Comme je pars demain en Normandie, donc j'ai décidé d'avancer la publication de ce chapitre. Comme j'achève cet épisode et vous pourrez me laisser plein de reviews à mon retour (dans 15 jours) ;)
Julie Winchester : Au moins comme ça, tu sais tout sur mes références culturelles. ;)
Miss Petrovska : Et sur youtube, j'ai trouvé un mixe "Merlin" et "A la volette". XD
Gargouilles : C'est bien, pour une fois tu es en avance ! \o/
Bah, quoi ? Une région peuplée par des dragons forcément ça laisse des marques. M'enfin ce serait pas drôle s'ils se rendaient directement à l'office du tourisme et qu'on leur disait : "Ah oui, vous voulez la visite thématique sur les dragons. Alors vous avez la grotte de Siegfried, l'ancien antre de Siegfried, le chalet dans la montagne de Siegfried..." ^^'
En temps que dragonlady, Mélu doit bien sûr développer ses liens avec Aithusa. Puis comme on a parlé du parallèle entre Kilg/Aithusa et Merlin/Mélu, les deux "filles/héritières" ont évidemment un lien spécial. Elles deviennent toutes les deux indépendantes et doivent se détacher de leurs pères/mentors.
"j'croyais que t'avais un budget illimité toi ?! Même avec ça, le Tardis et son docteur étaient trop chers ?!" disont que même avec un budget illimité, y a des trucs que les proprio refusent de prêter. Donc, si jamais tu croises Matt Smith qui cherche son Tardis, tu lui diras que tu ne sais pas où il a pu passer ;)
Pour la légende racontée par Gunther, évidemment que l'histoire a été modifié : Siegfried ne pas desvierges, il s'est contenté de cramer tout ce qui se trouvait dans la vallée, saint Georges était probablement un dragonlord (pourquoi y en aurait eu qu'au Royaume-Uni ?) et la durée de son combat contre Siegfried a été exagérée, pour le rendre plus spectaculaire. La chanson de geste n'est pas nécessairement en rimes, ou en vers, elle pet être chanté en prose. C'était souvent le cas d'ailleurs. Puis les vers, c'est trop galère.^^' Quant au fait que l'autre dragon soit insensible au pouvoir de Merlin, explications:
1) Quand Kilgharrah a expliqué à Merlin que c'était les seigneurs des dragons qui faisaient éclore les œufs, je me suis faite la réflexion : "Et quand y avait pas de seigneurs des dragons, ils faisaient comment ?". D'où ma théorie qu'à l'origine les dragons étaient sauvages. Puis les hommes les ont domestiqués (enfin plus ou moins), ce qui a donné le jour aux dragons comme Kilgharrah et Aithusa et à l'ordre des seigneurs des dragons.
2) Siegfried et sa famille appartiennent à l'ancienne race des dragons, celle qui a le plus de chance de survivre vu qu'ils sont pas obligés d'attendre le bon vouloir des dragonniers (espèce de plus en plus menacée) pour que leurs petits éclosent. Donc ils sont insensibles aux ordres des dragonniers.
3) Alors certes, c'est embêtant pour Merlin, mais c'est préférable pour Aithusa.
Comme tu le verras.
Roussette : Euh... je sais pas trop quoi dire. ^^' Disons que je suis d'une nature curieuse et que, quand un sujet m'intéresse, j'aime l'explorer à fond. ^^' Du coup mon cerveau emmagasine plein d'infos inutiles. ^^'
Un nouveau départ
Ils trouvèrent refuge dans un bois, au pied de la montagne Zugspitze. Encore sous le choc, la dragonne et les deux magiciens devaient reprendre des forces avant de prendre une décision. Merlin était partisan de quitter le pays, de partir sans se retourner.
– Rester serait pure folie, argua-t-il. Les gens d'ici sont ouvertement hostiles aux dragons. Et on ne peut pas les en blâmer !
– Tu disais qu'à Camelot, ils n'étaient pas plus enclins à accepter la présence d'Aithusa.
La dragonne était allongée dans l'herbe en position de sphinx. Mélusine se tenait assise en tailleur, entre les pattes avant. Installée de la sorte, on aurait dit une sorte de petite reine fantastique, sortie tout droit d'un conte pour enfants.
– Au moins, là-bas, je pourrais garder un œil sur elle, se reprit Merlin. Kilgharrah peut encore vivre quelques années de plus.
Mais le Magicien sentait bien qu'il cherchait surtout à se convaincre lui-même.
– Quant au dragon que nous avons vu… Aithusa, je ne peux décemment pas te laisser seule avec lui !
La jeune dragonne hocha la tête, pensivement.
– Mais dans ton rêve, s'entêta Mélusine. Il y avait trois dragons. Et nous n'en avons vu qu'un seul.
– Et à lui seul, il a fait plus de dégât qu'une armée entière. Mélu… Tu ne songes pas sérieusement à poursuivre.
– Et pourquoi pas ? dit-elle en se mettant debout. C'est toi qui n'arrêtes pas de dire que nous devons suivre notre cœur et faire notre devoir, quel qu'en soit le danger, quel qu'en soit les risques. Que nous ne devons pas laisser la peur nous guider.
Merlin resta sans voix, face à la véhémence de Mélusine. Il se demanda où cette enfant pouvait bien trouver une telle force de caractère. La jeune fille se serra davantage contre la dragonne. Aithusa abaissa sa tête pour pouvoir se frotter contre elle. Lorsqu'elle se retourna vers son père, Mélusine avait des larmes aux bords des yeux.
