Auteur : Dozen and One Stars
Traductrice : Hermi-kô


Chapitre 52 : Vers les étoiles (Partie 2 sur 2 d'Un coup de main pour les fêtes)


Le bénéfice de plier le linge, en plus d'avoir de jolis vêtements à porter, était qu'il lui donnait la chance de réfléchir. Elle avait fait si souvent cette corvée en particulier que ça en était devenue automatique pour elle. Désormais elle se perdait dans ses pensées. C'était à la fois thérapeutique et utile. C'était durant l'une de ces après-midi là que son esprit lui rappela quel mois on était et quelle date approchait à grands pas. "Tu sais ..."

"Non je ne sais pas." Hiruma ajouta une paire de chaussettes bleues à la pile devant lui.

Elle ne lui faisait pas confiance pour plier quoi que soit : cet homme ne pouvait pas ranger proprement une paire de jeans dans un tiroir. Mais d'un autre côté c'était injuste qu'elle se tape toute la corvée de linge parce qu'il avait un problème avec le pliage. Et donc il était en charge de mettre par paire les chaussettes. Une tâche qui ne manquait jamais de le faire devenir un blondinet ronchon d'un mètre quatre-vingt. Il y a des jours où elle avait été à un cheveu de l'étrangler avec une robe. "Je viens de me rendre compte de quelque chose."

"Ah ouais ?" Un juron étouffé lui échappa quand il trouva que la plupart des chaussettes étaient à l'envers. C'était l'une de ses bêtes noires et il tenait toujours à qu'elles soient à l'endroit dans le tiroir.

Et bien qu'elle réussit à ne pas avoir un sourire jusqu'aux oreilles devant lui, elle ne put empêcher les coins de sa bouche de s'étirer vers le haut. Son mari de presque trois intéressantes années était vraiment quelque chose parfois. "Notre anniversaire de mariage, c'est la semaine prochaine."

"C'est marrant comme ça revient tous les ans à la même date."

Elle soupira. En temps normal, avoir une discussion avec lui sans piques était un miracle. Avoir une réponse de sa part quand il était en train de se battre avec les chaussettes était comme d'arracher des dents. Avoir une conversation sans sarcasmes était impossible. N'empêche, son sourire devenait vraiment difficile à retenir quand il découvrit une chaussette de plus à l'envers, c'était toujours marrant. La vie n'était jamais ennuyeuse quand il était là. Même si c'était pour faire des trucs ennuyeux comme plier le linge.


Le problème, décida-t-elle, pour ceux dont l'anniversaire de mariage était en hiver et qui vivaient dans un pays où la météo suivait avec les saisons était qu'il était très difficile de se mettre sur son trente-et-un. Surtout quand elle avait épousé l'homme le plus imprévisible de la Terre. Cela voulait dire s'habiller avec classe mais de manière pratique afin de faire face aux inévitables surprises. Cela voulait aussi dire mettre assez de couches de vêtements pour éviter chair de poule et orteils gelés.

Parce que la chair de poule et les orteils gelés étaient, en règle général, très tue-l'amour.

Mais leur relation peu conventionnelle Mamori aimait le romantisme. Elle n'en avait pas souvent mais elle s'y attendait, au moins pour leur anniversaire de mariage. Elle avait même l'impression que c'était leur devoir en tant que couple marié que d'être romantique une fois l'an. Et avec tout ce qu'elle se prenait sans ciller, il trouvait cela raisonnable de son côté de faire un effort sur ce coup-là.

C'est pourquoi elle se retrouva emmitouflée de la tête aux pieds mais dans ses plus beaux atours en plein milieu du parc tard le soir de leur troisième anniversaire de mariage. Le parc en lui-même n'était pas si remarquable que ça. C'était le parc dans lequel ils s'étaient promenés plus d'une fois, mais c'était tout. D'accord c'était un joli parc, bien éclairé et dans un bon quartier, mais ce n'était pas comme s'ils avaient créés des souvenirs pour la vie là. Il ne l'avait pas demandé en mariage là. Ils n'avaient pas eu leur premier rencard là. Ils ne s'étaient pas retrouvés là. Ce qu'elle trouvait remarquable cependant était le grand traîneau qui n'avait pas l'air à sa place sur l'une des pelouses du parc. Elle ne savait pas quoi penser non plus des huit espèces de rennes qui y étaient harnachés devant.

C'était certainement son idée de sortie la plus romantique et unique. Mais combien romantique, ça elle n'en était pas encore très sûre.

"Qu'est-ce que c'est que tout ça ?"

