Je me réveille sur le canapé et sens une présence assise dessus. Une discussion agite la pièce et j'écoute attentivement.

- Jack, arrête de t'en faire ! soupira Raiponce. Elle devrait se réveiller dans pas longtemps.

- Combien de temps ? demanda-t-il.

J'entends les soupirs lasses de tous et sens le pouce de Jack passer sur ma main, qui est tenue dans la sienne. J'y réponds d'une légère pression et aussitôt, il s'exclame :

- Elle est réveillée !

J'ouvre les yeux mais ne vois rien car tout est caché par une touffe de cheveux blancs. Jack m'enlace de ses bras musclés et je lui rends son étreinte avec force.

- Enfin ! s'écria Harold.

Jack me relâche en rougissant, ce qui lui est rare, et je me tourne vers les autres avec un regard interrogateur.

- Il a suffit que tu le murmures une fois ! commença Anna.

- Une seule petite fois ! ajouta Kristof.

- "Je t'aime, Jack", expliqua Astrid.

- Rien que ça ! ajouta Josh.

- Et il est parti dans ses interminables questions ! s'exaspéra Eugène.

- Sans arrêter une seule fois ! continua Harold.

- "Elle va se réveiller, hein ?", imita Mérida.

- "Raiponce, tu es sûre que ça a bien fonctionné ?", dit la concernée.

- "Vous pensez qu'elle se réveillera dans combien de temps ?", compléta Eugène.

- "Et si elle était blessée autre part ?", récita Harold.

- "On l'aurait pas vu et ce serait foutu !", ajouta Anna.

- Prochaine fois que tu parles pendant ton sommeil, je t'égorge ! me menaça Josh.

Waw, ils ont vraiment l'air exaspérés ! Je regarde Jack, surprise, et il baisse la tête, apparemment honteux.

- Jack, c'est vrai ? m'étonnai-je.

- Heu... oui, avoua-t-il.

Je lui prends le visage dans les mains pour l'obliger à me regarder et murmure :

- Je t'aime, Jack.

Sur ces mots, je l'embrasse doucement. Je suis tellement attendrie qu'il se soit ainsi inquiété pour moi. Les autres soupirent encore mais je ne m'en préoccupe plus. Lorsque je décolle mes lèvres de celles de Jack, je le reprends dans mes bras et souffle un bon coup, soulagée.

- Bon, maintenant que tu as fini, laisse-la moi, dit Anna.

Je me retire de l'étreinte de Jack pour la regarder mais Jack me reprend contre lui, possessif, ce qui amuse tout le monde.

- Non ! refusa-t-il.

Je souris et il m'allonge sur ses jambes comme un bébé, ce qui fait que j'éclate de rire accompagnée des autres sauf Anna et lui.

- Rends-moi ma soeur ! exigea-t-elle.

- De toutes façons, elle a avoué que j'étais son préféré, frima-t-il.

- N'importe quoi, je suis sa soeur, je te rappelle, s'exclama-t-elle. Le même sang coule dans nos veines !

- Techniquement, non, car le sang se renouvelle continuellement, expliqua Jack. Alors que nous, on pourrait dire qu'on a le même sang vu que l'isitis de glace y coule tout le temps.

Alors là, il a fait fort... Aller jusqu'à dire que je ne suis pas vraiment liée à ma soeur mais bien à lui. Waw ! Ma cadette se renfrogne et abandonne tout espoir, car Jack est presque aussi têtu que moi. J'ai dit "presque".

- Sinon, comment tu t'es faite tirée dessus ? questionna Harold.

Je tourne la tête vers lui et il semblerait que toutes soient tournées vers moi.

- Franchement ? J'en ai aucune idée, avouai-je.

- Waw, t'as fait fort ! s'exclama Josh.

Ouh... Cette phrase porte à croire que c'est moi la coupable, en mode "Tu es une incapable". Hors de question que je laisse passer ça. T'as pas intérêt.

- Oui, j'ai fait fort, admis-je, mais je te rappelle que vous seriez encore dans vos cellules si j'avais pas fait fort !

Son visage se décompose et il n'ajoute rien. Bien, ferme ta gueule. Un long silence s'installe durant lequel tout le monde se fixe, et Jack le rompt.

- J'ai faim, déclara-t-il.

Je le regarde avec de gros yeux et les gars explosent de rire tandis qu'il me lance un regard plein d'espoir.

- Mais t'es vraiment un morfal ! m'écriai-je.

