En réponse à la review de Manon : Merci beaucoup pour ta review! J'étais très contente en la lisant, elle était encourageante. Elle m'a faite plaisir ! En espérant que tu suivras jusqu'au bout l'histoire de ces quatre cousines un peu déjantées, car oui, je compte bien aller jusqu'au tome 7 et même plus. Merci à toi !
Chapitre 53 : Un conflit, une rupture, un pardon et un coup de foudre
Guillaume entra dans la Grande Salle plongée dans le noir. Quelques lampes étaient encore allumées faiblement mais seule la Coupe de Feu éclairait véritablement, de sa flamme bleue, la pièce où tous les élèves s'étaient rassemblés. Le grand moment était venu. Après que tous les courageux eussent osé mettre leur nom dans la coupe, le moment où l'on connaîtrait les trois champions de Poudlard, Beaubâton et Durmstrang, était arrivé. Le garçon s'installa avec Malcom Baddock et Graham Pritchard sur ses talons. Les élèves autour d'eux semblaient très agités. Ils voulaient connaître les champions sans plus tarder afin que le tournoi puisse commencer dans les plus brefs délais. Guillaume restait plutôt calme, non pas que ce Tournoi des Trois Sorciers ne lui plaisait pas, bien au contraire, mais plus parce qu'il ne trouvait pas de réjouissance à se comporter comme… sa cousine Léa, par exemple. Le gamin baissa la tête, ayant soudainement une obsession pour le bois poli de la table, lorsque cette dernière lui adressa un grand signe de la main. Non, il ne l'avait pas vu, surtout pas. Malcom et Graham restaient aussi calmes, ne prêtant pas grand intérêt à toute l'agitation de cette Grande Salle.
« Tout ça devient ridicule, soupira Graham.
_Je suis bien d'accord. » Répondit le jeune Clerwood dans un soupir.
Sa sœur arrivait justement, bras dessus, bras dessous, avec son amie Nono. Toutes les deux semblaient contenir leur excitation. Guillaume remerciait Merlin de lui avoir donné une sœur convenable, lorsqu'il l'entendit couiner alors que les lumières s'éteignaient complètement. Sa sœur, ou plutôt la godiche qui avait un quelconque lien de parenté avec lui, avait oublié toutes bonnes formes de bienséance dans le noir, éclairé faiblement par l'unique flamme bleue de la Coupe de Feu. Marion et Nono n'étaient pas bien loin des trois jeunes garçons. Et Guillaume les entendait ! Il les entendait couiner, glousser, ricaner, chuchoter – ou plutôt parler à voix haute en ayant l'impression de chuchoter, c'était typiquement sa sœur tout craché ! – et même se pincer la peau lorsqu'elles étaient au bord de l'euphorie. Le jeune frère ne put s'empêcher un soupir. Qu'il avait honte dans ces moments-là ! Mais il était temps de connaître leurs trois champions.
Le professeur Dumbledore s'avançait justement vers la flamme. La Grande Salle se plongea dans un long silence. Ils attendaient le dénouement de cette attente. Cette attente qui leur révèlerait les champions du tournoi. La flamme bleue était étincelante, presque hypnotique pour les élèves qui attendaient désespérément. Elle brûlait au creux de la coupe faite en métal, aussi haute qu'un homme, lorsqu'elle vira au rouge. Il y eut un sursaut parmi quelques élèves qui ne s'attendaient à un tel changement de couleur. Comme lorsqu'elle aspirait les parchemins des élèves où étaient inscrits leurs noms pour le tournoi, elle vacilla, s'intensifia, puis un morceau de parchemin en sortit. De la table des Serpentard, Guillaume vit le parchemin redescendre gracieusement et lentement dans la main de Dumbledore. Il y eut un nouveau grand silence durant lequel le directeur lisait ce parchemin.
« La championne de Beaubâton est Fleur Delacour ! » S'écria-t-il.
La jeune femme se leva parmi toutes celles de Beaubâton qui l'acclamaient et l'applaudissaient. Pleine de grâce et de sûreté, toute souriante et beauté, elle s'avança jusqu'à Dumbledore et lui serra la main avant de se placer au côté de la Coupe de Feu qu'elle la remercia du regard.
La coupe fit émerger un nouveau parchemin qui tomba lourdement dans les vieilles mains ridées du directeur de Poudlard. Les agitations qui avaient reprises avec la nomination de Fleur cessèrent tandis qu'il dépliait le parchemin.
« Le champion de Durmstrang est Viktor Krum ! »
Une montagne se leva au milieu des autres élèves de Durmstrang. Viktor Krum s'avança jusqu'à Dumbledore avec toute la sûreté et la confiance d'un champion. Deux des champions avaient été choisis. Beaubâton et Durmstrang avaient leurs champions qui participeraient au tournoi. Il n'en manquait plus qu'un, celui de Poudlard. Les élèves se regardèrent entre eux. Les paris avaient été faits dans toutes les maisons. On pariait beaucoup sur Angelina Johnson, poursuiveuse à Gryffondor.
La flamme devint rouge. Dumbledore tendit la main comme s'il réclamait le parchemin. Des flammes rouges jaillirent un morceau de parchemin découpé avec soin qui tomba sûrement dans les mains du vieux directeur. Comme s'ils espéraient voir eux-mêmes le nom du leur champion, les élèves tendaient le cou et essayaient de se grandir. Leur attente fut terminée lorsque le directeur s'écria fou de joie :
« Le champion de Poudlard est Cedric Diggory ! »
La Grande Salle qui comptait une majorité d'élèves de Poudlard éclata. Les élèves tapaient du poing sur les tables, des pieds sur le sol, et hurlaient le nom de leur champion. La table des Poufsouffle produisait un vacarme dans toute la salle, elle en produisait plus que les trois autres maisons au complet. Manifestement, certains Serpentard n'étaient pas satisfaits. Juliette échangeait des regards avec ceux qui étaient attablés près d'elle, interloquée par leurs éclats de joie.
« Non mais c'est une blague ? » Soupira-t-elle avec un sourire non pas de joie mais d'incompréhension et avec une touche de moquerie.
Au milieu de tout ce bruit, personne ne pouvait l'entendre. Mais Guillaume la voyait très bien et il souriait. La joie se lisait sur tous les visages. Dumbledore lui-même semblait ne pas arriver à contenir ses émotions. Léa était debout, applaudissant de toutes ses forces et hurlait le nom de son champion. Colin, assis à la table des Gryffondor, lui tirait sur sa chemise pour l'inciter à se rasseoir mais celle-ci ne lui prêtait que peu d'attention.
