Chapitre 54 : Les Adieux de Gabrielle.

-Elle doit y aller !

-Avec tout le respect que je vous dois, Majesté, laissez-la.

-Oui, les adieux ne sont jamais facile lorsque l'on s'aime.

Croyaient-ils que nous ne les entendions pas ? Riku et moi étions assis sur le bord de la plage. Les autres m'attendaient devant l'entrée de la cachette secrète. Je n'avais jamais ressenti un sentiment aussi fort pour une personne. Je n'avais jamais non plus appris à dire « Adieux ».

-Qu'est-ce qu'il va nous arriver ? dit finalement Riku. Tu dois le savoir, non ?

-Non. Le jeu s'arrête avant ce moment-là.

Nos regards respectifs se perdirent dans l'immensité de l'océan si bleu. La lune était apparue, maintenant. Mickey avait insisté pour que Matthew et moi partions le plus tôt possible. Chaque minute passée en plus ici risquait de changer l'ordre des choses, maintenant que Kingdom Hearts était sauvé.

-Nous avons libéré les Mondes. Nous avons anéanti l'Organisation XIII. Nous sommes tous vivants…alors pourquoi suis-je si triste ? demanda Riku.

Il saisit ma main.

-Tu sais, quand on s'est rencontré, à la Cité du Crépuscule, j'errais dans les ténèbres. J'étais complètement perdu. Je ne savais plus quoi faire, et pourtant, j'aimerais retourner à ce moment là pour revivre cette aventure.

Je ne disais rien. Je ne savais pas quoi dire. Je me sentais dépassée. Les Adieux…déjà…

-Riku, j'espère que tu ne m'oublieras pas, commençai-je. Ces moments, nous pourrons les revivre à chaque fois que nos yeux se fermeront. Mais nous ne pouvons rien faire contre l'ordre cosmique des choses. Moi, je te retrouverai tous les jours, quand j'allumerai ma console. Tu sais, lorsque l'on s'est rencontré, on avait chacun nos propres démons. Et grâce à toi, je sais que je vais réussir à les combattre.

-Gabrielle, tu tues des monstres et sauves des milliers de mondes. Tu arriveras à tenir tête à des collégiens.

Nous éclatâmes de rire. Notre dernier éclat de rire…au bout de quelques secondes, nous redevînmes sérieux.

-Gabrielle ! cria Mickey.

Nous nous retournâmes tous les deux. C'était déjà le moment ? Nous nous levâmes du sable. Je le pris par la main et le regardai droit dans les yeux. Puis nous marchâmes trop vite à mon goût vers la cachette.

Nous nous engouffrâmes un par un dans l'étroit couloir, puis dans la vaste salle en roche. Je pris plaisir à regarder chaque détail de tous les petits dessins. J'arrivais encore à sourire, mais le cœur n'y était pas.

Matthew fit ses Adieux. Il rit avec une dernière fois avec ses amis, et sa voix trembla légèrement lorsqu'il salua Kairi.

-Vous ne savez pas ce que vous avez fait pour moi, sourit-il.

Puis se fut à mon tour. Je m'approchai de Mickey, en premier.

-Majesté, merci de m'avoir guidée ici. Sans vous, j'aurais été sans doute complètement dépassée ! et puis, vous m'avez sortie de nombreux mauvais pas…comme pour monter dans le train avec les trois guignols à la Cité du Crépuscule !

Les « trois guignols » protestèrent gentiment, et Mickey me salua lui-aussi. Après lui venait Kairi. La jeune fille me contempla et je lui souris. Puis nous nous fîmes une rapide étreinte.

-Je regrette de ne pas pouvoir faire plus ample connaissance avec toi.

-Moi aussi.

-Mais si, un jour, l'occasion se présente, alors tu entendras la scénario de ma vie ! ris-je.

Kairi sourit.

-Prends bien soin de toi, comme tu as pris soin de mes amis.

-Merci, Kairi.

-Non, merci à toi.

Je lui souris une dernière fois. Puis vint le tour de Donald et Dingo. Ils me dévisagèrent, en souriant d'un air attendri.

-Vous ne m'avez pas fait confiance, mais je vous ai promis de tout vous raconter. J'ai chargé Sora et Riku de vous raconter mon histoire. Malheureusement, le temps me manque, et j'aimerais vous l'expliquer moi-même !

-Nous ne t'oublierons jamais, Gaby, s'exclama Dingo.

-Oui, rajouta Donald, c'est une promesse.

J'eus un sourire triste. Ce tableau ressemblait affreusement avec les Adieux de Sora à Naminé, dans Chain of Memories. Et puisque mon ami l'avait complètement oubliée, ça n'était pas très rassurant.

Puis arriva le tour de Riku. Nous nous regardâmes pendant quelques secondes. Puis il me prit dans ses bras et mon sourire disparut.

-Et toi, Riku, je pense que l'on s'est sortis des ténèbres mutuellement.

-Et je crois aussi que deux destins liés le reste pour toujours. Ça ne peut pas être des Adieux. Ce ne sont que des « Au revoir ».

-Si seulement c'était vrai.

Il déposa furtivement ses lèvres sur les miennes. Il devait avoir raison. Ça ne devait pas être la dernière fois que l'on se voyait…ça ne pouvait pas être la dernière fois. Nos regards baignés de larmes tentèrent de photographier le visage de l'autre pour le garder éternellement en mémoire.

-Adieux.

-Oui, Adieux, Gabrielle.

Enfin, je me retournai face à Sora. Mon meilleur ami était là, devant moi. Il me sourit, d'un sourire mélangeant tristesse et joie. Je le pris dans mes bras.

-Au fond, tu resteras toujours ma tête de pics.

-Et toi, ma chère Barbie.

-Je suis contente de t'avoir rencontré, Sora.

-Moi aussi. Tu es une personne fantastique et les gens ne peuvent que t'aimer.

Les larmes ne me venaient pas. C'était étrange. Je ne me rendais pas encore compte que je n'allais plus jamais les revoir. Pour moi, j'allais me réveiller le lendemain matin dans le vaisseau gummi. Demain matin…quel genre de jour allait-ce être ?

Matthew me prit par la main et m'amena vers lui. Nous nous mîmes face à la Porte du Monde. Je me retournai une dernière fois vers eux. Ils me sourirent tous.

-Adieux, dis-je simplement.

Ma main poussa la porte. Celle-ci ne s'ouvrit pas, mais à son contact, je me mis à tourner de plus en plus vite sur moi-même. Les couleurs se confondirent pour en former plus qu'un arc-en-ciel. Je n'étais plus malade. Mes cheveux dansaient autour de moi, obscurcissant ma vue. Le décor de la grotte se volatilisa, ainsi que les visages de mes amis.

Mais alors que je tournais, un murmure parvint à mon oreille.

« Nous avons pu compter sur toi. Tu as tenu ta promesse. Tu as le cœur le plus pur. Pour ces trois choses, nous allons t'offrir quelque chose que tu souhaites au plus profond de toi. »