- Je t'ai dit que ma croissance n'est pas terminée ! se défendit-il.

- C'est qu'il y a de l'espoir ! lâcha Eugène.

Tout le monde éclate de rire et Jack blanchit de colère tandis que je suis partagée entre l'hilarité et l'indignation. Je choisis cette dernière.

- Hey ! Jack est très grand ! protestai-je.

- Pour un Hobbit, très certainement ! consentit Harold.

- Donc pour toi ! ajouta Anna à mon intention.

Je me joins à Jack dans le blanchissement de peau et il me porte sur ses genoux tandis que je râle un peu. Les autres n'ont pas fini de rire et je m'appuie sur le torse de Jack de soupirant.

- Jack ? demandai-je.

- Oui ?

- On pense à la même chose ?

- Un muffin ?

Je désespère vraiment, là !

- Non, je parlais de leur foutre de la neige dans le dos, expliquai-je.

- Bonne idée.

Les autres n'ayant pas entendu notre petit échange à cause de leur rire, ils ne réagissent que lorsque nous faisons tomber un tas de neige dans le dos de chacun. Ils se mettent à courir partout sous nos rires et je tape dans la main de mon mec.

- Des Hobbits, certes, mais des Hobbits redoutables ! s'exclama-t-il.

Nous continuons à rigoler de la tête des autres le temps qu'ils entrent tous dans leur chambre pour se changer.

- Bien joué, Meri, me félicita-t-il.

- Beau boulot, Pipin, lui retournai-je.

Nous rions encore et remarquons que les autres ne reviennent pas. Je dis à Jack :

- Je pense qu'ils ont pris peur.

- Pff, bande de chochottes... murmura-t-il.

- Au moins, on est tranquilles, déclarai-je.

- Ouais, mais tu vas aussi devoir te changer.

Je lui lance un regard interrogateur et il pointe mon ventre. Je comprends quand je vois la tâche de sang sur mon t-shirt et relève les yeux vers lui, dont le regard est tendre.

- Tu m'as fait flippé, m'informa-t-il. Quand t'as fermé les yeux... je... j'ai cru que tu allais mourir...

- C'est ce qui serait arrivé sans Raiponce, déclarai-je.

Il soupire de soulagement et me reprend dans ses bras. Sans Raiponce, je ne serais plus de ce monde. Et pas que les blessures : sans elle, je serais encore à l'orphelinat, congelée à cause du deuil de mes parents.

- Bon, je vais me laver, déclarai-je.

Je me sépare de Jack et pars pour la salle de bain afin de me décrasser. Je me change d'un simple pyjama avant de rejoindre Jack dans la chambre. Celui-ci part se préparer à son tour pour ce qu'il reste de la nuit et je m'allonge déjà dans le lit en cherchant le sommeil, qui ne vient que lorsque Jack me prend contre lui. Je pense que c'est un soulagement pour tout deux de me savoir en vie, car je ne pourrais le laisser, l'abandonner.

- DEBOUT LÀ-DEDANS, ON A UNE GROSSE JOURNÉE QUI NOUS ATTEND !

Je me réveille en sursaut et vois Jack surpris, lui aussi. Je crie, il crie, alors je re-crie, donc il re-crie, et nous tombons chacun de notre côté du lit. L'enfoiré nous ayant réveillé se paie notre tête et je me relève difficilement pour voir que cet enfoiré n'est autre qu'Harold. J'enlève l'élastique de mes cheveux pour refaire ma tresse en bougonnant tandis qu'il explique la raison de sa malheureuse venue.

- Les South ont appelé, ils ont besoin d'aide.

Je ne réponds pas, Jack non plus, et Harold ressort dans le couloir.

Nous avons dû trouver un autre QG que les frères South car nous aurions été trop nombreux, mais nous gardons toujours contact avec eux. Si nous sommes en trop grosse difficulté, nous nous appelons pour demander de l'aide. D'ailleurs, nous aurions pu le faire, hier...

Je fixe l'emplacement où Harold se tenait d'un air rageur et entends Jack murmurer :

- Enfoiré...

Ouais, exactement. Je finis ma tresse et il me regarde en forçant un sourire.

- Prochaine fois, on lui gèle les couilles, déclarai-je.

- Ok pour moi, accepta-t-il.

Cette fois-ci, nous sourions réellement et je vais chercher des affaires dans l'armoire pour lui lancer ses habits par dessus le lit. Nous nous habillons avant de rejoindre les autres dans la cuisine et Harold réprime un sourire en nous voyant arriver.

