Et sans aucune surprise, c'est l'année 2011 qui succède à 2010. Bonne année à tous, je vous souhaite pleins de bonnes lectures et de moments d'inspiration. Et la réussite de vos projets dans la « vraie vie ».

Merci à ceux et celles qui ont reviewé les chapitres précédents, et à ceux qui suivent toujours !

Une longue suite une fois encore…


Carter et Chuck se précipitèrent au bas des marches.

- C'est la remorque du MALP de Leia !, remarqua le technicien.

Sam lui jeta un regard affolé et réprobateur. Elle regarda autour d'elle pour vérifier que les témoins de l'évènement étaient bien au courant de ce qu'il s'était passé sur le Cité il y avait deux mois. Par chance, les quatre membres de l'équipe d'accueil avaient tous vécu l'épisode des grossesses.

- Emmenez ça dans le hangar des MALP, décida-t-elle brusquement. Si on vous demande : il revient de réparation.

Les quatre hommes s'exécutèrent.

Carter réfléchissait très vite – il était facile de prendre une mauvaise décision dans la précipitation :

- Chuck, enregistrez ce qu'il vient de se passer dans un dossier codé, et effacez l'enregistrement vidéo à partir du moment où la remorque va traverser. Nous dirons que des interférences ont brouillé l'enregistrement. Pour celui des détecteurs de fluctuation de la Porte, nous allons le replacer par une ouverture classique, je vous montrerai comment…

- Mais… Madame, c'est sans doute un signe de Leia…

Sam soupira, comprenant le désarroi du jeune homme :

- Je sais… Mais nous allons devoir le garder pour nous, pas question que Caldwell soit au courant…

Dans la version officielle, Leia était partie chercher un remède pour les Terriennes malades, précédée par un unique MALP tout bête. Elle n'avait pas reparu, et les recherches n'avaient rien donné.

- Mais alors… on va ignorer son appel ?

- S'il vient bien d'elle : elle avait une radio, mais nous n'avons reçu aucune communication…

Chuck voulut protester, mais elle le rassura :

- Ne vous inquiétez pas, je ne la laisse pas tomber : dès que vous avez fini ce que je viens de vous dire, vous essayerez de contacter sa planète…

- Il sera peut-être trop tard…

Il n'avait pas tort. Sam réfléchit.

- Alors essayez de suite. On prend le risque que Caldwell entende parler de l'ouverture de la Porte avant qu'on ait modifié les enregistrements.

- Merci, madame.

Chuck se précipita vers sa console.

« On essaye de la contacter deux fois par semaine depuis qu'elle est partie », pensa Sam, inquiète. « Nous n'avons jamais réussi à nous connecter à sa Porte… Est-ce que cet envoi est une invitation ? Mais pourquoi n'y a-t-elle pas ajouté un message ? »

Son cœur s'accélérait alors que Chuck composait les coordonnées.

v

La sonnette retentit. Hoacks se leva.

- Vous savez, Henry, vous pouvez l'ouvrir par la pensée…

- Je sais, Teyla. Mais je n'y suis jamais vraiment arrivé. Je la referme souvent trop vite, donc depuis que j'ai cassé un bras au caporal Smith, j'évite la télépathie.

L'Athosienne sourit il arriva face à la porte. Elle coulissa et Hoacks se retrouva face à Sheppard.

- Bonjour, colonel. J'ai un patient, pouvez-vous attendre un p…

- Entrez, John, fit Teyla. J'ai terminé.

La jeune femme se leva lourdement, tenant son ventre rond, et partit vers la sortie en remerciant le psychiatre.

- Revenez quand vous avez besoin, la salua-t-il.

John fit quelques pas dans le cabinet pendant qu'il refermait.

- Que puis-je faire pour vous ?

Le militaire sortit un DVD de sous sa veste :

- Quantum of Solace. En exclusivité.

- Ah ! Merci ! On va pouvoir le voir tranquille sans devoir mettre le doublage pour les Russes…

- Vous leur donnerez quand même après, hein ?

- Oui, bien sûr. Par contre, pour le Brandy, il faudra que vous attendiez un peu, on ne m'a pas encore distribué mon colis, ça ne saurait tarder.

- Pas de problème.