Le nez rose à cause du froid : il lui fit l'un de ses sourires. Montant à bord du grand traîneau rouge, il tendit la main et l'aida à prendre place à ses côtés. Installant des couvertures sur leurs genoux, il se saisit nonchalamment des rennes. "Tu te souviens quand tu m'as demandé ce que ça m'apportait d'aider le gros tas ?"

Il fallut un moment pour qu'elle saisisse de quoi il voulait parler à cause de l'étrangeté de la situation. C'était si étrange qu'elle ne pensa même pas le réprimander pour parler ainsi du Père Noel. "La paix dans le monde et une bonne conscience pour avoir aidé son prochain ?"

"Ouais, mais pas seulement." Elle reconnut cette lueur dans ses yeux. C'était celle qu'il avait à chaque fois qu'il s'apprêtait à faire quelque chose qu'il trouvait marrant. Bien sûr ce qu'il trouvait marrant et ce que les gens trouvaient marrants en général étaient deux choses bien différentes. Elle se prépara pour ce qu'il allait lui sortir. "J'ai un accès complet à son système de surveillance planétaire comme je l'entends et à son traîneau si je demande en avance et que c'est pas pour Décembre."

Elle ne voyait vraiment pas où il voulait en venir et ça pouvait se lire sur sa figure.

"Ce traîneau."

Toujours pas.

"Et les rennes volants."

Son expression se figea. "Genre."

La chose suivante qui la frappa fut le vent qui sifflait dans ses oreilles, ses yeux qui étaient fermés de peur tandis que ses ongles rentraient dans le bois, et elle hurlait comme si quelqu'un était en train de l'assassiner. Il fallut un temps mais enfin elle avait toujours les yeux fermés et la figure qui la piquait à cause du vent d'hiver mais elle ne criait plus. Il y avait une limite pour que quelqu'un hurle comme elle avant d'avoir besoin d'un verre d'eau pour continuer. Il se trouvait que sa limite à elle était trois minutes à pleins poumons plus cinq minutes de gémissements en sourdine avec des petits cris de temps à autre.

"T'as fini d'crier ?"

Elle avait encore probablement un bon hurlement ou deux en elle mais son cœur était coincé dans sa gorge. Alors elle se contenta de hocher la tête pitoyablement.

"Tu veux ouvrir les yeux ?"

Si ses yeux avaient été ouverts elle les aurait écarquillés de panique. Au lieu de ça elle secoua vivement la tête.

Il lui servit l'un de ses petits rires de gorge dont elle était secrètement fan, qui se transforma en un éclat de rire tonitruant qui la fit sursauter. Pas suffisamment pour qu'elle relâche sa prise de fer sur la peinture qui s'écaillait mais suffisamment pour qu'elle serre un peu moins ses yeux fermés. Quelques minutes plus tard elle se força à les ouvrir. Surprise par le vent, elle cliqua beaucoup des paupières.

"Tiens." Elle sentit une petite tape sur son épaule. "Mets-ça."

Elle tâtonna pour parvenir à ajuster les lunettes de protection sur son nez. Dès qu'elle les eut bien placés pour protéger ses yeux, elle s'agrippa de nouveau fortement au traîneau. Battant des cils après les pleurs que lui avait arraché le vent, elle prit enfin le temps de regarder ce qui l'entourait. Au début elle fut remplie d'un étonnant mélange d'émerveillement et d'adrénaline à être si haut dans le ciel avec virtuellement aucune barrière pour la retenir. Et puis elle regarda en bas et elle retint son souffle en voyant les lumières de la ville. Elles étaient si petites de là-haut, de la taille de têtes d'aiguille, vraiment. Et avec aucun des bruits du trafic ou de l'air perpétuellement plein de smog. C'était... c'était magique. D'accord c'était une pensée enfantine, elle le savait, mais il n'y avait pas d'autres mots.

Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle éclata de rire. Haut et clair elle ria et elle ne pouvait pas s'arrêter même si elle le voulait.

"Tu veux essayer ?"

Malgré ses protestations il se rapprocha d'elle. Plaçant les reines dans ses mains à elle, il garda ses mains à lui sur les siennes jusqu'à ce que ses protestations tarissent. Et puis, lentement, il la laissa faire toute seule. Et alors elle riait et criait. Seulement ce n'était pas les cris de banshee de tout à l'heure mais des cris de joie. Se calant confortablement au fond de son siège il mit ses mains derrière sa tête et apprécia le moment.

Meilleur anniversaire de mariage de tous les temps.