« BRAVO ! » Hurla-t-elle lorsque Cédric passa dans la rangée pour remercier toutes les acclamations des élèves.
Tout gêné, il lui lança un demi-sourire avec une tape sur l'épaule lorsqu'il passa. Léa restait alors immobile, la bouche et les yeux grands ouverts dans une expression d'euphorie. Elle se tourna lentement, dans cette même expression vers sa cousine.
« Il m'a touché… Dit-elle dans un souffle, sa puissante voix subitement envolée. Touche mon cœur ! »
La jeune fille prit le bras de sa cousine pour le placer vers son cœur. Louise sentait très bien les battements accélérés qui illustraient l'état dans lequel Léa se trouvait.
Élise et Charlotte la regardaient jalousement car contrairement à elle, les deux fillettes étaient passées inaperçues au milieu de tous ces cris. Par-dessus, l'épaule de Louise, Léa leur tira la langue avant d'éclater de rire, sûrement devenue folle par la tape du champion sur son épaule. Elle la sentait encore comme si sa main était restée posée sur son épaule.
Toute cette joie disparue lorsque la flamme de la Coupe de Feu vira à nouveau au rouge. Tous les élèves tournèrent la tête dans un même temps pour regarder cette étrangeté. Un nouveau parchemin émergea des flammes. Le Tournoi des Trois Sorciers accueillait un nouveau champion. Ce quatrième parchemin tomba comme une fatalité entre les doigts de Dumbledore qui ne semblait plus rien comprendre.
« Harry Potter ! » Appela-t-il après avoir lu le parchemin.
De la même façon où toutes les têtes s'étaient tournées vers la coupe lorsque ses flammes avaient viré de nouveau au rouge, cette fois-ci toutes les têtes se tournèrent vers le Gryffondor assit au fond de la Grande Salle, avec ses deux amis, Hermione et Ron. Contrairement aux exclamations qui avaient éclaté lorsque les trois champions avaient été appelés, un grand silence lourd tomba dans la Grande Salle. Léa s'était rassise, son humeur de folie l'avait abandonnée et elle regardait comme tous les autres, le Gryffondor qui semblait se tasser dans l'obscurité. Il se leva finalement, poussé par Hermione. Désorienté et complètement perdu, il regardait autour de lui, tous les visages, tous les élèves, comme s'ils lui semblaient inconnus. Il était un inconnu qui venait d'atterrir dans cette pièce et qui malgré lui devait marcher jusqu'à Dumbledore. Invisible, il aurait aimé bien l'être.
Difficilement, il arriva jusqu'au directeur. Ce silence lourd semblait s'épaissir, il rongeait chacun des élèves, les laissait stupéfaits et dans l'incompréhension. Dumbledore tendit le parchemin à l'élève qui sursauta en reconnaissant son nom dessus. Il était le quatrième champion du Tournoi des Trois Sorciers. La Coupe de Feu avait choisi.
Comment une telle histoire s'était-elle produite ? C'était ce à quoi songeait Juliette, allongée dans les couvertures de son lit. Harry Potter, le champion de Poudlard ? Qui était le meilleur entre Potter, le balafré, le pédant, et Diggory, le blaireau des blaireaux ? Juliette maudissait de tout son cœur ces deux « champions » comme les appelait-on désormais. *Des champions ? Ces deux ratés ? Champions des champignons, oui !* Elle était exaspérée. Ce tournoi ne lui plaisait plus. Elle n'était plus pour Poudlard. Il était évident qu'ils tomberaient tous deux face aux deux autres champions de Durmstrang et Beaubâton. La force de Krum et la rigueur Fleur saurait les tirer des trois étapes pour les mener l'un à l'autre jusqu'au trophée qu'ils se le battraient entre eux. Loin derrière, sûrement hors jeu, et ayant abandonné le tournoi, Diggory et Potter ne sauraient que leur porter honte. Non, Juliette ne supporterait pas Poudlard dans ce tournoi ! Rageusement, la jeune fille tira les couvertures pour s'enfoncer dans les profondeurs de son lit rempli de chaleur.
Elle savait que ces évènements ne dérangerait pas sa cousine qui après avoir lu quelques chapitres de son livre, s'était couchée. Sûrement se posait-elle des questions dans son lit face à celui de Juliette. Mais sûrement pas les mêmes que celles de cette dernière. Sûrement des questions sur son étrange affaire avec Claude. Juliette non plus n'y comprenait pas grand-chose au comportement du garçon qui était pourtant l'un des meilleurs amis de sa cousine, mais elle ne s'en souciait guère. Et elle aurait seulement aimé que Marion en fasse de même pour elle. Ne pas se soucier de ses histoires et laisser Juliette les régler seule.
Léa devait sûrement dormir sur ses deux oreilles. Juliette devinait que la nomination de Potter ne devait pas beaucoup la déranger puisqu'elle l'appréciait. Elle devait sans aucun doute songer à Diggory, elle. La jeune fille savait que Léa devait avoir le cœur tout chamboulé après celui-ci l'eut touchée à l'épaule. Bien que ridicule, ce comportement faisait sourire Juliette sous ses couvertures. Léa… sa cousine qui voyait tout sous un second degré, qui avait de l'humour à revendre et un cœur sur la main. Insouciante à tous les problèmes qui pouvaient se poser sur son chemin. Peut-être devait-on tous être insouciants et faire la sourde-oreille aux obstacles ? Puis passer son chemin simplement en riant.
En revanche, Juliette savait que Louise se posait les mêmes questions qu'elle. La jeune fille remerciait parfois Merlin de lui avoir offert une cousine aussi ludique que Louise. Au milieu des deux folles, hystériques, qui ne savaient pratiquement que sourire et rêver, elles savaient se poser les questions. Juliette imaginait bien Louise se tourner dans son lit en se posant plusieurs questions sur les récents évènements plutôt étranges. Elle savait déjà que parmi elles, sa cousine devait surtout se demander pourquoi un quatrième champion pour le Tournoi des Trois Sorciers ? De toute façon, il ne fallait pas aller chercher bien loin, Potter ramenait toujours les ennuis.
Peut-être était-il né pour ça ? Un don inné qui attirait toutes les étrangetés du monde. Après tout, depuis qu'il était entré à Poudlard, couvert de gloire parce qu'il avait soi-disant vaincu le plus grand mage noir de tous les temps, nombreux évènements pour les moins étranges c'étaient produits. Pourquoi Potter faisait-il donc parti du tournoi ? Comment avait-il réussi à mettre son nom dans la coupe sans se faire repousser par la limite d'âge tracée par Dumbledore lui-même ? Qu'est-ce qu'il espérait y faire au tournoi ?