Le médecin rangea l'objet dans un tiroir de son bureau. John jeta un coup d'œil au décor : très sobre, en dehors d'étagères débordant de livres et du plus beau et confortable sofa d'Atlantis, hélas rose fushia.

- Autre chose, colonel ? Un petit entretien ?

- Moi ? Non. Toujours pas, je tiens plutôt bien la route.

Hoacks sourit.

- Vous avez beaucoup de patientes qui sont venues vous voir ces derniers mois ?

- Une quinzaine, répondit l'Anglais. Un peu embêtées par leur amnésie. Ca s'est vite réglé. L'oubli est vraiment total, même leur inconscient semble avoir effacé ces mois hors de la Cité. Et leur corps aussi, d'ailleurs, elles ont vite repris leurs formes d'avant.

- Tant mieux, fit John.

- Il y a juste… Teyla… Qui a besoin d'extérioriser ses angoisses concernant les Athosiens, mais ça vous êtes déjà au courant.

- Oui, fit John, gravement. On essaye de lui changer un peu les idées avec Ronon, dès qu'on peut.

- Et vous faites bien.

Aucune nouvelle des Athosiens, ni par les alliés, ni par les ennemis. Ils étaient au courant des grossesses des Atlantes, et pourtant, malgré leur disparition, Pégase continuait apparemment à ignorer l'affaire. Alors, vivants ou non ?

Henry s'appuya sur son fauteuil, regardant l'Américain planté dans son cabinet. Il sentait que John voulait parler de quelque chose, et il attendait qu'il se décide à lui dire quoi. Sheppard se rendit compte que son attitude hésitante interpelait le psychiatre.

- Je viens de parler à Carter, dit le colonel en guise d'introduction.

- Oui ?

- De Leia.

Le fin sourire de l'Anglais s'évapora. Il l'écouta avec attention.

- On vient de recevoir une sorte de… message. La remorque du MALP qui est parti avec elle.

Henry en sursauta, ravi :

- Elle reprend la communication ! C'est formidable, il faut…

- Ne vous emballez pas, Hoacks… Il y a juste eu la remorque, aucun message.

Hoacks se rembrunit à cette précision. Il se ressaisit vite :

- Et alors ? C'est un signe, il faut la contacter !

- Carter a essayé, dans la foulée de l'envoi de la remorque…

- Et ?

Il était suspendu aux lèvres du militaire. John n'eut pas le cœur à faire durer son récit.

- Et cette fois, le vortex a réussi à se connecter à la planète Arrivée.

Henry en resta bouche bée, un grand sourire se dessinait déjà sur son visage.

- Vous y êtes allés ?

- Non, on ne peut pas sortir comme ça… Carter a lancé un message radio, qui est resté sans réponse. Elle a aussi envoyé un MALP.

- Qu'est-ce que ça a donné ?

- Une vue sur l'autre MALP, celui qui est parti avec Leia. C'est tout.

L'Anglais fronça les sourcils et répéta, déçu :

- C'est tout ?

- Oui, c'est tout.

Il ne comprenait pas :

- Mais comment la remorque a pu traverser la Porte alors ?

- Vous savez, le temps que Carter rouvre le vortex, qu'elle fasse venir un MALP, plus de dix minutes s'étaient écoulées… On a bien regardé l'enregistrement, Chuck a cru voir une vague silhouette disparaître derrière une dune, mais rien n'est sûr, et rien ne nous dit que c'est Leia.

- … Mais pourquoi renvoyer cette remorque sans laisser aucun message ? De toute façon, si vous avez pu rouvrir le vortex, c'est que cet envoi était bien un signe qu'elle veut entrer en communication, non ?

- Peut-être qu'on a rouvert trop vite et que la Porte n'a pas eu le temps de se rebloquer à toute ouverture.

- Mais…

Henry soupira. John tenta d'apporter un peu d'espoir malgré tout :

- Ecoutez, déjà, la présence du MALP nous fait penser que la remorque venait bien de la planète Arrivée. Ca veut dire que Leia s'y trouve sans doute encore, c'est rassurant, non ?

- Pourquoi Carter n'a pas ordonné d'y aller dans la foulée… gémit l'Anglais. Enfin, si, je sais qu'on ne part pas comme ça, mais…

- Si une équipe avait traversé de suite, rien ne garantissait qu'elle puisse revenir. Je vous l'ai dit : la Porte peut très bien se rebloquer, et les nôtres rester coincés sur place.

