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Avançant au trot, Nimroël s'engagea sur un joli sentier de pierres d'un beige pâle que de hauts arbres aux ramures d'un vert magnifique surplombaient. Malgré sa peine et sa douleur, elle ressentit immédiatement une grande paix l'envahir.
- Eryn Lasgalen, pensa-t-elle, admirant la forêt, autour d'elle.
Même en pensées, ce nom était agréable. Si les choses s'étaient passées autrement, si elle ne s'était pas enfuie, peut-être cet endroit aurait-il été sa maison. La jeune fille secoua la tête et chassa ses regrets. Elle n'allait certainement pas se plaindre d'avoir eu le privilège de rencontrer la Dame Galadriel. Arwen était sa seule famille à présent, et même si l'heure de se séparer de l'elfe approchait, elle ne regrettait pas de l'avoir connue.
En arrivant près de la caverne où le Roi Thranduil et les elfes sylvestres avaient vécu si longtemps, Nimroël ralentit son cheval. Elle pouvait sentir les regards hostiles se poser sur elle et elle entendait quelques murmures désapprobateurs également. Elle soupira. À quoi s'était-elle attendu? Certainement pas à un accueil chaleureux, mais tout de même.
La jeune fille descendit de cheval près de la longue écurie du Roi et elle se dirigea vers l'un des palefreniers qui s'y trouvaient. Elle se tourna ensuite vers sa monture et lui murmura quelques paroles d'adieu en la caressant doucement. Puis elle tendit les rênes à l'elfe.
- Tenez, lui dit-elle. Je vous devais un cheval. Le voici. C'est une bonne bête, très affectueuse. Prenez bien soin de lui.
Puis, sans un regard en arrière, Nimroël s'éloigna rapidement sous les regards étonnés des elfes. Elle arriva ensuite devant les grandes portes qui donnaient accès à la caverne. Deux elfes y montaient la garde, l'air froid et arrogant. Quand elle ne fut plus qu'à quelques pas d'eux, ils entrecroisèrent leurs longues lances et baissèrent le regard vers elle.
- J'aimerais obtenir une audience auprès de votre Seigneur, le Roi Thranduil, demanda la jeune fille avec grâce.
Les deux gardes lui jetèrent un oeil dédaigneux mais elle soutint leur regard la tête haute, le menton relevé d'un air fier. Elle était la fille d'un Maia et la première Dame de la Reine du Gondor. Elle avait également été la protégée du Seigneur Celeborn et de la Dame Galadriel. Ils lui devaient un minimum de respect et elle n'allait pas les laisser la traiter aussi mal.
Avec un soupir, l'un des gardes se décida enfin à aller présenter la requête de la jeune fille à son Roi. S'efforçant de paraître calme, Nimroël se mit à compter les secondes qui s'écoulaient lentement.
- Le Roi Thranduil ne souhaite pas vous recevoir, déclara froidement le garde, lorsqu'il revint enfin.
Les joues de la jeune fille devinrent aussi rouges que la corolle d'un coquelicot et il lui fallut quelques minutes pour reprendre son calme.
- Alors, vous lui remettrez ceci de ma part, dit-elle en tendant son jonc de fiançailles au garde.
- Je ne suis pas un coursier, répondit ce dernier avec arrogance. Et je n'ai pas d'ordres à recevoir de votre part.
Nimroël aurait bien voulu trouver une réplique cinglante à cet elfe prétentieux, mais rien ne lui vint à l'esprit. Alors, s'efforçant de garder la tête haute, elle recula de quelques pas avant de se détourner et de s'éloigner aussi gracieusement que possible.
Dès qu'elle se trouva hors de vue des gardes, la jeune fille s'accroupit au pied d'un arbre et se dissimula. Elle s'accorda ensuite quelques minutes de répit. Puis, lorsqu'elle se sentit plus calme, elle revint à la charge. Toujours dissimulée, marchant sans faire le moindre bruit, elle s'approcha de nouveau des gardes. Et, prudemment, elle se faufila entre eux et elle entra dans la caverne.