– C'est peut-être sa seule chance, gémit-elle. Alors nous n'avons pas le droit de renoncer dès le premier obstacle.
Elle était plus émue qu'elle n'aurait voulu le montrer. Son menton tremblait et il y avait des sanglots au fond de sa voix.
– Lorsqu'Aithusa est apparue, lorsqu'elle s'est mise entre le dragon et nous, il ne l'a pas attaquée. Il a préféré partir. C'est peut-être un signe…
Merlin hésita, hésita longuement. Entrainer sa fille et la dernière dragonne d'Albion à la rencontre d'un monstre destructeur de ville, dans un pays hostile, ce n'était pas vraiment l'idée qu'il se faisait d'une attitude responsable. Surtout vis-à-vis de la promesse qu'il avait faite à Morgane de toujours protéger Mélusine. D'un autre côté, ils avaient fait tout ce chemin jusqu'ici, ce n'était pas pour abandonner si près du but. Et comme lui avait fait comprendre sa discussion avec Saunémaine et même les échanges qu'il avait eu avec sa fille : Mélusine grandissait. Bientôt, il ne serait plus temps de la traiter comme une enfant. Telle Aithusa, elle devrait un jour voler de ses propres ailes, avec ou sans lui.
L'Enchanteur poussa un profond soupir de lassitude.
– Et toi, Aithusa ? demanda-t-il. Qu'en penses-tu ? Après tout tu es la principale concernée dans l'histoire…
La dragonne blanche le regarda intensément, puis elle baissa la tête vers Mélusine. Cette dernière lui effleura le bout de son museau avec tendresse. Aithusa ferma les yeux pour apprécier la caresse. Puis elle se tourna de nouveau vers Merlin.
– J'ai fait une promesse à Kilgharrah, dit-elle. Nous sommes arrivés jusqu'ici, alors… pour ma part, je souhaite continuer.
L'Enchanteur hocha la tête pensivement.
– Soit, dit-il. Dans ce cas, allons voir ce qui se passe du côté de la montagne…
Ils s'envolèrent vers le pic rocheux au lever du jour, sur le dos d'Aithusa. La première chose qui frappa Merlin fut l'étendue de la chaine de montagnes, bien plus vaste que ce qu'il avait imaginé lorsqu'il les avait contemplées pour la première fois. Zugspitze en était le point culminant. Mais alors même qu'ils survolaient la zone montagneuse, Merlin pouvait contempler l'horizon s'étendant vers l'est, et aussi loin que puisse se porter son regard, la chaine ne s'interrompait pas. S'il s'était trouvé à Albion, toutes ses montagnes auraient formé une immense muraille sur le territoire, coupant l'île en deux d'Est en Ouest avec leurs pieds immergés dans la mer. Comme il l'avait présumé en arrivant en vue des montagnes : rien de plus facile pour un dragon que de se cacher dans les crevasses et les ravins.
– Restons sur nos gardes, recommanda-t-il à Aithusa. Nous sommes sur son territoire.
La dragonne blanche décrivit des cercles au-dessus des montagnes. Sans trop savoir ce qu'ils cherchaient : soit détecter des indices sur la présence des dragons dans une zone, soit tenter d'attirer leur attention en restant bien visible. Mais il ne se produisit rien durant la première journée. Epuisés, ils trouvèrent un abri dans une caverne sur le flan d'une montagne. Merlin et Mélusine rassemblèrent quelques brindilles pour faire un feu, alimenté par les nasaux d'Aithusa. Mais le plus efficace pour se tenir chaud était encore de dormir pelotonnés les uns contre les autres. En guise de repas, ils mangèrent parcimonieusement les reliefs de leurs dernières réserves. Merlin se reprocha de n'avoir pas songé à demander des vivres lorsqu'il était encore à l'auberge. Retourner à la ville était totalement exclu. Si par malheur les habitants le reconnaissaient, dans le meilleur des cas, ils le mettraient sur un bûcher avant de lui laisser le temps de s'expliquer.
Par chance, le troisième jour, Aithusa parvint à attraper un cerf égaré. Ils ne tardèrent pas à découvrir qu'une multitude d'animaux vivaient dans les montagnes, allant de la simple musaraigne au grand ours brun. Mais des dragons, aucune trace.
Au matin du cinquième jour, ils arrivèrent en vue d'un glacier au sommet immaculé. Le soleil était haut dans le ciel, et il n'y avait pas un seul nuage visible dans le ciel. Pourtant, une ombre passa sur eux alors qu'Aithusa descendait en spirale vers le sol. Mélusine fut la première à lever les yeux vers le ciel.
– Attention !
A peine eut-elle crié, qu'une immense masse fondit en piquet sur eux. Aithusa ne l'évita que de justesse. Le mouvement brusque provoqué par le déplacement d'air, manqua de peu de désarçonner Merlin et Mélusine. L'Enchanteur risqua alors un regard vers le bas. Il vit le dragon noir remonter vers eux à tire d'ailes.
– Accrochez-vous ! les avertit Aithusa.
La dragonne replia ses ailes et se laissa tomber en piquet vers un petit canyon. Il y avait juste assez de place pour lui permettre de voler entre les rochers. Le dragon noir était trop grand pour s'y glisser. Ce qui ne l'empêcha pas de voler à quelques mètres au-dessus d'eux.