- Mais alors, vous n'allez rien faire de ce signe ?

John regarda l'Anglais longuement, puis se décida :

- Carter s'est débrouillée pour que l'arrivée de cette remorque soit… disons… « effacée » de la mémoire de nos ordinateurs. Et pour que l'exploration par notre MALP qui a suivi passe pour une exploration sur une toute autre planète. C'est assez facile d'intervertir des vidéos.

Henry s'inquiéta à cette nouvelle, qu'il interpréta comme un signe que les Atlantes n'allaient rien tenter. John leva les mains pour désamorcer ses objections :

- On a fait croire que le MALP était allé sur la planète où on a prétendu avoir perdu Leia.

Hoacks ne saisissait pas.

- Carter a conservé le fait que nous ayons reçu le code de Leia, lâcha Sheppard. Il est donc logique qu'elle ait envoyé un MALP dans la foulée, pour tenter de contacter notre amie, mais il fallait faire croire qu'elle l'envoyait sur la planète où Leia a disparu.

- Oui mais… Et alors ?

- Alors ce soir, nous partons sur cette planète, pour tenter de la trouver.

- Celle où vous avez dit que Leia avait disparu ?

- Oui.

Henry ne comprenait pas où John voulait en venir. Le lieutenant-colonel ne fit pas durer le suspens :

- Seulement au lieu de composer les coordonnées de cette planète… on va composer celle d'Arrivée.

Henry saisit d'un coup :

- Vous allez tromper Caldwell ? Ca peut fonctionner ?

- Ce n'est même pas sûr qu'il soit là quand on parte. Il n'y a que Chuck et Carter qui vont savoir quelles coordonnées ont réellement été composées, pour tous les autres une traversée de Porte ressemble à une traversée de Porte, peu importe où le vortex débouche… Pour l'enregistrement dans la mémoire de nos PC, disons que McKay pirate à merveille.

- Mais si le vortex ne se connecte pas cette fois ? Si vous restez bloqués sur cette planète ?

John le regarda, attendant qu'il fasse la déduction lui-même.

- Le Dédale !

- Exactement. Le Dédale est là, on trouvera toujours une raison pour qu'il nous y emmène s'il y a un problème de connexion, ou pour qu'il nous ramène si on ne peut pas faire le trajet retour.

En espérant qu'ils n'aient pas à en arriver là.

Henry n'en revenait pas, il souriait béatement :

- Alors, vous allez vraiment partir la chercher !

- Disons… voir où elle en est. Et la ramener si elle veut.

- Elle voudra sûrement ! La remorque, c'était un signe !

- En espérant que ce ne soit pas un appel au secours… Ou un simple « bonjour, au fait je vous rends ça ».

Si c'était un appel au secours urgent, ce n'était pas une équipe d'Atlantes au plan de vol ignoré par la moitié de sa hiérarchie qui allait être d'une véritable aide.

Hoacks arpentait la pièce en parlant avec conviction :

- Dans tous les cas, il faut parler avec elle. Elle pensait vouloir rester avec les Furlings, mais les mois passant, son opinion a sans doute évolué… Je vous dis depuis le début qu'il faut insister.

- C'est la remorque qui nous a décidés… On veut d'abord s'assurer qu'elle va bien, Hoacks. Lui montrer qu'on tient à elle, qu'elle peut revenir si elle le veut. Mais peut-être qu'elle ne voudra pas.

- Peut-être, peut-être, mais il faut quand même lui proposer.

- C'est ce que je pense aussi.

L'espoir renaissait pour Henry, qui souriait enfin franchement depuis des semaines. John attendit un peu avant de lui proposer :

- Vous viendrez avec nous.

C'était plus une affirmation qu'une proposition.

- … Moi ? Je peux ?

- S'il y a bien quelqu'un qui peut la décider… c'est vous ! Personne n'a oublié ce qu'il s'est passé dans la salle de la Porte le jour où elle est partie. Ca aurait donné une très belle scène de film ou de série.

- Sur une autre planète… Carter m'en donnerait l'autorisation ?