Le lendemain, Marion et Nono entraient dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Il y avait un grand silence inhabituel qui y régnait et pour cause, Potter mangeait seul ses toasts à la table des Gryffondor. Sans vraiment s'en soucier, les deux vertes rejoignirent la table des Serpentard. Au centre de la table, Lisa et Daphné étalaient leur journée de la veille tout en gloussant parce que Blaise et Drago semblaient les écouter. Les deux amies prirent place vers Pansy et Millicent, non loin de Claude et Théodore. On n'entendait que Lisa qui gloussait et ricanait tout en posant un coude sur l'épaule gauche de Blaise. Pansy remuait sa cuillère dans sa tasse de thé et Millicent mordait dans son toast de miel. Nerveusement, Marion se racla la gorge tout en prenant le pot de confiture qu'elle commença à étaler de sa cuillère sur son toast. Nono demanda dans un murmure à Millicent de lui passer le thé. Marion mordit dans son toast. Un coulis de confiture s'échappa de son toast pour glisser au coin de ses lèvres. Rapidement et le plus discrètement possible – en sachant que la discrétion n'existait pas chez elle – la jeune fille attrapa sa serviette pour s'essuyer. *Personne n'a rien vu, non personne.* Espérait-elle secrètement. Malheureusement, Pansy avait le regard fixé sur les lèvres que la jeune fille essuyait. *Qu'est-ce qu'elle veut celle-là ? Elle me fait peur à fixer ma bouche comme ça… Merlin, si ça se trouve elle veut m'embrasser !* Paniquait-elle intérieurement.
Elle reposa par la suite sa serviette et entreprit tourner sa cuillère dans sa tasse de thé pour éviter que tout ne retombe dans le fond lorsqu'elle remarqua une tâche de confiture près du col de sa chemise. *NOOOON ! La pire chose qui pouvait m'arriver est arrivée ! Qu'est-ce que je fais ? Un sortilège ! Il me faut un sortilège pour nettoyer tout ça, au plus vite.* Pourvu que Nono puisse se dépêcher de manger tous les toasts qu'elle s'était préparée. Evidemment, les deux jeunes filles allaient encore être juste à l'heure pour les cours et si Marion voulait retourner dans les dortoirs pour chercher un sortilège, elle n'aurait pas le temps d'attendre que Nono mange à sa vitesse habituelle. Alors discrètement –non, la discrétion n'existait toujours pas chez Marion, ça n'avait pas changé en deux minutes – elle rabattit la robe de son uniforme aux couleurs de Serpentard sur son col. Ce n'était pas un style que l'on pouvait nommer comme stylé. En effet, l'une des manches tombait sur l'épaule de la jeune fille tandis que l'autre était étrangement bien remontée jusqu'à la nuque.
« Bon, on y va. » Annonça Pansy de sa petite voix aigue et fluette qui pouvait passer pour nunuche.
Celle-ci et Millicent se levèrent de table. Marion jeta un coup d'œil à la grosse horloge placée derrière la table des professeurs. En effet, les cours allaient commencer dans dix petites minutes environ et Nono n'avait toujours pas fini ses toasts. Si la cousine souhaitait nettoyer sa chemise, il fallait que son amie passe la vitesse.
« Nono… Commença-t-elle.
_Hey, salut ! »
La verte ne termina pas sa phrase. Elle dévisagea Claude qui venait de se rapprocher avec le départ de Pansy. A présent, Marion avait plus qu'envie que Nono ne se dépêche. Elle adressa un faible sourire assez froid au jeune garçon puis partit dans la contemplation de ses ongles qui se dédoublaient sans arrêt. *Il faudrait que je pense à mettre du durcissant.* Se dit-elle toujours en regardant ses ongles.
« Alors, ça va ? » Demanda nerveusement Claude qui sentait la froideur de la jeune fille.
*Qu'est-ce que je fais ? Je l'envoie bouler ? Non, non, du con, je vais très bien. En fait, il est vraiment trop nul. Peut-être beau mais de la semoule dans le cerveau, de quoi faire un Couscous.* Il était évident qu'il attendait une réponse et une réponse plutôt positive qui permettrait de partir dans une conversation. Il attendait d'elle qu'elle réponde par une longue phrase pour meubler la conversation. En face, Nono avait cessé de manger ses toasts et son regard passait de Marion à Claude comme un pendule.
« Oui. » Répondit simplement la cousine sans même oser le regarder – ses ongles étaient tellement passionnants.
Comprenant alors qu'elle n'avait aucune envie de lui parler, Claude poussa un soupir d'exaspération qui arriva droit dans l'oreille de Marion, tel le sifflement d'un serpent. Lorsqu'il quitta la table avec Théodore tout en lançant des remarques destinées indirectement à la jeune fille, elle releva enfin le regard.
« Alors là, t'as trop bien joué, la félicita Nono. Tu l'as trop remis à sa place, d'ailleurs il râlait après preuve que tu l'agaces. C'est bien, ça. Il faut qu'il comprenne que ce n'est pas le centre du monde.
_C'est pour ça que je faisais genre qu'il m'énervait, qu'il ne me faisait rien.
_Ouais, c'est bien ça ! Je suis fière de toi.
_Oui et moi je serais fière de toi si tu accélérais ! Au cas où tu n'aurais pas remarqué, je me suis tâchée à la chemise et j'aimerais bien pouvoir aller dans les dortoirs pour un sort ! »
Nono se hâta d'engloutir ses toasts et son thé dans sa tasse avant de partir au pas accélérés avec Marion vers les cachots.
Colin et Léa étaient dans le parc, face à face, le vent soufflant fort sur eux, tels Catherine et Heatcliff des Hauts de Hurle-Vent. Tous deux s'étaient arrêtés sur un rocher planté au milieu de cette verdure. Et ils parlaient. Ils se racontaient leurs anecdotes d'une quelconque importance, l'essentiel était qu'ils parlaient. De tout et de rien, ils parlaient trop mais c'étaient eux. Ils étaient ainsi considérés comme les deux grands hystériques de Gryffondor. D'ailleurs, ils étaient même l'un des couples que les rouges préféraient. Dans les discussions de commérage, il n'y avait que des éloges qui leur étaient faites. C'était un couple qui s'assemblait et qui s'entendait bien. De plus, qui durait ! Presque huit mois qu'ils étaient ainsi ensembles. C'étaient bien rares pour des gamins comme eux. Mais les faits étaient que la folle hystérique et le photographe surexcité formaient un beau couple.