– Qu'est-ce qu'il attend ? demanda Mélusine.
– Nous sommes sur son territoire, répondit Merlin, il doit savoir que tôt ou tard, nous allons être obligés de sortir.
– Et je doute que cette fois il se montre aussi clément… ajouta Aithusa.
Et en effet, le canyon débouchait sur une cuve naturelle plus large. Le dragon noir se glissa alors entre la dragonne blanche et l'entrée du canyon. Déployant ses grandes ailes, il lui barra la route pour l'empêcher de s'échapper. Aithusa n'eut d'autre choix que de se glisser tout au fond du ravin, telle une souri acculée dans son trou. Les grondements du dragon faisaient trembler les murs de la paroi rocheuse.
Merlin sauta à bas d'Aithusa, entrainant Mélusine à sa suite. Il espérait trouver l'entrée d'une caverne, d'un tunnel, n'importe quelle issue possible. Mais la nuit fondit sur eux et le noir fut bientôt total. Il crut bien sa dernière heure arrivée.
Sauf qu'une fois encore, le silence fut la seule réponse. Un silence qui fut cependant vite brisé par les rugissements furieux du dragon noir. Un rugissement auquel répondit un autre rugissement, qui n'était pas celui d'Aithusa. Emergeant d'entre les pattes de la dragonne, le Magicienne risqua un regard sur ce qui ce passait dans la cuve. Ils se trouvaient sous un dôme étrange, fait de peau et d'écailles.
– Ne vous mêlez pas de cela tous les deux, s'emporta la voix du dragon noir.
– Fafnir, lança une autre voix caverneuse, ce n'est qu'une enfant.
– Elle a amené des humains ici ! enragea le dragon.
– Le grand Fafnir aurait-il peur d'un simple paysan et d'une gamine de douze ans ? lança une autre voix sarcastique.
Le dragon noir répliqua par un grondement menaçant.
– L'homme est magicien, doublé d'un dresseur de dragons. Quant à la fille…
Il darda ses yeux bleus immenses sur Merlin et Mélusine, réfugiés tous les deux sous le ventre d'Aithusa.
– Elle aussi, elle a de la magie.
Merlin crut un instant qu'il allait fondre sur eux, mais une grande patte griffue, aux écailles rouges rubis, se planta devant eux, lui barrant le passage.
– Magicien ou pas, la règle est la même. Tout nouveau dragon qui pénètre dans les Alpes doit leur être présenté.
– Ca ne concerne pas les humains.
– Ils sont avec moi, répliqua Aithusa. Et je n'irais nulle part sans eux.
Les autres s'agitèrent autour d'elle.
– Elle a du cran la petite.
– Et mon nom, c'est Aithusa. Et je ne suis pas petite !
– Si c'est ta taille définitive, tu as un sérieux problème, petite.
Merlin s'avança prudemment entre les pattes d'Aithusa pour tenter de voir l'interlocuteur de la jeune dragonne. Il découvrit alors un immense dragon vert, dont les écailles brillaient comme des émeraudes. Il arborait ce qui semblait être un sourire amusé. Ses grands iris jaunes détaillant calmement sa jeune interlocutrice.
– Puisqu'on en est aux présentations. Moi, c'est Vésuve. Et voici ma sœur, Etna.
Il désigna d'un mouvement de tête la grande dragonne, aux écailles rouge rubis, avec de grands yeux noirs, se trouvant sur la gauche d'Aithusa.
– Quand au grand ronchon devant toi, il s'appelle Fafnir. Mais tu peux l'appeler Grincheux.
Fafnir grogna de plus belle et fit mine de vouloir attaquer Vésuve. Mais Etna lui barra la route encore une fois.
– Ca suffit ! gronda-t-elle. Vous arrêtez de vous chamailler tous les deux ou j'en prends un pour frapper l'autre.
Etna et Vésuve mesurait tous les deux environs neuf mètres à peu près la taille de Kilgharrah. Tandis que Fafnir devait mesurer, au bas mot, quinze mètres. Mais les deux autres dragons avaient l'avantage sur lui d'être deux justement.
– Fafnir, poursuivit Etna, quelles que soient tes réserves à propos des humains, nous avons le devoir de les conduire, avec Aithusa, auprès de tes mères. Elles décideront de ce qu'il convient de faire.
Fafnir parut se calmer et se montrer plus enclin à la discussion.
– Soit, dit-il. Mais surveillez-les.
Puis il se redressa et s'envola vers la sortie. Les deux autres se dévisagèrent une seconde, puis Vésuve lorgna entre les pattes d'Aithusa, sur Merlin et Mélusine, à moitié dissimulée dans le dos de son père.
– Si tu veux les prendre avec toi, très bien, déclara le dragon vert. Mais tu les portes toute seule.
Ils les conduisirent au pied du grand glacier. Vésuve et Etna marchaient de part et d'autre d'Aithusa, leurs grandes ailes déployées au-dessus de la jeune dragonne. Tandis que Fafnir fermait la marche. Merlin sentait à l'arrière de sa nuque les picotements caractéristiques qui l'avertissaient du regard hostile que lui lançait le dragon noir. Le Magicien se doutait que, sans la présence des deux autres dragons, Fafnir se serait fait un plaisir de le réduire et charpie. Il tenait toujours Mélusine serrée contre lui. La jeune fille était nerveuse, même inquiète. Mais elle parvenait à rester calme et stoïque, démontrant une grande maîtrise d'elle assez stupéfiante pour une fille de douze ans.