- Hoacks, vous avez passé cinq mois sur une autre planète, pendant les grossesses. Et là, c'est même Sam qui m'a suggéré de vous prendre avec nous. Vu la relation que vous avez eu avec Leia, et ce depuis qu'on l'a découverte, Caldwell comprendra tout à fait qu'on vous emmène.

- Alors c'est oui, bien sûr.

L'Anglais ne lui avait pas paru aussi enjoué et dynamique depuis longtemps. Le militaire le freina tout de même :

- N'oubliez pas qu'on risque de rester bloqués là-bas…

- On peut bien prendre le risque !

- Et qu'il se peut qu'elle ne soit plus sur cette planète, ou qu'elle ne veuille pas nous voir...

- Oui. Oui, mais nous n'en sommes pas encore là, décida-t-il.

- Bien. Evidemment, pas un mot à personne sur cette remorque ou le fait que l'on aille sur Arrivée, même aux hommes qui sont au courant des grossesses…

- Bien sûr, bien sûr.

John se dirigea vers la Porte pour partir et Henry l'accompagna.

- Merci, lui dit Hoacks avec sincérité. Vous savez, quand on a… décidé de laisser derrière nous cette histoire de grossesses Furlings… j'ai cru que comme Leia en faisait partie, vous alliez la laisser tomber dans l'oubli aussi.

- On est dans cette galaxie pour tenter d'apporter un peu d'humanité, Hoacks. Elle nous a marqué aussi. On marche sur des œufs en la cherchant, on prend beaucoup de risques, et Carter avec nous, en mentant et en faussant les enregistrements… mais on ne veut pas l'abandonner.

Ils échangèrent un sourire, puis le militaire sortit.

v

Le soir même, dans les vestiaires, Henry passait une tenue de combat un peu trop large pour sa carrure en fil de fer et tentait d'enfiler fiévreusement son gilet pare-balles. Teyla vint à son secours.

- Dites, lui fit-il remarquer. Déjà que prétendre au Furling qu'on va les laisser grandir en paix et finalement toquer à sa porte deux mois plus tard, ça n'est pas très correct, si en plus on débarque armés jusqu'aux dents, ça ne risque pas de ruiner nos hypothétiques futures relations avec cette race ?

- Nous sommes obligés, répondit Teyla. On ne sort pas sans protection quand on ne sait pas ce qui nous attend de l'autre côté de la Porte. Le Furling a l'air pacifique, certes, mais rien ne nous garantit qu'il le soit vraiment, ou qu'il le soit encore quand nous viendront le déranger...

- Il y a un vaisseau sur cette planète, et il n'est sans doute pas inoffensif, remarqua Rodney qui faisait ses lacets. Qu'est-ce que cinq pauvres piétons armés de lance-pierres dans un pot à yaourt pourraient faire contre un vaisseau hyper-avancé de la taille d'une montagne, hein ?

La mission ne le réjouissait qu'à moitié. Il avait l'énorme espoir d'avoir l'occasion de jeter un œil à l'intérieur du vaisseau Furling, mais en même temps il avait très peur de la réaction de Kschhhiiiiiaaarr en les voyant arriver. Ce truc était capable de contrôler un MALP et de squatter les murs de la Cité pendant 2 mois, il s'était probablement téléchargé dans son vaisseau, et devait le diriger à l'heure qu'il était… Ca devenait facile de bazarder les Terriens dans l'espace s'ils devenaient gênants.

- En tout cas, il va falloir y aller en douceur, avec Leia, fit Hoacks. Elle va être submergée par les émotions. Peut-être qu'elle résistera, il faudra alors entamer une discussion avec elle, et surtout…

- Henry, attendez déjà qu'on la trouve.

- … Oui.

L'entrain du psychiatre était légèrement tombé à la remarque de Teyla. Il préféra changer de sujet :

- Caldwell ne se doute de rien ?

- Non, ni lui, ni ceux qui ignorent les grossesses, ni même ceux qui sont au courant. Carter et moi avons bien brouillé les pistes, pour tout le monde on part sur P7S468 où Leia a officiellement disparu.

- Ceux qui savent la vérité ne s'étonnent pas ? demanda Teyla.

- Non… A vrai dire, ils n'ont pas posé de questions.

