Notes de l'auteur : J'ai fait un dessin pour le chapitre 49 (lisez sur AO3) ! :D

Résumé : À leur mort brutale, Sam et Dean ont été emportés par Tessa qui les attendait sur ordre du guide suprême. Ils parcourent le Paradis ravagé par les affrontements entre Faucheurs, et Metatron les aide à rejoindre Bobby. Pour sauver l'âme de Sam qui va bientôt être détruite à cause des épreuves, il ne reste plus qu'une seule épreuve à annuler, et il faut donc remettre Bobby en Enfer. Bobby accepte de retourner en Enfer pour sauver Sam. Il ne reste plus que quelques minutes avant la destruction de l'âme de Sam... arriveront-ils à temps en Enfer, guidés par Tessa ?

Bonne lecture !

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Chapitre 51 : Where did it all go wrong ?

(Oasis)

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C'est avec un son feutré que le parchemin se déroule pour dévoiler des tracés d'une finesse sans pareille. Lissant du bout des doigts les plans qu'il a dessinés lui-même durant ses nuits désœuvrées au bunker des Hommes de Lettres, Crowley toise crânement ses cinq lieutenants de guerre. Tous vêtus de costards – étiquette oblige – les démons assis autour de la table se penchent pour lorgner les dizaines de cartes étalées sous leurs yeux comme un puzzle.

« Comme je le disais, lâche Crowley d'une voix traînante. Nous sommes en train de perdre tout ce secteur. Les troupes d'Abaddon sont postées ici...

Le Roi de l'Enfer esquisse un mouvement gracieux du poignet, et de la fumée noire se met à ramper sur le damier de parchemins accolés les uns aux autres pour former le secteur en question.

- … ici...

Elle s'agglutine dans les espaces rectangulaires figurés, remuant comme une masse grouillante d'insectes.

- Et , achève-t-il en un murmure rauque.

Son doigt pointe les brumes sombres qui flottent au-dessus du parchemin – on aperçoit au travers un espace cerné de murs épais et de portes blindées. Malgré son calme apparent, une rage sourde brûle en Crowley. Les cinq démons ne s'y trompent pas, s'il faut en croire la sueur qui perle sur leurs tempes. Ils serrent tellement les fesses qu'ils arborent tous un air constipé.

- Je vous avais ordonné de protéger la Cage en priorité. Il me semble même avoir dit très exactement de tenir vos positions sur ce secteur, quitte à y laisser votre vie. Je l'ai dit, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?!

- Vous l'avez dit, Votre Majesté.

- ALORS POURQUOI ÊTES-VOUS ENCORE EN VIE ?!

Lorsque Crowley abat son poing sur la table, si fort qu'elle se brise en deux et que toutes les cartes glissent jusqu'à s'enrouler mollement au sol, les lieutenants bondissent hors de leurs chaises.

- Nous avons été trahis, Sire ! Quand Abaddon a attaqué et annexé le secteur, nous n'avons rien pu faire. Nos démons se retournaient contre nous et nous avons dû battre en retraite. Chaque jour qui passe, de plus en plus de démons mineurs passent à l'ennemi. Et je ne parle même pas des déserteurs qui se cachent sur Terre ou au Purgatoire !

Le visage rouge de colère, Crowley se redresse de toute sa hauteur et rajuste sa cravate.

- Maintenant qu'Abaddon détient la Cage entre ses griffes, siffle-t-il en leur tournant le dos, ça ne va rien arranger à la situation. Je n'ai pour sujets que des pleutres dont la loyauté flanche au moindre soupçon de difficulté.

- Sire, Abaddon ne pourra pas ouvrir la Cage sans vous avoir tué auparavant. Attaquer ce secteur était une erreur de sa part. Nous nous sommes bien défendus, et elle a perdu des centaines de fidèles dans le processus.

Crowley roule des yeux en se perchant d'une fesse sur son bureau, et leur jette un regard désabusé tout en ouvrant une bouteille de whisky.

Plus que jamais, il comprend ce qu'ont pu ressentir les méchants de Disney ainsi que tous les dictateurs qui se sont retrouvés en Enfer après leurs hauts faits. Les échecs des grands esprits sont toujours dus à l'incompétence et la stupidité des moutons qui les suivent en bêlant.

- Et dire que je vous ai choisis pour diriger les troupes car vous êtes les moins stupides du lot... soupire le Roi de l'Enfer en se servant un verre. La stratégie d'Abaddon est efficace, même si peu subtile. Annexer la Cage, même verrouillée, est une victoire symbolique qui va détruire le moral de mes troupes et lui donner un ascendant psychologique. Prendre la Cage, c'est un message clair et net pour signifier que me tuer est son prochain objectif.

Les yeux baissés d'un air maussade sur le liquide ambré, Crowley fait doucement tournoyer le verre pour faire tinter les glaçons.

- Puis-je me permettre d'exprimer mon avis, Votre Majesté ?

Le lieutenant aux cheveux gominés et aux courbettes obséquieuses ne reçoit guère qu'un coup d'œil ennuyé de Crowley.

- Permission accordée, lance-t-il avec un gracieux dédain. Au point où j'en suis...

Le démon subordonné lisse le col de son costard en échangeant un regard de connivence avec ses collègues – ceux-ci hochent la tête comme pour l'encourager.

- Beaucoup de rumeurs ont couru sur vous lors de votre disparition de près d'un an en temps infernal, soit quelques semaines en temps terrestre. Nous avons cru que les Winchester vous avaient tué, et c'était l'anarchie en Enfer. Tout le monde voulait récupérer votre trône jusqu'à ce qu'Abaddon s'impose. Nombre d'entre nous avons plié le genou devant Abaddon car nous n'avions pas le choix, et je suis de ceux qui étaient soulagés lorsque vous avez fait votre retour flamboyant en annonçant que les Winchester étaient à votre botte. J'ai immédiatement tourné le dos à Abaddon pour vous rejoindre, car vous êtes de loin le meilleur Roi qui ait régné sur l'Enfer depuis toujours.

Crowley esquisse une vague moue en prenant une gorgée d'alcool, la flatterie lui glissant dessus comme de l'eau sur les plumes d'un canard.

- Merci. Viens-en aux faits.

Le lieutenant se raidit en joignant ses mains dans son dos :

- Vous avez rallié l'Enfer à vos côtés en promettant le soutien des Winchester et la défaite d'Abaddon. Mais jusqu'à présent, vous avez manqué à tous vos engagements électoraux. Abaddon s'est évadée du Purgatoire, et vous avez bien tenté de garder le secret, mais tout le monde sait à présent que les Winchester sont morts. Les démons mineurs commencent à croire que rejoindre Abaddon est plus prudent, plutôt que de rester du côté des... perdants.

- De plus, s'enhardit un autre lieutenant au crâne aussi lisse qu'un cul de nonne, les anciens démons n'apprécient pas les changements que vous avez apportés à l'Enfer depuis votre couronnement. Les nostalgiques regrettent la lave, les flammes, les fleuves de sang, les chaînes et les tortures plus classiques. Ils trouvent que l'Enfer a perdu de son charme d'antan et est devenu aseptisé. Ils espèrent qu'Abaddon restaurera les traditions.

