Il est tard et je ne sais vraiment pas quoi dire sur ce chapitre, seulement que Dean est vraiment plus qu'instable (c'est flagrant, je n'ai même pas besoin de le dire)

Il réagit très mal dans ce genre de situation (mais pas mal comme la plupart des gens, il réagit à sa manière et c'est pire)

Merci encore

Bisous

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Dean n'entend pas les éclats de voix dans le couloir, il n'y fait pas attention. Il claque violemment la porte des toilettes derrière lui, il la claque si fort que les gonds tremblent. Lui aussi, il tremble. Tellement qu'il en a presque du mal à marcher, il déteste ce qu'il ressent, il déteste ce qu'il dit et il déteste le penser.

Les poings serrés, il donne un coup contre le rebord de la vasque, il n'ose pas relever les yeux sur son reflet mais du coin de l'œil dans le miroir, il peut voir la porte se rouvrir doucement et Castiel se glisser à l'intérieur. "Dean?" tout doucement.

"Dis-lui de s'en aller," un peu éraillé. "Je ne peux pas sortir s'il est encore là."

Il continue de taper du poing contre le rebord de la vasque, plus fort pour se faire mal, les yeux un peu perdus dans le vague. Castiel s'approche, toujours plus doucement. "Dean," en prenant sa main.

"Dis-lui de-"

"Il va s'en aller," en caressant sa paume. "Il va s'en aller. Dean… Dean, regarde-moi. Respire et regarde-moi."

Dean secoue la tête, des larmes plein les yeux. Il serre les dents si fort pour les retenir. "Il savait," en secouant la tête. "Il savait et il a dit… il-"

Il bute sur les mots en ravalant les sanglots qui lui restent en travers de la gorge, et finalement, il relève les yeux. Castiel accroche son regard en serrant sa main dans la sienne, plus fort pour l'aider à se concentrer. "Respire," dans un murmure.

Dean pose son autre main à plat sur son torse pour sentir son cœur battre contre sa paume, il retient son souffle, il ne respire pas. Ne respire pas. Il se penche, ses lèvres brusquement sur les siennes sans rien demander. "S'il te plaît," en se pressant contre lui.

"Dean," en détournant la tête pour échapper au baiser.

"Embrasse-moi," en attrapant son visage.

Il le retient de toutes ses forces en l'entraînant avec lui quand il recule encore davantage contre les vasques, se hissant dessus. Il le serre entre ses jambes, une de ses mains finalement sur sa ceinture. "Cas," en suppliant.

"Arrête," pourtant incapable de le repousser, sa bouche contre la sienne.

"Pourquoi?" en embrassant l'arête de sa mâchoire.

Ses baisers caressent alors qu'il tire sur la boucle de sa ceinture. Castiel se tend, le bas du ventre en ébullition, tout son corps brûle, désir et douleur étroitement mêlés. Il ne devrait pas laisser faire et il le sait, il sait trop bien que Dean n'arrête jamais de fuir à sa manière, et pourtant.

"Dis-moi," en enroulant sa main autour de son sexe à travers le boxer. "Dis-moi à quel point tu veux ça."

"Dean…"

"Je suis là," en passant sous le boxer sans le lui retirer, lui arrachant un grondement rauque. "Je ne te laisserai jamais."

Sa voix est cassée, et le cœur de Castiel explose, tout est cassé, Dean et tous les gestes qu'il fait, les larmes qui roulent sur ses joues. Tout est cassé.

"Dean… je t'en prie," à peine audible. "Arrête."

Dean se fige, ses épaules complètement tendues lorsqu'il le relâche. Un peu brusquement, il écarte sa main. "Je suis désolé," en tremblant. "Je suis désolé, je suis-"

"D'accord," souffle Castiel.

Il l'attire doucement à lui, Dean résiste et le repousse, répétant encore et encore qu'il est désolé, désolé, rien d'autre que désolé.

"Dean," en l'attrapant par les poignets. "C'est rien. Regarde-moi."