- Ils ne sont sans doute pas dupes, mais personne n'aime trop parler de toute cette histoire, fit Hoacks. Quand Leia sera là, ça les mettra mal à l'aise, d'ailleurs, songea-t-il tout haut.

La porte du vestiaire s'ouvrit pour laisser passer un Sheppard passablement énervé et un Ronon un peu pitoyable. Le lieutenant-colonel s'arma en silence, tout comme son coéquipier.

- Il y a un problème ? s'enquit Teyla, alertée.

- Non ! fit Sheppard. Ronon ne sortira pas du Jumper, c'est tout.

- Pourquoi ?

Ronon répondit avec beaucoup d'affirmation à Rodney :

- Leia est partie à cause de moi.

Teyla et Rodney haussèrent les sourcils de surprise. Seul Henry semblait comprendre :

- Oui, c'est peut-être mieux que vous ne sortiez pas. Pour s'assurer de la réussite de notre mission…

- Hoacks ! Leia lui a sans doute pardonné ! s'exclama John.

- Mais peut-être pas le Furling !

L'officier fit la moue :

- Oui… Peut-être qu'en effet, il ne lui a pas pardonné, d'où l'idée que Ronon ne sorte pas du vaisseau.

- Attendez, je ne comprends pas…, fit Rodney.

Le Satédien jeta un coup d'œil au psychiatre et à John, qui savaient bien quel était le problème. John soupira :

- Ronon pense que comme il a tué – accidentellement – un petit Furling, Leia a repris conscience que les humains pouvaient être beaucoup plus violents que les Furlings, et par protection, elle a voulu revenir vers eux.

- Dans un cocon sécurisant, explicita Henry.

Teyla objecta :

- Mais, Ronon, elle n'est sans doute pas partie juste à cause de vous !

- Sans doute quand même un peu, fit Henry, réduisant à néant la tirade de l'Athosienne.

Sheppard réagit vivement :

- Hoacks ! Je viens de passer vingt minutes à le convaincre de venir, je vous signale, j'aimerai que vous respectiez mes efforts !

- Mais, Ronon n'a pas tort ! Elle peut tout à fait être partie à cause de lui. Bien sûr, en partie uniquement, il y a d'autres facteurs qui l'ont poussée à nous quitter. Mais ça peut jouer.

John jeta un coup d'œil à Teyla, et comprit qu'elle pensait comme lui : le psychiatre cherchait la moindre petite chose qui pouvait expliquer le départ de Neleia, quitte à faire durer un sentiment de culpabilité chez quelqu'un. C'était sans doute plus fort que lui, et c'était assurément l'homme empreint de sentiments et non l'analyste à la tête froide qui parlait. Mais en même temps… c'était un peu vrai : la violence du geste de Ronon avait pu être un élément de plus pour décider la jeune fille à partir. Ronon avait tenté de se récupérer en l'aidant ensuite à transporter les nourrissons, mais est-ce que cela pouvait compenser la perte d'une jeune vie ? Non, sans doute.

- Bon, de toute façon, on ne part pas avec trois quarts d'équipe, donc vous venez et vous restez sur votre siège, le sujet est clos, conclut John.

- Sans lui, on reste quatre, avec Hoacks, remarqua McKay.

- Oui, seulement comme on ne sait pas ce qui nous attend là-bas, je préfère vraiment avoir Ronon avec nous. Teyla est légèrement encombrée en ce moment et ce n'est pas vous et Hoacks qui serez d'un précieux secours si ça ne se passe pas comme prévu.

- Hé ! protesta Rodney.

- Quoi, il a raison, non ? remarqua Henry.

- Oui, mais ce n'est pas une raison pour le souligner.

- Oâh, Rodney, admettez que sans Ronon pour cette mission, vous seriez en train de transpirer d'angoisse.

- … C'est vrai aussi.

- Bon, puisque tout le monde est prêt, on est partis. Vous n'êtes pas droitier, Hoacks, je crois.

- Non, en effet, je suis gaucher. Pourquoi ?

- Dans ce cas changez votre revolver de jambe, vous n'arriverez jamais à l'utiliser rapidement comme ça.

v

Ils traversèrent la Porte pour se retrouver dans une zone désolée, familière à Ronon et Rodney : le relief accidenté d'Arrivée. Juste devant l'Anneau se trouvaient deux MALP John décida d'y jeter un œil avant d'aller plus loin et posa son vaisseau.