Ils s'arrêtèrent lorsque les pattes des dragons furent enfouies dans la neige immaculée.
– Vous feriez mieux de descendre, conseilla Etna aux deux seuls humains de la bande.
Merlin hésita, mais aux vues de la situation, il semblait plus judicieux de suivre les recommandations de leur accompagnatrice. Aithusa plia les genoux pour que lui et Mélusine puissent glisser sans encombre de son dos. La neige amortit leur atterrissage au sol. Par chance, le vent n'était pas levé et ils portaient des vêtements assez chauds. Le soleil faisait scintiller le manteau immaculé de la montagne. En particulier le sommet du glacier, hérissé par endroit de pics et de renflements, à la neige si compacte qu'elle en paraissait lisse. Et plus Merlin la regardait, plus elle lui paraissait douce et… mouvante.
– A toi, Fafnir, lança Etna.
Le dragon noir entrouvrit sa gueule et laissa s'échapper une sorte de chant, entre la plainte et le sifflement. Alors, le sommet du glacier se mit à trembler, à bouger. La masse se fendit en deux. De la neige émergea une patte, une queue, une aile… Le sommet du glacier s'allongea, jusqu'à ce que deux têtes de dragonnes apparaissent. Elles étaient si hautes que les cornes de leurs crânes perçaient les nuages. Une épaisse buée s'échappait de leurs nasaux. Elles se tenaient côte à côte sur le sommet de cette minuscule colline, minuscule après que Merlin eut réalisé que ce qu'il avait pris de prime abord pour un glacier était en fait les corps de deux dragonnes blanches enlacées.
Merlin se souvint de ce qu'il avait ressenti la première fois qu'il s'était retrouvé face à Kilgharrah. Ce mélange de peur et de fascination, devant une créature millénaire, qui aurait pu d'un simple souffle le réduire en cendre. Et lorsqu'il s'était retrouvé seul avec Fafnir, un dragon sauvage, insensible à ses pouvoirs, une créature bien plus puissante et redoutable que tout ce qu'il avait eu à affronter. Et maintenant ? Maintenant, il devait faire face aux êtres qui avaient engendré ce monstre.
S'il avait trouvé Fafnir impressionnant, que dire de ses mères ? Elles devaient mesurer chacune plus de trente mètres de haut. Sans parler de l'envergure que devaient leur donner leurs ailes, repliées contre elles. A côté, le grand Fafnir avait la carrure d'un adolescent. Ce qu'il devait être sûrement à la réflexion – du moins en années dragons.
En les observant davantage, Merlin constata qu'elles étaient aussi très vieilles. La membrane de leurs ailes était excessivement fine et fragile. Les écailles de leurs corps pelaient par endroit, certaines parties pendaient à leur membre comme des restes de mue. Merlin reconnut aussitôt la dragonne de son rêve comme celle qui gardait les paupières closes. Ces dernières étant scellées par de fines cicatrices, comme si on en avait fait fondre la peau pour les souder l'une à l'autre. Merlin n'avait fait qu'entrapercevoir ses iris, avant qu'ils ne soient crevés par les piques acérés des voleurs. Mais il lui semblait bien se rappeler qu'ils étaient bleus. Bleus comme ceux de Fafnir.
L'autre dragonne était en tout point semblable à sa compagne. Sauf que ses yeux, à elle, étaient grands ouverts et d'un gris délavé. Et pour le moment, ils étaient fixés sur Merlin, Mélusine et Aithusa, sans que le Magicien puisse déterminer s'il s'agissait d'un regard hostile ou simplement scrutateur.
– Que se passe-t-il, Brünhilde ?
La voix de Kriemhilde s'éleva. Elle était enrouée, profonde et caverneuse. Sa compagne lui répondit par un léger sifflement.
– Mère, lança Fafnir, nous avons trouvé une intruse sur notre territoire.
– Une jeune dragonne, intervint Etna. Elle ne doit pas avoir plus de treize ans…
– Quatorze ! répliqua la principale intéressée.
– Oui, souffla Kriemhilde. Nous t'avons repérée depuis plusieurs jours. J'avais demandé à Fafnir de te laisser tranquille. Mais il semble qu'il n'ait pas tenu compte de mes recommandations.
– Mère ! s'exclama le dragon noir. Elle a ramené des humains sur nos terres ! C'est une traitresse !
– Non ! répliqua Aithusa.
La dragonne aveugle descendit alors lentement de son piédestal, sous le regard vigilant de Brünhilde. Les trois autres dragons, Fafnir, Etna et Vésuve, demeurèrent quand à eux tétanisés. Kriemhilde s'arrêta devant Aithusa, qu'elle dominait de toute sa hauteur. Merlin qui était demeuré auprès de la jeune dragonne, fut lui-même impressionné par la puissance qui se dégageait de la créature, en dépit de sa cécité. La jeune dragonne dut elle-même se sentir intimidée, le Magicien pouvait le ressentir tandis qu'il appuyait sa main sur la peau épaisse d'Aithusa pour tenter de la rassurer. Kriemhilde se pencha vers sa jeune congénère en respirant fort par les nasaux. Merlin aurait pu tenir tout entier dans l'une de ses narines. Mélusine se trouvait toujours étroitement repliée derrière lui, tenant sa main, qu'elle serrait avec force.