Durant près d'une heure, elle s'y promena sans but, admirant les hautes colonnes et retrouvant avec plaisir les magnifiques tapisseries qui ornaient les murs. L'endroit était désert à présent, et le silence qui régnait lui paraissait étrange. Durant l'année qu'elle avait passée à Mirkwood, la caverne avait été animée par de nombreux elfes qui allaient et venaient d'un air occupé. Mais à présent, la plupart des elfes quittaient la Terre du Milieu. Et ceux qui avaient décidé de rester habitaient maintenant sous les arbres de la forêt.
Soudain envahie de nostalgie, Nimroël se rendit dans la petite chambre qui avait été la sienne il y avait plus d'un siècle et demi. La petite pièce n'avait pas du tout changé, si ce n'était de la poussière qui s'accumulait sur les meubles. En soupirant, la jeune fille poursuivit son exploration. Elle se dirigea vers les appartements qu'avaient occupés Aliana et son grand-père, Daminor. Là non plus, rien n'avait changé. Même la grande harpe d'Aliana était à sa place, abandonnée dans un coin de la pièce principale. Il n'y avait pas de place pour les meubles, sur les bateaux du Seigneur Círdan. Les elfes reconstruiraient tout ce dont ils avaient besoin une fois rendus à destination.
Soupirant tristement, Nimroël revint vers la salle du trône. Et durant un long moment, elle admira les impressionnantes portes de la salle, magnifiquement ouvragées. Puis, timidement, elle entrouvrit les portes et se glissa dans la pièce. Elle s'avança ensuite très lentement vers l'estrade où était posé le superbe trône du Roi, puis elle s'inclina avec grâce devant le siège vide. Elle eut alors une idée saugrenue et, souriant d'un air malicieux, elle grimpa en sautillant les cinq hautes marches de bois. Puis, avec une expression de défi, elle s'assit à la place du Seigneur Thranduil. La tête haute, elle prit un air hautain et elle croisa négligemment les jambes, comme le faisait l'elfe. Elle dut alors plaquer sa main sur sa bouche pour retenir un gloussement de rire.
Son rire s'évapora soudainement, de même que son insouciance, lorsqu'elle vit les grandes portes de la salle s'ouvrir lentement. Incapable du moindre geste ni de la moindre pensée cohérente, la jeune fille regarda le Roi de elfes s'avancer dans la pièce. Son regard d'un bleu glacial se posa sur elle, sans ciller. S'il était surpris de la voir là, il ne le laissa pas paraître. Il se retourna ensuite vivement et d'un signe de la main, il indiqua aux gardes qui l'accompagnaient de rester hors de la salle. Il referma ensuite les immenses portes et se tourna très lentement pour faire face à la jeune fille.
D'une démarche de prédateur, Thranduil s'avança ensuite au centre de la pièce. Il fixait toujours Nimroël qui osait à peine respirer. Celle-ci était aussi pâle que lorsqu'on l'avait emmenée à la caverne, la première fois, une flèche profondément enfoncée dans la poitrine. L'elfe fronça les sourcils, se demandant pourquoi cette image lui revenait soudainement en mémoire. Sans doute parce que, malgré le temps écoulé, elle avait si peu changé. Fragile! Voilà la première idée qui lui venait à l'esprit lorsqu'il la regardait. Et pourtant, c'était une survivante. Sa courte vie avait été remplie d'épreuves de toutes sortes, plus que bien des elfes n'en connaîtraient jamais. Mais la jeune fille était toujours là. Elle était beaucoup plus forte que son apparence ne l'indiquait. Était-ce cela qui plaisait tant à son fils?
Un rage intense menaça de le dominer à la pensée de Legolas, au souvenir de sa douleur lorsqu'il lui avait annoncé que Nimroël avait rompu leurs fiançailles. De quel droit cette petite sorcière avait-elle pu rejeter son fils? Durant un moment, il s'imagina lui brisant le cou. Il n'aurait pas à serrer très fort pour lui disloquer les vertèbres cervicales.
Comme si elle lisait les pensées du Roi, la jeune fille se recroquevilla sur le trône et elle ramena ses genoux contre son torse en un geste puérile de défense. Thranduil soupira. Il ne pouvait pas se permettre de lui faire de mal. Jamais Legolas ne le lui pardonnerait, s'il la blessait.