L'air si perdu, Dean secoue la tête en essayant de se détourner. Mais Castiel est debout juste devant lui, debout entre ses jambes, il prend tellement de place que Dean finit par ne plus bouger. Il n'entend plus rien, les battements de son cœur résonnent dans ce silence qu'il déteste, Dean déteste, il se détend et s'effondre.

Castiel caresse son visage quand il pose sa joue tout contre son torse sans avoir l'air de s'en rendre compte. Les larmes sont silencieuses, comme le reste, et Dean se noie.

"Dean?" un long moment plus tard.

Le monde est flou, un peu opaque, mais Dean reconnaît la voix de Sam. Il ne se redresse pas, il ne sait même pas s'il pourrait. Immobile, il compte ses inspirations, calées sur le rythme plus régulier du cœur de Castiel. Il compte pour ne pas perdre le fil.

Sam s'avance de quelques pas, hésitant. "Dean?" répète-t-il. "Est-ce que ça va aller?"

Il remarque la ceinture de Castiel, toujours défaite. "Est-ce que-" en relevant les yeux vers lui, les sourcils froncés.

"Ça va," répond Castiel. "Est-ce qu'il est parti?"

"Charlie l'a mis dehors."

"D'accord," en soufflant, la main perdue dans les cheveux de Dean. "Il nous faut juste un moment."

"Nous?" en tiquant.

"Dean. Il nous faut juste un moment pour qu'il reprenne le dessus."

"Tu crois qu'il peut?" en cherchant le regard de son frère qui reste fermé, un peu perdu dans le vague.

"Bien sûr qu'il peut," son autre main plus bas, caressant sa pommette. "Laisse-lui le temps de gérer ce qu'il ressent."

"Tu sais… tu sais que ce n'est pas normal, de se déconnecter comme ça?"

"Je sais, Sam," avec un léger soupir. "Mais c'est peut-être mieux de l'aider à se calmer comme ça plutôt que le regarder chercher à se faire du mal, tu ne trouves pas? je sais que ce n'est pas normal, mais si tu as des solutions à proposer, je t'écoute."

Sam ferme brièvement les yeux et comme si souvent, il ne sait pas quoi faire. Il n'a jamais vraiment su quoi faire, même plus jeune, même à l'époque où Dean était plus ouvert et moins abîmé. Il avait déjà trop de mal à vivre avec ce constant trop-plein d'émotions, et Sam n'a jamais su aider. Et pourtant, il l'a plus d'une fois vu passer les limites et se perdre comme ça. Ne plus bouger, ne plus parler, ne plus rien regarder. Ne plus réagir.

"Il n'a même pas l'air de nous entendre, il-"

"Je t'entends très bien, Sammy," réplique Dean, la voix très basse. "Alors ne dis pas n'importe quoi."

"Dean?"

"C'est comme ça que je m'appelle," toujours immobile.

"Est-ce que-"

"Est-ce que j'ai l'air d'aller bien?" amer. "Non, ça va pas. Bien sûr que ça va pas, pas du tout. J'ai pas l'air d'aller bien, j'ai l'air de péter les plombs."

Il n'essaie pas de se redresser mais ne résiste pas lorsque Castiel s'écarte en le repoussant doucement, ses deux mains fermement posées sur ses joues pour essayer de le regarder dans les yeux. Essayer, parce que Dean les garde baissés.

"S'il te plaît."

"Tout ce qu'il a dit… il a raison," en mordant sa lèvre. "Je ne sais pas vivre autrement et je suis-"

"Mais tu peux commencer à apprendre," coupe Castiel. "C'est ce que tu as dit."

"Et si… et si c'est pas vrai? Et si ma mère-"

"Non," intervient Sam. "Maman t'adorait, Dean, et elle n'aurait jamais pensé comme lui. Il a dit ça parce qu'il sait taper où ça fait mal. Il sait comment t'atteindre."

"Parce que je suis faible."