Vidant son verre d'une traite, Crowley le repose sans douceur sur le bureau.

- Des ingrats ! crache-t-il tandis que sa lèvre supérieure se recourbe de dégoût. Tous des ingrats, des lâches et des ignares !

- C'est une réalité, Sire ! ajoute le lieutenant gominé en esquissant une courbette. Les démons mineurs se joignent toujours au plus fort, et les anciens sont très attachés au fonctionnement originel et à la décoration que Lucifer lui-même avait instaurés. Tous sont séduits par Abaddon, que ce soit pour sa force brute ou ses projets d'Apocalypse.

- Il n'y a guère que ceux qui partagent vos idéaux ou craignent le tempérament violent d'Abaddon qui restent à vos côtés. Et ils sont de plus en plus nombreux à préférer prendre la tangente.

Avec un reniflement méprisant, Crowley se détache de son bureau, son aura faisant vibrer l'air de colère démoniaque. C'est avec un regard orageux qu'il caresse du bout du doigt une longue feuille de son yucca.

- Avant que je monte sur le trône, l'Enfer n'était qu'un cloaque puant et mal organisé. J'ai ajouté un sauna, une patinoire, une salle de cinéma et une zone d'entraînement digne de ce nom pour les Chiens de l'Enfer ! J'ai accordé la vie sauve à ceux qui me prêtaient allégeance, malgré leur trahison ! J'ai mis en place un système via appli smartphone pour mieux trier les âmes innocentes et les stocker en vue de leur renvoi vers le Paradis ! Mon Enfer est une œuvre d'art ! Que demandent-ils de plus ? Que je leur donne un bac à lave et des chaînes rouillées pour faire mumuse et jouer à qui torture le mieux et qui a la plus longue ? Un peu de sérieux, bon sang !

Crâne d'œuf et Gomina échangent un regard lourd de sens avant de se racler la gorge.

- C'est justement ça le problème, Votre Altesse. Depuis que vous êtes revenu, certains trouvent que vous vous êtes... adouci.

Le lieutenant articule ce dernier mot exactement comme un céleste évoquerait des sentiments. Comme quelque chose de honteux et anormal. Alors que Crowley referme le poing sur la feuille, si fort que ses articulations blêmissent, un autre des cinq démons enchaîne d'un ton insupportablement précautionneux :

- Soyez sûr que vos attentions seraient fort appréciées en temps de paix, Votre Majesté – pour ma part, j'aime beaucoup le sauna. Mais nous sommes en guerre, et toute cette... humanité... dont vous faites preuve, comprenez que cela n'inspire pas confiance. C'est d'un souverain féroce et sans pitié dont nous avons besoin pour vaincre un Chevalier de l'Enfer comme Abaddon. Vos sujets sont inquiets et regardons les choses en face : nous sommes en train de perdre cette guerre.

Le poing tremblant, Crowley sent la feuille s'écraser et crisser entre ses doigts. Et d'un coup, il l'arrache du yucca et se tourne d'un bloc vers ses démons.

- Je vais vous montrer à quel point je suis humain, susurre-t-il dangereusement en froissant la feuille entre ses mains. Le peuple veut du sang ? Je vais lui donner le vôtre si vous continuez à m'insulter, bande de ramassis putride de mollusques de...

Trois coups secs contre la porte du bureau l'interrompent dans sa tirade, et le Roi de l'Enfer laisse la feuille de yucca broyée tomber au sol, sa patience à bout.

- Quoi ENCORE ?! explose-t-il en se tournant vers la porte.

La porte s'entrouvre pour laisser passer la silhouette de Theyla. Ses cheveux blonds ondulant sur ses épaules charnues, elle s'avance d'un pas dans le bureau, sa robe de soirée épousant ses formes. La vue de la démone qui lui sert de bras droit est d'ordinaire un baume pour les yeux et l'esprit, mais là, Crowley n'est vraiment pas d'humeur.

- Je t'avais dit de ne pas me déranger quand je suis en réunion, claque-t-il en plissant les yeux. J'ai besoin de concentration pour établir une stratégie de contre-attaque.

Theyla se contente de hausser un sourcil critique en jetant un regard à la table brisée et aux cartes gisant au sol.

- Je vois ça, commente-t-elle avant d'esquisser un sourire enjôleur. Mais ça ne pouvait pas attendre. Figure-toi que j'ai une surprise pour toi, Fergus.

- Bonne ou mauvaise ?

- Ça, c'est à toi d'en décider.

Au ton énigmatique de la démone qui avait été son mentor trois siècles plus tôt, le Roi de l'Enfer glisse un regard contrarié à ses lieutenants qui se tiennent raides comme des piquets à attendre des ordres.

Crowley est entouré d'incapables sans tripes ni cervelle. C'est là sa malédiction.

- Ces préliminaires sont adorables mais je n'ai pas de temps à perdre. Accouche donc. Au point où j'en suis, ma patience n'est plus qu'un souvenir lointain.

Les lèvres rouges de Theyla s'étirent en un sourire qui dévoile ses dents, et c'est sans ciller qu'elle claque des doigts. La porte restée entrouverte derrière elle s'ouvre alors totalement pour laisser entrer un groupe atypique. Avec en tête une Faucheuse que Crowley a déjà croisée deux ou trois fois – sans jamais réussir à la corrompre pour ses petites transactions – s'avancent dans le bureau trois silhouettes qu'il reconnaîtrait entre mille.

Sa mâchoire se décroche de stupeur, et c'est avec des yeux ronds qu'il dévisage les frères Winchester et Bobby Singer en personne.

- Sainte Pute Mère de Dieu... murmure-t-il tout bas dans sa barbe.

- Ouais, content de te voir aussi, Crowley, articule âprement Dean en guise de salutation.

Le Roi de l'Enfer referme la bouche et réalise qu'il se trouve face à des âmes désincarnées comme il en voit tous les jours lorsqu'il trie ses petits damnés. En observant bien, il n'y a là ni chair, ni os, ni sang – seulement la matérialisation physique que leur âme façonne.

- Je les ai trouvés errant au niveau des portes d'entrée de l'Enfer, explique Theyla tandis que le tapis persan étouffe le claquement de ses talons. Ils se sont retrouvés en pleine bataille entre notre armée et celle d'Abaddon, j'ai réussi de justesse à les tirer de là.

Les mains posées sur ses hanches, la démone émet un rire élégant en indiquant Bobby d'un geste du menton :

- Ne t'avais-je pas dit que c'est lorsqu'on cesse de les chercher qu'on retrouve les affaires qu'on a égarées ?

Mais Crowley ne l'écoute déjà plus, son regard se rivant sur Bobby qui arbore un air renfrogné sous sa casquette vissée, puis sur Dean qui semble bouillir d'impatience et de frustration, et enfin sur Sam. Sam qui est recouvert des pieds à la tête de serpents démoniaques aux yeux d'un noir d'encre. En longues ondulations de lave, les créatures plongent dans son âme avec des crépitements de flammes.

- Vous deux, siffle Crowley en pointant les deux bellâtres aux cheveux artistiquement décoiffés. Vous êtes morts sans mon approbation. C'est une grave violation de nos termes de contrat !

Dean fronce les sourcils en pinçant les lèvres comme si on venait de lui placer sous le nez une bouse odorante.

