La nuit. C'est ce que je vis en ouvrant en tout petit peu mon store, une nuit profonde reflétant mon humeur, sans Lune, sans étoiles. Vide. Je baissais le store, retournais près de mon lit, mais je m'assis à côté pour pouvoir m'adosser au mur. Pour la énième fois, j'attrapai le cadre qui contenait la photo de Tom et moi, vestige d'une idylle perdue, d'une idylle morte. Pourtant nombreux furent les efforts de ma famille pour me sortir de mon indifférence maladive du monde qui m'entourait, sauf mon frère, lui était plongé dans le coma. Les choses tournent drôlement mal en ce moment, je n'avais pourtant pas pêcher ces derniers temps. Non, je ne comprenais pas.
- Madame, quelqu'un veut vous voir.
Mon tableau, encore une fois il me dérangeait. Je poussais un grognement qui sortait du fond de ma gorge. Personne, je ne voulais voir personne. A part Tom... Pourquoi mes anges noirs ne venaient-ils pas à mon aide ? J'entendis la bergère répondre que je ne voulais voir personne, ainsi que mon visiteur pestant, et s'énervant sur ma gardienne. Je poussai un soupir dédaigneux, ils prétendaient tous être capable de m'aider, mais pouvaient-ils ressusciter Tom ? J'en doutais fortement. De plus, je ne voulais pas le revoir. Il m'avait trahi, trompé, abandonné, quitté, il m'avait laissé seule, désespérément seule. Si je le voyais c'était pour le tuer une nouvelle fois... Un sourire macabre étira mes lèvres, qui craquelèrent tellement peu habitués à ce geste ces derniers temps, qui croyait mes mensonges ? Vivre ma vie sans Tom ? Voyons, sans lui, je n'étais même plus capable de continuer de respirer, car il était mon seul oxygène, je ne pouvais plus voir, je n'avais plus de lumière, je ne pouvais plus vivre, on m'a repris mon coeur, je ne pouvait plus mourir, on m'a arraché mon âme.
- On a déposé un nouveau plateau de nourriture, Madame, intervint celle qui garde les moutons. Ils aimeraient tous que vous mangiez un peu. Ils disent que boire ne peut suffire à votre survie.
Je claquai ma langue contre mon palais. De quel droit se permettait-elle de me donner des conseils ? Elle n'était même pas vivante, juste de la peinture sur toile. Je me levais, entrai dans la salle de bain, bus une gorgée d'eau qui dessécha ma gorge qui ne demandait que cela. Je retournais une nouvelle fois à ma place, me coinçai dans l'angle de mon mur, pieds sur le lit, la position était inconfortable, mais tout était bien si cela pouvait m'écarter de ma douleur, je préférais qu'elle soit physique, que mentale, plutôt redevenir indéfiniment Malefoy que de continuer à supporter cette souffrance. J'attrapai mon carnet de dessins, mes fusains, et dessiner sans m'en rendre vraiment compte, quand je regardais le dessin, je vis une grande faucheuse, symbole de la mort chez les Moldus. Je poussais un cri silencieux, j'en avais marre, marre de n'être pas tout à fait vivante, marre de ne pas être tout à fait morte, marre d'avoir le coeur douloureux, marre d'avoir à aimer un trépassé. Je me levais, allais près de la fenêtre, ouvrit un peu le store, une intense lumière passa par la fente que je venais de créer, un jour venait de passer, il était midi. Désabusé, je lâchais mon store, pris un craie sur ma table de nuit et traçai un grand trait sur le mur face à mon lit. Le septième. Le septième jour, une semaine, depuis la mort de ma vie. L'éternité. Je posais ma main sur le mur, dans une sorte d'irréalité, les jours passaient, sans s'arrêter, sans se soucier de moi. Vie maudite. Un spasme secoua mon corps, rapidement j'attrapai le mouchoir blanc immaculé que mon âme me tendait normalement, et crachai le sang que j'arrivai encore à créer. Pourtant, le temps entre deux crises s'espaçait. Cela voulait-il dire que c'était bientôt la fin ? Si seulement, oui. Je retournai dans mon coin, et ne quittais pas des yeux me décompte des jours.
- Madame, votre frère demande à vous voir.