- Descends de mon trône, ordonna-t-il sèchement.
Nimroël sursauta mais elle ne bougea pas de là où elle se trouvait. Elle semblait pétrifiée de peur.
- Que viens-tu faire ici? Que veux-tu me dire qui soit si important que tu transgresses mon refus de te recevoir?
Le Roi s'avança de quelques pas et il posa un pied sur la première marche qui menait à son trône tout en fixant la jeune fille d'un air hautain. À son grand étonnement, celle-ci soutint son regard. Et tout à coup, il perçut un changement dans son attitude. La jeune fille effrayée fut soudainement remplacée par cette petite combattante qui avait affronté bien des ennemis. Dans les grands yeux verts, la peur se changea en provocation. Elle se leva lentement et descendit les marches une à une, la tête haute, sans le quitter des yeux. Quand elle passa près de lui, elle eut un frisson, mais elle ne s'arrêta pas et continua d'avancer vers la sortie.
- Tu ne m'as pas répondu, lança Thranduil d'un ton tranchant, la faisant sursauter, encore une fois.
Nimroël se tourna brusquement vers l'elfe, de nouveau effrayée.
- Pourquoi es-tu ici? Que voulais-tu me dire?
- Je voulais seulement... commença la jeune fille.
Elle s'interrompit et se racla nerveusement la gorge. Ce son agaça prodigieusement le Roi.
- Continue! ordonna-t-il durement.
La jeune fille tira sur une mince chaine qu'elle portait autour du cou et la retira. Puis, d'un geste hésitant, elle la tendit vers lui. Au bout de la chaîne pendait le petit anneau de fiançailles qu'il avait offert à son épouse, il y avait si longtemps. Thranduil fut surpris par les intenses sentiments qui l'envahirent à ce souvenir.
- Où as-tu trouvé cet anneau? demanda-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
Surprise par la question du Roi, Nimroël tressaillit et recula de quelques pas. Puis, encore une fois, son côté provocateur refit surface.
- Il trainait, quelque part par là, répondit-elle, sarcastique.
- Je n'ai jamais autorisé Legolas à t'offrir cet anneau! jeta l'elfe.
La jeune fille baissa tristement la tête. Puis elle haussa les épaules.
- Vous serez donc heureux de le ravoir, répliqua-t-elle.
Et d'un geste fluide, elle lui lança l'anneau, toujours attaché au bout de sa chaînette. Thranduil l'attrapa sans même quitter Nimroël des yeux.
- Vous pouvez garder la chaîne, murmura cette dernière. Elle est en mithril. Je ne... je ne voulais pas risquer de perdre l'anneau.
L'elfe baissa alors les yeux sur le petit jonc de fiançailles.
- Elena avait les longs et minces doigts d'une musicienne, mais j'imagine qu'il est tout de même trop grand pour toi.
Avec un petit sourire triste, Nimroël leva la main, les doigts écartés.
- J'aurais pu le porter autour du pouce, murmura-t-elle.
- Legolas aurait dû le faire ajuster, avant de te l'offrir, dit doucement le Roi.
- Pour de prétendues fiançailles, il valait mieux ne pas risquer d'abîmer l'anneau, répondit la jeune fille.
- Prétendues? demanda l'elfe, étonné.
- Sans votre consentement, quelle valeur avaient ces fiançailles?
- Tu crois que mon fils n'était pas sincère en t'offrant cette alliance?
Nimroël haussa les épaules.
- Est-ce pour cette raison que tu as rompu ton engagement?
- Mes raisons... commença la jeune fille d'une petite voix.
Puis elle se racla la gorge, encore une fois, et lorsqu'elle parla ce fut d'une voix forte et dure.
- Mes raisons ne regardent que moi!
Ce ne fut qu'à ce moment-là que Thranduil réalisa que Nimroël souffrait autant que son fils de leur séparation. Il en fut très surpris. Et il fut surtout étonné du petit espoir qui se manifesta soudainement en lui. Lui qui n'avait jamais accepté que Legolas épouse la fille de ce traître de Saroumane, espérait tout à coup que le malentendu qui les séparait à présent puisse se résoudre. Il aimait son fils, plus qu'il n'arrivait à l'exprimer, et le voir souffrir lui causait une peine immense.