- Oh, toutes mes excuses, ironise-t-il agressivement. La prochaine fois qu'on me tire une balle dans le cœur, je prendrai le soin en agonisant de demander à mon meurtrier de t'envoyer une demande en trois exemplaires et accusé de réception.

- Ce serait la moindre des politesses ! Vous vous permettez de mourir en nous laissant porter votre deuil et subir les conséquences de VOS conneries, pour vous pointer maintenant la bouche en cœur dans mon Enfer ? Avez-vous seulement idée d'à quel point ça a été dur ? Bande d'irresponsables !

- Oh, arrête de faire ta drama queen, Crowley. C'est vraiment pas le moment.

- Hum, Dean, je crois qu'il essaye de dire qu'il était triste qu'on soit morts... souffle Sam avec une grimace embarrassée.

Crowley serre les dents et relève bien haut le menton alors qu'il entend ses lieutenants échanger des commentaires en murmurant entre eux. Le tourbillon de sentiments contradictoires fait rage en lui, l'écartelant entre une sensation de bonheur euphorique et une colère tout à fait justifiée, si bien que ses jambes lui semblent molles et ses mains moites.

Le Roi de l'Enfer réduit au silence ses larbins d'un regard perçant.

- Dehors, ordonne-t-il en indiquant la porte d'un geste empreint d'une autorité charismatique et virile.

Les cinq démons ne se le font pas dire deux fois, et s'inclinent servilement devant lui avant de quitter le bureau.

- Toi aussi, Theyla.

La démone hausse un sourcil circonspect avant d'obtempérer à son tour – c'est en roulant des hanches qu'elle s'éloigne jusqu'à refermer la porte derrière elle. À l'instant même où ils se retrouvent seuls, la Faucheuse s'avance d'un pas avec un air grave :

- Il ne reste plus que quelques minutes en temps infernal avant la destruction de l'âme de Sam Winchester. Nous avons besoin de vous pour annuler la dernière épreuve de la tablette des démons. Vous seul pouvez réincorporer à l'Enfer une âme innocente.

Crowley hausse les sourcils en posant un regard placide sur l'âme de Sam qui flamboie comme une torche, enserrée par des dizaines de serpents qui ondulent et plongent dans son cœur.

- Vous avez donc trouvé le moyen de me ramener ce cher Bobby Singer... susurre-t-il avec un rictus en coin. Toutes mes félicitations. Je dois m'avouer impressionné.

L'Écureuil plisse les yeux et le pointe de l'index en un geste de menace.

- Je te préviens, espèce de fils de pute, si tu touches ne serait-ce qu'à un seul cheveu de Bobby, je...

- Oh crois-moi, Écureuil, je toucherai bien plus que ça, ricane le Roi de l'Enfer en s'amusant grandement de la situation.

Avoir l'ascendant et tenir tous les espoirs d'autrui au creux de ses mains est un plaisir subtil dont il ne se lassera jamais. À cet instant précis, les Winchester sont à sa merci, et avec le compte à rebours qui s'égraine, il pourrait les faire supplier, ramper à ses pieds, tirer d'eux absolument tout ce qu'il veut.

La sensation de pouvoir est enivrante.

- Crowley... s'il te plaît...

Le Roi de l'Enfer arque bien haut les sourcils sur son front alors que l'Élan le fixe d'un regard humide de chien battu tandis qu'un serpent s'enroule autour de son cou et s'introduit dans sa trop longue chevelure.

Crowley cille et sent une pointe de remord ruiner son plaisir. Si tourmenter Dean et lui titiller les nerfs est un délice sans cesse renouvelé, blesser Sam lui ferait presque éprouver de la honte. Ces derniers mois, le démon a appris à apprécier et même rechercher la compagnie du bellâtre et de la carpette aimante qui lui sert de Chien de l'Enfer.

- Oh bon sang, mais tu attends quoi ? explose Bobby en traversant la pièce à grandes enjambées. Un bouquet de fleurs et une boîte de macarons, peut-être ? Une sérénade sous ton balcon ?

Crowley ne bronche pas lorsque le vieil ours empoigne le col de son costard, et le foudroie d'un regard orageux par-dessous la visière de sa casquette.

- Ma foi, ce ne serait pas de refus, répond calmement Crowley en soutenant son regard.

Presque nez contre nez avec lui, le chasseur plisse les yeux :

- Tu vas sauver l'âme de Sam tout de suite, ou crois-moi je vais te carrer ta foutue plante là où le soleil ne brille jamais, jusqu'à ce qu'elle ressorte par l'œsophage !

- Puisque c'est demandé si gentiment...

Dressé sur la pointe des pieds par la poigne de Bobby qui l'étrangle à moitié, le démon manœuvre pour tirer son téléphone portable de sa poche intérieure.

- Tu permets ? déclare-t-il d'un ton affable en arquant un sourcil.

L'air méfiant, Bobby plisse les yeux et consent à le relâcher avec un regard d'avertissement. Libéré, le Roi de l'Enfer prend le temps de lisser son col et rajuster sa cravate avant d'ouvrir l'application de gestion des âmes.

Avec un jingle sonore, la carte générale de son Enfer chéri apparaît en superposition de niveaux, avec en onglets les diverses options de gestion. Son pouce fait glisser l'une d'elle, et une liste d'âmes s'affiche. Une brève manipulation suffit à faire le tri et n'afficher que les plus récents arrivages qu'il n'a pas encore eu le temps de gérer. Et là, au milieu des petites boules bleues ou rouges selon le nombre et la gravité des péchés et le degré de dégradation de l'âme, il voit flotter les trois âmes brillantes qu'il cherche. Celle de Bobby porte la casquette et un air renfrogné, celle de Sam des bois d'élan, et celle de Dean une queue touffue d'écureuil – Crowley s'était amusé à personnaliser les âmes lors des dernières plaidoiries barbantes de ses sujets.

Il frôle du doigt l'âme caricaturée de Bobby et la fait glisser vers l'Enfer, mais sans y appliquer la moindre option de torture. Il créera plus tard une catégorie unique pour le vieux chasseur.

- C'est fait, déclare Crowley en rempochant son téléphone avec une grâce virile et débonnaire. C'est bon de te revoir ici, Bobby. L'endroit n'était pas le même sans toi.

Tous les regards se tournent vers Sam qui étouffe une exclamation en baissant les yeux sur son corps. Comme de la lave sur laquelle on verserait de l'eau, les serpents se pétrifient et leur teinte rougeoyante se ternit à vue d'œil. Leur éclat de feu s'estompe pour laisser voir leurs écailles qui se craquellent. Il ne faut gère que quelques secondes pour qu'il ne reste plus que des cendres qui s'effritent et tombent au sol lorsque Sam époussette sa chemise à carreaux.

- Ne me remerciez pas, surtout. Toujours ravi d'aider sans rien en retour.

L'ironie mordante dans la voix du démon ne semble guère affecter les deux bellâtres et leur père de substitution. En fait, ils ne l'écoutent même pas et l'ignorent royalement. C'en serait presque vexant.

- Sammy... murmure Dean d'une voix rauque en agrippant l'épaule de l'Élan. Hey, Sammy, comment tu te sens ?