– Tu sens l'Homme, petite, affirma Kriemhilde en se redressant. Et ce sont bien des humains que tu as amené avec toi. Des magiciens. Je ressens parfaitement l'énergie qui coule en eux. J'ai beau être aveugle, je ne suis pas stupide.
– Je ne le nie pas, articula Aithusa avec difficulté. Mais je ne suis pas une traitresse.
– Et qui es-tu dans ce cas ?
– Je suis Aithusa, répondit la jeune dragonne. Je suis née sur l'île d'Albion, où j'ai grandi.
– Et qui était ton père ? Quelle dragonne t'a couvée ?
Cette fois-ci, elle ne sut quoi répondre.
– Peut-être pourrais-je vous donner un semblant de réponse ?
Merlin prit son courage à deux mains et s'approcha pour être bien en vue de Kriemhilde.
– Je suis Merlin, Enchanteur de l'île d'Albion. C'est moi qui ai récupéré l'œuf d'Aithusa dans la tour du roi Askhanar, où il était conservé depuis plus de quatre cents ans. J'ai utilisé mes pouvoirs pour le faire éclore et lui ai donné son nom.
– C'est bien ce que je pensais, soupira Kriemhilde. Une dragonne domestiquée. Tu es surement issue d'une lignée réduite en esclavage par ceux qui se font appeler les seigneurs des dragons.
Au ton de sa voix, Merlin sentit un frisson lui parcourir l'échine. Quant à Brünhilde, elle poussa un profond grondement qui traduisait assez bien l'hostilité de sa compagne.
– Dans la nuit des Temps, les dragons régnaient sur la Terre. Mais un fléau a décimé notre race. Des maîtres de la Terre, nous somme devenus minoritaires et donc vulnérables. Les Hommes, qui ont progressivement conquis ce monde, se sont mis à nous chasser, à convoiter notre puissance et à vouloir nous réduire en esclavage comme leurs chiens et leurs chevaux.
Kriemhilde se tourna vers Brünhilde, qui était elle aussi descendue de la colline pour se placer à ses côtés. Elles appuyèrent leurs têtes l'une contre l'autre dans un geste affectueux.
– Ma sœur et moi, ainsi que notre compagnon, Siegfried, pensions avoir trouvé un havre de paix dans ses montagnes. Pour qu'il n'y ait pas de jalousie entre nous, Brünhilde et moi avions pris l'habitude de mettre nos œufs en commun et de les couver à tour de rôle. Avec le temps, les pontes se sont faites plus rares. Et malgré tous nos efforts, des œufs disparaissaient constamment. Jusqu'au jour où j'étais seule dans notre refuge. Des hommes se sont introduits dans l'antre durant mon sommeil et ont volé tout ce qu'ils pouvaient. Je n'ai pas eu le temps de les voir, car dès que j'ai sentit leur présence ils m'ont crevé les yeux.
Brünhilde poussa un rugissement terrible pour manifester sa colère.
– Dans ma panique, poursuivit Kriemhilde, je n'ai pu sauver qu'un seul œuf, que j'ai emporté le plus loin possible. Siegfried et Brünhilde m'ont retrouvée le matin suivant, seule au fond d'un cratère, avec l'œuf de Fafnir.
Le susnommé fit claquer sa mâchoire.
– Siegfried était furieux. Il a juré de faire payer les Hommes pour leur audace. Il s'est rendu dans la plaine et a brulé tous les nids humains qu'il a pu trouver. Puis il a exigé une compensation pour les enfants qui nous avait été enlevés. A cause de ma cécité, j'étais dans l'impossibilité de me déplacer. Et pour que je ne reste pas seule, Brünhilde ne m'a plus quittée. Ensemble, nous attendions désespérément l'éclosion de notre seul œuf survivant. Siegfried revenait tous les soirs au nid, pour veiller avec nous. Et puis, un soir, il n'est pas revenu. Ni le soir suivant. Au matin du troisième jour, Fafnir est finalement parvenu à casser sa coquille. Nous avons attendu toute la nuit le retour de Siegfried. Mais il n'est jamais revenu. N'y tenant plus, Brünhilde est partie à sa recherche. Elle a retrouvé son corps dans la plaine. Sa poitrine percée d'une lance. Lorsqu'elle a compris qu'il n'était plus, ma sœur a poussé un cri si déchirant, que moi-même, qui me trouvais à des kilomètres, je l'ai entendu. Elle n'a plus jamais parlé depuis ce jour.
Merlin avait la gorge nouée. Il ne comprenait que trop la rancœur qui avait animé Siegfried. Cette même fureur qui avait dévasté les cœurs de tous les sorciers d'Albion avec la Grande Purge. Comment garder les idées claires, rester pacifiques, lorsque tout votre univers s'écroule ?
– Et depuis ce jour, poursuivit Fafnir, nous somme restés tous les trois dans les montagnes, sans savoir quoi faire de nous-mêmes. Espérant chaque jour une solution, qu'un signe des Dieux nous dise quoi faire. Et enfin, après deux cents ans d'attente, la réponse nous est venue, sous l'apparence de deux dragons.
Il se tourna vers Etna, qui se laissa caresser de la tête et du cou.
– Mon frère et moi, venons d'une région plus au sud, peuplée par les Romains. Nous y vivions en paix, jusqu'à ce que les chrétiens prennent le pouvoir. Ils se sont mis à nous donner la chasse, nous appelant « Suppôts de Satan. »
Elle poussa un rire sarcastique.
– Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire.
