Chapitre 50 :
.
.
.
Regina posa le plateau du petit déjeuner sur la table de chevet. Le tintement de la vaisselle qui s'entrechoquait réveilla son hôte.
- « J'ai dormi combien de temps ? » Demanda Emma en se frottant les yeux.
- Deux jours. » La jeune femme brune versa le jus d'orange fraichement pressé dans les deux verres de cristal. « Comment te sens-tu ?
- Pleine… je ne sais pas comment te l'expliquer… mais dans le bon sens… » Elle fit tourner ses mains sous ses yeux. « Je la sens en moi. Elle est toujours présente.
- Je sais. Je la ressens aussi. »
Emma se redressa sur ses oreillers et s'assit contre sa tête de lit.
- « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- Que veux-tu faire ?
- Je ne sais pas.
- Alors prends ton temps. Tu as été submergée et dépassée par un flot d'émotions. Laisse-toi le temps de les digérer. Pose-toi. »
Emma réfléchissait à ce que Regina lui disait.
- « Je ne vais pas rester ici. »
L'affirmation interrompit Regina dans sa tâche. Elle s'attendait tout sauf à cela. Elle tenta de maitriser ses sentiments et l'air de rien, répartit le petit déjeuner sur les assiettes :
- « Tu es la bienvenue. Tu le sais. Tu ne me déranges pas.
- Non. Tu ne m'as pas comprise… A Storybrooke. »
Sous le coup de l'émotion, la jeune Maire ne put que s'asseoir sur le bord du matelas. Elle ne dit rien. Après ce qu'Emma avait traversé, après tout ce qu'elle avait enduré et surmonté, qui était-elle pour la retenir, pour la convaincre de rester… Sa compagne devait penser avant tout à se reconstruire. Et c'était un dur travail qu'elle devait faire d'elle-même. Regina se devait d'accepter les conditions. Emma ressentit les tourments qui envahissaient la jeune femme et posa sa main sur la sienne.
- « Tant que je la sentirai en moi, je ne saurais jamais vraiment si je prends les bonnes décisions. Le doute subsistera.
- Je comprends.
- J'ai besoin de me retrouver seule, sans magie, pour me reconstruire. Je n'ai plus confiance en moi. Tu le sais… Et je dois être forte pour me pardonner et… demander pardon.
- Je sais.
- Regina… Je ne me sens pas prête à affronter leur regard. Éprouvent-ils de la colère ? de la pitié ? ou encore de la peur ? Je ne suis pas assez forte, pour déambuler dans les rues et faire comme si de rien n'était. Je ne veux pas faire semblant. Je veux soutenir leur regard, je veux avoir les épaules pour entendre ce qu'ils ont à me reprocher, je veux ressentir leur peine et être vraiment et sincèrement désolée… Je ne veux pas me réfugier derrière de fausses excuses. »
Regina releva la tête et croisa son regard.
- « Tu utilises mes propres mots ?
- La voix de la sagesse. » Elle rit sincèrement. Depuis combien de temps n'avait-elle pas ri ?
- « Quand comptes-tu partir ?
- Le plus tôt possible. Dans la semaine, le temps de rassembler mes affaires et de transférer mes papiers.
- Où iras-tu ?
- Je ne sais pas encore.
- Tu diras au-revoir à Henry ?
- Oui. Si je dois bien des explications, c'est bien à lui. Et il est temps qu'il rentre à la maison. »
.
.
Rien de tel pour réunir deux personnes empruntées de non-dits que des jeux-vidéos pour dissiper toute tension. Henry et Emma se donnaient à cœur joie devant le grand écran du salon pendant que Regina préparait le repas. Elle les entendait rires aux éclats, se lancer les coussins des fauteuils à une parade perdue et des bagarres sur le tapis en cas de victoire. Elle sourit, émue, témoin de ces retrouvailles. Deux enfants…
Quand Henry avait franchi le seuil de la porte, il avait jeté son sac à dos dans le coin du couloir et s'était précipité dans les bras de sa mère biologique. Il pleurait et riait à la fois. Il avait appris les conséquences de sa 'guérison' et acceptait, à contre cœur, son départ. Il avait décidé de ne pas en parler dans l'immédiat, même s'il n'avait pas encore dit son dernier mot. Après tout, cela s'était décidé sans sa présence, il estimait qu'il avait le droit lui également de donner son opinion.
.
- « Je sais que je ne suis qu'un adolescent, Emma. »
La jeune femme blonde connaissait son fils. Elle se demandait quand il allait intervenir et lui dire sa façon de penser. Elle mit le jeu sur pause et se tourna vers lui. Elle l'écouta avec attention.