- Je... déglutit le chevelu en scrutant d'un air extatique ses propres mains. Je me sens mieux que je ne l'ai jamais été. Je me sens… purifié.

Pendant que Bobby et Dean couvent comme deux mères poules l'âme que Crowley vient tout juste de sauver du sacrifice ultime, la Faucheuse brune interrompt cette scène émouvante – non, écœurante – d'un ton préoccupé :

- Je suis désolée de vous presser, mais je dois encore ramener Sam et Dean à la vie. Sam est libéré des épreuves de la tablette et j'en suis heureuse, mais...

Elle croise les bras en esquissant un sourire contrit :

- Nous sommes en pleine guerre. Vous avez vu les affrontements au Paradis entre Faucheurs, sur Terre entre Anges, et en Enfer entre démons. Abaddon a lancé l'offensive, et je dois vite retourner auprès des miens et rallier à moi les Faucheurs encore indécis.

- Bien sûr, grimace Sam en acquiesçant. On comprend tout à fait. Nous devons aussi retourner au bunker et expliquer la situation aux autres...

- Bordel, Cas' et les autres doivent nous croire morts, et... Enfin, techniquement on est morts, mais... Attends, ça fait combien de temps, là ? J'ai eu l'impression que c'était juste deux ou trois heures, mais je suis paumé avec les décalages horaires entre Enfer, Terre et Paradis...

- Ça fait cinq jours, Timon et Pumba, répond Crowley sur un ton de reproche. Cinq jours que vous êtes morts, et pas une carte postale ni un coup de téléphone, nada.

- Faites vos adieux à Bobby, conseille la Faucheuse en écartant les bras. Je vous dis moi-même adieu, en espérant ne pas vous revoir de sitôt. Une fois que je vous aurai ramenés à la vie, vous ne pourrez plus compter que sur vous-mêmes. Je ne veux plus vous voir mourir tant que vous ne serez pas vieux et impotents.

- Je ne peux rien promettre, sourit Sam avec une douce tristesse. Merci, Tessa.

- J'ai l'impression qu'on passe notre temps à faire nos adieux, en ce moment, soupire Dean en faisant une accolade au vieux chasseur bougon. T'es sûr que ça va aller, Bobby ?

- J'ai l'air d'une princesse en détresse, idjit ?

Dean rit et laisse la place à l'Élan qui engloutit le barbu dans ses bras tandis que le cœur de la Faucheuse se met à dégager une lumière éblouissante – Crowley se voit contraint de plisser les yeux. Si la plupart des Faucheurs utilisent des portails fixes qu'ils ouvrent entre les mondes, certains plus anciens et puissants comme cette Tessa savent lier les dimensions en créant une passerelle directe à travers eux. À sa grande frustration, le Roi de l'Enfer n'a encore jamais réussi à corrompre ces entités de la Mort les plus efficaces.

- Hâtez-vous, résonne la voix désincarnée de la Faucheuse.

Bobby s'écarte prudemment de l'éblouissante Faucheuse. Crowley et lui regardent les deux silhouettes des Winchester disparaître dans la lumière et fondre dans les bras de l'agent de la Mort. L'instant d'après, il ne reste plus aucune trace de Tessa ni de Sam et Dean dans le bureau du Roi de l'Enfer.

Le silence retombe comme une chape de plomb. Crowley ne réalise qu'alors qu'il a omis d'informer les deux bellâtres d'un détail d'une certaine importance sur les événements de ces cinq derniers jours. Il hausse les épaules avec une moue peu concernée. Après tout, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. S'ils avaient daigné lui prêter attention et lui poser quelques questions de courtoisie la plus élémentaire, Crowley les aurait avertis.

Tant pis pour eux. Qu'ils se démerdent.

- Alors comme ça, c'est la guerre au Paradis et en Enfer, hein ? grogne la voix bourrue de Bobby dans son dos.

Crowley esquisse un rictus en coin avant de pivoter sur ses talons, le tapis persan tendre et épais sous ses pieds.

- Oh, pas seulement, mon cher Robert. Elle s'étend aussi sur Terre et au Purgatoire, personne n'est épargné. Une guerre généralisée à tous les niveaux de la Création, du jamais vu même pendant les Apocalypses précédentes. En comparaison, La Seconde Guerre Mondiale fait figure d'adorables enfantillages dans un bac à sable.

- Balls, maugrée Bobby dans sa barbe.

Bobby semble retrouver bien vite ses marques en Enfer, à en juger par son absence d'hésitation quand il s'approche du bureau royal pour se servir un verre de whisky. Les mains plongées dans les poches de son pantalon parfaitement coupé, le démon le suit attentivement des yeux alors que le chasseur descend cul-sec son verre pour s'en resservir un autre derechef.

- Comment était ton Paradis ? lance Crowley sur le ton de la conversation sans pour autant réussir à dissimuler la pointe de curiosité dans sa voix. Tu te plaisais, là-haut ?

Verre à la main, Bobby se tourne vers lui pour le regarder droit dans les yeux, et hausse les épaules sans enthousiasme.

- C'était pas mal. Reposant. Je regardais la télévision avec les garçons jusqu'à ce que Ash et Pamela me sortent de ce souvenir en boucle. Après ça, on a passé nos journées à attendre des instructions obscures d'un contact anonyme qui nous a envoyés réveiller les âmes et traquer un certain Metatron. En pratique, j'ai passé mon temps le cul sur une chaise à siffler des bières en me tournant les pouces.

- Toi qui n'es pas du genre à rester inactif, ça a dû être une plaie. Soulagé d'être de retour ?

Bobby se renfrogne et renverse la tête en arrière pour vider son verre.

- Je n'irais pas jusque là, mais je dois avouer que...

Le chasseur s'interrompt en reposant le verre sur le bureau, et fronce les sourcils alors qu'il saisit le cadre qui trône sur le bureau à côté d'une pile de paperasse. Une expression mécontente ombrage son visage alors qu'il scrute la photographie.

- Pourquoi t'as une photo de Garth encadrée sur ton bureau ?

Damnation. Peut-être Crowley aurait-il dû cacher le cadre à l'instant même où Bobby a posé un pied dans son bureau. Lorsqu'il a récupéré au poste de police de Superior la photographie de Garth tenant un panneau où son nom est inscrit, Crowley commençait à perdre l'espoir de revoir un jour Bobby. Il avait beau fustiger les Winchester à ce sujet, il savait qu'avec le Paradis fermé, il était probable qu'il ne pourrait plus récupérer l'âme du chasseur qu'il avait déjà eu tant de mal à obtenir grâce à des Faucheurs corrompus.

Garth n'est pas Bobby, bien sûr, mais il est probablement le seul être que Crowley puisse considérer comme un ami. Avoir sa photo sous les yeux a été un baume au cœur et lui a donné du courage dans sa reprise en main de l'Enfer.

- Bobby, ce n'est pas ce que tu crois... grimace le Roi de l'Enfer en sentant l'assurance dans sa propre voix flancher.

- Bien sûr, et moi je suis la Reine d'Angleterre ! grogne Bobby en reposant le cadre sur le bureau. Si tu crois que je vais te laisser t'emparer de l'âme de ce pauvre garçon comme tu me l'as fait, tu te fourres le doigt dans l'œil, Crowley !

