Elle a vu le loup,
Tant mieux ou tant pis,
C'était pas un bon coup,
Ni un bon parti.
J'lui jette pas la pierre,
J'crée pas une émeute.
Y paraît qu'sa mère
A vu toute la meute.

Elle a vu le loup : Renaud Séchan


Chapitre 62 : Elle a vu le loup ! (Nuit du 2 au 3 avril)

- Au fait Hélène, lui chuchotai-je alors que nous étions presque arrivés à l'auberge, si tu racontes ton histoire de cette nuit à Meredith, évite de commencer ton récit par : « une nuit, alors que j'étais seule dans le brouillard et dans les bosquets avec Sherlock… Et bien, tu ne devineras jamais! J'ai vu le loup ! ».

- Pourquoi ? Elle ne me croirait pas ?

- Si ! Mais elle ferait une très mauvaise interprétation de ta phrase ! L'expression « voir le loup » veut dire que on a eu des… relations sexuelles ! Meredith penserait que je t'ai dévergondée dans le brouillard…

Je l'entendis pouffer de rire.

- Merci pour l'expression ! Et pour la mise en garde surtout ! Si Meredith savait…

- Nous allons garder cela pour nous ! Tu me feras plaisir en étant « une fille qui ne parle pas ! ».

Une fois en vue de l'auberge, nous remisâmes les bicyclettes, Némésis hennit doucement dans sa stalle et souffla pour nous souhaiter la bienvenue. Hélène hocha la tête pour me montrer que effectivement, si notre odeur était sentie par sa jument…

Avant même que nous ne jetions un petit caillou dans la vitre, Watson ouvrit la fenêtre et fit descendre l'échelle de corde.

On sentait si mauvais que ça que même lui avait deviné que nous rentions ?

Hélène passa la première, mais ses forces dans les bras la trahirent un peu et je la poussai pour l'aider à grimper les derniers mètres ! En fait, je lui mis ma main aux fesses et je la soulevai ! Voyant mon geste, Watson hocha la tête en reproche.

Il referma la fenêtre. Un bon feu brûlait dans la cheminée et Hélène alla se mettre devant. Puis je vis ses narines frémirent…

- ça sent le café ici !

- Oui, répondit Watson, j'ai dit au patron que je devais travailler toute cette nuit et que j'avais besoin de café chaud ! Mais comme le personnel serait déjà couché, il m'a suggéré de prendre le matériel pour faire le café, ainsi j'en aurais du frais quand je voulais ! Il m'a prêté une cafetière italienne et quand j'ai entendu Némésis hennir doucement, j'ai su que vous reveniez. Le poêle était chaud et j'ai mis la cafetière dessus. Il doit être passé. Une tasse ? J'ai aussi du cognac pour améliorer…Vos vêtements sont un peu humides !

- C'est gentil Watson mais il faut aller se coucher ! Je vous raconterai demain.

- Oh William ! Pitié ! J'ai besoin de café pour me réchauffer et pour remettre de mes émotions de cette nuit ! Au point où nous en sommes, une heure en plus… Et puis, John a été gentil de penser que nous aurions froid et besoin de café. Merci John !

Watson nous servit du café et lui répondit :

- De rien madame… juste retour des choses. Je pensais que c'était l'aubergiste qui me confectionnait les repas mit dans les fontes, mais il a été étonné quand je lui ai dit « merci ». Il n'était pas responsable de ça… C'est le palefrenier qui m'a dit que madame avait demandé que mes fontes soient toujours approvisionnées. Merci ! Vous avez pensé au fait qu'une certaine personne de ma connaissance ne pense pas à manger quand il travaille ! (Watson et moi nous nous assîmes tout les deux dans le sofa).

- J'ai eu la blague le premier jour ! Mais pas le deuxième ! Avec moi, il prend ses repas ! (Hélène se laissa tomber dans le fauteuil devant le feu et retira ses bottes). Vous permettez messieurs ? Du feu et une tasse de café ! Que demander de plus ?

- Le récit de votre exploration pour un pauvre infirme… Du neuf ?

- Dans la grotte : non, répondit Hélène. Mais dans la campagne : oui ! J'ai vu un loup-garou ! Gueule ouverte et crocs luisants !

- Pff, soupira watson. N'importe quoi !

- Non Watson, elle dit vrai, elle a vu un loup-garou !

- Et pas vous ?

- J'étais occupé ailleurs… mais quand j'ai vu la tête d'Hélène je me suis douté qu'il fallait quelque chose de terrible pour l'effrayer ainsi ! Elle a du me l'écrire parce que si elle ouvrait la bouche, elle aurait hurlé !

