Les orques décochèrent une volée de flèches. Thranduil se mit à l'abri facilement, évitant les traits empoisonnés qui se plantèrent dans le tronc le plus proche, à quelques centimètres seulement de l'endroit où il s'était tenu. Les réflexes des autres n'étaient pas aussi bons. Tilda, encore étendue sur le sol là où Thranduil l'avait lâchée, fut protégée par son frère. Bain ne pouvait espérer se battre. Il voyait à peine et ses yeux avaient pris une teinte blanche inquiétante. Il reçut une flèche dans l'épaule et une autre dans la cuisse. Il s'effondra en hurlant. Sigrid et Hilda ne se cachèrent pas mais elles étaient plus loin de Thranduil et ne furent pas visées. Elles tirèrent Bain et Tilda à l'abri derrière les arbres.
Les orques tirèrent une seconde salve. Cette fois, personne ne fut blessé. Azog n'en fit pas tirer de troisième. Ce serait inutile. Les archers laissèrent la place aux fantassins. L'orque pâle leur donna l'ordre de mener l'assaut.
Thranduil raffermit sa prise sur son épée. Il aurait donné toutes ses bagues pour avoir sa jumelle, mais tant pis. L'issue du combat était évidente, ils n'avaient aucune chance. En revanche, il refusait de se faire tuer, caché derrière un arbre. Alors que les premiers orques n'étaient plus qu'à quelques centimètres de lui, Thranduil sortit de son abri relatif. Son épée traversa le premier, para aisément l'arme de second, puis il engagea le combat, seul contre huit orques qu'il ne pouvait espérer vaincre.
Guère loin de là, Sigrid en affrontait trois, tous plus grands et plus costauds qu'elle. Chaque fois qu'elle parait ou évitait un coup d'épée, un autre l'atteignait. Chaque fois qu'elle attaquait, une nouvelle blessure s'ajoutait à sa collection.
Sigrid évita un cimeterre qui manqua de peu de lui trancher un bras. Elle se rapprocha trop d'un autre orque. Un poignard vola vers son visage et lui entailla profondément sa joue. La lame poursuivit sa route au travers de son œil jusque dans son cuir chevelu. La douleur vrilla ses temps. Sigrid chancela, fit quelques pas en retraite, aveuglée par le sang et la souffrance.
Bain leva la seule main qu'il pouvait encore bouger, le poing serré. Chancelant et tenant à peine debout, deux flèches sortant de son corps, il ne comptait pas être mis à mort sans réagir. Il donna un coup de poing à un orque. Ses phalanges frappèrent les muscles puissants de son ennemi, sans même lui tirer de réaction. L'orque rangea son épée comme si le garçon ne méritait pas sa lame. Il plia les doigts et décocha de toutes ses forces un coup de poing sur l'adolescent, qui l'atteignit à la tempe gauche. Bain fut jeté à genoux. Il tenta à nouveau un faible coup de poing qui n'atteignit jamais sa cible. L'orque lui décocha un second coup en plein plexus solaire. Il y eut un sinistre craquement et Bain fut projeté violemment en arrière. Il roula sur quelques mètres avant de s'immobiliser, inanimé.
Hilda lança son bâton sur un orque, le prenant au dépourvu par ce geste si inhabituel. La seconde glanée quand l'orque attrapa le bout de bois lui permit de lui trancher la gorge avec le cimeterre. Plus que quatre ! songea la sorcière avec hargne. Tous se jetèrent sur elle en même temps, se gênant mutuellement, mais lançant attaque sur attaque. Elle n'était ni aussi habile que Thranduil, ni aussi enthousiaste que les adolescents, et fut bientôt débordée de toute part, réduite à coller son dos à un arbre pour ne pas être tuée par derrière. Un long couteau se planta dans son bras, manquant de le lui couper net. A présent, ce dernier pendait misérablement, tandis que sa prise sur le cimeterre. Bientôt, l'épée lui vola des mains et la sorcière se retrouva sans défense face à ses ennemis.