Le mordant sarcasme de Bobby Singer et sa capacité à le confronter sans une once de crainte ni de flagornerie lui avaient profondément manqué depuis que l'Élan le lui avait volé. Mais le Roi de l'Enfer ne peut s'empêcher de se sentir offensé. Bobby s'imagine-t-il vraiment qu'il irait corrompre l'âme de Garth ?

Certes, c'est sans doute ce qu'il aurait fait avant que Sam ne l'infecte de stupides émotions humaines. Mais tout de même.

Et Crowley se sent un poil vexé que Bobby s'inquiète tant pour l'âme de Garth mais ne montre pas le moindre signe de jalousie.

- Peux-tu me blâmer ? Le temps s'écoule différemment dans mon Enfer ! Si pour toi ça n'a été que quelques semaines de vacances au royaume des emplumés, pour moi, des décennies se sont écoulées pendant que je cherchais un moyen de te récupérer ! Garth a été le seul au monde à me témoigner de l'affection en ton absence, et il ressemble à une version de toi plus jeune et souriante, alors j'y ai trouvé un substitut ! Je croyais que je ne te reverrais jamais !

Bobby plisse les yeux, son regard s'assombrissant. Le silence du chasseur tranche plus profond que des cris ne l'auraient fait.

Oh... il semblerait que Crowley ait réussi à attiser sa jalousie, après tout.

Le démon sent son traître cœur palpiter, envahi d'émotions humaines. S'il avait déjà un faible plus que prononcé pour Bobby avant, il n'y a pas de mots pour exprimer ce qu'il ressent à présent que le sang de Sam a restauré en partie son âme originelle.

- Robert chéri... murmure Crowley avec une note d'imploration dans sa voix. Il ne s'est jamais rien passé entre Garth et moi. Je te le jure sur mon trône, mes chiens et mon Enfer.

Il élève une main hésitante pour caresser la barbe de Bobby, suivant la ligne de la mâchoire jusqu'à se glisser dans les mèches qui dépassent de la casquette et recouvrent sa nuque.

- Il n'y a que toi. Tu as toujours été le seul que j'...

Bobby ne le laisse pas achever sa phrase et agrippe sa nuque pour joindre leurs lèvres dans un baiser agressif. Le démon ouvre aussitôt la bouche pour accueillir la langue du chasseur et la brûlure familière de sa barbe contre son visage – oh, ça faisait si longtemps !

Crowley sourit si fort que le baiser se brise.

- Je savais que je t'avais manqué... jubile-t-il contre les lèvres humides de Bobby.

- Ferme-la, Crowley, grogne Bobby alors qu'il s'acharne à lui défaire sa cravate et faire glisser le veston de ses épaules.

- Fais-moi taire, si tu le peux. »

Bobby balaye du bras la surface du bureau, renversant le tout au sol, puis y plaque le Roi de l'Enfer comme une secrétaire à la cuisse agile et à la morale légère. Et par toutes les putains de l'Enfer, Crowley adore ça. Le poids du corps de Bobby, le moelleux de son ventre contre le sien, la sensation râpeuse de sa barbe dans son cou, son souffle à son oreille alors que leurs hanches s'emboîtent... Il avait presque oublié à quel point ces sensations sont délicieuses.

Bobby lui a tellement manqué. Tellement.

Enivré de bonheur, Crowley enlace avec possessivité l'âme de Bobby et croise ses chevilles sur les reins.

oOo

C'est avec une inspiration bruyante que Dean se réveille en ouvrant de grands yeux. Mais il n'y voit goutte, tout est d'un noir d'encre. L'air glacial brûle ses poumons et respirer est si douloureux qu'il s'étouffe en une série de toux rauque.

Dean ne connaît que trop bien cette sensation de froid intense, pour l'avoir expérimentée à chacune de ses résurrections le temps que son corps reprenne son fonctionnement normal et que son sang se réchauffe. Mais là, c'est différent. Il n'est pas enterré six pieds sous terre ni allongé dans un lit sanglant ou sur une table d'opération. Il se trouve assis sur une chaise et peut entendre à sa gauche la respiration précipitée de Sam. Au moins sont-ils ensemble, et pas dans un cercueil, ou pire, incinérés – il avait craint que Garth, Kevin et Cas' décident de leur donner des funérailles de chasseurs.

Et il fait vraiment, vraiment très froid. En se passant une main sur le visage, Dean décroche de ses cils et de ses joues des cristaux de glace.

« Dean ? s'élève la voix paniquée de son frère.

- Ouais, je suis là.

Son cœur reprenant un rythme à peu près normal, Dean se lève de la chaise en plissant les yeux pour tenter de percer les ténèbres, mais c'est peine perdue. Ses membres sont engourdis par le froid et il ne peut s'empêcher de frissonner en s'avançant à l'aveugle.

- On est où, là ?

- Aucune idée. Mais je n'aime pas ça.

Et Dean aime encore moins ça quand sa main percute une masse froide et visqueuse qui se met à remuer avec un crissement métallique. Il est sur le point de se battre avec cet ennemi invisible dans le noir lorsqu'un faisceau de lumière pâlotte se dirige droit sur lui et éclaire les lieux. Sam a eu la présence d'esprit de sortir son téléphone portable et de l'utiliser comme lampe torche.

Dean baisse les poings et regarde autour d'eux. La carcasse de viande de bœuf suspendue qu'il a heurtée se balance à son crochet qui couine, et les nombreux frigidaires s'alignent en bourdonnant tout bas – la lumière bleutée projette des reflets sur le carrelage et sur les tables de travail.

- On est dans la salle réfrigérée du bunker... réalise Dean en clignant des yeux.

Il connaît parfaitement les lieux, ayant proclamé la cuisine comme son domaine exclusif. Remplir la salle de provisions lui avait pris de nombreux voyages en voiture.

- Si on est morts depuis cinq jours, c'était sans doute un moyen de nous éviter de pourrir.

- Tant que c'est pas pour nous bouffer... Hé, tu portes la casquette de Garth !

Sam porte la main à son crâne et ôte la casquette enfoncée sur sa tête d'un air confus. Libérés, ses cheveux se lovent sur ses épaules et au creux de son cou tandis que Dean scrute le front de son petit frère. Là où la balle avait traversé son crâne, il n'y a plus qu'une tache de sang presque effacée. En baissant les yeux sur son propre torse, il constate que son t-shirt est raidi par le sang séché au niveau de son cœur.

Visiblement, Tessa les a ressuscités, mais sans prendre la peine de nettoyer.

Un sourire lumineux s'étale sur le visage de Dean quand il réalise que ça y est – ils sont enfin à la maison. Il tourne les talons et se dirige droit vers la porte en jetant un œil par-dessus son épaule :

- Viens, on se sort de là avant que mon service trois pièces soit congelé.

Se frictionnant le bras en claquant des dents, Sam acquiesce et le suit, l'éclairant pour qu'il trouve la poignée.

- Dépêche, j'ai presque plus de batterie.

En effet, le téléphone de Sam s'éteint à l'instant même où Dean arrive à tourner la poignée et tirer la lourde porte. En comparaison, l'air de la cuisine est tiède. Dean presse l'interrupteur et la lumière jaillit dans la pièce – elle grésille un moment avant de se stabiliser.