- « Et tu penses que je n'ai pas grand-chose à dire. » poursuivit-il sur sa lancée.
- « Tu te trompes. Ce n'est pas du tout ce que je pense.
- Ha, non ?
-Tu as le droit de penser et de dire tout ce que tu veux, tu peux tout me dire… Ça me vexerait même, je pense, que tu ne te sentes pas suffisamment à l'aise avec moi, que tu ne me dises pas ce que tu ressens. » Elle lui sourit : « Mais… ce n'est pas pour autant que je vais te suivre, gamin. Avant que tu ne t'expliques, je voudrais que, pour une fois, tu gardes ceci en tête et que tu en prennes compte… Je ne te fuis pas et je reviendrai. Je te le promets. » Il hocha la tête d'un air entendu. Elle continua : « J'ai besoin de me retrouver loin d'un monde sans magie pour me reconstruire. J'ai besoin de me convaincre que j'agis bien par moi-même, que mes sentiments sont ressentis … qu'ils soient purs,… en aucune façon influencés par ma magie.
- Tu la contrôles ?
- Oui. » Elle fit jaillir une flamme du bout des doigts puis elle la fit danser dans sa paume. « Mais je ressens sa noirceur, chaque fois que je l'appelle. J'arrive à la repousser… Je pense l'avoir domptée.
- Pourquoi pars-tu alors ?
- Pour travailler sur moi, sans elle. Je veux aller mieux, Henry. Je souhaite vraiment aller mieux… et pour ça, je dois faire face à mes actes. Je dois me réconcilier avec moi-même.
- Pourquoi tu ne peux pas le faire ici ?
- Je viens de ce monde mais je n'ai pas été élevée par lui. Ici la mort, le meurtre, les manipulations… tout est tellement différent. Ses valeurs sont différentes. Dans le mien, dans le tien aussi, en fait, tout délit et crime réclament justice. Ce n'est pas le cas ici. Et … en quelque sorte, ça me pose un problème moral que je ne doive rien à personne… C'est compliqué… Je ne sais pas si tu peux comprendre.» Elle lui ébouriffa les cheveux. « Mais je reviendrai. Je fais tout ceci pour revenir.
- « C'est à cause de la magie que tu pars ?
- Entre autre.
- Quoi d'autre ?
- Les gens à qui j'ai fait du mal.
- Maman ?
- Non. Ho non ! Je lui dois tout.
- Moi ? » Demanda-t-il craintivement.
- « Je le pensais au début. Et quand je t'ai vu, quand tu t'es précipité dans mes bras, … mes craintes se sont envolées. Non, je regrette seulement de ne pas t'avoir fait venir plus tôt. »
Il se serra contre elle.
- « Ce n'est pas de ta faute.
- C'est gentil mais si ça l'est… »
Henry relança la partie. Ils se battirent l'un contre l'autre puis firent équipe quand le jeune garçon arrêta à nouveau le match.
- « Et si on venait avec toi ?
- Je ne peux pas vous demander ça. Vous avez votre vie ici. Tes grands-parents, l'école, la Mairie… Toute votre vie est ici à Storybrooke. »
.
.
- « Tu ne crois pas qu'il s'agisse d'une fuite ? » Snow fit tournoyer son écharpe autour de son cou. Le vent du nord soufflait et annonçait de nouvelles chutes de neige.
- « Non c'est l'avant dernière phase d'une cure. Vois-le plutôt comme ça. »
Regina était mal à l'aise dans cet échange. Elle avait l'impression de lui voler quelque chose. Il y a pas si longtemps, elle s'en serait enorgueillie. Mais elle avait changé. Elle aussi était venue de très loin.
- « Quand pourrions-nous vous revoir ?
- Quand elle sera prête à affronter ses responsabilités avec sa magie. Donne-lui du temps. Elle doit se retrouver et surtout … faire la paix avec elle-même.
- Pourquoi ne peut-elle pas la trouver avec nous ?
- Tu sais pourquoi.
- Je reste persuadée qu'elle serait mieux ici, avec nous, sa famille. Nous pouvons l'aider aussi.
- Ce que vous voyez comme de la bienveillance à son égard, elle le ressent comme de la condescendance. C'est un poids supplémentaire dont elle n'a pas besoin.
- Combien de temps ?
- On te tiendra régulièrement au courant, par mail. Et il y a tellement de réseaux sociaux, qu'on pourra faire des vidéos conférences à n'importe quel moment du jour et de la nuit. Mais donne-lui du temps, tu veux ?
- Qu'avez-vous prévu de faire en attendant ?