« Vous ne gagnerez jamais ! vociféra Hilda à destination d'Azog. Vous ne vaincrez jamais les hommes ! »
L'orque pâle ne lui accorda aucune attention. Un orque leva son épée et l'abattit sans hésitation ni remord. Le corps d'Hilda s'écroula sur le sol.
Thranduil esquiva une attaque vicieuse d'un orque, tandis qu'un autre lui plantait une épée dans la cuisse. C'était la deuxième attaque en moins de cinq minutes contre sa jambe, déjà blessée lors de la bataille de Dale. Elle trembla puis céda. Thranduil tomba à genou mais leva son épée pour se protéger d'un nouveau coup qu'un orque lui décocha dans son dos. Tendu par la concentration, il plongea sur le sol et roula sur lui-même pour se protéger d'une nouvelle attaque. L'elfe eut à peine le temps de se redresser qu'un orque s'était déjà jeté sur lui pour l'immobiliser. Mal lui en prit : d'un geste implacable, Thranduil lui trancha la carotide. Le sang noir jaillit de la blessure, aspergeant l'elfe, tandis que le corps basculait à terre. Des huit qu'il affrontait au départ, trois avaient été tués mais immédiatement remplacés par des troupes fraiches. Le bruit de la bataille avait attiré le reste des patrouilles d'Azog et les orques s'amassaient non loin, derrière leur chef, attendant que la chasse ne soit officiellement terminée. Seule la place qui manquait limitait le nombre des opposants à Thranduil à huit. Essoufflé par le combat effréné, Thranduil peinait à maintenir le rythme.
A quelques mètres de là, un orque s'avança vers le corps immobile de Bain. La poitrine de l'adolescent se soulevait encore au gré de sa respiration et le soldat comptait bien y mettre un terme. Ce n'était pas une cible aussi prestigieuse que le roi des elfes, mais Azog avait ordonné qu'il n'y ait aucun survivant.
« NE VOUS APPROCHEZ PAS DE MON FRERE, ESPECE D'AFFREUX ! »
La voix aigüe de la jeune Tilda retentit dans la forêt. Debout, frêle et livide, elle se tenait devant son frère, comme si elle pourrait le protéger des orques par sa simple présence. Elle n'avait pas d'arme mais comme Bain plus tôt, elle serrait les poings, prête à se battre bec et ongle s'il le fallait, pour son frère.
Sigrid lui lança un regard rapide de son seul œil valide. Aveuglée par le sang qui lui coulait sur le visage, bloquée par les orques qu'elle affrontait toujours même si elle n'arrivait pas à les tuer et à peine à rester indemne, elle ne pouvait rejoindre le reste de sa fratrie.
Son moment d'inattention lui coûta cher : la pointe d'une épée se planta dans sa main, lui arrachant presque deux doigts. Un coup de pied la prit au dépourvu et la propulsa en arrière. Son dos heurta un tronc, lui coupant le souffle. Elle glissa au sol, vidée de toute énergie et la tête étrangement vide. Quand elle porta sa main indemne à l'arrière de son crâne, elle l'en ressortit ensanglantée. C'était étrange car elle ne ressentait plus aucune douleur.
Tilda jeta un regard furieux vers l'orque qui s'avançait encore. Il faisait le double de sa taille mais ne l'impressionnait nullement. Elle leva les poings près de son visage, prête à lui décocher un coup dès qu'il serait à sa portée. Ses yeux humides de larmes contenues brillaient de fureur. Ce n'était pas l'heure de s'inquiéter pour les orques, de craindre ce qui allait arriver ensuite. Aujourd'hui, il fallait survivre et protéger son frère. Rien d'autre ne comptait.
« ALLEZ, VENEZ ! le provoqua-t-elle. VOUS NE GAGNEREZ PAS, ABRUTI ! »
Décontenancé par autant d'aplomb, pensant qu'elle avait sans doute une arme secrète, cachée dans ses mains, l'orque s'immobilisa à deux mètres d'elle, hésitant et méfiant.