"Non, non… tu ne peux pas croire ça," en secouant la tête. "Tu n'as jamais été faible et peu importe ce qu'il dit, il ne sait que mentir. Il n'a jamais rien fait d'autre, mentir et manipuler pour te faire croire que tu avais besoin de lui. Il est juste… c'est lui qui ne sait pas vivre autrement, Dean. Pas toi."

"J'ai… j'ai pensé tellement fort ce que j'ai dit," encore incapable de relever les yeux. "Je voudrais qu'il soit mort. Je déteste penser ça, je ne… je ne veux pas ressentir ça. Je ne suis pas censé ressentir ça, et-"

Castiel souffle, les mains toujours sur son visage, il ne le lâche jamais. "Il n'y a rien que tu sois censé ressentir ou non," dit-il. "Tu refoules toutes tes émotions parce que tu crois que tu n'as pas le droit de les ressentir, mais ça ne marche pas comme ça. Tu as le droit."

"Je ne suis pas censé détester mon père, Cas, non… ça, ça ne marche pas comme ça."

"Pourquoi?"

"Parce que lui, il ne devrait pas tout détruire, il n'aurait pas dû me mentir et-" en redressant brusquement le menton. "Il sait ce qui s'est passé, et tu vois… il croit que je l'ai mérité. Il croit que c'est ma faute."

"Et toi?" les yeux dans les siens. "Qu'est-ce que tu crois?"

"Je voudrais qu'il soit comme j'ai toujours voulu le croire," en ravalant difficilement sa salive. "Mais c'est… c'est pas vrai," en jetant un coup d'œil à son frère. "Tu as toujours eu raison mais j'ai rien voulu voir. Il est comme ça depuis toujours, hein?"

"Il est comme ça depuis longtemps," légèrement hésitant.

"Et moi j'ai… je l'ai couvert tellement de fois, j'ai menti pour le couvrir, j'ai menti à Bobby, j'ai-" alors que les mots sortent tout seuls. "Il a levé la main sur moi plus de fois que ce que je dis, il disait… il me mettait en position de faiblesse pour que je ne puisse pas lui dire non. Il faisait du chantage et il… il a fait en sorte que j'ai besoin de lui. Et il a raison, maintenant je suis perdu et qu'est-ce que je vais faire si-"

"Dean," l'interrompt doucement Castiel. "Ne panique pas."

"Et Charlie a dit qu'elle ne-"

"Charlie va finir par te pardonner si tu lui laisses un peu de temps. Ne panique pas."

"Et qu'est-ce que je suis censé faire, maintenant?"

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Dean se laisse tomber dans le canapé, les yeux baissés sur ses mains. "Charlie ne m'a même pas regardé quand on est partis," dit-il. "Elle me déteste."

"Elle t'a regardé," depuis la cuisine. "Tu étais juste… un peu trop perdu dans ton monde pour le remarquer. Elle t'a regardé, et elle ne te déteste pas."

"Mais alors-"

"Tu sais," en attrapant une tasse dans le placard. "Peut-être que tu pourrais essayer d'accepter qu'on puisse avoir besoin de temps pour te pardonner. Ce n'est pas facile."

"Charlie est ma meilleure amie."

"C'est pour ça qu'elle a du mal à te pardonner," patiemment.

"Je ne comprends pas," en se levant pour le rejoindre.

Castiel remplit la tasse de lait avant de la mettre dans le micro-ondes. Il soupire, puis se retourne. "Elle ne peut plus te faire confiance," finit-il par dire. "C'est ça, Dean… c'est ce qui est le plus difficile à encaisser. Tu as menti et tu as fait exactement ce qu'elle t'avait interdit de faire. Tu ne peux pas juste ignorer les règles et la hiérarchie et penser que ça ira parce que Charlie est ton amie."

"Qu'est-ce qui est le plus difficile à encaisser pour toi?"

"J'ai… je me sens trahi," après un court moment d'hésitation. "J'ai juste l'impression de ne pas avoir fait les choses correctement. J'ai l'impression que c'est ma faute."