Tous sortirent, sauf Ronon, qui voulait se faire discret ici. Rodney inspecta directement l'un des deux MALP.

- Il y en a deux ?

- Hé oui, Hoacks, rappela John : celui que Carter a envoyé aujourd'hui suite à la réception du signal, et qu'on va d'ailleurs lui renvoyer de suite, et celui avec lequel Leia est passé…

- Celui où le Furling s'est transféré ?

- C'ETAIT transféré ! corrigea Rodney qui farfouillait dans ladite machine. La mémoire est vide… Pas une trace de Furling là-dedans. Et la radio qu'on avait placée dessus n'y est plus…

En prononçant cela, il avait regardé John plus que le psychiatre. Qu'est-ce qu'il fallait déduire de tout cela ?

- En tout cas, celui qui a composé nos coordonnées pour nous envoyer la remorque a utilisé l'identifiant qu'on a donné à Leia, remarqua John.

- Et au Furling.

Pas bête. Ca pouvait être lui aussi qui avait envoyé la remorque. Mais alors : pourquoi sa mémoire était-elle vide ?

- Il n'y a qu'en allant au vaisseau qu'on pourra trouver des explications, fit Henry, qui grelottait sous le vent frais.

- Et Leia aussi, sans doute, observa Teyla.

Le lieutenant-colonel hocha la tête, et renvoya rapidement le dernier MALP arrivé, sur Atlantis. Les quatre remontèrent dans le Jumper, et Rodney et Ronon guidèrent John la zone où Leia les avait fait atterrir chaque fois qu'ils avaient ramené des nourrissons.

- Vous allez détecter une énorme masse métallique, annonça Rodney, qui est en fait le vaisseau Furling caché sous une colline…

- A supposer qu'il y soit encore, fit Ronon.

Sa remarque ne laissa pas indifférent : la remorque pouvait en effet avoir été envoyée depuis une autre planète.

- Nous verrons bien, préféra conclure John.

Deux secondes plus tard, il revenait sur les propos qu'ils avaient échangés :

- Il est encore là.

Il en avait le souffle coupé. Au loin, luisant malgré le soleil blafard, se tenait un vaisseau comme il n'en avait jamais vu. Une coupole noire constituait le centre, d'où partaient cinq ramures d'un gris métallique. Chacune devait faire une cinquantaine de mètres de long. Le tout composait une sorte d'étoile, qui semblait avoir grignoté la colline environnante qu'elle déchirait.

- Ah, il est sorti de terre, remarqua Rodney. Enfin, il s'est débarrassé celle sous laquelle il se trouvait.

- C'est bon signe, décida John. Ca voudrait dire que le vaisseau est occupé.

- Par Leia, forcément.

L'affirmation de Hoacks ne reçut qu'un haussement d'épaules de la part de John.

- Je me pose.

Une fois au sol, juste à côté de l'engin, les trois Terriens et Teyla sortirent.

- Impressionnant, remarqua Sheppard en levant les yeux pour tenter d'apercevoir le sommet du dôme.

Tout le monde était un peu ému de se trouver devant cette grande masse qui avait traversé les millénaires et les galaxies.

- C'est par là, fit Rodney en désignant l'une des ramifications, qui partait vers la droite. Leia disparaissait de l'autre côté quand elle allait déposer les nourrissons.

- Alors en route.

Ronon restait dans le vaisseau, à portée de radio. En contournant le vaisseau, Sheppard sentait l'angoisse monter : Hoacks et Rodney ne seraient pas d'un grand secours si un incident survenait, et de toute façon le mot d'ordre pour eux si ça tournait mal était « laissez tout et courrez vers le Jumper ! ». Teyla était de plus en plus enceinte… Si ce qui était dans ce vaisseau se révélait belliqueux, il n'y aurait pas grand-chose qu'ils puissent faire…

Allons ! Les Furlings ne seraient pas ingrats avec ceux qui les avaient ressuscités, non ?

Une fois de l'autre côté de la ramification, ils décidèrent de la longer à nouveau, côté versant non exploré, en direction de la coupole.