Leur conversation passait du cours de sortilège, à la grand-mère de Colin, à ses parents moldus, aux parents de Léa, aux Serpentard, au tournoi, jusqu'à enfin arrivé à leur chouette – il ne faut pas chercher les liens logiques. Ils se parlaient ainsi tout un après-midi, s'embrassant de temps à autre mais leurs besoins de parler, toujours parlé, parler pour rien, étaient irrésistibles. La nature les avait fait tel quel.
« Je ne voudrais pas dire mais mon Pigeon est quand même mieux que l'ancienne chouette de Ron, se vantait Léa en parlant de sa chouette. Elle n'atterrit pas dans les chips, elle. Mais elle veut toujours manger, hululer…
_Comme toi, ricana Colin.
_C'est ça, on me l'a déjà faite celle-là. Au fait, je ne sais pas si tu as remarqué mais je ne me suis pas faite collée de la semaine.
_C'est bien, répondit Colin qui s'en fichait un peu. T'es une bonne fille, tu vas bientôt finir fayotte de la classe comme la Astéria Greengrass, hein ?
_Pff… Pauvre fille, vraiment. Rien dans le crâne à part aller s'excuser au prof d'histoire lorsqu'elle a un Acceptable en devoir. Un Acceptable, quoi !
_T'énerves pas, la calma-t-il. De toute façon, elle n'a pas vraiment d'amis dans la classe, à part les Serpentard. Oh, ta cousine Emma était perdue l'autre coup !
_Elle est trop mignonne, je trouve, songea Léa à voix haute.
_Ça n'a rien à voir avec la conversation, je te signale.
_Tu me parles d'Emma, je te dis ce que je pense d'elle, se justifia la cousine.
_Je te disais qu'elle était perdue pour aller en cours et toi tu me dis : « elle est trop mignonne » !
_Oh, ça va, bon vas-y dit ce que tu voulais dire.
_Donc, je disais que l'autre jour, elle était perdue dans le château avec une autre fille de Serdaigle et elle m'a demandé son chemin pour aller en cours de Métamorphose.
_Ouais, et ?
_Et c'est tout. Je l'ai renseigné sur son chemin, voilà.
_Attends, tu me dis que ce que je dis ça n'a rien à voir avec la conversation, tout cela pour me parler de ça !
_Voilà, approuva-t-il avec un sourire fier. Juste pour le plaisir de l'avoir dit.
_Je vois ça… Soupira-t-elle avec un sourire. HEY TOINOU ! »
Léa agita le bras tout en criant à travers le parc. Son cousin, Antoine, qui avait eu la malheureusement idée de passer par-là et à qui était destiné ce « Hey, Toinou ! » baissa la tête pour se forcer à ne pas la regarder. Seamus et Dean qui marchaient à côté partir dans un éclat de rire et tout le long qui les menaient à Pré-au-Lard le pauvre cousin n'entendit que des « Toinou » de la part de ses amis qui continuaient à rire.
« Tu sais qu'il n'aime pas que tu l'appelles comme ça ? En tout cas, pas en public ? S'assura Colin.
_Oui, c'est pour ça que je le fais, répondit-elle avec un sourire fier.
_Le pauvre, tu le persécutes ! Imagine que je sois ton cousin…
_Ah non, pas toi !
_C'est justement ce que j'allais dire, la rassura-t-il.
_Oh, mais tu ne voudrais pas que je t'appelle Colinounet ? Ou mon Bichon ? Ou encore Choupinet si tu préfères ?
_Non, ça me va très bien quand tu m'appelles normalement, c'est-à-dire Colin parce que c'est Colin et pas Bichon, ni Choupinet, et encore moins Colinounet !
_Tu ne veux pas m'appeler Léouh ? Ou me trouver un petit surnom. Comme, mon lapin ?
_Si tu veux mon avis, « mon lapin » ça me fait penser à autre chose…
_Justement ! Choisi un surnom, ce serait bien. Un truc assez sexy et cool qui m'irait bien. Regarde-moi et trouve un surnom. Je te fais penser à quoi ? »
Elle se redressa, plia sa jambe sur le rocher, posa son bras sur le genou de cette jambe, le tout dans une pose sexy et un regard de braise. Sans même prendre le temps de réfléchir, Colin lâcha :
« Au Saul Cogneur. »
Le regard de braise s'effaça sur la figure de Léa. Elle ouvrait grand la bouche de surprise.
« Ah ouais, d'accord… Marmonna-t-elle vexée.
_Je rigole ! La rassura-t-il.
_Moi, je suis sûre que Krum il m'aurait appelé ma gazelle ou quelque chose du genre, répliqua-t-elle en désigna le champion de Durmstrang qui s'entraînait près du lac. Regarde-le faire ses pompes ! Ça c'est de l'homme, le nargua-t-elle tandis que Colin forçait sur ses maigres bras.
_Tiens, regarde ! Moi aussi ! Grinça-t-il entre ses dents alors qu'il continuait à bander sur ses muscles inexistants.
_Impressionnant… Souffla ironiquement Léa. Cherche pas Colin, tu n'arrives même pas à me porter. Louise y arrive et même pas toi, ricana-t-elle.
_Oh, ça va ! Si je ne te suffis pas, t'as qu'à le dire.
_Je ne dis pas ça, je dis simplement que Louise est plus forte que toi. Et puis Krum, n'en parlons pas ! Et Cédric… !
_Ah non, tu ne remets pas le Diggory dans le chaudron, la prévint-il. C'est bon, il a dix-sept ans et moi j'en ai treize, c'est normal. Mais tu verras quand j'aurais son âge, je te ferais rêver.
_Oui, c'est ça ! Enfin pour l'instant, quand on voit Cédric on fait : « Wahou ! » Alors que toi, on fait… enfin voilà… Mais Colin ! »
Le garçon venait de prendre son sac et s'éloignait de la cousine d'un pas résigné vers le château. Léa sauta du rocher, ramassa son sac puis partit à ses trousses. Elle galopa dans la côte du parc avec toute la vitesse dont ses petites jambes lui permettaient. Lorsqu'elle le rattrapa, elle ralentit près de lui, essoufflée.
« Colin… Ne sois pas susceptible, lui dit-elle en essayant de reprendre son souffle.
_Susceptible ? Se retourna-t-il, agacé. Tu t'es entendue ? Je ne suis pas sûre que si je t'avais dit la même chose, tu serais restée. Je pense que toi aussi tu serais partie.
_Mais je rigolais, se justifia-t-elle.
_Ah ouais, vraiment marrant ! Quand on voit Cédric on fait « Wahou ! » et quand on me voit, on fait quoi ? Vas-y, fini ta phrase au lieu de dire « enfin, voilà ». Qu'est-ce que tu fais quand tu me vois ? Hein ?