- Hé, sourit Dean en donnant un coup de coude à son frère. Tu crois qu'on pourrait se faire passer pour des fantômes ? Imagine un peu la gueule qu'ils vont faire quand ils vont nous voir !

Tressaillant sous le coup dans ses côtes, Sam pince fortement les lèvres en lui jetant un regard réprobateur – bitchface n°42.

- Dean, il n'y a pas de quoi plaisanter. Ils nous croient morts depuis cinq jours, la moindre des choses serait de faire preuve d'un minimum de tact pour leur éviter un trop grand choc émotionnel.

- Oh, fais pas ta rabat-joie, bitch.

- Jerk, réplique automatiquement Sam en roulant des yeux. Et on aura l'air fin si par réflexe ils nous truffent de plomb. Comment on expliquerait à Tessa cette mort stupide, hein ?

Dean éclate de rire à cette idée et jette un regard à la cuisine.

- N'empêche, ils mériteraient cette petite frayeur pour avoir salopé ma cuisine pendant que j'étais mort. Regarde-moi ça. De la vaisselle de trois jours et rien n'est rangé à sa place.

- Pourquoi t'es de si bonne humeur ? le scrute Sam d'un air suspicieux en rempochant son téléphone.

En effet, Dean sourit si fort que sa mâchoire lui en fait mal, et son cœur s'épanouit dans sa poitrine – le poids qui pesait sur ses épaules depuis des mois a disparu et Dean ne s'était pas senti aussi heureux depuis une éternité.

- Tu déconnes, Sammy ? Ton âme est sauvée, on est vivants et on va revoir Cas' et les autres ! C'est plutôt moi qui devrais te demander pourquoi tu tires cette gueule alors que tu as échappé à la pire mort qui soit !

Sam soupire en passant une main lasse dans ses cheveux – des cristaux de glace s'en détachent et tombent sur ses épaules.

- Tu as bien vu ce qu'il se passe au Paradis et en Enfer. C'est la guerre et Abaddon a commencé à envahir le royaume de Crowley. Si elle triomphe et arrive à le tuer, elle sera la nouvelle reine et pourra ouvrir la Cage. Nous sommes au bord de l'Apocalypse, Dean. Je n'ai pas le cœur à me réjouir pour ma petite vie alors que Lucifer et Michael risquent d'être libres d'un moment à l'autre.

Le sourire de Dean se défait un peu pour laisser place à un air attendri.

- Laisse-moi m'inquiéter de tout ça, petit frère. On a bien mérité un jour de congé.

Il passe son bras sur les épaules de Sam et le guide hors de la cuisine :

- On est enfin débarrassés de ces foutues épreuves de la tablette des démons, alors on va fêter cette victoire et notre résurrection avec nos amis, ok ? Je propose une soirée film et pizza. Avec de la salade, si tu veux. Demain, on s'occupera du problème Abaddon.

Sam n'a pas l'air tout à fait convaincu mais hoche la tête malgré tout.

Malgré lui, Dean frémit d'anticipation à l'idée de retrouver Cas'. La dernière fois qu'il l'a vu après avoir été expulsé de son corps par une balle en plein cœur, l'ex-ange portait sur son visage une expression poignante de détresse alors que Risa et Colin l'arrachaient de leurs cadavres pour le traîner vers la voiture avec sa cheville brisée.

Bordel, témoins ou pas, Dean va lui rouler la pelle de sa vie.

Toute sa bonne humeur s'envole lorsqu'ils s'engagent dans le couloir des chambres qui mène vers la salle de réception. Car lorsqu'ils allument la lumière, le bras de Dean se fige sur les épaules de son frère, et tous les deux écarquillent les yeux devant le tableau qui s'offre à eux.

Le sol est jonché de cadavres et une puanteur douceâtre de putréfaction les saisit à la gorge. Les murs sont éclaboussés de sang séché en gerbes qui suggèrent un massacre d'une violence inouïe. Des dizaines de corps inertes s'empilent, les entrailles à l'air comme s'ils avaient été déchiquetés par un monstre – et à en juger par l'odeur putride, les mouches qui bourdonnent et les asticots qui grouillent, ces gens sont morts depuis au moins deux jours.

- Qu'est-ce que... s'étrangle Dean en réprimant un haut-le-cœur.

Sam ne répond pas, le corps tendu, et enjambe les premiers corps. Plaquant sa main sur sa bouche tant l'odeur se fait suffocante au fur et à mesure qu'ils progressent dans le couloir, Dean dévisage les morts un par un, l'angoisse étreignant son cœur. Il cherche à reconnaître ses amis parmi les visages sans vie, mais à son grand soulagement, il ne voit ni Cas', ni Garth, ni Kevin ou Hael parmi les monceaux de cadavres.

Sam s'est introduit prudemment dans sa chambre, et en ressort avec un fusil à pompe, et un magnum qu'il tend à Dean avec des munitions.

- On doit trouver les autres, déclare Sam avec un air déterminé. Restons groupés, on ne sait pas ce qu'il s'est passé ici ni si le danger est encore présent.

Dean acquiesce et saisit le flingue. Il longe le mur sanglant comme une ombre et se penche juste assez pour jeter un œil dans la chambre de Cas'. Personne. Personne de vivant, en tout cas. Sa main ridée griffant le sol au point d'en rayer le plancher, une vieille femme gît au sol, le crâne à moitié défoncé – la cervelle coule jusque dans son cou.

- Hé, je la reconnais, commente Dean en poussant son visage du bout de son pied. C'est la vieille dame qui gère la supérette à Lebanon.

Sam fronce les sourcils en pointant du doigt le trench-coat replié sur le dossier de la chaise et le lit défait. Même les chaussures de Cas' sont près du placard.

- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ici, murmure Sam en empoignant plus fermement son fusil, mais Cas' a été pris par surprise. Regarde.

En effet, sur la table de nuit repose un plateau avec un petit déjeuner entamé. La tasse de café est à moitié vide, et un toast de beurre de cacahuète porte l'empreinte nette de dents.

Rongé par l'inquiétude, Dean fait volte-face pour vite sortir de la chambre.

- CAAAS' !? s'époumone-t-il en courant dans le couloir jusqu'à déboucher dans la salle de réception, Sam sur ses talons.

Son géant de petit frère percute de plein fouet son dos lorsque Dean s'arrête net, les yeux écarquillés. Le spectacle qui se présente à ses yeux lui fait l'effet d'un coup de poing en pleine poitrine.

Non seulement c'est une véritable boucherie de corps démembrés et d'éclaboussures de sang et de cervelle contre les murs, mais le plafond est littéralement défoncé comme sous l'effet d'un obus, si bien que l'étage du dessus et même le ciel sont visibles. Des débris de béton, charpente et poutres se sont abattus sur la table de réception, la brisant en deux. Même la table de ping-pong s'est effondrée depuis l'étage supérieur, ainsi que la table de billard et tout le matériel que Dean avait prévu d'installer. Atterrés, les deux frères regardent autour d'eux l'étendue des dégâts.

- Le passage vers la bibliothèque souterraine aussi est grand ouvert... souffle Sam d'une voix blanche.