Thranduil, qui avait esquissé un léger sourire devant le courage de la plus jeune, se remit difficilement sur pieds. Sa mauvaise jambe supportait à peine son poids. Une lame ennemie lui entailla profondément l'avant-bras, sans qu'il ne ressente rien. Au même moment, une autre épée ripa le long de son autre bras. Le souffle noir l'engourdissait tellement qu'il n'éprouvait plus qu'une douleur diffuse, vaguement présente dans un corps endormi. Il repoussa l'orque d'un coup de coude dans le plexus solaire.
Soudain, une lame lui transperça le dos, s'enfonçant entre ses côtes sur cinq centimètres. Thranduil grimaça. Cette fois, la douleur fusa au point de l'aveugler. Il tendit le bras pour frapper un orque, sans aucun espoir de pouvoir atteindre celui qui se tenait dans son dos. Alors que Thranduil pensait être empalé vivant, l'épée fut brutalement retirée et l'air quitta ses poumons en même temps que l'acier. Le choc le laissa pantelant, incapable de respirer, les yeux écarquillés.
Un bras à la peau noire surgit devant ses yeux et se referma sur son cou, la main griffue lui empoignant l'épaule. La prise se raffermit, sans que Thranduil ne sache si l'orque voulait l'étouffer, lui briser la nuque ou seulement l'immobiliser. Maintenu ainsi, son dos plaqué contre le torse de l'orque, un bras inutile, Thranduil ne pouvait plus se défendre. Sa main vola sur le bras ennemi mais les griffures qu'il y laissa n'attirèrent pas même l'attention de l'orque.
L'elfe laissa échapper un gémissement, rapidement étouffé par le sang qui envahissait sa gorge. L'orque ne le lâcha pas. Il pouvait sentir son souffle dans sa nuque. Dire qu'il était si près de chez lui ! Une heure, peut-être deux de marche, et ils auraient été en sécurité. Ses jambes cédèrent et seul le bras de l'orque le maintint debout. Thranduil ferma les yeux un bref instant Quand il les rouvrit, Azog se tenait devant lui, satisfait de voir que sa brûlure était payée au centuple.
L'orque pâle posa le pic acéré qui lui servait de main sous le menton de Thranduil et le força à relever la tête. L'elfe avait des difficultés à rester concentré sur Azog. Chaque respiration était un supplice et son sang s'échappait par des dizaines de blessures.
« Nous revoilà face à face, murmura Azog avec délectation. Vous auriez dû rester à Dol Guldur. Vous auriez vécu plus longtemps !
— En esclave ? ricana Thranduil. Jamais ! »
Sans sommation, Azog enfonça le pic dans l'estomac de Thranduil.
« Comme vous voulez, » murmura l'orque pâle.
Il tourna son bras, ouvrant davantage la plaie, avant de retirer le pic.
« Tranchez lui la tête ! ordonna-t-il à ses orques. Nous l'offrirons aux elfes ! »
Il recula, laissant le champ libre à ses soldats. Thranduil toussa, crachant du sang qui dégoulina de son menton et tacha son manteau. Les bras ballants, inertes à son côté, il réalisa qu'il avait lâché son épée.
Réponse en vrac :
La fuite est presque terminée. D'autres personnages ne vont pas tarder à faire leur retour.
J'ai mis que Hilda était la plus mal en point parce qu'elle supporte mal les privations. Comme elle protège les adolescents, elle leur a laissé la plus grande part de nourriture. Sigrid ne peut pas flancher, sinon elle emporte son frère avec elle. Elle n'a pas d'autre choix que de tenir et aller au delà de ses limites.
Pour les nazguls, j'avoue. Je ne me souvenais plus de leurs effets exacts et j'étais en train de me relire tous les HP. Foutus détraqueurs...Bon, au final, ça se ressemble quand même un peu alors chut.
Il y avait une broutille dans le premier chapitre. Merci de me l'avoir indiquée, elle est corrigée.
Merci à tous ceux qui ont commenté ! ça me fait toujours plaisir ^^
J'espère que ce chapitre vous aura plus également. J'aime beaucoup Tilda, je la voie vraiment revancharde. Petite ne veut pas dire inefficace.
Rendez-vous dimanche !