_Ce n'était pas ce que je voulais dire, je me suis emportée et… »
Il lui tourna le dos pour continuer sa route, ne la laissant même terminer sa phrase pour s'expliquer. La jeune fille resta au milieu du parc, son sac traînant dans la l'herbe. Tout en secouant la tête comme si elle refusait d'accepter ce qu'elle commençait à comprendre, son regard se posa sur le Saule Cogneur.
« Tss… » Siffla-t-elle agacée.
D'un pas assuré, elle remonta le parc agacée contre Colin et contre elle-même.
Emma Clerwood marchait dans les couloirs, vêtue de son uniforme aux couleurs de la maison Gryffondor, ses cheveux mi-longs bruns et bouclés lâchés sur ses épaules. Avec elle, deux autres élèves de Gryffondor, Dennis Crivey, le petit frère de Colin, et Natalie McDonald. Deux élèves de Serdaigle marchaient avec eux, Ackerley Stewart et Orla Quirke. Les trois filles, Emma, Natalie et Orla, marchaient ensembles leur petit sac semblant énorme et lourd sur leur dos fragile. Lorsqu'elles arrivèrent en cours de Métamorphose, le petit groupe de première année trouva leur professeur avec Louise. Emma échangea un regard avec sa grande sœur. Mais cette dernière était occupée avec McGonagall puisque celle-ci lui tendait un papier dans les mêmes temps où elle lui signalait :
« Vous n'oublierez pas de le donner à votre cousine. »
Louise acquiesça et lorsqu'elle s'en retira pour laisser sa directrice de maison faire son prochain cours, elle adressa un sourire discret à sa sœur tout en s'éloignant. Le son de ses pas résonnait dans les couloirs. Clap, clap, clap ! Faisaient-ils. Tandis qu'elle se rendait en salle de permanence espérant y trouver du monde qu'elle reconnaîtrait, la jeune fille lisait le message du professeur. Ce qu'elle ne devait pas oublier de donner à sa cousine était sa convocation à sa retenue avec deux autres élèves. Sûrement ces deux élèves devaient être Luna Lovegood et Pierre Lufkin puisqu'elle se souvenait de cette histoire dans les couloirs que lui avait contée Léa. Un bruit de pas qui arrivaient en courant brisa soudainement le calme des couloirs où l'on entendait que les petits pas de Louise. Elle se retourna juste à temps pour voir ses deux cousines, Charlotte et Élise courir après son cousin Guillaume ainsi que ses deux amis Malcom et Graham. Elle arqua un sourcil tout en les regardant passer à toute vitesse, hurlant dans les couloirs.
« Élise, ils vont nous échapper ! Hurlait Charlotte.
_Oui, vite ! Dépêchons-nous ! » Criait Élise pour toute réponse.
Devant elles, les trois garçons verts détalaient comme des lapins. *C'est la cour de récréation maintenant à Poudlard.* Soupira Louise intérieurement. Voilà cinq élèves qui n'allaient pas tarder à être arrêtés par des préfets qui les colleraient sûrement en retenue. Ils étaient déjà trop loin pour que Louise ne les prévienne, elle décida donc de laisser ce problème aux préfets en repartant sur la route de la permanence.
*Oh non ! Voilà encore deux pauvres élèves qui croient qu'ils sont invisibles derrière une gargouille !* Se lamenta-t-elle. Face à elle, à la vue de tous, deux élèves se roulaient une pelle mémorable comme des cannibales. On aurait dit qu'ils allaient se manger entre eux, leurs lèvres ne se voyaient déjà plus au milieu de toute cette salive qu'ils se léchaient entre eux. Le « French Kiss » du siècle ! Devant les deux élèves, une gargouille toute mince les cachait comme elle le pouvait. Il fallait bien dire que Millicent Bulstrode n'était pas aussi mince que la gargouille. Cette pensée fit sourire Louise. Les deux élèves cessèrent leur séance bécotage sûrement parce qu'ils se sentaient observer par une fille plus jeune qu'eux et qui souriait malicieusement.
« Ah non mais continuez, je ne veux pas vous déranger. » Les rassura-t-elle en passant.
Ils ne relevèrent pas cette remarque et la regardèrent passer avec tous deux un mauvais regard. *En fait, c'était nul ce que j'ai dit.* Réalisa la cousine qui s'éloignait. *J'aurais mieux fait de me taire encore une fois. Bref, Louise, garde la tête haute pour leur montrer que tu ne te sens pas du tout ridicule.* Elle entra enfin en salle de permanence où elle y trouva Colin, seul à gribouiller sur du parchemin. La jeune fille tira une chaise pour s'asseoir à côté du jeune garçon. Sur le parchemin, elle lut les mots : « devoir de potion » sous plusieurs rayures. Interloquée car ce n'était pas l'habituel comportement de Colin qui d'habitude faisait plutôt attention à ses affaires, elle lui posa une simple question :
« Euh… ça va ? »
Il hocha la tête sans répondre. Se sentant de nouveau ridicule puisqu'il était évident que ça n'allait pas, Louise restait sans rien faire. Colin continuait de tracer de grandes lignes ou courbes, enfin bref, des traits qui n'avaient aucune forme particulière. Sa plume commençait à s'user et quelques tâches d'encres étaient étalées sur la table. D'ordinaire Colin était pointilleux et perfectionniste, presque maniaque, on se moquait souvent de son écriture féminine qui parfois était plus soignée que celle d'une jeune fille appliquée.
« Tu vas abimer ta plume comme ça. » Lui fit-elle remarquer.
Cela ne le fit pas réagir pour autant. La salle de permanence était calme, quelques élèves chuchotaient, mais le bruit le plus audible était celui des plumes qui grattaient sur le parchemin lorsque l'on entendit une voix venant des couloirs :
« Non mais ça suffit ! Stop ! Il y a des lieux privés pour faire cela Mr. Cornfoot et miss. Bulstrode ! »
C'était une voix féminine, autoritaire et jeune ce qui laissait supposer que ce n'était pas un professeur mais une préfète. Elle traîna les deux élèves jusqu'en salle de permanence tout en leur ordonnant de travailler plutôt que de passer leur temps libre à des activités vulgaires. Pénélope Deauclaire, préfète à Serdaigle et petite amie du préfet-en-chef Percy Weasley, promena un regard dans la salle de permanence pour s'assurer du bon déroulement au travail. Agacé, Stephen Cornfoot tira une chaise de la table où Louise et Colin étaient installés pour la ramener vers la table où Millicent s'était assises. Stephen, élève de quatrième année chez Serdaigle, était plutôt beau garçon. Grand, les cheveux châtains et les yeux marrons, sans grande prétention mais il n'avait rien à envier aux autres, il n'était pas laid. Millicent faisait carrément ridicule à côté d'un garçon aussi mignon. Louise arracha son regard de la table où le couple qui venait d'arriver était installé pour le reporter sur Colin. Ce dernier allait bientôt trouer sa feuille de parchemin gorgée d'encre.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda-t-elle d'une voix suppliante.