Dean n'a pas le temps de vérifier par lui-même – son attention est attirée par des sons étouffés au niveau des portes menant au salon. Comme si quelqu'un grattait et essayait de sortir.

- Cas' ? lance-t-il avec espoir en se dirigeant dans cette direction. Garth ? Les gars, vous êtes là-dedans ?

- Attends, Dean, sois prudent !

Mais Dean ne l'écoute pas et déverrouille le loquet des portes pour les ouvrir en grand. Et il essaye aussitôt de les refermer lorsqu'une foule de Croats enragés essaye de se jeter sur lui.

- Oh merde, des Croats ! C'est bourré de Croats là-dedans, Sam ! Aide-moi à refermer !

Dean connaît assez bien ces saloperies pour reconnaître au premier coup d'œil la lueur de folie dans leurs yeux et leur comportement agressif et assoiffé de sang.

Sam se précipite à ses côtés pour essayer de refermer les portes, mais en vain. Les Croats ont passé leurs bras par l'entrebâillement et essayent de les agripper avec des doigts recourbés et poisseux de sang.

- On ne pourra pas les retenir longtemps ! crie Sam en s'adossant de tout son poids contre la porte. On doit s'enfuir ! Tout de suite !

- Mais Cas'... !

- Cas' et les autres, s'ils ont survécu à cette invasion d'infectés, ont dû partir depuis longtemps et on ferait bien de les imiter !

- Ok, on se casse à trois !

- Un... acquiesce Sam en s'arc-boutant pour maintenir la porte en place.

- Deux... siffle Dean en bandant tous ses muscles.

- Trois !

Les deux frères s'écartent brutalement des portes et détalent aussi vite que possible, poursuivis par un flot de Croats. Pendant que Sam ouvre la porte menant au garage, Dean le couvre en pointant son magnum sur le troupeau, et a tout juste le temps de faire exploser deux crânes et foutre un coup de pied dans un infecté qui venait de lui agripper l'épaule, avant qu'ils ne se précipitent tous les deux dans l'escalier en colimaçon. Haletant, Dean dévale les marches en tirant par-dessus son épaule pour descendre un autre infecté plus rapide que les autres.

- Vite ! crie Sam alors qu'ils émergent dans le parking.

Les lumières sont éteintes, mais la porte menant vers l'extérieur est grande ouverte, avec des traces de pneus marquant le sol comme si une voiture avait quitté les lieux en catastrophe.

- Où est ma voiture ? panique Dean en regardant tout autour de lui.

Aucun signe de l'Impala à son emplacement habituel, ni nulle part ailleurs. Le souffle court, Dean sent un début de crise d'angoisse le précipiter dans un gouffre. Sa voiture chérie n'est pas là.

- Où est mon bébé, bordel ?! répète-t-il avec une once d'hystérie dans sa voix.

Il ne prend même pas garde à Sam qui truffe de plomb un Croat. Son petit frère s'installe au volant du pick-up de Garth, complètement décoiffé et lui tenant ouverte la porte côté passager.

- Monte, Dean ! On se casse !

- Non ! Pas sans mon Impala !

- Cas' et les autres ont dû partir avec, c'est bon signe ! Dépêche-toi !

Dean consent finalement à monter dans la voiture, juste à temps alors que les infectés se ruent dans le parking et se mettent à frapper les vitres du pick-up avec des grognements gutturaux comme dans un cliché de film de zombies. Sam met le contact et ils démarrent en trombe, renversant deux Croats jusqu'à surgir à l'extérieur avec un rugissement de moteur.

Le front luisant de sueur et le cœur battant à tout rompre, Dean s'agrippe à la poignée de la portière en jetant un regard dans le rétroviseur. Les Croats qui les poursuivent en courant disparaissent bientôt au loin, remplacés par les arbres de la forêt.

Essoufflé lui aussi, Sam rejette ses cheveux en arrière en conduisant le véhicule, pâle comme un linge. Le grondement de moteur couvre le silence quelques minutes alors qu'ils reprennent leur respiration.

- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant, Dean ?

- Attends, s'il me reste de la batterie, je vais essayer d'appeler Cas'...

Dean palpe sa propre veste pour constater que son téléphone est bien dans sa poche intérieure. Il l'allume et grimace en voyant que la batterie est au plus bas. Il ne reste guère que 7 %. Pas étonnant, après être restés cinq jours allumé, même si personne n'y a touché.

Espérant que ça soit suffisant, Dean compose le numéro de l'ex-ange et presse le portable contre son oreille. Et pousse un soupir de frustration lorsqu'une voix désincarnée de robot signale que ce numéro est injoignable.

- Il répond pas, et j'ai plus que 5 % de batterie. J'essaye Garth ou Kevin ?

Sam tourne le volant et engage le pick-up en direction de Lebanon.

- Essaye plutôt Crowley. On sait qu'il est disponible, au moins.

- Mais on vient de le voir ! S'il savait quelque chose, il nous l'aurait dit, pas vrai ?

- On est passés en coup de vent dans son bureau, peut-être qu'il n'en a pas eu le temps. Et même s'il ne sait rien, il pourra se renseigner pour nous. »

Dean esquisse une moue dubitative mais obtempère en tapant les trois 6 avant de presser la touche d'appel. Et alors que la tonalité résonne à son oreille et ronge le peu de patience qui lui reste, ils traversent Lebanon pour constater que le village est dévasté, les maisons et voitures calcinées et pas âme qui vive dans les rues.

Mais qu'est-ce qu'il s'est passé pendant qu'ils étaient morts ?

oOo

« Je vais encore devoir envoyer ce tapis au pressing...

Les mains croisées sous la nuque et allongé sur le moelleux tapis à présent souillé de semence, Bobby se contente de marmonner un grognement en guise de commentaire tandis que Crowley se blottit contre lui en calant sa tête au creux de son cou. La peau nue poisseuse de transpiration, le chasseur le laisse se coller contre lui malgré la chaleur qui empourpre ses joues.

Le démon avance le menton pour placer un baiser contre sa jugulaire, avant de se redresser sur un coude pour mieux le regarder. Un sourire satisfait recourbe la commissure de ses lèvres, et il se met à lui caresser les poils du torse en haussant un sourcil.

- On avait pas fait ça depuis longtemps. Tu n'as rien perdu de ta fougue, Robert chéri. Tu m'en vois ravi.

Bobby soupire en roulant des yeux au surnom ridicule que le Roi de l'Enfer se plaît à lui attribuer depuis ce jour lointain où, quand il était encore en vie, il avait conclu d'un baiser un pacte avec le démon pour aider les garçons à arrêter l'Apocalypse.

- C'est plus de mon âge, tout ça... grommelle-t-il dans sa barbe.

Pendant que Crowley parsème son épaule et son torse de baisers, Bobby pose sa main sur sa nuque en un geste possessif.

- Il serait temps d'en parler aux Winchester, tu ne crois pas... ? lui suggère le démon en un murmure contre le lobe de son oreille. À propos de nous deux. Ils sont assez grands pour savoir.

Bobby émet un grognement ironique et secoue la tête en se redressant.

