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Chapitre 44
New-York, 12ème District …
Kate se demanda aussitôt ce que Rick pouvait bien lui faire livrer au commissariat. Depuis tout à l'heure, quand il s'était assuré qu'elle serait bien là, elle savait qu'il mijotait quelque chose. Mais quoi ? Là était la question. Ce n'était pas la première fois qu'il lui faisait parvenir une petite surprise sur son lieu de travail. Pour leur anniversaire de rencontre, ou leur anniversaire de mariage, ou encore simplement, par plaisir de lui offrir un cadeau. Aujourd'hui, il n'y avait pas d'occasion spéciale, mais elle adorait les petites attentions de son mari, et elle avait hâte de découvrir le contenu de ce petit paquet. Néanmoins, elle se disait qu'il avait eu du toupet d'utiliser le jeune officier Carter pour faire livrer son colis. Le pauvre ignorait même qui était Castle. Et en plus, elle avait répété maintes et maintes fois à Rick que ses hommes n'étaient pas ses messagers ou ses hommes de main pour lui organiser des surprises. Elle avait une réputation à tenir, et voir son mari comploter avec ses hommes ne jouait pas du tout en sa faveur. Surtout aujourd'hui, à la veille de son entretien avec le chef Johnson. Il ne manquerait plus qu'il ait vent de cette histoire. Quel que soit le contenu de ce paquet, il faudrait à nouveau qu'elle fasse la morale à son adorable mari.
- Je l'ai passé au détecteur … au cas où …, ajouta le jeune officier.
- Ce n'était pas nécessaire, répondit Beckett, en esquissant un sourire, se félicitant néanmoins qu'il applique les règles à la lettre. Monsieur Castle ne risque pas de nous envoyer une bombe ou un colis piégé.
- Désolé, répondit-il, avec une petite moue fautive.
- C'est son mari, lui fit remarquer Lanie avec un sourire. Monsieur Castle est le mari du Capitaine, Bobby.
- Oh … je suis vraiment désolé, Capitaine, répondit-il, en tendant le petit paquet à Beckett.
- Ce n'est rien. Merci, sourit Kate.
Le jeune officier acquiesça d'un signe de tête, restant figé dans l'encadrement de la porte, presque au garde-à-vous.
- Autre chose ? demanda Beckett.
- Non, Capitaine.
- Alors vous pouvez disposer, lui ordonna-t-elle gentiment.
- Oui, Capitaine.
Elles le regardèrent s'éloigner, un sourire sur les lèvres, amusées par la timidité du jeune homme.
- Tu fais un sacré effet aux jeunes recrues, s'amusa Lanie en riant.
- C'est le statut qui veut ça … Et toi, deux jours qu'il est là, et tu l'appelles déjà par son prénom ? s'étonna Kate, revenant s'asseoir dans le canapé, le mystérieux colis entre les mains.
- Oh … on s'est croisés ce matin à la morgue, et on a papoté un peu. Il est trop craquant …
- Et trop jeune aussi …, lui fit remarquer son amie. Encore plus dans ta condition …
- Ma condition n'exclut pas un peu d'amusement. Il faut que j'en profite avant de ressembler à une baleine totalement indésirable …, grimaça Lanie, songeant à son avenir de femme enceinte.
Kate sourit, attendrie par la légèreté de son amie. Elle était ainsi, à ne jamais perdre de vue le plaisir de vivre et de profiter. Cinq minutes plus tôt, elle était totalement dépitée par sa nouvelle situation et les conséquences qu'elle pourrait avoir. Et à présent, elle pensait à s'amuser avant qu'il ne soit trop tard. Elle l'admirait pour ça, et l'aimait pour ça aussi, à toujours voir le verre à moitié plein même dans les moments difficiles.
- Bon, je me demande quelle idée lumineuse a encore eue Castle …, constata Kate, observant le petit colis en carton d'un air dubitatif.