"Ta faute?" répète Dean, la hanche en appui contre le plan de travail. "C'est ta faute si j'ai-"

"Peut-être que si tu t'étais senti plus-"

"Cas, s'il te plaît," en le coupant. "Il y a trop de peut-être pour que ça puisse vouloir dire quelque chose."

"Est-ce que tu aurais fini par me dire la vérité si tu n'avais pas été obligé de le faire? Est-ce que tu m'aurais parlé de ce qui t'est arrivé?"

"Tu l'as deviné tout seul," en détournant les yeux.

"C'est pas la question, Dean."

"Tu connais la réponse. Je n'aurais rien dit."

"Pourquoi?" en cherchant son regard.

"Là aussi, tu connais la réponse," en l'évitant. "Pas parce que je ne te fais pas confiance. Parce que ça n'a plus d'importance."

"Arrête de faire ça," entre ses dents. "Ça a de l'importance. Ce n'est pas parce que ton père pense le contraire qu'il a raison."

"Arrête de faire quoi?"

"De nier et de mentir. De refouler."

"T'es vraiment obligé de retourner au bureau?" sans lui répondre.

"Oui," en soupirant. "Je suis obligé de travailler."

"Tu vois… Charlie me déteste," légèrement boudeur. "Elle pourrait décider de te laisser rester avec moi, mais elle veut me punir."

"Elle ne te déteste pas," pour la énième fois.

"Qu'est-ce que tu fais?" lorsque Castiel se retourne pour récupérer la tasse de lait dans le micro-ondes.

"Du chocolat chaud," en mélangeant du sucre et du chocolat en poudre avec le lait. "Je t'ai acheté des petits shamallows, l'autre jour."

"C'est vrai?"

"Oui, c'est vrai," avec un léger sourire. "Tiens."

Dean prend la tasse qu'il lui tend, les sourcils légèrement froncés. "Pourquoi est-ce qu-"

"Ça te fera du bien de manger quelque chose," en rouvrant le placard pour prendre un paquet de shamallows sur l'étagère du haut. "Quelque chose que tu aimes vraiment bien."

"Je n'ai pas vraiment faim," les mains refermées sur la chaleur de sa tasse.

Doucement, Castiel se rapproche. Il ouvre le paquet. "Essaie, au moins," en attrapant un shamallow. "S'il te plaît?"

"D'accord," en roulant des yeux.

Il pose sa tasse et ouvre la bouche pour le laisser glisser le shamallow à l'intérieur, l'air toujours un peu boudeur. Les fossettes creusent ses joues, Castiel se penche pour en embrasser une. "Tu peux le dire, tu sais, que ces shamallows sont super bons et que tu adores le chocolat chaud trop sucré," en laissant le paquet sur le comptoir. "Au lieu de bouder comme ça."

"Je ne boude pas."

"Tes fossettes ne mentent pas, elles," amusé.

"Quelles fossettes?" en cachant un sourire.

Castiel rit, sincèrement attendri. "J'adore ces fossettes," en passant le dos de sa main sur sa joue. "Je t'adore, toi."

"Vraiment?"

"Tu sais que oui, vraiment."

Dean essaie de lui sourire, de sourire sans avoir mal. Il prend délicatement sa main dans la sienne et se rapproche pour le prendre dans ses bras. Il sait que ça ne suffit pas, que Castiel voudrait parfois des mots plus que des gestes. Il sait mais ne dit rien, Dean ne le dit pas et Castiel finit par s'en contenter. Il ne prend que ce que Dean veut bien lui donner.

"Tu me promets de rester ici et de ne rien faire de stupide?" la tête posée sur son épaule.

"Ça dépend de ce que tu entends par stupide."

"Tu le sais très bien," réplique Castiel. "Tout ce que tu fais souvent sans réfléchir. Tu ne vas pas être suspendu pour toujours. Essaie juste de ne pas aggraver les choses."

"Et tu as tellement peu confiance en moi que la seule manière pour toi d'être sûr que je n'aggrave pas les choses, c'est de savoir que je reste ici?"