- Tu refais ça, je te tue, le menaçai-je en m'assoyant à côté.

- Je prends le risque, ça en valait la peine ! ria-t-il.

Je lui donne une tape peu amicale sur l'épaule et il se la masse tandis que je me tourne vers les autres en prenant un croissant.

- Qu'est-ce qu'ils ont ? demandai-je. Les South.

- Ils ont un problème, leur trois aînés ne sont pas revenus de leur mission, il y a trois jours, et ils n'ont toujours pas de nouvelles, expliqua Astrid. Deux d'entre eux sont allés pour les chercher et eux non-plus ne sont pas revenus. Ils demandent notre aide.

- Le temps que je finisse mes Kellogg's et on y va, déclara Jack.

Nous rions et après que le morfal ait fini de manger ainsi que moi, nous prenons nos armes pour aller au QG des South. Jack paraît heureux de réutiliser sa voiture car il n'en a plus eu l'occasion depuis la course poursuite. Nous partons à l'autre bout de la ville et débarquons chez les South après quelques minutes. Nous trouvons ce qu'il reste de la fratrie dans le salon, et lorsqu'ils nous voient arriver, ils lèvent tous les yeux en même temps avec des regards désespérés.

- Salut tout le monde, hésitai-je. Qui n'est pas là ?

Oui, il faut enchaîner.

- Kilian, Emery et David étaient partis les premiers, expliqua celui que je pense être Ted. Laurent et Bart étaient sensés faire des recherches mais ne sont pas revenus et on s'inquiète beaucoup.

- Ok, vous avez déjà prévu un plan ? demanda Harold.

- Ben c'est ce qu'on cherchait, répondit Philippe. Je vous en prie, faut nous aider.

Je hoche la tête et m'approche de la table, sur laquelle je pose mes mains en scrutant les visages de chacun.

- Quelle était leur mission ? interrogeai-je.

- Ils étaient sensés aller sauver des otages près de l'aéroport, dit William.

- Vous avez des informations sur ce sauvetages ? demanda Raiponce.

- Genre quoi ? s'étonna Colin.

- Genre un enregistrement, un dossier sur la mission ou des photos, expliqua Harold.

Je vois Jeff et Shun se regarder et hocher la tête avant que Shun ne se lève et dise :

- On pourrait peut-être essayer d'analyser la bande son de leur micro avant la perte de contact.

Je jette un coup d'oeil à Harold et celui-ci m'en fait un en hochant la tête pour dire que c'est possible. Il s'avance vers Shun et ce dernier conduit Harold dans une autre pièce, suivit de Jeff. Ok, ce sont eux, les geeks du groupe.

Je me tourne vers le reste du groupe et aperçois Loriot poser un dossier bleu sur la table de la salle à manger, où nous sommes tous réunis.

- C'était le plan pour la mission, expliqua-t-il.

Il l'ouvre et je vois un schéma détaillé d'une certaine partie de l'aéroport, qui est maintenant abandonné.

- Ils étaient sensés passer par ce conduit pour arriver à la salle des départs. Là, Kilian devait occuper les bloody scar, Emery devait assurer la sécurité et David libérer les otages qui étaient restés enfermés dans les toilettes pour femmes. On a d'abord plus reçu de réponse de David, puis un cri à été entendu dans l'appareil de Kilian, mais c'était pas le sien, je pense que c'était celui d'Emery, mais son appareil était déjà coupé. Puis ça s'est gâté autour se Kilian et plus rien. Les oreillettes étaient déconnectées et les caméras ont été brisées. Le lendemain, toujours pas de nouvelles, on a envoyé Laurent et Bart pour voir s'il y avait des traces, un mot ou indice, quoi que ce soit qui puisse nous aider à les retrouver, mais eux aussi ont subitement disparus.

J'écoute attentivement et Eugène déclare :

- C'est que l'aéroport n'est plus sûr, il doit y avoir un petit groupe qui squat. À mon avis, ils ont kidnappé Kilian, Emery et David pour vous y attirer en chaîne et tous vous capturer. Vous avez bien fait de nous appeler, on a déjà eu une fois ce genre de situation.

- Sérieux ? s'étonna Ted.

- Ouep, acquiesçai-je. C'était à Minneapolis, Jack, Kristof, Astrid et Josh n'étaient pas encore là.