Le simple carton ne portait que son nom : Capitaine Beckett. Castle avait dû l'emballer lui-même, en douce. Et elle n'avait rien vu de ses petites cachotteries. Sans nul doute, il était très doué pour ce genre de choses.
- Moi-aussi, sourit Lanie, impatiente de découvrir le contenu du paquet.
- Et une fois de plus, il a utilisé mes hommes pour ses besoins personnels, ajouta-t-elle, avec une petite moue.
- Pour la bonne cause …, allez, ouvre donc … je me demande ce que contient ce colis, insista Lanie.
Kate déchira, avec un peu de difficulté, le gros scotch qui fermait le carton et l'entrouvrit pour découvrir, d'abord, une petite carte blanche, sur laquelle Rick avait écrit quelques mots. Elle sourit, attendrie, en découvrant l'écriture fluide de son mari, et le contenu de son message. Totalement adorable bien-sûr.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Lanie, pleine de curiosité, observant le sourire béat de son amie. Un message coquin ?
- Non …, s'amusa Kate, sans quitter des yeux la petite carte. Plutôt romantique ce message …
- Dis-moi …
- Curieuse ! rétorqua-t-elle, amusée par sa curiosité.
- Allez … je n'ai pas d'amoureux, et en plus je suis enceinte … alors tu peux bien partager un peu de romantisme avec ta meilleure amie !
- En voilà des excuses ! rigola Kate. Il dit qu'à partir d'aujourd'hui, chaque jour qui me séparera de mon anniversaire, je recevrai une de ces petites surprises et attentions …
Elle était touchée par cette petite fantaisie de son mari, et attendrie par le cœur et le plaisir qu'ils mettaient à la rendre heureuse. Chaque jour, elle allait, à coup sûr, guetter sa surprise, et s'en réjouir aussi.
- Oh … comme c'est mignon …, sourit Lanie, attendrie.
- Hum …, marmonna Kate, un peu perplexe néanmoins.
- Quoi « hum » ? En plus, tu vas te plaindre ! grogna Lanie. Tu n'es pas possible !
- Non, sourit-elle, amusée par l'air offusquée de son amie. Il est adorable …, totalement adorable … Mais s'il compte me faire livrer des cadeaux tous les jours par mes hommes au commissariat, c'est hors de question !
- Quel rabat-joie tu fais ! soupira Lanie. Tu sais combien de femmes rêveraient d'avoir un mari aussi attentionné et amoureux que le tien ?
- Mais ce n'est pas ça le problème … J'adore son romantisme et ses attentions, mais …
- Ouvre donc la boîte ! l'interrompit Lanie, refusant d'écouter ses explications de Capitaine. Je me demande ce qu'il t'a offert …
- C'est peut-être intime …, s'amusa Kate. Avec Castle, je dois m'attendre à tout.
- Un truc intime ? ça ne me dérange pas, rigola Lanie, alors que Kate se saisissait du coffret emballé de papier de soie bleu.
Précautionneusement, elle défit le papier, et découvrit une jolie boîte de macarons, dont elle reconnut aussitôt la provenance. Ces petites merveilles qu'elle aimait tant étaient l'œuvre d'un grand pâtissier français. Souriante, à l'idée que Rick ait choisi ce cadeau, conscient de sa gourmandise, elle ouvrit le couvercle du coffret pour en dévoiler le contenu à Lanie. Une trentaine de petits macarons, colorés et généreusement garnis de ganaches.
- Oh …, s'extasia Lanie. Voilà de bien jolies gourmandises !
- Pas seulement jolies, délicieuses …, je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon ! Tu veux goûter ?
- Et comment ! s'enthousiasma son amie, observant les petites pâtisseries.
- Choisis …, sourit Kate en lui tendant la boîte.
- Comment choisir …. Ça a l'air tellement bon …
- Je te conseille celui-là, le jaune, tacheté de marron. C'est le macaron Mogador …, expliqua Kate.
- Tu as déjà goûté ?