- Que s'est-il passé? Pourquoi avez-vous rompu? demanda-t-il.
- Je vous en prie, je ne souhaite pas parler de ça. Je ne voulais pas... Je regrette de lui avoir fait du mal. Il avait raison, j'étais trop jeune pour mesurer toutes les implications...
La jeune fille s'interrompit, au bord des larmes. Puis elle se reprit. Elle redressa la tête, son regard se durcit et le menton en avant, elle secoua la tête.
- Je dois m'en aller, maintenant. Je... puis-je vous demander la permission de traverser la forêt?
Sans trop savoir pourquoi, Thranduil eut la soudaine envie de la retenir. Il ignorait où elle voulait se rendre mais il avait le sentiment qu'il devait l'en empêcher.
- Non, répondit-il donc d'un ton impérieux, fermant la porte à toute discussion.
Nimroël parut surprise mais elle accueillit la réponse sans se laisser démonter.
- Vous allez donc m'obliger à faire tout le tour pour me rendre chez Radagast? demanda-t-elle, retrouvant ce petit air insolent.
Le Roi ne répondit pas immédiatement. Il alla s'asseoir sur son trône, croisa ses longues jambes et posa nonchalamment les bras sur les accoudoirs. Puis un mince sourire de carnassier s'afficha sur son beau visage.
- Exactement, murmura-t-il.
La jeune fille pinça les lèvres d'un air amer. Puis, elle inclina brièvement la tête à l'intention de l'elfe.
- Namarië, dit-elle d'une voix très douce.
Elle lui tourna alors le dos et lentement, elle sortit de la salle.
Durant près d'une heure, Thranduil lutta contre son envie de suivre Nimroël. Il savait, sans le moindre doute, qu'elle allait passer outre son interdiction de traverser la forêt. Ce qu'il n'arrivait pas à s'expliquer, cependant, c'était la raison pour laquelle cela le dérangeait autant. Elle ne courait pratiquement aucun risque tant qu'elle se trouvait sur ses terres. Mais où allait-elle? Elle avait parlé de Radagast. Là encore, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Alors pourquoi éprouvait-il un tel malaise lorsqu'il s'interrogeait sur sa destination? Qu'avait-elle l'intention de faire?
Finalement, il n'y tint plus et décida de la suivre. Avec sa fâcheuse tendance à s'attirer des ennuis, il valait mieux qu'il s'assure qu'elle traverserait sa forêt sans problème. Ensuite... et bien la suite ne le regardait pas. Si elle se faisait ensuite dévorer par des loups, ça n'était pas son problème.
D'un pas rapide, il sortit de la salle du trône. Puis il se dirigea vers l'entrée de la caverne. Il franchit les hautes portes sans s'arrêter puis il se retourna brusquement vers les deux elfes qui l'escortaient presque tout le temps. D'un geste, il les congédia mais ces derniers hésitèrent à le laisser seul.
- Croyez-vous que je sois incapable de me promener seul sur mon propre domaine? demanda-t-il d'un ton glacial.
Les deux gardes s'inclinèrent avec respect et ils le regardèrent s'éloigner sans chercher à le suivre. Thranduil marcha pendant un moment sous les arbres, cherchant la piste de Nimroël. Il suivit le sentier qu'elle aurait dû prendre pour se rendre chez Radagast mais il n'y trouva aucun indice de son passage. Il revint alors sur ses pas et se mit à observer le sol attentivement. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas chassé mais son instinct reprit rapidement le dessus et il ne mit que quelques minutes à découvrir la trace de la jeune fille. Cette dernière était légère et l'empreinte de ses pas était à peine visible sur le sol dur mais l'elfe avait la vue très perçante. Il se mit donc à la suivre.
Lorsqu'il réalisa qu'elle se dirigeait vers le sud-ouest, il fronça les sourcils, mécontent. Il était contrarié de constater que Nimroël lui avait menti en lui parlant de son intention d'aller voir Radagast. Mais il ne put réprimer un vague sentiment d'admiration: la jeune fille était rusée.