– Etna a accepté d'être la compagne de Fafnir, déclara Kriemhilde. A condition qu'une autre soit trouvée pour Vésuve.
Aithusa se tourna timidement du côté du dragon vert. Ce dernier lui accorda un sourire bienveillant.
– Ne t'inquiète pas, lui souffla-t-il. Tu es encore un peu trop jeune, pour moi.
– De toutes manières, lança Fafnir, Etna et moi n'aurons pas de petits avant que je n'ai débarrassé la région définitivement de tous ces voleurs d'œufs. Hors de question que je laisse un drame se reproduire !
Cette fois, Merlin ne put se retenir d'intervenir.
– Ecoutez-moi ! J'ai conscience de n'être que… qu'une vermine à vos yeux. Mais je vous en conjure, daignez écouter ce que j'ai à dire avant de sceller votre décision.
Les cinq dragons se tournèrent vers lui. Etna et Vésuve demeurèrent impassibles, tandis que Brünhilde et Fafnir le fixaient avec une hostilité non dissimulée. Quand à Kriemhilde, difficile de dire ce qu'elle pouvait bien penser.
– Parle, dit-elle.
Merlin déglutit difficilement.
– J'ai conscience, commença-t-il, du calvaire que vous avez vécu. Je n'ai pas la prétention de me mettre à votre place ou de vous dire ce qu'il est juste ou injuste de faire.
Il se tourna vers Kriemhilde.
– J'ai été témoin du calvaire que vous avez subi, par une vision qui m'a été donnée par les anciens dieux. J'ai vu ces individus se glisser vers vous et vous dérober ce qui avait le plus de valeur à vos yeux. Et ils vous ont pris cela, également. Mais qui que furent ces hommes, ils sont morts depuis longtemps, tout comme leurs enfants et les enfants de leurs enfants. A présent, leurs os ne sont plus que poussière et il n'y a plus personne pour se souvenir d'eux. Les hommes qui vivent dans la plaine sont étrangers à votre malheur. Les punir ne ramènera pas ceux que vous avez perdus, et vous n'obtiendrez pas justice en faisant cela.
– Alors, demanda Kriemhilde, que proposes-tu ?
– Vous avez dit qu'Etna et Vésuve étaient la réponse à votre attente. Et bien moi, je pense qu'Aithusa est la suivante. A Albion, Aithusa n'avait qu'un seul congénère : Kilgharrah. Il s'est occupé d'elle depuis sa naissance. Il est le seul parent qu'elle ait jamais connu. Pourtant, elle a accepté de le quitter, pour exaucer son dernier souhait : qu'elle ne vive pas en paria après sa mort, sans personne pour l'accompagner et la guider.
En parlant, son regard se posa sur Mélusine qui, à l'instar des dragons, ne perdait pas une miette de ses paroles.
– Je suis père, moi aussi, dit-il. Pourtant, j'ai dû apprendre à vivre loin de ma fille, pour la protéger de ceux qui voulaient me nuire. Je peux m'estimer heureux si je parviens à la voir une fois par an. Et à chacune de nos rencontres, elle est une autre personne. De l'enfant que j'ai croisé sur le sentier d'une forêt, elle se rapproche, année après année, de la femme qu'elle sera bientôt. Mais je veux croire que j'ai fait le nécessaire pour qu'elle ne manque de rien, pour qu'elle soit toujours entourée et protégée. J'ignore si j'ai joué… si je jouerais un grand rôle dans son existence. Mais je veux croire que si elle vit maintenant, que si la femme qu'elle sera plus tard… pourra trouver sa place dans ce monde… ce sera parce que j'aurais su faire les bons choix.
Il s'avança vers Kriemhilde.
– Vous, dans votre douleur et votre détresse, vous vous êtes emparé du seul œuf que vous pouviez sauver et vous l'avez emporté en sécurité. Pendant deux cents, il a été votre seule préoccupation. Vous l'avez nourri, protégé, alors même que l'avenir était pour vous incertain. A présent, Fafnir a une chance de refaire sa vie, de fonder à son tour une famille avec Etna, et Vésuve et… peut-être Aithusa. Mais si vous vous entêtez dans la vengeance, alors vous plongerez la région dans un nouveau chaos. Et vous gâcherez du même coup la seconde chance que les dieux vous ont offerte.
Le silence retomba sur ces derniers mots. Les dragons restèrent impassibles pendant ce qui sembla à Merlin une éternité. Jusqu'à ce que Kriemhilde rompe le silence.
– Tu parles bien, Magicien, dit-elle, pour un vermisseau.
Brünhilde n'émit pas un son, mais elle promena son regard sur les quatre autres dragons.
– Mère, intervint Fafnir, devons-nous oublier le crime que ces humains ont commis ? Devons-nous passer l'éponge sur ce qu'il s'est passé ?
– Ton père, répliqua Kriemhilde, a autrefois voulu obtenir justice, pour tes frères et sœurs. Aujourd'hui, il n'est plus là et nos enfants ne nous ont pas été rendus.
Elle poussa un profond soupir.
– Le vermisseau a raison, nous ne pouvons pas changer le passé. Nous ne pouvons qu'aller de l'avant.
Elle se tourna à nouveau vers Aithusa.
– Es-tu prête à vivre avec tes nouveaux frères ? Penses-tu que tu puisses faire passer les besoins de ta famille avant les tiens ? Te sens-tu capable d'être une compagne, non seulement pour Vésuve, mais aussi une sœur, pour Etna et pour Fafnir ?