- Oui … J'ai totalement craqué pour ces macarons lors de mon premier week-end à Paris avec Rick … c'était au tout début de notre relation. Une petite escapade amoureuse … à l'époque où personne ne savait encore.
- Oh, ce cadeau n'est pas seulement délicieux, et il est aussi plus que romantique … et symbolique, sourit Lanie.
- Hum … Oui …, les premiers émois, les premières découvertes à deux …, un merveilleux souvenir …., répondit Kate, le cœur plein de tendresse pour son mari. Allez, goûte …
Lanie se saisit du petit macaron indiqué par son amie, et délicatement croqua une petite bouchée.
- Oh … mon … Dieu …, s'extasia-t-elle. Fruit de la passion ?
- Oui …, sourit Kate, goûtant elle-aussi un macaron, à la framboise et au thé vert.
- C'est un orgasme gustatif ! s'enthousiasma Lanie.
- En effet, rigola Beckett, amusée par les mimiques gourmandes de son amie.
- Dis, si Castle n'a pas d'idée pour mon anniversaire, je veux bien des macarons !
- Je transmettrai le message …
- J'espère que tu sais la chance que tu as …, constata Lanie, en finissant son macaron. Et je ne parle pas que des macarons …
- Je sais, oui. J'ai beaucoup de chance …
- Alors, ne sois pas trop dur avec lui pour avoir utilisé les forces de la Police pour sa livraison …, je te connais, tu es capable de le gronder !
- Ça c'est sûr … Mais ne t'en fais pas pour lui, Castle adore que je le gronde, s'amusa Kate.
- Hum … tu as intérêt de le remercier aussi à la hauteur du délice que sont ces macarons …
- J'y compte bien …
- En tout cas, je me demande ce que vont être les seize autres surprises …
- Oui, ça m'inquiète un peu quand même …
- Savoure au lieu de t'inquiéter !
- Mais Castle est capable de me faire livrer au poste des trucs démentiels …, du style un salon de massage improvisé dans mon bureau parce que j'adore les massages thaïs …
- S'il y a le masseur thaï avec, tu m'appelles, que j'en profite aussi …, rigola Lanie.
- Tu es enceinte ! Fini la gaudriole ! lui fit remarquer Kate, taquine et rieuse.
- Tu rigoles ? Il me semble me souvenir que la libido fonctionnait bien de ton côté pendant tes grossesses …
- Oh … pas que pendant mes grossesses …, répondit Kate, sur le ton du sous-entendu. D'ailleurs, ce matin …
- Quoi ce matin ?
- Eliott a failli nous surprendre en plein … câlin …, expliqua-t-elle.
- Oh, je vois … réveil coquin …, s'amusa Lanie.
- Hum … réveil terriblement frustrant surtout … Il a frappé à la porte au pire moment.
- Oh, j'aurais aimé être une petite souris pour voir ça !
- Ce n'est pas amusant Lanie … Je redoute maintenant qu'il pose des questions.
- Pourquoi ? Il a vu quelque chose ?
- Juste que son père et moi étions nus … Il a supposé qu'on avait chaud !
- J'aime le sens de l'observation des enfants … et leur naïveté !
- Il faut que je commence à réfléchir à ce que je lui répondrai s'il pose des questions, parce que si je laisse Castle s'en charger, ça va virer au n'importe quoi …
- Dis-lui simplement que Papa et Maman s'aiment beaucoup et se font des bisous et câlins … beaucoup de câlins …, c'est comme ça quand on très amoureux.
- Ça, oui … mais pourquoi tout nus ?
- Parce que c'est plus drôle ! répondit Lanie comme une évidence.
- Drôle ? sourit-elle, perplexe.
- Quoi ? Ce n'est pas drôle le sexe ?
- Si … parfois …, avoua Kate, songeant à certaines pitreries de son mari.
- Surtout avec Castle, j'imagine …, ajouta son amie, en riant.