- T'as bien vu la tronche de six pieds de long qu'ils ont tirée rien qu'à nous voir nous embrasser en photo, râle-t-il en remettant ses habits. Je ne tiens pas à les traumatiser à vie. Ils ont bien assez de problèmes comme ça.

Bobby se relève en refermant son jean, et croise le regard lascif du démon. Celui-ci, très à l'aise malgré sa nudité, croise paresseusement les chevilles, toujours allongé sur le tapis. Son pénis au repos niche comme un oisillon au creux de ses cuisses, à l'ombre du renflement du ventre.

- Je serais prêt à payer cher pour voir leur réaction, sourit le Roi de l'Enfer en haussant les sourcils. J'ai tenu ma promesse, tu sais. Je ne leur ai jamais rien dit, comme tu le souhaitais. Pas même quand ils me maintenaient prisonnier et me menaçaient de torture.

Bobby plisse les yeux en rajustant sa casquette sur sa tête, et ramasse les habits du démon pour les lui lancer. Crowley les attrape au vol avec désinvolture.

- C'est donc vrai, ce qu'ils disaient.

- Quoi donc ?

- Que Sam t'a injecté son sang pour un rituel et que ça t'a rendu presque humain.

Ayant enfilé sa chemise, le démon marque une pause avant de se lever pour mettre son pantalon.

- Le mot clé étant presque, mon cher Bobby... Je ne suis pas humain.

Comme preuve, les globes oculaires du démon se saturent de rouge. Mais cela ne dure que deux secondes avant qu'ils ne redeviennent normaux.

- Il m'a fallu quelques temps pour me réhabituer à certains sentiments que je n'avais plus ressentis depuis trois siècles, explique sobrement Crowley en boutonnant sa chemise. Et j'ai maudit l'Élan de tout mon cœur pour ce qu'il m'a fait. Au début, en tout cas.

- Et maintenant ? demande Bobby en fronçant les sourcils.

Le Roi de l'Enfer lisse son col avant d'entreprendre de nouer sa cravate.

- Maintenant ? J'ai fini par accepter ma nature telle qu'elle est. Je ne suis ni un humain, ni un démon. Et c'est une force que je me dois d'exploiter à mon avantage.

Le nœud de sa cravate noué, Crowley lève une main pour caresser la barbe de Bobby qui crisse sous ses doigts.

- Je peux maintenant te dire sans le moindre détour que je t'aime, Bobby. Je t'ai aimé depuis que j'ai touché ton âme pour signer ce pacte.

- Balls, grimace Bobby en levant les yeux au ciel. Et voilà que tu deviens aussi mièvre que les séries médicales à l'eau de rose que Dean regarde.

- Je sais que tu m'aimes aussi, vieil hypocrite.

Une sonnerie de téléphone retentit alors que leurs lèvres se joignaient à nouveau, et Crowley réprime un soupir de frustration avant de s'écarter pour pêcher son portable dans la poche intérieure de son veston.

- Tiens, quand on parle du diable... dit-il en jetant un œil au nom qui s'affiche sur l'écran.

Bobby s'appuie contre le bureau et croise les bras en regardant le démon répondre à l'appel avec un ton cordial :

- Bonjour, Écureuil. Bobby se porte comme un charme, si c'est ce que tu voulais savoir. J'en prends grand soin.

Le chasseur grommelle dans sa barbe tandis que Crowley lui adresse un clin d'œil suggestif.

- Ah, oui. C'est à propos du bunker que tu appelles, comme je m'en doutais... sourit Crowley contre le téléphone avec une pointe d'ironie dans la voix. Aurais-je oublié de vous prévenir qu'Abaddon a lancé une offensive sur vos petits camarades pendant que vous vous promeniez au Paradis ?

Bobby ouvre de grands yeux pendant que Crowley éloigne le téléphone de son oreille pour épargner ses tympans. Même de sa position, Bobby peut entendre Dean l'insulter et le menacer copieusement.

- C'est quoi ces conneries, Crowley ? articule Bobby. Quelle offensive ?

Le Roi de l'Enfer se contente de lever une main pour lui faire signe d'attendre, puis replace le téléphone contre son oreille.

- C'est avec cette bouche-là que tu embrasses ta mère, mon cher Dean ? Si je ne vous ai pas prévenus, c'est que je n'en ai pas eu le temps et vous ne m'avez posé aucune question. Laisse-moi donc te mettre au courant des derniers potins. C'était il y a quelques semaines en temps infernal, soit deux jours environ en temps terrestre. Il se trouve qu'Abaddon a appris votre mort et décidé de les éliminer eux aussi au passage. Pour faire simple, elle n'a même pas daigné attaquer elle-même. Elle a répandu le virus croatoan sur Lebanon et ordonné aux infectés d'attaquer le bunker à coups de lance-roquette et bazooka. Vos ancêtres les Hommes de Lettres avaient pensé à placer toutes les protections possibles contre le surnaturel, mais jamais ils avaient imaginé se faire attaquer par des moyens humains. Quels imbéciles, pas étonnant qu'ils n'aient pas vécu bien longtemps. Le temps que les infectés défoncent le bunker et l'envahissent, ton petit déplumé et ses amis s'étaient réfugiés dans la bibliothèque souterraine sans aucune arme à leur disposition. C'est là qu'ils m'ont contacté pour demander mon aide.

Il y a un moment de silence pendant lequel la voix étouffée de Dean dit quelque chose que Bobby ne peut entendre, et Crowley pousse un soupir exaspéré.

- Non, imbécile, je n'y suis pas allé. Abaddon et son armée attaquaient mon Enfer sur deux fronts à la fois, je ne pouvais pas quitter mon poste. Mais j'ai envoyé Theyla à ma place – tu te souviens de mon bras droit ? – avec mes Chiens de l'Enfer les plus féroces. La situation a été réglée avec brio. Pas un mort ni blessé parmi nos amis, et ils ont été évacués avec succès. De rien, au fait. Tout le plaisir était pour moi.

Les épaules de Bobby se décrispent alors qu'il pousse un soupir de soulagement. Il avait un peu oublié pendant son séjour au Paradis comment c'est de toujours se faire du mouron pour ses deux garçons toujours fourrés dans les emmerdes jusqu'au cou.

Observant ses ongles parfaitement manucurés, Crowley poursuit d'une voix caressante :

- Où ils sont maintenant ? J'ai reçu un message de Garth pas plus tard qu'hier. Ils ont décidé de s'organiser en groupe pour mieux résister contre l'invasion du virus qui commence à se répandre dans le Kansas. Ils ont récupéré des survivants de la contagion et rameuté les chasseurs de la région. Ils ne sont pas allés bien loin, rassurez-vous, vous en aurez pour une ou deux heures de route tout au plus.

- Où ça ? grogne Bobby en même temps que la voix étouffée de Dean à l'autre bout de la ligne.

- Un camp de vacances ringard, répond Crowley en haussant les épaules. Garth m'a dit que ça s'appelle Camp Chitaqua. »

oOo

[NdA : Pour le Crowley/Bobby, je suis très fortement influencée par l'artiste Gorlassar dont je reprends quelques headcanons (comme Crowley qui appelle Bobby "Robert darling" en anglais) et si vous aimez ce pairing je vous conseille d'aller voir ses fanarts sur Tumblr, ils sont superbes !]