- Visiter, voyager, découvrir le monde.
- Et les études d'Henry ?
- Il les fera par correspondance. Il est scolaire, studieux et curieux. Il a besoin de nous retrouver aussi. Ensuite, nous nous installerons quelque part.
- Tu as tout prévu, je vois.
- Non, je te dis tout cela mais je ne suis sûre de rien. Tout dépendra d'Emma. »
Leurs regards convergèrent vers le centre de leur conversation. Emma vérifia une dernière fois le moteur de la voiture. Snow fit de bonds sur place. De froid ? D'excitation ? Elle sentit le doute dans le ton de la voix de Regina. C'était le moment de changer les rôles et d'avoir confiance en l'avenir. Elle posa ses mains gantées sur les épaules de son ancienne Belle-Mère :
- « Je sais que tout se passera bien. J'ai confiance en toi, en vous. Tu as pris la bonne décision. Et on fera avec. Promets de nous appeler souvent.
- Promis. »
.
.
David referma le coffre de la Mercédès.
- « Tout est dans le coffre. Henry, tu n'as rien oublié ?
- Non, Grand-Père. J'ai tout pris… l'essentiel, quoi.
- Tes jeux vidéos.
- Bien sûr. » Il sourit. « Et mes comics.
- Heureusement que j'ai fait ta valise, jeune homme » Regina passa à côté de son fils et recoiffa ses cheveux déjà en bataille. « Prêt ?
- Oui ! » S'exclama-t-il, impatient.
Regina jeta un œil près de la porte d'entrée des Charming. Sur le porche, Snow serra fort sa fille dans ses bras. Emma avait les bras croisés, fermés et la tête basse. Elle n'osait toujours pas regarder sa mère dans les yeux.
- « Emma, tu sais que je t'aime et je te pardonne. Ne l'oublie pas. Ne doute pas une seconde de mes sentiments. Et je suis fière de la personne que tu es devenue, je suis…
- Snow. » Regina interrompit volontairement cet échange lourd pour les épaules frêles de sa compagne. « On y va, sinon, on ne partira jamais. » Elle regarda le ciel. « Et je ne voudrais pas être coincée ici une semaine de plus à cause d'une tempête… »
Emma s'extirpa des bras de sa mère et sourit tristement à Regina. Elle murmura un Merci que Regina put déchiffrer sur ses lèvres. Elle se rapprocha de son ancienne rivale et fut saisie d'être embrassée, elle également. « Au-revoir, Snow.
- Merci pour tout ce que tu as fait et tout ce que tu fais pour elle. »
Regina ne répondit pas, prise au dépourvu par la confession. « Prends soin d'eux
- Il n'en sera jamais autrement. Tu le sais.
- Oui. Ils sont entre de bonnes mains ! » Elle l'écarta de ses bras sans lâcher sa poigne sur ses épaules. Mary-Margaret essayait de lui transmettre tous les sentiments qu'elle éprouvait à son égard. « Je le ressens. Allez-y ! »
Elles redescendirent les quelques marches qui les séparaient de l'allée et se dirigèrent vers la voiture. David s'était lancé dans une bataille de boules de neige avec Henry dans le jardin et Emma, adossée à la carrosserie, les observait en souriant.
- « Miss Swan. » Emma releva la tête à cette interpellation. « Vous allez griffer ma voiture avec les rivets de votre jeans.
- Il fallait prendre la mienne.
- Et prendre le risque de ne pas franchir plus de 50 km sans qu'elle ne tombe en panne ? »
David s'arrêta et se redressa. Il sentait l'heure du départ et des adieux :
- « Elle est où d'ailleurs la coccinelle ? »
Emma répondit :
- « Elle est chez Michaël. Il va faire en sorte de la retaper entièrement enfin que le Petit Prince puisse en profiter à ses dix-huit ans.
- Quoi ? Elle sera pour moi ?
- Oui, je pense que ton père aurait adoré que je te la donne.
- Génial !
- Pour tes DIX-HUIT ans ! Pas avant. Et avec un permis en poche !
- Oui, Maman.
- Allez on y va. »
Regina se plaça derrière le volant, Emma à ses côtés et Henry à l'arrière. Il farfouilla dans son sac à la recherche de sa Switch. Ils bouclèrent ensuite tous les trois leur ceinture et Regina alluma le moteur. Elle posa ensuite sa main sur la cuisse de sa compagne :
- « Tu es prête ? C'est bien ce que tu veux ? »
Emma tourna la tête et planta ses yeux verts dans les siens.