- Oui, eh bien, n'imagine pas le sexe avec mon mari, s'il te plaît ! objecta Kate, possessive.
- C'était façon de parler, rigola-t-elle. Castle, très peu pour moi !
- Comment ça très peu pour toi ? s'indigna Beckett. Dis que Castle n'est pas craquant et sexy !
- Oh, si, il est craquant, sexy et bien plus encore… mais c'est ton mari. Il y a dix ans, je n'aurais pas dit non, mais aujourd'hui, j'aurais l'impression de coucher avec mon frère !
- Quelle horreur …, grimaça Kate.
- Je ne te le fais pas dire, répondit Lanie en riant.
Kate rit aussi, heureuse de ce moment de complicité avec son amie. La pause déjeuner lui avait permis de s'évader complètement de ces tracas professionnels, même si Lanie lui avait annoncé une nouvelle qui la laissait un peu perplexe et dubitative. Castle allait la couvrir de cadeaux une fois de plus, et elle avait hâte de le retrouver tout à l'heure, pour le remercier. En attendant, elle lui enverrait un petit message, plein de promesses
.12ème District, New-York, 14h.
Installé au bureau de Ryan, derrière son ordinateur, Castle travaillait depuis une petite demi-heure, concentré et motivé. Le commissariat était en ébullition en ce début d'après-midi. Un double homicide avait eu lieu ce midi, suite à une rixe entre bandes rivales qui avait mal tourné. Une grande partie des effectifs du 12ème District étaient donc à pied d'œuvre, ici, pour interroger les délinquants impliqués dans la bagarre, mais aussi sur le terrain pour retrouver ceux qui avaient pris la fuite. Esposito et Ryan, eux, étaient toujours occupés avec Enrique Hernandez. Quand Rick était arrivé, après son déjeuner au loft, ils étaient en salle d'interrogatoire, et d'après ce qu'il avait pu apercevoir derrière la vitre sans-tain, Enrique semblait mettre leurs nerfs à rude épreuve.
Kate était à l'Académie de Police, et à l'heure qu'il était, elle devait probablement avoir commencé son cours. Il aurait aimé être une petite souris pour la voir enseigner à ces jeunes cadets, attentifs et admiratifs très certainement. Alors il avait hâte de la retrouver tout à l'heure, et qu'elle lui raconte comment s'était passée cette « première fois ». Elle lui avait envoyé un message pour le remercier de son cadeau, mais pas seulement : « Merci, mon cœur, pour ces délicieux macarons. J'adore ! Demain, ma surprise d'Halloween devrait elle-aussi combler ta gourmandise ... » … Le tout paré de deux petits cœurs rouges et d'un clin d'œil. C'était le genre de messages qu'il affectionnait tout particulièrement. Elle avait apprécié sa petite surprise, qui, il le savait, lui avait rappelé leur première escapade romantique à Paris, sept ans plus tôt. Mais elle attisait maintenant sa curiosité en évoquant la surprise qu'elle lui réservait pour Halloween. Il n'y pensait même plus, l'esprit accaparé par tout un tas de choses, et s'était dit que Kate bluffait quand elle lui avait dit, le week-end dernier, que puisqu'il ne voulait rien lui dire sur sa surprise d'anniversaire, elle ne lui dirait rien non plus sur celle qu'elle préparait pour Halloween. Mais finalement, elle avait bel et bien une idée derrière la tête, et il adorait ça. La soirée d'Halloween au loft s'annonçait déjà joyeuse et animée avec tous leurs amis, mais cette petite surprise, probablement coquine, serait la cerise sur le gâteau. Il se doutait que « la gourmandise » évoquée par Kate dans son message faisait référence à son désir pour elle. Il était gourmand, oui, de son corps, de ses caresses et baisers, de sa tendresse et volupté. Et elle n'aimait rien tant que d'attiser cette gourmandise. Elle avait beau dire qu'elle n'avait pas d'imagination, sa femme le surprenait souvent, et savait rendre leurs câlins uniques.