- Holmes, j'ai passé l'âge pour les calembredaines ! Vous êtes tous les deux de bons acteurs mais vous auriez dû choisir un sujet plus « terre à terre » ! (Il se leva pour reprendre du café et il nous en resservit).

- Asseyez-vous mon ami, je vais vous conter notre étrange rencontre de cette nuit… Hélène, doucement avec le cognac dans le café… Watson, elle dit vrai, elle a vu un loup qui marchait sur deux pattes !

- Vous la croyez Holmes ? Vous ne l'avez pas vu ! Depuis quand faites vous confiance aux paroles des femmes ?

- J'ai toujours cru les femmes qui avait ma confiance… il y en a peu ! Hélène ne m'a pas menti et je lui fais confiance, sinon, il ne me reste plus qu'à plier bagage parce que je refuserais de travailler avec une personne en qui je n'ai pas confiance ! Ses yeux ne l'ont pas trahi… mais la peur a empêché son cerveau de raisonner correctement. Explique ta rencontre Hélène que notre ami sache tout ce qu'il a manqué cette nuit.

- Nous nous étions arrêté dans un bosquet d'arbres et de buissons à cause du brouillard et William avait été faire… un tour dans un bosquet. Il devait se trouver à huit mètres derrière moi. Je m'appuie à une haie de buissons et je scrute la campagne déserte. Et devant moi, surgissant des bosquets sur la gauche, à environ quatre mètres : un loup-garou ! Oui John ! Imaginez ma frayeur quand j'ai vu se matérialiser devant moi une chose à laquelle je ne croyais pas du tout ! Il était de profil et gueule ouverte ! J'ai failli hurler mais je me suis retenue et j'ai reculé le plus doucement possible pour retrouver votre ami. Je vous jure que c'est l'entière vérité ! Les faits tels qu'ils se sont déroulés !

- Vous pouvez la croire mon vieux ! Sa terreur n'était pas feinte ! Mais malgré le fait que je l'ai cru sur l'objet de sa peur, je n'ai pas cru une seconde qu'un loup-garou se promenait dans les campagnes…

- Mais, vous venez de me dire…

- Oui mon ami, je l'ai crue mais j'ai analysé la situation, les faits, les indices et j'ai déduit que ce n'était pas un vrai loup-garou ! Juste un type avec une peau de loup sur le dos… Assez réaliste sans doute pour qu'Hélène s'y laisse prendre…

- Quels indices vous ont mit sur la vérité ? Vous avez été voir ?

- Pas bougé d'un pouce ! Vu que le vent soufflait dans notre dos, que nous sentions la transpiration – vous avez froncé votre nez délicat lorsque nous sommes passé devant vous – et que Hélène a transpiré sa peur… et qu'il n'a rien vu, rien entendu, rien senti… Loup-garou avec les sinus bouchés ? Ou humain tout simplement…

- Mais enfin Holmes, pourquoi s'affubler d'une peau de loup ?

Ce fut Hélène qui répondit à ma place :

- Pour foutre la trouille aux gens et les empêcher de se promener la nuit tiens ! William, le débarquement des marchandises est pour bientôt ! Ils veulent dégager le terrain ! Le coup était prémédité puisque cela fait quelque temps que la bête est signalée…

- Votre voix a muée ces derniers temps Holmes ? Parce que vous avez une voix de femme mon cher… (Hélène nous fit son petit sourire « désolé »). Qu'est-ce qui vous fait dire avec certitude qu'il aurait dû vous sentir ?

Ce fut Hélène qui lui répondit une fois de plus:

- C'est territorial un loup-garou et vous en connaissez beaucoup qui laisserait un autre mâle marquer son territoire ? William m'a fait une brillante démonstration de ses facultés intellectuelles ! La peur avait dû me bloquer le cerveau…

- Dites donc Holmes, vous l'avez engagée comme porte-parole ? Elle répond aux questions à votre place !

- D'accord messieurs, je vais me taire ! Et puis, il faut bien partager les tâches ! John, vous vous occupez de sa biographie et moi, je suis sa porte-parole et je lui évite de gaspiller sa salive à répondre aux questions !

- Watson ! fis-je implorant en lui agrippant la manche de sa veste. Je ne suis pas encore arrivé à la faire taire ! C'est impossible ! J'ai déjà pensé à l'assommer ou lui verser des somnifères dans son café ! Depuis deux jours, je suis passé à l'envie folle de mettre de l'arsenic dans sa tasse de lait! Même en pédalant elle parle ! Je ne goûte au silence reposant que lorsqu'elle dort ! Hallelujah ! (Faux sanglots). Je n'en peux plus Watson…

- Mille mercis madame de le saouler toute la journée en parlant ! Mais faites-moi plaisir, ne le laissez pas goûter au silence la nuit ! Continuez à parler !