- Il y avait de soi-disant rebelles cachés dans l'église, continua Anna. Peter et Harold étaient allés voir mais ils se sont fait capturés. Plus tard, Elsa, Mérida et Eugène ont été voir et Raiponce et moi, on a remarqué sur leur caméras arrière qu'il y avait plusieurs bloody scar cachés dans l'église alors que Pet' et Harold étaient tranquillement exposés en appâts près de l'autel.

- Heureusement, elles nous ont avertis à temps que c'était un piège, narra Mérida. On a su se défendre mais... pas tous. Harold avait un couteau sur lui, mais pas Peter parce qu'il savait voler donc il avait jamais besoin de ce genre d'arme. Sauf cette fois-là...

Mes yeux se mettent alors à picoter tandis que ceux qui étaient là lors de l'événement me jette des regards en biais. Je fais de mon mieux pour garder mon calme, mais cette scène restera gravée à jamais dans ma mémoire.

- Et qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Colin.

Les autres hésitent à le formuler mais je me tourne vers lui et déclare d'une voix chevrotante :

- Il a été tué. Tout est de ma faute.

- Elsa, c'est pas vrai... essaya Eugène.

- Si, l'interrompis-je. Si, c'est de ma faute. J'ai lancé un couteau contre le mur derrière parce qu'il reculait et que je me disais qu'il allait l'attraper pour tuer le bloody scar qui le menaçait, mais j'ai été trop bête. Le bloody scar ne lui a pas laissé le temps de reculer assez et lui a tiré dessus. Si j'avais tué moi-même le bloody scar, ça n'aurait pas causé de problème. Il serait encore en vie à l'heure qu'il est.

Je me tais par la suite mais repense à cet instant, cet instant qui m'a fait sombrer dans la dépression durant un mois entier.

FLASHBACK

- PETER ! hurlai-je en le voyant s'effondrer sous les balles du bloody scar.

Je tire sur ce dernier en me précipitant vers mon petit ami, qui commence à baigner dans son sang. Les murs se recouvrent de glace tandis que les combats s'achèvent et que je pose la tête de Peter sur mes genoux en retenant les sillons de larmes qui menacent de s'allonger. Le rouquin agonise et j'essaie de le calmer.

- Ça va aller, Peter, assurai-je, la voix chevrotante. On a te soigner, Raiponce va arriver... Je suis désolée, Peter... Ça va aller, ça va aller, tu vas t'en sortir...

Je continue ainsi mes murmures et il calme sa respiration saccadée pour me chuchoter :

- Elsa... j-je... je t'...

Il ne termine pas sa phrase et ferme les yeux pour la dernière fois. Je le secoue pour le réveiller, mais rien.

- Non, Peter, reste avec moi ! criai-je. Peter, je t'en supplie ! PETER !

Une tempête de neige s'élève dans la bâtisse tandis que je supplie mon amour de revenir. Mais il ne m'entend plus. Il est déjà parti. Il est déjà mort.

FIN DU FLASHBACK

- Tu n'y es pour rien, raisonna Anna.

- Bon, on prévoit un plan ou on s'attarde sur un fantôme ? éludai-je.

Tous se jettent des regards entendus et nous entamons une stratégie pour récupérer les cinq frères kidnappés. Le sauvetage est prévu pour le lendemain, et nous retournons donc à notre QG après une journée de préparation.

Je finis de m'habiller et remarque que Jack semble hésitant à parler de quelque chose, assis sur le lit à me contempler d'un air tracassé.

- Jack, qu'est-ce qui ne va pas ? demandai-je.

Il baisse les yeux mais finit par dire :

- Aujourd'hui, quand... hésita-t-il, quand tu as parlé de Peter... Tu étais encore... Est-ce que tu l'aimes toujours ?

Cette question me surpris, mais je répondis tout de même :

- Non, je ne l'aime plus. Et si tu te poses la question, je ne sortirais plus avec lui s'il était encore en vie, parce que je t'aime toi, et bien plus que je ne l'aimais. C'est normal que je sois encore sensible à cette histoire, parce qu'il est mort dans mes bras, et que j'aurais pu empêcher ça ! Mais je ne l'aime plus, je t'aime, plus que ça ne devrait être autorisé, alors ne t'en fais pas.

Il vient me serrer dans ses bras, rassuré, et je soupire de soulagement.

- Je suis l'homme le plus chanceux du monde, déclara-t-il.

- Je t'aime plus que tout.

Nous restons debout dans les bras l'un de l'autre longtemps et finissons par nous séparer pour aller dormir. Demain sera une rude journée.