Soupir. Colin stoppa ses gribouillis sur le parchemin ce qui paraissait être un bon signe. Il posa sa plume dans son encrier et soupira de nouveau. Louise se redressa sur sa chaise, montrant ainsi qu'elle était prête à l'entendre.
« J'étais avec Léa dans le parc tout à l'heure… » Commença-t-il à raconter.
Le rire de Millicent attira l'attention de Louise bien qu'il fut discret. A côté d'elle, Stephen souriait apparemment ravi d'avoir réussi à la faire rire. Il avait un beau sourire celui-là. Il sourire non retenu qui laissait découvrir toutes ses dents blanches. A la réflexion, il était peut-être un peu plus beau que ce dont Louise avait cru au premier abord.
« … et puis on a abordé le sujet de Krum, Cédric et compagnie. » Continuait Colin pendant ce temps.
Le regard de Louise glissa le long de la silhouette de Stephen. Elle l'observait presque en détail. Presque ? Les yeux marrons vert de la jeune fille, pouvant passer pour un beige doré – selon certains élèves – passèrent quelques courts instants sur les cheveux du garçon. Des cheveux châtains clairs assez courts pourtant relevés, légèrement en bataille, comme si un coup de vent lui était passé dans les cheveux, le regard de la jeune fille glissa sur ses paupières lourdes avant qu'elle ne s'arrête sur ses yeux marrons foncé presque noirs. Puis elle continua à ramper sur ses joues aux pommettes relevées par son sourire, une légère fossette dans le coin. Elle remarqua que sa lèvre inférieure se retroussait quelque peu lorsqu'il souriait. Les yeux de la jeune fille s'arrêtèrent un moment sur ses lèvres qu'elle effleura de son œil avisé tandis qu'il avait cessé de sourire pour parler. Elle retint alors qu'il passait souvent sa langue sur ses deux premières incisives comme s'il tentait de les pousser en avant.
« … je n'ai pas apprécié ce qu'elle m'a dit, c'était normal en même temps, je pense, alors… »
Une sensation d'étrangeté qu'elle n'avait encore jamais ressentie s'empara de la jeune fille. Cela lui faisait mal et en même temps du bien, elle avait juste envie de sourire, de rire. De lui sourire et de rire avec lui. Oh, et si elle aurait pu jeter la Bulstrode dans le fond d'un chaudron, elle l'aurait fait ! Son cœur semblait lui-même bondir, sautiller de joie, chantonner comme un moineau à la saison du printemps. C'était assez surprenant car lorsqu'elle passa une main sur son cœur, Louise ne le sentait pas battre à toute vitesse. Il battait normalement, à son rythme cardiaque habituel mais beaucoup plus fortement. Elle avait même l'impression que son corps entier battait en synchronisation avec son cœur qui paraissait n'avoir jamais été aussi épanoui.
« … mais tu vois, je me dis qu'en fait, je n'avais pas assez de sentiment… »
Bim… Il se redressait sur sa chaise. Bam… Il souriait de son beau sourire où l'on aurait pu se pendre. Boum… Il posa son bras sur le dossier de sa chaise. On aurait dit une divinité. Assis ainsi, il donnait vraiment l'impression d'être descendu du ciel pour empêcher Louise d'oser un jour relever les yeux. C'était hypnotique, c'était l'extasie qui c'était à ce moment emprisonné à l'intérieur d'elle-même. Bim, bam, boum… Driiiiing ! La sonnerie retentissait et son cœur bondissait. Louise se surprit même à retenir son souffle lorsqu'il se leva de toute sa hauteur, prit son sac pour se rendre à son prochain cours.
« … Donc, voilà en gros l'histoire. » Termina Colin.
Juliette envoya un grand coup de sac sur son lit à baldaquin. Inézia, derrière, sursauta légèrement. Après avoir frappé son sac – et sûrement cassé son pot d'encre – Juliette l'envoya, un peu plus loin dans les dortoirs.
« On se calme, recommanda doucement Inézia.
_Elle m'énerve !
_Laquelle ? Lisa ou Nono ? Demanda Inézia, perdue.
_A la réflexion, les deux ! Elles m'ont pourri ma journée, et même ma semaine.
_Vivement le week-end, entonna Inézia qui essayait de lui faire passer un message de bonne humeur.
_Ouais, c'est ça vivement le week-end. Il va y avoir cette stupide épreuve du tournoi où on va voir Diggory et Potter se rétamer face aux deux autres. Je ne vais pas être une seule seconde tranquille avec Théodore sans que Nono ne vienne pour rajouter sa fraise ! Et la Lisa va encore parler de sa soirée qu'elle va organiser ! Elle est toujours obligée de me copier dessus, qu'est-ce qu'elle m'énerve.
_Euh… tu n'avais pas fait ta soirée parce que toi et Drago ne vous étiez pas dit qu'il fallait que plus de personne en organise justement ?
_Si, mais pas elle, précisa Juliette. Elle n'a pas le droit. »
Inézia ne répondit pas à cette remarque. Mieux valait laisser la cousine tranquille dans ces moments-là. Juliette desserra le nœud de sa cravata comme si cela lui permettrait de mieux respirer et donc de se calmer. Puis elle s'étala sur son lit et fixa le plafond des dortoirs. Le calme se brisa quand on entendit des voix dans les escaliers qui menaient à elles.
« Par Merlin, c'est ma cousine… Soupira Juliette. Elle aussi m'énerve ! Et je suis sûre qu'il y aura la Nono avec elle. Cette fille, elle ne peut toujours pas digérer qu'elle plaît moins que moi, et elle va faire ses commentaires déplacés et qui vont être encore pour moi. Marion va me regarder avec son air habituel de : « je t'avais prévenu, j'ai toujours raison ». Qu'elle s'occupe de ses histoires plutôt que des miennes. »
Juliette s'arrêta ici dans sa tirade puisque sa cousine et son amie entraient dans les dortoirs en ricanant. La verte de mauvaise humeur grogna puis se releva pour aller chercher son sac au milieu des dortoirs. En s'y rendant, elle coupa la trajectoire de Nono jusqu'à ses affaires qui manqua de tomber, brusquement couper dans sa marche. *Bien fait ! Elle se serait rétamée par terre j'aurais bien ris, tiens.* Se dit-elle avec un sourire mauvais qu'elle adressa à la jeune fille. Toutes les deux se toisèrent un moment avec leurs airs hautains. Durant ce cours moment, il y eut comme une tension électrisante qui stoppèrent Inézia et Marion dans leurs mouvements, toutes deux ayant peur qu'elles n'en viennent aux mains. Mais il n'en fut rien. Nono baissa le regard ce dont profita Juliette pour continuer sa route et ramasser son sac. En revenant, elle l'ouvrit pour découvrir toutes ses affaires trempées d'encre noire. Elle se maudit elle-même tout en sortant toutes ses affaires qu'elle étala sur le sol.