Aithusa considéra longuement le dragon vert. Le soleil couchant faisait miroiter ses écailles comme des émeraudes. Il se tenait au plus près de la jeune dragonne, sans lui faire sentir sa domination. Et il lui renvoyait une expression tendre et bienveillante. Puis elle se tourna vers Fafnir et Etna, tous les deux côte à côte et tendrement enlacés. Puis elle se tourna à nouveau vers les deux dragonnes blanches.
– Oui, dit-elle.
Après s'être assuré qu'Aithusa s'était bien intégrée à sa nouvelle famille et avoir négocié leur retour avec les deux dragonnes, le moment des adieux arriva pour les deux sorciers et leur compagne ailée. Merlin prodigua ses derniers conseils à la jeune dragonne, tandis que Mélusine opta pour une simple étreinte. Ses petits bras enserrèrent le cou d'Aithusa qui s'était baissée afin d'être à sa hauteur.
– Prend soin de toi, Aithusa, murmura-t-elle à son oreille.
– Fais de même, petite Mélusine, lui répondit la dragonne.
La jeune fille et son père quittèrent alors la chaine des Alpes sur le dos de Kriemhilde, Brünhilde ouvrant la voie. Merlin ne savait pas comment, mais les deux dragonnes arrivaient à se guider malgré la cécité de l'une et le mutisme de l'autre. Si Merlin avait eu quelques doutes à l'idée de faire une telle traversée sur le dos d'une créature millénaire – surtout lorsque Kriemhilde avoua qu'elle n'avait pas voyagé aussi loin depuis six cents ans –, lorsqu'ils se retrouvèrent à voler à deux mille mètres au-dessus du sol, entre ses ailes immenses, la silhouette de la dragonne projetant une ombre gigantesque sur la terre, toutes ses craintes s'envolèrent.
Avant de rejoindre Albion, ils firent d'abord un détour pour ramener Mélusine à Brocéliande. La veille de son retour dans la forêt, ils atterrirent près d'un grand lac et montèrent un bivouac pour la nuit. Kriemhilde et Brünhilde trouvèrent une zone un peu plus dégagée près de l'eau, pour que l'aveugle puisse se désaltérer sans avoir à trop se déplacer. Merlin alluma un feu et fit griller quelques poissons qu'il était parvenu à attraper. La nuit tomba tout doucement, alors que Mélusine et lui étaient toujours en train de veiller.
Merlin observa un long moment le lac en songeant au fait que c'était dans un endroit semblable qu'il avait retrouvé Aithusa pour la conduire hors d'Albion. De fil en aiguille, ses pensées le conduisirent vers Freya, puis Lancelot et Camelot. Il réalisa alors qu'il avait quitté Albion depuis près de trois mois. Il se demanda quelle surprise l'attendrait à son retour. Il retrouverait sans doute la routine habituelle, partageant son temps entre ses amis et les affaires du royaume. Il n'arrivait pas à savoir si cela le réjouissait ou non. Certes, il serait toujours heureux de retrouver Arthur, Gwen et Lohot, ainsi que Gauvain, Léon, Perceval et tous les gens de Camelot. Mais après avoir vécu au grand air durant des jours, avec Aithusa et Mélusine, après avoir connu l'ivresse du grand air, avec le Ciel et la Terre pour seules limites, l'idée de rejoindre l'atmosphère oppressante de la Cour ne l'enchantait pas vraiment. Et puis, cela voulait dire qu'il ne reverrait pas Mélusine avant un long moment.
Justement, cette dernière le regardait fixement. Merlin se tourna vers elle et lui sourit.
– Je suppose que tu as hâte de retrouver Brocéliande, dit-il. De retrouver tes amis et un peu de calme. D'arrêter de déménager d'un endroit à un autre en permanence…
– J'aimais bien, lui répondit Mélusine laconiquement. Mais c'est vrai que ce sera moins fatiguant de revenir à la vie normale. Je crois que ce qui va le plus me manquer, c'est de voler. Et toi ?
Merlin réfléchit à sa réponse. Voler, cela allait lui manquer, c'était certain. La liberté aussi, l'absence de contrainte, et puis le bruit de la respiration de Mélusine, la sentir près de lui à toute heure de la journée, entendre son rire, la voir sourire… Voilà ce qui allait le plus lui manquer.
– Tu pensais ce que tu disais ?
La voix de Mélusine l'interrompît dans ses pensées.
– Quant tu parlais aux dragons, précisa-t-elle, à propos des choix et tout ça…
Merlin mit quelques secondes à se souvenir des paroles exactes qu'il avait prononcées.
– Chaque mot, répondit-il.
Mélusine baissa les yeux vers les flammes de leur feu de camp et parut à son tour plongée dans ses pensées.
– Je vais prêter serment à Brocéliande, finit-elle par dire dans un murmure.
– Je m'y attendais, avoua Merlin.
Père et fille plongèrent chacun leurs yeux dans le regard de l'autre. Des yeux qu'ils avaient identiques, tant par la couleur que par la détermination qui se lisait à l'intérieur.
– C'est là qu'est ma place, déclara Mélusine.
– Si tel est ton choix.
Le lendemain, au matin, Brocéliande avait rejoint leur campement. Sans hésitation, Mélusine s'avança vers la brume magique, mais lorsque Merlin fit mine de la suivre, elle le retint.
– Inutile, je connais le chemin, dit-elle d'une voix neutre.
