PROMPT : loupe


Après sa conversation avec Dobby, Severus n'avait pas mis longtemps à comprendre qu'il devait faire en sorte que Harry ne soit plus jamais envoyé chez son oncle et sa tante. Les révélations de l'elfe l'avaient choqué au plus haut point, parce que toutes ces années, il avait imaginé que le gamin était choyé et gâté.

Pourtant tous les signes étaient là. Il avait eu tous les éléments face à lui, toutes les preuves qu'il se trompait. Même après les révélations de Harry, il avait douté légèrement, pensant que ce n'était pas aussi grave.

Comme pour Drago.

Et pour les deux jeunes garçons, il s'était trompé.

Pour Harry, il s'était laissé aveugler par sa haine pour son père. Il avait oublié l'essentiel, que Harry était un enfant innocent. Il avait perdu de vue que ce garçon innocent était le seul espoir du monde sorcier.

Pour Drago, c'était son amitié passée avec Lucius qui lui avait fait manquer les premiers signes.

Le maître des potions songea avec ironie qu'il aurait fait un bien piètre père. Peut être Dumbledore s'en était il aperçu et peut être lui avait il rendu service en l'empêchant de refaire sa vie…

Avec un soupir, il s'installa à son bureau et sortit un parchemin. Il prit le temps d'écrire avec application,formant ses lettres à la perfection comme à son habitude.

Il aurait pu être plus rapide, mais il prit le temps de prendre garde à la formulation. Avec un soupir, il signa, et plia le parchemin avant de le fermer d'un cachet de cire aux armoiries de la famille Prince.

Il songea que c'était la première fois qu'il ressortait les armoiries familiales depuis qu'il était professeur, préférant utiliser le cachet de Poudlard. Son nom avait été traîné dans la boue, et il répugnait à laisser entendre qu'il parlait en son nom propre…

Finalement, il appela sa chouette et lui confia le précieux parchemin, lui murmurant le destinataire.

Maintenant il ne restait qu'à attendre…

Lorsqu'il revint de la Grande Salle après le repas, plus tard dans la journée, il eut la surprise de trouver sa chouette déjà de retour. Il s'attendait à un refus poli, ou à une fin de non-recevoir à sa requête et certainement pas à trouver dans l'enveloppe les documents qu'il avait demandé.

Soulagé, il se permit un sourire et s'installa confortablement afin d'étudier à la loupe les parchemins qu'il avait en main. Les documents officiels établis au décès des Potter, en ce qui concernait la garde de leur fils unique.

Lorsque sa cheminée s'illumina et que Sirius en sortit en pestant, il ne réagit pas, profondément plongé dans ses pensées. Les parchemins s'étalaient tout autour de lui, et il était adossé à son fauteuil, une ride creusant son front.

En voyant le tableau qu'il offrait, Sirius se tut immédiatement et se précipita sur lui.

- Snivellus ?

Severus cligna des paupières à plusieurs reprises et bailla avant de se frotter les yeux.

- Black ? Qu'est-ce que tu fous ici ?

Sirius haussa les épaules et désigna les parchemins éparpillés.

- Tu t'es battu avec les devoirs que tu donnes à tes élèves ?

- Ce ne sont pas des devoirs. Assieds-toi, Black.

Sirius s'apprêtait à plaisanter à nouveau, mais un pressentiment le fit taire. Il s'installa face à Severus et pinça les lèvres en notant l'air maladif et épuisé de l'homme face à lui. Ils n'avaient jamais réussi à vraiment sympathiser tous les deux. S'entendre était compliqué, même si l'amitié de leurs filleuls et la situation leur permettait d'observer une trêve fragile.

Cependant, à cet instant, Sirius maudit Dumbledore de ne pas voir à quel point Severus semblait à bout. S'il était appelé auprès du Seigneur des Ténèbres, il ne survivrait pas à une séance de torture…

- Bien. Qu'est-ce qui se passe ? Harry est en danger ?

- Ça concerne Harry mais… Black. Harry a déjà parlé de ce qui se passe chez ses moldus ?

Sirius se rembrunit aussitôt.

- Il n'a pas voulu en parler en détails. Il dit juste qu'ils sont… mauvais. Il t'a parlé à toi ?

Severus secoua doucement la tête.

- J'ai interrogé Dobby.

Sirius haleta et ses yeux gris se ternirent un instant. Severus grogna légèrement, imaginant sans peine que le Gryffondor face à lui se reprochait de ne pas y avoir pensé. Il décida de continuer à parler sans se soucier des réactions de Black. Il serait toujours temps de le secouer un peu une fois qu'il aurait terminé de parler…

- La situation n'est pas brillante. Harry y est traité comme un elfe, à peine nourri. Dobby a raison sur un point : le gamin ne doit surtout pas retourner là-bas. Sauf que Dumbledore l'exige et que nous savons qu'il a le Ministre dans la poche. J'ai donc demandé aux gobelins de me faire parvenir les documents officiels concernant l'éducation de Harry. Comme tu t'en doutes, tu es le premier nom sur la liste.

Sirius laissa échapper un grognement agacé.

- Sauf que…

Severus le coupa, fier de son effet.

- Sauf que les Potter n'ont jamais cité Dumbledore.

- Je suppose que Remus est le second nom…

- Non. Ni Lupin, ni ce cher Pettigrew ne sont présents. Il y a toi, et en cas de défaillance, la personne dépositaire de l'autorité est Minerva MacGonagall.

- Minerva…

- Oui. Une fois que Dobby lui aura raconté ce qu'il m'a dit, elle se rangera à notre avis et le gosse sera en sécurité. Il nous faudra cependant un endroit bien plus sûr que ta vieille maison de famille, puisque nous nous retrouverons dans la position inconfortable d'un troisième camp… Nous serons à la fois les cibles de Tu-sais-qui et de Dumbledore et ses amis.

Sirius resta un moment silencieux.

- Si je n'avais pas été aussi stupide, courir de cette façon après Peter… J'aurais dû récupérer Harry et partir avec lui.

- Et quoi ? Tu aurais donné au gamin une existence de criminel en cavale ?

- Il aurait été moins malheureux ! J'ai trahi la confiance de James !

- Quelque chose m'a interpellé dans les papiers rédigés par les Potter, vois-tu. Ils savaient qu'ils étaient en danger, ils savaient pour la prophétie. Pour autant, James Potter a ajouté une mention inhabituelle. Il a précisé en toutes lettres que rien ne pourrait te déchoir de tes droits de parrain. C'est une magnifique preuve de confiance, n'est-ce-pas ?