Nimroël courait d'un pas léger sur l'étroit sentier qu'elle suivait depuis la caverne. Elle avançait rapidement pour le simple plaisir de la course. Personne ne l'avait vue sortir de la caverne et il n'y avait pas de raison de s'inquiéter. Pourtant, quand elle ralentit son allure pour se reposer un peu et reprendre son souffle, au bout d'environ une heure, elle se mit à jeter des regards inquiets derrière elle. Elle tendit son esprit pour tenter de savoir si quelqu'un la suivait, mais elle ne perçut rien du tout. Se traitant d'idiote, elle haussa les épaules et se remit en marche. Contrairement à ce qu'elle avait laissé entendre au Seigneur Thranduil, elle n'avait pas l'intention d'aller voir Radagast. Sa destination était beaucoup plus éloignée. Elle voulait traverser les Monts Brumeux, en passant par le col du Caradras, pour se rendre à Imladris.
Lorsque le soleil se coucha, un peu plus tard, la jeune fille continua d'avancer malgré la pénombre. À mesure que la noirceur progressait cependant, elle sentit une étrange inquiétude l'envahir. Elle se sentait observée. Pourtant, elle était toujours dissimulée.
Elle trébucha soudainement sur une racine et fit quelques pas rapides pour reprendre son équilibre. Et au même moment, elle sentit la présence du Roi Thranduil, derrière elle. Elle se retourna et scruta la pénombre cherchant à l'apercevoir. Elle ne voyait rien, mais elle savait qu'il était là.
- Pourquoi me suivez-vous? demanda-t-elle d'une voix où perçait son agacement.
- Je pourrais te faire enfermer pour m'avoir défier ainsi, Nimroël, répondit le Roi d'un ton froid.
La jeune fille sentit un frisson lui parcourir l'échine. Même après tout ce temps, l'idée d'être enfermée lui faisait peur. Elle se mit à reculer lentement.
- Tu peux essayer de t'enfuir, dit l'elfe d'une voix doucereuse, mais dans le noir, tu n'iras pas loin. En fait, même en plein jour, tu ne pourrais pas m'échapper, si je le décidais.
- Pourquoi faites-vous ça?
La question surprit Thranduil. La jeune fille avait raison, pourquoi jouait-il ainsi avec elle? Pourquoi cherchait-il à lui faire peur? Il ne comprenait pas lui-même les raisons qui le poussaient à agir ainsi.
- Je suis une Maia, lança tout à coup Nimroël. M'attraper pourrait être plus difficile que vous semblez le croire.
Thranduil sourit. Voilà qu'elle le provoquait de nouveau. Puis soudain, il prit un air menaçant et s'avança rapidement vers la jeune fille.
- Que fais-tu sur mes terres, lança-t-il d'un ton glacial et autoritaire.
Étonnée du brusque changement d'attitude du Roi, Nimroël recula vivement.
- Reste où tu es, hini, lui lança alors Thranduil.
Puis, d'un geste rapide et fluide, il dégaina ses deux épées et fit encore quelques pas vers la jeune fille. À présent terrifiée, celle-ci poussa un cri et, sans réfléchir d'avantage, elle attaqua le Roi des elfes. Ce dernier fut projeté en arrière et il heurta brutalement un arbre. Sous l'impact, il lâcha l'une de ses armes qui vola vers la jeune fille. La lame atterrit sur le sentier puis glissa jusqu'à ses pieds. Toujours incapable de penser correctement, elle la ramassa et la leva lentement. Et soudain, la portée du geste qu'elle venait de commettre la heurta de plein fouet. Elle venait d'attaquer le Roi Thranduil, le père de Legolas. Elle poussa un gémissement de désespoir. Comme s'il faisait écho à sa plainte, l'elfe gémit lui aussi. Puis il poussa un grognement de rage et Nimroël recula. La peur se mit à couler en vagues glacées dans ses veines. Dès qu'il aurait repris ses esprits, Thranduil allait la réduire en charpie.
Tournant les talons, la jeune fille fit quelques pas de course dans le but de s'enfuir aussi loin que possible de l'elfe. Elle fut cependant arrêtée dans son élan par un sourd grondement provenant des arbres devant elle. Et, sous ses yeux écarquillés, un ours surgit alors, s'avançant lourdement sur le petit sentier. C'était l'ours le plus gros et le plus terrifiant qu'elle ait jamais vu. Même les gigantesques ours des montagnes, que lui avait montrés Legolas, n'étaient pas aussi gros.
