durant tout le vol, il avait repensé à ce que lui avait dit Michèle.
Il se leva, attrapa son sac et quitta l'appareil
Une fois les contrôles passés, il quitta l'aéroport.
- - Vous parlez anglais ?
- - Bien sûr ! Où voulez-vous aller ?
- - A cette adresse, répondit-il en tendant le papier que lui avait donné Michèle
- - Ok !
L'homme mit son compteur en route et démarra