Mais pour le moment, il fallait réussir à avancer sur l'enquête « Red Sword », et vu la tournure que semblait prendre l'interrogatoire d'Enrique Hernandez, il y avait vraiment du travail. Depuis une demi-heure, il enquêtait donc sur les connaissances de Devon O'Neal et Liam Carter. Persuadé désormais de l'implication des deux jeunes gens, il était convaincu que trouver leurs complices était la clé de cette investigation. Il avait donc retracé leur parcours scolaire depuis l'école maternelle, et récupéré la liste de tous les élèves ayant fréquenté la même classe ou le même établissement qu'eux. Cela faisait des centaines de personnes. Seulement deux d'entre elles étaient officiellement toujours amies avec Liam Carter. Mais elles avaient déjà été interrogées lors du vol de la Mercedes de M. Carter, et ayant des alibis solides, elles avaient été éliminées d'office de la liste des suspects. Quant à Devon O'Neal, pour le moment, ils n'avaient pas en leur possession la liste de ses proches, hormis les cadets de l'Académie. Il fallait, pour ce faire, que Beckett demande un mandat au procureur. Mais elle avait décidé d'attendre un peu que leurs certitudes se précisent avant de donner une nouvelle dimension à cette affaire. Car le procureur s'étonnerait que l'enquête s'oriente vers une recrue de la Police de New-York, sa famille serait informée, et sa mère, avocate, monterait au créneau pour défendre son fils. Leur marge de manœuvre serait alors bien plus réduite. Stratégiquement, il était pour l'instant plus simple de se concentrer sur Liam Carter, au sujet duquel ils disposaient d'ores et déjà de nombreux éléments.
Une tâche considérable attendait désormais Castle, car il allait devoir établir lesquels de ces garçons et filles qui avaient côtoyé Devon et Liam à un moment de leur vie pouvaient encore être en contact avec eux Il était donc occupé à rechercher ceux qui vivaient toujours à New-York. Il porterait une attention toute particulière aux jeunes femmes blondes, puisqu'ils disposaient d'un ADN, sur un cheveu trouvé dans la perruque, abandonnée au Greenhouse. Mais son enquête ne devrait pas s'arrêter là. Il étudierait par la suite les clubs sportifs et associations fréquentés par les deux jeunes hommes depuis leur enfance, mais aussi l'entourage amical de leurs familles. Une fois qu'une liste plus réduite aurait pu être établie, il faudrait interroger un à un tous ces suspects potentiels concernant leurs alibis pour l'agression de Cole Brown dans la nuit du jeudi au vendredi de la semaine passée, et celle de William Tanner pendant le week-end. Le vol de la Mercedes remontant à plusieurs mois, il était impossible de réclamer aux suspects un alibi pour ce délit, et encore moins, de le vérifier. Sans élément nouveau, c'était un travail de fourmi qui s'annonçait, et il y en avait pour plusieurs jours d'investigation. Mais cela ne lui faisait pas peur. Il aimait ce genre de casse-tête, surtout quand il avait la conviction que cela finirait par payer.