- « Plus que tout au monde, Regina. Le gamin, toi et moi. J'ai tout ce dont j'ai besoin et tout ce que j'ai toujours voulu. »
Sans se retourner, la voiture noire prit la route et les passagers la regardèrent droit devant eux.
.
.
.
Deux ans plus tard.
Emma forma le numéro de sa mère et enclencha la vidéoconférence de son smartphone. Elle pouvait entendre au loin les piaillements d'Henry qui était éclaboussé par sa mère. Malgré sa taille et sa carrure, il adorait se comporter comme un gamin en présence de Regina. Il avait bien changé, le bonheur se lisait sur son visage. Et sa mère adoptive… jamais Emma ne l'avait vue aussi épanouie et aussi insouciante, sans peur du lendemain.
La jeune femme blonde tapota ensuite de la main droite sa poche et se rassura à son toucher. Les tonalités furent longues. Elle leva les yeux et vit Henry tenter de pousser, en représailles, Regina dans les vagues de l'Océan. Elle rit. Snow décrocha.
- « Emma !
- Bonjour Mary.
- Tout le monde va bien ?
- Tout le monde va très bien. Tu peux appeler David, j'ai quelque chose à vous annoncer. »
Snow sourit et appela son mari. Il se présenta immédiatement à l'écran.
- « Bien… encore une seconde. » Elle déposa son téléphone sur le sol et le bloqua à l'aide de tongs et de crèmes. « Vous me voyez toujours ?
- Oui. » Répondirent-ils à l'unisson. « Dis-nous qu'est-ce qui se passe ?
- Regina, Henry ? J'ai Mary et David en ligne, vous venez ? »
Ils ne se firent pas prier et se précipitèrent vers elle en se bousculant et en riant. Essoufflés, ils s'affalèrent sur les serviettes et regardaient le petit écran.
Emma respira un grand coup et dit :
- « Ok. C'est le moment. Maman, Papa, je voulais que vous soyez présents pour ceci.
- Présents pour quoi ? Pour leur montrer l'Océan ? » demanda Henry, voulant se moquer de sa mère biologique.
- « Chht. » Regina lui commanda de se taire, tout aussi intriguée que lui de la raison de l'appel d'Emma… Lorsque celle-ci se tourna vers elle. Emma changea de position de façon à ce qu'un genou soit à terre et son visage devint sérieux. Elle sortit un petit écrin de sa poche qu'elle ouvrit et présenta à sa compagne : « Regina, penses-tu que nous méritons d'être enfin heureuses ? »
Henry tout aussi surpris que sa mère adoptive ouvrait et fermait la bouche comme un poisson hors de l'eau. Snow poussa un cri aigu et s'agrippait tellement fort au bras de son mari qu'il crut qu'elle allait le lui arracher… Et Regina… Regina… sauta au cou d'Emma, qui bascula en arrière. Elle prit son visage entre ses mains et le couvrit de baisers.
- « Oui… oui…OUI ! »
Emma tourna la tête vers le téléphone et annonça à ses parents :
- « Bon et bien, je crois qu'il est temps de rentrer à la maison. »
FIN.
.
.
.
N/A : Ouch ! Ça fait mal. Je ne pensais pas que cela serait douloureux. Je ne l'ai pas redouté, cet instant, je l'attendais même… Et le voilà, ça me fout un gros coup au cœur… Parce que je sais que ce sera ma dernière ff et donc ma dernière publication.
La série s'est terminée, la fanfiction aussi. La boucle est bouclée.
C'est ici que nos chemins se séparent. J'espère que l'histoire vous a plu et comblés. Elle ne m'a pas quittée malgré ces 4 ans d'absence. Elle est restée dans un coin de ma tête me hantant, rappelant à mon souvenir d'un travail inachevé qui ne demandait qu'à être clôturé.
Merci d'avoir été présentes, toujours fidèles au poste. Merci pour les commentaires parsemés tout au long de ces années de désert. Ils ont été de véritables moteurs. Si au départ, j'écrivais pour moi, pour libérer mon esprit de toutes ces idées… petit à petit, je me suis mise à écrire pour vous.
On se croisera au détour d'une publication professionnelle et publique, j'en suis sûre. C'est mon prochain objectif, ma prochaine étape. Ceci m'a permis cela…
Petite note personnelle : Si j'utilise des pseudos, c'est que je tiens REELLEMENT à ma vie privée et à mon anonymat. Merci de le respecter
N'hésitez pas à me faire savoir en PM, que vous m'avez reconnue et je me ferai un plaisir d :e vous répondre. Ce profil restera actif jusqu'à la fin du site en lui-même
Je vous souhaite le meilleur dans votre vie. Merci d'avoir toujours été là près de moi.
RT