Incapable de bouger, Nimroël regarda l'animal s'avancer vers elle en grondant. Puis l'ours releva la tête et il huma longuement dans sa direction. Peut-être parce qu'il ne pouvait pas la voir, ou alors parce que son odeur ne l'intéressait pas, l'ours se désintéressa de la jeune fille et il se dirigea vers le Roi Thranduil. En voyant l'animal se lever sur ses pattes arrières d'un air menaçant, Nimroël fut tentée, durant un court instant, de s'enfuir en abandonnant l'elfe. Mais elle ne put s'y résoudre et, levant l'épée qu'elle tenant toujours, elle fonça vers l'ours en hurlant. Du plat de son arme, elle frappa le postérieur de l'animal. Ce dernier broncha à peine.
- Va t'en, cria la jeune fille, levant à nouveau son épée.
L'ours se retourna lentement, indécis.
- La douleur n'est qu'une information transmise par vos nerfs, Seigneur Thranduil, dit Nimroël précipitamment, d'une voix tremblante.
Elle annula ensuite le sortilège qui la masquait aux yeux de l'ours et elle agita son épée vers lui d'un geste menaçant. L'animal ne bougea cependant pas.
- Vous devez laisser la douleur traverser votre corps, continua la jeune fille, s'adressant toujours à l'elfe. Il ne faut pas lutter contre elle.
Nimroël fit alors un bond en avant et provoqua de nouveau l'ours en criant et en le menaçant de son arme. Ce dernier se laissa retomber à quatre pattes et il poussa un grognement qui donna la chair de poule à la jeune fille. Elle se mit à reculer lentement, tremblant de peur.
- Legolas m'a dit qu'il ne fallait pas tourner le dos à un animal sauvage, dit-elle d'une petite voix désespérée. Et qu'il ne fallait pas courir.
Seul le silence lui répondit.
- Donc, je sais ce que je ne dois pas faire, mais... si vous pouviez me dire ce que je dois faire, maintenant, ça m'aiderait.
- À part te faire dévorer, hini, je ne vois pas ce que tu pourrais faire, répondit Thranduil d'un ton légèrement moqueur.
La jeune fille continuait de reculer pas à pas, terrifiée. Elle avait envie de lancer un sort à l'ours mais elle était loin d'avoir de nouveau toute sa puissance. Elle n'était donc pas certaine de réussir à le mettre hors d'état de nuire suffisamment longtemps pour pouvoir s'enfuir. Elle devait attendre encore un peu.
Et soudain, l'ours passa à l'attaque en grondant. Il fit un bond en avant et leva la patte pour frapper Nimroël. Celle-ci poussa un cri et leva son arme pour parer le coup. Elle sentit sa lame s'enfoncer dans la chair de l'animal puis, sous l'impact, elle lâcha l'épée avec un gémissement de douleur. L'ours se mit de nouveau debout et la jeune fille put voir un peu de sang s'écouler de la blessure qu'elle venait de lui faire. Au moment où il allait attaquer de nouveau, Nimroël perçut un mouvement à la lisière de son champ de vision. Quelque chose la poussa alors vigoureusement en arrière et elle se retrouva brusquement allongée au pied d'un arbre. Son menton heurta le sol et elle gémit, légèrement étourdie. Relevant alors lentement la tête, elle vit Thranduil faire face à l'ours, ses deux épées pointées vers l'animal.
- Tu as encore franchit mes frontières, déclara l'elfe. Retourne d'où tu viens si tu ne veux pas que je te transperce la panse.
L'ours poussa un grognement de rage et il balaya l'air de ses pattes aux longues griffes. Thranduil s'avança vers lui et ses lames tourbillonnèrent si vivement autour de l'animal que Nimroël ne put voir ce qu'il faisait réellement. Mais tout autour de l'elfe et de l'ours, de petites touffes de poils tourbillonnèrent dans l'air. Thranduil se mit alors à rire.
- Va t'en avant que je ne change d'avis et que je décide de raccourcir autre chose que ton pelage, lança le Roi Thranduil d'un ton provocant.