Pleinement investi dans sa tâche, concentré sur l'écran, il s'appliquait donc à recouper les données, tout en réfléchissant en même temps à plusieurs choses à la fois. Son esprit tournait à plein régime car il y avait un tas de questions auxquelles il voulait trouver des réponses. L'une d'elles étant : comment Devon avait-il eu connaissance de la technique de Roberto Hernandez ? Comment le ou les voleurs, complices de Devon, avaient-ils pu l'exécuter aussi parfaitement, sans commettre d'erreurs ? Ils étaient quasiment certains que Devon n'avait eu aucun contact direct avec son père légitime, mais peut-être en avait-il eu avec son frère, Enrique, même s'il avait nié le connaître. Et s'il avait acheté directement les services d'Enrique, qui, lui, maîtrisait la technique et en était fier ? Et s'il l'avait payé en liquide pour qu'il n'y ait aucune trace ? C'était une possibilité. Mais à la place de Devon et Liam, il aurait trouvé cela risqué de mêler au projet « Red Sword », un inconnu, fils de truand, ancien membre de gang, en qui ils ne pouvaient avoir aucune confiance. Ils étaient des gamins bien sous tous rapports, qui certes jouaient au super-héros, mais en louant les services d'un délinquant, lié au gang des Vatos Locos, ils se mettaient sérieusement en danger. Alors si Enrique n'avait vraiment rien à voir avec tout cela, et les Vatos Locos non plus, cela voulait dire que Demon avait découvert et appris seul la technique de son père. Mais comment ? Il leur avait dit qu'il savait que son père biologique était un chef de gang et un voleur de voiture. Alors peut-être avait-il cherché à en savoir plus.
Alors qu'il se creusait la tête, la solution lui apparut comme une évidence : elle se trouvait dans le dossier de Roberto Hernandez au sein des fichiers de la Police de New-York, ou des minutes de son procès. Le beau-père de Devon était flic. Il pouvait, d'une manière ou d'une autre, accéder à ce dossier. Quant à Liam, fils du procureur Carter, il avait certainement moyen lui-aussi de mettre son nez dans d'anciennes affaires juridiques classées. Et la méthode de Roberto Hernandez avait forcément été expliquée, détaillée, décortiquée au moment de l'enquête et du procès. Il devait y en avoir trace dans le dossier.
Aussitôt, Rick pianota pour se connecter au serveur de la Police, et il ne lui fallut que quelques secondes pour obtenir un lien vers le dossier de Roberto Hernandez, du moins une partie du dossier. Si toutes les archives de la Police étaient encore, pour l'essentiel, matérielles et stockées dans les sous-sols des commissariats de la ville, la base de données numériques rassemblait les modes opératoires des voleurs, comme des tueurs en série, du grand banditisme ou des gangs. Cela permettait, en saisissant quelques détails seulement, de faire le lien rapidement avec un mode opératoire connu. En quelques clics, il avait donc accès au mode opératoire de Roberto Hernandez, dans le moindre détail.
Découvrant le document de quatre pages sur son écran, il souriait tout seul, satisfait de réaliser que Devon O'Neal pouvait avoir appliqué la même méthode que lui, quand il vit les gars approcher, l'air plutôt déconfits.
- Vu vos têtes, leur lança-t-il, je dirais qu'Enrique ne nous sera pas d'une grande aide.
- Ce gars est aussi con qu'une bûche de bois …, répondit Esposito, alors que son coéquipier et lui s'asseyaient, se laissant tomber un peu lourdement dans leurs fauteuils comme pour marquer leur désarroi.
- C'est clair qu'il n'a pas inventé la poudre, soupira Ryan.
- Et il ne connaît pas Devon alors je suppose ?
- Il dit que non …, enfin il connaît son existence. A priori c'est un secret de polichinelle, tout le monde au sein des Vatos Locos savait qu'Hernandez avait un deuxième fils. Mais Enrique dit qu'il ignore son identité, et qu'il s'en fiche. Comme son père d'ailleurs, qui a priori n'a jamais cherché à connaître son rejeton.
- Vous le pensez sincère ?
- Oui … Il est un peu benêt. Je pense que s'il mentait, ça se verrait, répondit Ryan, alors que son téléphone sonnait.
- Donc les deux frangins disent la même chose, conclut Castle.
- Ouais … A mon avis, Enrique n'a vraiment rien à voir avec cette histoire, constata Esposito, pendant que Ryan prenait l'appel.
- Oui Jenny ? ….. Ok ….. Attend. Trente secondes …..
Ryan fit signe à ses amis que l'appel était important, et s'éloigna à grandes enjambées vers la salle de pause. Castle et Esposito échangèrent un regard un peu dépité. Les appels de Jenny en pleine journée de travail n'annonçaient rien de bon. Ils espéraient donc qu'il n'y ait pas un souci avec les enfants, les jumeaux se remettant tout juste de leur varicelle.