"Pose-toi les bonnes questions," simplement. "Tu as vraiment tendance à aggraver les choses, Dean."

"Je vais rester ici," en soupirant.

Castiel s'écarte pour croiser son regard, le bleu de ses yeux à lui vraiment plus doux. "Tu sais," fait-il. "Je voudrais que tu… parfois, je voudrais que tu aies l'air moins fort."

"Qu'est-ce que ça veut dire?" en penchant la tête.

"Tu souris tellement, tu es toujours… peu importe ce qu'il peut t'arriver, tu finis toujours par retrouver ce sourire et tu te comportes comme… tu sais. Tu es sarcastique, têtu, tu ris et tu souris."

"Et c'est mal?" sans réellement vouloir comprendre.

"Je sais ce que tu caches derrière tout ça," en passant très délicatement la main dans ses cheveux. "Je sais quand tu es sincère ou non. Je te connais."

"Tu voudrais que je ne sois plus comme ça?"

"Je voudrais juste que parfois, tu te laisses un peu plus aller à ressentir ce que tu ressens vraiment."

"Le seuls moments où je me laisse aller, c'est avec toi," l'air très légèrement contrarié. "Ça devrait te suffire."

"La question, c'est de savoir si ça te suffit à toi," plus calme. "Ça te suffit?"

"Tu sais, Cas… il y a des questions qu'il vaut mieux ne pas se poser."

"Parce que c'est plus facile?"

"Bien sûr que oui, c'est plus facile," dans un souffle. "Et si je peux me permettre, je te retourne la remarque. Tu ne devrais pas encaisser comme tu encaisses et rester toujours si calme."

"Être calme, c'est dans ma nature," en haussant les épaules.

"Refouler, c'est dans ma nature," sur le même ton.

"Ton raisonnement est absurde."

"Je sais," avec un petit soupir de lassitude. "Tu ne rentres pas trop tard?"

"Promis," en se penchant pour l'embrasser longuement sur le front.

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Et comme souvent, comme toujours, Dean ne tient pas ses promesses très longtemps.

Il sirote la moitié de son chocolat chaud, tourne en rond un moment avant d'attraper sa veste pour sortir de l'appartement. Comme souvent, il va là où il n'est pas du tout censé être et il le sait.

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Dans le hall de l'hôpital, il se dirige vers le comptoir de l'accueil. Sans badge, les choses sont un peu plus compliquées mais, à coup de sourires, Dean finit quand même par obtenir le renseignement qu'il veut. Il remercie longuement la réceptionniste puis prend la direction qu'elle lui indique.

Par chance, l'agent de sécurité posté devant la porte le connaît, il acquiesce et se décale pour le laisser entrer.

Dean inspire pour ne pas avoir l'air de trembler. Il passe le seuil et tremble quand même. Il n'a pas peur, il se sent sale.

"Tu es stupide à ce point?"

Rien qu'à demi-surpris, Roman se redresse. "Tu me surprends un peu plus à chaque fois," sarcastique.

"Tu crois que je suis stupide?" en s'approchant de quelques pas.

Il reste à bonne distance malgré le poignet droit de Roman menotté à la barrière du lit. Ce dernier ne le lâche pas du regard, le sien brillant de quelque chose que Dean connaît. Du désir et de la satisfaction.

"Je crois que c'est un peu facile à dire, tu ne trouves pas?" reprend-il, les bras croisés sur son torse. "Je suis peut-être stupide, tu as raison, mais toi… tu t'es fait avoir très facilement. Peut-être un peu trop."

"Facilement?" en penchant la tête. "Tu as trouvé ça facile, Dean?"

Il tape dans le mille, ils le savent tous les deux. Dean ravale difficilement sa salive. "Peu importe," dit-il. "Je t'ai eu."

"Vraiment?" avec un sourire. "Je crois que c'est moi, tu sais… je t'ai eu."

"C'est quand même toi qui vas finir derrière les barreaux. Pas moi."