- Pourquoi ?

- Pour toutes les fois où il a joué du violon la nuit pardi ! Ou pire, qu'il a juste gratté les cordes pendant des heures ! Impossible de dormir ! Des concertos pour violon pendant des nuits entières ! J'ai eu moi aussi des envies folles de commettre un meurtre ! Et vu que le grand détective ne serait plus là pour résoudre l'enquête, j'aurais eu l'immunité assurée ! Plus les félicitations de Lestrade ! Et des voisins !

- Vous vous plaignez toujours Watson ! Vous me harcelez sans cesse pour que je vous joue quelques Lieder de Mendelssohn ! Vous me suppliez même ! Et quand je vous offre mes talents de violonistes pour vous faire une surprise et vous faire plaisir, vous râlez !

- Pas à trois heures du matin !

- Parce que en plus il faut respecter un certain horaire pour faire plaisir avec une surprise ? Monsieur Watson exige que je lui offre mes cadeaux à des heures bien précises !

- Vous êtes invivable Holmes ! Surtout depuis que vous avez acheté ce violon !

- Une affaire en or ! Mais les artistes ne sont jamais compris de leur vivant…

- Je n'épiloguerai pas sur le sujet ! Mais je vais revenir à votre rencontre avec la bête poilue… Madame a dit que vous marquiez votre territoire… (Hélène pouffa de rire). Dois-je en déduire ce que je pense ?

- Watson, quand on boit beaucoup, on p…. beaucoup ! Je m'étais éloigné pour vider ma vessie lorsque j'ai vu Hélène qui arrivait à reculons… Rassurez-vous, j'avais terminé !

- C'est pour cela que vous avez déduit qu'un vrai loup-garou vous aurait senti ?

- Les vaches au bout du pré ont dû nous sentir ! Les lapins du coin aussi ! En plus, quand j'ai demandé à Hélène à replonger des ses souvenirs, elle s'est rendue compte qu'elle avait vu une main et un pantalon. J'ai examiné les traces : souliers de ville ! Le loup-garou n'était pas un vrai…D'ailleurs, il n'y a aucun vrai loup-garou !

- Mais il lui a foutu la trouille ! Vous avez su la réconforter au moins ?

- Adressez-vous à ma porte-parole pour les réponses ! Je pense que si j'avais vu l'apparition moi aussi j'aurais douté un moment… Rappelez-vous mon cher, lorsque nous sommes rentré par la fenêtre à Stoke Moran, la vision du babouin dans le noir nous a fait penser à plein de choses !

- Oui, je m'en rappelle ! Une fraction de secondes… Les femmes sont plus sujettes aux frayeurs que les hommes.

- C'était mon premier loup-garou John ! Je demande l'indulgence du jury !

Cela nous fit sourire. Elle se leva, prit la cafetière, nous resservit du café et en prit une tasse elle aussi. Puis elle alla se rasseoir dans le fauteuil devant le feu tandis que Watson et moi restions dans le sofa, un peu un retrait.

- Et pour descendre ? Pas eu trop difficile ?

- Non Watson, elle a fait ça comme un chef ! Je me demande si je ne devrais pas profiter de ses bonnes dispositions pour lui laisser faire le sale boulot… je vais cogiter sur cette opportunité !

- Bourreau de travail ! Et mes droits aux temps de repos ? Bafoués ?

- Tu as le droit de te taire et c'est déjà pas mal ! Bien, dites-moi Watson, comment va votre jambe ? Je pensais vous ficher la paix demain aussi…

La suite de la discussion se passa entre Watson et moi. Il avait peur que sa jambe ne le fasse souffrir plus longtemps que prévu. C'était une hypothèse fort contrariante pour nous et il s'en voulait le pauvre.

Nous restâmes silencieux un bon moment puis Watson eu un sourire malicieux, se pencha vers moi et chuchota :

- Holmes, ne dites rien mais tendez bien l'oreille et dites moi ce que vous entendez de bizarre…

Je tendis l'oreille mais malgré ma bonne ouïe, je n'entendis rien ! Non, aucun bruit dans la pièce ou dehors ! Où voulait-il en venir ?

- Désolé Watson, mais je n'entends rien ! Qu'avez-vous entendu de bizarre ? Un bruit suspect dehors ? Parce que ici, je n'entends rien !