Une surprise douce s'empara de mon cerveau, n'arrivant toujours pas à percer ma torpeur. Il s'était réveillé. Je restai encore quelques secondes dans mes songes, puis pour la première fois depuis une semaine, je fis le signe d'autorisation pour qu'elle laisse quelqu'un pénétrer l'endroit que je considérais comme un sanctuaire d'un temps merveilleux, désormais révolu. Alors mon frère apparut à la porte. Il ne se précipita pas vers moi, il recula, effrayé. De quoi comment pouvais-je le savoir ?
~ PDV Draco ~
La pièce dans laquelle il venait de rentrer n'avait rein de celle qu'il avait auparavant connu. Les murs, qui avant portaient les fières couleurs des Serpentards étaient maintenant noir, comme tout le reste, le pièce sentait le renfermé, il faisait chaud, mais pas une bonne chaleur, plutôt étouffante, opprimante, pourtant un certain froid régnait dans la chambre, le froid de la tristesse, ou bien celle de la mort. Il tourna la tête vers le lit, et vis une petite chose blanche, recroquevillée sur elle-même. Merlin ! C'était sa soeur ! Il ne se sentit pas reculer mais quand son dos frappa le tableau qui s'était refermé derrière lui, il se se reprit, et courut jusque sa soeur. Mais était-ce vraiment elle ? Cette personne maigre, affamée, des cernes sous les yeux, blanches comme si la mort avait déjà prit une partie de l'être, les cheveux, avant blonds flamboyant, étaient ternes, sans vie, comme ces deux orbes bleus qui le fixaient, sans vraiment le voir. Etait-ce vraiment sa soeur, cet animal blessé ?
- Pandore ?
- Par Merlin, Pandore. A quoi ressembles-tu ? Tu t'es trop laissé...
Il se tut sur un geste impérieux de la main que sa soeur esquissa. Cela le rassura un peu, elle savait encore ce qu'elle voulait.
- Es-tu sûre que c'est ce que Tom aurait voulu ?
- Tom est mort, répliqua-t-elle, la voix rugueuse. Et si j'ai appris une chose de sa mort, c'est que peu importe ce que tu perds, la vie continue, j'ai perdu ma vie, mon âme, mon esprit, mon être et pourtant la nuit succède au jour, le jour à la nuit.
Sa voix n'était qu'un souffle, il fut obligé de collé son oreille aux lèvres de sa soeur pour l'entendre.
- Je ne peux même pas mourir, car je ne ferais qu'errer sans but, sous forme de fantôme, on m'a prit mon âme.
- Pourquoi ? Si tu essaies tout, alors tu auras le droit comme tout le monde de mourir. Fais tout ce que tu peux tenter, Pandore !
- Que veux-tu que je fasse, que je le ressuscite ? Cela me tuera.
- Et alors ? Qu'as-tu à perdre ? Je préfère te voir morte qu'à demi vivante. Tu me comprends, Pandore ? Vis, et meurt ensuite, mais fais quelque chose.
- Va-t-en. Laisse-moi seule.
- Mais...
- Pars !
Le ton ne demandait pas de réplique, la discution était finie.
~ Fin PDV Draco ~
Il n'avait pas le droit de faire ça ! Pourquoi me redonner espoir alors que tout était perdu ? Devais-je suivre ses conseils ? Mourir après avoir tout donné, peut-être que cela était plus honorable que mourir pour rien. Mais comment ? Mon pouvoir était certes immense, mais il existe des limites à chaque chose. Quand je fus sûre que Draco était parti, pour la première fois depuis une semaine, j'ouvris la porte, attrapai le plateau qui contenait un repas copieux, et me renfermai dans ma chambre. Puisque mon pouvoir me prenait beaucoup d'énergie, alors j'allais devoir en fabriquer.
- Tu as raison.
Je sursautai, me retournai et aperçus les manteau blancs des anges noirs.
- Le temps est venu de venir à ton aide. Tu en as pris du temps. (Une silhouette fit un geste sec de la main et les stores s'ouvrirent sur le crépuscule) Vois ce que tu as raté depuis une semaine. Il est temps. As-tu la force de sortir ? Nous ne pouvons nous permettre de perdre du temps, bientôt il sera trop tard.
- Trop tard pourquoi ?
- Offrir une seconde vie à ton âme.
Et tous les anges sortirent de ma chambre, m'obligeant à les suivre.
Je n'avais, de toutes façons, pas le choix.
J'ai de nouveau l'espoir.