"J'admets," l'air presque amusé. "J'admets que c'est bien joué. Mais je crois que toi… tu perds beaucoup plus à ce jeu-là. Tu as eu vraiment beaucoup de chance. Dis-moi quelque chose, tu veux bien?"

"Quoi?"

"Si tu avais dû aller jusqu'au bout, Dean?"

"La question ne se pose pas, puisque-"

"Tu as raison," en le coupant. "La question ne se pose pas, puisque je ne t'aurais pas laissé le choix."

"Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire?" vaguement dégoûté.

"Oh, ne fais pas ça," le ton très doux. "Je suis loin d'être stupide, et toi non plus. J'ai compris, maintenant. Ce que je sens chez toi. On ne t'a pas laissé le choix. C'est ça, Dean? C'est pour ça que tu as l'air si fragile? Parce qu'un jour, quelqu'un ne t'a pas laissé le choix?"

Le silence est éloquent, Dean ne dit rien parce que tout est bloqué. Et puis étrangement, Roman ne sourit pas. "Crois-le ou non, mais je suis presque désolé que tu aies eu à vivre ça," finit-il par dire. "C'est vraiment triste. Alors que tu es si prompt à te donner si tu crois que c'est nécessaire. Ou alors… dis-moi autre chose. Tu manques d'attention?"

"Tu es presque désolé?" sans vraiment lui répondre. "Tu viens à peine de dire que tu aurais fait la même chose. Que tu ne m'aurais pas laissé le choix."

"Je crois qu'on a ce qu'on cherche, tu sais," simplement. "Mais je peux quand même trouver ça triste de savoir que ce qui m'attire autant chez toi… que finalement, toi, tu m'attires comme ça parce que quelqu'un t'a violé."

Dean tressaille. Entendre le mot dans la bouche de quelqu'un d'autre, aussi clairement, et il voudrait partir. Quitter la pièce et s'éloigner. Il ne bouge pourtant pas. "Est-ce que… est-ce que je t'attire plus maintenant que tu sais pourquoi?" demande-t-il.

"Ça ne marche pas comme ça," calmement.

"Comment ça marche?"

"Je suis curieux mais je n'ai pas beaucoup de considération pour mes partenaires," en haussant les épaules. "Si j'avais compris tes intentions avant que tu ne me plantes cette seringue dans le cou, oui, je t'aurais forcé à aller jusqu'au bout. Parce que tu as pris le risque, tu as cherché et tu as seulement eu de la chance."

"C'est une sale manière de penser," en levant les yeux dans les siens.

"Peut-être," simplement. "Qu'est-ce que Castiel en pense?"

"Qu'est-ce que Castiel vient faire là-dedans?"

"A sa place, je-"

"T'es pas à sa place," un ton trop haut.

"Oh," en souriant. "Il réagit mal, hein? Parce que j'ai touché à ce qui lui appartient?"

"Ça ne marche pas comme ça," pour reprendre ses mots. "Tu n'as rien touché du tout."

"Vraiment?" en penchant la tête. "C'est étrange, tu sais, c'est vraiment étrange de t'entendre dire ça. J'ai pourtant un souvenir vraiment très clair de tes hanches entre mes mains, de ta bouche… tu embrasses si bien, Dean."

"Je joue si bien la comédie," en serrant le poing.

"Je crois que tu sais que ça ne change rien," sans jamais se départir de son sourire. "Peu importe à quoi ou à qui tu pensais. Moi, je pensais à toi."

"Garde ce souvenir pour toutes les années que tu vas passer en prison."

"Ne t'inquiète pas trop pour moi," plus doux.

"Pourquoi… pourquoi tu restes si calme?" les sourcils froncés.

"Parce que j'ai appris à ne pas me débattre avec les choses que je ne peux pas changer."

"Qu'est-ce que ça veut dire?"

"Ça veut dire, Dean, que je ne peux rien faire contre les preuves, que je pourrais faire n'importe quoi et ça ne changerait rien," un coude posé sur la barrière du lit. "Je n'ai rien à faire et ça ne sert à rien de se torturer. Je ne peux rien changer."