- Est-ce que tu sais si ça s'arrange ? demanda Castle, faisant référence aux soucis conjugaux de Ryan, et profitant de l'occasion d'être seul avec Esposito pour en discuter.
- Non … Et Kevin ne veut pas en parler, expliqua Javier, observant au loin son ami qui semblait parler avec agacement. Le sujet est plus que sensible …, et a priori, je ne suis pas le mieux placé pour le conseiller.
- Beckett pense que je devrais essayer de discuter avec lui …
- Oui … Peut-être qu'il t'écouterait davantage. Ça me tue de le voir comme ça …
- S'il acceptait que je les aide financièrement, ça leur permettrait de respirer un peu … et de régler les autres problèmes, constata Castle.
- Il n'acceptera jamais que tu lui donnes du fric, mon pote …, lui fit-il remarquer.
- Je sais …
- Et puis, ce n'est pas le seul souci … Je crois qu'ils n'arrivent plus à se retrouver. Ils se font bouffer par leurs problèmes … J'ai déjà proposé plusieurs fois de garder les enfants pour qu'ils se fassent une soirée juste tous les deux, mais Kevin ne veut pas.
- Oui … On a proposé aussi. Et même résultat.
- Je crois qu'il fait tout pour ne pas se retrouver seul avec Jenny, et avoir à discuter de leurs soucis. Il fuit la maison et se réfugie dans le boulot. Il a peur que tout explose s'ils se confrontent ouvertement à leurs problèmes.
- S'ils ne s'y confrontent pas, ça explosera de toute façon tôt ou tard …
- Je sais … Mais il ne veut pas le voir. Il espère que ce n'est qu'une mauvaise passe.
- Une mauvaise passe qui dure depuis des mois maintenant …, constata Rick, tristement. C'est dingue que des gens qui s'aiment autant puissent se déchirer ainsi, souffrir chacun de leur côté …
- Ouais … c'est triste surtout.
- J'essaierai de lui parler demain soir. Il sera peut-être plus ouvert au dialogue …
- Il faut espérer, soupira Esposito. Bon … pour en revenir à notre affaire, je crois qu'on peut aussi éliminer la théorie selon laquelle Enrique aurait été l'homme de main de Devon O'Neal et Liam Carter. A chaque fois qu'on a eu affaire à lui, soit il était complètement défoncé à la coke ou à l'héro, soit il s'est montré carrément stupide comme aujourd'hui. Je vois mal ce gars être capable de voler une voiture dans une résidence sécurisée sans se faire repérer …
- Oui … Je suis arrivé à la même conclusion, ajouta Rick. Et je vois mal Devon, qui est un gamin plutôt intelligent, faire confiance à son frangin drogué et stupide pour un projet aussi risqué.
- Ouais …
- Donc ça voudrait dire que Devon s'est procuré tout seul la technique de son illustre papa …. Et justement, regarde-ça …, lui fit Castle, en désignant l'écran de l'ordinateur.
- C'est la technique d'Hernandez ? demanda Esposito.
- Oui. C'est dans la base de données … Il suffit d'avoir des codes de flics pour y accéder. Le beau-père de Devon a certainement déjà utilisé ses codes à son domicile. Ou bien Devon lui a rendu visite au commissariat …
- Dans tous les cas, c'était possible d'accéder à ces informations, conclut Esposito. Mais tu crois que ce manuel du parfait voleur de voiture suffit pour braquer une Mercedes sans commettre la moindre erreur ?
- Avec de l'entraînement peut-être …, répondit Rick, en réfléchissant.
- Esposito ! appela un de ses collègues. Si tu ne fais rien, on a besoin d'aide sur le double homicide …
- J'arrive, répondit-il aussitôt, un peu lassé de tourner en rond sur l'affaire « Red Sword ».