L'animal retomba sur ses quatre pattes en grondant puis il se détourna et s'éloigna d'un pas lourd mais rapide. Toujours allongée sur le sol, Nimroël jeta un regard craintif vers l'elfe qui lui tournait le dos. Ce dernier ne bougea pas durant de longues minutes et la jeune fille retint son souffle. Elle n'osait pas faire le moindre bruit ni le moindre mouvement de peur d'attirer l'attention de Thranduil sur elle.
- Que vais-je bien pouvoir faire de toi, hini? demanda soudain le Roi des elfes d'un ton glacial, en se retournant vivement.
Nimroël sursauta mais elle ne répondit pas. Elle se leva lentement et, pour se donner contenance, elle secoua la terre de ses vêtements. Toujours un peu étourdie, elle s'appuya contre un arbre, s'efforçant de prendre un air indifférent.
- Pourquoi ne t'es-tu pas enfuie quand tu en avais la chance?
- C'est une très bonne question, murmura la jeune fille.
L'elfe rengaina ses deux épées puis il s'avança lentement vers Nimroël. Il posa sa main sur son épaule et se pencha légèrement vers elle.
- Que s'est-il passé, hini, demanda-t-il? Pourquoi as-tu rompu tes fiançailles avec mon fils?
- Je n'ai pas... commença la jeune fille.
Puis elle s'interrompit, étonnée. Elle avait été sur le point de tout révéler au Seigneur Thranduil. Encore maintenant, elle avait envie de lui expliquer pourquoi Legolas était parti de Minas Tirith, au beau milieu de la nuit. Elle lutta fortement contre cette étrange impulsion. Même Arwen n'était pas au courant de ce qui s'était passé. Elle n'allait certainement pas dévoiler son crime au père de Legolas. Et pourtant...
- J'ai fait quelque chose, murmura-t-elle. Quelque chose d'impardonnable.
- Qu'as-tu fait?
Les joues cramoisies, la jeune fille secoua vivement la tête.
- Je... commença-t-elle.
Puis sa gorge se serra au point qu'elle fut incapable de parler durant un long moment.
- C'est entièrement ma faute, finit-elle par dire. Tout est de ma faute.
- Qu'as-tu fait? redemanda l'elfe
- Laissez-moi tranquille, hurla Nimroël. Laissez-moi m'en aller!
- Il fait trop sombre, tu risques de te blesser si tu voyages ainsi.
Au moment même où Thranduil prononçait ces paroles, la lune apparut au sommes des arbres, diffusant une douce lumière argentée. La jeune fille ramassa ses affaires et, avec une petite lueur de défi au fond des yeux, elle reprit sa route vers l'ouest, sur l'étroit sentier. L'elfe soupira mais il ne chercha pas à la retenir. Après tout, elle allait bientôt quitter son domaine. De plus, le danger qu'il pressentait à son sujet était écarté, puisque Beorn était reparti chez lui. Puis l'elfe se souvint que l'ours ne s'était nullement intéressé à Nimroël avant que celle-ci l'invective et le frappe avec son épée. Il fut de nouveau tenté de la retenir, mais il résista à cette impulsion et, marchant lentement, il retourna vers la caverne.
Bonjour à tous et à toutes. Je suis réellement désolée du long délai depuis ma dernière publication. Je n'ai pas écrit depuis Noël et je n'avais pas vraiment la motivation nécessaire pour compléter et réviser ce chapitre. C'est maintenant chose faite. Par contre, je vais devoir m'attaquer au chapitre qui me hante depuis bien longtemps: la mort d'Aragorn et d'Arwen. Je ne vous fait aucune promesse étant donné que je n'ai pas la moindre idée du temps qu'il me faudra pour écrire ce passage de la vie de Nimroël. La seule chose que je peux affirmer c'est que je n'abandonne pas ma petite Maia et que j'ai bien l'intention de terminer son histoire. Donc, gardez espoir.
Malgré les délais et tout, j'espère que vous continuerez de me suivre et d'apprécier mon histoire. N'hésitez surtout pas à me laisser un petit message pour me donner vos commentaires. C'est toujours très apprécié.
À bientôt je l'espère!