"Tu devrais être en colère," en se rapprochant encore légèrement, sans vraiment s'en rendre compte. "Pourquoi-"

"Parce que je sais que tu n'as pas gagné non plus," l'interrompt Roman. "Je suis même certain du contraire. Tu perds plus que moi."

"Et ça te fait du bien de le savoir?"

"Oh… oui. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait du bien."

"Et pour tout ce que tu as fait?" presque sincèrement curieux de le comprendre. "Tu n'as pas de remords?"

"Dean," avec un rire. "Je suis responsable de la mort de tellement, tellement de personnes. Tu crois que j'ai le temps de ressentir de la culpabilité? Non. Je n'ai ni le temps ni l'énergie d'avoir des remords. C'est la même chose… je n'ai pas à regretter ce que je ne peux plus changer."

"Mais tu aurais pu-"

"Tu ne pourras jamais comprendre," en le coupant une nouvelle fois.

"Pourquoi?"

"Dean," depuis le couloir. "Sors d'ici."

Dean ignore Charlie, il sait qu'il aggrave les choses mais ne se retourne pourtant pas. "Pourquoi?" répète-t-il. "Pourquoi je ne peux pas comprendre?"

"Parce que je ne ressens rien," en secouant doucement la tête. "Pas de remords, jamais de culpabilité. Toi, tu ressens le monde entier."

Il y a un court silence, Dean comprend trop bien, et puis :

"Dean, espèce de sale tête de mule," juste dans son dos. "Sors d'ici tout de suite."

"Ça va," avant de faire volte-face. "Je sors. Pas la peine de t'énerver."

Charlie l'attrape par le coude pour l'entraîner plus loin dans le couloir, très à l'écart près des distributeurs. "Tu te fous vraiment de ma gueule, putain mais c'est pas possible," en pivotant face à lui. "Tu te fous de ma gueule."

"Tu avais promis," intervient doucement Castiel, adossé contre le mur.

"J'ai promis de ne rien faire de stupide," en haussant les épaules.

"Non, tu avais promis de ne pas sortir de l'appartement," les bras croisés sur son torse.

"Et je suis en cage?"

"Ne rien faire de stupide?" répète Charlie. "Ne rien faire de… oh, si tu savais, Dean, si tu savais. Je crève d'envie de te frapper jusqu'à ce que mort s'en suive."

"Arrête de hurler," en roulant des yeux.

"Pauvre imbécile," sèchement. "Je ne sais pas ce que tu as bien pu faire de ce qui te servait à connecter les trois neurones qui se battaient dans ton crâne, mais-"

"Charlie…"

"Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le fait d'être suspendu?" le ton toujours plus haut. "Ça veut dire que de près ou de loin, tu ne t'impliques dans aucune affaire. Ça veut dire que tu fais profil bas, et surtout, surtout, tu évites de me contrarier. Tu ne m'interromps pas quand je suis en train de parler et pour une fois, tu fermes ta grande gueule."

"Charlie," encore une fois.

"Je viens de te dire de-"

"Dean?" derrière lui.

Dean se retourne tout doucement, vraiment très doucement. Amélia hésite, s'arrête à un pas de lui, les mains dans les poches de sa blouse et les yeux un peu rougis. C'est la première chose que Dean remarque, son visage marqué par un mélange de douleur et de compassion.

Ils échangent un très long regard. Dean peut le sentir, un petit bout de son cœur en moins. Il pivote vers Charlie. "Tu le lui as dit," en soupirant.

"Et alors?" en croisant les bras, glaciale.

"T'étais pas obligée."

"Je crois que si, Dean," répond Castiel, hochant doucement la tête pour le rassurer.

Légèrement tremblant, Dean évite un moment. Il ne regarde rien, incapable de relever les yeux vers Amélia parce qu'il sait, il devine les siens si doux, remplis de compassion comme au tout début.