« Recurvite ! » Lança-t-elle à chacune de ses affaires.
Son manuel de potion, son livre d'histoire, ses parchemins remplis des notes qu'elle prenait en cours. Il y avait même son devoir de Soin aux Créations Magiques qu'elle avait commencé à rédiger. Sur toutes ses affaires, de grosses taches d'encres, qui les recouvraient parfois entièrement, étaient étalées dessus. La cousine s'accroupissait devant chacune de ses affaires et pointait sa baguette sur toutes, une à une. Derrière, Nono avait commencé ses remarques désobligeantes au sujet de la cousine.
« Il y a des gens, tu ne sais pas pourquoi, ils n'assument pas qu'ils ont besoin d'être aimé absolument. Ils doivent sans cesse montrer que tout le monde les adore. Limite, ils se prennent pour des divinités. Mais il faut arrêter, ce sont des élèves comme tout le monde. »
Juliette soupira et leva les yeux au ciel puisqu'elle était de dos à cette verte dont les insultes chaque soir allaient indirectement à la cousine. Mais elle n'était pas dupe et elle savait très bien ce que Nono avait contre elle.
« Ils sont faux en plus, c'est ça le pire ! Ils font comme s'ils aimaient tout le monde, pour que tout le monde puisse les aimer. Ils sont possessifs et ce sont ceux qui sont bourrés de défauts, en plus. »
Juliette sentait la colère monter en elle comme un monstre tapi qui allait bientôt exploser. C'en était assez pour elle de supporter ça à longueur de journée. Malgré cela, elle décida de continuer à nettoyer ses affaires, écoutant tout de même avec attention les propos de la jeune fille.
« De toute façon, de nos jours, il n'y a que des salopes, des putes, etc. Mais le pire, c'est que ces filles comme ça, elles n'assument même pas ! Elles se disent gentilles et attentionnées. Mais au fond, tout ce qu'elles se disent c'est : « je suis bonne, je suis fraîche, tout le monde m'aime. » et quand elles en ont la possibilité, elles t'envoient un sort dans le dos. Elles sont pathétiques. »
Un bruit sourd provenant de Juliette qui venait de frapper le sol avec son poing retentit dans le dortoir. La cousine se redressa, jeta sa baguette sur son lit et s'avança à grands pas vers la brune qui venait de faire déborder la coupe déjà pleine.
« Bon alors, toi, tu vas m'écouter ! La prévint-elle. T'es aussi pathétique que toutes ces putes et ces salopes ! T'en es même une et comme tu le dis, tu n'assumes pas ! T'as l'air vraiment de t'y connaître vu tout ce que tu disais, alors tu vas la fermer ma pauvre meuf. J'en ai assez que tu me critiques. Un, tu ne me connais pas. Deux, tu n'as pas envie de me connaître et je t'assure que moi non plus. Trois, tu te la fermes, tu te casses même du dortoir si tu n'arrives à me supporter sans m'insulter. Tu n'es vraiment pas maline comme meuf pour insulter quelqu'un qui est proximité de toi. T'espérais quoi ? Que j'allais me laisser insulter longtemps ?
_Oh, bah tu t'es reconnue dans tout ce que je disais ! Ça prouve bien ce que je pense ! Répliqua-t-elle. Si tu te reconnais dans tout ça c'est vraiment que t'en es une grosse de salope !
_Tu n'es peut-être pas obligée de le dire quand je suis là que je suis une salope. Tu peux le dire dans ta tête, ou quand t'es avec l'autre godiche-là ! Enrageait-elle en désignant sa cousine qui se vexa aussitôt.
_Tu m'énerves ! Tu comprends ça ! T'es une garce ! Tu t'en rends même pas compte mais t'es une garce avec tout le monde ! Même avec ta cousine, tu fais carrément pitié, pauvre meuf ! Avec tes grands airs de diva, qu'est-ce tu peux exaspérer ton monde !
_Moi, je fais pitié ? Mais tu ne sais qu'insulter ! Pour toi, je suis une pute, après une salope, et maintenant c'est une garce ! Apprend d'abord ce que ça veut dire et ensuite choisi laquelle de ces insultes te plaît la mieux pour me désigner ! Pauvre meuf, va ! C'est toi la pauvre meuf, oui ! Tu crois quoi ? Que parce que t'as passé UN après-midi seule avec Théodore que tu peux me le piquer ? Tu crois que parce que t'étais soi-disant sa meilleure amie qu'il te suffit de battre des cils devant lui pour qu'il te tombe dans les bras ! Tu vas mourir vierge, c'est que comme ça que tu vas finir. Avant de m'insulter, regarde un peu la gueule de ton putain de foutu de bonheur ! Compare-le au mien, tu verras la différence et laquelle des deux méthodes marchent la mieux !
_Bon aller, intervint Marion d'une voix mal à l'aise. Cessez un peu cette petite guerre. Voilà, écartez-vous et ignorez-vous si vous ne pouvez pas vous supporter.
_Non mais regarde-la ! S'énerva Nono en montant d'un cran son ton. Comment ignorer une pétasse pareille !
_Parce que maintenant je suis une pétasse ? C'est bien ce que je dis, donc !
_C'est surtout parce qu'ils te vont tous biens ! T'as de la chance, toutes les insultes sont en accord avec toi ! Vive la diva « aimée » de tout le monde, hein !
_Bon, tu vas arrêter avec ta morale de vieille ? Ça fait vraiment vieux jeu comment tu parles, modernise-toi. Apprends un peu la langue courante !
_Et toi apprends à être vraie dans ce que tu fais et dis ! Tu triches avec tout, avec les sentiments, avec les gens, tu t'en sers pour montrer que tu es aimée ! Mais arrête de te mentir aussi et assume-toi !
_Maintenant, stop ! Tu vas arrêter tout de suite, sinon je te jure par le caleçon de Merlin, que tu vas recevoir une belle marque rouge. Comme ça tu seras sur ton trente-et-un pour Théodore !