Alors qu'elle s'éloignait de lui, Merlin sentit son cœur se serrer dans sa poitrine, comme un hérisson qui se roule en boule. Cependant, Mélusine n'avait pas fait cinq pas, qu'elle fit volteface et courut se jeter dans ses bras.
– Tu viendras le jour de la cérémonie ? demanda-t-elle avec une petite voix dont elle peinait à masquer l'émotion. Pour mon serment ? C'est un événement très important dans la vie des druides…
– Tu as ma parole, la rassura son père en lui caressant le visage, essuyant discrètement une petite larme au coin de ses yeux. Je ne manquerais ça pour rien au monde.
Ils s'étreignirent une dernière fois, puis Mélusine disparut dans la brume de Brocéliande. Merlin demeura un long moment immobile, même après que le brouillard se soit levé, une boule au fond de l'estomac.
Il ne lui fallut pas plus d'une journée pour rejoindre Albion, sur le dos de Kriemhilde. Mais avant de rejoindre Camelot, il tint à faire halte dans une grande plaine, où il appela Kilgharrah. Ce dernier apparut au bout de quinze minutes et atterrit juste devant Merlin.
– Tu es seul, fut la première chose qu'il constata. Dois-je en conclure que ta quête a porté ses fruits ?
– Tout s'est bien passé, déclara Merlin. Aithusa a intégré une horde composée de trois autres dragons, ils vont s'installer dans les terres de l'Est.
Le Grand Dragon sourit et poussa un soupir de soulagement.
– Ainsi je pourrais passer mes derniers jours le cœur en paix. La solitude ne me pèsera pas maintenant que je la sais entourée.
– Oui, hésita Merlin, à propos de cela. J'ai pris la liberté d'effectuer un… petit échange.
C'est à ce moment qu'un claquement d'ailes se fit entendre. Avec grâce, Kriemhilde et Brünhilde atterrirent derrière Merlin, devant un Kilgharrah ébahi.
– Vous ne serez plus seul, désormais, affirma Merlin.
Les deux nouvelles venues se montrèrent particulièrement curieuses de découvrir leur nouveau compagnon et réciproquement. Merlin se réjouit de les voir aussi satisfait de ce dénouement. Il ignorait quelle fâcheuse découverte l'attendait à Camelot.
Et maintenant, minute culture du jour, avec la vraie légende des Nibelungen :
Fafnir : est d'abord un nain appartenant au clan des Nibelungen. Un jour, il dérobe l'or du Rhin à son peuple et le cache dans une caverne. Pour plus de sécurité, il se transforme en dragon et vit en permanence couché sur son trésor, sauf lorsqu'il se rend à la rivière pour se désaltérer.
Siegfried : est un jeune prince, lointain descendant du dieu Odin. Il parvient à tuer Fafnir en lui transperçant l'abdomen alors que celui-ci regagnait sa caverne. Il se baigne ensuite dans le sang du dragon, ce qui lui confère une force invincible, à l'exception d'un point faible entre ses omoplates, où une feuille de tilleul s'est déposée pendant qu'il se baignait dans le sang. Après sa victoire, il demande en mariage la princesse Kriemhilde au roi Gunther.
Gunther : Roi des Goths, ce dernier accepte de donner la main de sa sœur à Siegfried, à condition que celui-ci l'aide à conquérir la reine d'Islande, Brünhilde.
Brünhilde : Dans certaines versions, elle aurait été le premier amour de Siegfried, jusqu'à sa rencontre avec Kriemhilde. En plus d'être reine d'Islande, c'est une walkyrie et une redoutable guerrière. Elle a fait vœu de n'épouser que l'homme qui la vaincra en duel. Gunther est trop faible pour l'affronter. Alors Siegfried utilise un masque magique pour prendre la place du roi lors du combat. Brünhilde est vaincue et doit donc épouser Gunther. Mais la cohabitation se passe mal avec Kriemhilde ; les deux femmes passent leur temps à se quereller sur qui a l'époux le plus valeureux. Un jour, excédée, Kriemhilde jette au visage de la Reine qu'elle a été dupée et que Siegfried est son véritable vainqueur. Humiliée, Brünhilde parvient à convaincre Gunther que Siegfried doit être tué. Ce dernier donne alors l'ordre à son serviteur Hagen de tuer Siegfried lors d'une partie de chasse. Une fois le forfait accompli, Brünhilde est prise de remords et se poignarde sur le bucher funéraire de Siegfried.
Kriemhilde : elle participe malgré elle à l'assassinat de son époux. Lui faisant croire que Siegfried court un danger, Hagen parvient à la convaincre de lui révéler son point faible, afin qu'il puisse le couvrir lors des combats. Kriemhilde le fait en dessinant une croix sur le manteau de Siegfried. Mais cette information servir plus tard Hagen à tuer Siegfried lors de la chasse. Comprenant qu'elle a été dupée, Kriemhilde jure de se venger. Elle accepte d'abord de se remarier avec Attila, roi des Huns. Puis elle convie Gunther à un banquet, afin de faire la paix, dit-elle. Mais sur ordre de la reine, Gunther et tous ses hommes sont massacrés. Lors du carnage, Kriemhilde est blessée à mort par l'un des lieutenants de son frère. Attila la fait alors reposer au côté des restes de Siegfried, son véritable époux.
Et voilà ! à dans 15 jours ! Laissé une review s'il vous plait *e_e*