- Voilà ce qui est bizarre !

- Vous me piquez mes répliques Watson ! Déjà qu'Hélène marche allégrement sur mes plates bandes !

- Justement, en parlant d'Hélène… cela fait un petit temps que l'on entend plus le son de sa voix ! Tournez-vous et vous comprendrez !

Je souris en voyant qu'elle s'était endormie dans le fauteuil, ses jambes bien étendues. Sa respiration était calme et j'aurais parié mon caleçon qu'elle dormait profondément !

- Hallelujah Watson ! La petite s'est endormie ! Écoutez ce silence ! Laissons là bien dormir mon vieux !

- Vous comptez faire quoi Holmes ? Vous ne pouvez pas la laisser dormir sur mon fauteuil ! Parce que lorsqu'elle se réveillera demain et qu'elle verra dans quelle chambre elle se trouve…c'est elle qui commettra un crime ! Et je serai la victime…

- Oui, mais quand Hélène dort, elle dort ! Elle a le sommeil lourd et je crois que si vous tiriez au canon à côté, elle ne se réveillerait même pas.

- Vous m'avez bien l'air au courant… fit-il avec un petit sourire grivois.

- Rappelez-vous, quand elle nous avait raconté le décès de sa sœur… Hélène lui avait dit « j'ai le sommeil moins léger que le tien ». Je peux continuer à travailler la nuit si je veux, ça ne l'empêchera pas de dormir croyez-moi ! N'y voyez rien d'autre mon ami…

- Vous lui chatouillez les pieds pour la réveiller au matin alors ?

- Non ! Pas besoin. Levée la première ! Il suffit qu'elle se dise à quelle heure elle veut se réveiller et c'est tout ! Le lendemain, deux minutes avant l'heure décidée, elle est debout !

- Pas trop de soucis pour préserver votre intimité ?

- Watson ! Il y a une salle de bain ! Elle se lève et va s'y habiller ! Pareil pour moi !

- La vision d'Hélène en robe de nuit affriolante ne doit pas être mal… il y en a qui ont de la chance…

- Je ne regarde pas quand elle me dit qu'elle va sortir du lit ! Mais enfin Watson !

- Les matins glorieux ? Pas trop de soucis ?

- Les robes de chambres n'ont pas été inventées pour les chiens ! Merci pour le café John – je reprends votre nom de scène – mais il est tard, ou tôt, et je vais aller me coucher ! Rassurez-vous, j'emmène mon pit-bull !

- Un verre d'eau sur la tête ? Non ? Pourtant, avec moi ça marche… Vous ne vous en êtes jamais privé ! Vous êtes beaucoup plus indulgent avec elle…

- Elle est plus dangereuse que vous mon cher ! Je ne la réveille pas ! Je l'emmène ainsi et je la dépose sur le lit, pas besoin d'ôter ses bottes, elle l'a déjà fait.

- Holmes ! Vous n'allez quand même pas…

- Oh que si !

Je passai mes bras délicatement sous Hélène et je la soulevai. Sa tête vint rouler contre mon épaule mais elle ne se réveilla pas. Elle avait son compte pour la journée ! Je fis signe à Watson de garder les bottes, elle les reprendrait demain. Avant de m'ouvrir la porte il secoua la tête avec un sourire éclatant.

- J'aurais donné mon solde d'une année entière pour voir ça ! Quel romantisme ! Couvrez-là bien pour ne pas qu'elle prenne froid…Vous allez lui laisser ses vêtements humides sur le dos ? J'espère que non ! Retirez au moins sa veste ! Pour le pantalon, je vous laisse seul juge… ou alors, faites comme elle a fait avec le vôtre…

Je fusillai Watson du regard et sortit très digne de sa chambre. La remontée des escaliers ne fut pas un problème, je dû juste jongler un peu pour sortir les clés sans bruit et ouvrir la porte sans bousculer Hélène.

Je la déposai assise sur le lit, lui retirai la veste, le chemisier, fit de même avec le pantalon et ses sous-vêtements du haut.

J'en profitai pour admirer son corps magnifique. Ensuite je la recouvrit, me déshabillai et me couchai à ses côtés. Je la pris tout contre moi et elle ne broncha toujours pas. J'étais bien à ses côtés… J'aurais bien aimé que « hier et aujourd'hui déteignent sur demain »…

Je l'embrassai sur son épaule et me blottit encore plus fort contre elle. Moi aussi j'étais épuisé ! Je n'allais pas me lever trop tôt demain. Et il était quatre heures du matin !