- Le dôme a l'air fait de la même matière que le cockpit du vaisseau dans lequel on a découvert Leia et le Furling. En fait, c'est opaque de ce côté-ci, mais transparent vu de l'intérieur, avec une quantité de filtres anti-lumière impressionnan…

- Rodney, ça n'intéresse personne.

- Mais ce truc a la capacité de se compacter très vite, et donc en apparence de disparaître à la vitesse de l'éclair ! Pourtant c'est solide comme du titane, et…

- Vous pourriez faire se compacter celui-ci ? demanda Teyla.

L'Athosienne s'était arrêtée à côté de la branche du vaisseau, face à une sorte de large porte, faite de cette fameuse matière noire un petit carré sombre sur la ramification gris argenté.

- C'est l'entrée !

- Doucement, Hoacks, ne nous emballons pas…

- Mais on est ici pour aller à l'intérieur, non ?

Difficile de répondre par la négative. John demanda à Rodney de tenter d'ouvrir, tandis que lui et Teyla pointaient leurs armes en direction de l'ouverture. Henry restait en retrait, le cœur battant.

McKay n'avait pas encore posé ses mains tremblantes sur la paroi qu'elle disparut en un froissement.

- Bien, Rodney, je vois que vous maîtrisez…

- Mais je n'ai rien touché ! fit l'intéressé, un peu paniqué. Ca c'est ouvert tout seul !

Les trois autres restèrent un peu hésitants.

- Ben… On est peut-être attendus ? suggéra Hoacks. C'est sans doute Leia.

Il était le seul à ne pas percevoir le tremblement de Rodney.

- Hum, allons jeter un coup d'œil, décida John. Je passe le premier, Teyla, vous fermez la marche.

Le cœur battant, il s'aventura dans le vaisseau. A son grand soulagement, Henry se tenait bien et ne cherchait pas à le doubler, sans doute impressionné lui aussi par l'originalité de leur environnement.

Ils se trouvaient dans un long couloir gris, éclairé par une lumière venant du sol, une sorte de tapis fait de veinules violettes et orange qui courraient vers l'extrémité du hall. Comme un chemin à suivre.

- On fait quoi ? chuchota Henry.

- On explore, répondit John en amorçant le mouvement.

Il restait l'arme braquée devant lui, un peu désolé d'avoir à renouer contact avec le Furling de cette façon. Il ne voyait pas bien où menait ce tapis de lumière : le couloir s'élargissait de plus en plus, mais ce qu'on apercevait au bout ressemblait fort à un cul-de-sac : un mur noir semblant absorber toute lumière. Derrière lui, les trois autres progressaient en jetant des coups d'œil de tous les côtés. Teyla s'était retournée pour constater que l'autre côté du couloir était sombre et apparemment dénué de vie. Hoacks scrutait le mur de droite, où des sortes de placards blancs translucides opaques, ouverts et vides, étaient alignés. Rodney regardait plutôt son détecteur de vie.

- Vous avez quelque chose, Rodney ?

- Non, Sheppard. Apparemment, le dôme au bout de ce couloir est isolé, impossible de détecter ce qu'il y a à l'intér… Hé ! Si ! Il… Bon sang d'un coup il est saturé de points de vie et…

- C'est « d'un coup » parce que le « mur » du fond vient de s'ouvrir, Rodney, fit la voix un peu paniquée de John.

McKay releva la tête, constatant par la même occasion que les trois autres fixaient l'extrémité du couloir, les yeux ronds et le souffle coupé. Il resta bouche béée lui aussi en voyant ce qui causait leur surprise.

Un Furling se tenait là, debout, devant le mur qui s'avérait être une porte.

Les Terriens s'étaient arrêtés de respirer.

L'être semblait immense, du haut de ses plus de deux mètres, bras ballants, dos voûté. Son torse brun était perçé d'un trou qui se contractait au rythme de sa respiration sifflante. Ses deux grands yeux orange scrutaient les intrus.

- Woa, expira Rodney.

Le face-à-face dura un moment, sans que les humains n'osent le briser. L'être finit par tendre une main vers eux.


Ah, ça n'avance pas aussi vite que je voudrais, mais on tient le bon bout, et avec un petit effort j'arriverai peut-être à finir cette fic avant de fêter les deux ans de son début de publication (ouf, j'ai hâte).

Bon courage à tous pour la reprise et les régimes post-fêtes.