- Quoi ? Tu me laisses tomber ? se plaignit Rick.
- C'est bon, Castle … On n'a rien sur quoi enquêter pour le moment ….
- Rien ? Tu plaisantes ? Il faut trouver les copains de Devon et Liam … J'ai des centaines de noms et …
- Et tu fais ça très bien, l'interrompit Esposito, en se levant. Quand tu auras réduit le cercle des suspects, je te prêterai main forte, mais en attendant une bonne petite bastonnade de gangs ça va pimenter ma journée …
- Traître …, marmonna Castle dans sa barbe, en regardant son ami s'éloigner.
Il pouvait comprendre que cette affaire finisse par lasser Javier. Ce n'était pas son boulot d'enquêter sur un super-héros. Lui traquait les assassins avant tout. Et puis, Javier était un pragmatique. Il lui fallait du concret. Se creuser la tête pendant des heures, ce n'était pas vraiment son truc.
Plus motivé que jamais, il décida de se concentrer à nouveau sur les documents qu'il venait de trouver, quand Ryan le rejoignit.
- Tout va bien ? lui demanda-t-il aussitôt, voyant au regard de Kevin et à son visage fermé qu'il venait probablement de se disputer avec Jenny.
- Oui, mentit Ryan. Qu'est-ce que tu fais ?
- C'est le mode opératoire d'Hernandez … Je me demande si un novice, comme Devon O'Neal, peut réussir à voler une voiture juste avec ce document.
- Il faudrait vérifier, répondit un peu évasivement Ryan.
- Vérifier ? répéta Castle, réfléchissant, avant de s'exclamer : Mais bien sûr !
- Quoi ?
- On va vérifier ! Tu as déjà volé une voiture ? demanda Rick, avec un grand sourire.
- Je suis flic, Castle …. Evidemment que non …, grimaça Ryan, sentant venir une idée ingénieuse, et probablement loufoque.
- Parfait. Moi non plus. Alors, on va voler une voiture tous les deux cet après-midi …., sourit Castle, en lançant l'impression des documents. Qu'est-ce que tu en dis ?
- Euh …, balbutia Ryan, perplexe.
- Pas pour de vrai, poursuivit Rick, très sérieusement. On va descendre au parking, et faire le test sur une voiture. Rien de plus simple …
- Sérieusement ? Tu crois que je n'ai que ça à faire ? lui lança Ryan, d'un air sarcastique.
- C'est pour faire avancer l'enquête ! se défendit Rick, en récupérant ses précieux documents dans l'imprimante.
- Où est passé Espo d'abord ? demanda Kevin, parcourant des yeux la salle, sans trouver son coéquipier.
- Oh … lui il préfère mater les gros-bras du gang, répondit Castle, avec une petite moue réprobatrice.
- Je devrais aller voir s'ils ont besoin d'aide.
- Ils n'ont pas besoin d'aide. Tous les hommes sont sur l'affaire. Alors, toi, tu vas venir avec moi, mon ami… Et puis, tu as besoin de te changer les idées, ajouta Castle.
- En volant une voiture ? ironisa Ryan avec un sourire.
- Pourquoi pas ? Beckett nous félicitera quand on aura fait avancer l'enquête. C'est sûr … Et puis tu sais quoi ? J'ai reçu le détecteur de champs électromagnétiques, c'est l'occasion d'aller traquer le fantôme du parking … On va faire d'une pierre deux coups.
- Je ne sais pas si …
- Allez, Kevin …, l'encouragea Rick, sachant qu'il allait finir par le convaincre. Un peu de fantaisie et d'audace … ça fait du bien parfois !
- Ok …, soupira Ryan, mais on n'y passe pas trois heures.
- Parfait ! Viens ! s'exclama Castle, tout heureux, en s'élançant vers le couloir.
- Euh … mais tu comptes voler quelle voiture au juste ? demanda Ryan avec inquiétude, en lui emboîtant le pas.