_C'est sûr que toi, tu l'es tous les jours sur ton trente-et-un avec tous les miroirs que tu t'appropries le matin ! Maquille-toi moins et tu pourras te voir, enfin !
_Et toi, t'as beau te regarder dans une glace, la seule chose que tu vois c'est le reflet d'une petite conne !
_Bon, stop ! Ça suffit ! » Intervint pour de bon Marion.
Pour s'assurer qu'elles ne recommenceraient pas, elle tira sur Nono à elle tandis qu'Inézia s'occupait de Juliette. La blonde ramena la brune vers ses affaires qu'elle n'avait pas fini de nettoyer. On entendit la porte claquée alors que Nono sortait du dortoir, Marion sur ses talons. Inézia resta près de Juliette, s'assurant qu'elle se calmerait.
Marion avait laissé Nono partir vers les toilettes du deuxième étage. Celle-ci s'était enfuie en courant, désirant qu'on la laisse seule. Mais elle ne risquait pas d'être seule avec Mimi Geignarde. Peut-être était-ce un mal comme un bien si Nono n'était pas seule dans les toilettes. Au moins, Mimi serait là pour… non, pas pour la réconforter puisque Mimi se plaignait tout le temps, mais les deux pourraient parler ensemble de leurs soucis, etc.
« Qu'est-ce qu'elle a Nono ? » Demanda Claude en s'approchant vers la jeune fille.
La première idée de la cousine fut de l'ignorer et de le laisser poireauté comme un cornichon constipé au milieu du hall. L'idée était tentante… Mais Marion n'était pas assez méchante pour l'abandonner sans explication. Mais Claude n'était pas assez gentil pour qu'elle puisse lui raconter toute l'histoire. Il irait sûrement voir Théodore ensuite et… bien sûr que non. Marion avait eu l'espoir soudain qu'il larguerait sa cousine pour Nono lorsqu'il aurait appris ce qu'il se passait derrière son dos. Mais bien sûr que non. Théodore était fou amoureux de Juliette, c'était une évidence. La seule façon était que sa cousine le largue elle-même. *Ce qu'elle fera un jour ou l'autre quand elle aura trouvé un nouveau larbin qui sera à ses pieds et prêt à tout lui céder.* Songea Marion.
« Tu sais je pense qu'on pourrait peut-être se reparler maintenant, laissa échapper Claude au milieu des réflexions de la jeune fille.
_Hein ! » Lança-t-elle fortement ce que Claude prit pour de l'ironie.
Vexé et surtout agacé de nouveau par elle, il soupira comme le matin même. Elle le rattrapa d'une grande enjambée.
« Non pardon, je disais : Hein ? Parce que je n'avais pas compris ce que tu me disais, j'étais en train de réfléchir.
_Ah ouais… Marmonna-t-il peu convaincu.
_Donc… ? » Fit-elle en attendant la suite de la par du jeune garçon.
Avouons qu'il fut tenté de laisser de côté sa première question au sujet de Nono. Au départ, s'il ouvrait la bouche c'était tout simplement pour lui répéter ce qu'il venait de dire avant qu'elle ne lui lance ce « Hein ! » très féminin au sens ironique. Puis, il décida de revenir au premier sujet de conversation.
« Donc, je te demandais ce qu'avait Nono, répéta-t-il.
_Ah oui… Se souvint-elle. Euh… bah, c'est assez compliqué. C'est une histoire entres filles. Elle ne s'entend pas très bien avec Juliette, ces derniers temps.
_D'accord, je comprends… En même temps, ce sont deux personnalités différentes.
_Hum, hocha de la tête Marion qui songeait que cette conversation était terminée.
_C'est bizarre parce qu'au départ, elles n'étaient pas trop ennemies. Enfin, il faut dire qu'avec… euh… certains évènements, ça peut gâcher les amitiés.
_Ça, c'est sûr ! Approuva ironique la jeune fille.
_Mais il suffirait qu'elles s'expliquent entres elles, continua-t-il.
_Ça n'arrangera peut-être pas les choses. Parfois, on s'explique mais l'amitié a disparu, répondit-elle d'une voix cassante.
_Parfois, précisa-t-il. Mais il y a d'autres cas qui s'arrangent et avec le temps, on… se pardonne.
_Mais ces cas-là sont rares. » Trancha-t-elle.
Cette fois c'était dit, il venait de vraiment comprendre ou du moins, l'espérait elle. Marion décida d'arrêter la conversation sur ses dernières paroles froides et cassantes et le laissa au milieu du hall comme un cornichon constipé.
« Wahou ! Lâcha-t-il ironiquement en la poursuivant dans les cachots. J'ai tout fait ! Je me suis expliqué, je me suis excusé et j'essaie de me racheter… Tu n'arriveras pas à me pardonner ? »
La cousine soupira fortement, histoire de bien se faire entendre, de le rabaisser, de lui montrer à quel point il l'exaspérait et de façon à ce qu'il perde en confiance. Puis elle se retourna vivement, histoire encore de lui montrer dans une façon exagérée son exaspération.
« Tu parlais de temps, tout à l'heure non ?
_Ouais… ? Acquiesça-t-il sans comprendre.
_Et bien voilà, laisse-moi le temps !
_Bah tu prends vraiment tout ton temps, là ! »
Elle leva les yeux ciel tout en repartant. C'en était assez de querelle aujourd'hui. Tout le monde s'énervait, rien n'allait. Elle n'allait pas y passer elle aussi ? Apparemment si puisqu'il ne semblait pas vouloir la laisser partir. Elle soupira d'exaspération et lui lança un regard agacé.
« Bon, voilà, je te pardonne ! T'es content, j'espère ?
_Tu n'as pas vraiment l'air de me pardonner, dis donc, remarqua-t-il avec un sourire moqueur qui agaça encore plus la cousine.
_Tu veux que je te dise quoi d'autre ? Je vais te sauter au cou et te dire combien je suis épanouie de savoir qu'on est de nouveau ami comme au royaume des Bisounours !
_Non, mais plutôt que tu allais engager la conversation. Si je suis venu te parler ce matin et là c'était bien parce que j'espérais une conversation.
_Et bien, nous parlons là. Tu veux choisir un autre sujet de conversation ? Celui-ci ne te plaît pas ? J'en suis désolée, mon cher ami ! »
Et bien décidée à rentrer dans sa salle commune, cette fois-ci, elle se retourna pour la troisième fois d'un pas rapide. Comme elle l'espérait, il ne suivit pas, c'était enfin terminé.
